Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
220 000 lecteurs uniques par mois à son actif.

En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

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Mon expérience est le résultat de 22 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

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Les articles de Claudine Douillet

Noam Bettan : l'enfant de Grenoble qui a renversé l'Europe et cette "Michelle" qui intrigue encore

Noam Bettan : l'enfant de Grenoble qui a renversé l'Europe et cette "Michelle" qui intrigue encore

Qui est vraiment Noam Ben, l'enfant de Grenoble qui chante pour Israël ?

Derrière le prénom et la scène de l'Eurovision se cache un parcours singulier, celui d'un enfant de deux mondes. Noam Bettan est né le 5 mars 1998 à Ra'anana, au sein d'une famille juive française.
Ses parents, originaires de Grenoble, ont quitté la France pour s'installer en Israël dans les années 1990, emmenant avec eux ses deux grands frères.

De cette double appartenance, il a fait un atout artistique et identitaire total. Il se décrit lui-même comme un artiste partagé entre deux cultures :
"Je suis Français : la moitié de mon cœur est française et l'autre moitié israélienne." Trilingue — hébreu, français, anglais  sa carrière musicale débute vraiment après son service militaire.

En 2018, il participe au talent show Aviv ou Eyal où il finit troisième, puis en 2021, il sort son premier single Ba'ir Sheli (Dans ma ville), qui rencontre un vrai succès sur les plateformes de streaming. En 2023, son premier album Me'al HaMayim (Au-dessus de l'eau) atteint la 21e place du classement Spotify Israël. C'est ensuite en remportant le télécrochet HaKokhav HaBa  l'équivalent israélien de Rising Star qu'il décroche son billet pour Vienne. Une ascension méthodique, portée par un artiste qui sait exactement qui il est, et d'où il vient.

"Michelle" : une chanson d'amour, ou une déclaration à la France ?

Le choix du titre n'a pas manqué d'alimenter les spéculations. Michelle prénom français, résonnances universelles  a immédiatement fait naître une théorie persistante : et si Michelle, c'était la France elle-même ?

La rumeur a circulé, nourrie par les évidences biographiques de Noam Bettan et son attachement affiché à la culture française.

La réalité est à la fois plus simple et plus subtile. Michelle est une ballade classique sur un amour toxique entre le chanteur et la femme du même prénom.
Mais le choix de ce prénom résolument français, dans une chanson qui comporte des passages en français, en hébreu et en anglais, et se présente comme une ode à l'amour cosmopolite, ne doit évidemment rien au hasard.

La France tient une place centrale dans l'univers musical de Noam Bettan : c'est grâce à son interprétation de Formidable de Stromae qu'il s'est révélé lors de ses premières participations télévisées, avant de reprendre Dernière Danse d'Indila en finale de HaKokhav HaBa  la chanson qui lui a ouvert les portes de l'Eurovision.

Quant à ses ambitions hexagonales, Noam Bettan ne les dissimule pas : "Un de mes rêves, c'est de venir en France et d'y faire de la musique, en français." Alors, Michelle est-elle la France ? Officiellement non. Mais symboliquement, difficile de faire la part des choses chez un artiste dont la moitié du cœur, comme il le dit lui-même, bat en français.

Noam Ben : le lendemain d'une deuxième place qui a ébranlé l'Europe

Il y a des retours au pays qui ressemblent à des atterrissages en douceur. Celui de Noam Ben n'est pas de ceux-là. Quand le jeune chanteur israélien a posé pied sur le sol de son pays natal, au lendemain de l'Eurovision 2026, c'était avec dans les bagages quelque chose que peu d'artistes israéliens ont ramené de ce concours : une deuxième place. Pas une consolation. Un véritable choc collectif, une performance qui a sidéré autant le public israélien que le reste de l'Europe.

Une semaine à couper le souffle

Pour comprendre l'état dans lequel se trouve Noam Ben à son retour, il faut se rappeler ce qu'il vient de traverser. Une semaine d'Eurovision, c'est une machine à adrénaline permanente.
Les répétitions, les interviews, les pressions diplomatiques qui entourent toujours la participation israélienne à ce concours, la scène, les caméras, et enfin la grande finale.

Avec Michelle, sa chanson pour l'édition viennoise, Noam Ben a non seulement survécu à cette épreuve, il l'a dominée. La deuxième place obtenue à Vienne a propulsé Israël au sommet du classement européen, dans un concours où chaque point est arraché à la force de la conviction.

Lui-même l'admet volontiers dans la vidéo publiée à son retour : il lui faut encore du temps pour digérer ce qui s'est passé. "Je commence à assimiler l'expérience que nous avons vécue à l'Eurovision", confie-t-il à ses fans, l'air encore habité par la fièvre de ces jours à part.

Sur la route vers le président

À peine rentré en Israël, pas de répit. La première étape officielle de l'après-Eurovision de Noam Ben, c'est une rencontre avec le président Isaac Herzog. Un honneur qu'il ne minimise pas. "Je suis en route pour rencontrer le président, ce qui est un grand honneur", dit-il simplement, avec cette franchise qui est sa marque de fabrique.
Recevoir un artiste qui vient d'hisser son pays à la deuxième place du concours le plus suivi au monde, c'est en effet une démarche naturelle de la part du chef de l'État. Noam Ben n'en fait pas un événement, il le vit comme une suite logique, presque sereine, de cette semaine hors norme.

La reconnaissance d'un public qui ne lâche rien

Ce qui frappe dans les premières paroles de Noam Ben après son retour, c'est l'attention qu'il porte à ses fans. Avant de parler de lui, avant d'évoquer ses projets, il remercie. Longuement, sincèrement. "Je veux profiter de l'occasion pour vous dire encore merci pour tout l'amour infini que vous m'avez donné et pour cette étreinte que je reçois de vous. C'est fou, c'est inimaginable, il me faudra un moment pour assimiler tout ça."
Le ton n'est pas celui du communiqué de presse. C'est un jeune homme qui parle à ceux qui l'ont porté, et qui mesure, peut-être pour la première fois pleinement, l'ampleur de ce qui vient de se produire.

Le public israélien, en effet, ne s'est pas contenté de regarder. Il a vibré, voté, espéré, et finalement célébré comme rarement depuis des années. La deuxième place de Noam Ben à l'Eurovision 2026 est aussi la leur.

Une pause bien méritée avant la suite

Mais après les honneurs, vient l'humain. Et l'humain, là, a besoin de souffler. "Dans quelques jours, je pars en petites vacances, parce que j'en ai besoin Dieu seul sait à quel point", confie Noam Ben avec un sourire qu'on imagine épuisé. Il ne cherche pas à paraître infatigable.

Il est honnête, et c'est précisément ce qui lui a valu l'affection que lui témoignent ses fans depuis des mois. Oui, il part se reposer. Oui, il en a besoin. Une semaine d'Eurovision ne s'absorbe pas en quelques heures.

Ce moment de retrait est aussi une forme de sagesse. Les artistes qui savent s'arrêter sont souvent ceux qui durent. Et Noam Ben, à en juger par ce qu'il vient d'accomplir, semble avoir les épaules pour une longue carrière.

Un avenir chargé de musique et de scènes

Le repos ne sera que temporaire. Noam Ben en est conscient, et ses fans aussi. Avant de raccrocher, il esquisse avec enthousiasme ce qui l'attend à son retour. "Devant nous, il y a un chemin passionnant avec beaucoup de nouvelle musique, énormément de concerts et de rencontres, et je suis très excité." Pas de détails, pas d'annonces fracassantes juste la promesse d'une suite à la hauteur de ce début d'année tonitruant.

La deuxième place à l'Eurovision n'est pas une fin. C'est, pour Noam Ben, le point de départ d'une trajectoire qui s'annonce longue et ambitieuse. Après Vienne, après le président, après les vacances méritées, c'est une nouvelle page qui s'ouvre. Et à en juger par ce que ce jeune chanteur a déjà accompli, elle s'annonce captivante.

Un moment dans l'histoire musicale d'Israël

On aura beau minimiser les enjeux symboliques du concours Eurovision, il reste l'une des plus grandes vitrines musicales que l'Europe offre à ses artistes. Finir deuxième, dans ce contexte, avec tout ce que la participation israélienne suppose de pressions et d'attentes, est une performance remarquable. Noam Ben, lui, semble l'avoir accomplie avec une légèreté et une sincérité qui forcent l'admiration. Il n'a pas gagné. Mais il a conquis. Et souvent, dans une carrière, c'est bien plus précieux.

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L'axe Jérusalem-Abou Dhabi : le grand succès stratégique d'Israël

L'axe Jérusalem-Abou Dhabi : le grand succès stratégique d'Israël

Il est des tournants que l'on ne voit pas venir. L'opération « Rugissement du Lion » n'a pas seulement été une réussite militaire elle a constitué un point de bascule stratégique là où personne ne l'attendait vraiment : dans la relation entre Israël et les Émirats arabes unis.

Sous la pression d'une attaque iranienne sans précédent au printemps 2026, ce qui n'était encore qu'un partenariat discret s'est mué en alliance opérationnelle assumée, visible, testée sous le feu. L'axe existe. La vraie question est désormais de savoir si Israël saura en faire un élément structurant du nouvel ordre régional en gestation.

Une relation bâtie dans l'ombre, révélée par la guerre

L'axe israélo-émirati ne s'est pas forgé en une nuit. Depuis les Accords d'Abraham en 2020, la relation s'est étoffée à un rythme soutenu : ouverture des ambassades, accords bilatéraux économiques et sécuritaires, approfondissement des liens civils.
Mais l'essentiel s'est joué sous la surface partage de renseignements, convergences doctrinales, élaboration progressive d'une perception commune des menaces.

La menace iranienne en constitue le ciment principal.
Pour Israël, c'est une menace stratégique directe et permanente. Pour les Émirats, c'est un défi régional complexe mêlant dimensions militaires, idéologiques et infra-étatiques.
Les attaques houthies de janvier 2022 avaient déjà marqué une inflexion.
Les événements de 2026 ont transformé cette convergence en réalité opérationnelle partagée.

Un bouclier aérien construit ensemble

Entre le 28 février et le 8 avril 2026, les Émirats arabes unis ont subi l'assaut le plus intense jamais enregistré dans le Golfe, constituant la cible principale des frappes iraniennes.

La capacité à absorber des tirs de grande ampleur reposait sur une architecture de défense multi-couches exceptionnelle, fruit d'une politique d'achat diversifiée et d'une résilience systémique patiemment construite.

Dans ce dispositif, les systèmes israéliens Barak 8 et SPYDER occupent une place de choix. Développés en Israël et déployés aux Émirats dès 2022 dans la couche intermédiaire de défense aérienne, ils ont fonctionné aux côtés de systèmes américains et sud-coréens un choix qui n'est pas qu'une solution technique, mais l'expression d'une vision stratégique plus large d'intégration multi-sources.

L'intérêt croissant des Émirats pour des solutions de protection civile développées en Israël traduit un glissement vers une conception élargie de la sécurité, articulant défense aérienne et protection décentralisée des arrières.
S'appuyer sur des systèmes israéliens en temps de guerre tout en voulant construire un dispositif de défense populaire calqué sur le modèle israélien : voilà ce qui marque une montée en gamme décisive dans la relation entre les deux pays.

Le moment inédit : Kippat Barzel déployé sur sol émirati

Le moment le plus dramatique est survenu en plein combat. Israël n'a pas simplement transmis un savoir-faire ou livré des équipements il a déployé sur le sol émirati une batterie du Dôme de Fer et y a envoyé du personnel pour l'opérer.
Un acte sans précédent dans les relations de défense entre Israël et un État du Golfe.
Ce geste marque le passage explicite d'une coopération technologique à un partenariat opérationnel en temps réel.
Et ses implications dépassent largement le champ militaire.
Peu après les combats, les Émirats ont annoncé leur retrait de l'OPEP.
Décision économique ?
Certes. Mais également acte hautement stratégique, intervenant dans le contexte d'une exposition sécuritaire inédite. Elle reflète une volonté affirmée de redéfinir la marge de manœuvre d'Abou Dhabi et de bâtir une politique étrangère véritablement autonome une politique fondée sur des partenariats nouveaux, flexibles, à forte coloration sécuritaire.
La cristallisation de l'axe israélo-émirati est là pour le confirmer.

