Claudine Douillet

Claudine Douillet,st fondatrice, gérante et rédactrice en chef d'Alliance, premier magazine juif francophone créé sur le web en 1996. Depuis près de trente ans, elle dirige la ligne éditoriale du titre, en assurant une veille quotidienne de l'actualité israélienne et juive internationale, traduite et adaptée pour le lectorat francophone.
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Les articles de Claudine Douillet

Et si la richesse des Templiers venait d'abord du trésor caché du Temple de Jérusalem -photos de Tomar-

Paves des Templiers sur les trottoirs de Tomar au Portugal

Les Templiers sont nés sur le Mont du Temple, à Jérusalem, et ont survécu à leur propre destruction au Portugal. Dans Le Trésor du Temple, Eliette Abécassis relie les Esséniens de Qumrân, les chevaliers de l'Ordre, la secte des Assassins et les francs-maçons autour d'un seul secret : le trésor du Temple, dont un mystérieux rouleau de cuivre donne les cachettes. Et si ce trésor avait servi à fonder l'Ordre le plus puissant du Moyen Âge ?

Le Trésor du Temple d'Eliette Abécassis : comment les Templiers sont nés du Temple de Jérusalem

Par Claudine Douillet

Certains romans se referment comme on referme une porte. D'autres en ouvrent dix. Le Trésor du Temple, d'Eliette Abécassis, appartient à la seconde catégorie. Derrière l'intrigue policière se dessine une thèse qui traverse deux mille ans d'histoire : tout ramène au Temple de Jérusalem, et donc au peuple juif.

Un sacrifice rituel au pied des grottes de Qumrân

Avril 2000, désert de Judée. Un archéologue est retrouvé sacrifié sur un autel près des grottes de Qumrân, et les services secrets israéliens sont en alerte. La victime, Peter Ericson, cherchait le trésor du Temple à partir des inscriptions du rouleau de cuivre. L'enquête revient à Ary Cohen, le scribe retiré parmi les Esséniens, héros de Qumrân, aux côtés de Jane Rogers.

Philosophe de formation, fille du penseur Armand Abécassis, la romancière tisse un récit qui unit les Esséniens, les Templiers et la secte des Assassins. Ces trois noms ne sont pas choisis au hasard. Ils dessinent une chaîne de gardiens d'un même secret, de l'Antiquité juive aux croisades.

Le rouleau de cuivre, l'inventaire d'un trésor colossal

Tout part d'un objet unique au monde. Découvert le 14 mars 1952 au fond de la grotte 3 de Qumrân, le rouleau de cuivre a été trouvé par un archéologue, et non par des bédouins comme la plupart des autres manuscrits. Les deux rouleaux métalliques formaient à l'origine une seule bande d'environ 2,40 mètres. Trop oxydé pour être déroulé, il fut découpé en bandes à Manchester en 1956.

Ce qu'on y lut stupéfia les chercheurs. Aucune prière, aucun commentaire biblique : une liste sèche de 64 cachettes, avec des quantités d'or, d'argent et d'objets sacrés. Un seul emplacement mentionne 900 talents d'argent, soit environ 30 tonnes. Le texte est rédigé dans un hébreu proche de celui de la Mishna, avec des lettres grecques inexpliquées, à la manière d'un inventaire de temple.

Le rouleau n'est pas conservé à Jérusalem avec les autres manuscrits. Il est exposé depuis 2013 au Jordan Museum d'Amman, la Jordanie ayant financé l'expédition qui le mit au jour.

Les savants s'affrontent toujours. Certains, comme Émile Puech, y voient le trésor du Second Temple mis à l'abri avant l'assaut romain de 70. D'autres parlent des offrandes collectées après la destruction, dans l'attente d'un Temple reconstruit. Flavius Josèphe affirme que l'essentiel du trésor était encore dans le sanctuaire lors de sa chute, ce que semble confirmer la ménorah sculptée sur l'arc de Titus. Mais un trésor de cette ampleur pouvait-il tenir dans un seul bâtiment ? Personne n'a jamais rien retrouvé, et l'énigme reste entière.

