Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
220 000 lecteurs uniques par mois à son actif.

En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

Alliance-Hosting LLC a permis grâce ses moyens techniques la retransmission en directe des 4 radios juives de France 94.8 FM sur le net ,dés 2000, pendant 12 ans.

Experte en communication digitale avec Alliancefr.com, et radiophonique avec "Internet sans prise de tête" sur judaïques FM 94.8 depuis 2000, ma passion est née de la découverte, dés 1996, du plus important moyen de communication avec le monde, internet.

Mon expérience est le résultat de 22 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

Rendre réel ce monde virtuel c’est l’alliance du savoir faire et du faire savoir.

Les articles de Claudine Douillet

Point de non-retour : comment les ultra-orthodoxes prennent l'État d'Israël en otage

Point de non-retour : comment les ultra-orthodoxes prennent l'État d'Israël en otage

Entre émeutes anti-enrôlement, insultes contre un général de brigade et rabbins qui appellent à effacer le nom du chef d'état-major, la société ultra-orthodoxe montre un visage de plus en plus radical, encouragé en sous-main par ses propres représentants à la Knesset. C
e texte d'opinion dénonce sans détour la responsabilité conjointe de deux pouvoirs, rabbinique et politique, dans cette dérive, et pointe l'hypocrisie d'une coalition qui instrumentalise la Torah pour justifier l'injustifiable.
Un cri d'alarme qui réclame, plutôt que la résignation, une refonte profonde de l'intégration ultra-orthodoxe dans la société israélienne.
Nous avons atteint le point de non-retour

Il faut leur reconnaître ce mérite : quand les manifestants ultra-orthodoxes veulent se battre pour une cause, ce sont d'excellents soldats.
Aucun général, aussi humain soit-il, ne parvient à les arrêter, pas même le chef d'état-major Eyal Zamir. Aucune mission n'est trop grande pour eux.
S'il le faut, ils débarquent chez le commandant de la police militaire et terrorisent sa femme et ses enfants, contraints à l'évacuation par des dizaines de véhicules de police.
Si le rabbin donne seulement un signe, ils se ruent en masse chez un juge de la Cour suprême et se déchaînent comme des cosaques spoliés en plein pogrom.
Si l'ordre tombe, ils courent secouer la voiture de la médecin-chef de la police israélienne, une femme endeuillée, en pleine manifestation contre la loi sur l'enrôlement. Et si le rabbin Aryeh Yazdi ordonne d'effacer le nom et la mémoire du chef d'état-major, ils s'exécutent sans hésiter, sans confondre une seconde le sens propre et le sens figuré.

Une jeunesse dressée à obéir

Obéissants sans limite et fiers de l'être, ces jeunes émeutiers accomplissent leur tâche avec un zèle que nous, de l'extérieur, sommes incapables d'apprécier à sa juste mesure.
À cet âge, on suit le chef sans poser de questions, on se sacrifie pour exister, on est avide d'un mot d'encouragement, et l'on se sent grandi spirituellement après une nuit de plus dans une cellule infestée de cafards.
Ils ne descendent pas dans la rue pour se briser, mais pour se renforcer. Quand ils hurlent "nous mourrons plutôt que de nous enrôler", ils le pensent vraiment. C'est nous, et nous seuls, qui refusons de les croire.

Là où nous voyons des déserteurs interpellés, ils voient des otages tombés en captivité.
Là où nous parlons de blocages routiers et d'atteinte grave à l'ordre public, ils y voient une sanctification du Nom divin et une restauration de la couronne d'antan.
Là où nous voyons des insoumis, ils voient des justes cachés.
La foule ultra-orthodoxe, chauffée à blanc à Ashkelon, à Bné Brak, à Jérusalem et partout où se trouve une yeshiva, ne fait que parler la langue apprise de ses dirigeants.
Le rabbin Yazdi se nourrit abondamment des déclarations de ses proches alliés à la Knesset.
S'il entend le matin le chef du Shass Aryeh Deri fustiger la procureure générale Gali Baharav-Miara, la traitant d'"anarchiste" qui "brise la confiance du public" et de "véritable cheffe de l'opposition", simplement parce qu'elle a refusé d'effacer le chef d'accusation de corruption dans le procès Netanyahou, alors il est fort probable que ce même rabbin appelle le soir même à verser le sang symbolique d'un autre représentant de l'autorité.

Le feu vert de la Knesset

Et si, le lendemain de son discours incendiaire lors d'un rassemblement, il entend des députés du Shass tourner en ridicule le général de brigade Shay Tayeb, représentant de Tsahal invité à la commission des Affaires étrangères et de la Défense, il comprend qu'il s'agit là d'un feu vert pour poursuivre l'incitation, méthodiquement.

Le rabbin Yazdi n'est qu'un voyant lumineux sur le tableau de bord d'une machine politique qui ne s'arrête jamais, jour et nuit. Quand ce voyant clignote, c'est signe que des élections approchent. Ses oreilles sont ouvertes aux commandements divins, pas aux explications patientes sur l'illégalité de la loi gelant les arrestations des insoumis ultra-orthodoxes, ces explications venues pourtant d'un haut gradé de Tsahal lui-même :
"Il n'est pas possible qu'il n'y ait aucune application de la loi envers un seul groupe soumis à la loi sur le service de sécurité."

Deux juntas se partagent aujourd'hui l'emprise sur la société ultra-orthodoxe, l'une rabbinique, l'autre politique, et toutes deux resserrent leur étau sur la gorge de la société israélienne tout entière, sans la moindre intention de lâcher prise.
Elles connaissent parfaitement leur pouvoir sur les leviers de l'État, exploitent la fragilité politique de Netanyahou et épuisent jusqu'à la dernière goutte toutes les possibilités de marchandage coalitionnaire.

Là où Amir Ohana humilie le président de la Cour suprême, elles puisent l'inspiration pour s'en prendre à un autre juge. Là où l'on méprise les avis des conseillers juridiques, elles se portent volontaires pour les violer. Et chaque fois que deux mondes se heurtent, elles choisissent invariablement le rabbin Yazdi plutôt que le général Zamir.

Le "pour toi" ne ment jamais

Ce n'est pas un hasard si des figures du Likoud, comme la ministre des Transports Miri Regev, pourtant habituée des restaurants spécialisés dans des crustacés interdits par la loi juive, se montrent soudain en photo en compagnie de livres saints.
L'algorithme personnalisé ne ment jamais : quand les jeunes internautes qui la suivent tombent sur l'image d'une cour paisible où une pieuse femme voilée d'un fichu se penche sur le Houmach, on l'interroge sur la prière et elle répond en citant le livre du Deutéronome. Sans doute s'entraîne-t-elle déjà pour la course finale à s'accrocher aux cornes de l'autel.

Les membres de cette coalition, considérés par les ultra-orthodoxes eux-mêmes comme des profanateurs du chabbat en public, méprisent en réalité la Torah sacrée. Autrement, ils ne l'auraient pas traînée dans la prostitution, roulée dans le goudron de la violence et parée des plumes de la haine. En son nom, ils exigent qu'on efface le nom du chef d'état-major. En son nom, ils appellent à frapper et à blesser des Juifs. En son nom, ils réclament et obtiennent des budgets colossaux sans jamais offrir de contrepartie civique. En son nom, ils invoquent la solidarité mutuelle tout en envoyant les autres mourir à leur place. Et en son nom, ils légifèrent des lois qui n'ont plus rien de juif.

Un point de non-retour

L'étude quotidienne de la Torah est un idéal, une vision utopique rare et précieuse, mais elle ne correspond pas à la personne moyenne et raisonnable, qui a besoin d'un salaire et d'une activité pour subsister, physiquement comme psychiquement.

Sous la protection de responsables politiques dépourvus de vision au fil des années, et plus encore sous le gouvernement actuel, la société israélienne a atteint un point de non-retour dans sa relation avec le public ultra-orthodoxe. Un point à partir duquel il n'existe plus qu'une seule direction possible : remonter la pente.