Le Golfe de Somaliland à la mer Rouge, des intérêts qui se superposent

L'Iran n'est pas le seul point de convergence. Les intérêts stratégiques israéliens et émiratis se rejoignent sur une géographie bien plus large, qui s'étend de la mer Rouge au théâtre yéménite.

Sur le dossier du Somaliland, Israël a provoqué un séisme diplomatique mondial fin 2025 en reconnaissant officiellement son indépendance une décision motivée par l'intérêt d'Israël à disposer d'un acteur politique ancré sur les rives de la mer Rouge pour surveiller et contenir les menaces dans cette zone cruciale.

Les Émirats, sans reconnaître formellement le Somaliland, le soutiennent concrètement depuis des années, investissant des milliards de dollars dans ses infrastructures et finançant ses forces militaires, rompant ainsi avec le consensus arabe de négation de cette entité.

Les deux pays se retrouvent ainsi, une fois de plus, du même côté, formant un contre-poids au poids grandissant des Houthis sur l'autre rive de la mer Rouge.
Au Yémen, les Émirats ont par ailleurs intensifié leur influence directe sur le gouvernement yéménite légitime, s'écartant de la ligne saoudienne dominante pour défendre ses propres intérêts dans le Golfe et garantir la liberté de navigation et de commerce en mer Rouge.

Ce positionnement émirati autonome envoie à Israël un signal clair : Abou Dhabi est prête à aller à contre-courant du consensus du Golfe pour défendre des intérêts convergents.

Quand les Émiratis révèlent eux-mêmes l'alliance

À l'heure où ces lignes sont écrites, le cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran demeure précaire, après le tir iranien de missiles balistiques en direction des Émirats.
La tension dans le Golfe illustre avec une précision saisissante la collision des intérêts entre Abou Dhabi et Téhéran. Selon des sources étrangères, des systèmes de défense israéliens ont intercepté ces missiles, évitant des dommages bien plus lourds aux infrastructures nationales émiraties.
Plus révélateur encore : un haut responsable émirati a confié à des médias étrangers qu'à la suite de cette attaque contre son pays, les Émirats s'attendaient à une frappe israélo-américaine contre Téhéran dans les vingt-quatre heures.
En disant cela publiquement, les responsables d'Abou Dhabi ont eux-mêmes levé le voile sur l'étroitesse de la coopération sécuritaire avec Israël.

La question n'est plus l'existence de l'axe, mais son avenir

L'opération « Rugissement du Lion » n'a pas créé l'axe israélo-émirati. Elle l'a soumis à l'épreuve du feu et cet axe en est sorti renforcé, visible, opérationnel.
La relation entre Israël et les Émirats arabes unis n'est plus un processus en devenir : c'est une infrastructure stratégique à part entière. Désormais, la vraie question n'est pas de savoir si cet axe existe. Elle est de savoir si Israël sera capable de l'ériger en composante structurante du nouvel ordre régional qui se dessine.

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Elon Musk promet : la Tesla autonome sur les routes d'Israël avant fin 2026, Miri Regev confirme

Musk promet : la Tesla autonome sur les routes d'Israël avant fin 2026

Musk promet : « J'espère que la Tesla autonome circulera en Israël d'ici la fin de l'année »

Ce lundi matin, plusieurs centaines de dirigeants du secteur des transports et des grandes figures de la mobilité intelligente se sont réunis pour la 9e édition du Samson International Smart Mobility Summit 2026, conférence internationale organisée sous l'égide du ministère israélien des Transports et de la Sécurité routière, en partenariat avec la Fondation Keren Hayesod. Parmi les intervenants, un nom a éclipsé tous les autres : Elon Musk, fondateur et PDG de Tesla, qui s'est exprimé en visioconférence en direct.

Musk en direct depuis les États-Unis, avec une promesse claire

Face à Daniela Gera Margalit, vice-présidente Innovation et Mobilité intelligente au ministère des Transports, Musk a abordé sans détour le sujet de la conduite autonome.
« Nous avons déjà des robotaxis qui circulent avec des passagers, sans chauffeur, au Texas »,
a-t-il déclaré, « et j'espère que cela s'étendra à tous les pays au cours de l'année à venir  y compris Israël. Je ne suis pas certain de l'état de la législation là-bas, mais je pense que l'on peut faire avancer les choses. »
Puis, en guise de conclusion, il a levé le voile sur son ambition : « Nous avons devant nous de grandes collaborations. J'espère qu'avant la fin de l'année, la Tesla autonome le FSD roulera aussi en Israël. »

Le FSD, une technologie déjà à l'œuvre dans le monde entier

Le Full Self-Driving, ou FSD, n'est pas un concept de laboratoire. Le système de Tesla est aujourd'hui considéré comme l'une des technologies de conduite autonome les plus avancées au monde.
Il gère de manière indépendante la navigation urbaine dans toute sa complexité : reconnaissance des panneaux, arrêt aux feux rouges, changements de voie et stationnement. Actuellement opérationnel aux États-Unis, au Canada, au Mexique et en Australie, il vient de franchir une étape décisive en Europe : les Pays-Bas sont devenus, le mois dernier, le premier pays européen à autoriser le système, ouvrant ainsi la voie au reste des membres de l'Union européenne.

En Israël : un feu vert partiel, mais des freins réglementaires persistants

La route vers Israël est tracée, mais les obstacles ne manquent pas.
En février dernier, le ministère des Transports avait bien accordé à Tesla l'autorisation de lancer des essais du FSD sous supervision de conducteur.
Une avancée obtenue à la suite d'une pétition signée par des propriétaires de véhicules Tesla. Mais depuis, aucune mesure réglementaire concrète n'a été engagée pour concrétiser le déploiement à grande échelle.

Car au-delà des essais, intégrer le FSD sur les routes israéliennes implique de surmonter des défis bien précis : révisions des règles d'assurance, ajustements fiscaux, et surtout, un coût du système estimé à 37 000 shekels par propriétaire de Tesla une somme qui ne manquera pas de faire débat.

Miri Regev tranche : « Le FSD sera en Israël. Point. »

Dans la foulée des déclarations de Musk, la ministre des Transports Miri Regev a choisi de hausser le ton et d'aller encore plus loin. « Le FSD sera en Israël. Point. Nous sommes dans la dernière ligne droite des autorisations nécessaires, et lorsque nous lancerons le service, nous ferons venir Musk en Israël. » Une promesse politique forte, à laquelle il faudra désormais des actes réglementaires pour donner corps.

Israël, « numéro 1 mondial » de l'entrepreneuriat selon Musk

Avant de raccrocher, le patron de Tesla a tenu à glisser un éloge appuyé à destination des entrepreneurs israéliens. « Israël obtient des résultats stupéfiants en matière d'entrepreneuriat rapportés à sa taille de population probablement numéro 1 dans le monde », a-t-il affirmé.

Des mots qui sonnent comme un signal d'intérêt commercial autant que comme une politesse diplomatique, dans un contexte où Tesla a tout à gagner à accélérer son expansion sur ce marché technologiquement mature et particulièrement réceptif aux innovations de mobilité.

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Mordu par un serpent sans antidote : comment les médecins israéliens ont sauvé Moshe de justesse

Mordu par un serpent sans antidote : comment les médecins israéliens ont sauvé Moshe de justesse

Mordu par un serpent sans antidote : comment les médecins israéliens ont sauvé Moshe de justesse

Un samedi soir comme les autres, une sortie de voiture dans l'obscurité, des sandales ouvertes aux pieds  et en quelques secondes, une vie bascule. Moshe Koblenz, 38 ans, habitant du village de Tekoa dans le désert de Judée, vient d'être mordu par l'un des serpents les plus dangereux d'Israël. Un reptile pour lequel il n'existe aucun antidote, ni dans le pays, ni ailleurs dans le monde.

Un venin sans remède connu

Ce soir-là, Moshe rentrait d'une longue randonnée dans le désert de Judée, où il travaille dans la logistique et l'organisation d'événements. En descendant de sa voiture dans l'obscurité, il marcha vraisemblablement sur le serpent. La morsure fut immédiate. « Dans la panique, j'ai projeté mes sandales très loin devant moi », se souvient-il.
Durant les premières minutes, il ne ressentit rien. Puis son corps lâcha brusquement. Il s'effondra chez sa voisine, chez qui il s'était traîné pour appeler les secours.
« Je sentais le venin se répandre dans mes veines. Je me suis littéralement écroulé au moment où j'ai réussi à demander de l'aide. J'avais du mal à respirer, je tremblais de tout mon corps dans l'ambulance, et je ne savais pas ce qui allait m'arriver. »

Ce n'est qu'à l'hôpital Hadassah Ein Kerem, où il fut transporté en urgence, que le tableau clinique révéla toute sa gravité. Le serpent en cause n'était pas une espèce ordinaire : il s'agissait du Saraf Ein Gedi  le serpent des cendres d'Ein Gedi , considéré comme le plus mortel des serpents venimeux d'Israël. Et pour son venin, il n'existe à ce jour aucun sérum spécifique, nulle part dans le monde.

Le cœur en péril

Le Dr Roï Kaufman, interniste et cardiologue en formation à Hadassah Ein Kerem, fut l'un des premiers à prendre Moshe en charge.
Dès l'évaluation initiale, le tableau clinique orienta immédiatement vers ce serpent rare.
« L'atteinte cardiaque était le composant principal de son état grave, ce qui nous a conduits d'emblée à suspecter ce type de serpent. C'est le seul dont la morsure provoque un choc d'origine cardiaque. La localisation géographique correspondait également à l'habitat naturel de l'animal », explique-t-il.

Une échocardiographie réalisée en urgence confirma une chute sévère de la contractilité du cœur. Moshe fut transféré en unité de soins intensifs cardiologiques. Son état continuait de se dégrader. Les équipes se préparèrent à l'éventualité d'un effondrement total des fonctions vitales, envisageant même le recours à l'ECMO une machine de circulation extracorporelle qui remplace temporairement le cœur et les poumons.

L'impuissance face à l'absence d'antidote

Le Dr Kaufman consulta le Centre national antipoison ainsi que le Pr Kobi Asaf, spécialiste de médecine d'urgence à Hadassah, expert reconnu des envenimations animales.
La conclusion fut sans appel : « Il était clair qu'il n'existait nulle part en Israël, ni dans le monde, de sérum adapté à ce serpent. Hadassah dispose de sérums contre plusieurs serpents venimeux, mais aucun ne couvre la toxine du Saraf Ein Gedi.
Nous avons alors engagé un traitement intensif associant de l'oxygène à haute dose et des médicaments renforçant l'activité cardiaque et dilatant les vaisseaux sanguins. Nous étions face à une situation mettant réellement la vie en danger. »

Le Pr Asaf, lui, ne cachait pas la rareté exceptionnelle de la situation :
« C'est le deuxième cas de ce type dont j'ai connaissance au cours de toute ma carrière.
On ne rencontre pas souvent des morsures de Saraf Ein Gedi aux urgences, et certainement pas avec une atteinte cardiaque aussi sévère. »

L'épouse face à l'inimaginable

Hadar, la femme de Moshe, n'a pris conscience de l'extrême gravité de la situation qu'en arrivant à l'hôpital. « Sur le moment, nous ne savions pas encore que sa vie était véritablement en danger, confie-t-elle. Selon l'équipe médicale, le comportement de Moshe dans les premières minutes avait été absolument déterminant. Sans cela, nous aurions été dans une tout autre situation. »

Un rescapé, et déjà un second cas

Aujourd'hui, le cœur de Moshe reprend progressivement ses fonctions normales. Il demeure hospitalisé en soins intensifs cardiologiques, mais son état s'améliore.
« Il ne fait aucun doute que son arrivée immédiate dans notre service de cardiologie et la mise en place rapide d'un traitement intensif lui ont sauvé la vie », conclut le Dr Kaufman.