Neuf chevaliers, neuf ans, sur le Mont du Temple

C'est ici que le roman frappe fort. Vers 1119, le chevalier champenois Hugues de Payns et huit compagnons se mettent au service du roi de Jérusalem Baudouin II. Celui-ci les loge dans la mosquée al-Aqsa, que les croisés appellent alors le Temple de Salomon. Ils deviennent les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon.

Officiellement, leur mission est de protéger les pèlerins. Pourtant, pendant près de neuf ans, ils restent une poignée d'hommes, sans recruter, installés précisément au-dessus des fondations du Temple. Une tradition tenace, reprise par de nombreux auteurs et par le roman, veut qu'ils aient fouillé le sous-sol de l'esplanade.

Puis tout bascule. En 1129, le concile de Troyes reconnaît l'Ordre. En quelques décennies, les Templiers possèdent commanderies, forteresses, flotte, et inventent un système bancaire avant l'heure : dépôts, lettres de change, prêts aux rois. Le Temple de Paris garde même le trésor royal de France.

Un trésor pour fonder, non pour s'enrichir

Les historiens expliquent cette fortune par les donations massives de terres après Troyes et par le génie financier de l'Ordre. L'explication est solide. Mais elle laisse une question ouverte : avec quel capital initial des hommes sans ressources ont-ils pu bâtir
si vite une telle puissance ?

Un détail change la perspective. Chaque Templier faisait vœu de pauvreté : aucun chevalier ne possédait un sous, tout appartenait à l'Ordre. Si un trésor avait été retrouvé sous le Mont du Temple, il n'aurait pas pu enrichir des individus. Il aurait servi à fonder une institution, à financer une mission, exactement comme le trésor du Temple servait jadis le culte et non les prêtres. Aucune preuve ne permet de l'affirmer. Mais l'hypothèse est cohérente, et c'est toute la force du roman de la poser.

Troyes, la ville de Rachi

Le lien entre les Templiers et le judaïsme commence peut-être en Champagne. Troyes, où l'Ordre fut consacré en 1129, était la ville de Rachi, le plus grand commentateur juif de la Bible et du Talmud, mort en 1105. Son école rayonnait sur toute l'Europe juive, et ses petits-fils, les tossafistes, y poursuivaient son œuvre au moment même où naissaient les Templiers. Hugues de Payns était champenois, le comte de Champagne lui-même rejoignit l'Ordre en 1125, et Bernard de Clairvaux, son grand protecteur, vivait à quelques lieues.

Rien ne prouve que ces hommes aient fréquenté les sages juifs de Troyes. Mais la proximité est saisissante : l'Ordre du Temple est né dans la région qui était alors le cœur intellectuel du judaïsme européen.

Jésus reconnu comme Juif

Le roman va plus loin. En vivant sur le lieu du Temple, au contact de l'Orient, les Templiers ont été confrontés aux racines juives du christianisme. Jésus était un Juif de Judée, nourri du même univers religieux que celui qui a produit les manuscrits de Qumrân.

Lors de leur procès, ouvert après leur arrestation le vendredi 13 octobre 1307 sur ordre de Philippe le Bel, les Templiers furent accusés de renier le Christ et de cracher sur la croix lors de leur réception. Ces aveux, obtenus sous la torture, sont jugés largement fabriqués par les historiens. Certains auteurs y ont pourtant vu la trace déformée d'une conviction secrète : vénérer Jésus l'homme, le Juif, plutôt que le dogme de sa divinité. C'est cette piste qu'explore Eliette Abécassis, en reliant la mémoire essénienne à celle de l'Ordre.

Le destin a parfois le sens du symbole. Le dernier grand maître, Jacques de Molay, fut brûlé le 18 mars 1314 à Paris sur l'île aux Juifs, un îlot de la Seine aujourd'hui rattaché à l'île de la Cité.

