Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
220 000 lecteurs uniques par mois à son actif.

En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

Alliance-Hosting LLC a permis grâce ses moyens techniques la retransmission en directe des 4 radios juives de France 94.8 FM sur le net ,dés 2000, pendant 12 ans.

Experte en communication digitale avec Alliancefr.com, et radiophonique avec "Internet sans prise de tête" sur judaïques FM 94.8 depuis 2000, ma passion est née de la découverte, dés 1996, du plus important moyen de communication avec le monde, internet.

Mon expérience est le résultat de 22 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

Rendre réel ce monde virtuel c’est l’alliance du savoir faire et du faire savoir.

Les articles de Claudine Douillet

Daniel Pinsky, l'Israélien qui ose l'impossible : tour du monde en solitaire sans technologie

Daniel Pinsky, l'Israélien qui ose l'impossible : tour du monde en solitaire sans technologie

L'Israélien qui part seul à la conquête du monde — et qui a déjà essuyé sa première tempête

Il s'appelle Daniel Pinsky, il a 35 ans, et il s'apprête à faire quelque chose qu'aucun Israélien n'a jamais osé tenter : boucler seul le tour du monde en voilier, sans GPS, sans technologie moderne, guidé uniquement par les étoiles.
Dans quelques mois, il prendra le départ de la Golden Globe Race 2026, l'une des compétitions maritimes les plus redoutables de la planète. Mais cette semaine, avant même d'avoir atteint la ligne de départ, il a déjà dû affronter l'une des épreuves les plus rudes de sa vie.

Un enfant du lac de Tibériade qui a grandi face à la mer

Tout commence sur les rives du lac de Tibériade, à bord d'une vieille barque en bois. C'est le grand-père de Daniel, pêcheur de son métier, qui lui a transmis cet amour viscéral de l'eau. Ensemble, ils pêchaient, et rentrer au port signifiait préparer une soupe de poisson dont il se souvient encore. Ce grand-père, décédé cette année, est une présence discrète mais centrale dans ce voyage : en un sens, Daniel part un peu pour lui.

À 14 ans, il quitte le domicile familial pour intégrer l'internat de l'école navale d'Akko. À 23 ans, il achète son premier voilier. La mer n'est plus un loisir, c'est une façon d'être au monde. Depuis, il a traversé des océans, accumulé les milles, forgé un caractère que même les tempêtes peinent à entamer. Mais la Golden Globe Race, c'est d'une autre dimension.

La course la plus anachronique et la plus brutale du monde

La Golden Globe Race est une compétition hors du temps, littéralement. Les participants doivent effectuer un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, en reproduisant les conditions de la toute première édition, courue en 1968.
Cela signifie : pas de GPS, pas d'ordinateur de navigation, pas de smartphone. On navigue au sextant  cet instrument mécano-optique d'un autre siècle et sur des cartes papier. On s'oriente aux étoiles. On mange ce qu'on a emporté. On boit l'eau qu'on a stockée, ou celle que l'on récolte sous la pluie. On écoute de la musique de façon non numérique, si tant est que des enfants d'aujourd'hui imaginent encore que c'est possible.

Le parcours dépasse les 30 000 milles nautiques, frôle l'Antarctique, traverse les zones les plus isolées de l'océan Austral ces eaux où l'on est parfois plus proche de la Lune que de toute terre habitée. La durée estimée du périple ? Plus de 250 jours, seul en mer. La compétition n'a été courue que trois fois depuis sa création, en 1968, 2018 et 2022. La quatrième édition, celle de 2026, partira en septembre depuis la France.

Exodus, l'Israélien et les 24 autres fous

Daniel concourra sur l'Exodus, un voilier de 1980 qu'il a spécialement acquis pour la course, après avoir vendu son ancien bateau. Il sera accompagné de 23 autres participants, mais sera bel et bien seul à bord. Premier Israélien de l'histoire à prendre le départ de cette épreuve, il revendique ouvertement cette dimension nationale : il veut finir enveloppé dans le drapeau de son pays. Il ajoute que les événements du 7 octobre l'ont poussé à vivre pleinement, sans attendre. La course est la concrétisation de cet élan.

Gal Raskin, amie proche et l'une des bénévoles qui gère sa présence digitale depuis la terre, résume sa personnalité avec une conviction totale :
« Danny est l'une des personnes les plus solides qui soit. Il a une résilience et une sérénité intérieures que peu de gens possèdent. Je crois qu'il va y arriver. » Avant d'ajouter, lucide : « Mais c'est l'une des compétitions les plus dures au monde. Rester seul en mer pendant presque un an entier réclame une résistance mentale hors du commun. »

Pris dans la tempête avant même le départ officiel

Daniel est actuellement en route vers la France, où se tiendra le départ officiel en septembre. Cette traversée préparatoire s'est transformée en véritable épreuve.
Des vents soufflant à près de 90 km/h et des vagues atteignant 7 mètres de hauteur  l'équivalent d'un immeuble de deux étages  l'ont forcé à se calfeutrer à l'intérieur de son petit voilier pendant de longues heures, incapable de sortir sans risquer sa vie. Coincé sous la table, dans son sac de couchage, incapable de se doucher, ne sachant pas quand les conditions lui permettraient de reprendre la route.

Son appareil Starlink, qui lui permettait de diffuser des vidéos quotidiennes en direct, est tombé à la mer. C'est donc Gal Raskin qui a pris le relais pour tenir la communauté informée. Dans une de ces mises à jour, elle ne cachait rien : « Il est dans un état psychologique difficile. Il n'a pas pu se doucher à cause de la tempête. Il dort dans son sac de couchage sous la table parce qu'il ne peut pas s'attacher aux couchettes. Il est un peu découragé, il ne sait pas quand il pourra reprendre la mer. »

Puis le calme est revenu. Les vents sont retombés autour de 37 km/h, les vagues à 3 mètres. Daniel a relevé son ancre flottante ce dispositif de sécurité maritime destiné à limiter la dérive et a repris cap vers la France. Raskin rapportait : « Il m'a écrit qu'il était très ému, qu'il préparait le bateau pour reprendre la route, et rien que ça lui a remonté le moral. Il a traversé des jours vraiment difficiles, à tenir mentalement sans savoir ce qui allait arriver. »

Le vrai adversaire, c'est l'intérieur

Dans un message bref envoyé depuis le milieu de l'océan sa communication se réduit à quelques textos via téléphone satellitaire, chaque message mettant un temps fou à arriver Daniel a su trouver les mots justes : « C'est un combat psychologique quotidien. Une fois que ces pensées s'installent, il est difficile de s'en défaire. Il faut s'occuper, maintenir une routine, savoir se connecter à la nature et faire des oiseaux ses amis leur parler, parler au ciel, parler au bateau. »

Raskin apporte un éclairage plus profond sur ce qui anime son ami : « Ce qui pousse Danny dans ce voyage, c'est de découvrir les limites extrêmes de l'âme humaine, ses propres limites. Il veut savoir ce que l'on ressent au dernier instant avant la folie. Il dit souvent que dans l'océan Austral, là où l'on est parfois plus près de la Lune que de tout continent, l'attend une rencontre avec Dieu. »

La logistique du bout du monde

Avant même de penser aux tempêtes et à la solitude, il y a la question triviale mais cruciale de la survie quotidienne : que mange-t-on pendant 250 jours seul en mer ? Daniel ne compte pas sur la pêche  si quelque chose se présente, ce sera un bonus en protéines fraîches mais sa base alimentaire reposera sur des conserves et de la nourriture déshydratée. Pour l'eau, il peut collecter la pluie, mais doit surtout repartir avec ses propres réserves. L'équipe cherche actuellement un nutritionniste sportif pour anticiper les carences en vitamines, particulièrement problématiques lors des tempêtes prolongées, quand on ne peut ni manger correctement ni bouger.

Pas de Waze, pas de Spotify, pas de WhatsApp. Des livres, de la musique en format non numérique, et le ciel.

Les légendes qui l'ont précédé

L'histoire de la Golden Globe est peuplée de figures qui ont tout donné, et parfois tout perdu. Lors de la première édition de 1968, Robin Knox-Johnston fut le seul des neuf concurrents à boucler le tour du monde.
Bernard Moitessier, grand favori, choisit de ne pas rentrer : arrivé à hauteur du Cap Horn pour la deuxième fois, il fit demi-tour et continua de naviguer vers les mers du Pacifique, refusant de retourner à la civilisation. Donald Crowhurst, lui, maquilla ses carnets de bord, prétendit avoir accompli ce qu'il n'avait pas fait, et disparut en mer dans ce qui ressemble fort à un suicide.

Plus récemment, lors de l'édition 2022, l'image de la gagnante Kirsten Neuschäfer a marqué les esprits pour de tout autres raisons : captant un signal de détresse d'un autre concurrent dont le bateau avait coulé, elle fit demi-tour, navigua pendant plusieurs jours pour le retrouver sur un radeau de survie au milieu de nulle part, le sauva et remporta quand même la course malgré le retard accumulé.

Financer le rêve, malgré lui

Pour participer et représenter Israël, Daniel a besoin d'argent. L'objectif initial est fixé à 175 000 shekels, et il en a déjà récolté plus de 70 000. Il a longtemps résisté à l'idée de demander de l'aide ou de chercher des sponsors c'est dans sa nature de vouloir tout faire seul.
C'est Raskin qui a dû le convaincre de mettre en place une cagnotte et d'entretenir une présence sur les réseaux sociaux. Les vidéos qu'il postait quotidiennement depuis le large sont rapidement devenues virales, touchant des milliers de gens qui n'avaient sans doute jamais envisagé de s'intéresser à la voile hauturière.

Il y a une boîte d'urgence à bord, qui lui permettrait d'émettre un signal de détresse et d'obtenir une assistance médicale par téléphone. Mais l'utiliser mettrait fin à sa participation. Ce dilemme, entre survie et abandon, résume assez bien l'esprit de cette course et celui de l'homme qui la tente.

