Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
220 000 lecteurs uniques par mois à son actif.

En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

Alliance-Hosting LLC a permis grâce ses moyens techniques la retransmission en directe des 4 radios juives de France 94.8 FM sur le net ,dés 2000, pendant 12 ans.

Experte en communication digitale avec Alliancefr.com, et radiophonique avec "Internet sans prise de tête" sur judaïques FM 94.8 depuis 2000, ma passion est née de la découverte, dés 1996, du plus important moyen de communication avec le monde, internet.

Mon expérience est le résultat de 22 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

Rendre réel ce monde virtuel c’est l’alliance du savoir faire et du faire savoir.

Les articles de Claudine Douillet

Comprendre la politique israélienne : conférence de David Shapira le 15 septembre à Tel-Aviv

Comprendre la politique israélienne : conférence de David Shapira le 15 septembre à Tel-Aviv

En Israël, aucun gouvernement ne se forme jamais seul.
La loi électorale impose la coalition, transforme chaque petit parti en faiseur de roi et donne aux équilibres religieux et sécuritaires un poids que peu d'observateurs étrangers savent lire correctement.

De la Knesset aux tractations de couloir, Alliance décrypte les rouages d'un système unique au monde, avant de donner rendez-vous à la conférence de David Shapira, qui promet d'aller plus loin encore dans les coulisses de cette mécanique fascinante.

Comprendre la politique israélienne suppose d'abord d'oublier les réflexes français. Pas de scrutin majoritaire, pas de duel entre deux blocs figés, pas de Premier ministre élu au suffrage direct. Tout repose sur un seul principe : la représentation proportionnelle intégrale, appliquée à l'échelle du pays tout entier, transformé en une unique circonscription.

La Knesset, un Parlement né de la proportionnelle

La Knesset (הכנסת, littéralement "l'assemblée" ou "le rassemblement") compte 120 sièges répartis proportionnellement entre toutes les listes ayant franchi le seuil électoral, fixé à 3,25 pour cent des voix.
Ce seuil, relevé à plusieurs reprises depuis la création de l'État, vise à limiter l'émiettement parlementaire sans jamais parvenir à l'éliminer totalement.
Résultat concret : lors des scrutins les plus disputés de la dernière décennie, une dizaine de listes ont siégé simultanément, obligeant systématiquement le vainqueur relatif à négocier une coalition pour atteindre la majorité de 61 sièges.

Une mosaïque de partis, miroir des fractures israéliennes

Le paysage partisan israélien se lit comme une carte des grandes fractures identitaires du pays. Le Likoud (הליכוד), fondé dans les années 1970 autour de Menahem Begin, incarne la droite nationaliste et sécuritaire, aujourd'hui dirigée par Benyamin Netanyahou.

Face à lui, des formations centristes comme Yesh Atid (יש עתיד, "il y a un avenir") ou Kahol Lavan (כחול לבן, "bleu blanc") rassemblent un électorat plus laïc et sécuritaire au sens militaire du terme.

Le bloc religieux compte lui-même plusieurs familles distinctes : le Shass (ש״ס), qui représente les juifs orthodoxes séfarades, et le Judaïsme unifié de la Torah (יהדות התורה), qui fédère les partis ultra-orthodoxes ashkénazes.
À la gauche de l'échiquier, le Parti travailliste (העבודה) et Meretz (מרצ) défendent une ligne sociale-démocrate, tandis que les partis arabes israéliens, comme Hadash-Taal (חד״ש-תע״ל) ou le Raam (רע״ם), représentent les intérêts de la minorité arabe du pays, tantôt intégrés à des coalitions gouvernementales, tantôt cantonnés à l'opposition.

Les coalitions, cœur battant du pouvoir israélien

C'est dans la formation des coalitions que se joue véritablement la politique israélienne.
Le président de l'État, dont le rôle est largement protocolaire, charge officiellement un candidat de former le gouvernement, en général le chef du parti arrivé en tête ou celui jugé le mieux placé pour réunir une majorité.
Commence alors une négociation où chaque petit parti pèse démesurément par rapport à son poids électoral réel.
Un parti religieux détenant sept sièges peut ainsi obtenir un ministère stratégique, des budgets dédiés à ses écoles ou des exemptions de service militaire pour ses étudiants en yeshiva, simplement parce que sa voix devient indispensable pour franchir la barre des 61 sièges.
Cette mécanique explique la fréquence des crises gouvernementales et des élections anticipées qui rythment la vie politique israélienne depuis 2019.

Le poids des équilibres religieux et sécuritaires

Deux lignes de tension traversent en permanence les coalitions israéliennes.
La première oppose laïcs et religieux sur des sujets aussi sensibles que l'enrôlement des étudiants ultra-orthodoxes dans Tsahal, le statut du chabbat dans l'espace public ou le monopole rabbinique sur le mariage.

La seconde concerne la doctrine sécuritaire face à l'Iran, au Hezbollah ou au Hamas dossier palestinien, où se dessinent des clivages entre partisans d'une ligne dure et défenseurs d'une approche plus diplomatique. Ces deux axes, religieux et sécuritaire, expliquent pourquoi des gouvernements en apparence solides sur le papier peuvent s'effondrer en quelques mois lorsqu'un parti charnière retire son soutien.

Pouvoirs et contre-pouvoirs, la spécificité israélienne

Israël ne dispose pas de Constitution écrite unique mais d'un ensemble de Lois fondamentales (חוקי היסוד) qui en tiennent lieu.
La Cour suprême (בית המשפט העליון) y joue un rôle de contre-pouvoir particulièrement puissant, habilitée à invalider des lois votées par la Knesset au nom de leur incompatibilité avec ces Lois fondamentales.
C'est précisément ce pouvoir judiciaire qui a été au centre de la réforme controversée engagée en 2023, cristallisant une partie des tensions internes que le pays continue de traverser.

Une conférence pour tout mettre en perspective

Derrière cette mécanique institutionnelle se cache une histoire politique riche, faite de ruptures, d'alliances improbables et de personnalités qui ont façonné l'État hébreu depuis 1948.
C'est tout l'enjeu de la conférence "Pour comprendre le système politique israélien", animée par David Shapira, qui reprend point par point ce que révèlent la représentation proportionnelle, la mosaïque des partis, les dynamiques de coalition et le poids des équilibres religieux et sécuritaires.

Une occasion rare, pour les francophones d'Israël comme pour ceux restés en diaspora, de comprendre enfin de l'intérieur une vie politique trop souvent résumée de l'extérieur à des clichés simplistes.

Mardi 15 septembre à 19h30

Yehuda Margoza, 7, Tel AvivSans titre

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Lettre-AR.com : l'arnaque à l'abonnement caché derrière l'envoi de courrier en ligne

Lettre-AR.com : l'arnaque à l'abonnement caché derrière l'envoi de courrier en ligne

Lettre-AR.com : l'arnaque à l'abonnement caché derrière l'envoi de courrier en ligne

Présenté comme une alternative pratique à laposte.fr pour l'envoi de lettre en ligne, le site lettre-ar.com concentre depuis des mois les signalements de consommateurs piégés par un abonnement mensuel de 39 euros jamais demandé, prélevé après un premier paiement anodin de quelques euros, et parfois pour un courrier qui n'a même jamais été expédié.

Un courrier à 2,15 euros, un débit de 39 euros trois jours plus tard

Le scénario rapporté par un nombre croissant d'utilisateurs suit toujours le même schéma.
Une personne cherche à envoyer une lettre recommandée ou suivie sans se déplacer, tombe sur lettre-ar.com en tête des résultats de recherche, et règle un envoi ponctuel pour quelques euros seulement, en l'occurrence 2,15 euros pour un courrier adressé à une mairie  Trois jours plus tard, un débit de 39 euros apparaît sur le relevé bancaire, sans email d'alerte, sans validation explicite, et sans que le courrier commandé n'ait jamais été effectivement envoyé. Le préjudice est donc double : un service payé et non rendu, et un prélèvement supplémentaire totalement étranger à la demande initiale.

Un mode opératoire confirmé par des centaines d'avis

Ce cas n'est pas isolé. Sur Trustpilot, le site lettre-ar.com cumule plus de mille sept cents avis, dont une part considérable dénonce le même procédé : un abonnement automatique de 39 euros par mois, activé après une période d'essai peu visible, mentionné en tout petit sous le bouton de validation du paiement.
Plusieurs clients décrivent avoir découvert cette souscription uniquement en consultant leur relevé bancaire, parfois plusieurs mois après l'envoi initial.
Le site d'analyse Scamdoc attribue à lettre-ar.com un indice de confiance extrêmement faible, autour de 1 pour cent, et relève un capital social très réduit ainsi qu'une identification incomplète de l'éditeur.
La plateforme Signal-Arnaques recense de son côté plusieurs dizaines de signalements et plus de deux cents commentaires, la majorité évoquant la même mécanique d'abonnement non sollicité et de remboursement refusé ou obtenu seulement après une insistance prolongée.

Une confusion visuelle avec laposte.fr

Plusieurs témoignages insistent sur un point aggravant : la charte graphique du site, ses couleurs et la présentation générale rappellent fortement celle de laposte.fr, l'opérateur historique du courrier recommandé en France.
Des utilisateurs affirment avoir cru se trouver sur le site officiel de La Poste au moment de passer commande. Lettre-ar.com précise dans ses mentions légales qu'il s'agit d'un service privé indépendant de La Poste, une précision que la plupart des plaignants disent n'avoir jamais vue avant de payer. Un média régional a également documenté ce phénomène plus large de faux sites de lettre recommandée en ligne qui achètent des mots-clés publicitaires sur Google Adowords comme lettre recommandée pour apparaître avant le site officiel dans les résultats .

Des remboursements obtenus au compte-gouttes, souvent après plainte publique

Les réponses publiées par l'équipe de lettre-ar.com sous les avis négatifs indiquent que certains remboursements ont bien eu lieu, mais presque toujours après une réclamation insistante, un avis négatif public, voire une opposition bancaire.
Un client rapporte avoir obtenu gain de cause seulement après l'intervention d'une responsable des réclamations nommée Sabrina. D'autres témoignent au contraire d'un refus pur et simple de rembourser le premier prélèvement, l'entreprise se retranchant derrière l'acceptation de conditions générales jugées peu lisibles par les utilisateurs eux-mêmes. Ce traitement inégal, au cas par cas et sous la pression publique, interroge sur la bonne foi commerciale du site.