Les Assassins, adversaires et tributaires

La présence de la secte des Assassins dans le roman repose elle aussi sur l'Histoire. Cette branche ismaélienne, redoutée pour ses meurtres politiques, entretenait avec les Templiers une relation trouble. Le chroniqueur Guillaume de Tyr rapporte que les Assassins versaient un tribut annuel à l'Ordre. Deux sociétés secrètes, organisées en grades et en initiations, qui se combattaient et se connaissaient : le romancier ne pouvait rêver meilleure matière.

Tomar, là où les Templiers ont survécu

L'histoire officielle s'arrête en 1312, quand le pape Clément V dissout l'Ordre. Mais au Portugal, elle continue. Les Templiers y étaient installés depuis 1160, date à laquelle leur maître Gualdim Pais fonda Tomar et sa forteresse.

leur maître Gualdim Pais fonda Tomar et sa forteresse.

Statue du maître Gualdim Pais fonda Tomar et sa forteresse.

 

 

Le roi Denis du Portugal refusa de poursuivre les Templiers de Tomar, en reconnaissance de leur rôle dans la Reconquista et la reconstruction du pays. Il obtint du pape Jean XXII, par la bulle Ad ea ex quibus du 14 mars 1319, la création d'un nouvel ordre chargé de leur succéder. Ainsi naquit l'Ordre du Christ, qui hérita des chevaliers, des terres, des châteaux et des richesses du Temple. En 1357, son siège s'installa dans l'ancien château templier de Tomar.

A Tomar sur les traces des Templiers

A Tomar sur les traces des Templiers

 

Paves des Templiers sur les trottoirs de Tomar au Portugal

Paves des Templiers sur les trottoirs de Tomar au Portugal

 

La suite est vertigineuse. L'Ordre du Christ accumula d'immenses richesses durant l'âge des grandes découvertes. Henri le Navigateur en fut le gouverneur, Vasco de Gama en fut chevalier, et les voiles des caravelles portugaises arboraient sa croix rouge. Les héritiers des gardiens du Mont du Temple sont partis à la conquête des océans.

chateau des Templiers à Tomar au Portugal

Chateau des Templiers à Tomar au Portugal (octobre 2026)

Des Templiers aux francs-maçons

La franc-maçonnerie a fait du Temple de Salomon son symbole central. La légende d'Hiram, l'architecte du Temple, est au cœur du grade de maître. Le grade de l'Arche royale raconte la découverte d'une crypte secrète sous le Temple, ce qui fait écho direct aux fouilles prêtées aux Templiers.

Au XVIIIe siècle, le discours du chevalier de Ramsay, en 1736, rattache la maçonnerie aux chevaliers des croisades. La Stricte Observance templière se proclame héritière de l'Ordre, le Rite écossais rectifié crée à Lyon en 1778 les Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte, et le Rite écossais ancien et accepté consacre son trentième degré au Chevalier Kadosh, un mot hébreu qui signifie « saint », en mémoire de Jacques de Molay.

Les historiens n'ont jamais établi de filiation réelle. Mais la revendication en dit long : pour se donner une légitimité, les loges sont allées chercher les Templiers, et à travers eux, Jérusalem.

Un roman qui ramène tout à Jérusalem

La force du livre d'Eliette Abécassis est de rassembler ce que l'Histoire a dispersé. Le rouleau de cuivre attend toujours qu'on retrouve une seule de ses 64 cachettes. Les archives des Templiers ont brûlé avec eux. Leur héritage s'est réfugié à Tomar, puis sur les mers. Et toutes ces quêtes, chevaleresques, maçonniques ou ésotériques, convergent vers un même point : le Temple de Jérusalem, bâti par les Juifs, détruit par Rome, et dont le trésor n'a jamais cessé de hanter l'Occident.

Le Trésor du Temple, Eliette Abécassis, disponible au Livre de Poche.