L'histoire aurait pu s'arrêter là si, le lendemain même, un autre drame ne venait rappeler que les serpents ne frappent pas qu'une fois. Un jeune homme de 22 ans a été mordu par une vipère dans une ferme du village de Nahaliel. Après une prise en charge initiale sur place, il a été évacué dans un état grave et instable vers l'hôpital Sheba Tel HaShomer, où les médecins ont réussi à le stabiliser. Plongé dans un coma artificiel et sous ventilation mécanique, son état demeure sérieux mais stable.

Deux hommes. Deux serpents. Un seul message, cinglant : dans le désert de Judée, même la nuit la plus ordinaire peut basculer en quelques secondes et parfois, il n'existe aucun antidote pour vous sauver, si ce n'est la rapidité des soins humains.

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Et si ce monde tragique était le meilleur des mondes possibles ? Un génie l'a démontré il y a 300 ans

Et si ce monde tragique était le meilleur des mondes possibles ? Un génie l'a démontré il y a 300 ans

Il a inventé le calcul infinitésimal, préfiguré l'ordinateur trois siècles avant son existence, et tenté de démontrer l'existence de Dieu par la seule force de la logique.

Gottfried Wilhelm Leibniz, génie universel du XVIIe siècle, n'était pas homme à se fixer des limites  pas même celles du divin.

Sa Théodicée, publiée en 1710 et traduite en hébreu pour la première fois en 2024, reste l'un des paris intellectuels les plus audacieux de l'histoire de la pensée : prouver que notre monde, avec toutes ses horreurs, est le meilleur des mondes possibles.

Une idée que Voltaire a tournée en ridicule, et qui n'a jamais cessé de nous hanter.
Il y a des hommes dont la vie entière ressemble à une démonstration mathématique : chaque étape s'enchaîne avec une rigueur implacable, chaque découverte ouvre sur une autre, et l'on finit par se demander si le résultat final n'était pas inscrit dans les prémisses depuis le départ.

Gottfried Wilhelm Leibniz est de ceux-là. Né à Leipzig en 1646, mort à Hanovre en 1716, il a traversé son siècle comme une comète philosophe, mathématicien, diplomate, bibliothécaire, théologien à ses heures laissant derrière lui un sillage d'idées si fulgurantes que certaines ont mis trois siècles à trouver leur plein usage.

L'homme qui inventait tout

Mathématicien de génie, Leibniz invente indépendamment de Newton le calcul infinitésimal et révolutionne la logique en concevant une « caractéristique universelle ».
Ce projet pharaonique rien de moins qu'un langage formel universel permettant de calculer la vérité comme on calcule une somm préfigure avec une précision troublante ce que nous appelons aujourd'hui l'informatique.

Il parvient à anticiper les outils informatiques à plus de trois siècles de distance avec le calculus ratiocinator, qui permet d'opérer des calculs complexes. Le code binaire que manipule chaque ordinateur du monde porte, quelque part dans son ADN invisible, l'empreinte de cet homme qui n'avait pas encore de machine pour le faire tourner.

Mais Leibniz ne s'arrête pas aux mathématiques. Son appétit intellectuel est d'une nature proprement monstrueuse : il veut tout comprendre, tout relier, tout ordonner.
La physique, la métaphysique, le droit, la diplomatie, la théologie rien ne lui échappe. Dans l'histoire allemande de la pensée et des idées, il est considéré comme l'un des derniers génies universels.
Un titre qui, à mesure que la connaissance humaine s'est fragmentée en spécialités étanches, est devenu presque inimaginable. On ne fait plus de Leibniz aujourd'hui. On n'en a peut-être plus les moyens.

Le problème qui empoisonnait les nuits des théologiens

Au tournant du XVIIIe siècle, Leibniz se penche sur une question qui agite les esprits depuis des siècles et qui n'a rien perdu de son venin : si Dieu est bon, tout-puissant et omniscient, pourquoi le mal existe-t-il ? Pourquoi les innocents souffrent-ils ? Pourquoi l'injustice prospère-t-elle sous le regard d'un créateur supposément bienveillant ?
C'est le scandale théologique que les philosophes grecs avaient déjà pressenti, que les croyants de toutes traditions ressassent en silence, et que les athées brandissent comme leur argument le plus dévastateur.

Leibniz forge à cette occasion le terme même de « théodicée » la justification de la bonté de Dieu malgré le mal inhérent au monde. L'ambition est démesurée, la méthode caractéristique : il va s'attaquer à Dieu comme à un problème mathématique, avec la même rigueur froide qu'il applique aux équations différentielles.

Le meilleur des mondes possibles

La Théodicée de 1710, seul ouvrage philosophique publié de son vivant, développe sa solution au problème du mal et sa justification de la bonté divine.
La thèse centrale, à la fois audacieuse et contre-intuitive, est que notre monde avec ses guerres, ses épidémies, ses deuils et ses catastrophes est littéralement le meilleur des mondes possibles.
Non pas parce qu'il serait parfait, mais parce que Dieu, en créateur rationnel, a nécessairement choisi parmi tous les univers concevables celui qui maximise le bien global.
Pour Leibniz, même les maux apparents ont leur place dans un ordre divin plus vaste qui vise à réaliser un bien supérieur.

Pour illustrer cette conviction, il recourt à une parabole. Un personnage nommé Théodore s'interroge sur pourquoi Jupiter, roi des dieux, permet aux hommes d'être mauvais s'il est tout-puissant. Jupiter l'envoie auprès de sa fille pour qu'elle lui montre tous les mondes possibles  et qu'il constate par lui-même que le nôtre, en dépit de ses noirceurs, demeure le meilleur de tous. Leibniz croit que chaque chose, bonne ou mauvaise, sert en définitive une finalité parfois cachée à nos yeux limités. Tous les événements convergent, au bout du compte, vers le bien ultime.

La solution proposée par Leibniz est subtile : elle consiste à saisir l'écart qui existe entre un monde absolument parfait et ce monde le meilleur créé par Dieu le meilleur possible, mais pas sans péché ni sans mal, pas sans tache ni dissonance. Nuance capitale que ses détracteurs s'empresseront d'ignorer.

Voltaire et la riposte cruelle

La réponse ne se fit pas attendre. Quelques décennies après la mort de Leibniz, Voltaire publie Candide et y caricature impitoyablement la philosophie leibnizienne à travers le personnage du Docteur Pangloss, qui répète « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » au milieu des massacres, des tremblements de terre et des génocides.
La satire est féroce, le succès immédiat, et la réputation de Leibniz en France s'en trouve durablement entachée. Le concept de meilleur des mondes possibles sera ainsi raillé par Voltaire dans le conte philosophique Candide.

Ce jugement expéditif est pourtant injuste. La caricature est sévère et illégitime, car Leibniz n'est pas sans connaître la difficile relation entre l'idée d'un monde le meilleur possible et l'existence incontestée du malheur, voire du mal. Il ne prêche pas la naïveté béate, il propose une architecture métaphysique rigoureuse ce qui est tout différent. Vouloir l'ignorer, c'est préférer la facilité de la moquerie à l'effort de la compréhension.

Dieu, cet architecte mathématicien

Ce qui rend Leibniz véritablement fascinant, c'est la cohérence profonde entre sa philosophie de Dieu et sa philosophie des mathématiques.
Pour lui, les lois qui régissent le cosmos peuvent être exprimées en termes mathématiques, ce qui témoigne de l'ordre et de la structure inhérents à la création divine.
Cette approche mathématique reflète une réalité ontologique : l'univers est construit sur des principes rationnels. Dieu n'est pas un poète romantique qui improvise la création dans un élan d'enthousiasme c'est un architecte rigoureux, un mathématicien suprême qui a optimisé son œuvre selon des critères de perfection absolue. Sa démonstration que notre monde constitue « le meilleur des mondes possibles » s'appuie sur l'analyse des mondes possibles et la perfection du choix divin, révélant la sophistication de sa théologie rationnelle.

Cette intuition traversera les siècles. En 1963, le physicien Paul Dirac, dans ses carnets scientifiques, évoquera à son tour « un Dieu mathématicien de très haut niveau » pour décrire la stupéfiante adéquation entre les structures mathématiques abstraites et les lois fondamentales de la physique. Il n'est pas théologien il constate. La même perplexité admirative que Leibniz avait mise en mots trois siècles plus tôt.

L'héritage d'un incompris

L'une des choses les plus remarquables chez Leibniz est peut-être la patience que ses idées ont exercée à son égard. Le calcul binaire qu'il développe en curiosité philosophique attendra trois cents ans pour devenir le fondement de la révolution digitale.

Ses intuitions sur la logique formelle germeront lentement avant d'éclore en mathématiques modernes au XIXe siècle. Même sa théodicée, si souvent maltraitée, continue d'alimenter des débats philosophiques et théologiques d'une vivacité intacte.

Il y a quelque chose d'étrangement leibnizien dans ce destin posthume. Lui qui croyait que rien n'est perdu, que chaque chose sert une fin qui nous dépasse, lui qui voyait dans le temps une variable et non un obstacle peut-être aurait-il souri, sans surprise, à l'idée que ses meilleures semences avaient besoin de quelques siècles pour donner leur fruit.

Son optimisme n'était pas la résignation des impuissants ni l'aveuglement des satisfaits. C'était quelque chose de plus rare et de plus difficile : une confiance raisonnée dans l'ordre caché des choses, portée par un homme qui avait consacré sa vie entière à en déchiffrer les équations.

 

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Qatar : le gaz comme destin, Ormuz comme sentence

Qatar : le gaz comme destin, Ormuz comme sentence

Le Qatar face à une menace sans précédent

La guerre contre l'Iran et la fermeture persistante du détroit d'Ormuz sont en train de porter un coup dévastateur au Qatar, l'un des plus grands exportateurs de gaz naturel au monde.

En l'espace de quelques semaines, c'est l'édifice entier sur lequel cet émirat a bâti sa fortune depuis des décennies qui se fissure. L'une des nations les plus puissantes du Moyen-Orient se retrouve aujourd'hui face à une menace d'une nature et d'une ampleur qu'elle n'avait jamais connues.

Quand le gaz ne coule plus

Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz en février, le Qatar n'a pratiquement plus exporté de gaz naturel liquéfié depuis ses côtes. Pour un pays dont plus de 60 % des revenus reposent sur le gaz et les produits énergétiques, il ne s'agit pas d'une turbulence passagère mais d'un choc systémique qui menace la prospérité spectaculaire que l'émirat a connue ces dernières années. L'or bleu qui a transformé ce petit État du Golfe en puissance financière mondiale est désormais bloqué, sans accès à la mer.

L'Iran a aggravé la situation en frappant au cœur de l'appareil productif qatari. Des missiles et des drones ont visé les installations gazières stratégiques de Ras Laffan, endommageant des équipements vitaux et réduisant de 17 % la capacité de production du pays pour les années à venir.
C'est l'épicentre de l'industrie pétrolière et gazière qatarie qui a été touché : la plus grande infrastructure d'exportation de gaz naturel liquéfié au monde, désormais mise à l'arrêt.

Des milliards engloutis chaque jour

Selon des estimations publiées par le New York Times, même si le détroit d'Ormuz venait à rouvrir prochainement, il faudrait des années au Qatar pour retrouver ses niveaux de production d'avant-guerre.

Les analystes estiment que Qatar Energy, la compagnie nationale, a déjà perdu plusieurs milliards de dollars. Et chaque jour supplémentaire de fermeture du détroit coûte au pays des centaines de millions de dollars supplémentaires en manque à gagner sur les ventes et les droits de transit. Ce n'est plus une hémorragie, c'est une exsangue à ciel ouvert.

Sur le terrain, l'image est saisissante. Le centre industriel de Ras Laffan a fermé ses portes, les routes sont bloquées, les grues du port de Hamad se dressent immobiles dans un silence inhabituel. À Doha, la capitale, hôtels de luxe, boutiques haut de gamme et sites touristiques enregistrent une fréquentation anormalement faible.

Le nombre de visiteurs étrangers a chuté brutalement, sous l'effet des avertissements aux voyageurs et de la crainte d'une nouvelle escalade régionale une crainte d'autant plus vive que les spéculations sur une possible reprise des hostilités avec l'Iran se multiplient.