Le périple de Pinsky est ce qui se rapproche le plus du film culte « Jusqu'au bout du monde » : l'histoire d'un homme seul face à la nature, qui devra surmonter les forces de la mer et sa propre solitude. On peut y voir une évasion ou un retour aux sources ; en tout cas, nous espérons que Daniel Pinsky réussira ce voyage avec les 23 autres participants et fera rayonner Israël. Si vous souhaitez le suivre, comme nous le ferons, rendez-vous sur le site web du concours , le site de Pinsky ou ses réseaux sociaux

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Daniel Osiris : le mécène juif sefarade qui a sauvé la Malmaison, financé Pasteur et inventé les Restos du Cœur

Daniel Osiris : le mécène juif sefarade qui a sauvé la Malmaison, financé Pasteur et inventé les Restos du Cœur

DANIEL IFFLA DIT OSIRIS L'homme qui donna tout

Un juif séfarade de Bordeaux, descendant de bannis, décoré par l'Espagne qui avait exilé ses ancêtres, précurseur des Restos du Cœur, sauveur de la Malmaison, bienfaiteur de l'Institut Pasteur et père indirect de l'Institut Curie. L'histoire de Daniel Iffla Osiris est celle d'un paradoxe magnifique et d'une grandeur d'âme sans équivalent dans la France du XIXe siècle.

I. Un nom, deux héritages, un destin

Il s'appelait Daniel Iffla. Derrière ce patronyme discret se cache déjà une prophétie. Le nom Iffla dériverait de l'arabe falaha, qui signifie « réussir » et se traduit littéralement par « il réussira ». Comme si ses ancêtres, en portant ce nom de génération en génération, avaient inscrit dans le sang l'obligation de s'élever.

Il naît le 25 juillet 1825 à Bordeaux, dans une famille modeste de la communauté juive séfarade. Ses origines sont celles de la diaspora méditerranéenne dans toute sa richesse et dans toute sa douleur : son arrière-arrière-grand-père paternel, Salomon Hifla (1691–1778), était marocain ; ses autres ancêtres remontent à la péninsule ibérique, portugais pour la plupart.
Ce sont les descendants de ces Juifs chassés d'Espagne en 1492 par le décret des Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle, dispersés sur les rives de l'Atlantique, réfugiés à Bordeaux où ils formèrent l'une des communautés séfarades les plus actives de France.

Son père Izaac Iffla, né à Bordeaux en 1799, est commis marchand. Sa mère Léa, née Cardoso d'Urbino, voit le jour à Bordeaux en 1797. Ils se marient en 1823. Le petit Daniel naît le 25 juillet 1825 et tient son prénom de son grand-père paternel, né à Bordeaux en 1773, cultivateur qui habitait à la Martinique au moment de la naissance de son petit-fils.

Il fréquente l'école israélite de Bordeaux jusqu'à l'âge de 14 ans, puis monte à Paris pour le lycée Turgot où il étudie jusqu'en 1842. À 17 ans, il entre dans la vie active comme simple grouillot chez l'agent de change Moreau. Ce que la naissance ne lui a pas donné, l'intelligence et l'ambition vont le conquérir.

II. L'ascension fulgurante

Observateur éclairé, Daniel Iffla s'inspire des grands financiers séfarades qui l'entourent. Il intègre la société bancaire de Jules Mirès et de Moïse Polydore Millaud, et fait fortune dans les opérations boursières et immobilières avec une habileté qui stupéfie ses contemporains.
Ses investissements dans les chemins de fer espagnols constituent l'un de ses grands succès.

Et c'est précisément là que l'ironie de l'Histoire prend toute sa saveur vertigineuse : pour ces services rendus à l'Espagne, Daniel Iffla descendant de Juifs expulsés d'Espagne quatre siècles plus tôt sous peine de mort par les Rois Catholiques fut décoré de l'ordre d'Isabelle la Catholique, la reine dont l'édit avait ordonné le bannissement de ses ancêtres. La monarchie espagnole remettait à un arrière-petit-fils de bannis sa plus haute distinction civile. L'Histoire, parfois, sait se montrer d'une ironie bouleversante.

III. Pourquoi Osiris ? L'étymologie d'un destin choisi

En 1861, après avoir été associé à une faillite retentissante qui aurait pu ternir définitivement sa réputation, Daniel Iffla prend une décision qui dit tout de sa psychologie : il ajoute officiellement à son patronyme le nom d'Osiris, par décret impérial.

Le choix n'est pas innocent. Osiris, dans la mythologie égyptienne, est le dieu dont le règne est
« communément qualifié de bienfaisant et civilisateur ». C'est aussi, et surtout, le dieu de la résurrection  celui qui renaît après avoir été mis à mort. Adopter ce nom après une faillite, c'est annoncer que l'on se relève, et proclamer dans le même geste la vocation philanthropique qui sera désormais toute sa vie.

Son nom de naissance portait en lui la réussite Iffla, « il réussira ». Son nom choisi porte en lui la renaissance et la bienfaisance Osiris, le civilisateur.
Les deux ensemble dessinent le portrait d'un homme qui ne laissait rien au hasard, pas même les mots qui le définissaient.

À la Bourse de Paris, on ne le connaît bientôt plus que comme « Osiris ». Rue La Bruyère, dans le 9e arrondissement où il possède cinq hôtels particuliers, on lui dit avec respect et sympathie : Monsieur Osiris. Il sera le premier et le seul.

IV. Le deuil fondateur

Derrière le philanthrope, il y a d'abord un homme brisé. En 1855, son épouse, Léonie Carlier, une chrétienne qu'il aime éperdument, meurt à l'âge de 30 ans, un an après lui avoir donné deux enfants qui ne survécurent pas à leur naissance. Daniel Iffla a alors 30 ans. Il ne se remariera jamais.

Pendant des décennies, selon sa secrétaire, il conserva intacte la chambre de Léonie dans son hôtel particulier. Et l'une des batailles les plus tenaces de toute son existence sera d'être enterré à la limite exacte des cimetières juif et chrétien du cimetière de Montmartre, pour demeurer à jamais proche d'elle. Il batailla trente ans pour obtenir gain de cause auprès des autorités religieuses et finit par gagner.

En 1860, il quitte définitivement la finance pour se consacrer aux milieux artistiques, littéraires et scientifiques. La mort de Léonie semble avoir radicalement reconfiguré ses priorités.
Ce que la vie lui a pris dans l'intime, il va le rendre au monde par l'art, la science et la générosité.

V. La tsedaka : donner comme devoir, non comme caprice

La philanthropie d'Osiris n'est pas le caprice d'un riche en quête de postérité. Elle s'enracine dans un concept fondamental du judaïsme : la tsedaka, terme hébreu qui signifie à la fois « justice » et « charité », et qui n'est pas, dans la tradition juive, un acte de générosité volontaire mais une obligation morale une dette envers la société, une exigence de droiture.

Le philosophe et talmudiste Maïmonide distingue huit niveaux de tsedaka dans son Mishné Torah. Osiris s'inscrit généralement au quatrième niveau : celui qui donne publiquement à un récipiendaire inconnu.

Sa générosité repose sur deux piliers indissociables : la tradition juive et les valeurs républicaines. Il ne sépare jamais l'un de l'autre. Il est juif et il est français  pleinement, sans compromis, sans hiérarchie entre les deux.

VI. L'engagement patriotique : la France d'abord

Dès l'ouverture des hostilités avec l'Allemagne en 1870, Osiris envoie 10 000 francs au ministre de la Guerre pour les veuves et les orphelins. Durant le siège de Paris, il met toutes ses maisons de la rue La Bruyère à la disposition du maire du 9e arrondissement pour y installer des cantines et des asiles pour les réfugiés. Il fait partie du comité du réfectoire populaire qui vient en aide aux nécessiteux de cet arrondissement.

Ce n'est pas de la charité ostensible. C'est la conviction d'un homme qui se sait redevable à son pays de tout ce qu'il a accompli.

VII. Le mécène : monuments, fontaines et statues

Osiris entreprend la restauration de nombreux monuments et de tombes à la mémoire des figures historiques qu'il admire. Il offre à sa ville natale de Bordeaux six fontaines publiques Wallace, avec la liste précise des emplacements où il souhaitait les voir installées.

À Nancy, en 1889, il offre une reproduction de la Jeanne d'Arc équestre de la place des Pyramides à Paris, exécutée par le sculpteur Emmanuel Frémiet qu'il admirait profondément  elle trône encore aujourd'hui place Lafayette. Dans cette même ville, il finance un institut sérothérapique et une crèche.

À Lausanne, en remerciement à la Suisse d'avoir accueilli l'armée du général Bourbaki en 1871, il offre une statue de Guillaume Tell due au sculpteur Antonin Mercié, ainsi qu'une « chapelle de Tell », pavillon votif dans le goût régionaliste conçu par l'architecte Georges Épitaux.
À l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, il fait installer un pavillon opératoire chirurgical.
Au Syndicat de la presse parisienne, il offre plusieurs prix accordés pour des œuvres remarquables présentées aux Expositions universelles.

Il fait également ériger la villa Alexandre Dumas dans la « ville d'hiver » d'Arcachon, initialement baptisée « villa Osiris ».

VIII. Les synagogues : fidélité à ses racines séfarades

Profondément attaché au judaïsme, Osiris finance la construction de synagogues dans toute l'Europe et au-delà : Paris rue Buffault, Arcachon (pour le mariage de sa nièce Emma Bardac), Tours, Vincennes, Bruyères dans les Vosges, Tunis et Lausanne en Suisse.

Il se joint aux Pereire et aux Rothschild pour financer la reconstruction, après l'incendie de 1873, de la Grande synagogue de Bordeaux, achevée en 1882.

Il était excentrique même dans sa judéité. Il ne ratait pas une occasion de s'opposer au Consistoire israélite, qui dut lui interdire formellement de se faire aménager un caveau monumental. En revanche, quand les rabbins lui refusèrent de marier l'une de ses nièces dans une synagogue existante, il contourna le problème en en faisant construire une, juste pour l'occasion.

IX. Napoléon, la Malmaison et la dette de la mémoire

Osiris voue un culte fervent à Napoléon Ier non par naïveté, mais par gratitude historique profonde. C'est l'Empereur qui, en émancipant les Juifs de France, avait fait des Iffla des citoyens à part entière.
Son grand-père avait participé au siège de Toulon aux côtés du futur Bonaparte ; il en conservait la mémoire comme d'un titre de noblesse républicaine. Il constitua une impressionnante collection de reliques napoléoniennes et fit ériger un monument à Waterloo à la mémoire des grenadiers de la Garde impériale.