Il faut ouvrir des écoles publiques dispensant un tronc commun d'enseignement, déconstruire de l'intérieur les croyances dominantes, encourager par des aides financières les familles ultra-orthodoxes dont un membre sert dans l'armée, financer des bourses d'études supérieures, créer des structures nationales pour intégrer hommes et femmes ultra-orthodoxes sur le marché du travail, et utiliser le levier budgétaire pour influencer leur motivation à servir.

Comme au cours des quatre dernières années, on découvre une fois de plus que l'État abandonne le meilleur de ses enfants entre les mains de commandants étrangers, au service d'une armée hostile à la sienne. La seule différence, cette fois, c'est que c'est nous qui la finançons.

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Netanya : le rabbin Amos Guetta poignardé à mort par un disciple dans sa propre yeshiva

Netanya : le rabbin Amos Guetta poignardé à mort par un disciple dans sa propre yeshiva

Le rabbin Amos Guetta poignardé à mort dans sa propre yeshiva à Netanya, deux autres meurtres endeuillent le pays le même matin

Israël a vécu ce dimanche matin l'une des séquences les plus violentes de ces derniers mois. Trois hommes ont perdu la vie en l'espace d'à peine une heure, dans trois villes différentes.
Le fait le plus marquant reste l'assassinat du rabbin kabbaliste Amos Gouetta, poignardé à mort au sein même de la yeshiva qu'il dirigeait à Netanya. Ce meurtre s'est produit presque simultanément à deux autres homicides, à Shfaram et près de Yagour, tous deux liés à des règlements de comptes criminels.

L'assassinat du rabbin Amos Guetta

Le rabbin Amos Gouetta, 75 ans, chef d'une yeshiva talmudique à Netanya, a été poignardé à mort à l'intérieur de son propre établissement. Selon les premiers éléments recueillis par l'enquête, le suspect faisait partie du cercle rapproché du rabbin, l'un des disciples que celui-ci avait réunis autour de lui au fil des années. L'homme, apparemment perturbé sur le plan psychologique, se serait rendu à la yeshiva pour venir prier auprès du rabbin. Une dispute aurait alors éclaté entre les deux hommes, avant que l'agresseur ne poignarde Amos Gouetta à quatre reprises.

Toujours selon l'enquête, l'assaillant aurait ensuite tenté de s'en prendre également au bedeau de la yeshiva, assistant proche du rabbin, avant de prendre la fuite. Les forces de police ont immédiatement lancé une traque dans le secteur. Le suspect a finalement été interpellé environ deux heures plus tard, au centre-ville de Netanya, non loin du lieu du drame.

La mort du rabbin Gouetta a provoqué une onde de choc parmi ses disciples et dans le monde religieux de Netanya, un homme respecté tué de la main de l'un des siens, en plein cœur du lieu même où il enseignait et priait chaque jour.

Un chauffeur de bus abattu à Shfaram, trente-sixième victime d'une vendetta familiale

Le même dimanche matin, un peu plus tôt, un chauffeur de bus de 24 ans, Ali Souaed, a été abattu par balles dans un parking à Shfaram. Sa mort s'inscrit dans un conflit sanglant qui oppose deux clans depuis plusieurs années et qui compte désormais trente-six victimes. Ali Souaed était le cousin de Hadi Soueid, un jeune homme de 28 ans porteur de besoins particuliers, lui-même abattu un mois plus tôt dans la même ville. Le frère de Hadi, Raslan, avait quant à lui été assassiné en 2023, devenant la toute première victime de cette vendetta qui continue de décimer les deux familles.

Sur place, la paramédicale du Magen David Adom Tal Shagai et l'infirmier confirmé Mohammed Souaed ont livré un témoignage glaçant. « Nous avons trouvé le blessé allongé, inconscient, souffrant de graves blessures pénétrantes sur tout le corps. Nous avons pratiqué les examens médicaux nécessaires, mais malheureusement ses blessures étaient d'une gravité telle qu'il ne nous restait plus qu'à constater son décès », ont-ils raconté.

Un jeune homme de 21 ans tué dans sa voiture près de Yagour

À peine une heure plus tard, un deuxième meurtre à caractère criminel a frappé non loin de là. Un jeune homme de 21 ans, originaire de Basmat Tab'oun, a été abattu à l'intérieur de sa voiture, garée dans le parking d'un centre commercial de la région de Yagour. D'importantes forces de police du secteur du Carmel se sont déployées sur les lieux et une enquête a été ouverte, l'arrière plan de ce meurtre étant lui aussi de nature criminelle.

L'infirmier confirmé du Magen David Adom, Eli Sahouri, a témoigné : « Nous avons trouvé un jeune homme inconscient dans son véhicule, souffrant de graves blessures pénétrantes sur le corps. Nous avons procédé aux examens médicaux, mais les blessures étaient trop importantes et nous avons dû constater son décès. »

Une habitante du quartier, Dalit, présente au moment des faits, a confié à Ynet : « Nous n'arrivons pas à comprendre ce qui s'est passé ici ce matin. Un meurtre, le premier dimanche des grandes vacances ? Je suis arrivée et, juste ici sur le parking, un homme a été abattu dans sa voiture. Heureusement que je n'avais pas mes enfants avec moi, ils dorment encore, en vacances. Il n'y a plus aucune sécurité pour les citoyens ici. »

Une semaine déjà marquée par les explosions de véhicules

Ces trois meurtres surviennent après une semaine particulièrement lourde sur le plan sécuritaire. Trois véhicules ont explosé à travers le pays ces derniers jours, dans le cadre de tentatives de règlements de comptes liées au crime organisé, et huit personnes ont été tuées dans des explosions de voitures rien qu'au mois de juin. La veille encore, une explosion avait coûté la vie au criminel Rabia Abou Heikal, identifié comme proche de l'organisation Hariri, en pleine rue et en pleine heure du déjeuner.

Une matinée qui cristallise l'angoisse sécuritaire du pays

En quelques heures à peine, trois familles se sont retrouvées endeuillées, dans trois villes différentes, pour des motifs distincts mais tous liés à des violences criminelles ou communautaires non résolues.
L'assassinat du rabbin Amos Gouetta, tué par l'un de ses propres disciples au sein de sa yeshiva, s'ajoute à une liste déjà longue de règlements de comptes et d'explosions de véhicules qui frappent le pays depuis plusieurs semaines. Cette accumulation, survenue le premier dimanche des grandes vacances scolaires, ravive avec une acuité nouvelle les questions sur la capacité des forces de l'ordre à endiguer cette spirale de violence.

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Wiz vendu 32 milliards à Google : les frères Costica "Israël a des cartes que le monde sous-estime" vidéo

"Israël a des cartes que le monde sous-estime"

Wiz vendu 32 milliards à Google : les frères Costica face à face. L'exit du siècle 

Deux frères, une trajectoire familiale hors norme. Yinon Costica est cofondateur et vice-président produit de Wiz, la start-up de cybersécurité vendue cette année à Google pour 32 milliards de dollars.
Son frère Yotav a quitté la direction des fonds communs de placement de la société Mor pour créer AFO, le family office chargé de gérer les fruits de cet exit historique. Les deux hommes se sont retrouvés face à face lors de la conférence de la croissance organisée par le quotidien économique Calcalist et la banque Mizrahi Tefahot.

La modératrice ouvre d'emblée sur l'énigme familiale : comment élève-t-on des enfants pareils ?

Yinon : «Nous étions des précurseurs. Nous préparions nos propres repas au micro-ondes, mais nous avons grandi dans une famille qui valorisait le travail acharné, l'éducation et l'excellence. Notre mère a immigré de France à l'âge de 21 ans ; ingénieure de profession, son attachement à la technologie et sa fierté d'être en Israël nous ont inculqué le désir de construire quelque chose ici.»