Un abonnement de 39 euros par mois  qui ne donne accès à aucun avantage réel

C'est le point le plus troublant de ce dossier. Cet abonnement mensuel de 39 euros ne procure strictement aucun privilège, aucun tarif préférentiel et aucun service supplémentaire par rapport à un envoi ponctuel.
Lettre-ar.com ne peut pas proposer de tarifs plus avantageux que les tarifs officiels de
La Poste, dont il dépend nécessairement pour l'acheminement physique des courriers recommandés.
Un abonnement qui ne réduit aucun prix, n'ouvre aucune fonctionnalité indispensable et ne se justifie par aucune contrepartie économique tangible n'a donc, par construction, aucune raison commerciale légitime d'exister. S
a seule fonction observable est de générer un revenu récurrent à l'insu du client, prélevé sur des utilisateurs qui pensaient avoir réglé un envoi unique.
C'est précisément ce type de montage, dépourvu de toute utilité pour le consommateur mais lucratif pour l'éditeur du site, qui caractérise un abonnement piège plutôt qu'une offre commerciale réelle.

Ce que dit la loi sur les prélèvements sans consentement

Le droit français encadre strictement ce type de situation. L'article L133-6 du Code monétaire et financier impose le consentement exprès du titulaire du compte pour toute opération de paiement, et ouvre droit à un remboursement lorsque ce consentement fait défaut.
L'article L121-2 du Code de la consommation qualifie de pratique commerciale trompeuse le fait de dissimuler des informations substantielles sur les caractéristiques essentielles d'une offre, notamment son caractère payant et reconductible. L'article L221-18 du même code garantit par ailleurs un droit de rétractation sur les services souscrits en ligne.
Plusieurs avis en ligne évoquent explicitement une infraction à ces dispositions au sujet de lettre-ar.com.

La procédure pour obtenir un remboursement

Toute personne dans cette situation dispose de plusieurs recours simultanés.
Le premier réflexe consiste à contacter sa banque pour faire opposition sur le prélèvement et demander un remboursement au titre d'une opération non autorisée, une démarche possible jusqu'à treize mois après le débit litigieux.
En parallèle, une réclamation peut être adressée directement au support de lettre-ar.com à l'adresse support@lettre-ar.com, en précisant l'adresse email utilisée lors de la commande.
Le signalement de la pratique auprès de la plateforme SignalConso de la DGCCRF, accessible sur signal.conso.gouv.fr, permet de faire remonter le dossier aux autorités compétentes en matière de pratiques commerciales trompeuses.
Le dispositif 33-14 permet également de signaler un site suspect en quelques clics. Enfin, un signalement auprès de la plateforme PHAROS, dédiée aux contenus illicites en ligne, complète ce dispositif.

L'hébergeur mis face à ses responsabilités

Le nom de domaine lettre-ar.com est administré via l'infrastructure GoDaddy, identifiable à ses serveurs de noms ns01 et ns02.domaincontrol.com. En vertu de l'article 6-I-2 de la loi pour la confiance dans l'économie numérique et de l'article 16 du règlement européen sur les services numériques, tout hébergeur informé d'une activité manifestement illicite est tenu d'agir promptement pour la faire cesser. Un signalement peut être déposé directement sur le formulaire officiel d'abus de GoDaddy, à l'adresse supportcenter.godaddy.com/abusereport, ou par email à abuse@godaddy.com.

Rester vigilant avant tout envoi de lettre en ligne

Au-delà du cas de lettre-ar.com, cette affaire illustre un phénomène plus large de sites intermédiaires qui exploitent la confusion avec les services postaux officiels pour glisser des abonnements coûteux dans le tunnel de paiement. Avant tout envoi de lettre en ligne, la vérification de l'adresse exacte du site, la lecture attentive des mentions sous le bouton de paiement, et la préférence donnée au site officiel laposte.fr restent les meilleures protections face à ce type de pratique.

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Peine de mort pour les terroristes en Israël : la potence israélienne sort de terre

Peine de mort pour les terroristes en Israël : la potence israélienne sort de terre

Israël construit son premier quartier des condamnés à mort : la potence de Ben Gvir prend forme

Le chantier a commencé. En Israël, un quartier entier destiné aux condamnés à mort, doté d'une potence et de cellules de visionnage pour les familles de victimes, est en cours de construction au centre du pays. Le ministre Itamar Ben Gvir, à l'origine de la loi sur la peine de mort pour terroristes, revendique une étape historique.

Un chantier déjà engagé au centre du pays

Après l'adoption de la loi instaurant la peine de mort pour les terroristes, portée par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et son parti Otzma Yehoudit, les travaux sont désormais visibles sur le terrain. Depuis plusieurs semaines, un aile dédiée aux condamnés à mort se construit au centre d'Israël. Cette aile doit accueillir les détenus dont la peine capitale aura été confirmée en vertu de la nouvelle loi, votée par la Knesset fin mars 2026 après un parcours législatif tendu qui a vu Benjamin Netanyahou lui-même se rallier au texte sous la pression de Ben Gvir.

Le ministre a présenté personnellement l'avancement du projet, expliquant qu'une première réunion avec la direction du Service pénitentiaire israélien (Shabas) s'est déjà tenue pour lancer l'application concrète de la loi. Il a évoqué l'ouverture prochaine de l'aile et la mise en place d'une unité dédiée, tout en reconnaissant que le processus prendra encore du temps.

Une potence au cœur du dispositif

Le projet comprend plusieurs volets. Une aile spécifique accueillera les détenus condamnés à mort selon la loi. En son centre, une installation de pendaison est prévue pour l'exécution des peines. Le dispositif prévoit également des cellules de visionnage permettant aux victimes d'actes terroristes et à leurs proches d'assister au processus, sur le modèle en vigueur dans plusieurs pays appliquant la peine capitale. Des autorisations seront enfin délivrées à des visiteurs officiels issus de familles endeuillées, qui pourront se rendre dans l'aile et superviser la procédure.

Selon des informations rapportées par Walla et relayées par plusieurs médias, la direction du Shabas, avec à sa tête le commissaire Kobi Yaakobi et le commissaire adjoint Hatem Azzam, chargé de la mise en œuvre des exécutions, prépare également l'habillement des condamnés en combinaisons rouges et la constitution d'une unité de surveillants spécialement affectée à cette tâche. L'identité de ces surveillants restera confidentielle et ils bénéficieront d'une immunité pénale totale, un dispositif psychologique d'accompagnement étant prévu pour l'équipe chargée d'actionner le mécanisme.

Les mots de Ben Gvir

Le ministre a présenté l'avancée comme l'aboutissement direct de sa politique au ministère de la Sécurité nationale. Il a rappelé avoir promis de durcir les conditions de détention des terroristes et de faire adopter la loi sur la peine de mort, deux engagements tenus selon lui. Il a ajouté que l'aile des condamnés à mort et le dispositif de pendaison commencent désormais à prendre forme concrètement, revendiquant un moment historique et affirmant qu'un seul sort est mérité par les terroristes, la mort par pendaison.

Ce que prévoit précisément la loi

Le texte final, dévoilé en janvier 2026, prévoit que l'exécution se fasse par pendaison, réalisée par un gardien désigné par le commissaire du Shabas dont l'identité restera secrète et qui bénéficiera d'une immunité pénale complète. Les condamnés seront détenus dans un quartier séparé, sans possibilité de visite hormis pour des instances habilitées, les rencontres avec un avocat se faisant uniquement par visioconférence.

La loi fixe un délai de quatre-vingt-dix jours entre la confirmation définitive de la peine et son exécution. Devront être présents au moment de l'exécution le directeur de la prison, un représentant du pouvoir judiciaire, un observateur officiel et un représentant de la famille du condamné. Le texte interdit par ailleurs formellement la libération d'un condamné à mort dans le cadre d'un accord de libération d'otages, un point présenté par ses défenseurs comme une réponse directe aux échanges de prisonniers passés.

Deux lois distinctes, un même gibet

Un point mérite d'être souligné avec précision, car deux textes coexistent et sont souvent confondus. La loi portée par Ben Gvir, votée le 30 mars 2026, ne s'applique qu'aux Palestiniens de Judée-Samarie jugés par les tribunaux militaires, et elle n'est pas rétroactive.

Elle ne peut donc pas, en tant que telle, s'appliquer aux terroristes du Nukhba déjà arrêtés depuis le massacre du 7 octobre 2023. Ce constat a été confirmé sans ambiguïté par l'Association pour les droits civils en Israël, qui souligne que la loi ne vise pas les auteurs du 7 octobre malgré la communication qui tend à les associer.

C'est une seconde loi, distincte et votée le 11 mai 2026, qui a été conçue spécifiquement pour juger les auteurs du massacre. du 7 octobre 2023.
Ce texte crée par un tribunal militaire spécial chargé de poursuivre les terroristes du Nukhba pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, avec possibilité de peine de mort au titre de la loi israélienne de 1950 sur la prévention du génocide.

Plusieurs analystes israéliens relèvent d'ailleurs que ce second texte, préparé par des juristes de haut rang, permettrait réellement de faire condamner à mort les auteurs du 7 octobre, contrairement à la loi de Ben Gvir dont la portée réelle sur ce point est jugée limitée.

L'exécution d'une peine de mort, quelle que soit la loi d'origine, reste dans tous les cas confiée au Service pénitentiaire israélien et se fait par pendaison.
L'aile et la potence aujourd'hui en construction ont donc vocation à devenir, à terme, le lieu où pourrait être exécutée une éventuelle sentence prononcée contre des auteurs du 7 octobre.
Mais à ce stade, aucun acte d'accusation n'a encore été déposé contre eux dans le cadre du tribunal spécial, et aucun jugement n'a été rendu. La pendaison des terroristes du 7 octobre n'est donc pas encore concrète au sens judiciaire : c'est l'infrastructure d'exécution qui l'est, la procédure judiciaire les concernant reste, elle, à son tout début.

Où en est la procédure contre les auteurs du 7 octobre

Plus de deux cent cinquante terroristes du Nukhba sont aujourd'hui détenus en Israël au titre de la loi sur l'internement des combattants illégaux, sans avoir encore été formellement jugés.
Le tribunal militaire spécial créé pour eux prévoit des chambres de trois juges, dont au moins un président de tribunal militaire ou un juge de district à la retraite, et autorise un assouplissement des règles de preuve compte tenu de l'ampleur des crimes.