Sources :
Wikipedia, Copper Scroll · Biblical Archaeology Society, The Mysterious Copper Scroll · Wikipedia, Military Order of Christ · Mairie de Tomar, Templiers · Goodreads, Le Trésor du Temple

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Réseau MOD : comment un analyste israélien a percé le système d'achats militaires de Téhéran

Réseau MOD : comment un analyste israélien a percé le système d'achats militaires de Téhéran

L'Iran a monté un réseau de plus de 5 000 entités rattachées à son ministère de la Défense pour importer, malgré les sanctions, des composants de missiles et de drones. Derrière cette découverte, révélée par Reuters et détaillée par Channel 14, un économiste israélien de 35 ans installé à Petah Tikva.Par Claudine Douillet

Un réseau tentaculaire caché derrière un simple code

Plus de 5 000 entités, toutes domiciliées à la même adresse à Téhéran, toutes désignées par un code commençant par « MOD » suivi de cinq ou six chiffres. Derrière cette nomenclature administrative se cache l'un des principaux rouages de la machine de guerre iranienne. Une enquête de l'agence Reuters, menée avec la société israélo-américaine 240 Analytics et reprise en détail par la chaîne israélienne Channel 14, révèle comment le ministère iranien de la Défense et du Soutien logistique aux forces armées (MODAFL) a bâti un système d'achats parallèle pour échapper aux sanctions occidentales.

Ces entités ont permis à la République islamique d'importer pour des milliards de dollars de matières premières destinées au carburant de fusée, d'explosifs, de détonateurs, de pièces de moteurs d'avion et de composants indispensables à la fabrication de missiles et de drones. Les fournisseurs se trouvent notamment en Chine et en Russie.

Un économiste de Petah Tikva à l'origine de la découverte

Tout part d'un homme : Noam Binstok, économiste de 35 ans et analyste principal chez 240 Analytics, installé à Petah Tikva. En juin 2025, il intègre à la plateforme de sa société des milliers de pages de documents de la banque Sepah, l'établissement historique des forces armées iraniennes, sanctionné depuis 2007 par les États-Unis pour son rôle dans le financement du programme balistique. Ces documents avaient fuité et circulaient librement sur Telegram et sur le site WikiIran.

En les épluchant, il remarque une anomalie. Des milliers de comptes bancaires appartiennent à des entités portant le même type de nom, enregistrées à la même date et à la même adresse. Le schéma est trop régulier pour être un hasard. 240 Analytics, société spécialisée dans l'évaluation des risques de terrorisme et de financement illicite pour des entreprises et des gouvernements, contacte alors Reuters pour cartographier l'ensemble du réseau.

L'analyste israélien résume l'enjeu en une formule : ces entités constituent la tuyauterie du système mondial de contournement des sanctions de la République islamique.

Une date de création fictive, celle de la Révolution islamique

Les investigations ont croisé des milliers de relevés bancaires, de documents gouvernementaux, de registres d'entreprises et près de 19 000 enregistrements d'importations. Toutes les entités affichent la même date de constitution : le 11 février 1979, jour symbolique de la victoire de la Révolution islamique. En réalité, la plupart ont été créées en 2013, au moment où l'Iran suffoquait sous le poids des sanctions internationales.

Ce choix n'a rien d'anodin. En rattachant chaque structure directement au ministère de la Défense, sous un simple numéro, Téhéran a multiplié les intermédiaires sans jamais exposer les unités militaires qui reçoivent réellement la marchandise. Selon Reuters, aucune de ces entités numérotées n'a été spécifiquement visée par des sanctions occidentales, malgré leurs liens évidents avec l'appareil militaire iranien.

Une seule entité, des milliards de dollars

L'exemple le plus frappant porte un nom de code : MOD 346428. Selon Channel 14, cette seule entité aurait importé pour environ 2,3 milliards de dollars entre janvier 2025 et juin 2026. Sa liste d'achats fait froid dans le dos : composants de propergol solide pour fusées, explosifs, détonateurs, pièces de moteurs d'avion, machines de précision et des centaines de camions lourds Iveco, dont 435 supplémentaires sur la période, adaptables en lanceurs mobiles de missiles. Le réseau a également permis l'acquisition de milliers de véhicules Toyota à usage militaire.