Yotav : «Grandir aux côtés de Yinon n'était pas facile. Chez nous, les notes devaient être quasi parfaites. La discipline et le sens des responsabilités étaient omniprésents, mais on ne nous a jamais appris à courir après l'argent ou une carrière. On nous a appris à faire ce que nous aimons, à nous épanouir et à nous soutenir mutuellement.»

"Comme un enfant dans un magasin de bonbons"

Depuis que Wiz a intégré l'écosystème Google, Yinon Costica ne cache pas son enthousiasme. «La connexion avec Google est stupéfiante. C'est la sensation d'un enfant dans un magasin de bonbons.» Wiz, qui s'est d'abord imposée dans la sécurisation des environnements cloud, a amorcé son virage lors de la révolution de l'intelligence artificielle. «Nous avons compris que l'étape suivante était d'aider les entreprises à sécuriser ce qu'elles développent avec l'IA, mais aussi à les protéger contre des attaquants qui utilisent eux-mêmes l'IA

L'intégration à Google n'a pas signifié la dissolution : Wiz conserve son autonomie opérationnelle et continue de protéger l'ensemble des clouds et des modèles, toutes plateformes confondues. Mais l'accès aux équipes qui développent les modèles eux-mêmes change la donne. «Nous avons désormais accès à la recherche, aux ressources d'ingénierie, et la capacité d'influencer l'avenir des modèles que nous utilisons tous. C'est une période extrêmement excitante.»

L'IA, moteur de croissance ou machine à licenciements ?

La conférence n'a pas esquivé la question qui agite tout le secteur technologique israélien : l'IA va-t-elle détruire des emplois ? La gouverneure de la Banque d'Israël avait estimé plus tôt dans la journée que 30 % des salariés de la high-tech pourraient être mis sur le carreau.
Yinon Costica prend de la hauteur. «Quand on parle de licenciements, il faut se souvenir qu'il s'agit de personnes. Chaque personne licenciée a l'impression que son monde s'effondre. Mais parallèlement aux entreprises qui réduisent leurs effectifs, il y a une quantité massive de start-ups en pleine croissance. Des entreprises qui comptent dix personnes aujourd'hui en auront cent ou mille dans un an.»

Sa conviction va plus loin : chaque entreprise, des banques aux hôpitaux en passant par les caisses maladie, peut se reconstruire autour de l'IA.
«Une entreprise qui investira correctement dans une stratégie IA peut devenir un leader technologique en l'espace d'un an. Cela efface aussi les écarts. Si une entreprise n'y pense pas encore, elle est déjà en retard.»

Sur la question du recrutement, son parti pris est tranché : «Dans mon équipe, il y a surtout des juniors. Je crois vraiment dans les jeunes talents. L'unité 8200 repose sur des jeunes qui génèrent des révolutions technologiques à chaque promotion, tous les trois ans. Je recommande à tout le monde de faire pareil.»

Yotav : "Les opportunités sont folles"

Son frère, depuis le poste d'observation du family office, lit différemment les mêmes signaux. Les marchés boursiers traversent une zone de turbulences, les valeurs logicielles chutent, mais Yotav Costica refuse le catastrophisme. «En bourse, il faut être optimiste. Les titres parlent d'effondrement des entreprises technologiques, mais dans chaque crise il y a des opportunités. Pendant le Covid, ceux qui se sont focalisés uniquement sur ce qui fermait ont raté la révolution du travail à distance.»

Sa thèse de fond : les géants de la tech s'apprêtent à investir mille milliards de dollars dans des data centers. Cet argent va irriguer les semi-conducteurs, l'énergie et de nombreux secteurs connexes. «L'IA est le moteur de croissance le plus puissant depuis l'invention d'Internet. Il y a ici des opportunités folles.»

Interrogé sur la correction boursière des dernières semaines, Yotav relativise : «Quand un peu d'air sort du marché, c'est un processus sain. On ne peut pas regarder une seule semaine, il faut regarder les tendances de long terme. La Bourse israélienne elle-même s'est transformée : d'une place dominée par la pharma et les produits chimiques, elle est devenue bien plus pertinente dans l'univers de l'IA, avec de plus en plus de sociétés de semi-conducteurs intégrées à l'écosystème mondial

Un family office, un nouveau défi

Quitter un poste de direction dans la gestion d'actifs pour gérer les fortunes issues de l'exit Wiz n'était pas une évidence. «Ne me jalousez pas. C'est aussi une start-up. On commence de zéro et on construit une infrastructure.»
L'ambition d'AFO dépasse la simple conservation du capital : ouvrir des portes aux jeunes start-ups israéliennes, s'exposer à de nouveaux secteurs, des industries de défense à l'énergie. «Israël est un endroit très intéressant pour investir. C'est un défi immense et une responsabilité énorme.»

Yinon, lui, préfère rester concentré sur le produit et laisse volontiers son frère gérer l'argent. «J'étais content qu'il s'en occupe et pas moi. Il nous a été difficile de le convaincre de quitter son poste précédent.» Mais sur le fond, les deux frères convergent : Israël a des cartes à jouer que beaucoup sous-estiment encore, et le moment d'y croire, c'est maintenant.

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Le garrot démocratique : comment une mini-constitution pourrait stopper l'hémorragie israélienne

Le garrot démocratique : comment une mini-constitution pourrait stopper l'hémorragie israélienne

UNE CONSTITUTION "ALLÉGÉE" POUR SAUVER LA DÉMOCRATIE ISRAÉLIENNE

Israël est l'une des seules démocraties occidentales à ne pas avoir de constitution. Pas de règles du jeu gravées dans le marbre, pas de limites claires au pouvoir des coalitions, pas de garde-fou institutionnel qui tienne face aux majorités. Résultat : chaque crise politique devient existentielle, chaque élection rouvre les mêmes fractures, et la démocratie saigne en continu. Le professeur Yedidia Stern, président de l'Institut de politique du peuple juif, pose un diagnostic sans appel et propose l'urgence absolue : une constitution allégée, ciblée sur l'essentiel. Un garrot, avant l'hémorragie fatale.

Le constat : une démocratie sous tension

Depuis des décennies, le débat sur une constitution israélienne tourne en rond. L'idée est soulevée, discutée, puis rangée dans un tiroir. Mais depuis la crise institutionnelle et les affrontements répétés entre les pouvoirs, l'urgence a changé de nature.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon l'Institut de politique du peuple juif (JPPI), 58 % des Israéliens estiment que la démocratie est en danger. La fracture droite-gauche domine tous les autres clivages. Dans ce contexte, une idée fait son chemin : une constitution "réduite", ciblée sur l'essentiel. Le professeur Yedidia Stern, président du JPPI et ancien doyen de la faculté de droit de l'université Bar-Ilan, en est le principal promoteur.

Constitution "réduite" vs constitution complète : quelle différence ?

Une constitution classique comporte trois volets : qui sommes-nous en tant que peuple (identité), à quoi nous engageons-nous (droits fondamentaux, égalité, rapports religion-État, traitement des minorités), et comment s'organisent les pouvoirs entre eux. Les deux premiers chapitres sont, en Israël, des champs de mines idéologiques où tout consensus semble hors de portée.

La constitution "allégée" fait l'impasse sur ces deux premiers volets pour se concentrer exclusivement sur le troisième : qui fait quoi, qui contrôle qui, quel équilibre entre les institutions. Pas de déclaration identitaire, pas de charte des droits. Seulement des règles du jeu claires entre le parlement, le gouvernement et la justice.

Pourquoi maintenant ?

La question est posée directement au professeur Stern, et sa réponse est sans détour : "Est-ce que quelqu'un est satisfait de la situation actuelle en Israël ? La moitié du peuple a voté pour la coalition en place, trois ans ont passé, et de son point de vue rien n'a changé. 'Nous avons gagné les élections et il ne s'est rien passé', disent ceux qui ont soutenu cette coalition. L'autre moitié est descendue dans la rue chaque samedi soir pour crier 'on m'a volé ma démocratie'. Les uns ont peur, les autres ont peur. Nous devons créer une situation où peut-être personne ne sera entièrement satisfait, mais où tout le monde acceptera qu'il existe un système équitable."