Les familles des victimes pourront suivre les audiences depuis une salle séparée ou par retransmission, tandis que les accusés eux-mêmes n'assisteront la plupart du temps pas physiquement aux débats. Le parquet doit prochainement commencer à déposer les actes d'accusation, sur la base d'un volumineux dossier de preuves comprenant éléments forensiques, aveux recueillis en interrogatoire et vidéos des exactions commises entre le 7 et le 10 octobre 2023.

Recours juridiques et contestations

Des recours ont déjà été déposés devant la Cour suprême, et plusieurs observateurs anticipent que le texte pourrait être invalidé par les juges, voire contesté devant des instances internationales.
Au sein même de l'appareil sécuritaire, des réserves ont été exprimées, le Shin Bet et le Mossad ayant soutenu le principe de la loi tout en demandant que la décision finale reste entre les mains des tribunaux. Le chef de Kakhol Lavan, Benny Gantz, a vivement critiqué la méthode à la tribune de la Knesset, dénonçant une initiative politique plutôt que sécuritaire selon lui.

Sur le plan diplomatique, huit pays arabes et musulmans, l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Égypte, la Jordanie, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Pakistan et l'Indonésie, ont publié une condamnation commune du texte, évoquant une escalade dangereuse susceptible d'accroître les tensions régionales.

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Résilience ? l'imposture qu'on répète sur le peuple juif depuis le 7 octobre de Claudine Douillet

Résilience ? l'imposture qu'on répète sur le peuple juif depuis le 7 octobre

Résilient. C'est le mot qu'on répète depuis le 7 octobre 2023, dans chaque conférence, chaque article, chaque hommage. Résilient, le peuple juif. Résiliente, la nation israélienne.
Une évidence tellement martelée que plus personne ne la questionne.

C'est une imposture. La résilience, au sens exact du terme, c'est un bloc d'acier qui plie sous le feu et reprend, une fois refroidi, sa forme initiale. Or Israël n'a pas refroidi. Israël n'a pas repris sa forme.
Il existe, dans la mémoire du peuple juif, un précédent à ce genre de transformation, un épisode que la littérature de la Shoah a conservé et que très peu de gens relient aujourd'hui au 7 octobre. C'est pourtant exactement ce qui s'est rejoué ce jour-là.

Alors non, le peuple juif ne s'en est pas sorti en redevenant ce qu'il était. Il s'est transformé. Et comprendre pourquoi change tout à ce qu'on croit savoir de ce qui s'est passé depuis.

La véritable définition de la résilience

Le mot n'est pas né en psychologie. Il vient de la métallurgie, de l'essai de résilience, qui mesure la capacité d'un métal à absorber un choc violent et à revenir, une fois refroidi, à sa forme d'origine.
C'est cette image, un bloc d'acier qui plie sous le feu puis reprend exactement sa forme d'avant, qui a donné naissance au mot. Boris Cyrulnik, en l'important dans le champ psychologique, l'a étendu jusqu'à y inclure la cicatrice et la reconstruction sur un socle différent.

Mais ce n'est pas ce sens savant qu'on invoque depuis le 7 octobre.
Quand on dit que le peuple juif est résilient, personne ne pense à une nuance clinique.
On veut dire que la vie va reprendre son cours, qu'Israël va s'en sortir, que tout redeviendra comme avant. C'est le sens originel, mécanique, du retour à l'identique. Et c'est précisément ce retour qui n'aura pas lieu.

Une histoire qu'Elie Wiesel a portée jusqu'à nous

Elie Wiesel a raconté, et repris dans une pièce restée célèbre, une scène qui se serait déroulée dans un camp de la mort. Un soir, trois rabbins, des hommes instruits, pieux, qui avaient consacré leur vie à l'étude de la loi juive, décident de faire ce qu'aucune tradition rabbinique n'avait jamais osé formellement : juger Dieu. Non pas le contester dans un murmure de désespoir, mais instruire un véritable procès, avec accusation, plaidoirie, délibéré. Ils exposent les faits tels qu'ils les vivent, l'extermination organisée, l'innocence absolue des victimes, des enfants, des vieillards, le silence du Ciel face à tout cela. Au terme du délibéré, la sentence tombe. Dieu est jugé coupable.

Et c'est là que l'histoire bascule. L'un des trois rabbins lève les yeux vers ses compagnons et leur dit qu'il est l'heure de la prière de Minha.

Ce que ce geste veut vraiment dire

On peut lire cette scène de deux façons opposées, et la différence entre les deux est tout l'enjeu de cet article.
La première lecture, la plus facile, voudrait que ces hommes soient simplement brisés, réduits à un automatisme religieux qui ne veut plus rien dire, priant par réflexe un Dieu qu'ils viennent eux-mêmes de condamner.
Cette lecture est fausse, et elle est fausse pour une raison précise. Juger quelqu'un, c'est encore le reconnaître. On ne fait pas de procès à ce qui n'existe pas.

En condamnant Dieu, ces trois rabbins ne l'ont pas effacé, ils l'ont au contraire tenu pour responsable, ils ont exigé de Lui des comptes qu'on ne réclame qu'à celui dont on continue de croire qu'il existe et qu'il agit dans l'histoire.
La prière qui suit le verdict n'est donc pas un réflexe vide. C'est une prière qui ne peut être dite qu'après que la faute a été nommée dans toute sa cruauté.
Avant le procès, prier aurait été mentir, faire comme si de rien n'était. Après le procès, prier redevient possible, mais ce n'est plus la même prière, et ce ne sont plus tout à fait les mêmes hommes qui la disent.

C'est exactement le contraire de la résilience au sens mécanique du terme. Des hommes résilients, au sens de l'acier, auraient encaissé le choc et repris leur pratique religieuse sans y toucher, comme si l'épreuve n'avait fait que fléchir leur foi sans la changer. Ce n'est pas ce qui s'est passé dans ce camp. Ces trois rabbins sont ressortis du procès différents de ce qu'ils étaient en y entrant. Leur foi n'a pas été restaurée à l'identique, elle a été reconstruite sur un jugement rendu.

Le 7 octobre, le même mécanisme à l'échelle d'un peuple

Depuis le 7 octobre 2023, Israël vit une version collective et contemporaine de ce même mécanisme. Un peuple résilient, au sens propre, aurait absorbé le choc et repris son cours antérieur, comme si le pogrom n'avait fait qu'entamer sa coque sans la changer.
Ce n'est pas ce qui s'est produit.
Le pays a répondu par une riposte intégrale, un engagement total, sans demi-mesure, qui n'est pas qu'une opération militaire. C'est, à l'échelle d'une nation, l'équivalent du verdict rendu par les trois rabbins.
C'est la manière dont un peuple nomme l'inacceptable, l'établit comme un fait jugé une fois pour toutes, et se donne ainsi le droit de continuer à exister sur sa terre, non pas en oubliant le 7 octobre, non pas en tournant la page, mais en l'ayant jugé jusqu'au bout.

Sans ce jugement rendu, sans une réponse à la hauteur exacte de l'horreur subie, c'est l'être même du peuple juif qui aurait été anéanti une seconde fois, sur sa propre terre, soixante-dix-huit ans après la première fois.
La riposte n'est pas un excès de colère qu'il faudrait excuser au nom du traumatisme.
Elle est la condition même de la continuité. C'est parce que le crime a été nommé, exposé dans toute sa cruauté, jugé sans atténuation, qu'il devient possible de continuer à vivre, à prier, à bâtir, sur cette terre-là et pas ailleurs.

 

Ce que le quotidien raconte

Les chiffres du tourisme, à eux seuls, disent ce que les discours n'osent pas dire. Trois étés après le 7 octobre, les touristes ne sont toujours pas revenus : la fréquentation étrangère reste en chute de près de 90%, les hôtels tournent à moitié vides, et dans la vieille ville de Jérusalem des commerçants ferment boutique sur ordre des autorités, faute de visiteurs à servir.
Ce n'est plus la guerre elle-même qui retient les voyageurs, la plupart des zones touristiques n'ont jamais été des zones de combat. C'est autre chose, plus diffus, plus difficile à admettre : la peur de venir en Israël cet été, ce n'est plus seulement la peur d'une roquette, c'est la peur d'être vu comme ayant choisi un camp, la peur de devenir soi-même, en tant que visiteur, une cible pour un antisémitisme qui n'attend plus d'y être en Israël pour s'exprimer.

Les plages sont vides non pas parce qu'elles sont dangereuses, mais parce que le monde entier hésite désormais à s'afficher aux côtés d'Israël. Trois ans après, ce n'est toujours pas l'avant 7 octobre qui revient. C'est un pays qui a compris qu'il devra vivre, peut-être durablement, avec cette solitude-là.

Adaptation, pas résilience

Voilà pourquoi le mot résilience est un contresens appliqué au peuple juif depuis le 7 octobre. Ce peuple ne va pas s'en sortir en redevenant ce qu'il était avant. Il s'adapte, c'est-à-dire qu'il se transforme durablement en réponse à un projet d'extermination renouvelé, exactement comme trois hommes dans un camp de la mort se sont transformés le jour où ils ont osé juger Celui qu'ils continuaient malgré tout de prier.

La riposte n'est pas la preuve d'une capacité à encaisser et à passer outre. Elle est la preuve du contraire, la preuve qu'on ne pouvait justement pas passer outre, qu'il fallait d'abord juger les faits pour pouvoir ensuite continuer à vivre.

Ce n'est pas de l'acier qui reprend sa forme après le feu. C'est un peuple qui sort de l'épreuve différent de ce qu'il était en y entrant, et qui, comme les trois rabbins de Wiesel refermant leur procès pour aller prier Minha, l'assume jusqu'au bout.

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Comment ces fleurs "oiseaux de paradis "ont scellé le destin d'Israël en 1947

Comment ces fleurs "oiseaux de paradis "ont scellé le destin d'Israël en 1947

 

Il a suffi d'un parterre de fleurs, planté au milieu de nulle part, pour faire basculer le sort d'un désert de treize mille kilomètres carrés.
En 1947, le Néguev n'avait rien d'acquis pour l'État juif en devenir. Il a fallu des fleurs, un boycott arabe et la ténacité d'une poignée de pionniers pour l'arracher à l'incertitude.

Un désert que personne ne voulait donner aux Juifs

À l'été 1947, la Commission spéciale des Nations unies sur la Palestine, l'UNSCOP, arrive en Terre sainte avec la lourde tâche de trancher l'avenir du pays. Onze pays, onze délégués, chargés de décider ce qui reviendrait à l'État juif et ce qui reviendrait à l'État arabe.