Un talon d'Achille géographique

Le Fonds monétaire international prévoit désormais une contraction de 8,6 % de l'économie qatarie cette année. En parallèle, des entreprises internationales continuent de rapatrier leurs employés, inquiètes de l'instabilité persistante.
La crise a mis en lumière une vulnérabilité structurelle que le Qatar n'a jamais réussi à surmonter : sa dépendance quasi totale au détroit d'Ormuz.
Contrairement à l'Arabie Saoudite ou aux Émirats arabes unis, qui disposent de routes d'exportation alternatives contournant ce point de passage stratégique, le Qatar n'a aucun itinéraire de substitution. Ormuz est son unique porte de sortie vers le monde.

Cette dépendance ne se limite pas au gaz. Le Qatar importe environ 90 % de sa nourriture, et la fermeture maritime l'a contraint à acheminer ses approvisionnements par voie aérienne à un coût prohibitif ou à les faire transiter par l'Arabie Saoudite. L'émirat qui affichait l'un des revenus par habitant les plus élevés de la planète se retrouve aujourd'hui à gérer, dans l'urgence, sa sécurité alimentaire.

La façade de la stabilité

Face au désastre, les autorités qataries s'emploient à projeter une image de calme et de maîtrise. L'État continue de subventionner les produits importés pour éviter une flambée brutale du coût de la vie susceptible d'alimenter la tension sociale.
Du côté des agences de notation, S&P a maintenu la note de crédit du Qatar inchangée, soulignant les réserves financières colossales accumulées au fil des années grâce aux revenus gaziers.
C'est là la seule vraie bouée de sauvetage du pays : une épargne souveraine suffisamment massive pour absorber, pendant un certain temps encore, l'absence totale de revenus gaziers.

Les économistes estiment en effet que même si les recettes gazières venaient à disparaître pendant plusieurs années, ces réserves permettraient au Qatar de continuer à payer les salaires de ses fonctionnaires et à maintenir les services essentiels.

Mais cette assurance ne suffit pas à dissiper toutes les craintes.
Les autorités exercent une pression croissante sur les multinationales pour qu'elles maintiennent une activité pleine et entière, afin d'éviter une fuite des capitaux et des compétences étrangères. Car c'est là que réside le vrai danger : si les entreprises s'effondrent ou quittent le territoire, c'est toute la main-d'œuvre expatriée sur laquelle repose l'économie qatarie qui risque de disparaître à son tour, et rapidement.

L'ébranlement d'un mythe

En moins de trois mois, la guerre a fait voler en éclats l'image d'une puissance intouchable. Le Qatar avait su, pendant deux décennies, naviguer avec une habileté remarquable entre les grandes puissances régionales et mondiales, finançant à la fois Al Jazeera et des fonds d'investissement à Paris, Londres ou New York, accueillant des bases militaires américaines tout en entretenant des relations avec Téhéran tout en finançant aussi le Hamas organisation terroriste.

Cette diplomatie de l'équilibre, cette neutralité calculée, lui avait valu une forme d'immunité que beaucoup lui enviaient.

Aujourd'hui, le détroit d'Ormuz a révélé ce que tout le monde refusait de voir : derrière les gratte-ciel de Doha et les fonds souverains vertigineux, le Qatar reste une petite péninsule enclavée, dont le destin économique est suspendu à un seul point de passage maritime.

La guerre n'a pas seulement endommagé des infrastructures elle a mis à nu la fragilité fondamentale d'un modèle de puissance entier.

Et aucune réserve financière, aussi colossale soit-elle, ne peut remplacer indéfiniment le gaz qui ne coule plus.

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« Le rituel est terminé » Violences sexuelles rituelles en Israël, 4 thérapeutes brisent le silence

De droite à gauche : Dre Dafna Armon, l’assistante sociale Tanya Oren-Chipman, Dre Sharon Levy et Dre Inbal Brenner. « Il est aussi humainement difficile de croire qu’un tel mal existe. »

« Le rituel est terminé » Violences sexuelles rituelles en Israël : quand des soignantes brisent le silence

Sources : Ynet / Yedioth Aharonot (Haim Rivlin, Shomrim — 14 mai 2026), Israel Hayom, N12/Mako, archives de la Knesset d'Israël, ritualabuse-israel.org

« Le rituel est terminé » Violences sexuelles rituelles en Israël

« Le rituel est terminé » Violences sexuelles rituelles en Israël

 

Le moment où elles ont décidé de parler

Les histoires ont commencé à leur parvenir l'une après l'autre.
Des patientes et des patients entraient dans leur cabinet et commençaient à décrire des abîmes d'une cruauté difficile à contenir.
Et elles, qui pensaient avoir tout entendu, qui avaient travaillé sur tous les types de traumatismes les plus bouleversants, ont fini, au fil des années, par comprendre qu'il se passait ici quelque chose d'autre.
Que le phénomène connu sous le nom de « violences rituelles » se produit aussi en Israël, dans le plus grand secret et que presque personne n'en parle.

Aujourd'hui, après avoir entendu ensemble plus de cinquante témoignages différents, elles ont décidé de fissurer le mur du silence. Trois psychiatres le Dr Inbal Brener, le Dr Sharon Levy et le Dr Dafna Armon  et une assistante sociale, qui entendent régulièrement leurs patients évoquer le phénomène et voient sur leurs corps les preuves physiques de ce qu'ils décrivent, ont déclaré publiquement et avec courage : oui, des violences rituelles existent en Israël, et en nombre non négligeable.

Oui, il y a des femmes et des hommes, majoritairement des enfants, qui subissent des rituels sadiques et violents comportant le plus souvent des agressions sexuelles, des composantes cultuelles et de lourdes manipulations psychologiques.
Et oui, parmi les agresseurs, il y a des rabbins, des médecins, et même des allégations concernant un juge. Il faut d'abord croire les victimes et partir en guerre contre ce phénomène.

Une déclaration institutionnelle sans précédent

La Société israélienne pour la promotion du diagnostic, du traitement et de la prévention des agressions sexuelles  la HIPM  rattachée à la Confédération médicale israélienne, a publié un appel exceptionnel.

Dans ce texte, qui regroupe l'avis de psychiatres, de pédiatres, de médecins de famille et de gynécologues, de psychologues et de travailleurs sociaux, il est écrit :
« Les violences rituelles et les réseaux organisés d'agression sexuelle sont un phénomène réel et reconnu à travers le monde, et aussi en Israël, qui exige une réponse institutionnelle, thérapeutique et juridique urgente et approfondie. »

Les membres de cette société soulignent que les connaissances professionnelles accumulées
« témoignent de l'utilisation de pratiques de violence sophistiquées, destinées à obtenir un contrôle total de la conscience et du comportement des victimes ».
Ces violences comprennent « l'utilisation délibérée de mécanismes d'intimidation et de menaces extrêmes, combinés à des techniques visant à créer une dissociation et une rupture psychique », dans le but de « créer des schémas comportementaux contraints et un oubli programmé ».

La société appelle également à la création d'une unité d'enquête spécialisée, indépendante et autonome, en raison de « la possible implication de personnages de pouvoir et d'influence dans ces réseaux ».

Cette déclaration a été publiée dans le sillage du débat public relancé par la mort tragique de Shoshana Strook, fille de la ministre Orit Strook, dont les témoignages publics accusant sa propre famille de violences rituelles depuis son enfance avaient provoqué une onde de choc en Israël avant son décès en mars 2026.
La HIPM a précisé que sa déclaration ne fait pas référence à un cas particulier, mais répond au déferlement de déni qui a suivi : des rabbins, des politiciens et même des journalistes ont tenté de nier l'existence même du phénomène en Israël.

Le Dr Inbal Brener : quinze ans de témoignages

Le Dr Inbal Brener, psychiatre, est l'une des fondatrices et la présidente de la HIPM depuis sa création en 2019. Elle dirige également la clinique de traumatologie sexuelle au centre de santé mentale Lev HaSharon. Elle a rencontré au fil des années des dizaines de patientes ayant subi ce type de violences.

Elle explique à Shomrim ce qui a motivé cette prise de position publique : le discours extrême qui s'est développé sur les réseaux sociaux, devenu à la fois politique et niant toute réalité, avec des formulations du type « ça n'existe pas », « c'est de l'hystérie », « c'est une invention », « comment peut-on croire des femmes folles » ce discours ne fait qu'amplifier le traumatisme.
« Nous avons compris que nous devions faire entendre notre voix et nous tenir aux côtés de nos patientes. C'est un phénomène réel. »

Elle précise qu'il n'existe pas un seul réseau en Israël derrière tous les cas :
« J'ai rencontré de nombreux cas en Israël. Certains semblaient liés entre eux et il était possible d'identifier un lien par des noms ou des lieux similaires. Les pratiques se ressemblent, et elles ressemblent aussi à ce que l'on observe ailleurs dans le monde, sans que les réseaux se connaissent. »
Elle ajoute que ces réseaux existent dans tous les secteurs de la société israélienne religieux et laïc confondus.

Après quinze ans de travail clinique auprès de milliers de victimes et de supervision professionnelle, le Dr Brener décrit ce qui distingue ces violences des agressions ordinaires : elles surviennent à un très jeune âge, elles sont systématiques et organisées, elles impliquent de nombreux participants, parfois des personnes puissantes et influentes, et parfois des intérêts économiques liés au trafic et à la pornographie enfantine. « Il s'agit d'un système d'intérêts étendu », dit-elle.

Le Dr Sharon Levy : l'organisation du groupe

Le Dr Sharon Levy, psychiatre, décrit la dimension collective et méthodique de ces violences. Les abus sont commis par un groupe dans lequel chaque participant remplit une fonction précise : l'un dirige la cérémonie, un autre photographie ou filme les actes. Ce caractère organisé distingue radicalement ces violences des agressions individuelles et confirme l'existence de réseaux structurés.

Le Dr Dafna Armon : là où règnent le pouvoir et l'influence

Le Dr Dafna Armon, directrice du département de traitement des personnes souffrant de stress post-traumatique, a rapporté avoir entendu des témoignages mettant en cause des médecins agissant délibérément au détriment de leurs propres patients dans le cadre de ces systèmes. Elle a également recueilli des récits faisant état d'accouchements conduits dans l'obscurité totale. Elle souligne la constante qui unit tous ces faits : on retrouve ces pratiques partout où règnent le pouvoir et l'influence.

Les mécanismes de contrôle et d'intimidation

Le Dr Brener décrit avec précision les mécanismes sophistiqués et cruels que les agresseurs utilisent pour rendre la révélation presque impossible.
Lorsque des enfants sont contraints de porter atteinte à d'autres enfants, il se crée en eux un sentiment de culpabilité, comme s'ils étaient eux-mêmes les agresseurs. Ces violences s'accompagnent souvent de menaces graves : « Si tu parles, nous te tuerons », « nous éliminerons ta famille »  parfois prononcées par des membres de la famille eux-mêmes impliqués ou encore « personne ne te croira, tu es folle. »

Elle identifie plusieurs facteurs qui expliquent la difficulté à évaluer l'ampleur du phénomène : la dissociation est particulièrement marquée chez les victimes, les méthodes de contrôle utilisées par les agresseurs empêchent les victimes d'agir librement, et la honte présente dans toutes les agressions sexuellesest ici démultipliée par la nature collective et rituelle des actes. « Tout ce qui est connu des agressions sexuelles ordinaires dans l'enfance existe ici, mais à une échelle différente », précise-t-elle.

Ce que les données internationales révèlent

La HIPM a récemment publié une revue de la littérature internationale sur le sujet. Dans une enquête menée auprès de 2 709 psychologues aux États-Unis, 13 % ont déclaré avoir travaillé au cours de la dernière décennie avec au moins une personne survivante de violences sexuelles rituelles. Au Royaume-Uni, 38 % des 222 psychologues cliniciens interrogés ont répondu de manière similaire. Dans une autre étude britannique, 211 cas de violences sexuelles organisées ont été signalés sur une période de quatre ans.

