Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
220 000 lecteurs uniques par mois à son actif.

En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

Alliance-Hosting LLC a permis grâce ses moyens techniques la retransmission en directe des 4 radios juives de France 94.8 FM sur le net ,dés 2000, pendant 12 ans.

Experte en communication digitale avec Alliancefr.com, et radiophonique avec "Internet sans prise de tête" sur judaïques FM 94.8 depuis 2000, ma passion est née de la découverte, dés 1996, du plus important moyen de communication avec le monde, internet.

Mon expérience est le résultat de 22 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

Rendre réel ce monde virtuel c’est l’alliance du savoir faire et du faire savoir.

Les articles de Claudine Douillet

« Es ist nicht gelungen » : la réponse d’un arrière-grand survivant de la Shoah à Adolf Hitler -vidéo-

« Es ist nicht gelungen » : la réponse d’un survivant de la Shoah à Adolf Hitler

À l'occasion de la Journée de commémoration de la Shoah et de l'héroïsme, Elad Turgeman, animateur vedette, a réalisé une interview poignante avec son grand-père.

Dans un Israël éprouvé par les tensions sécuritaires, certaines paroles traversent le tumulte avec une clarté presque brutale.
Elles ne relèvent ni du commentaire politique ni de l’analyse stratégique, mais d’une mémoire vivante, irréductible.

Celle de Shmulik Atzmon, 94 ans, survivant de la Shoah, recueillie lors d’un entretien rare et profondément intime avec son petit-fils, le présentateur Elad Turgeman, à l’occasion de la Journée de commémoration de la Shoah et de l’Héroïsme.

Ce dialogue n’a rien d’un témoignage figé. Il est une transmission. Une ligne tendue entre l’abîme et la continuité. Une réponse, aussi, à ceux qui pensaient avoir scellé le destin du peuple juif.

« Tu n’as pas réussi » : la réponse la plus implacable

Interrogé sur ce qu’il dirait à Adolf Hitler s’il pouvait lui faire face aujourd’hui, Shmulik Atzmon ne convoque ni colère ni vengeance. Sa réponse est d’une simplicité désarmante, presque glaçante par sa force.

Il ne parlerait pas. Il sortirait une photographie, celle de son arrière-petit-fils. Puis il dirait, en allemand : « Es ist nicht gelungen ». Tu n’as pas réussi.

Dans cette phrase, tout est contenu. L’échec total du projet nazi. La défaite historique d’une idéologie fondée sur l’anéantissement. Et surtout, la victoire silencieuse d’une continuité incarnée, tangible, enracinée désormais sur la terre d’Israël.

L’antisémitisme n’a jamais disparu, mais Israël a changé la donne

Shmulik Atzmon ne cède pas à l’illusion d’un monde apaisé. Il nomme les choses sans détour. L’antisémitisme, dit-il, n’a jamais cessé d’exister. Il ne relève pas du passé, mais d’un présent inquiet, mouvant, parfois dissimulé sous d’autres formes.

Pourtant, une rupture fondamentale distingue notre époque de celle qu’il a connue enfant. Cette rupture tient en un fait historique majeur : l’existence d’un État juif souverain et capable de se défendre.

Là où hier régnaient l’impuissance et la fuite, se dresse aujourd’hui une armée. Là où dominait la peur, se tient une capacité de riposte. Cette transformation n’efface pas la menace, mais elle en change radicalement l’issue possible.

Dans cette tension entre lucidité et confiance, Atzmon affirme une certitude qui dépasse le simple slogan : « Am Yisrael Chai ». Non comme une formule, mais comme une réalité vécue.

Une promesse murmurée dans la nuit

Si l’homme tient encore debout, c’est aussi parce qu’un autre homme, son père, lui a offert une direction quand tout semblait perdu.

Il se souvient de ces moments suspendus, cachés derrière des arbres, terrés dans des caves, au cœur des bombardements. Là, dans la peur la plus nue, son père lui murmurait une promesse : ils atteindraient la Terre d’Israël. Et là-bas, ils trouveraient une réponse.

Ce n’était pas une certitude rationnelle. C’était une foi. Une projection dans l’impossible. Mais cette parole, répétée dans l’obscurité, est devenue une boussole intérieure. Elle a traversé les années, les pertes, les errances, jusqu’à se réaliser.

Ce fil invisible entre un père et son fils aura été plus solide que l’histoire elle-même.

Transmettre l’espoir comme une responsabilité

Face à une jeunesse confrontée à ses propres défis, Shmulik Atzmon ne donne pas de leçons. Il transmet une exigence.

Ne jamais perdre espoir.

Non comme une posture naïve, mais comme une condition de survie. L’espoir, dit-il, est un carburant. Sans lui, rien ne tient. Ni les individus, ni les peuples.

Il rappelle que la construction du peuple juif repose autant sur la foi que sur la capacité à croire en un avenir, même lorsque tout semble l’interdire.

Aujourd’hui, entouré de sa famille en Israël, il ne parle pas seulement en survivant. Il parle en homme victorieux. Non pas d’une victoire militaire ou politique, mais d’une victoire existentielle : celle d’avoir vu la vie reprendre, se multiplier, et s’ancrer.

Et dans un geste presque prophétique, il bénit son petit-fils. Il lui souhaite de voir, lui aussi, ses propres petits-enfants grandir dans un pays qu’il imagine déjà plus beau, plus fort, plus accompli.

Comme si, malgré tout, l’histoire juive restait tournée vers l’avant.

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Shoah et résistance : Ce biologiste juif a confectionné un "vaccin" anti-nazi - Bloc 50

Bloc 50 : le biologiste juif qui a confectionné un vaccin anti-nazi

Le ghetto de Lviv : le début d’un enfer programmé

À la fin de l’année 1941, après une série de pogroms d’une violence extrême contre les Juifs de la ville, les nazis établissent le ghetto de Lviv (Lwów/Lemberg), en Pologne occupée.
En quelques semaines, cet espace fermé devient un concentré de terreur, de faim et d’exécutions systématiques.

C’est dans ce contexte que se trouve enfermé le docteur Ludwik Fleck, 45 ans, médecin et microbiologiste juif originaire de Lviv. Avant la guerre, il était déjà une figure du monde scientifique européen. Mais dans le ghetto, il assiste à l’effondrement de son univers : ses deux sœurs y ont été assassinées avec leurs conjoints lors des massacres. Pour lui, la science cesse d’être un espace abstrait ; elle devient une survie physique immédiate.

De Lviv à Auschwitz puis Buchenwald : la mécanique de la déportation

Comme des dizaines de milliers de Juifs de Galicie orientale, Fleck est déporté vers les camps nazis. Il passe par Auschwitz avant d’être transféré à Buchenwald, l’un des grands camps de concentration du Reich, situé près de Weimar.

Dans ce système, les prisonniers qualifiés médecins, biologistes, techniciens sont parfois affectés à des unités de travail spécifiques. Les nazis cherchent notamment à produire des solutions médicales pour leurs propres besoins militaires, sans pour autant renoncer à la logique concentrationnaire de destruction par le travail.

C’est dans ce cadre que Fleck est affecté à des activités liées à la recherche sur les maladies infectieuses, en particulier le typhus, maladie qui ravage les armées et les populations civiles.