Quatre experts des sanctions et de l'armement iraniens ont examiné les conclusions de l'enquête et confirmé que nombre de ces matériaux pouvaient servir aux programmes de missiles et de drones de Téhéran.

Des paiements invisibles pour les banques occidentales

Pour échapper à la surveillance financière, les entités iraniennes s'appuyaient sur des intermédiaires à l'étranger. Dans 97 % des cargaisons examinées par Reuters, les paiements ont été réglés sans le moindre transfert de devises transfrontalier, ce qui rend ces opérations quasiment indétectables par les systèmes de contrôle classiques.

Parmi les destinataires finaux figurent l'unité militaire qui supervise le programme de missiles balistiques iranien et la société Sahara Thunder, sanctionnée par Washington en 2024 pour avoir produit des drones livrés à la Russie. Certaines entités sont par ailleurs liées aux Gardiens de la révolution, qui contrôlent le programme balistique du régime.

Un arsenal reconstitué en pleine guerre

La révélation intervient dans un contexte explosif. Depuis le début de la guerre contre l'Iran, le 28 février dernier, les États-Unis et Israël frappent les sites de production de missiles et de drones de la République islamique. L'enquête explique en partie comment Téhéran parvient à reconstituer ses stocks malgré les bombardements et le blocus américain. Reuters reconnaît toutefois ne pas pouvoir mesurer l'ampleur des dégâts infligés à cette industrie.

Interrogées, les autorités iraniennes n'ont pas répondu. Le ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé ne pas avoir connaissance des faits et dénoncé toute tentative d'associer la Chine aux hostilités régionales.

Le renseignement en sources ouvertes, nouvelle arme d'Israël

Au delà de son retentissement géopolitique, cette affaire illustre la montée en puissance du renseignement en sources ouvertes. Sans accès à des informations classifiées, un économiste israélien a su repérer, dans une masse de documents publics, la faille qui expose le système d'approvisionnement militaire de l'Iran. Une découverte qui pourrait désormais guider de nouvelles sanctions ciblées contre ces milliers d'entités restées jusqu'ici dans l'ombre.

Sources : Channel 14, https://www.c14.co.il/article/1765515 ; enquête Reuters reprise par The Standard, https://www.thestandard.com.hk/world/article/346930/Irans-hidden-web-of-military-agencies-is-slipping-hardware-past-the-US-blockade

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La fourmi à grosse tête, classée parmi les plus nuisibles au monde, découverte en Israël

La fourmi à grosse tête, classée parmi les plus nuisibles au monde, découverte en Israël

Par Claudine Douillet

Fourmi à grosse tête à Haïfa : une espèce invasive parmi les plus nuisibles au monde détectée pour la première fois en Israël

La fourmi à grosse tête, classée parmi les cent espèces envahissantes les plus nuisibles de la planète, s'est installée à Haïfa. Le ministère israélien de la Protection de l'environnement a confirmé ce jeudi 29 octobre 2026 la présence d'une colonie dans le quartier de Neve Sha'anan et lance une opération d'éradication avant que l'insecte ne gagne le reste du pays.

Une première en Israël confirmée par le ministère de l'Environnement

L'annonce est tombée jeudi. Le ministère de la Protection de l'environnement a identifié à Haïfa une colonie de fourmis à grosse tête, de son nom scientifique Pheidole megacephala. C'est la première fois que cette espèce est formellement repérée sur le sol israélien.

La découverte ne doit rien au hasard. Ce sont des habitants du secteur de Givat HaShavshevet et des rues voisines, dans le quartier de Neve Sha'anan, qui ont donné l'alerte. Leurs signalements ont permis aux experts de confirmer l'identification. D'autres observations sont en cours de vérification dans le quartier de Hadar, ce qui laisse craindre une implantation plus large qu'un simple foyer isolé.

Des opérations de surveillance et de traitement ont été lancées immédiatement, avec un objectif clair : empêcher la fourmi de s'étendre à d'autres quartiers et, au delà, à d'autres régions du pays.