En Israël, aucune donnée chiffrée sur l'ampleur du phénomène n'a encore été collectée à ce jour. C'est l'un des vides que les professionnels de santé cherchent à combler, car sans données, aucune mobilisation institutionnelle n'est possible.

La parole des survivantes

N., survivante de violences rituelles, résume avec une précision déchirante ce que ces traumatismes ont fait à son rapport à elle-même.
Dans la maison où elle a grandi, son corps ne lui appartenait pas. C'était le corps d'une inconnue sur lequel n'importe qui pouvait faire n'importe quoi.
Elle décrit avoir appris à dissocier, à laisser son corps derrière elle, à obéir à une logique ou à quelque chose de prévisible, à continuer de respirer alors que ceux qui étaient censés la protéger étaient précisément ceux qui la détruisaient.

L'avocate Tanya Oren-Chifman, qui a recueilli plusieurs témoignages dans le cadre de son travail, a expliqué qu'une de ses clientes lui avait décrit très clairement comment elle s'était retrouvée dans une situation de vulnérabilité extrême. L'avocate a appris plus tard, par diverses sources et d'autres personnes, qu'un membre de la famille avait littéralement « sacrifié » cette femme comme s'il s'agissait d'une victime désignée.

Yael Ariel, elle-même victime de violences rituelles sur une longue période allant de ses 5 ans à ses 20 ans, a témoigné à la Knesset.
Elle a déclaré avoir été forcée à commettre des actes contre d'autres enfants, avoir reçu des menaces après avoir rendu son histoire publique, et avoir déposé une plainte à la police qui a été classée après quelques mois.
Elle a dit avoir recueilli les témoignages de dizaines de femmes qui lui ont fait part d'une implication de médecins, de rabbins haut placés, de membres des forces de l'ordre, d'enseignants, et de membres de la Knesset passés et en exercice.
« Je peux donner des noms. Le fait que nous fassions entendre notre voix à la Knesset aujourd'hui est un moment historique. »

Yael Shtrit, victime de violences rituelles de ses 3 à 6 ans puis de ses 12 à 22 ans, a décrit devant la commission parlementaire le processus de « programmation » auquel des enfants en bas âge sont soumis par le biais du viol et du sadisme, de manière à ce qu'ils obéissent sans que personne autour d'eux ne le sache.
Elle a décrit des hommes nus formant un cercle, les enfants transférés de rituel en rituel à travers tout le pays.
Sa thérapeute et le mari et le fils de cette dernière faisaient partie des agresseurs.
« Le cerveau humain ne peut pas absorber cela. Vous ne pouvez pas imaginer ce que signifie programmer une fillette de trois ans par le viol et le sadisme pour qu'ils puissent faire ce qu'ils veulent sans que personne ne le sache. »

Un phénomène qui remonte à la surface depuis 2019

La question des violences rituelles a fait irruption dans l'espace public israélien une première fois en 2019, avec la diffusion d'une enquête télévisée intitulée « HaMakor » (La Source) qui avait révélé une affaire d'abus sexuels organisés présumés impliquant plus de cent enfants dans différents quartiers de Jérusalem.

En avril 2025, le journal Israel Hayom a publié un grand reportage intitulé « Le fond du noir », dans lequel de nouvelles survivantes de tout le pays ont témoigné, décrivant un mode opératoire organisé et similaire.

Quelques semaines plus tard, deux victimes ont témoigné à visage découvert sur la chaîne N12. C'est dans ce contexte, amplifié par la mort de Shoshana Strook en mars 2026 et par le déferlement de déni qui a suivi, que la HIPM a décidé de prendre position publiquement  et que l'article de Haim Rivlin pour Shomrim, repris par Ynet/Yedioth Aharonot sous le titre « Le rituel est terminé », a été publié le 14 mai 2026.

Un débat à la Knesset : des élus, une police, et un mur du silence

En juin 2025, à la suite de l'enquête d'Israel Hayom, une audition d'urgence a été convoquée à la Knesset par la commission pour la promotion du statut de la femme et la commission spéciale pour la jeunesse.
La députée Naama Lazimi a ouvert les débats : « Des décennies de silence, de complicité passive, de dossiers classés le moment est venu de dire la vérité. Ces crimes se produisent en ce moment même, et l'État d'Israël ne peut continuer à ignorer. »

Un second débat s'est tenu le 2 décembre 2025, conjointement par les deux commissions.
La représentante de la police a indiqué que des investigations étaient menées « aux échelons les plus élevés ». Mais les victimes dénoncent une réalité différente : plus de 80 % des plaintes pour infractions sexuelles sont classées sans suite. Plusieurs dossiers concernant des personnalités haut placées auraient été fermés peu après leur ouverture.

Une victime, désignée sous l'initiale R., a témoigné que ses propres enfants avaient rapporté des violences rituelles à la police, laquelle avait reçu des informations impliquant des personnalités très importantes des deux bords de l'échiquier politique. Cette femme n'avait pas revu ses enfants depuis plus de deux ans au moment de son témoignage.

La peur des thérapeutes eux-mêmes

Le Dr Brener exprime également ce que vivent les soignants confrontés à ce phénomène. « Quand on commence à s'attaquer à des forces importantes et je ne suis pas quelqu'un qui voit des complots partout cela fait peur. »
Elle rapporte que des patientes lui ont confié avoir hésité à se confier à des thérapeutes, par crainte que ces derniers ne soient eux-mêmes compromis. Les soignants et leurs équipes se retrouvent souvent dans un état d'impuissance et d'appréhension à l'idée de se trouver impliqués.

Elle décrit ce que vivent ses propres patients en ce moment : ils entrent sur les réseaux sociaux, où le sujet est partout, et ce qu'ils reçoivent en retour c'est « vous êtes folles », « vous inventez », « on ne peut pas croire des femmes dérangées », « vous calomniez des gens. » Ce sont des voix qu'ils ont entendues de leur entourage pendant des années.

Des rabbins, des médecins, un juge : des agresseurs protégés par leur statut

Les témoignages convergent autour d'un profil commun des agresseurs : des personnes qui exercent une autorité, qu'elle soit religieuse, médicale, judiciaire ou politique.
Des rabbins sont nommément mis en cause dans plusieurs affaires. Des médecins sont cités comme participants actifs. Des allégations concernent un juge. La communauté ultra-orthodoxe est mentionnée dans plusieurs témoignages, mais le secteur laïc l'est tout autant.

Le Rav Tsvi Tau, président de la yeshiva Har HaMor et figure de proue du sionisme religieux (parti Noam), a fait l'objet d'une enquête policière ouverte en novembre 2022 après les plaintes de Néhama Tana, qui l'accusait de l'avoir agressée sexuellement lorsqu'elle était mineure.

Une seconde plaignante a suivi, alléguant un viol commis quarante ans plus tôt.
La police de Lahav 433 l'a convoqué à une audition sous avertissement en mars 2023.
Le dossier, transmis au parquet de Jérusalem, a été renvoyé à la police pour complément d'enquête après de nouveaux éléments de renseignement.
Selon Haaretz (août 2025), la clôture du dossier était envisagée faute de preuves suffisantes, les enquêteurs ayant buté sur un « mur du silence » dans l'entourage du rav et de sa yeshiva.

Le Rav Shmouel Elyahu, qui préside un tribunal rabbinique traitant des agressions sexuelles, a pris position en sens contraire : il a affirmé qu'il n'aurait jamais existé une seule preuve ou un seul témoignage sérieux de violences rituelles commises par des rabbins ou des personnalités publiques. Cette position de déni est contestée par les professionnelles de santé qui ont observé et documenté les conséquences physiques et psychologiques de ces violences sur leurs patients.

L'absence de définition légale : un vide qui protège les agresseurs

L'un des obstacles les plus graves à la lutte contre ce phénomène est l'absence, en droit israélien, de toute définition légale spécifique des violences sexuelles rituelles.
Cette lacune juridique complique les poursuites, désarme les enquêteurs et prive les victimes d'un cadre adapté à la nature particulière des traumatismes qu'elles ont subis.
La Knesset a reçu un rapport de recherche détaillé sur ce vide législatif. Plusieurs institutions ont reconnu ne pas disposer de données suffisantes pour estimer l'ampleur réelle du phénomène — ce qui constitue en soi un problème grave, car sans chiffres, aucune mobilisation de ressources institutionnelles n'est possible.

Croire les victimes : un impératif moral et politique

L'absurde logique de l'incrédulité est résumée dans une formule rapportée par des survivantes : « Plus la violence subie est grave et cruelle, moins on a de chances d'être cru. C'est précisément ce qui permet aux violences rituelles de continuer à exister. »

La militante et survivante Hagar Feldman, qui a témoigné à la Knesset en décembre 2025 et s'est vu opposer un arrêt de sa prise de parole par des conseillers juridiques, a formulé l'enjeu en termes simples : « Traiter une plaignante de folle, ce n'est pas écouter. C'est un moyen de faire taire. Et chaque fois qu'on fait taire quelqu'un qui parle de ce qu'on lui a fait, on retient des milliers d'autres personnes de parler et des enfants qui, en ce moment même, subissent ce que ces femmes ont subi. »

Les quatre soignantes qui ont pris la parole dans l'article de Ynet terminent sur la même exigence : il faut d'abord croire les victimes puis agir. Les centres d'aide aux victimes d'agression sexuelle ont déjà reçu plus de quarante témoignages de violences sexuelles rituelles. Les professionnelles estiment que ces témoignages ne représentent que la partie visible d'un phénomène qui pourrait concerner des milliers de victimes à travers tout le pays. Le rituel, lui, n'est pas encore terminé.

Cet article s'appuie sur le reportage de Haim Rivlin publié sur Shomrim le 19 mars 2026 et repris par Ynet/Yedioth Aharonot sous le titre « תם הטקס » le 14 mai 2026, ainsi que sur des informations publiées par Israel Hayom, N12/Mako, les archives de la Knesset et le site ritualabuse-israel.org. Les noms des victimes ont été volontairement protégés conformément aux usages journalistiques en matière de violences sexuelles.

Le Miracle des portes fermées par Claudine Douillet

Le Miracle des portes fermées par Claudine Douillet

Le Miracle — Chapitre I

Aujourd'hui, j'ai assisté à un miracle.

Et non, je ne parle pas d'eau qui se transforme en vin, ni d'une apparition dans le ciel. Un miracle, dans sa définition la plus honnête, c'est parfois simplement ça : la rupture d'un cycle. La fin d'une série d'épreuves qui s'enchaînaient les unes aux autres comme des wagons d'un train qu'on ne voulait plus voir passer.

Je vais vous le raconter. Entièrement. Parce que vous aussi, un jour, vous en vivrez un  et je veux que vous sachiez le reconnaître quand il frappera à votre porte.

Parce que les miracles, ils arrivent à tout le monde. La différence ? Certains les appellent des miracles. D'autres les appellent un concours de circonstances.

Une sœur, un lien, une histoire

J'ai une sœur. Plus jeune que moi.

Et depuis qu'elle est petite, je l'ai maternée  naturellement, instinctivement, sans même y penser. Quand on était jeunes, les solutions étaient simples. On voyait un problème, on disait y'a qu'à, et ça marchait. Cette magie de l'évidence, ce luxe des solutions faciles.

Mais avec les années, les vies s'alourdissent. Les problèmes changent de nature. Et ce qui était léger devient complexe, non pas comme un poids à porter, mais comme une équation dont les variables se multiplient.

Les enfants ont grandi. Ils ont quitté le nid  et disons-le sans fard, ni chez elle ni chez moi ils ne se distinguaient par leur présence. C'est le sort de la majorité des mères qui ont tout donné : un beau matin, la maison se vide, et on se retrouve face à soi-même.

Face à qui on était avant.

Avant le mariage. Avant les enfants. Avant de conditionner chaque rêve à eux.

Parce que voilà ce qu'on ne dit pas assez : nous avons été éduquées pour fonder une famille. C'était le projet, le sens, la destination. Et une fois qu'on y est arrivées, une fois que les enfants volent de leurs propres ailes... on se retrouve avec quelque chose d'inattendu.

Du temps.

Et l'imagination pour en faire quelque chose.