Bloc 50 : le laboratoire du typhus et ses zones d’ombre

En décembre 1943, Ludwik Fleck arrive au bloc 50 de Buchenwald. Ce secteur du camp est dédié à la recherche bactériologique et à la production de vaccins contre le typhus exanthématique, une pathologie transmise par les poux et redoutée par l’armée allemande sur le front de l’Est.

Rapidement, Fleck observe les failles du processus de fabrication et de contrôle des sérums. Autour de lui travaillent d’autres prisonniers médecins, notamment le docteur polonais Marian Ciepielowski et le médecin français Robert Waitz, sous supervision des SS.

Les conditions de production sont chaotiques, les contrôles scientifiques partiels, et la priorité donnée à la quantité plutôt qu’à la fiabilité ouvre la voie à des dérives majeures.

La grande tromperie médicale de Buchenwald

C’est dans ce contexte que se met en place l’une des opérations d’imposture scientifique les plus étonnantes de la Seconde Guerre mondiale.

Deux types de préparations sont alors produits dans le laboratoire : d’un côté, un vaccin réellement actif contre le typhus, contenant des agents biologiques traités et affaiblis ; de l’autre, une préparation factice, composée essentiellement de cellules sanguines de lapins de laboratoire et dépourvue d’efficacité immunologique.

Sous la coordination de Fleck, Ciepielowski et Waitz, la production du faux vaccin est massifiée. Celui-ci est ensuite livré aux autorités SS, qui l’envoient sur le front de l’Est pour immuniser les soldats allemands.

Dans le même temps, les quantités limitées de vaccin véritable sont détournées. Une partie est envoyée à des laboratoires de contrôle nazis afin de valider artificiellement la qualité des lots. Une autre est utilisée discrètement dans des essais sur des détenus, ce qui améliore ponctuellement leurs chances de survie lors des épidémies de typhus qui frappent le camp.

Entre survie et sabotage discret

Cette opération repose sur un équilibre extrêmement fragile : il ne s’agit pas d’une résistance armée, mais d’une subversion scientifique au cœur même de l’appareil nazi. Les prisonniers utilisent les contradictions du système son obsession bureaucratique, sa confiance partielle dans les procédures scientifiques pour détourner la production.

Pendant près d’un an et demi, jusqu’à la libération du camp en avril 1945, cette organisation clandestine perdure.

Les conséquences sont doubles : d’un côté, des soldats allemands reçoivent un vaccin inefficace et restent vulnérables au typhus sur le front de l’Est ; de l’autre, certains détenus bénéficient indirectement de doses réelles qui augmentent leurs chances de survie dans un environnement où l’épidémie était fréquente et meurtrière.

L’après-guerre : un scientifique face à l’histoire

Ludwik Fleck survit à la Shoah. Après la guerre, il poursuit sa carrière scientifique en Pologne, puis en Israël, où il travaille notamment à l’Institut Weizmann. Il devient également une figure importante de la réflexion sur l’histoire des sciences, analysant la manière dont les contextes politiques et sociaux influencent la production du savoir.

L’épisode du bloc 50 reste aujourd’hui l’un des cas les plus singuliers de détournement scientifique en temps de guerre : une zone grise où la connaissance médicale, contrainte par la terreur, a servi à la fois d’outil de survie et de sabotage silencieux au sein même du système nazi.

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Shoah en France : la gifle d’une résistante juive à une mère supérieure pour sauver un bébé

Shoah en France : la gifle d’une résistante juive à une mère supérieure pour sauver un bébé

Une gifle pour sauver une vie : récit d’un courage absolu au cœur de la Shoah

Un témoignage familial qui bouleverse les certitudes

À l’occasion d’une émission spéciale de « Zikaron BaSalon » diffusée sur la chaîne israélienne 14 à la veille de Yom HaShoah, la journaliste Tal Meir a livré un récit familial d’une intensité rare. D’emblée, elle tient à corriger une idée reçue :
« Je vais vous corriger… ils ne se voyaient pas comme des héros de la Shoah, mais comme des combattants ». Une précision essentielle qui change tout : ces jeunes n’étaient pas dans une posture de survie passive, mais engagés dans une lutte active.

Tal Meir a choisi de livrer un récit profondément personnel, celui de ses grands-parents, figures méconnues de la Résistance juive en France.

Elle décrit un groupe d’adolescents âgés de 16 à 18 ans, membres de la Résistance française, qui ont œuvré avec une audace exceptionnelle pour sauver des Juifs. Selon les estimations, leurs actions auraient permis de sauver entre 20 000 et 50 000 personnes, grâce à des méthodes clandestines d’une sophistication remarquable. 

La gifle qui a défié la Gestapo

Parmi les épisodes les plus saisissants figure celui du sauvetage d’un nourrisson caché dans un monastère. Alors que la Gestapo s’apprête à intervenir, une résistante, Ruth Ozrad, prend une décision radicale. Née à Berlin et parlant un allemand parfait, elle choisit de se faire passer pour une officier de la Gestapo.

Vêtue d’un uniforme noir, elle pénètre dans le couvent. Face à l’hésitation des religieuses, elle ne tergiverse pas : elle assène une gifle violente à la mère supérieure, saisit l’enfant et disparaît avec lui pour le mettre à l’abri. Un geste brutal, mais qui sauve une vie.

L’ordre était clair : si elle ne ressortait pas avant trois heures, elle serait envoyée à Auschwitz avec l’enfant. Le temps n’était pas une donnée abstraite, mais une ligne de vie. 

Falsifier pour sauver : l’atelier clandestin sous le nez des nazis

Le courage ne s’est pas limité aux opérations spectaculaires. La grand-mère de Tal Meir, Sabine, à peine âgée de 18 ans, dirigeait un laboratoire de falsification de documents au sein de la Résistance. Blonde, aux yeux bleus, elle incarnait l’archétype aryen un camouflage parfait.

Pendant deux années, sa grand-mère, Shulamit Roitman, a mené une double vie. Chaque matin, à Grenoble, elle traversait un pont sous le regard d’un officier allemand, qu’elle saluait avec calme, presque avec insolence. Puis elle poursuivait son chemin vers un lieu aussi stratégique que dangereux : un laboratoire clandestin de falsification, installé à proximité immédiate du quartier général de la Gestapo. 

Le plus sidérant reste l’emplacement de ce laboratoire : à proximité immédiate du quartier général de la Gestapo. Chaque jour, elle produisait de faux papiers, puis les dissimulait dans la selle de son vélo pour les acheminer vers des Juifs cachés dans des villages ou des institutions religieuses.

Ce travail de l’ombre, répétitif et risqué, a sauvé des milliers de vies. Il révèle une autre forme de bravoure : silencieuse, méthodique, mais tout aussi décisive. 

Infiltrer l’ennemi pour sauver les siens

Le grand-père de la journaliste, Léon Roitman, opérait sous une fausse identité. Lui aussi a mené des missions d’une audace extrême. L’une d’elles consiste à infiltrer les cercles allemands pour libérer son propre frère, arrêté.

Il parvient à atteindre un général allemand à Bordeaux, le corrompt et invente une histoire familiale crédible pour obtenir sa libération. Le récit rapporté est presque irréel : des policiers français saluant en allemand un officier nazi, permettant ainsi le passage d’un homme sauvé in extremis.

Cette scène, à elle seule, illustre la complexité morale et opérationnelle de ces opérations clandestines, où chaque détail pouvait faire basculer le destin. 