Le Néguev, cette immensité aride couvrant plus de la moitié du territoire, n'était en rien promis aux Juifs. Trop désertique, trop vide, trop hostile pour qu'on imagine y bâtir un pays. L'Agence juive elle-même dut se battre pied à pied pour empêcher qu'il ne soit rayé de la carte du futur État.

C'est dans ce climat que la Commission entame sa tournée. Elle passe par Beer-Sheva, où le Haut Comité arabe a décrété un boycott total à son encontre.

Les rues se vident, les commerces baissent le rideau, jusqu'aux enfants des écoles à qui l'on a demandé de détourner le regard sur son passage. Le silence est total, glacial, hostile. Un silence qui, sans le savoir encore, allait devenir le meilleur allié de la cause qu'il prétendait combattre.

À Revivim, le désert dément les experts

Quelques kilomètres plus loin, au kibboutz Revivim, fondé en 1943 par une poignée de jeunes olim venus d'Autriche, d'Italie et d'Allemagne, le tableau bascule.
Là où Beer-Sheva n'a offert que le silence, Revivim offre la vie.
Les délégués de l'UNSCOP découvrent, en plein désert, des rangées entières de glaïeuls en pleine floraison, plantés dans une terre que tout, géographie et bon sens confondus, désignait comme stérile.

L'effet est immédiat. Les rapports d'époque et les témoignages concordants décrivent des commissaires visiblement saisis par ce qu'ils ont sous les yeux. Ce n'est plus une théorie sioniste, ce n'est plus une promesse politique. C'est une preuve, plantée dans le sol, à hauteur d'homme.
Quelques semaines plus tard, le rapport de l'UNSCOP recommande la partition de la Palestine, et sa proposition majoritaire attribue l'essentiel du Néguev à l'État juif. Le désert que personne ne voulait donner venait, littéralement, de fleurir sous les yeux de ceux qui devaient en décider.

Les racines qu'on n'attendait pas de trouver

Une anecdote, tenace, circule depuis dans la mémoire collective de ces journées de juin 1947. Elle raconte que des représentants britanniques, sceptiques face à cette floraison trop parfaite pour être vraie, se seraient penchés sur les massifs de Revivim pour vérifier que ces fleurs n'avaient pas simplement été posées là, en pot, pour la durée d'une visite. Ils auraient gratté la terre, cherché des racines, voulu s'assurer que rien n'était mis en scène. Et les racines étaient bien là, profondément enfoncées dans le sol du Néguev, aussi réelles que l'obstination de ceux qui les avaient plantées.

Cette scène, transmise de génération en génération comme un symbole plus que comme un procès-verbal, n'apparaît pas telle quelle dans les minutes officielles de la Commission. Mais son pouvoir ne tient pas à sa certitude archivistique. Il tient à ce qu'elle raconte, avec une justesse presque parfaite, de l'esprit de cette époque. Un peuple qu'on soupçonnait de bluffer, sommé de prouver, racine après racine, qu'il avait vraiment fait pousser la vie là où personne ne l'attendait.

Une promesse vieille de vingt-sept siècles

Bien avant Revivim, avant l'UNSCOP, avant même l'idée d'un État juif moderne, un texte disait déjà ce que ces jeunes gens allaient accomplir dans le sable.
Isaïe, chapitre trente-cinq. Le prophète y annonce, dans une langue qui n'a rien perdu de sa puissance, que le désert et la terre aride se réjouiront, que la plaine stérile fleurira comme la rose, qu'elle se couvrira de fleurs des champs et éclatera de joie et de chants. Ce n'est pas une image en passant. C'est une promesse martelée, répétée, presque criée: la terre la plus morte se réveillera parce que son peuple reviendra vers elle.

Ézéchiel porte la même promesse à un autre endroit du texte. Il s'adresse directement aux montagnes d'Israël, désolées, abandonnées, et leur annonce qu'elles porteront de nouveau du fruit pour leur peuple, qu'elles seront labourées et ensemencées, que les villes en ruine seront reconstruites. D'un prophète à l'autre, la même vision revient, obsédante: une terre qui ne reprend vie que lorsque son peuple y revient. Non pas une terre qui attend n'importe qui. Une terre qui attend les siens.

Ce que les pionniers de Revivim ont planté en 1947, ils ne l'ont sans doute pas planté en pensant à Isaïe. Ils pensaient à l'eau qu'il fallait trouver, à la terre qu'il fallait retourner, à la nuit qu'il fallait tenir jusqu'au matin suivant.

Mais l'histoire n'a pas retenu leurs seules intentions. Elle a retenu la coïncidence, vertigineuse, entre un texte vieux de vingt-sept siècles et une rangée de glaïeuls surgissant du sable devant des diplomates venus du monde entier.
Comme si le désert lui-même, après des millénaires de silence, avait choisi ce jour de juin 1947 pour tenir enfin la promesse qu'on lui prêtait depuis l'Antiquité.

C'est peut-être cela, plus que toute autre preuve, qui a fini par convaincre l'UNSCOP. Non pas seulement des fleurs bien réelles, aux racines bien ancrées.
Mais l'impression, difficile à formuler et pourtant palpable sur place, d'assister à l'accomplissement d'une parole beaucoup plus ancienne que la politique, beaucoup plus ancienne que le mandat britannique lui-même. Le Néguev n'a pas seulement changé de main en 1947. Il a, pour la première fois depuis vingt-sept siècles, tenu sa promesse.

Ce que le Néguev est devenu

Le Néguev d'aujourd'hui n'a plus rien à prouver. L'irrigation au goutte-à-goutte, inventée par Israël, y fait pousser vignes, dattiers et légumes là où il ne pleut parfois pas plus de quatre jours par an.
Des fermes comme celle de Carmey Avdat, en plein cœur du désert, produisent aujourd'hui du vin dans des conditions que la plupart des agronomes du monde jugeraient impossibles.
Le pari lancé par les pionniers de Revivim, ce pari que des glaïeuls avaient un jour incarné devant des diplomates sceptiques, continue de se rejouer, à plus grande échelle, sous chaque rang de vigne du Sud israélien.

Il aura fallu des fleurs, un silence hostile à Beer-Sheva, et peut-être quelques mains britanniques fouillant la terre à la recherche de racines, pour que le Néguev devienne juif. Il aura fallu, surtout, que des hommes et des femmes croient assez fort en une promesse vieille de vingt-sept siècles pour la rendre, un matin de juin 1947, parfaitement crédible.

 

Je remercie Nathalie Zylberman de m'avoir raconté cette histoire incroyablement vraie 

Israël recrute des enseignants sans expérience à 20 000 shekels, le pari désespéré du ministère de l'Éducation

Israël recrute des enseignants sans expérience à 20 000 shekels, le pari désespéré du ministère de l'Éducation

Le ministère de l'Éducation israélien jette du lest financier pour sauver la rentrée scolaire. Face à une pénurie qui dépasse les cinq mille postes, l'État ouvre un nouveau canal de recrutement offrant jusqu'à 20 000 shekels bruts par mois à des candidats sans aucune expérience d'enseignement. Une mesure d'urgence qui rappelle un précédent cuisant échec.

Une pénurie qui frôle les cinq mille postes

À l'approche de la rentrée, l'ampleur du manque de personnel enseignant en Israël dépasse les cinq mille postes dans le seul système public, selon les estimations les plus récentes citées par les médias israéliens. Les directeurs d'établissement doivent recevoir cette semaine une notification officielle les autorisant à élargir considérablement le recours aux enseignants en contrats individuels. Le gouvernement, par la voix du ministère des Finances, a validé une série de mesures d'urgence à peine deux semaines avant la reprise des cours, un calendrier qui trahit l'ampleur de la panique administrative.

Jusqu'à 20 000 shekels sans diplôme d'enseignement

Le nouveau dispositif permet de recruter environ huit mille enseignants sous un statut spécifique, hors du cadre syndical de la Histadrout des enseignants. Fait notable, ce canal s'ouvre à des professionnels sans aucune expérience pédagogique, à condition qu'ils justifient d'un parcours dans un autre domaine.
Le barème grimpe selon le diplôme et l'ancienneté professionnelle : un titulaire d'une licence avec cinq ans d'expérience dans son secteur peut prétendre à 17 500 shekels par mois à temps plein, un titulaire d'un master à 18 500 shekels, et les profils les plus qualifiés en mathématiques, anglais ou sciences peuvent atteindre 19 500 shekels.
Le contrat est signé pour une première année scolaire de dix mois, renouvelable. Une journée de travail type comptera huit heures d'enseignement, concentrées en priorité sur les collèges. Une prime mensuelle fixe de 1 000 shekels s'ajoute pour les enseignants portant des projets pédagogiques dans leur établissement.

Le fiasco du précédent pilote

Cette relance n'a rien d'une première tentative. L'an dernier déjà, l'État avait ouvert la voie aux contrats individuels avec un objectif de sept mille recrutements. Le résultat fut sans appel : à peine trente enseignants avaient finalement signé. Un échec largement documenté par la presse économique israélienne, qui souligne que le nouveau programme part donc d'un lourd passif de crédibilité. Une chercheuse de l'université Ben Gourion, spécialiste des politiques éducatives, avait alors pointé du doigt un diagnostic erroné : le problème n'est pas le recrutement de nouveaux enseignants, mais la rétention de ceux déjà formés. Selon elle, Israël dispose de suffisamment de diplômés issus des filières de formation pédagogique, mais peine à les retenir dans les salles de classe.

La colère du syndicat des enseignants

L'organisation syndicale des enseignants n'a pas mâché ses mots face à la multiplication des contrats individuels, y voyant une tentative de l'État d'affaiblir le travail organisé.
Le bras de fer entre le ministère des Finances et les représentants syndicaux dure depuis plusieurs années, chaque tentative de généraliser ces contrats se heurtant à la crainte de voir naître des inégalités criantes entre collègues d'une même salle des professeurs, certains enseignants chevronnés touchant un salaire bien inférieur à celui de nouveaux venus sans qualification pédagogique. Un accord signé en 2024 avait pourtant plafonné le recours à ces contrats à six pour cent du corps enseignant, preuve que le sujet reste hautement sensible.

Un pari à haut risque avant la rentrée

À quinze jours de la reprise des cours, la question centrale demeure entière : l'argent suffira-t-il là où il a échoué l'an dernier ? Des sources proches du dossier, citées par la presse économique, doutent que cette initiative résolve dans l'immédiat le manque criant d'enseignants qualifiés.
Le pari du ministère de l'Éducation consiste à parier que des salaires proches de 20 000 shekels, un niveau qui dépasse largement celui d'un enseignant chevronné dans le cadre classique, suffiront à attirer des professionnels d'autres secteurs vers les salles de classe israéliennes. Reste à savoir si l'histoire ne bégaiera pas une seconde fois.