L'idée qui surgit d'un caddie

Ma sœur, elle, avait le temps. Mais chaque jour qui passait lui rappelait qu'il filait entre les doigts. Pas de travail. Pas de rentrée suffisante. Un avenir flou qui ressemblait de plus en plus à une impasse.

Et puis, un matin banal, je rentrais de mes courses.

Je regardais mon caddie.

Et là  je ne sais pas comment vous expliquer ça autrement j'ai eu la sensation étrange de me dédoubler. Comme si je me regardais moi en train de regarder mon caddie. Un instant suspendu, presque irréel.

Et l'idée a jailli.

Nette. Évidente. Avec cette brutalité des bonnes idées qui font se demander : mais comment personne n'y a pensé avant ?

Cette idée, c'est pour ma sœur. La pensée était là, immédiate, sans hésitation. Et si on le faisait bien vraiment bien c'était un véritable business.

Je l'appelle. Je lui envoie un premier prototype généré avec ChatGPT. Elle adore. Elle part immédiatement chercher les matériaux pour créer un proto physique.

Dans la nuit qui suit, moi, j'imagine autre chose.

Je vois le produit. Je vois comment le vendre. Un monogramme. Des couleurs précises. Une pochette sobre, vendue sur un site. Un univers. Une identité. Et surtout  et c'est là que nos visions ont commencé à diverger ni elle ni moi ne devions apparaître.

Quand je lui en parle le lendemain, elle voulait poster ça sur Facebook. J'ai dit non, catégoriquement.

Le produit devait exister seul. Nous, on susciterait le désir. En coulisses. Fondatrices mystérieuses.

Même la société n'aurait pas nos noms seulement celui du produit. Nous pouvions racheter des gérants. L'objectif n'était pas fiscal en tout cas, ce n'est pas la première idée qui m'était venue, je vous laisse deviner ce qui l'avait précédée 😄  mais de ne pas enfermer ce produit dans une case. Pas un sous-produit communautaire, pas une niche.

Un accessoire mondial.

Rien que ça.

Mais j'avais les années de rédaction derrière moi. Je savais qu'on pouvait y arriver. Pour ne jamais avoir à se dire ah, si on avait su.

Alors j'ai agi vite : enveloppe Soleau pour protéger l'idée, dépôt à l'INPI, achat du nom de domaine. Elle, elle créerait le patron et réaliserait le prototype.

La dynamique était là. Enfin.

Le premier mur

Le lendemain, ma sœur appelle.

— On a un problème. La machine à coudre est tombée en panne.
— On peut la réparer ?
— C'est la quatrième fois. Et avec un tel produit, on ne peut pas se permettre des points irréguliers.
— Combien coûte une machine neuve ?
— Environ 1 700 euros.

1 700 euros.

Elle au chômage. Moi naviguant à vue. Le bateau de notre beau projet prenait l'eau avant même d'avoir quitté le port.

Elle évoqua des crédits. Trop coûteux. Trop longs. Je me résignai à l'attente de jours meilleurs, me consolant avec cette pensée : au moins, on sait que c'est faisable. Seule une machine nous sépare du prototype.

Les jours passèrent. Les semaines aussi.

Les portes fermées

Et puis un soir, ma sœur m'appelle. On parle de sa maison qu'elle essaie de vendre depuis des mois à un prix plus que raisonnable, zéro visite. Elle veut se rapprocher de Bordeaux ou rentrer sur Paris. Trouver des opportunités. Son chômage s'arrêtait dans neuf mois. Le toit demandait 1 500 euros de réparations urgentes.

Elle était prête à faire des ménages. De la vente. N'importe quoi. Mais rien ne se déclenchait.

Et là, au détour de cette conversation, elle me raconte quelque chose d'étrange.

Quelques nuits plus tôt, alors qu'elle s'endormait dans l'angoisse les sueurs froides, les pensées qui tournent en boucle elle avait entendu une voix.

Pas la sienne.

"MEZOUZOT."

Elle avait cru avoir rêvé. Elle avait tenté de se rendormir.

À l'aube : même voix. Même mot. "MEZOUZOT."

Pragmatique, elle est allée faire vérifier ses mézouzot au Beth Habad du coin. Verdict : elles sont cachères. Rien à remplacer.

Elle les récupère, mais quelque chose en elle ne se satisfait pas de cette réponse. L'intuition restait là, obstinée.

Elle appelle alors le Centre Loubavitch de la rue Lamartine, à Paris. Raconte tout. Le rabbin lui assure : si on lui a dit que c'est cachère, il faut l'accepter.

Et là, ma sœur lui répond , et j'aurais adoré être dans cette conversation :

"Vous savez, quand une femme est enceinte et qu'elle sent qu'il y a un problème avec son bébé, malgré tous les examens négatifs... la mère le sait avant que ça n'apparaisse sur les écrans."

Silence. Puis le rabbin dit : envoyez-les moi.

Quelques jours après, c'est lui qui rappelle.

Vous aviez raison, chère madame. L'une de vos mézouza est psoula  totalement invalide. Il faut la remplacer.

Par curiosité, elle demande quelles lettres avaient été effacées.

La réponse la fige.

Toute une phrase du parchemin avait disparu : "Les portes "Dalet" sont fermées."
"היום, השמים.le ו de servire Ashem ד"

Les portes. Fermées.

Elle comprend tout, d'un coup. Toutes ces prières. Tous les psaumes récités dans le noir. Tout ça... bloqué. Comme si quelqu'un avait mis une main devant une bouche.

Déborah et le ciel qui s'ouvre

L'histoire aurait pu s'arrêter là, non ? Ce serait déjà beau. Déjà suffisant.

Mais non. Elle continue.

De mon côté, je traversais quelque chose de douloureux. Deux de mes filles qui avaient coupé le contact.  J'étais au bout du rouleau et je ne dis pas ça à la légère. Je comprenais qu'il ne servait à rien de s'accrocher, mais la douleur, elle, s'accrochait à moi.

J'avais besoin d'en parler. Et de couper.

J'appelle Déborah

Déborah,c'est ce genre d'amie rare celle qui écoute vraiment, qui ne juge pas, qui a toujours les bons mots au bon moment. C'est elle qui m'avait hébergée quand j'avais voulu être présente à la naissance de ma petite-fille, alors que ma fille ne voulait pas me recevoir chez elle.
C'est elle qui m'avait prêté une somme conséquente pour remettre en état mon appartement après le départ d'un locataire peu délicat. Déborah, c'est la définition de quelqu'un qui agit.

Ce soir-là, on parle pendant presque deux heures. On parle de mes filles. On se projette vers un voyage en Europe j'aurais voulu les Cordillères des Andes, mais va pour l'Europe mystique, comme elle dit. Ce qui compte, c'est le voyage, pas la destination.

Et puis, vers la fin, elle me demande :

— Comment va ta sœur ?

— Tu ne vas pas le croire... On avait un projet extraordinaire, et juste au moment du prototype, la machine à coudre a lâché.

Un silence.

Et puis, comme venu d'ailleurs :

Je lui fais le chèque pour sa nouvelle machine. Tout de suite. Entre femmes, il faut s'entraider.

Je suis restée sans voix.

Je n'avais pas demandé. Je n'y avais même pas pensé dans le contexte de cette conversation  c'était la dernière chose dont on avait parlé, presque en passant.
Et en quelques secondes, ce mur qui semblait si solide, si définitif, venait de s'effondrer.

Je lui propose qu'on attende d'en parler à ma sœur d'abord, de mettre en place une reconnaissance de dette, les garanties nécessaires. Elle accepte sans hésiter.

Et après avoir raccroché, j'ai eu cette sensation rare.

J'avais touché une partie du ciel.

Moi qui étais au fond sans nouvelles de deux de mes filles, sans envie, sans élan  ce geste venait de me rappeler que la vie voulait encore de moi. Qu'il restait des choses à faire. Que la générosité existait encore, sans calcul, sans contrepartie.

Ça m'a rappelé cette phrase du Messie récalcitrant :
"Si tu as un problème, c'est que tu cherches un cadeau."

Ce soir-là, j'avais trouvé le mien.

Un miracle.

Mais évidemment... ça ne s'arrête pas là.

Le lendemain, ma sœur appelle.

— Tu n'aurais pas quelque chose à m'annoncer ?
— Déborah t'a appelée, c'est ça.
— Oui, me dit-elle, avec cette voix d'enfant qu'elle retrouve parfois.

Tout semblait parfait. Elle était en voiture, elle arrivait devant chez elle.

Et là, j'entends :

Tiens... c'est bizarre. Mon portail refuse de s'ouvrir.

Je ne pouvais pas imaginer qu'un autre blocage attendait. Ni que ce portail fermé allait, lui aussi, avoir deux sens.

Les "portes " le Dalet, la lettre en hébreu qui signifie porte manquante dans le parchemin de la mezouza venaient de parler en bloquant le portail.
Fin du Chapitre I
Pour lire la suite :
Chapitre II

 

Michael Jackson : génie, fragilité , castration chimique , accusations, ce que l'on sait vraiment

Michael Jackson : génie, fragilité , castration chimique , accusations, ce que l'on sait vraiment

MICHAEL JACKSON

Génie, Fragilité & Accusations

Un portrait équilibré, à la lumière du biopic 2026 et des procédures judiciaires

Un astre hors du commun

Quand le biopic Michael a été annoncé, puis projeté sur les écrans en avril 2026, deux camps se sont immédiatement formés. D’un côté ceux qui saluent enfin une oeuvre à la mesure du génie.
De l’autre, ceux qui reprochent au réalisateur d’avoir soigneusement mis sous le tapis les accusations de pédophilie qui ont accompagné la carrière de Michael Jackson de son vivant et qui continuent, post mortem, d’alimenter un débat passionné.

La vérité, comme souvent, résiste aux deux caricatures. Il y a d’un côté le génie incontestable, incontestablement singulier, et de l’autre une vie intime trouble, une psychologie blessée, et un dossier judiciaire qui n’a jamais permis de condamner l’artiste.
C’est cette complexité que cet article souhaite décrire, sans hagiographie ni lynchage.

 Un génie façonné par la souffrance

Il n’y a pas de superlatif assez grand pour saluer son génie artistique. Michael Jackson avait incontestablement quelque chose en plus, quelque chose d’indéfinissable que ses contemporains n’ont jamais égalé. Voix, danse, sens du spectacle, composition : le personnage transcendait toutes les catégories.

Mais ce génie a un prix. Joe Jackson, père tyrannique, a soumis ses fils à un entraînement musical implacable dès l’enfance. Michael, le plus talentueux d’entre eux, était aussi le plus exposé à cette violence. Il était à la fois la poule aux oeufs d’or et le souffre-douleur. Contrairement à ses frères plus âgés, Michael était la cible privilégiée de la violence psychologique et physique de Joe précisément parce qu’il était le plus talentueux, le plus sensible, et le plus exposé.

Ce paradoxe explique beaucoup de choses dans la psychologie de l’artiste : une timidité maladive, un refus systématique du conflit, une fuite des rapports frontaux. Michael ne se confrontait pas. Il détournait, contournait, évitait. Il lui faudra des décennies pour enfin se débarrasser, au moins partiellement, de l’emprise de son père.

Pourtant, étrangement, Michael était aussi un leader. Seul à défier son père à sa façon, seul à imposer sa vision artistique, seul à briser les frontières raciales de MTV dans les années 80. Jamais un frère Jackson n’a été capable de ce que Michael accomplit seul.

Plus tard, Michael reconnut lui-même que l’entraînement militaire imposé par son père dès l’âge de cinq ans avait construit les fondations de son talent. C’est là toute la tragédie : le bourreau était aussi le créateur.

Michael n’avait pas d’amis. Sa célébrité aidant, il avait développé une forme de paranoïa. Il s’entourait d’animaux, d’enfants, c’est-à-dire comme il le dit lui-même de tout ce qui ne pouvait pas l’attaquer, le brutaliser. Les enfants et les animaux représentaient pour lui un espace d’innocence, un refuge hors du monde des adultes qui l’avaient trahi depuis l’enfance.