Sans État, sans filet : une héroïsation à rebours

Tal Meir conclut en établissant un parallèle avec les forces spéciales israéliennes contemporaines. Mais elle insiste sur une différence fondamentale : aujourd’hui, les soldats disposent d’un État, d’une armée, d’un cadre.

Notamment depuis le 7 octobre, et souligne une différence fondamentale.

Les soldats actuels disposent d’un État, d’une armée, de moyens de renseignement, de secours, de soutien logistique. Les résistants juifs en France, eux, n’avaient rien de tout cela. Aucun filet de sécurité, aucune structure, aucune garantie de survie.

Et pourtant, ils ont agi.

Face aux atrocités contemporaines et à l’angoisse qui saisit Israël, elle voit dans l’histoire de ses grands-parents une leçon de force et de foi. Une continuité presque mystique entre les générations : la même détermination, la même certitude d’être du côté juste de l’histoire.

Elle conclut par un engagement : transmettre « le flambeau de la mémoire et celui de l’espoir », pour être dignes de ceux qui, sans armes ni État, ont sauvé des vies au cœur de l’abîme

Ses grands-parents, eux, " entraient dans la gueule du loup en sachant que s’il arrivait quelque chose, ils disparaîtraient à jamais », rappelle-t-elle.

Ce témoignage renverse la perception classique du héros. Ici, il ne s’agit pas de figures glorifiées a posteriori, mais de jeunes gens anonymes, portés uniquement par la foi, l’espoir et une détermination absolue, qui ont réussi à sauver des milliers de Juifs dans l’un des moments les plus sombres de l’histoire.

Une résistance silencieuse, jusque dans la vieillesse

Un détail, presque troublant, résume l’état d’esprit de cette génération : la grand-mère de Tal Meir n’a jamais révélé ses méthodes de falsification, même à ses proches. Jusqu’à la fin de sa vie, elle a refusé d’en parler, craignant que ces techniques puissent être utilisées contre les Juifs.

« Elle est restée membre de la Résistance jusqu’à l’âge de 90 ans », souligne Tal Meir. 

Ce silence n’est pas un oubli. C’est une fidélité.

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Rencontre avec Uri Geller à Yaffo : l'homme qui plie les cuillères et... le réel

Rencontre avec Uri Geller dans son musée à Yaffo : l'homme qui plie les cuillères et... le réel

L'Homme qui pliait le réel

Il surgit en haut de ses marches, vous interpelle de dos, et avant même que vous ayez franchi sa porte, vous avez déjà basculé dans une autre dimension. Uri Geller n'a pas changé. C'est le monde autour de lui qui n'a jamais su comment le contenir.

Avant même d'entrer, il y a cette cuillère. Seize mètres d'acier tordu, plantée devant une ancienne savonnerie ottomane au cœur de la vieille Jaffo.
Le Livre Guinness des Records l'a officiellement couronnée plus grande cuillère du monde. C'est la première chose que vous voyez. Et déjà, quelque chose en vous sourit ce sourire un peu éberlué, un peu ravi, celui de l'enfant qui vient de comprendre que les règles du jeu sont différentes ici.

Je me souviens de lui, enfant, dans le noir et blanc du salon familial.

Un Israélien en costume sombre qui parlait doucement, posait le bout de ses doigts sur une cuillère, et attendait. La cuillère pliait. Les montres se remettaient à tourner.
Bernard Pivot fronçait les sourcils. Et moi, j'étais éblouie non pas par le métal tordu, mais par ce que cet homme semblait dire sans mots : il existe autre chose, et cet autre chose est là, maintenant, dans ce salon, entre vous et moi.

« Son vrai talent n'est pas la télékinésie. C'est de nous avoir convaincus, ne serait-ce qu'un instant, que l'ordinaire n'est pas une fatalité. »

Observation de visite · Musée Uri Geller · Jaffo

Des décennies plus tard, me voilà sur le seuil de son musée dans la Vieille Jaffo, à deux pas du port où les pierres millénaires absorbent la lumière du matin. Je suis de dos, à regarder de prés cette gigantesque cuillère quand une voix me hèle du haut des marches.
« Tu es la journaliste ? ». Je me retourne. Il sourit ce sourire qui n'a pas pris une ride depuis les écrans en noir et blanc de mon enfance.

"Le groupe de cinquante visiteurs du Nord a été réduit à dixen raison de restrictions". Il me le dit simplement, sans excuses superflues. Je lui fait part de ma surprise de la beauté de son musée d'extérieur, il rétorque dans un sourire: « Attends de rentrer. Tu vas être en choc. Et ensuite je te plierai une cuillère pour tes lecteurs. »

À treize heures précises, on entre. La structure nous happe immédiatement ces voûtes, cette pierre de taille, cette densité de l'histoire dans chaque centimètre carré du mur.
Ce n'est pas tout à fait un musée classique : c'est une expérience immersive de plus de cinquante ans de culture pop, une collection personnelle absolument singulière où chaque objet porte une histoire racontée par l'homme lui-même.

Uri Geller nous guide lui-même. À 79 ans, il se déplace dans la pièce avec l'enthousiasme et la vitalité d'un homme décidé à ne jamais s'asseoir, racontant chaque objet avec la fluidité naturelle et le charisme d'un showman hors pair.

Michael Jackson, Elvis Presley, les Beatles ... chaque rencontre devient une porte vers une autre dimension de la réalité. Il y a la veste signée de Jackson, les gants de boxe d'Ali, et puis cette Cadillac recouverte de plus de 2 000 cuillères et fourchettes tordues, pièce maîtresse intitulée "The Geller Effect", dont certains couverts auraient appartenu à la princesse Diana, à Sigmund Freud, ou encore à Yasser Arafat.

Il nous montre une sculpture de Salvador Dali, son mentor de longue date, et une sphère de cristal ayant appartenu à Léonard de Vinci  cadeau de Dali lui-même.
La porte d'entrée en verre ? Une œuvre de Dali, un de ses tableaux transféré ur verre grâce à une technique du Technion. Même la technologie, avec Uri, a un goût de magie.

On devine son vrai talent au fil des salles. Ce n'est pas la télékinésie ou du moins, pas seulement. C'est la bienveillance. La curiosité insatiable.
Le culot israélien, comme il dit lui-même en riant. « Je suis un showman naturel. Je n'ai ni manager ni attaché de presse. Je sais comment aller avec le courant, séduire les tabloïds, les gouvernements et les scientifiques. Je suis ouvert, accessible. Je suis israélien, un Sabra, et j'ai du chutzpah. » -culot israélien-

Il est né dans une famille pauvre à Tel-Aviv.

Il rêvait d'être une star, et il l'a dit sans honte, avec cette franchise désarmante qui est peut-être son plus beau tour de passe-passe.
Il a été parachutiste lors de la Guerre des Six Jours et a été blessé, mannequin, chanteur, auteur de plus de quatorze livres, et artiste formé par Salvador Dali.
Il a traversé toutes les dimensions que la vie ordinaire offre à un homme extraordinaire.

« Il ne parle pas de lui. Il se raconte à travers des hommes et des femmes extraordinaires, comme s'il n'avait été que le témoin privilégié d'un siècle qui le dépassait. »

Il y a une chose que les sceptiques oublient : Des milliers de personnes possèdent peut-être un don similaire au sien. Ses capacités ont même été certifiées par la CIA après une série de tests approfondis.