Pourquoi cette fourmi inquiète les scientifiques du monde entier

Originaire d'Afrique, la fourmi à grosse tête figure sur la liste mondiale des cent espèces exotiques envahissantes les plus nuisibles, établie par le groupe de spécialistes des espèces invasives de l'Union internationale pour la conservation de la nature. Elle s'y retrouve aux côtés du frelon asiatique ou du rat noir.

Sa force tient à sa capacité de reproduction et d'expansion. Une fois installée, elle forme des colonies gigantesques qui étouffent la faune locale. Une étude menée en Australie l'a démontré de façon spectaculaire : dans la brousse urbaine de Perth envahie par l'espèce, environ 53 % des espèces de fourmis indigènes ont disparu des relevés, et les autres ont fortement reculé. Les chercheurs ont même estimé que la biomasse de la population invasive dépassait de plusieurs ordres de grandeur celle de toutes les autres espèces de fourmis réunies.

Les spécialistes du Pacifique vont plus loin. Selon une synthèse publiée par l'université d'Hawaï, comme cette fourmi n'attaque pas l'homme, elle est souvent sous-estimée, alors que son impact écologique pourrait dépasser celui de toute autre fourmi invasive.

Sans danger pour l'homme, mais une menace pour l'agriculture

Le ministère tient à rassurer sur un point : la fourmi à grosse tête ne présente aucun danger pour la santé humaine. Elle ne pique pas comme la petite fourmi de feu, déjà bien connue des Israéliens.

Le risque est ailleurs. En chassant les espèces locales, elle bouleverse l'équilibre des écosystèmes. Elle menace aussi directement les cultures. Cette fourmi entretient en effet des colonies d'insectes suceurs de sève, comme les cochenilles et les pucerons, dont elle récolte le miellat. Elle les protège de leurs prédateurs naturels et favorise ainsi leur prolifération sur les plantes cultivées. Pour un pays où l'agriculture reste un secteur stratégique, la menace est prise très au sérieux.

Quatre produits testés pour l'éradiquer

Face à l'urgence, la municipalité de Haïfa a lancé un projet pilote pour mesurer l'efficacité de quatre produits insecticides sur les zones infestées. L'expérimentation est conduite avec l'appui du ministère de la Protection de l'environnement et de l'université de Tel-Aviv. En parallèle, les équipes poursuivent la recherche d'autres foyers.

Le Dr Shaï Reicher, directeur de la division des nuisibles et de la lutte antiparasitaire au ministère, insiste sur la rapidité d'intervention. Selon lui, l'apparition d'une nouvelle espèce invasive impose une action professionnelle, méthodique et immédiate, avant qu'elle ne s'enracine et ne se propage.

L'expérience internationale montre que l'éradication est possible si l'on agit tôt. En Australie, la fourmi à grosse tête a ainsi pu être éliminée de certaines zones du parc national de Kakadu grâce à des appâts ciblés.

Comment reconnaître la fourmi à grosse tête

L'insecte est discret. De couleur brune, il mesure entre 2 et 3 millimètres. Le signe distinctif se voit dans les colonies : de petites ouvrières y côtoient des soldats dotés d'une tête disproportionnée, ce qui lui vaut son nom. Ces fourmis se déplacent rapidement le long de pistes très fréquentées. Seul un examen par un spécialiste permet toutefois une identification certaine.

Les consignes données aux habitants de Haïfa

Comme la petite fourmi de feu, l'espèce voyage surtout grâce à l'homme. Elle se propage par le transport de pots de fleurs, de plants, de terre et de déchets verts contaminés.

Le ministère demande donc aux habitants de ne pas déplacer de terre, de pots ni de résidus de taille depuis les zones suspectes. Toute observation doit être signalée, avec une photo et la localisation précise, à l'adresse Pestcontrol@sviva.gov.il.

La mobilisation des riverains, qui a permis la découverte, sera aussi décisive pour la suite. Plus les foyers seront repérés tôt, plus les chances de stopper l'invasion seront grandes.