 La thèse de la castration chimique : un élément décisif trop peu évoqué

C’est peut-être l’élément le plus déterminant de toute cette affaire, et l’un des moins évoqués dans les débats publics.

La voix de Michael Jackson n’avait rien de naturel

Le professeur Alain Branchereau, dans un entretien accordé au journal Libération, avance une hypothèse médicale solidement documentée : la voix de Michael Jackson n’aurait jamais mu. Non pas parce que la nature l’avait épargné, mais parce que l’on aurait chimiquement empêché sa puberté d’advenir.

Le médecin fait savoir que l’anti-hormone mâle est apparue dans les années 1970. La famille Jackson aurait alors eu recours à un traitement expérimental à base de cyprotérone, un antiandrogène puissant, afin de régler ce qui était perçu comme un problème disgracieux la mue inévitable de la voix d’un enfant-chanteur mais aussi, et surtout, de protéger la mine d’or que représentait cette voix cristalline.

Le but était double : empêcher la puberté, donc empêcher la mue. Et il semble avoir été atteint.

Les indices physiques et vocaux

Les éléments convergent pour soutenir cette thèse. Michael Jackson a conservé sa voix cristalline durant toute son adolescence et jusqu’à l’âge adulte, sans jamais traverser cette fameuse « période blanche », ce temps d’un à deux ans pendant lequel un enfant-chanteur réapprend à maîtriser sa voix après la mue. Aucune telle période blanche n’a jamais été observée dans la carrière de Michael Jackson.

Par ailleurs, la transformation physique de Jackson est atypique : apparition d’un duvet mais absence de mue, silhouette qui reste longiligne, traits qui ne se masculinisent pas comme on pouvait s’y attendre. Le professeur Branchereau note que « c’est en cela que le phénomène Jackson est comparable à celui des castrats du XVIIe et XVIIIe siècle, de l’opéra baroque ».

La voix, le corps, l’absence de période blanche : une coéherence avec un blocage partiel ou total de la puberté par intervention médicale.

Les conséquences sur sa sexualité

Si cette thèse était avérée et elle pourrait l’être, notamment par ses frères encore vivants qui auraient forcément été au courant d’injections répétées qui ne pouvaient pas passer inaperçues elle aurait une implication considérable sur toute la question des accusations de pédophilie.

Un homme dont la puberté a été chimiquement entravée est peu susceptible d’avoir une sexualité active au sens classique du terme, a fortiori des pulsions sexuelles violentes et répétées envers des enfants. Il était d’ailleurs considéré par beaucoup comme asexuel.

Ses trois enfants tous biologiquement blancs ne sont vraisemblablement pas ses enfants génétiques. Ils ont été conçus par don de sperme ou mère porteuse. Ce détail, souvent mentionné de façon anécdotique, s’inscrit en réalité dans un tableau cohérent : celui d’un homme dont la vie sexuelle est absente ou profondément atypique.

Si la thèse de la castration chimique était un jour confirmée par des témoignages directs ou des documents médicaux, elle ôterait à jamais une grande partie des doutes de pédophilie.
Non pas parce qu’elle rendrait l’homme moralement irréprochable dans tous ses comportements, mais parce qu’elle rendrait biologiquement et psychologiquement improbable la commission d’agressions sexuelles actives et répétées.

 Les procédures judiciaires : ce que l’on sait vraiment

Quatre épisodes judiciaires principaux jalonnent la vie et la mort de Michael Jackson. Deux de son vivant. Deux post mortem. Dans l’état actuel des connaissances, aucune juridiction n’a validé le récit d’un seul de ses accusateurs.

1. Jordan Chandler (1993) : une plainte civile, une transaction, un Grand Jury qui refuse de renvoyer en jugement

Le 14 septembre 1993, les avocats des parents de Jordan Chandler, alors âgé de 13 ans, déposent une plainte civile contre Michael Jackson, l’accusant d’agressions sexuelles répétées, incluant des actes de masturbation et de fellation. Michael Jackson nie en bloc.

Un document daté du 25 janvier 1994 entend mettre un terme à l’affaire. Le montant de la transaction oscille selon les sources entre 15,3 et 22 millions de dollars. Michael Jackson n’admet en aucun cas les allégations d’abus. L’accord contient une clause de confidentialité réciproque et un abandon croisé de toute action civile actuelle ou future.

Ce que l’on rappelle rarement : la transaction civile n’éteignait pas l’action pénale. L
e District Attorney Thomas Sneddon a saisi un Grand Jury après avoir auditionné environ 200 témoins et conduit des perquisitions de grande ampleur. Ce Grand Jury a estimé qu’il n’y avait pas matière à renvoi en jugement. Les poursuites pénales ont donc été abandonnées.

Le père de Jordan, Evan Chandler, s’est suicidé en novembre 2009, quelques mois après la mort de Michael Jackson. Il souffrait d’une maladie invalidante et était criblé de dettes. Un enregistrement audio circule sur lequel on l’entend annoncer qu’il va engager un « son of a bitch » pour détruire la carrière de Michael Jackson et « obtenir ce qu’il veut ». Un communiqué attribué à Jordan Chandler, non authentifié, a également circulé, selon lequel il aurait été contraint par son père de mentir.

Jordan Chandler lui-même a refusé de témoigner lors du procès de 2005. Sa mère June a pour sa part déclaré en 2005 ne plus avoir parlé à son fils depuis onze ans.

2. Gavin Arvizo et l’acquittement de 2005 : douze jurés unanimes

En 2003, le reportage Living with Michael Jackson, réalisé par Martin Bashir, fait le tour du monde. On y voit Michael Jackson tenir la main du jeune Gavin Arvizo. La famille Arvizo porte ensuite plainte, alleguant des abus survenus en 2002.

Thomas Sneddon, le même procureur que dix ans plus tôt, obtient du tribunal le droit de joindre à cette affaire les éléments collectés depuis 1993. Il identifie sept « special friends » de Michael Jackson, à ses yeux autant de victimes. Parmi eux figurent Jordan Chandler, Wade Robson, Jimmy Safechuck, Macaulay Culkin et Brett Barnes.

Le procès s’ouvre le 31 janvier 2005. Il sera long, spectaculaire, retransmis quotidiennement. Les rebondissements sont nombreux.

Blanca Francia, ancienne employée qui avait prétendu avoir surpris Michael Jackson et Wade Robson sous la douche en train de se toucher, se ravise lors du contre-interrogatoire : elle les avait en réalité vus rire et jouer. Il est noté que ses déclarations initiales avaient été formulées après le versement d’une somme importante par un tabloïd.

Wade Robson, Jimmy Safechuck, Brett Barnes et Macaulay Culkin, tous devenus adultes, sont entendus à la barre. Tous nient tout acte déplacé. Brett Barnes prendra la parole en 2019 pour soutenir Michael Jackson. Macaulay Culkin continue encore en 2026 de défendre férocement la mémoire de l’artiste, déclarant que Michael l’aurait empêché de monter dans un avion en direction de l’île d’Epstein.

Le 13 juin 2005, les douze jurés déclarent unanimement Michael Jackson non coupable de tous les chefs d’inculpation.

3. Wade Robson et Jimmy Safechuck (depuis 2013) : des plaintes posthumes sous haute tension

En 2019, dix ans après la mort de Michael Jackson, M6 diffuse le reportage de Dan Reed intitulé Leaving Neverland. On y voit Wade Robson et Jimmy Safechuck, tous deux anciens amis de Michael Jackson dans leur enfance, se dire victimes d’abus sexuels répétés. Ces deux hommes ont porté plainte, non contre Michael Jackson lui-même, décédé, mais contre la succession, le trust familial et les sociétés de production.

Ce que l’on oublie de préciser : Wade Robson et Jimmy Safechuck avaient tous deux témoigné sous serment en 2005 en faveur de Michael Jackson. Wade Robson avait même été interrogé dès 1993 dans le cadre de l’affaire Chandler, sans signaler le moindre abus.

La plainte de Robson précise que les abus auraient débuté en février 1990, alors qu’il avait sept ans, et se seraient poursuivis pendant sept ans. Il indique que c’est au fil d’une thérapie entamée en mai 2012, après deux dépressions nerveuses, qu’il a « pris conscience » d’avoir été abusé. Ses emails à sa mère Joy, produits sous contrainte judiciaire après qu’il a d’abord nié leur existence, posent des questions troublantes : il lui demande de lui expliquer ce dont elle se souvient de certaines nuits à Neverland, comme si les faits ne lui étaient pas propres.

Jimmy Safechuck, de son côté, allègue des abus « des centaines de fois » survenus entre 1989 et 1992, sans préciser aucune date ni aucun détail dans sa plainte. Il indique que c’est en 2013, à l’annonce de la plainte de Robson, que ses propres souvenirs lui sont revenus.

Les tribunaux ont à ce jour statué uniquement sur la recevabilité des demandes, pas sur leur bien-fondé. Deux décisions de 2020 et 2023 ont permis la poursuite de la procédure. Les juges ont pris soin de préciser, dans chaque décision, que « the truth of those allegations is not an issue here ». Aucune juridiction n’a validé les allégations sur le fond.

4. Les Cascio (février 2026) : une plainte qui soulève autant de questions qu’elle n’en résout

Le 27 février 2026, Edward Joseph Cascio, Dominic Savini Cascio, Marie-Nicole Porte et Aldo Cascio portent plainte pour viols et agressions sexuelles répétées contre la succession et les sociétés de production de Michael Jackson.

La famille Cascio était connue pour être parmi les défenseurs les plus ardents de Michael Jackson. Frank Cascio a publié en 2011 un livre intitulé My Friend Michael : An Ordinary Friendship with an Extraordinary Man dans lequel il écrivait notamment : « Michael’s love for children was innocent, and it was profoundly misunderstood » et que les accusations étaient « all bullshit ». En 2010, la famille Cascio avait été interviewée par Oprah Winfrey et défendait encore chaleureusement Michael Jackson.

La réponse des défendeurs, déposée le 17 avril 2026, apporte des éléments particulièrement éclairants : la famille Cascio aurait menacé dès fin 2019 de porter ces accusations publiquement si elle ne recevait pas une somme importante d’argent. Elle aurait initialement réclamé 213 millions de dollars, puis 44 millions, avant de régler la situation pour 800 000 dollars chacun plus 530 000 dollars annuels.

La plainte de 2026 serait donc une demande d’indemnisation complémentaire à un accord qui existait déjà.

C’est également dans la plainte des Cascio que l’on lit la déclaration selon laquelle c’est en regardant Leaving Neverland en 2019 qu’ils auraient tous les quatre eu comme un flash sur ce qui s’était passé. Ce point est noté avec ironie par l’avocat de la succession.

IV. Michael Jackson protecteur d’enfants ? Les récits alternatifs

Sur les réseaux sociaux, et à travers certains témoignages, circule un récit radicalement différent : celui de Michael Jackson en protecteur d’enfants, notamment contre Jeffrey Epstein.

Macaulay Culkin, l’une des personnes les mieux placées pour témoigner il a passé un temps considérable à Neverland dans son enfance a déclaré début 2026 que Michael l’aurait empêché de monter dans un avion en direction de l’île d’Epstein. Il n’a jamais cessé de défendre férocement Michael Jackson et continue de le faire avec la même conviction.

Brett Barnes, autre « special friend » identifié par le procureur Sneddon, avait également pris la parole en 2019 pour soutenir Michael. Ces deux hommes ont été entendus sous serment en 2005. Leurs témoignages ne vacillent pas.

Ces récits ne constituent pas une preuve d’innocence. Mais ils s’inscrivent dans un tableau d’ensemble complexe que l’on ne peut pas simplement ignorer.

 Ce que l’on peut affirmer, ce que l’on ne peut pas

On ne peut jamais affirmer à 100% qu’un homme est innocent ou coupable. C’est la clé de toute procédure pénale, et c’est ce que les défenseurs comme les accusateurs ont trop souvent tendance à oublier.

Ce que l’on peut affirmer : Michael Jackson a été jugé par douze jurés unanimes en 2005 et acquitté sur tous les chefs d’inculpation. Un Grand Jury avait refusé de le renvoyer en jugement en 1993. Le FBI a enquêté pendant des années et n’a trouvé aucun élément permettant de l’incriminer. Aucune juridiction n’a à ce jour validé le récit d’un seul de ses accusateurs.