Un groupe de travail hors du commun

Le projet n'est pas né d'une réunion de technocrates. Il y a deux ans, Stern a réuni une équipe aussi diverse qu'improbable. Autour de la table : l'ancien président adjoint de la Cour suprême, le juge Elyakim Rubinstein, Eyal Yanon, secrétaire général et conseiller juridique de la Knesset pendant dix ans, des doyens et vice-doyens de facultés de droit de tout le pays, et aussi, fait notable, le correspondant juridique de Makor Rishon, un journaliste proche des colons de Judée-Samarie, expulsé de la colonie d'Amona.

"Chaque semaine, des personnes représentant des centaines d'années d'expérience cumulée dans ce domaine se réunissent, avec des idéologies différentes, des préférences différentes, mais avec l'empathie nécessaire pour comprendre qu'il faut aboutir à un compromis", précise Stern.

Protéger les minorités : la métaphore du foot

L'un des arguments centraux de la constitution allégée est la protection de ceux qui, à un moment donné, se retrouvent en position de minorité. Stern utilise une image saisissante : "Imaginez que vous jouez au football, votre équipe mène à la 70e minute, et vous décidez de terminer le match à la 70e minute. Vous changez les règles en cours de jeu." C'est précisément ce que permettent des élections sans cadre constitutionnel stable : chaque majorité peut modifier les règles à son avantage. "Nous devons stabiliser les règles du jeu", martèle-t-il.

La crise de 2023 aurait-elle pu être évitée ?

"Je n'en ai aucun doute, les choses auraient été radicalement différentes. La brèche dans notre édifice constitutionnel, l'absence de limite réelle à ce qu'une coalition peut faire en dehors de l'intervention de la Cour suprême, et cette intervention elle-même pose problème, c'est une faille qui appelle le détenteur du pouvoir à en abuser. Nous devons arrêter le détenteur du pouvoir, peu importe qu'il soit de droite ou de gauche."

Un "ticket d'entrée" pour la prochaine coalition

Stern va plus loin et pose une condition politique : l'adoption d'une constitution allégée devrait être la condition sine qua non de participation à la prochaine coalition gouvernementale. "Si le résultat est une coalition étroite, il n'y aura pas de constitution, faute de légitimité. Mais si nous arrivons à un bloc de 70 membres de la Knesset ou plus, je pense que le vrai dénominateur commun de cette coalition pourrait être précisément ces règles du jeu."

"Israël est aux urgences"

Le message final du professeur Stern est d'une clarté brutale : "Je pense que l'État d'Israël se trouve actuellement dans une salle de traumatologie, aux urgences. Pardonnez l'image : il y a une sorte de sang qui jaillit des veines, nous le voyons en permanence.
Une constitution allégée ne nous guérira pas, mais elle nous fera passer des urgences, avec un garrot, jusqu'au service hospitalier. C'est ce qui est nécessaire en ce moment. Je demande à chaque Israélien de nous voir comme quelqu'un qui a besoin d'un garrot. Une constitution allégée est ce garrot, indispensable pour tous."

En partenariat avec le JPPI, Institut de politique du peuple juif

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Le scandale du consulat turc à Jérusalem : installé dans un bien des survivants du génocide

Le scandale du consulat turc à Jérusalem : installé dans un bien des survivants du génocide

Le paradoxe de Jérusalem : le consulat turc installé dans un bien appartenant aux victimes ottomanes.

Israël vient de reconnaître officiellement le génocide arménien. Une décision historique votée à l'unanimité par le gouvernement, qui résonne d'autant plus fort qu'une étude publiée le même jour révèle une réalité proprement stupéfiante : à Jérusalem, le consulat turc occupe depuis des années un bâtiment appartenant à l'Église syriaque, dont la communauté fut elle-même massacrée par les Ottomans.
L'héritier présumé des bourreaux installé chez les héritiers des victimes, au coeur de la capitale israélienne, avec bail en bonne et due forme.
Le paradoxe est absolu, l'indécence flagrante.

Au lendemain de la reconnaissance officielle par Israël du génocide arménien, une étude du Jerusalem Center for Applied Policy (JCAP) révèle une contradiction historique et morale saisissante : le consulat turc de Jérusalem opère depuis un bâtiment qui appartient à l'Église syriaque, dont la communauté fut elle-même massacrée par les Ottomans.

Un bâtiment qui ne leur appartient pas

Sur la colline de Kiryat HaMemshalah, au nord de Jérusalem, se concentrent de nombreuses représentations diplomatiques. Parmi elles, le consulat turc, qui fournit l'essentiel de ses services à l'Autorité palestinienne et se définit lui-même, côté ankara, comme "l'ambassade de Turquie pour la Palestine".
Ce que personne ne semblait avoir relevé jusqu'ici : le bien immobilier depuis lequel opère ce consulat n'est pas propriété turque. Il appartient à l'Église syriaque.

C'est la recherche du JCAP qui l'a mis au jour. "C'est une contradiction morale, en particulier au regard de la reconnaissance par le gouvernement israélien du génocide arménien", a déclaré Haïm Silverstein, président du Centre.

Les héritiers des victimes ottomanes

Le génocide arménien, commis il y a plus d'un siècle, ne fit pas que des victimes arméniennes. Des milliers de membres de la communauté syriaque-araméenne, également connue sous les noms de chrétiens assyriens ou syriaques-orthodoxes, périrent dans les mêmes massacres. L'Église syriaque représente précisément cette communauté, dont les membres actuels sont les descendants directs de ces victimes. Depuis des décennies, les deux communautés, arménienne et syriaque, mènent de concert un combat pour la reconnaissance internationale de ces crimes.

Et c'est là que le paradoxe éclate. Une institution ecclésiastique qui exige la reconnaissance des massacres subis par les Syriaques, qui exprime sa solidarité avec les Arméniens, autorise simultanément sur son propre bien la présence d'un État qui se perçoit comme l'héritier de l'Empire ottoman.

Un haut responsable de la Patriarchie arménienne a confié à Ynet : "Nous ne connaissions pas ces détails et ils nous ont surpris. Les 'Syriens' (syriaques-orthodoxes) nous sont liés. Malheureusement, c'est ce qui arrive quand l'argent remplace les valeurs."

Une présence qui dépasse la diplomatie ordinaire

Le consulat turc à Jérusalem ne saurait être considéré comme un simple arrangement administratif ou économique neutre. Sa présence excède largement la diplomatie de routine : il constitue une plateforme de soft power culturel, historique et idéologique, incluant la promotion de l'héritage et des symboles ottomans.

Ran Yishaï, directeur de la recherche au JCAP et ancien ambassadeur au ministère des Affaires étrangères, est direct : "Ce cas illustre comment la Turquie continue d'exploiter la faiblesse des communautés chrétiennes au Moyen-Orient, en particulier des chrétiens de Syrie et de Turquie qui vivent aujourd'hui dans la terreur sous les régimes d'Al-Charaa et d'Erdogan. Alors que dans de nombreux pays de la région ces communautés sont gravement menacées, en Israël elles bénéficient de la liberté, de la protection de leurs lieux saints et du droit de vivre en sécurité."

La décision historique d'Israël relance la question

Le gouvernement israélien a voté à l'unanimité, ce dimanche, la proposition du ministre des Affaires étrangères Guideon Sa'ar de reconnaître officiellement le génocide arménien. La résolution adoptée stipule qu'"en vertu du devoir moral et historique, Israël reconnaît le génocide perpétré contre le peuple arménien à la fin de la période de l'Empire ottoman" et condamne "tout déni, minimisation ou distorsion de la vérité historique de ces événements." Cette décision historique devrait accentuer encore les tensions déjà vives avec Ankara.