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Global Protector : le réseau secret des policiers israéliens à l'étranger

Global Protector : Le réseau mondial des policiers israéliens à l'étranger, expliqué par l'affaire de Buenos Aires

Comment les officiers de police israéliens sont-ils déployés à l'étranger : le réseau qui a permis de localiser Mali et Liel Yahalomi en Argentine

Un policier israélien qui monte dans un bus à Buenos Aires et s'adresse en hébreu à deux disparues retrouvées après une semaine de traque internationale : la scène a fasciné tout un pays et révélé au grand public l'existence d'un réseau méconnu, celui des représentants de la police israélienne postés en permanence à l'étranger.

Une disparition qui a mobilisé la police pendant une semaine

Mali Yahalomi et sa fille Liel avaient disparu début août à Vienne, en Autriche, où leur absence avait déclenché une enquête d'envergure associant la police israélienne, les autorités autrichiennes et Interpol.
Très vite, les enquêteurs avaient découvert que les deux femmes avaient quitté l'Autriche de leur plein gré, transitant par l'Allemagne avant de s'envoler vers l'Argentine. L'enquête a mobilisé environ 300 enquêteurs et membres du renseignement, travaillant sans relâche pour reconstituer leur trajet. Les policiers ont notamment exploité l'historique des recherches effectuées par les deux femmes sur une intelligence artificielle, qui contenait des questions sur la manière de se déplacer sans être repérées, ainsi que le retrait d'environ 14 000 euros en liquide effectué par Mali avant son départ.

L'homme qui les a retrouvées : Walter Alejandro Kogan

C'est finalement à Buenos Aires, à bord d'un bus interurbain, que les deux femmes ont été localisées. L'officier chargé de les approcher n'était pas un simple policier argentin mais Walter Alejandro Kogan, commissaire divisionnaire et représentant officiel de la police israélienne pour l'Amérique du Sud. Sa phrase d'ouverture, prononcée en hébreu, est devenue virale en Israël : il s'est présenté en expliquant qu'il était le représentant de la police en Amérique du Sud, rattaché à la division du renseignement, avant de demander à faire descendre tout le monde du bus pour pouvoir leur parler.

Avant sa nomination, Kogan avait exercé comme officier d'enquêtes et de renseignement au commissariat d'Arad, après avoir vécu à Beer-Sheva. Il avait ensuite été promu commissaire divisionnaire et affecté à ce poste basé en Amérique latine. Selon la police, il avait été dépêché du Mexique vers l'Argentine dès que les enquêteurs avaient établi que la mère et la fille se trouvaient sur le continent sud-américain.

Une fonction diplomatique avant d'être opérationnelle

Contrairement à son ancien poste à Arad, centré sur le travail d'enquête de terrain, la fonction que Kogan occupe aujourd'hui relève avant tout de la diplomatie policière.

Les attachés de police à l'étranger constituent, selon la police israélienne elle-même, le bras long de l'institution et du ministère de la Sécurité nationale hors des frontières du pays.

Leur mission consiste à servir de point de liaison officiel, opérationnel et renseignement entre la police israélienne et les autorités d'application de la loi, les forces de sécurité et les services de renseignement des pays où ils sont positionnés. Chaque attaché est généralement responsable d'une zone géographique regroupant plusieurs pays plutôt que d'un seul territoire.

Depuis sa nomination comme représentant pour l'Amérique latine, Kogan multiplie ainsi les rencontres avec les polices de la région pour entretenir la coordination.

Le 29 avril, la police bolivienne a par exemple annoncé publiquement une rencontre entre son état-major et Kogan, décrit comme l'attaché de la police israélienne pour l'Amérique latine, une rencontre présentée comme renforçant la coopération sécuritaire et l'échange d'expérience entre les deux pays.
Kogan avait aussi rencontré des officiels argentins dès avril 2025, qui lui avaient présenté le système de sécurité de Buenos Aires, avant de s'intéresser à un programme argentin de localisation et de restitution de biens volés. Plus tôt cette année, il avait également rencontré des représentants d'Interpol au Paraguay, où les autorités locales lui avaient présenté le système de contrôle frontalier utilisé à l'un des postes-frontière les plus importants du pays.

Un réseau mondial baptisé "Global Protector"

Wlater Kogan lui-même a expliqué que les représentants de la police israélienne déployés à travers le monde travaillent en coordination avec les agences de sécurité locales, dans le cadre d'une infrastructure baptisée "Global Protector", opérée par la division des enquêtes et du renseignement de la police.
Ce dispositif ne se limite pas à la recherche de personnes disparues. Il sert aussi à la lutte contre le crime organisé et au renforcement de la coopération internationale en matière de sécurité. Avant l'affaire Yahalomi, Kogan avait par exemple pris part à une vaste enquête internationale sur l'exploitation sexuelle d'enfants impliquant les autorités de huit pays différents.

Quels pays accueillent un représentant de la police israélienne

Il n'existe pas de liste officielle et complète, publiée par la police israélienne, des pays où elle maintient un représentant permanent. La nature diplomatique et parfois sensible de ces postes explique cette discrétion. Les recherches permettent toutefois de confirmer certains postes précis. Aux États-Unis et au Canada, un bureau conjoint d'attaché policier et sécuritaire est installé à l'ambassade d'Israël à Washington, actuellement occupé par le commissaire adjoint Dror Avda.
Pour l'Amérique latine, c'est Walter Kogan qui couvre la zone, avec des liens documentés en Argentine, en Bolivie et au Paraguay. La division des enquêtes et du renseignement dispose également d'un attaché pour l'Europe, chargé notamment des relations avec Europol. Au-delà de ces postes confirmés, la police évoque de façon générale un réseau de représentants répartis à travers le monde, sans en détailler la liste complète.

Ni juridiction ni pouvoir d'arrestation sur place

Un représentant de la police israélienne posté à l'étranger ne dispose d'aucun pouvoir de police au sens strict dans le pays où il est affecté. Il ne peut ni arrêter ni contraindre qui que ce soit sur le sol argentin, tchèque ou autre.
Son rôle est celui d'un officier de liaison qui coordonne l'échange de renseignements entre Israël et les autorités locales, facilite les opérations conjointes, et intervient en soutien des forces de police du pays d'accueil, qui restent seules compétentes sur le terrain. Dans le cas de Mali et Liel Yahalomi, c'est bien en coopération avec la police argentine et Interpol que Kogan a pu localiser puis approcher les deux femmes.

Une fois les deux Israéliennes retrouvées, Kogan les a brièvement interrogées pour s'assurer qu'elles n'étaient pas en danger et vérifier l'absence de tout indice laissant penser à une infraction pénale.
Il leur a notamment demandé si elles étaient menacées, faisaient l'objet d'un chantage, ou fuyaient des difficultés financières. Les deux femmes ont répondu par la négative, expliquant vouloir simplement rompre avec leur famille et Israël pour commencer une nouvelle vie. Aucun soupçon d'acte criminel n'ayant été retenu, la police les a laissées poursuivre leur chemin, tout en signalant qu'elles n'étaient peut-être pas arrivées à leur destination finale.

Une affaire devenue virale, un policier devenu malgré lui une célébrité

L'échange en hébreu entre Kogan et les deux femmes, diffusé par la police israélienne, a immédiatement suscité une vague de mèmes et de réactions sur les réseaux sociaux, propulsant l'officier au rang de vedette involontaire.

Le porte-parole de la police, Aryeh Doron, a salué son professionnalisme, le décrivant comme un officier de renseignement expérimenté ayant mené la mission avec efficacité. Selon Doron, les retrouvailles ont été empreintes d'émotion, les deux femmes ayant notamment été touchées lorsque Kogan leur a expliqué qu'un pays entier s'inquiétait pour elles, jusque devant ce bus perdu en Argentine.

C'est précisément ce mélange d'intervention sérieuse et de couverture médiatique disproportionnée qui explique la vague de parodies ayant suivi l'affaire, dont celle, largement partagée, situant un faux "représentant de la police israélienne" à Prague venant livrer du papier toilette à un touriste. Une blague qui n'aurait aucun sens sans l'existence bien réelle de ce réseau de policiers israéliens déployés aux quatre coins du monde.

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Abus sexuels dans les mikvaot : quatre voix brisent l'omerta hassidique

Abus sexuels dans les mikvaot : quatre voix brisent l'omerta hassidique

Quatre jeunes hommes témoignent sous pseudonyme dans une enquête d'Israel Hayom : entre 13 et 18 ans, ils ont subi des attouchements et du harcèlement sexuel dans l'enceinte des bains rituels hassidiques, sans qu'aucun adulte n'intervienne.

En 2020 déjà Alliance dénonçait ces pratiques de pédocriminalité rien n'a été fait à ce jour.
Lire l'article ici

Un rite d'enfance transformé en zone de danger

Dans le monde hassidique, les garçons commencent à fréquenter le mikvé dès la bar-mitsva, parfois avant soit en 10 et 13 ans.
Nus, entassés dans un espace confiné aux côtés d'hommes adultes, ils s'y rendent seuls, sans supervision parentale. C'est cette proximité quotidienne et non surveillée que pointe l'enquête publiée début août par Israel Hayom, sous la plume du journaliste Yaakov Hershkovitz : un terrain qui, selon les témoignages recueillis, favorise le harcèlement et les agressions sexuelles sur mineurs.

Quatre récits, un même schéma

Shmuel, aujourd'hui âgé de 25 ans et originaire d'une yeshiva de Netanya, raconte qu'un responsable spirituel de la yeshiva, âgé d'une cinquantaine d'années, s'arrangeait systématiquement pour venir aux heures réservées aux jeunes bahourim.
L'homme multipliait les allées et venues pour prolonger les contacts physiques, avant de convoquer Shmuel dans sa chambre pour l'interroger sur sa vie intime. À l'époque, l'adolescent ne mesurait pas la gravité de la situation, faute de repères sur la notion même d'atteinte sexuelle.

David, 20 ans, a grandi dans une communauté hassidique fermée d'Ashdod. Il décrit un homme d'une trentaine d'années qui venait se baigner chaque jour à la même heure que lui, cherchant systématiquement à s'approcher. Le malaise ressenti à l'époque n'a trouvé de sens, dit-il, que des années plus tard, en dehors du mikvé.