Ce que l’on peut également affirmer : sa psychologie était profondément blessée, son rapport à l’enfance pathologique dans sa nostalgie, et certains comportements étaient objectivement inappropriés dormir avec des enfants non apparentés, par exemple.

Ce que l’on ne peut pas encore affirmer, mais qui mérite d’être noté: la thèse de la castration chimique. Si elle était confirmée par des témoignages de ses frères ou des documents médicaux, elle modifierait radicalement la lecture de toute cette affaire. Un homme dont la puberté a été chimiquement bloquée n’est pas l’homme que les accusateurs décrivent.

Comme l’écrit l’analyste juridique qui a étudié l’ensemble des documents de procédure disponibles : « Si un juré était saisi du dossier aujourd’hui, il acquitterait encore certainement Michael Jackson. »

C’est, dans l’état actuel des connaissances, la conclusion la plus juste à laquelle on puisse parvenir.

Article rédigé en mai 2026 Tous droits réservés

Sources : procédures judiciaires publiques américaines (1993-2026), rapports FBI, Libération (Pr. Branchereau), retranscriptions d’audience 2005

Livre : Le Cas Philomène- elles avaient l’élégance du bonheur et la fatigue du naufrage

Livre : Le Cas Philomène- elles avaient l’élégance du bonheur et la fatigue du naufrage
Nouveauté Roman

Le Cas Philomène Paris, cinq amies, et les failles qu'on ne voit pas

 Yohan Perez & Géraldine Claudel · Éditions Fayard, 2026

On pourrait croire, en feuilletant les premières pages du Cas Philomène, qu'on entre dans un Paris de carte postale les terrasses sur les quais de Seine, les rires qui débordent, une bande d'amies soudées depuis la fac, lumineuses et légères comme un jeudi d'anniversaire. Philomène reçoit ses messages WhatsApp, Charlotte récupère ses enfants au volant d'une Porsche Cayenne qu'elle déteste, Isabelle crie dans son téléphone depuis l'antenne d'une radio tout semble presque cinématographique, presque parfait.

C'est précisément là que Géraldine Claudel et Yohan Perez posent leur piège.
Sous la surface chaleureuse et lumineuse de cette amitié à cinq se nichent des secrets inavouables, des blessures silencieuses, des fractures que personne n'ose nommer.
Le Cas Philomène n'est pas un roman sur la chute c'est un roman sur ce qui vient après, sur la manière dont on réapprend à vivre avec ses propres fissures.

« Il existe des silences qui protègent, des secrets qui rapprochent, et des vérités que seuls l'amour et l'amitié savent entendre sans bruit. »

Publié aux éditions Fayard en 2026, ce roman co-écrit est une œuvre de reconstruction  intime, drôle, sensible portée par une écriture à deux voix qui se complètent sans jamais se noyer l'une dans l'autre. Une réussite rare, et un livre qui se referme en vous laissant quelque chose.

Entretien exclusif

Yohan Perez :
« Ce qui est cassé puis réparé devient souvent plus vivant »

Claudine Douillet - En lisant juste la couverture, on cherche immédiatement la femme… et on trouve son nom, Géraldine Claudel . Un livre sur ldéveloppement personnel ?

Yohan Perez - Le Cas Philomène n'est pas un livre de développement personnel au sens classique. Je n'avais pas envie d'écrire un manuel qui explique comment vivre. J'avais envie de raconter des êtres humains. Des gens cabossés, drôles, sensibles, qui avancent avec leurs blessures, leurs contradictions et leurs secrets.

Il y a quelque chose qui me touche beaucoup dans l'idée du Tikoun Olam, cette notion de réparation. On traverse tous des cassures dans une vie : une histoire d'amour, une famille, une amitié, une confiance perdue, parfois même une image de soi. Et ce qui m'intéresse, ce n'est pas la chute. C'est la manière dont on réapprend à vivre après.

Dans le livre, cette bande d'amis semble très lumineuse de l'extérieur. Et puis il y a Paris la plus belle ville du monde les cafés, les discussions, les rires, une forme de légèreté presque cinématographique autour du cas Philomène. Mais derrière cette façade chaleureuse, chacun porte quelque chose d'inavouable. Et peu à peu, la vie va les obliger à regarder leurs failles en face.

Je crois que les lecteurs s'attachent à ça : cette idée qu'on peut être perdu et continuer malgré tout à aimer, rire, espérer. Le roman parle de reconstruction sans jamais oublier la tendresse. Même dans les moments les plus fragiles, il y a toujours une lumière quelque part.

Et au fond, Philomène est peut-être justement ça : la part de nous-mêmes qu'on cherche à réparer.

Claudine Douillet - Pourquoi vous, Yohan Perez  connu pour des livres mystères comme Le Code d'Esther avez-vous co-écrit ce livre ?

Yohan Perez - Depuis toujours, j'aime cette idée de coécriture. J'aime le fait de mélanger les univers, les sensibilités, les vécus. Ça me rappelle beaucoup l'étude des textes dans le Talmud : personne ne détient une vérité absolue, tout se construit dans l'échange, dans la confrontation douce des points de vue, dans les expériences de vie que chacun apporte autour de la table.

La coécriture m'a énormément apporté humainement. J'ai écrit avec des personnes que je n'avais parfois jamais rencontrées physiquement, et je trouve ça fascinant.
Avec Géraldine, c'est exactement ce qu'il s'est passé. Je l'ai découverte à travers ses mots, à travers son blog où il y avait un univers.

L'histoire du Cas Philomène existait déjà depuis longtemps dans ma tête.
Les personnages, les grands axes, les secrets, les blessures… tout cela était déjà construit.
Mais Géraldine a apporté une couleur supplémentaire au roman.
Une sensibilité féminine, une douceur, une façon de faire respirer certaines scènes et certains personnages que je trouve très précieuse.

Et puis surtout, ce livre est nourri de toute une vie de rencontres. J'ai énormément observé les gens. Depuis des années, je collectionne des fragments de conversations, des attitudes, des douleurs cachées, des façons d'aimer, des silences aussi. Tous les personnages de Philomène existent quelque part ils sont inspirés de personnes que j'ai croisées à un moment de ma vie.

Je crois que c'est pour ça que les lecteurs ressentent quelque chose de familier dans cette bande d'amis. On a tous déjà rencontré une Isabelle ou une Philomène quelqu'un qui cache une faille derrière l'humour, quelqu'un qui fait semblant d'aller bien, quelqu'un qui attend qu'on le répare un peu sans jamais oser le demander.

Au fond, écrire, pour moi, c'est ça : prendre des morceaux de vies réelles et leur donner une mémoire commune.

CD - Quelle fracture a été réparée ?

YP - Je crois qu'il y a plusieurs fractures dans une vie. Certaines sont très visibles, d'autres beaucoup plus silencieuses. Elles peuvent être familiales, affectives, professionnelles, spirituelles… et souvent, on ne se rend même pas compte qu'on passe des années à essayer de les réparer.

Tous les livres que j'écris partent finalement de cette idée-là : des personnages cassés qui essaient de continuer à vivre. Pas des héros parfaits. Au contraire. Des gens fragiles, abîmés parfois, qui avancent avec leurs failles, leurs regrets, leurs secrets.
Et puis la vie, doucement, leur offre parfois une possibilité de reconstruction.

Je pense que ça vient beaucoup de mon propre parcours. J'ai toujours été fasciné par la capacité humaine à transformer une douleur en quelque chose de beau.
À comprendre qu'une cassure ne signifie pas forcément une fin.

Je donne souvent cette anecdote parce qu'elle résume bien ce que je ressens profondément.
Quand j'avais 13 ans, je me suis fait renverser par une voiture. À cause de cet accident, je n'ai jamais pu faire ma bar-mitsva. Pendant longtemps, cela est resté comme quelque chose d'inachevé dans ma vie, une petite fracture silencieuse.

Et puis la vie a cette manière étrange de réparer les choses au moment où on ne les attend plus. Cette année, à 54 ans, la date de la bar-mitsva de mon fils tombe exactement à la même date que celle que j'aurais dû vivre moi-même. Nous allons donc faire une double bar-mitsva ensemble.

Je trouve ça bouleversant parce que cela montre qu'il n'est jamais trop tard pour réparer quelque chose. Parfois, le temps ne détruit pas. Il reconstruit autrement.

Et au fond, c'est exactement ce que raconte Le Cas Philomène. Des êtres humains qui pensent avoir perdu une partie d'eux-mêmes et qui découvrent peu à peu que les blessures peuvent devenir des forces.

Il existe une très belle idée japonaise avec le kintsugi : lorsqu'un objet se casse, on le répare avec de l'or. Les fissures ne sont pas cachées, elles deviennent ce qui rend l'objet plus précieux. Je crois profondément à cela. Ce qui est cassé puis réparé devient souvent plus solide, plus profond, plus vivant.

CD - Racontez-nous cette rencontre avec Géraldine Claudel…

YP - Je suis toujours parti d'un principe très simple : dans la vie, c'est beaucoup plus fatigant d'être méchant que d'être gentil. Être gentil, ça coûte moins d'énergie, ça fait mieux dormir et, accessoirement, ça évite quelques rides.

Dans la tradition juive, il y a cette idée magnifique que ce qui est partagé ne diminue jamais vraiment. Quand quelqu'un réussit, on dit souvent : « Que Dieu t'en rajoute. » J'ai toujours adoré cette phrase. Parce qu'elle dit quelque chose de profond : la réussite de l'autre ne nous enlève rien. Ce n'est pas parce qu'une personne trouve sa lumière que la nôtre s'éteint.

Alors depuis des années, j'aime partager l'écriture. J'ai écrit avec des correctrices, avec des amis, avec des gens rencontrés presque par hasard. Et à chaque fois, je découvre autre chose. Une autre musique, une autre respiration, une autre façon de voir le monde.

Avec Géraldine, la rencontre s'est faite comme beaucoup de belles choses aujourd'hui : à travers les mots. J'ai découvert son univers, sa sensibilité, et je me suis dit qu'il y avait quelque chose d'intéressant à faire naître ensemble. Ça a été un vrai plaisir de partager cette page blanche avec elle.

Et puis honnêtement, même si ce n'était que pour un seul livre ce n'est pas grave. Dans la vie, les plus grandes richesses ne sont jamais matérielles. Ce sont les rencontres, les discussions à refaire le monde, les gens qui vous déplacent un peu intérieurement. Le reste, comme on dit… c'est souvent du décor.

Le judaïsme enseigne quelque chose que j'aime énormément : « Fais-toi un maître, acquiers-toi un ami. » (Pirkei Avot 1:6). Je trouve cette phrase très moderne finalement. Elle rappelle qu'on se construit toujours grâce aux autres.

Et puis la coécriture a une vertu formidable : elle casse l'ego. Quand on écrit seul, on pense parfois qu'on est un génie. Quand on écrit à deux, on découvre rapidement que l'autre a parfois une meilleure idée que vous… ce qui est très mauvais pour l'orgueil mais excellent pour le livre.

Ce qui me fait sourire aujourd'hui, c'est que les lecteurs qui connaissent mon univers me disent souvent : « On reconnaît votre patte dans certaines lignes. » Et ça me touche énormément. Parce que ça veut dire qu'on peut partager une œuvre sans perdre sa singularité.

Chaque livre est une rencontre. Avec un auteur, avec un personnage, avec un lecteur. Et parfois, les publics se croisent, les histoires se répondent, les gens se retrouvent autour d'une émotion commune. C'est ça que je trouve beau dans ce métier qui est devenu ma plus grande passion.

Bon… maintenant, après avoir partagé autant de pages, il est peut-être temps que je fasse ma « bar-mitsva littéraire » et que j'écrive bientôt un livre totalement seul. Même si, entre nous, je suis incapable de rester longtemps sans parler aux gens.

Le Cas Philomène

Géraldine Claudel & Yohan Perez

Éditions Fayard — 2026 — 496 pages

ISBN : 978-2-863-74904-3

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