Dans ce contexte, Ran Yishaï n'hésite pas à franchir un pas supplémentaire : "Il est temps de reconsidérer l'existence même du consulat turc à Jérusalem, qui se définit comme l'ambassade de Turquie pour la Palestine, ou plus exactement pour la sauvegarde du Hamas, tout en niant et en portant atteinte à la souveraineté israélienne sur Jérusalem."

Un bâtiment, une Église, un génocide, et un locataire que l'histoire devrait rendre indésirable : le paradoxe de Jérusalem attend toujours sa résolution.

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Le Cœur de Brahma : le thriller mystique juif que tout le monde va s'arracher

Le Cœur de Brahma : le thriller mystique juif que tout le monde va s'arracher

 

Le Cœur de Brahma : quand un médecin juif plonge le lecteur dans les abysses de la Birmanie pour mieux le ramener à la lumière

Ils ont fui les flammes du Manipur.Un père et sa fille. Une fuite éperdue à travers les jungles birmanes. Des cages, les mines maudites de Mogok, des trafiquants, des tigres. Et au bout de l'odyssée, dans une ruelle de Séoul, la révélation que tout cela avait un sens. Que la douleur était une initiation. 
Ils ont survécu même aux tempêtes de la mer de Chine. Et au bout de l'odyssée, dans une ruelle de Séoul, un vieux sage leur a dit la vérité

Yves-Victor Kamami n'écrit pas des romans. Il envoie des éclairs.

Médecin et écrivain : deux façons de réparer le monde

Claudine Douillet - Vous êtes médecin et écrivain, deux vocations qui semblent opposées et pourtant dans ce roman elles se rejoignent parfaitement. Comment expliquez-vous cette dualité en vous ?

Yves Victor Kamami - En tant que médecin on voit souvent la misère du monde que l'on doit réparer, c'est le fameux Tikoun Olam de la Kabbale. Par ailleurs, on doit pouvoir s'échapper vers d'autres horizons, ce qui explique le côté imaginaire qui me pousse à écrire.

Tout est là, dès la première phrase. Le Tikoun Olam, cette obligation juive de réparer le monde, comme boussole éthique. L'imaginaire comme espace de respiration. Le roman comme synthèse des deux.

Les Bnei Menashe, ces Juifs oubliés au bout du monde

CD- Avidan est un Bnei Menashe, ces Juifs du Manipur qui se réclament des tribus perdues d'Israël. Peu de gens connaissent cette communauté. Pourquoi avoir choisi ce personnage si rare, si méconnu, comme héros de votre roman ?

YVK - J'ai toujours été passionné par l'histoire des dix tribus perdues d'Israël, tels que les Falashas d'Éthiopie, les Lemba d'Afrique du Sud. Les Bnei Menashe sont passionnants par leurs coutumes préservées, par leur souhait de rejoindre la Terre Sainte, par leur engagement religieux et même au sein de la société israélienne, dans Tsahal.

Ce choix n'est pas anodin. Il rappelle à chaque page que le peuple juif est universel, fragmenté aux quatre coins du monde, portant partout avec lui une identité intacte malgré les siècles et les persécutions.

La Birmanie vue de l'intérieur

CD - Les descriptions de la Birmanie, Mandalay, le pont U Bein, les mines de rubis de Mogok, sont d'une précision troublante, presque sensorielle. Avez-vous vous-même foulé cette terre ? Qu'est-ce que vous y avez vécu ?

YVK- J'ai eu la chance de visiter la Birmanie en 2016, alors qu'elle venait de s'ouvrir au tourisme après l'élection de Aung San Suu Kyi. J'ai pu apprécier la beauté des temples, de la jungle, la gentillesse des Birmans et surtout leur diversité en différentes ethnies.

Ce voyage a tout changé. Il a donné au roman cette chair, cette odeur de terre mouillée et d'encens, cette précision des gestes et des paysages qui font qu'on ne lit pas le Cœur de Brahma, on l'habite.

Quand la Kabbale rencontre le bouddhisme

CD -Le Cœur de Brahma est une pierre mystique hindoue qui finit par dialoguer avec la Kabbale juive. Comment vous est venue cette idée audacieuse de faire converger deux traditions mystiques aussi éloignées ?

YVK - J'ai appris la méditation juive kabbalistique telle que la pratiquait Abraham Aboulafia.
Elle ressemble étrangement à la méditation des moines bouddhistes et j'ai pu constater beaucoup de points de convergence entre les deux traditions. Cependant c'est surtout autour de la mystique des rubis et de l'influence éventuelle qu'ils peuvent avoir sur la convoitise et la passion humaine que je me suis basé.

Ce n'est donc pas un effet de style. C'est une conviction profonde, celle que les grandes traditions mystiques, par-delà leurs langages différents, pointent vers la même lumière. Le Cœur de Brahma en est la démonstration romanesque.

La violence comme vérité

CD - La scène des cages, les mines où des enfants fouillent la boue, l'assassinat de la famille du pasteur dont aucun détail ne nous est épargné.
Était-ce un choix délibéré de montrer la violence du monde sans filtre ?

YVK - Le Cœur de Brahma est avant tout un roman d'aventure, de survie et d'espoir. Cependant il prend racine dans des réalités qui sont parfois extrêmement dures.
Les violences interethniques du Manipur, l'exploitation des enfants dans certaines régions minières d'Asie, les trafics humains ou les conflits armés ne sont malheureusement pas des inventions romanesques. J'aurais pu atténuer ces événements, les rendre plus confortables pour le lecteur.
Mais je craignais alors de trahir ceux qui dans le monde réel ont vécu ou vivent encore des situations comparables.
La souffrance des personnages permet aussi de mesurer l'ampleur de leur courage, de leur résilience et de leur capacité à continuer d'avancer malgré tout. Je crois que la littérature a parfois pour mission de regarder le monde en face. Mais elle doit aussi rappeler que dans les moments les plus obscurs subsistent toujours des femmes et des hommes capables de lumière. C'est cette lumière que j'ai voulu placer au cœur du roman.

Maître Elyahou et la figure du sage

CD- Maître Elyahou Ben Sasson, ce sage juif né à Haïfa, passé par Jérusalem et Prague, qui finit par enseigner le Talmud dans une ruelle de Séoul, est-il un personnage inventé ou avez-vous rencontré cet homme quelque part dans le monde ?

YVK - Maître Elyahou est inventé, mais pour moi c'est la figure de Marc-Alain Ouaknin, que je n'ai pu suivre dans ses cours que par Zoom.

Marc-Alain Ouaknin, philosophe, rabbin, passeur de la pensée juive vers le grand public. Une référence qui en dit long sur la profondeur des sources auxquelles puise ce roman.

Les 36 Justes : remparts contre la barbarie

CD - Les 36 Justes cachés qui selon la tradition kabbalistique soutiennent le monde apparaissent à la fin du livre. Pensiez-vous à cette conclusion dès le début de l'écriture ou s'est-elle imposée à vous en cours de route ?

YVK - Les 36 Justes cachés sont pour moi des symboles d'espérance dans la protection des valeurs d'humanité, de morale et d'éthique dans ce monde fou dans lequel nous vivons. C'est un peu comme des remparts contre la barbarie. D'ailleurs je suis persuadé qu'ils existent, cachés de la lumière des médias.

Une conviction qui dépasse largement la fiction et qui donne au roman sa résonance la plus profonde.

La souffrance qui révèle

CD -Le roman dit que la souffrance n'est pas un châtiment mais une purification. Est-ce une conviction profonde que vous portez personnellement, au-delà de la fiction ?