Mais combien ont eu l'audace, la vivacité, la générosité de partager cela avec le monde entier ? Aucun. Les planètes s'étaient alignées : un don, un talent, et la chance de naître à une époque où l'on s'émerveillait encore de l'extra-ordinaire.

Avant de repartir, il me montre un petit objet doré en forme de capsule Kinder. Et il raconte John Lennon, le Dakota Building, trois heures du matin, une sphère de lumière et une main extraterrestre tendue dans l'obscurité. « Je ne veux pas le faire analyser en laboratoire », dit-il.
« Parce que je ne veux pas être déçu d'apprendre qu'il est fabriqué en Chine. Je veux croire en la parole de John Lennon. »

Voilà Uri Geller en une phrase. Pas un mystificateur. Pas un saint. Un homme qui a choisi, très jeune, de ne pas céder à l'ordinaire  et qui nous offre, dans son musée de pierres anciennes, la permission de faire de même.
Le petit garçon de Tel Aviv issu d'une famille modeste n'a jamais vraiment grandi.
Il a juste appris à plier le métal, le temps, et peut-être un peu la réalité.

La visite se termine sur quelque chose d'inattendu. Un film conçu pour les jeunes. Uri Geller y parle directement à ceux qui doutent encore d'eux-mêmes, avec une simplicité qui désarme : tout ce que vous pouvez imaginer, vous pouvez l'atteindre. Pas comme un slogan. Comme un homme qui l'a vécu. Qui en est la preuve vivante.

 

Car Uri Geller n'a pas lu les livres de développement personnel. Il les a précédés.
Avant que le mot "mindset" n'envahisse les librairies, avant les podcasts sur la réussite et les coaches certifiés, il y avait ce petit garçon de Tel Aviv qui avait décidé, sans filet, que sa réalité serait différente de celle qu'on lui destinait. Et il l'a changée. Pièce par pièce, rencontre par rencontre, cuillère par cuillère.

Il me tend une cuillère à la fin. « Pour tes lecteurs », dit-il. Il la tient du bout des doigts, la regarde, et lentement inexplicablement elle se courbe.

Je rentre avec une cuillère tordue dans mon sac. Et quelque chose de moins pliable, mais tout aussi précieux : la certitude renouvelée qu'il existe, quelque part entre Jaffo et l'impossible, une porte que cet homme maintient ouverte depuis cinquante ans.

Ceux qui le connaissent de longue date évoquent autre chose encore  une perception hors du commun, que lui n'a jamais cherché à cacher. Une part qui échappe aux cases.
Et qui dérange peut-être autant que le reste.

Pour en savoir plus sur Uri Geller
Uri Geller espion mossad ? cliquez-ici

Uri Geller et son enfance cliquez-ici

Informations pratiques

Musée Uri Geller · 7, rue Mazal Arieh, Vieille Jaffo, Tel Aviv

Visites guidées par Uri Geller en personne · Groupes de 10 à 40 personnes · 50 NIS par personne
Réservation obligatoire à l'avance · Disponible en plusieurs langues

urigellermuseum.com

 

 

 

Négociations Iran–États-Unis : Téhéran en situation d’asphyxie exige un déblocage immédiat de milliards

Négociations Iran–États-Unis : Téhéran en situation d’asphyxie exige un déblocage immédiat de milliards

L’argent au cœur des négociations : Téhéran recentre son offensive diplomatique sur la survie économique

Des pourparlers dominés par la question financière

Les discussions engagées entre les États-Unis et l’Iran, ouvertes hier au Pakistan, prennent une tournure inattendue. Selon plusieurs sources proches du dossier, les sujets habituellement sensibles comme le nucléaire ou le programme balistique iranien restent en arrière-plan. Le véritable centre de gravité des négociations serait ailleurs : l’accès immédiat aux liquidités et la levée des sanctions économiques.

Dans un contexte de crise financière aiguë, le régime iranien aurait déplacé ses priorités vers un impératif de survie économique. Cette urgence se reflète jusque dans la composition de la délégation, où figurent des responsables économiques de premier plan, notamment le gouverneur de la Banque centrale d’Iran, signe d’une négociation pensée avant tout en termes de flux monétaires.

Des exigences iraniennes massives et immédiates

À la table des discussions, Téhéran avance des demandes précises et d’une ampleur significative. L’Iran réclame d’abord le déblocage de plus de sept milliards de dollars d’avoirs gelés, actuellement immobilisés par les États-Unis et répartis notamment au Qatar ainsi que dans d’autres juridictions.

Au-delà de ces fonds, les autorités iraniennes exigent la possibilité de reprendre la vente de pétrole sans restrictions liées aux sanctions américaines. Elles souhaitent également obtenir une forme de compensation financière pour les préjudices subis au cours des dernières années, ainsi que la mise en place de mécanismes de transfert rapide de liquidités vers les caisses de l’État, aujourd’hui sous forte pression.

Le détroit d’Ormuz comme levier stratégique

Dans ce bras de fer diplomatique, l’Iran continue de mobiliser un atout majeur : sa position géographique au niveau du détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique pour le transport mondial de pétrole.

Téhéran chercherait à renforcer son contrôle sur cette zone, allant jusqu’à revendiquer une part des revenus générés par le trafic maritime. Cette revendication suscite de vives inquiétudes chez les États du Golfe, qui multiplient les échanges avec Washington afin de dissuader toute concession américaine sur ce point sensible.

Pression régionale et ligne dure américaine

Face à ces exigences, la position américaine se veut ferme. Les représentants de Washington exercent une pression soutenue sur la délégation iranienne, tout en maintenant une stratégie de négociation encore ouverte.

Cependant, les sources impliquées reconnaissent que l’issue des discussions reste hautement incertaine. La décision finale dépendrait directement du président Donald Trump, appelé à arbitrer la suite du processus.

Un agenda régional relégué au second plan

Un élément marquant ressort de ces échanges : la faible place accordée aux dossiers régionaux, notamment celui du Liban, habituellement central dans les tensions impliquant l’Iran.

Cette absence de priorité suggère un recentrage stratégique de Téhéran. Dans l’immédiat, la survie économique du régime semble primer sur ses ambitions régionales, bouleversant temporairement les équilibres habituels de sa diplomatie.

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Échec des négociations avec l’Iran : l’ombre d’une escalade militaire se précise

Échec des négociations avec l’Iran : l’ombre d’une escalade militaire se précise

Négociations États-Unis–Iran : 21 heures de discussions pour un échec lourd de conséquences

Une rencontre historique… sans résultat

Les pourparlers entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad devaient marquer un tournant. Ils n’auront été qu’un révélateur brutal de l’impasse.
Après vingt-et-une heures de discussions, le vice-président américain J. D. Vance a confirmé qu’aucun accord n’avait été trouvé. Le constat est sans ambiguïté : les échanges ont bien été « substantiels », mais n’ont permis aucune avancée concrète.

La délégation américaine a quitté le Pakistan immédiatement après l’annonce, laissant derrière elle une proposition qualifiée de « finale » par Washington, désormais suspendue à une hypothétique réponse iranienne. Ce face-à-face constituait pourtant le plus haut niveau de dialogue direct entre les deux pays depuis des décennies, dans un contexte de guerre ouverte et de cessez-le-feu fragile.

Vance a adressé un message menaçant à Téhéran en ajoutant : « Je pense que c’est une bien meilleure nouvelle pour l’Iran que pour les États-Unis. Nous rentrons chez nous. » Il a affirmé que les pourparlers avaient révélé des failles fondamentales qui avaient empêché toute avancée.