Le témoignage le plus dur reste celui de Shlomo, 18 ans, de Bnei Brak. Entré au mikvé à 13 ans, il décrit des atteintes répétées pendant plusieurs années, venant aussi bien d'adolescents de 16-17 ans que d'hommes de 40 ou 70 ans. Il évoque la sidération qui empêche tout mineur de réagir dans l'instant : la peur, l'absence de mots pour dire non, la fuite comme seule option. Sorti du monde hassidique, aujourd'hui suivi en thérapie, il raconte être intervenu physiquement pour protéger un enfant qu'il a vu suivi dans l'eau par un homme menaçant.

Israël, 18 ans, de Beitar Illit, décrit quant à lui une normalisation totale du phénomène au point de ne plus le percevoir comme choquant sur le moment. Il dénonce en particulier la culture des longues stations prolongées au mikvé, où des hommes s'attardent des heures durant à converser, brouillant toute frontière entre lieu de purification rituelle et espace de flânerie propice aux dérives.

Un système sans aucune supervision

Pinhas Weiss, travailleur social et directeur du centre thérapeutique Mivtach à Jérusalem, spécialisé dans la prévention de la maltraitance en milieu ultra-orthodoxe, resitue l'origine du rite : une pratique remontant au Baal Shem Tov, ancrée socialement au point qu'elle ne pourra jamais être supprimée. Le problème, selon lui, tient à la combinaison entre absence totale de sensibilisation des mineurs et absence de contrôle sur place. Il estime qu'un adolescent de 13 ou 14 ans livré à lui-même, sans aucune préparation ni surveillance en temps réel, court un risque d'agression proche de la certitude.

La majorité des mikvaot échappant à la supervision directe des conseils religieux, Weiss appelle les propriétaires privés à installer des caméras de sécurité aux entrées, sorties et vestiaires. Il insiste surtout sur le rôle des parents : chaque enfant devrait recevoir, avant sa première visite, une explication claire de ce qui peut et ne peut pas se produire dans ce lieu. Un enfant informé, dit-il, sait fixer une limite et alerter ses parents en temps réel.

Le même mur que dénonçait déjà Alliance

Cette enquête rejoint un constat déjà posé dans nos colonnes lors du tehkir Shomrim sur les réseaux pédocriminels en Israël : l'inaction structurelle des institutions face aux agressions sur mineurs, et le poids d'un silence communautaire qui protège les agresseurs davantage que les victimes. L
à où le dossier Shomrim mettait en cause l'appareil judiciaire et policier, incapable de transformer les plaintes en poursuites effectives, l'enquête d'Israel Hayom déplace le regard vers l'échelon local : la yeshiva, le mikvé de quartier, l'absence totale de cadre éducatif sur la sécurité corporelle.

Le point commun entre les deux dossiers tient à un même mécanisme. Les agresseurs présumés ne sont pas des marginaux repérables mais des figures intégrées, parfois respectées, dont la position sociale décourage toute plainte.
Les victimes, elles, grandissent sans les mots pour nommer ce qu'elles vivent, et n'en mesurent souvent la gravité que des années plus tard, une fois sorties du cadre communautaire. Ce décalage temporel, déjà documenté dans le dossier Shomrim à travers les statistiques d'Interpol et les précédents internationaux, se retrouve ici à l'échelle individuelle dans chacun des quatre témoignages.

L'enquête d'Israel Hayom précise d'ailleurs que les récits publiés ne représentent qu'une fraction des témoignages recueillis par la rédaction, une partie des victimes ne pouvant, à ce stade, être identifiée publiquement sans risque pour leur sécurité. Un chiffre noir qui, là encore, fait écho aux données déjà citées dans notre précédent dossier sur la sous-déclaration massive des agressions sexuelles sur mineurs en Israël.

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L'ANGE NAZI D'AUSCHWITZ : Haim Michael Klar alias Otto Tybet

L'ANGE NAZI D'AUSCHWITZ : Haim Michael Klar

L'ANGE NAZI D'AUSCHWITZ

Haim Michael Klar, le Juif qui aurait revêtu l'uniforme SS pour sauver des Juifs, l'homme réel, son double de fiction et le mystère que les survivants ont laissé derrière eux.

Il existe des histoires de la Shoah que les archives ont enfermées dans des milliers de dossiers. Et puis il y a celles qui semblent avoir survécu autrement : dans la mémoire d'hommes et de femmes qui, après avoir traversé l'enfer, ont raconté le nom de celui qui les avait aidés.
Haim Michael Klar alias OTTO TYBET appartient à cette catégorie presque fantomatique. Juif.

Et pourtant, selon les témoignages retrouvés par l'écrivain britannique Stephen Uzzell, il aurait réussi à faire exactement ce que personne n'aurait dû pouvoir faire : se glisser dans la peau d'un officier nazi et utiliser cette identité pour venir en aide à des prisonniers juifs.

À Auschwitz, il aurait porté l'uniforme de ceux qui exterminaient son peuple. Et certains survivants auraient vu en lui non pas un SS, mais leur « Guardian Angel », leur ange gardien. Le plus extraordinaire n'est peut-être même pas son histoire. C'est le fait qu'elle ait presque disparu.

Un nom retrouvé dans les souvenirs des survivants

Stephen Uzzell n'était pas, à l'origine, romancier de cette histoire. Enseignant britannique passionné par la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, il travaillait sur cette période lorsqu'il tomba sur un nom : Haim Michael Klar.
La découverte le bouleversa. Ce qu'il lit raconte l'histoire d'un Juif qui aurait usurpé l'identité d'un officier nazi , OTTO TYBET afin d'aider des Juifs enfermés dans les ghettos et les camps. Uzzell cherche alors à comprendre. Qui était cet homme ? Comment avait-il réussi ? Quelle était son identité véritable ? Quel officier avait-il prétendu être ? Comment avait-il pu pénétrer dans les structures nazies sans être immédiatement démasqué ? Et surtout : combien de personnes avait-il sauvées ?

C'est alors que l'enquête rencontre un mur. Les témoignages de survivants existent. Mais les documents permettant de reconstituer l'intégralité du parcours de Klar manquent.
Uzzell explique que les souvenirs transmis par les survivants à l'Association of Descendants of The Shoah, organisation basée dans l'Illinois, constituent ce qui reste de son extraordinaire héritage.
Il tente d'abord d'en faire une biographie. Il échoue. Pas parce que l'histoire ne serait pas fascinante. Parce qu'il n'a pas suffisamment de documents pour la prouver dans son ensemble. Alors il fait quelque chose d'assez exceptionnel : il transforme l'enquête impossible en roman.

Haim Michael Klar devient Jozef Siegler

En 2014 commence à prendre forme I Am Juden: Undercover in the SS, publié en 2019. Son héros s'appelle désormais Jozef Siegler. Mais Uzzell ne cache pas son origine : Siegler est construit comme un hommage littéraire à Haim Michael Klar.
Et cette distinction doit rester gravée dans notre esprit. Klar est l'homme réel. Siegler est l'homme imaginé par Uzzell à partir de ce que les fragments historiques permettent de savoir. C'est précisément parce que l'histoire réelle est incomplète que la fiction devient ici intéressante. Elle ne remplace pas les archives. Elle tente de donner un corps aux silences des archives.

Le Juif qui devient nazi

Dans le roman, Jozef Siegler est un professeur juif en Allemagne en 1938. Son université le renvoie en raison des lois raciales. Il fuit avec sa jeune sœur Shoshana. La guerre bouleverse tout. Puis survient le moment qui constitue le cœur de la fiction : Siegler découvre le corps d'un officier SS, Harry Mohnke. Il pourrait fuir. Il pourrait abandonner l'uniforme. Il pourrait considérer cette découverte comme une simple occasion de survie personnelle. Il fait l'inverse. Il envisage de revêtir l'uniforme du mort et d'usurper son identité. La question qui traverse alors le roman est terrible : combien de vies pourrait-il sauver s'il devenait, aux yeux des nazis, l'un des leurs ?

Cette scène appartient au personnage fictif de Siegler. Elle ne doit donc pas être attribuée directement à Klar. Mais elle traduit probablement ce qui a fasciné Uzzell dans le témoignage historique : Klar aurait lui aussi réussi à devenir, aux yeux de son entourage, un officier nazi.

Le véritable Klar à Auschwitz

C'est ici que l'histoire réelle reprend ses droits. Uzzell affirme que, durant les dernières années de la guerre, Haim Michael Klar aurait usurpé l'identité d'un officier SS à Auschwitz. Et il affirme quelque chose de presque inconcevable : les prisonniers qu'il aurait aidés l'auraient considéré comme leur « Guardian Angel ». Un ange portant l'uniforme du diable.

Uzzell ne prétend cependant pas connaître l'étendue exacte de son action. Il écrit lui-même que Klar n'a peut-être pas sauvé autant de personnes que Schindler et que la vérité ne peut probablement jamais être établie, tant les faits sont rares et fragmentaires. Cette prudence est importante. Car l'histoire de Klar n'est pas celle d'un homme dont nous posséderions la liste des sauvés. C'est celle d'un homme dont les survivants ont conservé le souvenir.

L'inversion absolue de Schindler

C'est ici que la comparaison avec Oskar Schindler devient vertigineuse. Schindler était allemand. Il était membre du parti nazi. Il possédait une usine. Il avait des relations avec l'administration allemande. Et il utilisa progressivement cette position pour protéger ses ouvriers juifs. Son nom est aujourd'hui associé à une liste devenue l'un des symboles les plus célèbres du sauvetage des Juifs pendant la Shoah.

Klar aurait accompli quelque chose d'inverse. Schindler était un Allemand qui utilisa son statut réel pour sauver des Juifs. Klar est un Juif allemand qui utilisa son physique aérien et un  statut nazi fabriqué pour sauver des Juifs.
Schindler n'avait pas besoin de convaincre les nazis qu'il était allemand. Klar aurait dû les convaincre qu'il était nazi.
Schindler pouvait négocier. Klar devait probablement jouer la comédie à chaque instant. Schindler pouvait laisser derrière lui des documents. Klar, s'il voulait survivre, avait tout intérêt à ce que sa véritable identité ne laisse aucune trace. C'est peut-être ce qui explique, au moins en partie, le caractère presque fantomatique de son histoire.

L'ange devait parler comme un bourreau

C'est le paradoxe moral le plus effroyable de cette histoire. Si Klar a réellement réussi à sauver des prisonniers sous une identité SS, il ne lui suffisait pas d'enfiler un uniforme. Il fallait se comporter comme celui que les autres croyaient qu'il était. Il fallait probablement parler avec l'autorité attendue. Donner des ordres. Faire peur. Parfois peut-être paraître cruel pour pouvoir, dans l'ombre, empêcher une violence pire.