YVK - Dans la Kabbale la souffrance n'est pas toujours perçue comme une punition. Elle peut être comprise comme une épreuve, un passage, parfois même comme une occasion de transformation intérieure.
L'idée n'est pas que la douleur soit souhaitable ou justifiée, mais qu'elle puisse dans certaines circonstances révéler des ressources morales, spirituelles ou humaines que nous ignorions posséder. Dans le Cœur de Brahma les personnages ne sont pas récompensés parce qu'ils souffrent. Ils sont transformés par la manière dont ils affrontent cette souffrance. C'est une nuance essentielle. Ce n'est pas la douleur qui élève l'être humain, mais la façon dont il choisit d'y répondre.

Ce que le lecteur emportera

CD - Quel lecteur espérez-vous toucher, et qu'est-ce que vous voulez qu'il emporte avec lui en refermant la dernière page ?

Je n'ai pas écrit ce livre pour un public particulier. J'espère simplement toucher tous ceux qui aiment les grandes aventures humaines, les personnages confrontés à l'adversité et les récits qui emmènent le lecteur loin de son quotidien, à travers des paysages, des cultures et des destins qu'il ne connaissait pas forcément.

Mais si une fois la dernière page refermée quelque chose continue de l'accompagner, peut-être une réflexion sur l'exil, sur l'identité, sur la transmission, sur la résilience humaine face aux épreuves, alors j'aurai atteint mon but. Le Cœur de Brahma parle de violence mais aussi de courage. Il parle de déracinement mais aussi d'espérance.
Si le lecteur referme ce livre avec davantage d'empathie pour ceux qui vivent l'exil ou la persécution, et avec la conviction que même dans les périodes les plus sombres une lumière demeure possible, alors ce voyage aura eu un sens.

Le Cœur de Brahma d'Yves-Victor Kamami sort en librairie le 29 juin. Un roman à ne pas manquer.

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Yagil, 12 ans, enlevé par le Hamas : «Il a voté contre l'accord, et maintenant il se pavane»

Yagil, 12 ans, enlevé par le Hamas : sa mère pulvérise le ministre qui ose s'en vanter

«Il a voté contre l'accord, et maintenant il se pavane»
La mère de Yagil Yaakov répond au ministre Amihai Eliyahou

Le ministre se félicite, la mère contre-attaque

Le lendemain de l'annonce par Tsahal de l'élimination de l'un des terroristes ayant participé à l'enlèvement de Yagil Yaakov, 12 ans, lors du massacre du 7 octobre au kibboutz Nir Oz, le ministre Amihai Eliyahou (Otzmah Yehudit, Puissance juive) a publié un long message sur X pour se vanter de la neutralisation et proclamer :

«Celui qui a enlevé Yagil est devenu un terroriste de plus avec un long nom et une courte vie.»
Il avait ajouté, citant le garçon lui-même : «Yagil a dit après sa libération une phrase qui s'est gravée profondément dans ma mémoire : 'Parfois j'ai l'impression qu'on oublie ce qui s'est passé. Qu'on nous oublie.' Alors je veux te dire, Yagil : nous n'avons pas oublié ! Car le peuple d'Israël n'oublie jamais ses enfants.»

La réponse de Rennana, la mère, a fusé sur le même réseau : «Ici, c'est la maman de Yagil. Je veux juste te rappeler que tu as voté contre l'accord qui a permis la libération de mes fils, et que vous n'avez pas été là pour nous depuis ce jour jusqu'à aujourd'hui. Je suis contente que tu aies enfin trouvé le temps d'honorer mon fils et d'obtenir ta victoire totale. L'élimination d'un terroriste parmi les centaines qui ont envahi notre maison et détruit nos vies de fond en comble, deux ans et demi trop tard.»

52 jours dans les tunnels

Le 7 octobre, Yagil  12 ans ainsi que son frère 16 ans ont été enlevé à Gaza avec plusieurs membres de sa famille.
Son père, Yaïr, avait également été kidnappé et assassiné en captivité ; son corps a été restitué à Israël ultérieurement. Yagil et son frère Or, 16 ans, ont été détenus dans les tunnels du Hamas pendant plus de 50 jours avant d'être libérés dans le cadre de l'accord sur les otages de novembre 2023.

«Il prend des lauriers qui ne lui appartiennent pas»

Ce mardi matin, Rennana a accordé un entretien au studio de Ynet. «C'est ce message qui m'a fait réagir. Après la publication de la photo et de l'information, j'ai reçu de nombreuses demandes d'interviews que j'ai refusées. La seule raison pour laquelle j'ai répondu, c'est qu'il y a ici une tentative évidente de se parer de lauriers qui ne lui appartiennent pas, de prendre le crédit d'une chose qu'il n'a pas faite. Je rappelle qu'il a voté contre l'accord qui a permis la sortie de mes enfants.»

Elle a insisté sur la gravité de ce contexte : «C'était une période extrêmement difficile. Un enfant de 12 ans et un enfant de 16 ans retenus en captivité pendant 52 jours, je n'ose même pas imaginer. Il y a eu un combat très sérieux pour les récupérer, et Amihai Eliyahou était parmi les rares à s'opposer à cet accord. Un accord dans lequel, je le rappelle, le prix était de trois prisonniers pour chaque enfant. Je ne minimise pas cela, mais quand tu fais partie d'un gouvernement responsable de l'enlèvement de 250 civils, dont mes enfants, tu es aussi responsable de les ramener. Le prix n'est pas à mettre en balance avec mon enfant, il est à mettre en balance avec l'abandon.»

«Où étiez-vous quand il fallait tenir l'épaule ?»

Rennana a nuancé en affirmant ne pas penser que le ministre ne voulait pas voir son fils rentrer, mais elle lui reproche d'avoir «pesé des calculs politiques froids, alors comme aujourd'hui.» Elle a poursuivi : «Je pense qu'il croit au récit qu'il raconte. Mais un homme qui s'est opposé à un accord libérant des enfants et des femmes ferait bien de se taire, au minimum

Ses mots les plus acérés ont visé l'absence du ministre dans les moments sombres : «Je n'ai pas entendu d'excuses. Je n'ai pas entendu 'désolé de ne pas t'avoir ramené plus tôt, mais je suis heureux que...' J'ai entendu seulement 'comme c'est beau qu'on ait éliminé un autre terroriste'. Deux ans et demi après le massacre, deux ans et demi de guerre, la réalité sécuritaire n'a pas changé.
Les habitants de l'enveloppe de Gaza vivent encore sous une menace permanente. Je ne vois pas quel grand changement ce gouvernement a opéré. Il n'y a aucun processus d'apprentissage, aucun bilan.»

Elle a été plus directe encore sur l'absence de soutien concret : «Je suis tellement heureuse d'apprendre que vous ne nous avez pas oubliés. Alors où est l'aide pour que nous puissions reconstruire notre vie ailleurs ? Car moi, je ne peux pas retourner dans l'enveloppe avec mes enfants après ce qu'ils y ont vécu, après ce traumatisme terrible. Où étiez-vous lors des enterrements, des shiv'as, quand les familles de Nir Oz étaient déchirées ? Où étiez-vous pour simplement tenir l'épaule des familles d'otages pendant que leurs enfants étaient détenus dans des tunnels ? Vous n'étiez pas là. Vous n'êtes là que quand il y a des photos de victoire.»

«Il nous utilise politiquement, sans aucun doute»

Interrogée directement sur les intentions du ministre, Rennana a répondu sans détour : «Sans ambiguïté. Il est possible qu'il ait cru chaque mot de ce qu'il a écrit, et qu'à ses yeux il s'agisse vraiment d'un exploit. Mais l'élimination de tous les terroristes du 7 octobre ne crée pas une nouvelle réalité sécuritaire, ni une solution nous permettant de rentrer chez nous dans l'enveloppe. La photo publiée vaut plus que cent mille mots : un enfant de 12 ans en sous-vêtements, tenu par les cheveux de façon brutale, entouré d'une bande de monstres. C'est arrivé, cela ne peut pas être nié. Alors se vanter d'avoir éliminé un terroriste sur des centaines... Si ça te fait te sentir mieux, tant mieux, mais il y a encore beaucoup d'autres choses que tu pourrais faire

«La sensation ne me quittera jamais»

Le ministre n'a pas pris contact avec Rennana après sa réponse publique. «Aucun ministre ne m'a contactée. La veille de l'accord, j'ai parlé à de très nombreux élus, j'ai parlé à tous les membres du cabinet, j'ai essayé de les convaincre de voter en faveur de l'accord.
La sensation qu'il y a des gens de notre peuple qui étaient prêts à laisser mon enfant de 12 ans à Khan Younès, c'est une sensation qui ne me quittera jamais.»