En 1896, il achète aux enchères le château de la Malmaisonl'ancienne maison de campagne de Joséphine de Beauharnais et du général Bonaparte, alors proche de la ruine et de la démolition, son domaine démembré. Il le fait restaurer par l'architecte Pierre Humbert, le remeuble avec passion, puis l'offre à l'État français en 1903 avec toute sa collection, à condition qu'on y poursuive le retour du mobilier d'origine et qu'un Pavillon Osiris y présente en permanence ses œuvres.

Le Pavillon Osiris, rouvert en 2011 après d'importants travaux financés par l'État chantier qui aura duré de 2003 à 2011 y présente encore aujourd'hui la quasi-intégralité de sa collection personnelle dans son salon et son bureau reconstitués : un mélange savoureux et bourgeois entre plats en faïence italienne, vases en cloisonné chinois, statuettes d'Osiris, mobilier XVIIIe, armes et portraits sculptés de grands hommes de l'époque. La petite collection de peinture compte des dessins de Callot, Boucher et Delacroix, et un Portrait de femme généreusement attribué à Van Dyck.

X. La Tour Blanche : un grand cru légué à la Nation

Amoureux de vins de qualité, Osiris acquiert en 1876 le domaine du château de la Tour Blanche à Bommes, dans le Bordelais. Il s'y installe régulièrement lors des vendanges et en est suffisamment fier pour faire figurer le nom et le dessin bucolique de sa propriété en en-tête de son papier à lettres.

À sa mort, il lègue le domaine à l'État français avec une exigence précise inscrite dans son testament : qu'y soit installée une école de viticulture et d'œnologie. C
'est chose faite dès 1911. L'école de la Tour Blanche, appartenant à la région Nouvelle-Aquitaine depuis 2010, existe encore aujourd'hui. Le château produit toujours ses Sauternes classés, ainsi qu'un récent rosé de table nommé Horus comme un ultime clin d'œil au panthéon égyptien de son bienfaiteur.

XI. Le bateau-soupe : précurseur des Restos du Cœur

L'une des œuvres les moins connues d'Osiris est peut-être la plus visionnaire de toutes. Il lègue à la ville de Bordeaux deux millions de francs pour créer, selon ses propres mots :
« un asile de jour installé sur un bateau où seront reçus des ouvriers âgés et indigents des deux sexes, sans distinction de culte ».
L'emplacement sur l'eau, explique-t-il, est choisi pour ne pas être tributaire des aléas immobiliers ou des problèmes de voisinage, afin que l'œuvre de bienfaisance s'inscrive dans la durée.

Ce « bateau-soupe », construit après sa mort sur ses deniers, fonctionne de 1913 à 1940.
Il fournit chaque année plus de cent mille repas aux nécessiteux bordelais.
L'immense bateau abrite réfectoires, salles de repos, pavillons médicaux, entrepôts de vivres et de vêtements. Durant la Première Guerre mondiale, il accueille soldats malades, réfugiés et orphelins. La Seconde Guerre mondiale en a raison : réquisitionné par les nazis, déplacé du quartier de Bacalan jusqu'à Pauillac comme poste de DCA, il sombre dans la Garonne en 1944.

En 1958, à la demande du Grand rabbin, une plaque commémorative est apposée dans le foyer d'accueil Leydet reconstruit à Bordeaux grâce aux indemnités de dommages de guerre, pour perpétuer son souvenir.

Daniel Iffla Osiris peut légitimement être considéré comme le précurseur des Restos du Cœur  avec près d'un demi-siècle d'avance sur Coluche.

XII. Le legs à l'Institut Pasteur : de la tsedaka à Marie Curie

Daniel Iffla Osiris meurt le 4 janvier 1907, à 81 ans. Sans enfant, sans héritier direct. Désapprouvant la conduite de ses nièces  dont l'une, la cantatrice Emma Bardac (1862–1934), avait épousé le banquier Sigismond Bardac puis Claude Debussy, après avoir été l'égérie et la maîtresse de Gabriel Fauré  Osiris les déshérite. Il verse néanmoins une rente annuelle de 20 000 francs à sa petite-nièce Charlotte Lysès (1877–1956), actrice, qui deviendra en 1907 la première épouse et l'agent artistique de Sacha Guitry.

Son legs principal : trente millions de francs à l'Institut Pasteur  la somme la plus considérable jamais reçue par cet établissement dans toute son histoire.
Sur recommandation de la comtesse Greffulhe, relayée par le député Denys Cochin, une partie de cette fortune financera en 1914 la création de l'Institut du Radium, où Marie Curie allait poursuivre ses travaux révolutionnaires.
Cet Institut fusionnera en 1970 avec la Fondation Curie pour devenir, en 1978, l'Institut Curie l'un des premiers centres mondiaux de lutte contre le cancer.

Un Juif séfarade de Bordeaux, descendant de bannis de l'Inquisition, aura ainsi indirectement rendu possible les recherches de la plus grande scientifique de son siècle. L'ironie bienveillante de l'Histoire, une dernière fois.

XIII. La tombe, le Moïse et l'éternité partagée

Sa tombe au cimetière de Montmartre, en marbre blanc, est surmontée d'une grande reproduction en bronze du Moïse de Michel-Ange  le législateur hébreu, libérateur de son peuple, érigé dans la Basilique Saint-Pierre-aux-Liens à Rome  réalisée par le sculpteur Antonin Mercié. Il repose dans la division 3, chemin Halévy, à la limite exacte du carré juif et du carré chrétien — proche de Léonie, ainsi qu'il l'avait exigé et obtenu après trente ans de combat. La tombe est entourée de plaques dédiées à de nombreux membres de sa famille.

Jusqu'au dernier geste, Osiris jouait avec les symboles et gagnait toujours.

XIV. La reconnaissance tardive

Il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1897, puis officier en 1905, en reconnaissance de ses services à la Nation comme « fondateur de nombreuses œuvres philanthropiques et auteur de reconstitutions artistiques ».

La mairie de Paris a donné son nom, en 2017, à la place Daniel Iffla-Osiris, dans le 9e arrondissement, entre les boulevards Haussmann et des Italiens  à deux pas de la rue La Bruyère où il vécut. Une rue porte son nom à Bordeaux, dans le quartier de Bacalan, près des Bassins à flots, à quelques encablures de là où son bateau-soupe nourrissait les pauvres.

Le Pavillon Osiris accueille toujours ses visiteurs à la Malmaison. La Tour Blanche forme toujours ses étudiants en viticulture. L'Institut Curie soigne toujours ses malades. Les synagogues qu'il a fait construire sont toujours debout.

Il avait tout donné. Et la France, avec un siècle de retard, a fini par s'en souvenir.

Daniel Iffla Osiris — Bordeaux, 1825 · Paris, 1907 Officier de la Légion d'honneur · Chevalier de l'ordre d'Isabelle la Catholique Juif séfarade · Français · Mécène

Je remercie ici Marc Seviran d'avoir souhaité lui rendre hommage .

Antisémitisme à Londres : une femme agresse un garçon haredi, un homme frappe des femmes avec sa ceinture

Antisémitisme à Londres : une femme agresse un garçon haredi, un homme frappe des femmes avec sa ceinture

Londres, dimanche 10 mai 2026. Stamford Hill, quartier ultra-orthodoxe.

Une femme frappe un enfant juif à la sortie de son école

Il est 18h25 lorsque la scène se produit, devant l'entrée d'une école juive pour garçons. Une femme s'en prend physiquement à un élève portant la kippa, l'agresse et hurle à son encontre des insultes à caractère antisémite. En pleine rue. En plein jour. Dans un quartier juif de Londres.

Les bénévoles de l'organisation de surveillance communautaire "Shomrim" dont le nom signifie littéralement "les gardiens" en hébreu  arrivent rapidement sur place et alertent la police. La suspecte est interpellée sur-le-champ, placée en garde à vue pour agression à caractère raciste. L'organisation appelle immédiatement témoins et éventuelles autres victimes à se manifester.

Quelques heures plus tôt, une ceinture comme arme

Revenons quelques heures en arrière dans cette même journée de dimanche.
Il est 15h45, toujours à Stamford Hill. Un homme s'en prend à plusieurs femmes ultra-orthodoxes. Son arme : une ceinture, avec laquelle il les frappe.
Puis, face à l'un des bénévoles de Shomrim accouru sur les lieux, il crache. Pendant l'incident, il profère un chapelet d'insultes et de propos racistes violents à l'encontre des victimes et des volontaires présents.

Les membres de Shomrim parviennent à retenir le suspect jusqu'à l'arrivée de la police. Il est arrêté sur place. Inculpé pour trouble à l'ordre public à caractère raciste et pour agression, sa détention est prolongée par décision du tribunal.

Deux incidents, un seul dimanche, un seul quartier

Deux agressions antisémites en l'espace de quelques heures, dans le même périmètre géographique. Ce n'est pas un hasard de calendrier ni un fait isolé. C'est le symptôme d'une réalité qui s'installe, qui se normalise, et qui ronge le quotidien de la communauté juive britannique comme un acide lent.

Stamford Hill n'est pas n'importe quel endroit. C'est l'un des plus grands bastions de la vie juive ultra-orthodoxe en Europe occidentale. Ses rues, ses synagogues, ses yeshivot, ses boulangeries casher tout y porte la marque d'une communauté qui a reconstruit sa vie après des siècles de persécutions. Et c'est précisément là, dans ce coeur battant du judaïsme londonnien, que les violences se multiplient avec une régularité qui glace.

Une liste d'incidents qui s'allonge, des plaies qui ne cicatrisent pas

Les deux agressions du 10 mai s'inscrivent dans une série d'incidents récents qui témoignent d'une montée en puissance inquiétante de la haine antisémite dans la capitale britannique.

Le mois précédent, deux hommes ultra-orthodoxes avaient été poignardés et grièvement blessés  l'incident le plus grave de cette vague récente.
Des jeunes avaient filmé leur agression d'un homme haredi pour la diffuser sur TikTok. Un individu avait crié aux passants juifs "dommage qu'Hitler ne vous ait pas tous tués" avant d'être arrêté.

La police avait ouvert une enquête sur une tentative de renversement délibérée d'enfants juifs. Des inconnus avaient tenté d'incendier un bâtiment ayant autrefois servi de synagogue.

La liste est longue. Trop longue.

Le chef de la police tire la sonnette d'alarme

Face à cette succession d'actes, le commandant de la police métropolitaine de Londres, Mark Rowley, a pris la parole avec des mots inhabituellement graves pour un haut responsable des forces de l'ordre.
La communauté juive en Grande-Bretagne, a-t-il déclaré, fait face à "la menace la plus sérieuse de son histoire". Pas la plus sérieuse de ces dernières années. Pas la plus sérieuse depuis la Seconde Guerre mondiale. La plus sérieuse de son histoire.