C'est cette mécanique que Stephen Uzzell explore dans I Am Juden.
Son Jozef Siegler mène une double vie : officier SS aux yeux du monde nazi, agent de la résistance juive en secret.
La présentation officielle du roman résume cette situation comme une véritable marche sur une corde raide : une erreur et ce sont non seulement sa propre vie, mais celles des membres de la résistance qu'il expose. Et c'est là que la fiction devient presque une expérience de pensée historique : jusqu'où un homme doit-il imiter le mal pour pouvoir combattre le mal de l'intérieur ?

L'épisode des prisonniers condamnés à mort

Une anecdote particulièrement saisissante circule autour de Klar. Des Juifs auraient tenté de s'échapper du camp. Ils auraient été promis à la pendaison.
Puis Klar, dans son rôle d'officier nazi, aurait refusé cette exécution jugée "trop simple" et donné un ordre apparemment encore plus terrifiant : les prisonniers seraient flagellés avec des pierres maintenues dans leur bouche ; si une pierre tombait, ils seraient tués.
Cette histoire est glaçante parce qu'elle semble illustrer à la perfection la logique de l'imposture : pour sauver des hommes, il faudrait parfois donner l'impression de vouloir les torturer.

Mais l'enquête journalistique impose ici une limite. Nous n'avons pas retrouvé de source primaire permettant aujourd'hui d'attribuer avec certitude cette scène à Klar. Elle pourrait provenir d'un témoignage conservé mais non numérisé. Elle pourrait également relever de la reconstruction romanesque. Nous ne devons donc pas la transformer en vérité historique. Mais nous pouvons poser la question : si cette scène appartient réellement aux témoignages sur Klar, jusqu'où cet homme devait-il aller pour que son personnage nazi reste crédible ? La question demeure ouverte.

Le visage d'un nazi ?

Une autre question revient inévitablement : comment un Juif pouvait-il se faire passer pour un officier SS ? L'apparence physique aurait-elle joué un rôle ? Certaines versions modernes de l'histoire présentent Klar comme possédant une apparence correspondant suffisamment aux critères physiques que les nazis associaient à leur idéal « aryen ». Mais nous devons être rigoureux : nous n'avons retrouvé aucune source suffisamment solide permettant de décrire précisément Klar comme blond, aux yeux bleus, grand ou doté d'un quelconque « physique aryen ».

Ce que nous savons est plus intéressant que cette légende. Il aurait réussi à convaincre. Et convaincre des hommes appartenant à l'appareil nazi qu'il était l'un des leurs exigeait bien davantage qu'un visage compatible avec leurs fantasmes raciaux. Il fallait une identité. Une histoire. Des papiers. Une connaissance des comportements. Une maîtrise du langage. Une assurance suffisante. Et surtout une capacité exceptionnelle à ne jamais commettre l'erreur qui aurait révélé la vérité. Si Klar a réellement accompli cela, son camouflage ne reposait probablement pas sur son visage seul.

Ce que le roman ajoute, et que l'Histoire ne peut pas confirmer

Uzzell donne à Siegler une trajectoire extrêmement précise. En 1938, il est professeur en Allemagne. Il fuit avec sa sœur. La guerre les sépare. Il traverse les territoires occupés. Il découvre le corps de l'officier SS Harry Mohnke. Il prend son identité. Puis il devient successivement un homme du système nazi et un membre clandestin de la résistance juive. Dans le roman, il se retrouve notamment dans le ghetto de Cracovie puis à Auschwitz. Tout cela permet au lecteur de comprendre comment une telle opération pourrait fonctionner. Mais cela ne signifie pas que Klar a vécu exactement chacune de ces scènes. Uzzell a précisément écrit le roman parce qu'il ne possédait pas ces réponses.

Pourquoi Uzzell a-t-il inventé Siegler ?

Parce qu'il avait découvert un paradoxe insoluble. Il avait suffisamment de témoignages pour croire qu'il existait derrière eux une histoire exceptionnelle. Mais pas suffisamment de documents pour écrire cette histoire comme une biographie. Le projet biographique est donc abandonné. Puis le romancier apparaît. Uzzell ne prétend pas résoudre l'énigme. Il lui donne une forme. Jozef Siegler devient ainsi la silhouette littéraire de Klar. Ce que Klar aurait peut-être fait devient, dans le roman, une histoire complète. Ce que nous ignorons devient narration. Ce que les survivants ont raconté devient point de départ. Et ce que les archives ne permettent plus de savoir devient fiction.

L'homme réel est donc peut-être encore plus extraordinaire que le héros du roman

C'est le paradoxe. Dans une fiction, on peut toujours se dire : « c'est un personnage ». Mais Klar n'était pas un personnage. C'est précisément ce qui trouble. Il a existé. Il était juif. Il aurait pénétré l'univers nazi sous une identité d'officier SS. Des survivants auraient raconté son rôle. Et pourtant, lorsque Stephen Uzzell cherche à reconstituer sa vie, il ne trouve pas assez de traces pour écrire sa biographie. Il doit donc inventer Siegler. Un romancier est obligé de créer un personnage pour raconter l'histoire d'un homme réel. C'est presque l'inverse de la littérature historique habituelle.

Et après la guerre ?

Là encore, le brouillard tombe. Uzzell rapporte que Klar aurait survécu à la guerre et aurait ensuite émigré à New York avec sa fille. Mais le manque de documentation demeure. La vie d'après-guerre de Klar n'est pas suffisamment documentée dans les sources accessibles pour que l'on puisse reconstituer son parcours avec la même précision que celui de Schindler. Et c'est peut-être la plus grande injustice de cette histoire. Un homme qui aurait risqué sa vie pour sauver d'autres Juifs aurait pu disparaître presque entièrement des récits de la Shoah.

Pourquoi personne ne connaît Haim Michael Klar ?

C'est finalement la question centrale. Pourquoi Schindler est-il devenu mondialement célèbre tandis que Klar reste presque inconnu ? La réponse tient peut-être à une différence fondamentale. Schindler a laissé des traces. Klar, s'il était réellement infiltré sous une fausse identité, devait au contraire en laisser le moins possible. Schindler pouvait apparaître dans les documents allemands sous son propre nom. Klar aurait dû apparaître sous un nom qui n'était pas le sien. Schindler avait une liste. Klar avait peut-être des visages. Des hommes qu'il sauvait. Des prisonniers qui savaient seulement qu'un officier SS leur avait permis de survivre. Et après la guerre, leurs témoignages pouvaient rester séparés les uns des autres, sans permettre aux historiens de reconstituer l'ensemble.

Un héros sans liste

C'est peut-être la formule qui résume le mieux l'affaire. Schindler avait une liste. Klar aurait eu des survivants. Et derrière cette différence se cache une question vertigineuse : combien de personnes peuvent disparaître de l'Histoire simplement parce que leur sauveur avait lui-même besoin de disparaître ?

Nous ne savons pas combien de Juifs Haim Michael Klar a sauvés. Nous ne savons pas combien de fois il a utilisé son autorité supposée. Nous ne connaissons pas précisément l'identité SS qu'il aurait usurpée. Nous ne savons pas comment il a obtenu ses documents. Nous ne savons pas exactement comment il est parvenu à Auschwitz sous cette identité. Nous ne savons pas jusqu'où allait son réseau. Nous ne savons pas si toutes les anecdotes qui circulent aujourd'hui proviennent des survivants ou si certaines ont été amplifiées par la fiction.

Mais nous savons quelque chose d'essentiel. Stephen Uzzell n'a pas inventé Haim Michael Klar. Il l'a découvert. Et parce que les traces de cet homme étaient trop rares pour écrire sa biographie, il a créé Jozef Siegler. Un personnage fictif qui permet aujourd'hui de regarder autrement l'homme réel.

L'enquête reste ouverte

Il serait tentant de refermer cette histoire avec une belle conclusion héroïque. Nous ne le ferons pas. Parce que l'histoire de Haim Michael Klar mérite mieux qu'une légende. Elle mérite des preuves. Il faut retrouver les témoignages originaux conservés aux États-Unis. Identifier les survivants. Savoir exactement ce qu'ils ont raconté. Comparer leurs récits. Retrouver les archives d'Auschwitz. Chercher les traces d'un officier SS correspondant à l'identité supposément utilisée par Klar. Comprendre comment un homme juif a pu être reconnu comme officier nazi. Et déterminer enfin si les anecdotes les plus spectaculaires, notamment celle des prisonniers condamnés à mort et des pierres dans la bouche, appartiennent au témoignage historique ou à la construction littéraire.

Car il y a deux histoires. Celle de Haim Michael Klar, l'homme dont les survivants ont gardé la mémoire. Et celle de Jozef Siegler, le personnage imaginé par Stephen Uzzell pour raconter ce que les archives ne permettaient plus de raconter. Les deux se rejoignent. Mais ils ne doivent jamais être confondus.

Et c'est précisément dans cet espace entre vérité et fiction que se trouve peut-être l'une des histoires les plus extraordinaires, et les moins connues, de la Shoah. Un Juif aurait revêtu l'uniforme de ceux qui voulaient exterminer son peuple pour sauver ceux qu'ils voulaient tuer. Les nazis auraient vu un des leurs. Les prisonniers auraient vu leur ange gardien. Et l'Histoire, elle, semble avoir perdu son nom.

Haim Michael Klar. Un homme réel. Un personnage devenu fiction. Une légende qui attend encore ses archives.

 

Pour aller plus loin

I Am Juden: Undercover in the SS, de Stephen Uzzell, est le roman qui a donné naissance à Jozef Siegler, double littéraire de Haim Michael Klar. Le projet a commencé à prendre forme en 2014 avant sa publication en 2019. Uzzell y raconte comment un professeur juif allemand, contraint à la fuite par les lois raciales de 1938, prend l'identité d'un officier SS après avoir découvert le corps de ce dernier, et mène dès lors une double vie entre rôle nazi affiché et engagement clandestin dans la résistance juive, jusque dans le ghetto de Cracovie puis à Auschwitz. L'auteur présente cette existence comme une marche permanente sur une corde raide, où la moindre erreur menacerait non seulement la vie du personnage mais celle de tout son réseau de résistance.

Le livre est disponible à l'achat et à la consultation sur les plateformes habituelles (Amazon, Goodreads, site de l'auteur).