Le nucléaire, point de rupture absolu

Au cœur de l’échec : une exigence américaine restée non négociable. Washington demandait un engagement clair, ferme et durable de Téhéran à ne jamais développer l’arme nucléaire, ni même les capacités permettant d’y parvenir rapidement.
Une ligne rouge assumée. Et refusée. J. D. Vance l’a exprimé sans détour : les États-Unis attendaient « un engagement affirmatif » de l’Iran.
Cet engagement n’est jamais venu. Côté iranien, la version est inverse. Les autorités dénoncent des exigences « excessives », considérées comme une remise en cause de leur souveraineté stratégique. Autrement dit, les deux positions ne se croisent pas. Elles s’excluent.

Détroit d’Ormuz, sanctions, réparations : un conflit global

Mais réduire l’échec au seul nucléaire serait une erreur. Les négociations portaient en réalité sur un ensemble beaucoup plus large de tensions. Le détroit d’Ormuz, verrou énergétique mondial, était au centre des discussions, dans un contexte où l’Iran en perturbe la circulation.

À cela s’ajoutaient des demandes iraniennes lourdes : levée des sanctions, restitution d’avoirs gelés, réparations de guerre et cessez-le-feu élargi à l’ensemble de la région.
En face, Washington exigeait des garanties sécuritaires durables, notamment sur le nucléaire, sans offrir de concessions équivalentes. Il ne s’agissait donc pas d’un simple désaccord technique, mais d’un affrontement global sur l’ordre régional.

Une « offre finale » américaine et un ultimatum implicite

Dans ce contexte, la déclaration américaine prend un relief particulier. Les États-Unis affirment avoir présenté leur « meilleure et dernière offre ». Cela change la nature du processus. On ne parle plus de négociation, mais d’un ultimatum diplomatique. Donald Trump a de son côté minimisé l’échec, affirmant que l’issue des discussions importait peu et que les États-Unis « gagneraient dans tous les cas ». Ce type de déclaration ne cherche pas à relancer le dialogue. Il entérine un rapport de force.

Une trêve menacée, une guerre en suspens

Ces discussions s’inscrivaient dans le cadre d’un cessez-le-feu déjà fragile, après plusieurs semaines de conflit impliquant directement les États-Unis, Israël et l’Iran. Leur échec fragilise immédiatement cet équilibre précaire. Les combats indirects se poursuivent, notamment au Liban, et la question du détroit d’Ormuz reste entière. Dans ce contexte, l’absence d’accord ne signifie pas statu quo, mais instabilité accrue.

Ce que révèle réellement cet échec

Il faut être précis : cet épisode ne prouve pas que la guerre va s’intensifier immédiatement. Mais il montre que les conditions politiques d’une désescalade ne sont pas réunies. Les États-Unis exigent une capitulation stratégique sur le nucléaire. L’Iran refuse toute concession de souveraineté. Et les enjeux dépassent largement ces deux acteurs.

Ce qui s’est joué à Islamabad n’est pas un échec de négociation classique. C’est la démonstration que, à ce stade du conflit, aucun terrain commun n’existe. Et dans ce type de configuration, l’histoire montre une constante : quand la diplomatie ne produit rien, c’est rarement le silence qui s’installe.

Tel Aviv : crèche clandestine, couple sexagénaire arrêté pour viols présumés sur enfants

Tel Aviv : crèche clandestine, couple sexagénaire arrêté pour viols présumés sur enfants

Affaire d’une extrême gravité dans le sud de Tel Aviv : une directrice de maternelle et son mari, tous deux âgés d’une soixantaine d’années et résidant dans la ville, ont été arrêtés dans le cadre d’une enquête portant sur des suspicions d’agressions sexuelles sur mineurs.

La garde à vue intervient à la suite de plusieurs plaintes déposées par des parents, qui ont alerté les autorités sur des faits présumés impliquant le mari du couple.

Selon les éléments communiqués par les forces de l’ordre, la structure en question fonctionnait comme une maternelle clandestine, sans aucune autorisation ni de la municipalité ni du ministère de l’Éducation. Elle était installée directement au domicile du couple.

L’enquête a été ouverte après la réception de signalements récents jugés suffisamment préoccupants pour déclencher une intervention rapide de la police du district sud de Tel-Aviv.

D’après les premiers éléments de l’enquête, la maternelle était située au premier étage d’un immeuble du quartier d’Argazim, tandis que le couple habitait au deuxième étage.

Les soupçons portent sur le fait que le mari aurait isolé certaines enfants dans la partie privative du logement, au deuxième étage, où des faits graves auraient été commis. À ce stade, les enquêteurs évoquent au moins trois cas identifiés, dont celui de deux sœurs âgées de quatre ans et demi et sept ans et demi.

L’affaire s’inscrit dans un contexte particulier, puisque la structure avait également continué à fonctionner durant la période de guerre en Israël, sous forme de garde élargie accueillant des enfants plus âgés dans un cadre assimilé à une colonie de vacances. Cette dimension élargit le périmètre des investigations, les autorités cherchant désormais à déterminer si d’autres faits ont pu se produire sur cette période.

Les deux suspects ont été interpellés en vertu d’un mandat d’arrêt et conduits pour interrogatoire. Ils doivent être présentés ce vendredi devant le tribunal de première instance de Tel-Aviv, dans le cadre d’une demande de prolongation de leur détention. La police entend obtenir leur maintien en détention afin de poursuivre les vérifications et le recueil des preuves dans ce dossier qualifié de complexe et sensible par les enquêteurs.

850 millions par an : comment France Télévisions finance en secret une oligarchie de producteurs privés

850 millions par an : comment France Télévisions finance en secret une oligarchie de producteurs privés

France Télévisions sous la loupe du Parlement : cinq mois d'enquête sur l'argent public, les conflits d'intérêts et les zones d'ombre

850 millions d'euros par an. C'est ce que France Télévisions verse chaque année à des sociétés de production privées sur les deniers du contribuable. Mediawa le groupe de Xavier Niel et Matthieu Pigasse en capte à lui seul 110 millions. Nagui, salarié-actionnaire de Banijay, refuse de rendre compte de ce qu'il perçoit.
Et le rapport parlementaire qui documente tout cela sera soumis au vote d'enterrement le 27 avril. Cinq mois d'enquête. Une vérité qui dérange.

Analyse des travaux de la Commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public — 8 avril 2026

La commission d'enquête : contexte et fonctionnement

Lancée le 28 octobre 2025 à l'initiative du groupe Union des Droites pour la République (UDR), qui exerçait son « droit de tirage » parlementaire, la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public a rassemblé 31 députés issus de tous les groupes politiques de l'Assemblée nationale.

Elle a été présidée par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons, député du Calvados), avec pour rapporteur Charles Alloncle (UDR, député de l'Hérault).

Ses objectifs officiels portaient sur quatre axes : examiner la neutralité éditoriale des grilles de programmes, vérifier la traçabilité des décisions en matière de ressources humaines et de marchés, rechercher d'éventuels conflits d'intérêts ou pressions politiques, et contrôler l'utilisation des deniers publics.

En cinq mois de travaux, la commission a conduit 67 auditions au cours desquelles 234 personnes ont été entendues. Le 8 avril 2026, la clôture s'est tenue avec un second passage de Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions.