Dans un entretien accordé à la station de radio du Times, Mark Rowley a décrit les Juifs comme étant devenus le point de convergence d'un "diagramme de haine glaçant".

Attaqués simultanément par des extrémistes de droite et de gauche, par des organisations terroristes et même, dit-il, par des acteurs étatiques hostiles, ils se retrouvent au carrefour de toutes les haines contemporaines, victimes d'une coalition aussi disparate qu'implacable.

Sa conclusion est cinglante : la police ne peut traiter que les "symptômes".
La "maladie" elle-même, cette antisémitisme structurel qui irrigue les réseaux sociaux comme une toxine invisible, n'a jamais été véritablement combattue par les gouvernements successifs. Rowley pointe directement les plateformes numériques, accusées de propager une "épidémie" d'antisémitisme que nul ne semble capable d'endiguer par les seuls moyens de l'ordre public.

Shomrim, les gardiens invisibles

Dans ce contexte de défaillance institutionnelle, l'organisation Shomrim joue un rôle que l'État semble de moins en moins capable d'assumer seul.
Fondée sur le modèle des patrouilles communautaires de New York, active dans plusieurs grandes villes à forte présence juive, Shomrim intervient en première ligne parfois avant même que la police ne soit alertée. Ce sont ses bénévoles qui ont retenu l'agresseur du dimanche jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre. Ce sont eux qui ont documenté les faits, diffusé les images, et appelé les victimes à témoigner.

Leur existence même est révélatrice. Une communauté qui doit organiser sa propre protection, former ses propres patrouilles, surveiller ses propres rues c'est une communauté qui sait qu'elle ne peut plus compter uniquement sur la puissance publique pour garantir sa sécurité. C'est une communauté qui a appris, à travers les siècles, que l'attente peut coûter très cher.

La Grande-Bretagne face à son miroir

Ce qui se passe à Stamford Hill n'est pas seulement un problème britannique, même si la Grande-Bretagne doit impérativement regarder en face ce qu'elle est en train de devenir. C'est le reflet d'une tendance plus large, d'un retour du vieil antisémitisme sous des habits neufs — parfois wokisés, parfois islamisés, parfois nationalistes, toujours mortifères.

Une femme frappe un enfant portant une kippa devant son école. Un homme frappe des femmes avec sa ceinture dans une rue tranquille. Deux scènes d'un dimanche ordinaire à Londres, en 2026. La banalité du mal n'a pas attendu une occasion particulière. Elle s'est simplement installée, au coin d'une rue de Stamford Hill, par un après-midi de printemps.

Source : Ynet, article d'Itamar Eichner, publié le 11 mai 2026

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L'Union européenne sanctionne des "colons" israéliens : le verrou hongrois a sauté

L'Union européenne sanctionne des "colons" israéliens : le verrou hongrois a sauté

L'Union européenne sanctionne des colons israéliens : le verrou hongrois a sauté

Le lundi 11 mai 2026, l'Union européenne a franchi un pas que beaucoup jugeaient impossible il y a encore quelques mois.

Les ministres des Affaires étrangères des États membres sont parvenus à un accord politique pour imposer des sanctions contre ce qu'ils désignent comme des « colons violents en Cisjordanie ». Des diplomates occidentaux l'ont confirmé à l'agence Reuters.

La décision, longtemps paralysée par un unique veto, est désormais effective : quatre organisations et trois individus israéliens sont visés. Simultanément, dix hauts responsables du Hamas font l'objet de sanctions distinctes.

Le verrou Orbán saute : Budapest n'est plus un bouclier

Pendant des années, Viktor Orbán a joué le rôle de protecteur de facto d'Israël au sein des institutions européennes.
Son veto systématique bloquait toute décision contraignante à l'égard de l'État hébreu, transformant Budapest en rempart que les autres capitales ne pouvaient contourner.

Les règles de l'Union exigent l'unanimité pour ce type de mesures, et la Hongrie en avait fait un instrument diplomatique redoutable. Mais la chute d'Orbán a tout changé.
Dès lors que la protection automatique s'est dissipée, la mécanique européenne a repris son cours. Ce lundi, les vingt-sept ont donc pu voter sans obstacle. Le signal politique est immense : Israël n'a plus de bouclier institutionnel à Bruxelles.

Kaja Kallas et Jean-Noël Barrot : la voix d'une Europe qui veut sortir de l'impasse

La cheffe de la diplomatie européenne, l'Estonienne Kaja Kallas, n'a pas mâché ses mots au lendemain du vote. « Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont approuvé les sanctions contre des colons israéliens en raison de violences commises contre des Palestiniens », a-t-elle déclaré. Puis, dans un avertissement qui résonne comme un principe : « Il est temps de sortir de l'impasse. L'extrémisme et la violence ont des conséquences. »

Son homologue français, Jean-Noël Barrot, s'est montré encore plus catégorique.
« C'est bouclé ! », a-t-il lancé, avant de détailler la portée de la décision.
L'Union européenne sanctionne, selon ses propres termes,

« les principales organisations israéliennes responsables de leur soutien à la colonisation extrémiste et violente en Cisjordanie, ainsi que leurs dirigeants. Ces actes graves et menaçants doivent cesser immédiatement. » Barrot a également évoqué les dix responsables du Hamas visés par les nouvelles sanctions, qualifiant l'organisation de responsable du « massacre antisémite le plus grave de notre histoire depuis la Shoah », un événement au cours duquel 51 ressortissants français ont perdu la vie.

Il a rappelé la vision française d'une solution à deux États, « deux États reconnus et respectés dans leurs droits, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité », une ambition relancée à New York l'année précédente et que, selon lui, « personne ne pourra ébranler ».

Gideon Sa'ar : indignation et contre-offensive diplomatique

La réponse israélienne ne s'est pas fait attendre. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a rejeté la décision avec véhémence.
« Israël rejette fermement la décision d'imposer des sanctions contre des citoyens et des organisations israéliens », a-t-il déclaré, dénonçant un acte « arbitraire et politique » pris
« sans aucune base » légitime, au seul motif des « positions politiques »
des personnes et entités visées.
Mais c'est le rapprochement entre citoyens israéliens et terroristes du Hamas qui a suscité sa plus grande indignation. Il a qualifié cette mise en équivalence de « moralement totalement pervertie » et d'« inacceptable ».

Sa'ar a ensuite haussé le ton sur le fond historique : « Israël a défendu, défend et défendra le droit des Juifs à s'établir au cœur de notre patrie. Il n'est aucun peuple au monde qui dispose d'un droit aussi documenté et ancien sur sa terre que le peuple d'Israël sur la terre d'Israël. C'est un droit moral et historique reconnu également en droit international, et aucun acteur ne peut le retirer au peuple juif. »
Il a conclu en avertissant que « la tentative d'imposer des positions politiques par le biais de sanctions n'est pas acceptable et ne réussira pas ».

Les raisons d'une colère européenne qui couvait depuis longtemps

Pour comprendre cette décision, il faut remonter à une accumulation de tensions que des diplomates israéliens eux-mêmes ont évoquée avant la réunion.
Plusieurs événements récents ont alimenté une profonde irritation en Europe : des actes de violence attribués à des colons, l'adoption d'une législation instaurant la peine de mort pour les terroristes, l'intention déclarée de se retirer de la convention sur le climat et de l'accord de Paris, ainsi qu'une expansion massive de la colonisation en Cisjordanie.

Des diplomates bien informés ont expliqué que les Européens interprètent l'ensemble de ces signaux comme un éloignement délibéré d'Israël des valeurs fondamentales de l'Union.

Or ces valeurs sont explicitement inscrites dans l'accord d'association entre Israël et l'UE, le cadre juridique central qui régit leurs relations bilatérales : Jérusalem s'y engage à respecter la clause relative aux droits de l'homme.
C'est précisément cet engagement que Bruxelles estime aujourd'hui bafoué. L'un des diplomates cités a résumé la situation avec une franchise brutale :
« C'est un développement très mauvais dont on parle. C'est très mauvais pour Israël. Cela signifie qu'il est désormais permis d'imposer des sanctions contre Israël. C'est très mauvais que l'on associe cela aux colonies. »

Une décision symbolique aux conséquences potentiellement durables

Au-delà des noms et des organisations directement touchés, c'est la portée symbolique de cette décision qui marque un tournant. Pour la première fois depuis longtemps, le consensus européen a réussi à se forger sans être torpillé de l'intérieur. La chute d'Orbán a non seulement privé Israël d'un allié précieux, mais elle a aussi ouvert une brèche dans un principe qui semblait immuable : l'impossibilité pratique de cibler des citoyens ou des entités israéliennes par des mesures coercitives européennes.

La simultanéité des sanctions visant à la fois des colons israéliens et des cadres du Hamas témoigne d'une volonté européenne de maintenir une apparence d'équilibre, tout en envoyant un message sans ambiguïté à Tel-Aviv sur les lignes rouges que Bruxelles entend désormais tracer.

La question qui demeure suspendue est de savoir si cette décision constitue un avertissement isolé ou le début d'une normalisation de la pression européenne sur Israël une interrogation que les diplomates des deux bords observeront avec une attention très particulière dans les semaines à venir.

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Les archives du diable : des millions d'Allemands découvrent le passé nazi de leur famille

Les archives du diable : des millions d'Allemands découvrent le passé nazi de leur famille

Les archives du diable : des millions d'Allemands découvrent le passé nazi de leur famille

Il y a des vérités que les familles enterrent soigneusement, de génération en génération, sous des couches de silence et d'oubli soigneusement entretenu.
En Allemagne, ces vérités-là ont un nom, une date de naissance, un numéro de membre, et parfois même un visage. Depuis quelques semaines, elles remontent à la surface avec une brutalité inattendue, grâce à un moteur de recherche qui fait l'effet d'une bombe dans la société allemande.

Onze millions de fantômes surgissent des archives

Tout a commencé par une décision des Archives nationales américaines : rendre librement accessibles au public onze millions de fiches concernant quelque huit millions et demi de citoyens allemands ayant officiellement adhéré au Parti national-socialiste.