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Mali et Liel Yahalomi : le mystère d'une disparition volontaire et le détail étrange relevé

Mali et Liel Yahalomi : le mystère d'une disparition volontaire et le détail étrange relevé

Mali et Liel Yahalomi : le détail que peu de médias ont relevé

Elles ont choisi l'un des rares pays au monde à ne pas extrader ses ressortissants vers Israël.
Ce n'est pas un hasard de circuit touristique : c'est une question qu'elles ont elles-mêmes posée à une intelligence artificielle avant de partir. Un choix trop précis pour simplement "couper les ponts" avec sa famille.
Même la police, après les avoir interrogées, admet ne toujours pas connaître le vrai motif de leur départ. Le mystère Yahalomi n'est peut-être pas terminé, il ne fait peut-être que commencer.

Une mère et sa fille disparaissent pendant une semaine. Israël mobilise la police, le Mossad, les services diplomatiques et l'opinion publique. Elles réapparaissent finalement vivantes, à des milliers de kilomètres de chez elles, assises dans un autobus à Buenos Aires.
Le pays pousse un soupir de soulagement. Mais l'affaire Yahalomi, loin de se refermer, s'ouvre en réalité sur une nouvelle série de questions, et la plus troublante n'a toujours pas trouvé de réponse officielle.

Une semaine de silence total

Mali Yahalomi, 50 ans, et sa fille Liel, 23 ans, originaires de la région de Modi'in, avaient quitté Israël pour l'Europe. Prague, puis Vienne. Elles devaient rentrer. Elles ne sont jamais revenues. Leurs téléphones ont cessé d'émettre, leurs proches n'avaient plus aucune nouvelle. La famille, affolée, a alerté les autorités, déclenchant une recherche internationale d'ampleur.

Dans le contexte sécuritaire israélien actuel, l'hypothèse d'un enlèvement ou d'un acte terroriste ne pouvait être écartée. L'enquête a été confiée à l'unité Lahav 433 économique et placée sous ordonnance de non-publication. En effet la mère employée à la Banque de Jérusalem et ayant retirée la coquette somme de 14 000 euros en espèce à soulever l'hypothése d'un détournement de fond bancaire dans un premier temps très vite démenti par la direction de cette dite banque. 

Retrouvées vivantes à Buenos Aires

Vendredi 14 août, le scénario espéré s'est confirmé. Mali et Liel ont été localisées à bord d'un autobus dans la capitale argentine par Walter Kogan, représentant de la police israélienne en Amérique du Sud. Interrogées, elles ont été relâchées : les autorités n'ont, à ce stade, identifié aucun indice de crime.

Le mystère change alors radicalement de nature. Il ne s'agit plus de savoir où elles se trouvaient, mais de comprendre pourquoi elles ont choisi de disparaître, et pourquoi précisément vers un pays capable de les mettre définitivement hors de portée.

La piste financière, une explication qui s'effrite

Un détail avait immédiatement intrigué les enquêteurs : un retrait d'environ 14 000 euros en espèces avant leur départ. Ce retrait avait nourri des spéculations sur l'emploi de Mali à la Banque de Jérusalem. L'établissement a formellement écarté toute anomalie touchant ses fonds ou ceux de ses clients, et a dû rassurer ses actionnaires après une forte volatilité de son cours en Bourse provoquée par les rumeurs. L'hypothèse du détournement bancaire est donc abandonnée.

Dans un premier temps, plusieurs médias israéliens ont privilégié l'hypothèse de difficultés financières accumulées comme motif du départ. Mais des sources policières citées samedi sont venues contredire directement cette piste, démentant explicitement que la fuite soit liée à des dettes. Selon ces mêmes sources, les deux femmes auraient plutôt envisagé d'obtenir de faux passeports sous de nouvelles identités. La piste financière recule donc devant celle d'une rupture identitaire complète, planifiée et assumée.

Un départ méticuleusement préparé

Rien, dans cette affaire, ne relève de l'impulsion. Les enquêteurs estiment que Mali et Liel ont préparé leur disparition environ un mois à l'avance, changeant de téléphones et multipliant les précautions pour brouiller toute trace. Un détail bouleverse particulièrement le récit : avant de partir, Liel aurait écrit à sa mère qu'elle la suivrait "n'importe où". Cette phrase change tout. Il ne s'agit pas d'une mère entraînant sa fille contre son gré, mais de deux femmes ayant décidé, ensemble, de tout quitter.

Fait troublant supplémentaire, la police soupçonne les deux femmes d'avoir enregistré à l'avance des vidéos rassurantes pour leur famille depuis Vienne, pour ensuite les envoyer après avoir déjà quitté le pays, donnant l'illusion qu'elles s'y trouvaient encore.

Le choix de l'Argentine, une question qui ne colle pas avec une simple rupture familiale

C'est ici que l'affaire prend une dimension particulière. Couper les ponts avec sa famille ne nécessite, en soi, ni téléphone acheté sans pièce d'identité, ni suppression méthodique d'applications de géolocalisation, ni sélection d'une destination précise en fonction des accords d'extradition.
Un adulte qui souhaite simplement s'éloigner des siens peut le faire dans n'importe quel pays, y compris un pays disposant d'un accord d'extradition avec Israël, puisque l'extradition ne concerne par définition que des faits à caractère pénal, jamais un différend familial.

Or c'est précisément cette question que Mali et Liel ont posée à une intelligence artificielle avant de partir : quels pays d'Amérique du Sud n'extradent pas vers Israël. Un niveau de précaution qui interroge, et qui n'a pour l'instant reçu aucune explication de la part des enquêteurs. Un responsable policier a d'ailleurs reconnu, au lendemain de leur localisation, que le motif réel du départ demeurait inconnu, malgré l'interrogatoire des deux femmes.

Pourquoi une telle mobilisation pour un départ volontaire ?

La question mérite une réponse claire. Lorsqu'une famille signale une disparition, les autorités ne savent pas encore de quoi il retourne. Elles n'ont face à elles que des téléphones muets et un itinéraire qui s'arrête net à Vienne. Dans ces conditions, la police doit envisager le pire : enlèvement, crime, terrorisme, contrainte. La disparition volontaire n'arrive qu'en dernière hypothèse, et elle-même ne suffit pas à clore le dossier tant que le mobile reste flou.

Fait révélateur, des informations postérieures à leur découverte indiquent que les enquêteurs soupçonnaient assez tôt un départ volontaire. L'ordonnance de non-publication aurait justement servi à éviter qu'une médiatisation prématurée ne pousse les deux femmes à modifier leur itinéraire.

Une adulte peut-elle quitter Israël sans prévenir ?

La réponse est oui, sans ambiguïté. Une personne majeure a le droit de voyager, de changer de pays, de ne pas communiquer sa destination à ses proches. La famille ne dispose d'aucun droit de veto sur cette décision. Mais cela n'exonère pas les autorités de leur devoir de vérification lorsqu'une disparition est signalée, et cela n'explique pas non plus pourquoi ce départ a nécessité un tel arsenal de précautions juridiques et techniques.

Trois regards sur un même événement

Pour Mali et Liel, ce voyage ressemblait probablement à un nouveau départ. Pour leur famille, restée sans nouvelles puis "choquée" d'apprendre qu'elles avaient tout planifié, c'était une disparition angoissante. Pour la police, confrontée à l'inconnu, c'était potentiellement un crime en cours. Trois lectures radicalement opposées d'une seule et même histoire, qui expliquent l'ampleur de la mobilisation, y compris la cagnotte lancée pour retrouver les deux femmes. Cette cagnotte, qui avait recueilli environ 260 000 shekels, sera intégralement remboursée aux donateurs.

Ce que l'enquête ne dit toujours pas

Pourquoi précisément 14 000 euros en espèces, si la piste de la dette est désormais écartée par la police ? Pourquoi l'Argentine, et pourquoi ce besoin spécifique de vérifier l'absence d'accord d'extradition, si aucune infraction n'est à l'origine du départ ? Pourquoi n'avoir prévenu aucun membre de la famille, même une fois en sécurité ? Autant de questions qui restent, à ce stade, sans réponse officielle.

Ce que cette affaire dit de notre époque

Voyager sans laisser de trace est devenu un exploit presque impossible : cartes bancaires, caméras, réservations, passages de frontières, tout laisse une empreinte numérique. Pourtant, Mali et Liel ont réussi, pendant plusieurs jours, à échapper à ce maillage. Le paradoxe est frappant : les mêmes réseaux internationaux qui rendent la disparition presque impossible sont aussi ceux qui ont permis, en définitive, de les localiser à l'autre bout du monde.

Le rôle de l'intelligence artificielle

Les deux femmes avaient commencé à planifier leur départ environ un mois à l'avance et avaient demandé à Gemini, le chatbot IA de Google, des conseils sur la manière de se déplacer vers un autre endroit sans être tracées. Elles auraient interrogé l'IA sur la façon d'acheter un téléphone portable sans présenter de pièce d'identité, ce qu'elles ont fait en République tchèque avant de transiter par l'Allemagne puis l'Argentine. Elles auraient également demandé comment supprimer certaines applications pour empêcher la géolocalisation, et surtout, quels pays d'Amérique du Sud n'ont pas d'accord d'extradition avec Israël.

Le rebondissement le plus frappant reste celui-ci : c'est en partie cet historique de recherches IA, pourtant effacé par les deux femmes, que les enquêteurs sont parvenus à récupérer et à exploiter pour finalement les localiser à Buenos Aires. L'outil censé garantir leur disparition a donc, indirectement, contribué à les faire retrouver.

Les scénarios encore ouverts

La piste de la dette ayant été écartée par des sources policières, celle d'un changement d'identité complet, avec obtention de faux passeports, prend aujourd'hui le dessus. Certains observateurs évoquent aussi la possibilité d'un conflit plus profond que ce qui a filtré, une rupture avec un tiers non identifié qui aurait précipité la décision. D'autres s'interrogent sur la destination exacte des 14 000 euros retirés, dont l'usage reste à ce jour inexpliqué.

La question du silence total envers la famille, même après leur mise en sécurité, alimente une hypothèse psychologique : celle d'une rupture volontaire et radicale avec un passé jugé irrécupérable. Mais elle n'explique toujours pas, à elle seule, pourquoi la question de l'extradition s'est posée avec autant d'insistance dans leurs recherches préparatoires. Ce point précis, plus que tout autre, maintient une part d'ombre sur une affaire que la police elle-même reconnaît ne pas avoir totalement élucidée. L'enquête, loin d'être close, ne fait peut-être que commencer.

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