Charles Alloncle dispose désormais d'une quinzaine de jours pour rédiger ses conclusions. Les 31 parlementaires voteront le 27 avril pour ou contre la publication du rapport. En cas de vote négatif — situation rare —, l'ensemble des travaux, comptes rendus inclus, ne pourrait être rendu public au nom de la commission d'enquête.

Delphine Ernotte : une présidence record, des finances contestées

Ingénieure diplômée de l'École Centrale de Paris, Delphine Ernotte Cunci a été nommée à la tête de France Télévisions en 2015 par François Hollande, puis reconduite deux fois par Emmanuel Macron, en 2020 et en 2025 une longévité inédite pour ce poste. Sa rémunération s'élève à environ 400 000 euros annuels, assortie d'une prime de performance d'environ 80 000 euros.

La question financière a constitué l'un des principaux points d'achoppement lors de la dernière audition. Delphine Ernotte Cunci a affirmé que France Télévisions « coûte 600 millions d'euros de moins aux Français qu'il y a dix ans » en euros constants, soit environ 3 euros par mois par Français contre près de 4 euros il y a dix ans. En face, Charles Alloncle a soutenu que la dotation publique versée à France Télévisions avait augmenté de 136 millions d'euros entre 2015 et 2024.

La présidente a reproché à ce dernier un « procédé très manipulatoire » consistant à mélanger chiffre d'affaires et dotation publique. Selon les données disponibles, France Télévisions emploie 9 000 salariés et diffuse ses programmes sur cinq chaînes nationales. Elle a adopté un plan de 150 millions d'euros d'économies pour rester à l'équilibre en 2026, et s'est engagée à diviser par deux ses dépenses de taxis, qui atteignaient 3,8 millions d'euros en 2024.

Mediawan : un géant de la production au cœur des soupçons

En 2026, France Télévisions a prévu de consacrer 850 millions d'euros à l'achat de programmes auprès de sociétés de production extérieures, soit près d'un quart de son budget total. Ce montant dépassait le milliard d'euros en 2017.

Mediawan, fondé en 2015 par Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton, est devenu l'un des leaders européens de la production audiovisuelle. Ses sociétés produisent des fictions populaires en France et à l'international, ainsi que les magazines C à vous et C dans l'air sur France 5.

Charles Alloncle pointe Mediawan comme « première société de production à bénéficier des contrats avec France Télévisions, à hauteur de 110 millions d'euros par an ». Il souligne que le groupe est majoritairement détenu par le fonds d'investissement américain KKR, dont le président pour la France est Jérôme Nommé.

Lors de son audition le 2 avril 2026, Xavier Niel a vivement contesté les accusations du rapporteur. Il a qualifié la commission de « cirque » et déclaré : « Je ne suis pas un clown. Vous avez propagé beaucoup d'approximations, de fake news, de mensonges ici et sur vos réseaux sociaux, sans aucune forme de contradictoire. »

Il a par ailleurs été interrogé sur une éventuelle privatisation de l'audiovisuel public, affirmant qu'il serait « ravi » d'acheter les chaînes de France Télévisions et de Radio France si l'État décidait de les vendre.

L'affaire Maxim's

Un épisode particulièrement controversé a émaillé les travaux. Le 25 février, Charles Alloncle a publié sur le réseau social X que « les dirigeants de Mediawan auraient privatisé Maxim's, restaurant et boîte de nuit huppée parisienne, pour célébrer, en sa présence, la reconduction de Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions ». Il s'appuyait sur des propos tenus devant la commission par Jean-Jacques Cordival, représentant du syndicat CFE-CGC de l'audiovisuel.

La réalité est plus nuancée. Selon des sources syndicales, c'est bien Pierre-Antoine Capton, PDG de Mediawan, qui avait privatisé Maxim's mais pour fêter ses 50 ans en avril 2025. Les cofondateurs Xavier Niel et Matthieu Pigasse figuraient parmi les invités, tout comme Delphine Ernotte et son ex-directeur des programmes Stéphane Sitbon-Gomez.

Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a indiqué que les propos du syndicaliste semblaient inexacts quant au motif de la soirée, et s'est réservé le droit d'engager une procédure pour parjure non contre le rapporteur, mais contre ledit syndicaliste.
Xavier Niel a pour sa part nié sous serment avoir participé à une soirée organisée en l'honneur de la reconduction d'Ernotte alors qu'il était bien présent ...

Le cas Nagui : transparence refusée sur l'argent public

Charles Alloncle a qualifié Nagui de « la personne, sur les dix dernières années en France, qui s'est le plus enrichie sur l'argent public », pour des « centaines de millions » d'euros, une affirmation formulée dès la fin 2025.

La situation de Nagui est structurellement complexe. L'animateur n'est pas salarié de France Télévisions : c'est sa société Air Productions, fondée en 1993 et vendue en 2009 à Banijay Group en échange de parts de ce dernier (environ 5 %), qui produit N'oubliez pas les paroles pour France 2. Nagui est donc salarié et actionnaire d'un groupe qui fournit des programmes à la télévision publique.

En 2020, Mediapart avait révélé un contrat de 100 millions d'euros entre France Télévisions et la société Banijay pour la production de plusieurs émissions sur trois ans, dont N'oubliez pas les paroles et Taratata.

Lors de son audition le 1er avril 2026, Nagui a refusé de divulguer sa rémunération. Charles Alloncle a mentionné que Nagui percevrait 2 500 euros par émission de N'oubliez pas les paroles, soit davantage que le salaire médian mensuel des Français, et a cité un audit de production selon lequel Nagui se serait versé, via Banijay, « une rémunération supplémentaire de 378 000 euros sur une seule saison ».
La PDG de Banijay France, Alexia Laroche-Joubert, a répondu que c'est Banijay qui rémunère Nagui, et non le service public, estimant qu'il était normal que Nagui ne transmette pas ses fiches de salaire.

Nagui a vivement contesté les chiffres avancés, accusant le rapporteur de confondre chiffre d'affaires et bénéfices, et d'avoir déclenché par ses déclarations une vague de cyberharcèlement contre sa famille. Il a confirmé avoir déposé une plainte pour cyberharcèlement.

Les autres dysfonctionnements signalés

Au-delà des questions financières, la commission a examiné plusieurs autres sujets :

Le pantouflage et les allers-retours public/privé. Charles Alloncle a mis en cause des cas d'anciens salariés ayant partagé leur activité entre France Télévisions et des sociétés de production, ainsi que le cas d'Arnaud Ngatcha, directeur des opérations spéciales de France Télévisions et élu adjoint d'Anne Hidalgo à la mairie de Paris, cumulant selon lui « deux emplois à temps plein ». 

Les allégations de violences sexuelles. Le rapporteur est revenu sur des déclarations de Jacques Cardoze, ex-présentateur de Complément d'enquête, qui avait évoqué l'existence de « protocoles d'accord particulièrement onéreux » destinés à « acheter le silence de victimes ou de témoins de déviances sexuelles ». Alloncle a annoncé avoir reçu le témoignage d'une ancienne salariée licenciée après avoir dénoncé des faits d'agression sexuelle en 2009, et a indiqué son intention de faire un signalement à la justice. 

La plainte de techniciens contre Mediawan. Le 7 avril 2026, il a été révélé que le procureur de la République avait été saisi d'une plainte déposée par des techniciens de Maximal Productions et Troisième Œil Productions, deux sociétés du groupe Mediawan, soutenus par le syndicat CGC de l'Audiovisuel, à la suite notamment d'un courrier de l'Inspection du Travail.