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Israël : des parents et grands-parents filmaient et diffusaient les viols de leurs propres enfants

Israël : des parents et grands-parents filmaient et diffusaient les viols de leurs propres enfants

Israël : des parents filmaient leurs propres enfants

Douze arrestations en un an. Des pères, des mères, des grands-parents. L'unité d'élite Lahav 433 a ouvert une boîte de Pandore.
Des pères qui filment leurs filles. Des grands-parents qui agressent leurs petits-enfants. Des mères complices. Tout cela se tramait derrière des profils anonymes, sur des applications grand public. En un an, l'unité d'élite Lahav 433 a arrêté 12 suspects, dont deux déjà renvoyés en jugement. Une enquête qui n'est pas terminée.

Un père, sa fille de 6 ans, et une caméra

L'acte d'accusation déposé au tribunal de district de Lod est insoutenable. Un père d'une quarantaine d'années a commis 14 agressions sexuelles sur sa propre fille de 6 ans, filmant chaque scène avec son téléphone. Viol sur mineure, actes indécents, production et diffusion de pédopornographie : les chefs d'inculpation sont accablants. Dans son dossier, des centaines de vidéos de sa fille, et des centaines d'autres fichiers pédopornographiques diffusés en ligne.

Il n'est pas seul. Il est l'un des 12 adultes arrêtés en un an par l'unité 105 de Lahav 433, spécialisée dans la lutte contre la pédocriminalité.

Des nourrissons parmi les victimes

Les fichiers saisis sur les téléphones et ordinateurs des suspects ne se limitent pas aux enfants de leur entourage immédiat.
Parmi les centaines de vidéos et photos pédopornographiques échangées sur Telegram et les applications de rencontres figurent des images de nourrissons victimes d'agressions sexuelles.
Des contenus produits et diffusés par des membres de réseaux pédocriminels actifs sur ces plateformes, sous couvert d'anonymat.
Une réalité que les enquêteurs de l'unité 105 affrontent à chaque saisie de téléphone, et qui, selon la commandante Adi Adri, "continue de les frapper de stupeur, même après des années de terrain."

Un signalement, une boîte de Pandore

Tout part d'un appel citoyen, en mai 2025. Un homme tombe sur un profil anonyme d'un site de rencontres où quelqu'un se vante d'abuser de son neveu. Il alerte la police. Les enquêteurs cyber identifient le suspect : un homme d'une trentaine d'années, sans neveux, sans enfants. Mais son téléphone, lui, parle. Il contenait des échanges avec des individus qui envoyaient des photos et vidéos de leurs propres enfants.

La commandante Adi Adri, chef de la brigade d'enquête de l'unité 105, explique le mécanisme : "L'anonymat du réseau leur donne le sentiment d'être protégés. Tout commence là. Quand ils trouvent un terrain commun, ils passent en privé et échangent des vidéos d'agressions sexuelles sur leurs enfants." Elle est directe : "Chez beaucoup, les fantasmes finissent par passer à l'acte."

Le premier suspect interrogé avait pourtant déclaré : "C'était un fantasme. Je ne pensais pas que des gens allaient vraiment abuser de leurs enfants." Un homme sans casier, vie ordinaire en apparence.

Le téléphone du neveu révèle des grands-parents bourreaux

La dernière arrestation en date concerne un homme d'une trentaine d'années qui décrivait sur Telegram l'agression de son jeune neveu. Son téléphone examiné, les enquêteurs ont découvert des vidéos dans lesquelles ses propres parents, le grand-père et la grand-mère, agressent leur petit-fils. Les grands-parents ont été arrêtés. Puis la mère et la tante de l'enfant. Quatre membres d'une même famille, sans casier judiciaire, qui nient les faits.

Leurs avocats ont réagi : "Il s'agit d'une famille normale. Les charges sont sans fondement."

"Un coup dans le ventre, encore et encore"

La commandante Adri ne cache pas l'épreuve que représente ce travail : "Quand on découvre des agressions sexuelles au sein d'une famille, ça nous prend sans préparation. C'est un coup dans le ventre, encore et encore. Mais notre devoir est de mettre nos émotions de côté pour sauver les enfants."

L'unité 105 poursuit ses investigations. Deux actes d'accusation ont déjà été déposés. D'autres sont attendus. La police appelle toute personne ayant été en contact avec les profils Instagram et Telegram du suspect à contacter le centre 105 pour la protection des mineurs en ligne.

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Maison Blanche : quand le chou fermenté devient une affaire d'état

Maison Blanche : quand le chou fermenté devient une affaire d'état

La choucroute a envahi la Maison-Blanche

Il fallait bien un cabinet présidé par Robert F. Kennedy Jr. pour que le chou fermenté devienne une affaire d'État. Le dernier grand mouvement idéologique de l'administration Trump n'est pas un décret : c'est un régime.
À base de choucroute, de kimchi et de steak de boeuf élevé en plein air, il a conquis le vice-président J.D. Vance, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, le secrétaire aux Transports Sean Duffy, et l'ancien président de la Chambre Kevin McCarthy. Tous convertis. Tous fermentés.

Le gourou à 18 000 dollars la consultation

Derrière cette révolution digestive, un homme : le Dr Sean O'Mara, dont la consultation individuelle est facturée 18 000 dollars.
Ses "programmes d'optimisation" démarrent à 8 000. Sa méthode : manger fermenté, fuir le sucre, et traquer la graisse viscérale par IRM.
"C'est comme reprendre en main un navire qui coule", dit-il au Wall Street Journal.
Il travaille de préférence avec des patients d'un certain âge : "Le retour sur investissement est bien plus grand." Quand O'Mara a reçu Kevin McCarthy, il lui a annoncé qu'il était "le pire cas qu'il ait jamais vu", avant d'ajouter, magnanime : "Mais vous avez un énorme potentiel." McCarthy affirme avoir perdu dix centimètres de tour de taille.

RFK Jr. voyage avec son stock personnel

Kennedy a commencé il y a un an. "J'ai perdu neuf kilos en trente jours", s'est-il vanté cette semaine dans le Michigan. Il attribue au régime la disparition de sa fibrillation auriculaire et voyage désormais avec son propre stock de choucroute en toutes circonstances. Ce qui a ses limites.
Son épouse Cheryl Hines a mis les choses au point dans un podcast : "Nous sommes dans la voiture, habillés élégamment, j'ai l'un de mes plus beaux sacs, et il me tend un sachet de choucroute en demandant : 'Tu peux mettre ça dedans ?' Non. Vraiment, je ne peux pas."

Vance grignote du jerky à bord d'Air Force Two

J.D. Vance a commencé pour le carême, et n'a plus arrêté. Déjeuner type : oeufs, choucroute, cornichons, myrtilles.
Dîner : boeuf ou agneau avec choucroute. En vol, il grignote du jerky de boeuf élevé en plein air ou un hamburger fromage sans le pain. Les réseaux sociaux, eux, ont retenu autre chose du régime : des vidéos de hauts responsables dans des situations olfactivement compromettantes ont largement circulé. La Maison-Blanche a renoncé à la discrétion intestinale au nom du microbiome.

Trump, lui, mange des hamburgers et boit du Coca. Comme d'habitude.

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"Ce qu'il nous reste" le court métrage sur la faim en Israël : honte nationale ou indifférence organisée ?