Presque un Allemand sur cinq à l'époque. Ces dossiers, consultables sans inscription ni frais sur le site des Archives nationales américaines, sont d'une précision redoutable : nom complet, date de naissance, profession, lieu de résidence, date d'adhésion au parti nazi, numéro de membre. Dans certains cas, la photo du concerné est même jointe au dossier.

Ces fiches ont été constituées immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les forces alliées ont systématiquement interrogé des citoyens allemands sur leur rôle et leurs actions sous le régime nazi.
L'objectif était clair et impitoyable : purger la société et les institutions allemandes de tous les individus qui avaient occupé des fonctions importantes ou influentes au sein du parti. Ce travail de mémoire forcé, ce grand inventaire des complicités, constitue aujourd'hui un document historique d'une valeur inestimable.

Depuis que ces archives ont été rendues accessibles en ligne, elles sont devenues l'un des sujets les plus discutés en Allemagne. Les médias s'en sont emparés, les familles s'interrogent, et le site des Archives américaines croule sous les connexions.
Des millions de visiteurs se succèdent chaque jour, au point que l'accès est devenu quasi impossible tant la demande est colossale.
L'Allemagne, ce pays qui a fait de son travail de mémoire un pilier de son identité nationale, se retrouve face à un miroir qu'elle n'avait pas tout à fait choisi de tenir.

L'homme qui a tout sauvé sous des poubelles

Derrière cette révélation collective se cache une histoire digne d'un roman. Tout repose sur un homme, Hans Huber, directeur d'une usine de papier à Munich-Freimann.
À l'approche de la fin de la guerre, il reçoit l'ordre formel de détruire des tonnes de documents constituant les fichiers des membres du parti.
Plutôt que d'obéir, Huber prend une décision qui changera l'histoire : il récupère l'ensemble des fiches et les dissimule sous des bacs à ordures dispersés dans son usine.

De là, ces précieux documents ont été récupérés par les forces alliées, transférés au Centre de documentation de Berlin-Ouest, puis utilisés comme base du processus de dénazification du pays.
Les Alliés en ont fait des microfilms avant de les confier aux Archives nationales américaines.
En 1990, les originaux ont été restitués aux Archives fédérales allemandes.
L'acte discret et courageux d'un seul homme a rendu possible, quatre-vingts ans plus tard, ce dévoilement de masse.

La loi allemande, bouclier des anciens nazis

Là où l'histoire devient proprement scandaleuse, c'est lorsqu'on compare ce qui se passe aux États-Unis et ce qui ne se passe pas en Allemagne. Car si les Archives américaines ont rendu ces documents accessibles à tous, librement et sans condition, l'Allemagne possède de son côté les mêmes fichiers numérisés. Pourtant, ils restent inaccessibles au public, protégés par la législation sur la protection des données personnelles.

Selon cette loi, l'accès aux documents ne peut être autorisé que dix ans après le décès de la personne concernée, ou cent ans après sa naissance.
Or, le plus jeune adhérent possible étant né en 1928, les archives allemandes équivalentes ne seront théoriquement ouvertes qu'en 2028.
Pendant encore plusieurs années, la loi allemande protège ainsi la vie privée de personnes qui ont participé à l'un des régimes les plus criminels de l'histoire de l'humanité, au nom d'un principe juridique dont l'application, dans ce contexte précis, défie l'entendement moral.

"Les droits des nazis comptent plus que notre droit de savoir"

Gesa Baumann est journaliste à Berlin.
Ces dernières semaines, elle a découvert, grâce aux archives américaines, plusieurs informations qu'elle ignorait sur l'implication de son grand-père dans le Parti nazi.

Ce qu'elle ressent oscille entre soulagement et colère froide.
"C'est simplement incroyable que les Américains aient réussi à nous devancer, y compris dans l'accès aux documents nazis qui nous concernent directement", confie-t-elle. Et d'ajouter, avec une amertume à peine contenue :
"Il s'avère qu'en Allemagne, les droits individuels des nazis sont considérés comme plus importants que notre droit de savoir ce que nos grands-pères et grands-mères ont fait pendant la Shoah."

Elle insiste sur les limites de l'outil. Les listes sont incomplètes : vingt pour cent des fiches ont été perdues ou détruites, et nombre de nazis n'ont tout simplement jamais été enregistrés officiellement. "Mais c'est un début", dit-elle.

"La recherche n'est pas simple, et même quand on trouve quelque chose sur sa propre famille, il faut croiser les informations avec d'autres types de recherches. Mais c'est un point de départ." La journaliste voit dans l'afflux massif de connexions quotidiennes sur le site américain la preuve d'une demande sociale énorme, longtemps réprimée :
"Il y a une volonté profonde, chez des millions d'Allemands comme moi, de chercher courageusement l'histoire de leur famille. C'est particulièrement important aujourd'hui, alors que l'Allemagne connaît une vague d'antisémitisme."

Le poids des silences familiaux

Ce phénomène soulève une question qui dépasse largement les frontières de l'Allemagne. Pendant des décennies, des millions de familles ont vécu avec des secrets tus, des vérités euphémisées, des grands-pères dont le rôle exact dans la mécanique nazie n'avait jamais été clairement élucidé. "Il était fonctionnaire." "Il faisait son travail." "Il n'avait pas le choix."
Ces formules d'évitement, transmises de génération en génération, constituent le vrai tissu de l'amnésie collective.

Les archives brisent ce confort. Elles mettent un numéro de membre, une date d'adhésion, un grade. Elles transforment le flou commode en fait documenté. Pour certains descendants, c'est une libération. Pour d'autres, un traumatisme. Pour tous, une confrontation avec une réalité que la loi allemande, paradoxalement, continuait de protéger.

La mémoire n'a pas de loi de prescription

Cette affaire illustre de manière saisissante la tension persistante entre la protection des données personnelles et le devoir de mémoire collective. Le fait que ce soit le gouvernement américain, et non les institutions allemandes, qui ait rendu ces documents accessibles en dit long. Alors que l'Allemagne a construit une grande partie de son image internationale sur son rapport exemplaire à la mémoire du nazisme, cette situation révèle une faille inattendue : le droit à l'oubli y prime encore, dans certains cas précis, sur le droit à la vérité.

La bonne nouvelle, si l'on peut appeler cela ainsi, est que l'Histoire finit toujours par trouver ses passages. Parfois sous des poubelles d'une usine de Munich. Parfois sur un serveur fédéral américain que des millions d'Allemands se précipitent à consulter, le cœur battant, à la recherche du nom d'un aïeul qu'ils croyaient ne jamais vraiment vouloir connaître.

L’Argentine livre enfin ses nazis : Une Révélation Historique

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Reconnaître les Juifs comme "minorité ethnique protégée" : la proposition audacieuse qui secoue l'Europe

Reconnaître les Juifs comme "minorité ethnique protégée" : la proposition audacieuse qui secoue l'Europe

Reconnaître les Juifs comme "minorité ethnique protégée" : la proposition audacieuse qui secoue l'Europe

À Bruxelles, au mois d'avril dernier, plus de cent chefs de communautés juives venus de toute l'Europe se sont réunis pour un congrès de l'Association des organisations juives d'Europe (EJA). L'ordre du jour n'avait rien d'ordinaire. Sur la table : une proposition inédite, radicale dans sa conception, visant à faire reconnaître juridiquement les Juifs comme "minorité ethnique protégée" dans l'ensemble des États du continent. Une idée qui bouscule les certitudes, relance un débat vieux comme l'Europe elle-même, et répond à une réalité que personne ne peut plus ignorer.

La flambée des actes antisémites dans de nombreux pays, la montée en puissance des discours de haine dans les rues et sur les réseaux, l'incendie de synagogues, des ambulances d'organisations juives de secours attaquées en Grande-Bretagne tout cela pousse les Juifs d'Europe à une question existentielle : quel avenir pour leur communauté sur ce continent ?

Ce que la proposition promet concrètement

Le texte soumis au congrès de Bruxelles est précis et ambitieux. Il vise d'abord à garantir le respect sans discrimination des droits fondamentaux des communautés juives.

Il entend ensuite contraindre les États à organiser un dialogue interculturel et à financer un enseignement qui lui corresponde. Il prévoit également de protéger les pratiques religieuses juives notamment la cacherisation des viandes et la circoncision contre toute tentative d'interdiction, et d'assurer la pérennité des établissements scolaires juifs même là où l'État ne subventionne pas les écoles confessionnelles.

Enfin, et c'est peut-être le point le plus sensible, la proposition exigerait que les autorités publiques financent directement la sécurité des communautés juives.

Car c'est là que le bât blesse le plus cruellement. L'un des avantages majeurs d'un statut de "minorité ethnique" serait précisément d'ouvrir droit à des financements gouvernementaux et européens pour la protection physique des communautés.

Aujourd'hui, dans plusieurs pays d'Europe, ce sont les communautés elles-mêmes qui assument ce coût.
En Grande-Bretagne, des anciens membres d'unités d'élite sont engagés à titre onéreux pour assurer la protection des institutions juives.

En Irlande, le coût de la sécurité lors d'événements communautaires repose sur les participants eux-mêmes.
Le rabbin Menahem Margolin, président de l'Association des organisations juives d'Europe, a confié à Ynet : "Les mesures de sécurité du nouveau jardin d'enfants que nous venons d'ouvrir à Bruxelles coûtent environ un demi-million d'euros portes et fenêtres blindées, portail sécurisé, salle de mise à l'abri, et bien d'autres équipements."
La vraie question dépasse le budget : les États européens sont-ils prêts à assumer la responsabilité de la sécurité de leurs citoyens juifs ?

Une proposition qui divise

L'assimilation des Juifs à une "minorité ethnique" comparable aux Roms ou aux Sames des pays scandinaves ne va pas sans susciter de vives résistances.
En France notamment, où la séparation stricte entre la religion et l'État est gravée dans le marbre républicain, les membres de la communauté se définissent d'eux-mêmes comme des "Français juifs" et non comme une minorité ethnique à part.

La professeure Rosa Friedman, de l'Université de Reading en Grande-Bretagne, qui travaille avec des organisations de défense des droits des minorités et a rédigé le volet juridique du document, reconnaît la difficulté :

"La définition des Juifs est traditionnellement fondée sur la religion, non sur une appartenance ethnique ou linguistique. Cependant, dans au moins sept membres du Conseil de l'Europe, un tel statut existe, reconnaissant des communautés qui possèdent une culture distincte, une identité propre et des liens avec l'Europe qui s'étendent sur plus d'un siècle.
Ce statut a vu le jour dans le sillage des conflits ethniques et religieux dans les États issus de l'ex-Yougoslavie. L'identité juive est bien plus qu'une appartenance religieuse : c'est aussi une identité ethnique et culturelle, avec sa propre langue."