Le risque d'enterrement du rapport

La question de la publication des conclusions est désormais centrale. Les 31 parlementaires voteront le 27 avril pour ou contre la publication du rapport. En cas de vote négatif, l'ensemble des travaux, y compris les comptes rendus d'auditions et les documents transmis, ne pourrait être rendu public au nom de la commission d'enquête.
Charles Alloncle a annoncé vouloir inscrire une proposition de loi sur l'audiovisuel public à l'ordre du jour de la « niche » réservée à son groupe le 25 juin.

Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a pour sa part estimé que la commission avait « mis en lumière des manquements et des dysfonctionnements » tout en regrettant le caractère parfois spectaculaire des débats : « Au-delà des différences de méthode, des coups d'éclat, parfois du triste spectacle qu'on a pu renvoyer collectivement, j'espère que les manquements et les dysfonctionnements qui ont pu être mis en lumière pourront appeler à des réponses justes, honnêtes, sérieuses, crédibles. »

À l'inverse, des élus du camp majoritaire ont affiché leur amertume. La députée Céline Calvez (Ensemble pour la République) a déploré qu'« à la place du spectacle déplorable et des polémiques suscitées, les auditions auraient dû faire davantage la lumière sur des interrogations de fond ».

Ce que l'on sait, ce qui reste à établir

Il convient de distinguer rigoureusement les éléments documentés des allégations en cours d'investigation :

Établis : France Télévisions consacre environ 850 millions d'euros par an à l'achat de programmes externes. Mediawan reçoit environ 110 millions d'euros de commandes annuelles du groupe public. Banijay a décroché un contrat de 100 millions d'euros sur trois ans. Nagui refuse de divulguer sa rémunération précise. Les conflits d'intérêts liés aux allers-retours public/privé sont attestés par plusieurs auditions.

En cours d'examen ou contestés : Les accusations de détournement systématique d'argent public, la réalité et le motif de la soirée Maxim's tels que décrits par le rapporteur, les allégations d'achat de silence concernant des violences sexuelles.

Le rapport de Charles Alloncle, attendu pour la fin avril 2026, sera le véritable test : sera-t-il publié, ou étouffé par un vote majoritaire ? La réponse déterminera si cinq mois de travaux parlementaires auront permis d'avancer vers plus de transparence sur l'usage de l'argent public dans l'audiovisuel — ou s'ils se seront conclus par un rendez-vous manqué.

L'HEURE ZÉRO — LE COUP D'ÉTAT DU HEZBOLLAH AVORTÉ PAR ISRAËL

L'HEURE ZÉRO — LE COUP D'ÉTAT DU HEZBOLLAH AVORTÉ PAR ISRAËL

LIBAN : LE COUP D'ÉTAT QUI N'A PAS EU LIEU La frappe israélienne du 8 avril, une opération préventive contre un putsch planifié par le Hezbollah

Le 8 avril 2026, pendant que le monde regardait les images de Beyrouth en flammes et s'indignait des frappes israéliennes, une autre réalité se jouait dans l'ombre.
Quelques heures avant l'opération israélienne, le Hezbollah, dos au mur après la mort de Khamenei et l'effondrement de son parrain iranien, avait fixé son « heure zéro » : prendre le Grand Sérail, renverser le président Joseph Aoun, s'emparer du Liban entier.
Un coup d'État télécommandé depuis Téhéran, dans la plus pure tradition des mollahs. Israël l'a su. Israël a frappé.

Et pendant que les plateaux télévisés comptaient les morts en accusant l'État hébreu, personne ne posait la seule question qui vaille : sans ces cent frappes en dix minutes, qui gouvernerait Beyrouth ce soir ?

Beyrouth, le 9 avril 2026.

Derrière le fracas des bombes, il y a toujours une autre histoire. Celle que les plateaux télévisés ne racontent pas. Celle que Macron ne prononce pas. Celle que l'extrême gauche anti-israélienne ne veut surtout pas entendre.

Le 8 avril 2026, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l'Iran, Tsahal lançait sa plus grande frappe coordonnée de toute la guerre en cours, frappant plus de 100 cibles du Hezbollah en l'espace de dix minutes à Beyrouth, au Sud-Liban et dans la vallée de la Bekaa. Le bilan provisoire, selon la défense civile libanaise, s'est élevé à 254 morts et 1 165 blessés. 

Devant ces images, le réflexe de la presse internationale a été immédiat : Israël bombarde des civils. Israël défie la trêve. Israël est seul contre le monde. Fin de l'histoire.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

L'heure zéro

Selon des sources libanaises et un rapport de la Chaîne I24 israélienne, le Hezbollah planifiait un coup d'État militaire au Liban qui aurait été contrecarré par les frappes israéliennes.
Le plan, impliquant le Hezbollah, le mouvement Amal et des groupes alliés, visait à s'emparer des institutions gouvernementales clés, dont le Grand Sérail, et à renverser le gouvernement libanais, dans une opération rappelant les événements du 7 mai 2008.

Le projet consistait à prendre le contrôle total du pays, puis à entrer en négociation directe avec les États-Unis, via une délégation conduite par Naïm Qassem et Nabih Berri, en contournant totalement Israël. 

Des mises en garde sur un coup d'État potentiel circulaient au sein des cercles officiels libanais, dont le palais présidentiel de Baabda, depuis environ une semaine.

Le timing n'est pas anodin. C'est le Hezbollah qui a entraîné le Liban dans cette guerre régionale, le 2 mars, en lançant des missiles et des drones sur Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué dans une frappe américano-israélienne.  Depuis lors, le mouvement pro-iranien, affaibli, cherchait à renverser la table.

Le projet des mollahs

Pour comprendre ce qui s'est joué le 8 avril, il faut remonter à la logique de fond.
Depuis des décennies, l'Iran finance, arme et pilote le Hezbollah comme un instrument de projection régionale.
En 2007, Naïm Qassem lui-même déclarait dans un entretien que les attentats suicides, les attaques terroristes et les tirs d'artillerie contre Israël devaient tous être approuvés au préalable par des responsables iraniens. Le Hezbollah n'est pas un mouvement de résistance populaire. C'est un bras armé de Téhéran, ancré dans le tissu libanais.

C'est dans ce contexte que le Liban est devenu un front dans la guerre américano-israélienne contre l'Iran.  Avec l'affaiblissement du régime des mollahs, une fenêtre s'est ouverte pour le Hezbollah : celle de prendre le pouvoir à Beyrouth avant que les conditions ne deviennent encore moins favorables. Un pari désespéré, mais cohérent avec la logique d'un mouvement qui, dos au mur, joue son va-tout.

Le gouvernement libanais, qui en août 2025 avait approuvé un plan pour désarmer le Hezbollah, avait immédiatement déclaré les activités militaires du groupe « illégales » et le Premier ministre Nawaf Salam avait qualifié l'entrée en guerre du mouvement de « faute stratégique ».
Reuters a rapporté que le président du Parlement Nabih Berri, allié de longue date du Hezbollah, avait lui-même été surpris par la décision du groupe après avoir reçu des assurances que celui-ci ne riposterait pas contre Israël pour ses attaques sur l'Iran. 