"Ce qu'il nous reste" le court métrage sur la faim en Israël

La Start-Up Nation laisse ses enfants avoir faim

Deux millions de pauvres. 880 000 enfants sous le seuil de pauvreté. Un taux de pauvreté infantile de 28% deuxième rang mondial dans l'OCDE.
Pendant que les licornes technologiques font la une et que les levées de fonds battent des records à Tel Aviv, un quart des enfants israéliens grandissent dans la précarité.
Depuis vingt-cinq ans, l'association Kol Yaacov fait ce que l'État ne fait pas sans frais de structure, sans communication tapageuse, avec des bénévoles et 100% des dons reversés directement aux familles.
Un court métrage qui buzz en ce moment sur les réseaux, « Ce qu'il nous reste », met des visages sur ces chiffres que personne ne veut regarder. Il est temps de regarder.

La faim silencieuse de la Start-Up Nation

Il existe deux Israël. Celui des licornes technologiques, des levées de fonds record, des salaires en dollars et des rooftops de Tel Aviv où l'on cause disruption entre une salade de quinoa et un café cold brew.
Et puis l'autre celui que l'on ne montre pas, celui que le court métrage « Ce qu'il nous reste », qui circule en ce moment sur les réseaux, oblige à regarder en face : un Israël où des familles entières se demandent, chaque soir, s'il restera quelque chose dans le réfrigérateur.

Ce n'est pas une métaphore. Ce n'est pas de la propagande associative. Ce sont des chiffres que le Bituah Leumi  l'Assurance Nationale israélienne, équivalent de la Sécurité sociale publie lui-même, chaque année, dans un rapport officiel que personne ne lit vraiment.

Selon le rapport sur la pauvreté 2024 du Bituah Leumi, environ deux millions d'Israéliens vivent sous le seuil de pauvreté, dont 880 000 enfants soit plus d'un quart des enfants du pays.
Le seuil retenu n'est pas une invention idéologique : un foyer est considéré pauvre lorsque son revenu net par membre est inférieur à 50% du revenu médian national, conformément à la méthodologie de l'OCDE. Ce seuil s'établit aujourd'hui à 3 547 shekels par mois pour une personne seule, 7 095 pour un couple, et 13 303 pour un couple avec trois enfants. 

Le deuxième rang que personne ne revendique

En matière de pauvreté infantile, Israël se classe deuxième parmi les pays de l'OCDE, derrière le Costa Rica, avec un taux de 28%  en hausse par rapport aux 27,6% enregistrés en 2023.
Dans un pays dont le PIB par habitant dépasse 54 000 dollars en parité de pouvoir d'achat, cette statistique devrait provoquer un débat national permanent. Elle provoque, au mieux, quelques articles en début d'hiver. 

Les premières estimations pour 2025, déjà intégrées dans le rapport du Bituah Leumi, annoncent une dégradation supplémentaire : la pauvreté globale remonterait à 21%, et la pauvreté des enfants à 28,8%. La guerre, la hausse du coût de la vie et l'augmentation de la TVA à 18% produisent un effet de ciseau que les ménages les plus fragiles absorbent seuls. Alliance

La géographie de l'exclusion

L'un des angles les plus frappants de ce tableau est sa dimension géographique. Le taux de pauvreté atteint 24,5% dans la région Sud d'Israël et 21,7% dans la région Nord, contre seulement 11,6% dans la région Centre.
Autrement dit, vivre à Beer Sheva ou à Kiryat Shmona plutôt qu'à Herzliya ou Ra'anana, c'est statistiquement doubler ses chances de tomber sous le seuil de pauvreté.
L'écart est encore plus saisissant à l'échelle urbaine : le taux de pauvreté est de 12% à Tel Aviv, et frôle les 40% à Jérusalem. 

Ce gouffre entre les villes n'est pas une fatalité géographique : c'est le résultat de décennies de politique budgétaire qui ont concentré les investissements en infrastructures, en transports, en éducation et en emploi qualifié dans le couloir côtier central, laissant la périphérie Nord, Sud, Jérusalem se débrouiller avec des moyens structurellement inférieurs.

Ces zones frappées par la pauvreté sont précisément celles qui ont été les premières touchées par la guerre depuis octobre 2023.

Travailler ne protège plus

L'un des paradoxes les plus cruels de la situation israélienne réside dans ce que les économistes appellent la pauvreté laborieuse celle des gens qui ont un emploi et restent pauvres. La part des travailleurs pauvres représente environ 13% de la population active, plaçant Israël au cinquième rang mondial de l'OCDE sur cet indicateur.
En parallèle, le taux de chômage a atteint un plancher historique de 2,6% fin 2024 ce qui signifie que le problème n'est pas l'emploi en tant que tel, mais la qualité, la rémunération et la sécurité des emplois accessibles aux ménages défavorisés. 

Les dépenses sociales d'Israël représentent environ 16,7% du PIB, soit près de cinq points de moins que la moyenne OCDE de 21,2%. Dans un pays où le logement, l'alimentation et les services essentiels ont des coûts parmi les plus élevés du monde développé, cet écart n'est pas un détail technique c'est la mesure exacte de ce que l'État choisit de ne pas faire. Alliance

La faim comme réalité, pas comme figure de style

Au-delà des indicateurs de revenus, le rapport du Bituah Leumi documente une dimension plus immédiate encore. En 2024, 28,1% des Israéliens vivent en situation d'insécurité alimentaire pour des raisons économiques, dont un million d'enfants.
Environ 26% des Israéliens n'ont pas les moyens de se procurer une alimentation saine.
La part d'enfants vivant dans des ménages en insécurité alimentaire reste très élevée, autour de 31,7% pour 2024, même si le rapport note une amélioration partielle par rapport à 2023, en partie liée aux dispositifs de repas mis en place pendant la guerre. BTLAlliance

La faim n'est pas une abstraction dans ces familles. C'est un calcul quotidien : est-ce qu'on mange ce soir, est-ce qu'on mange demain, est-ce qu'on sert les enfants en premier en espérant qu'il restera quelque chose pour les adultes.

La concentration de la pauvreté et le risque d'un débat biaisé

Selon le rapport du Bituah Leumi, 65,1% des personnes pauvres appartiennent aux communautés arabes et haredim un taux presque deux fois supérieur à leur représentation dans la population générale.
Ce chiffre est régulièrement mobilisé pour laisser entendre que la pauvreté serait un problème « communautaire » plutôt qu'une défaillance systémique.
C'est un raccourci intellectuellement malhonnête : ces populations sont pauvres notamment parce que les politiques publiques d'intégration au marché du travail, d'accès à l'éducation professionnelle et de redistribution fiscale les ont historiquement sous-servies et non parce que la pauvreté serait une caractéristique culturelle.

Au demeurant, le rapport note une légère baisse du taux de pauvreté au sein de ces deux communautés entre 2023 et 2024, ce qui tend à montrer que des interventions ciblées produisent des effets mesurables.

Le reste de la pauvreté israélienne près d'un tiers concerne des familles juives laïques ou traditionnelles, des familles monoparentales, des personnes âgées isolées, des travailleurs aux revenus insuffisants. On dénombre ainsi 158 700 personnes âgées pauvres en Israël, un chiffre supérieur à la moyenne des pays de l'OCDE.

Ce que fait Kol Yaacov, et ce que l'État ne fait pas

C'est dans ce contexte que travaille depuis plus de vingt-cinq ans l'association Kol Yaacov, présidée par Pierre Zaoui : en silence, sans frais de structure, avec des bénévoles, auprès de familles en extrême précarité. Son modèle 100% des dons reversés aux bénéficiaires est une réponse directe à une chaîne de défaillances publiques que les chiffres officiels décrivent avec une précision implacable.

Le court métrage « Ce qu'il nous reste » ne fabrique pas une réalité. Il en montre une que le rapport du Bituah Leumi confirme, chiffres à l'appui, depuis des années. La Start-Up Nation génère de la richesse à une vitesse remarquable. Elle n'a pas encore trouvé comment la distribuer.