"L'antisémitisme est un poison"

Le congrès de Bruxelles a réuni des personnalités de premier plan. Parmi elles : l'ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, connu pour sa défense sans concession des droits de la communauté juive ; le rabbin Yehuda Kaplan, envoyé spécial américain pour la surveillance et la lutte contre l'antisémitisme ; Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la Commission européenne pour la lutte contre l'antisémitisme et la promotion de la vie juive ; l'ambassadeur Avi Nir-Feldklein, chef de la mission israélienne auprès de l'Union européenne et de l'OTAN ; ainsi que des membres du Parlement européen et des élus de tout le continent. La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a envoyé un long message vidéo dans lequel elle a qualifié l'antisémitisme de "poison" et martelé :

"L'Europe doit être un endroit où les Juifs peuvent vivre en sécurité et sans peur. Un endroit où porter une kippa ne représente aucun danger, et où les enfants n'ont pas besoin d'une escorte armée pour aller à l'école."

Le rabbin Margolin, qui organise ce type de congrès depuis 2014 dans des villes différentes à chaque édition, a expliqué sa démarche :

"Le but de ces rencontres n'est pas seulement de permettre aux gens d'exprimer leur douleur et de parler de leurs difficultés. Il s'agit surtout d'examiner des solutions concrètes et de favoriser la coopération entre communautés pour les faire avancer.
De nombreuses communautés entretiennent des relations prudentes avec les autorités de leurs pays. Il est important qu'elles comprennent qu'il faut parfois se montrer ferme face aux gouvernements. Si l'on se contente de leur dire ce qu'ils veulent entendre, ça ne fonctionne pas. Parfois, les communautés nous demandent de dire la vérité à leur place. Nous sommes prêts à être en première ligne et à 'essuyer les tirs'."

L'Irlande, ou l'exclusion en gants blancs

Orly Dagani, membre du conseil d'administration de l'organisation représentant la communauté juive irlandaise, était présente à Bruxelles pour témoigner d'une réalité particulièrement rude. Installée en Irlande depuis huit ans après que sa famille a erré entre plusieurs pays européens, elle est entrée en activisme après avoir elle-même été confrontée à l'antisémitisme. En Irlande, dit-elle, la méthode n'est pas celle des crachats ou des bousculades. C'est autre chose : "Vous exclure poliment mais radicalement de leur vie."

Le problème des manuels scolaires est également préoccupant.
"Le mouvement BDS a infiltré les syndicats d'enseignants et les contenus sont très unilatéraux", explique-t-elle. "En Irlande, il n'existe aucun contrôle sur les manuels scolaires. N'importe qui peut en publier un, du moment qu'il contient quelques éléments exigés par le ministère de l'Éducation. Et ce ministère refuse catégoriquement de nous aider."

L'ambassadeur qui a refusé de plier

Le congrès a décerné un prix d'honneur à l'ambassadeur américain en Belgique, Bill White, ami du président Donald Trump depuis trente ans, à qui celui-ci a confié une mission spéciale : défendre les droits des Juifs dans le pays.
Cet homme qui se décrit lui-même comme un "diplomate atypique" a eu des mots forts :

"Ça me brise le cœur quand on crache sur un enfant juif ou sur un vieil homme dans les rues d'Anvers simplement parce que quelqu'un pense qu'il représente Israël. Il faut éduquer les gens pour qu'ils fassent la différence entre les choses."

L'ambassadeur White a provoqué une véritable tempête diplomatique lorsqu'il a publié sur les réseaux sociaux que "la Belgique est antisémite", en réaction à des poursuites judiciaires engagées contre des mohels accusés de violences sur enfants. Convoqué au ministère belge des Affaires étrangères, il n'a pas cédé d'un pouce. Ralph Pais, co-fondateur du Centre d'Information et de Documentation juif en Belgique, en tire une leçon politique sans ambiguïté : "La pression extérieure est le seul facteur qui encore retient certains ici.

Quand les États-Unis disent : 'Si vous ne traitez pas correctement les Juifs, nous vous imposerons des sanctions ou nous leur ouvrirons nos portes pour qu'ils partent', les politiques locaux écoutent."

La frontière floue entre antisionisme et antisémitisme

Un autre sujet délicat a occupé les débats : la confusion entretenue entre antisémitisme et antisionisme. La professeure Friedman a posé la question avec une clarté qui tranche : "On peut tout à fait débattre de savoir si ce qui se passe à Gaza relève de la légitime défense ou non. Le droit de manifester sans violence est une composante fondamentale de toute démocratie digne de ce nom. Les gens ont le droit de protester contre des guerres et de critiquer Israël.
Mais ils n'ont pas le droit de harceler, menacer, être antisémites ou pratiquer le doxing."
Elle observe que dans les universités britanniques les plus prestigieuses, la confusion est profonde chez les étudiants :
"Ils ne crieraient jamais 'pas de Bangladais sur le campus'. Quand ils crient 'pas de sionistes sur le campus', ils appliquent à Israël un traitement différent de celui qu'ils réservent à toutes les autres nations. C'est de l'antisémitisme. Si les définitions ne sont pas claires, nous faisons face à un tsunami d'antisémitisme masqué en antisionisme."

Un statut difficile à obtenir, mais nécessaire à revendiquer

L'obtention du statut de "minorité ethnique protégée" dans l'Union européenne est une entreprise titanesque : chaque État membre devrait l'approuver individuellement. Les chances paraissent minces. Mais David Lega, Suédois, secrétaire général de l'Association des organisations juives d'Europe et ancien membre du Parlement européen, soulève un point fondamental :
"La situation des Juifs en Europe varie d'un pays à l'autre et dépend du parti au pouvoir. Dans les pays où les choses vont bien, il y a une grande anxiété avant chaque élection. Dans les pays où la situation est terrible, on espère à chaque fois que les élections apporteront un changement.
C'est absurde, car la sécurité des Juifs en Europe et la survie de la vie juive ne devraient pas dépendre de la couleur politique des gouvernements." Voilà précisément pourquoi, conclut-il, un statut institutionnel stable s'impose pour les communautés juives dans toute l'Europe.

La proposition est audacieuse. Le chemin sera long. Mais quelque chose a changé à Bruxelles en ce mois d'avril : des voix juives ont décidé de ne plus chuchoter.

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Dan Bilzerian et Nick Fuentes : Quand deux apôtres de la haine antisémite s’entre-déchirent

Dan Bilzerian et Nick Fuentes : Quand deux apôtres de la haine antisémites s’entre-déchirent

Quand les apôtres de la haine s’entre-déchirent : l’explosion publique entre Dan Bilzerian et Nick Fuentes

Deux figures majeures de l’antisémitisme numérique américain

Depuis plusieurs années, Dan Bilzerian et Nick Fuentes occupent une place centrale dans l’écosystème de l’extrême droite radicale américaine. Tous deux ont bâti leur notoriété sur un cocktail explosif mêlant provocations, théories du complot, discours antisémites et rhétorique anti-establishment, diffusés quotidiennement à des millions d’abonnés, souvent très jeunes.

Longtemps, leurs univers semblaient converger. Même obsession des élites supposément « contrôlées », même haine obsessionnelle d’Israël et des Juifs, même volonté de transformer les réseaux sociaux en caisse de résonance permanente d’un discours radicalisé. Mais cette alliance de circonstance vient brutalement de voler en éclats dans une querelle publique d’une violence rare, révélatrice des fractures internes de cette mouvance.

L’accusation sidérante de Nick Fuentes

L’affaire débute sur le réseau X lorsque Nick Fuentes publie une série de messages visant directement Dan Bilzerian. Le militant affirme qu’au cours de leur première rencontre, organisée dans la villa de Bilzerian, les invités auraient été priés de laisser leurs téléphones dans une autre pièce avant le début d’une conversation particulièrement sensible.

Selon Fuentes, Bilzerian lui aurait alors demandé « à quel point il serait difficile d’assassiner des ministres du gouvernement israélien ».

L’accusation est d’une gravité exceptionnelle. Elle dépasse de loin les provocations habituelles auxquelles ces deux hommes ont habitué leur audience. Le détail des téléphones écartés intrigue particulièrement : il suggère la conscience d’aborder un sujet qui ne devait laisser aucune trace numérique.

Qu’il s’agisse d’une révélation sincère, d’une exagération ou d’un règlement de comptes opportuniste, cette déclaration expose brutalement ce qui se murmure parfois dans certains cercles radicaux loin des caméras et des réseaux sociaux.

Dubaï, Qatar et FBI : les sous-entendus inquiétants

Fuentes poursuit ensuite ses révélations en affirmant que Bilzerian lui aurait proposé de le rejoindre à Dubaï puis au Qatar. Il affirme avoir refusé cette invitation avant d’ajouter une phrase qui a immédiatement enflammé les réseaux : « En chemin, il a été arrêté par le FBI. »

Aucune preuve publique n’a, à ce stade, confirmé cette affirmation. Mais dans l’univers paranoïaque des influenceurs radicaux américains, où chacun soupçonne l’autre d’être manipulé par des agences fédérales ou des intérêts occultes, ce type d’accusation agit comme une bombe politique.

Fuentes explique d’ailleurs que ses révélations interviennent après que Bilzerian l’a lui-même accusé publiquement d’être un « agent fédéral ». La logique est celle d’une guerre totale : chacun tente désormais de détruire l’autre avec les mêmes méthodes qu’ils utilisent habituellement contre leurs adversaires idéologiques — soupçons, insinuations et accusations impossibles à vérifier.

La contre-attaque brutale de Dan Bilzerian

Dan Bilzerian n’a pas tardé à répondre. Fidèle à son style agressif et provocateur, il a rejeté les accusations de Fuentes en affirmant qu’il « raconte n’importe quoi ».

Très vite, l’échange a dégénéré en avalanche d’insultes et de règlements de comptes personnels. Bilzerian accuse notamment Fuentes de vouloir « saboter quiconque tente de faire quelque chose de positif », formule qui a suscité de nombreuses réactions tant elle contraste avec les contenus radicaux diffusés depuis des années par les deux hommes.