Berri se désolidarise

Cet élément est capital. Selon des sources proches du dossier, Berri cherchait à empêcher que le Hezbollah soit perçu comme ayant tiré le premier, pour éviter de donner à Israël un prétexte de légitime défense. En clair : même l'allié historique du Hezbollah au sein du duo chiite libanais n'était pas dans la confidence du coup de force envisagé.

En séance d'urgence, le gouvernement libanais est allé bien au-delà de son habituel langage de retenue : le Premier ministre Nawaf Salam a annoncé une interdiction totale des activités militaires et sécuritaires du Hezbollah et exigé que le groupe remette ses armes, affirmant que les décisions de guerre et de paix appartiennent exclusivement à l'État.

L'opération « Eternal Darkness »

L'armée israélienne a baptisé la vague de frappes du 8 avril du nom de code « Eternal Darkness ». Des responsables militaires ont précisé à des journalistes que cette opération avait été planifiée plusieurs semaines auparavant, et qu'elle avait été menée après que diverses « conditions opérationnelles » ont été jugées optimales.

Ce n'était pas une réaction impulsive à la trêve irano-américaine. C'était le fruit d'une intelligence patiente et d'une décision mûrement réfléchie.

Les raids ont ciblé des centres de renseignement, des infrastructures liées aux systèmes de tir et aux capacités navales du Hezbollah, ainsi que des positions de la Force Radwan et de l'unité aérienne 127, considérées comme des unités d'élite.

L'IDF a également annoncé l'élimination d'Ali Yusuf Harshi, neveu et secrétaire personnel de Naïm Qassem, qui jouait un rôle central dans la gestion et la sécurisation du bureau du chef du Hezbollah.

Pourquoi Israël tuerait-il des civils ?

La question mérite d'être posée froidement, sans idéologie. L'armée israélienne a lancé des avertissements d'évacuation à l'attention des civils libanais avant les frappes sur la banlieue sud de Beyrouth et des zones du Sud-Liban. L'armée israélienne a également accusé le Hezbollah d'utiliser des civils comme boucliers humains. 

Au Liban, une large partie de la population partage le sentiment que ce pays n'a rien à gagner et tout à perdre de cette guerre.La colère n'est pas dirigée contre Israël. Elle l'est contre le Hezbollah, qui a décidé de se battre au nom de l'Iran sans consulter personne.

Même parmi les partisans du Hezbollah, la consternation grandit, même si peu osent l'exprimer ouvertement.  Un habitant déplacé résume ce que beaucoup pensent tout bas : sa famille ne peut pas supporter un nouveau déplacement. Deux fois, c'est trop.

Une responsabilité qui ne se partage pas

La mort au Liban a un nom. Ce n'est pas Israël. C'est le Hezbollah, qui depuis quarante ans prive le Liban de sa souveraineté, de sa stabilité et de son avenir. Depuis sa création, la destruction de l'État d'Israël figure parmi les principaux objectifs du mouvement. Ce n'est pas une posture de négociation. C'est un dogme fondateur.

Avant la dernière guerre avec Israël, le Hezbollah faisait figure de force toute-puissante au Liban. Aujourd'hui, affaibli, infiltré, privé de son parrain iranien en déroute, il a tenté un dernier coup de force. Israël l'a anticipé.

Que l'on soit pro-libanais ou pro-palestinien, la question est simple : qui veut vraiment la paix au Liban ? Pas celui qui a planifié l'heure zéro.

Article rédigé à partir de sources américaines, israéliennes et arabes, dont The Times of Israel, Jerusalem Post, Middle East Eye, Al Jazeera, L'Orient-Le Jour, Euronews et France Info.

Ba Miklat – BAT-YAM , Épisode 8 : 92 secondes pour rester debout

Ba Miklat – BAT-YAM , Épisode 8 : 92 secondes pour rester debout

Ba Miklat – Épisode 8

La première nuit avait trompé tout le monde. Calme. Une accalmie assez longue pour laisser croire ou faire semblant de croire que quelque chose s’était figé. Mais la guerre n’oublie jamais. Elle attend.

La seconde nuit a remis les choses à leur place.

Vers 1h30, sans avertissement préalable, la sirène. Pas l’alerte, celle qui transperce, qui arrache le corps à l’inertie, qui vous force à agir avant même que la pensée n’existe. Non. Juste la sirène. Plus sourde, presque distante. Comme si le danger avait déjà franchi une étape. Comme si vous étiez en retard.

Beaucoup ne l’ont sans doute pas entendue. Ou trop tard.

Sans l’alerte préalable, une chose devient évidente : ce n’est pas le sud. Ce n’est pas Gaza. C’est le nord. Le Liban. Une autre logique. Un autre rythme. Moins prévisible. Plus froid.

Quatre-vingt-douze secondes.

Je sors sur le palier. La cage d’escalier est déjà pleine. Quinze voisins, peut-être plus, figés dans cet espace devenu refuge par défaut. Personne n’a eu le temps de descendre au miklat. Alors on improvise. On se persuade que ces murs suffisent. Que cet entre-deux vertical protège.

Illusion.

Les images de bâtiments éventrés n’ont jamais montré d’escaliers miraculeusement épargnés. Mais rester immobile serait pire. Bouger, même inutilement, donne l’impression de reprendre une part de contrôle. On ne subit plus totalement. On répond.

Personne ne parle. Les regards suffisent.

Puis une voix perce. Celle de la voisine du dessous, sur son propre palier. Une urgence brute, presque animale :

« MAFTEAR ! MAFTEAR ! MAFTEAR ! » Les clés.

Son fils ne répond pas. Il ne crie pas. Il ne bouge pas. Son silence n’est pas une absence c’est une habitude. Une fatigue ancienne. Il est revenu vivre avec elle pour l’aider. Il y a, dans ce mutisme, une forme de fidélité que notre époque ne comprend plus.

Aujourd’hui, on coupe. On tranche. On disparaît des vies qui nous ont pourtant construites. Trop de parents finissent seuls, jugés sans procès, condamnés sans faits. Ils se taisent pour ne pas alourdir le soupçon. Pour ne pas mendier l’amour.

Lui reste.

Et il se tait.

Je me penche au-dessus de la balustrade. Mon sac ouvert. Mes clés tombent. Une chute nette, absurde, presque chorégraphiée. Elles s’arrêtent à hauteur de la voisine.

Les clés. MAFTEAR. Juste devant elle.

Une seconde suspendue. L’esprit hésite entre rire et retenue. Le réel, parfois, se permet des coïncidences indécentes.

Elle regarde. Et au lieu de crier à nouveau « MAFTEAR », elle lâche :

« PSASSAT. »

Bombe. Explosion.

Le mot juste. Celui qui annule tout le reste.

Je descends les quelques marches récupérer mon trousseau resté accroché à la balustrade. Je passe devant son fils. Il ne lève presque pas les yeux de son téléphone. Peut-être n’a-t-il rien vu. Peut-être a-t-il tout compris.

Derrière moi, quelques voisins esquissent un sourire. Un sourire de survie. Rien de plus.

Je remonte.

Puis le bruit arrive.

Pas une détonation immédiate, mais cette masse sonore qui vous rattrape, lourde, profonde. Un missile longue portée. Une signature différente. Plus sûre d’elle-même.

On attend encore quelques secondes. Comme pour vérifier qu’il n’y aura pas de deuxième acte.

Puis, un à un, chacun regagne son appartement.

« Laila Tov. »

Bonne nuit.

Comme si la nuit avait encore quelque chose de normal à offrir.