Au-delà des invectives, cette confrontation montre surtout à quel point les alliances dans cette sphère idéologique restent fragiles, souvent construites davantage sur des intérêts communs et une haine partagée que sur une véritable cohérence politique.

Une influence massive sur une jeunesse ultra-connectée

Le danger de cette affaire ne réside pas uniquement dans les accusations échangées. Il tient surtout au poids considérable de ces influenceurs sur les réseaux sociaux.

Dan Bilzerian comme Nick Fuentes disposent d’audiences gigantesques composées en grande partie de jeunes internautes exposés quotidiennement à des contenus où les théories du complot antisémites sont répétées, normalisées et parfois présentées comme de simples opinions « alternatives ».

Dans cet univers numérique, la frontière entre provocation, radicalisation idéologique et banalisation de la haine devient de plus en plus floue.
Les conflits internes de ces figures médiatiques offrent ainsi une fenêtre rare sur les mécanismes d’un milieu qui prospère sur la colère permanente, la désignation d’ennemis et la suspicion généralisée.

L’ombre d’une réunion secrète contre le mouvement “America First”

La rupture intervient également dans un contexte politique particulier. Selon des informations révélées par le The New York Times, plusieurs personnalités influentes de la droite radicale américaine auraient récemment participé à une réunion destinée à contrer le mouvement « America First » associé à Nick Fuentes.

Dan Bilzerian aurait pris part à cette rencontre, tandis que Fuentes en aurait été exclu. Dans un univers où l’influence et la visibilité sont des monnaies aussi précieuses que l’argent, cette mise à l’écart pourrait expliquer le timing particulièrement destructeur
des révélations publiées sur X.

Car dans ces sphères idéologiques, les confidences privées deviennent souvent des armes lorsque les alliances se brisent.

Quand la haine finit par se consumer elle-même

Cette affaire dépasse largement le simple affrontement entre deux influenceurs sulfureux. Elle révèle le fonctionnement d’un écosystème fondé sur la radicalité permanente, où la surenchère devient une nécessité pour conserver visibilité et pouvoir.

Ce qui frappe dans cette guerre ouverte, ce n’est pas seulement la violence des accusations, mais la rapidité avec laquelle deux hommes partageant les mêmes obsessions idéologiques se transforment en ennemis irréconciliables.

Comme souvent dans les mouvements nourris par la haine, l’ennemi extérieur finit par ne plus suffire. Alors le système se retourne contre lui-même, exposant au grand jour ses fractures, ses paranoïas et ses dérives les plus inquiétantes parfois jusque dans les conversations supposées rester secrètes, loin des téléphones abandonnés dans une autre pièce.

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Violences conjugales dans la communauté arabe : frappait sa femme pour une bouteille oubliée

Violences conjugales dans la communauté arabe : frappait sa femme pour une bouteille oubliée

Une bouteille d'eau oubliée. Et elle a payé de son sang.

Un acte d'accusation grave a été déposé ce dimanche devant le tribunal de paix de Hadera contre un résident d'Umm al-Fahm, inculpé pour une série de violences conjugales d'une brutalité glaçante.
Le dossier dresse le portrait d'un homme dont la moindre contrariété du quotidien se transformait en déchaînement de violence contre son épouse et la mère de leur petite fille de trois ans.

Une bouteille oubliée comme prétexte à la torture

En avril 2026, l'homme découvre que sa femme a oublié de glisser une bouteille d'eau dans son sac-repas.
Sa réaction : la saisir par les cheveux, la traîner de pièce en pièce à travers tout l'appartement, puis lui marteler le visage à coups de poing.
Pendant qu'il la roue de coups, il lui lance : "Je vais faire de toi mon esclave." Il lui jette ensuite un support de téléphone à la tête.
Résultat : des œdèmes autour des deux yeux, des contusions profondes.
Deux jours plus tôt, parce qu'elle avait refusé de lui communiquer ses identifiants iCloud, il lui avait asséné des coups de pied dans le ventre et proféré des menaces de mort contre elle et leur enfant, en frappant le sol de ses pieds comme pour mimer ce qu'il s'apprêtait à accomplir.

Une violence systématique, déclenchée par rien

Ce que l'acte d'accusation révèle avec une précision accablante, c'est la logique de cette violence : elle ne répondait à aucune provocation réelle.
En mars 2026, une dispute sur l'heure de préparation du repas pour le ramadan vire au cauchemar. Il empoigne sa femme par les cheveux, la fait tourner autour de la table, lui interdit de manger, jette la nourriture à la poubelle et lance qu'il ira dîner chez sa mère. Un contrôle total sur les gestes les plus élémentaires de la vie quotidienne.

En octobre 2025, elle ne décroche pas à la première sonnerie. Il la traîne jusqu'aux toilettes, la saisit à la gorge et l'étrangle de ses mains nues. Sa mise en garde résonne comme une sentence : "La prochaine fois que tu ne réponds pas au premier appel, je te tue."

La robe, le regard, l'impunité

Le dossier détaille également des actes de violence liés à l'habillement. Une robe qui ne lui convient pas : il la lui arrache du corps, puis la frappe au visage. Pas d'argument, pas de discussion juste la loi du plus fort s'exerçant sur une femme réduite à l'état d'objet.

Les faits remontent en réalité à octobre 2023. Dès cette époque, le même schéma était à l'œuvre. Il avait alors menacé d'enlever leur fille à sa mère, bousculé son épouse avec une telle violence qu'elle avait heurté un porte-manteau, provoquant une blessure à la tête accompagnée de vertiges et de troubles visuels.

Ce que ce dossier dit de la violence domestique

Ce qui frappe dans la lecture de cet acte d'accusation, ce n'est pas seulement la brutalité des actes  c'est leur logique. Chaque violence s'inscrit dans un système de domination totale : surveiller, punir, humilier. La bouteille d'eau, la sonnerie du téléphone, la robe, l'heure du dîner  autant de prétextes interchangeables au service d'une seule ambition : réduire une femme au silence et à la soumission absolue.

Les menaces de mort répétées, proférées devant ou à propos d'une enfant de trois ans, ajoutent une dimension particulièrement glaçante à ce tableau. La terreur ne s'arrêtait pas à l'épouse elle englobait la fille, utilisée comme levier supplémentaire de l'emprise.

Un acte d'accusation. Une histoire trop connue.

La procédure judiciaire est en cours. L'acte d'accusation a été officiellement déposé. Mais derrière les formulations juridiques froides se cache une réalité vécue dans la chair, derrière des portes closes, pendant des années. Une femme battue parce qu'elle avait oublié une bouteille. Une femme étranglée parce qu'elle avait mis trop de temps à répondre. Une femme dont l'existence entière était soumise à l'humeur d'un homme qui la considérait, de ses propres mots, comme son esclave.

Le tribunal tranchera sur les charges. Mais ce dossier, dans sa banalité terrifiante, rappelle une fois de plus que la violence conjugale ne commence pas avec les coups les plus graves elle commence bien avant, dans l'exigence du contrôle absolu.

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BELGIQUE : LA BRIT MILA CRIMINALISÉE — UNE ALARME EXISTENTIELLE POUR LES JUIFS D'EUROPE

BELGIQUE : LA BRIT MILA CRIMINALISÉE — UNE ALARME EXISTENTIELLE POUR LES JUIFS D'EUROPE

BELGIQUE : LA BRIT MILA CRIMINALISÉE — UNE ALARME EXISTENTIELLE POUR LES JUIFS D'EUROPE

Mai 2026. Quelques décennies après la Shoah, des circonciseurs juifs sont traînés devant un tribunal correctionnel en Belgique. Ce n'est pas un roman d'anticipation dystopique. C'est la réalité.

Les faits : une chronologie glaçante

Tout commence en janvier 2024. Une plainte est déposée contre des mohalim de la communauté orthodoxe d'Anvers.

L'auteur de la plainte est Moshe Aryeh Friedman, figure ultra-orthodoxe marginale née à Williamsburg, installée à Vienne puis à Anvers, qui se présente comme « Oberrabbiner titre dont la légitimité est contestée par la Communauté israélite de Vienne, qui l'a exclu en 2007, et par le Consistoire central israélite de Belgique.

En décembre 2006, il avait participé à la conférence négationniste de Téhéran organisée par Ahmadinejad, et le Grand Rabbin d'Israël avait appelé à un herem contre les participants juifs. C'est cet homme, paria de sa propre communauté, qui a déclenché cette procédure.

En mai 2025, la police anversoise a mené des perquisitions au domicile de trois mohalim non médecins pratiquant la Brit Milah, la circoncision requise par la tradition juive.
La police avait exigé la remise de leurs couteaux rituels et la liste des enfants récemment circoncis. Le célèbre mohel d'Anvers, le Rav Aharon Eckstein, ainsi que le Rav Moché David Landau, avaient été arrêtés avant d'être libérés.

La plainte ne vise pas seulement les mohalim : elle accuse également des rabbins et des chefs de dynasties hassidiques qui servaient de « Sandak » (parrain) lors des cérémonies, les accusant d'être « complices de crime ».

En mai 2026, la procédure franchit un nouveau cap : un acte d'accusation a été déposé contre les trois mohalim. Leurs instruments rituels ont été confisqués et il leur est interdit de poursuivre leur activité jusqu'au verdict. 

Ce que dit la Loi belge : un vide juridique qui étouffe la liberté religieuse

La pratique de la circoncision masculine pour des raisons non médicales n'est pas interdite en Belgique, mais elle doit être réalisée avec l'intervention d'un médecin. La loi dit que tout acte médical doit être pratiqué par un professionnel de santé habilité, et cela englobe le geste rituel de la circoncision masculine, qui n'a pas fait l'objet d'une loi spécifique.

Voilà le piège légal : non pas une interdiction explicite, mais un flou législatif qui criminalise de facto une pratique millénaire.
La criminalisation du mohel impose un coût maximal à la liberté religieuse pour un bénéfice marginal et non démontré en termes de santé publique.

Le ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot, en réponse aux critiques internationales, soutient que « des dizaines de milliers de circoncisions rituelles sont pratiquées légalement en Belgique chaque année, sans aucune interférence », et défend l'indépendance de la justice.
Mais cette défense ignore l'essentiel : ce sont des hommes de foi, pratiquant selon les règles de la halakha depuis des siècles, qui se retrouvent devant un tribunal correctionnel. 

Ce que dit la Torah, ce que représente la Brit Milah

La brit mila est une loi centrale et non négociable dans le judaïsme.
C'est l'un des rites les plus anciens et les plus universellement observés par les Juifs, même en temps de persécution. Elle symbolise l'Alliance entre Dieu et le peuple juif depuis
Abraham : « Tout mâle parmi vous sera circoncis. Ce sera un signe d'alliance entre moi et vous » (Genèse 17 : 9-14). Renoncer à la brit milah ou la pratiquer en dehors du cadre halakhique revient pour une famille juive pratiquante à renoncer à un élément constitutif de son identité religieuse.

Ce n'est pas un « acte médical » que l'on peut déléguer à n'importe quel chirurgien. C'est un acte sacré, un pacte cosmique, une transmission de génération en génération. Le mohel n'est pas un praticien de santé  il est le gardien d'une Alliance vieille de quatre mille ans.

La réaction internationale : indignation et cris d'alarme

La condamnation est venue de partout, et elle est sans précédent.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a fustigé :
« Avec cette mesure, la Belgique rejoint aux côtés de l'Irlande une liste courte mais honteuse de pays qui recourent au droit pénal pour poursuivre des Juifs pour avoir pratiqué leur religion. »

Le président de l'État d'Israël Isaac Herzog a déclaré : « En Belgique, des mohels ont été inculpés pour avoir pratiqué la Brit Milah. C'est incompréhensible, scandaleux, et cela ne trouve aucune justification alors qu'il y a quelques décennies, les Juifs de Belgique ont été expulsés parce qu'ils étaient juifs et envoyés dans les camps de concentration et d'extermination. »

L'ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, a qualifié la procédure de « poursuite judiciaire ridicule et antisémite contre trois personnalités religieuses juives d'Anvers », soulignant qu'il s'agit d'hommes de foi pratiquant une tradition millénaire. Il a rappelé la contribution des États-Unis à la libération de la Belgique lors des guerres mondiales et a exigé la fin immédiate des poursuites.

Le Grand Rabbin ashkénaze d'Israël, Kalman Ber, a écrit dans une lettre ouverte : « Il est profondément regrettable que ce pays rejoigne la liste peu flatteuse de ceux qui mènent une guerre contre le judaïsme, considérée dans le monde entier comme une forme d'antisémitisme. »

La réaction de la communauté juive de Belgique : entre traumatisme et résignation

L'Association juive européenne (EJA) a déclaré qu'il s'agissait « d'une nouvelle ligne rouge franchie dans l'intimidation des responsables religieux juifs en Belgique ».

La communauté juive de Belgique est relativement petite, avec un peu plus de 40 000 Juifs dans un pays de quelque 12 millions d'habitants, mais les défis auxquels elle est confrontée sont parmi les plus importants d'Europe. Outre la montée de l'antisémitisme, le pays a été en première ligne des batailles juridiques concernant la shehita (abattage rituel) et la brit mila (circoncision).

La communauté juive demeure par ailleurs la principale cible de menaces terroristes potentielles en Belgique, selon l'organe national d'analyse de la menace (OCAM). La vulnérabilité n'est pas un « ressenti », c'est un paramètre structurel reconnu.

Et maintenant, la question qui résonne comme un coup de tonnerre : faut-il partir ?

"Les Juifs doivent se préparer à quitter la Belgique"

Le président de l'Association juive européenne, le Rabbin Menachem Margolin, a déclaré : « Les Juifs doivent se préparer à quitter la Belgique suite aux poursuites engagées contre les mohalim », ajoutant que son organisation allait tenir une conférence sur la question, y compris sur la possibilité d'émigration.

Le ministre belge des Affaires étrangères a proposé de se rendre en Israël pour tenter de désamorcer la crise diplomatique. Mais aucune diplomatie ne peut effacer ce qui est en train de se passer : pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, des Juifs en Europe sont poursuivis pénalement pour avoir perpétué la pratique la plus fondamentale de leur foi.

L'alarme pour toute l'Europe

Ce qui se passe à Anvers n'est pas un fait divers. C'est un signal. L'Irlande avait déjà arrêté un rabbin londonien pour avoir prétendument pratiqué une circoncision sans les habilitations médicales requises, marquant la première arrestation d'un rabbin en Europe en lien avec une brit milah depuis des années.
Dans certains pays européens, comme le Danemark et la Suède, des législateurs ont envisagé d'adopter une loi visant à interdire complètement la circoncision.

La Brit Milah est dans le viseur de l'Europe. Demain, ce sera peut-être la kippa. Après-demain, les écoles juives.

La question n'est plus abstraite : l'Europe veut-elle encore des Juifs ? Pas des Juifs assimilés, invisibles, sans pratiques gênantes — mais des Juifs vivants, pratiquants, fidèles à leur Alliance éternelle ?

Les Juifs de Belgique, d'Irlande, et bientôt peut-être d'ailleurs, sont en train de se poser cette question. Et la réponse que leur donne l'Europe en ce moment est terrifiante.

L'audience décisive est prévue le 18 juin 2026. La communauté juive internationale retient son souffle.

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“Je vis en enfer” : le cri de Yarden Bibas après la disparition de sa famille par le Hamas -vidéo-

“Je vis en enfer” : le cri de Yarden Bibas après la disparition de sa famille par le Hamas

"Chaque soir, je cherche mes étoiles"

Il a fallu plus d'un an. Un an de silence, de mots ravalés, de douleur portée seul. Et puis, depuis son nouveau foyer sur le plateau du Golan cette maison qu'il avait choisie pour y construire une vie avec Shiri, Ariel et Kfir Yarden Bibas a enfin parlé. Dans un entretien exclusif diffusé ce samedi soir sur la Chaîne 13, il a livré l'un des témoignages les plus bouleversants depuis le 7 octobre. Non pas sur la captivité. Sur l'après.

"Le pire, c'est aujourd'hui"

Yarden Bibas est rentré de Gaza il y a un an et trois mois. Libéré. Vivant. Et pourtant :
"La captivité ne m'intéresse pas. Ce n'est pas la chose la plus terrible qui me soit arrivée dans la vie, et ce n'était pas l'enfer parce qu'aujourd'hui, sans eux, je suis en enfer." Cette phrase dit tout. Elle dit que la libération n'est pas une délivrance. Que rentrer sans les siens, c'est une autre forme de captivité, invisible, permanente, insupportable.

Il se souvient des instants où il ne voulait pas être libéré, tétanisé à l'idée d'affronter la réalité : "Il y avait des moments où je ne voulais pas sortir, parce que j'avais peur de devoir faire face." La peur de quoi ? De la vérité. De ces trois visages absents.

Le matin du 7 octobre : "J'étais prêt à mourir ce jour-là"

Yarden reconstitue avec une précision terrible les premières minutes de ce samedi matin. Les terroristes percent la porte de la pièce sécurisée. Il regarde Shiri. Une seule question : "On se bat ou on se rend ?" Elle répond : "On se rend." Il ouvre la porte.
Quelque chose en lui murmure qu'il va mourir. Alors il tire "comme un fou" en direction de l'entrée. "J'étais prêt à sacrifier ma vie ce jour-là."

Mais avant de sortir, une dernière chose. Un geste qu'une scène antérieure avait gravé en lui comme une blessure : quelques jours avant le massacre, Shiri lui avait dit, alors qu'il partait travailler après une dispute  comme en vivent tous les couples  : "Yarden, peu importe pour quoi on s'est disputés, peu importe si tu es en colère, tu ne sors pas de cette maison sans me donner un baiser." Il lui avait promis que cela n'arriverait plus.
Et ce matin-là, quand le terroriste lui a ordonné de sortir, il a dit : "Une seconde. Un baiser." Le terroriste a acquiescé. Il les a embrassés tous les trois.

"Les Hamas m'ont dit qu'ils étaient morts. J'ai choisi de ne pas les croire"

Pendant sa captivité, ses geôliers lui annoncent que sa famille n'est plus en vie. Il manque de s'effondrer. Puis quelque chose se réveille en lui  non pas le déni, mais le calcul. Il commence à apprendre leur langue, à étudier leurs intonations, leurs regards, pour déceler le mensonge.
"Il y avait des passages où j'avais l'impression qu'ils mentaient vraiment. Et c'est ce qui m'a maintenu." La conviction que Shiri, Ariel et Kfir étaient vivants quelque part n'était pas une illusion c'était une stratégie de survie.

Shiri : "Elle était les 90 % de ce que j'étais"

À l'hôpital Sheba, à peine libéré, il tombe sur les photographies de la captivité de sa femme et de ses enfants. Il ne reconnaît pas Shiri dans cette image cette image devenue symbole d'une guerre entière. "J'ai pensé qu'il était important que les gens sachent qui elle était vraiment. Parce qu'elle n'est pas cette photo elle est tellement plus que ça."

Il parle d'elle avec une tendresse qui brise la voix : "Je ne savais pas qu'on pouvait aimer quelqu'un à ce point. Quand on dit 'ma moitié', elle était bien plus que ça — elle était les 90 %, et moi les 10. Tout ce que j'ai fait de bien venait d'elle."

Ariel, lui, avait "un caractère très fort". Quand il ne pouvait pas atteindre quelque chose, il cherchait un moyen, puis un autre, et s'il échouait encore, il appelait un ami plus grand pour l'aider. Et Kfir. On n'en saura pas davantage certaines choses ne se disent pas, elles se portent.

"Je tue le temps, et le temps me tue"

Chaque nuit, Yarden Bibas sort et lève les yeux vers le ciel. Il cherche trois étoiles, côte à côte. Il leur dit qu'il les aime. "Je sais que je n'ai aucun droit sur ces étoiles. Mais pour moi, ce sont les miennes. Quand toute la journée je me sens perdu, si pendant une seconde, le soir, je sais ce que je cherche ça me donne un moment de paix. Une seconde où je sens qu'ils sont là."

Le reste du temps, tout est combat. "Quand on me demande comment je vais, c'est ce qui m'énerve le plus parce que ça m'oblige à mentir ou à sourire d'un sourire faux." Il ne dort pas, ou presque : "Aller se coucher, c'est s'endormir, et se réveiller pour un nouveau jour où il faut tout recommencer." La guerre, dit-il, se passe dans sa tête, en permanence. Épuisante. Ininterrompue.

Il cite un vers que Shiri aimait : "Lord, I'm just killing time, time's killing me." "C'est comme ça que je vois ma vie maintenant. Je tue le temps, et le temps me tue. Parce que chaque minute sans eux quelque chose en moi meurt."

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