Source : Walla News, Yoav Itiel, 29 octobre 2026 : https://www.walla.co.il/news/environment-science/383959331

La fourmi à grosse tête, l'une des 100 espèces invasives les plus nuisibles au monde, découverte pour la première fois en Israël à Haïfa. Risques et consignes.

Sources :
Walla News

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L'affaire Ra'am en Israël : Demande de l'annulation des élections

L'affaire Ra'am en Israël : Demande de l'annulation des élections

Par Claudine Douillet

Israël : la coalition sortante et Channel 14 réclament l'annulation des élections après l'affaire Ra'am

Des élus de la coalition sortante exigent l'invalidation des législatives israéliennes du 27 octobre 2026. Moshe Feiglin réclame un nouveau scrutin sous surveillance policière, Boaz Bismuth refuse de reconnaître les sièges des partis arabes et Channel 14 parle d'un « 7 octobre de la politique ». Pourtant, deux enquêtes distinctes sont en cours, et aucune n'a pour l'instant établi une fraude capable de modifier le résultat.

Un résultat serré qui laisse Netanyahou sans majorité

Deux jours après le vote pour la 26e Knesset, les chiffres ne laissent aucune majorité au camp sortant. Avec plus de 95 % des bulletins dépouillés, le bloc de Benjamin Netanyahou obtient 53 sièges, celui de Gadi Eisenkot 48, et les partis arabes 19, dont 8 pour Ra'am de Mansour Abbas et 11 pour la Liste commune. Ce score record des formations arabes place leurs élus au cœur de toute recomposition parlementaire, notamment pour l'élection du président de la Knesset.

C'est dans ce contexte que l'affaire baptisée « Ra'amgate » par le Likoud a basculé dans une contestation ouverte du scrutin.

Moshe Feiglin exige un nouveau vote sous la garde des garde-frontières

Moshe Feiglin, numéro 2 du Sionisme religieux, va le plus loin. Il réclame l'annulation immédiate du vote et l'organisation rapide d'un nouveau scrutin, avec des unités de la police des frontières postées devant chaque bureau de vote où votent des citoyens arabes. C'est lui qui a qualifié l'affaire de « 7 octobre de la politique », une formule aussitôt reprise à l'antenne de Channel 14.

Le député du Likoud Boaz Bismuth, de son côté, refuse de reconnaître les résultats obtenus par les partis arabes tant que l'enquête n'est pas close. Une position qui revient à suspendre la légitimité de 19 sièges sur 120.

Itzhak Kroizer, député d'Otzma Yehudit, a franchi un cap supplémentaire. Il a appelé ses partisans à s'armer, en prédisant des émeutes si la commission électorale invalidait des voix de Ra'am. Une déclaration qui fait monter la tension d'un cran dans une période post-électorale déjà chargée.

Channel 14 mélange deux enquêtes distinctes

Sur le plateau de Channel 14, chaîne proche du gouvernement sortant, plusieurs chroniqueurs réclament un retour aux urnes. Le quotidien Haaretz relève que la chaîne présente comme une seule et même affaire deux procédures qui n'ont rien à voir sur le plan juridique.

La première est une enquête de police sur un achat de voix présumé en faveur de Ra'am dans le Néguev. À la veille du scrutin, trois habitants de Segev Shalom et d'Ar'ara ont été interpellés. Les enquêteurs ont saisi des dizaines de milliers de shekels en espèces, des enveloppes et des bulletins Ra'am. D'autres arrestations ont suivi, dont celle d'un responsable local du parti, et l'unité Lahav 433, spécialisée dans la grande criminalité, a pris le dossier en main.

La seconde est une enquête du Shin Bet sur un possible financement étranger visant à influencer le vote dans les localités arabes. Elle a été ordonnée jeudi par le juge Noam Sohlberg, président de la Commission électorale centrale, qui a saisi le chef du Shin Bet David Zini après des informations jugées « d'une gravité exceptionnelle ». Selon la presse israélienne, les soupçons portent sur des fonds qui pourraient provenir du Qatar ou de la Turquie.

Netanyahou parle d'élections « volées »

Benjamin Netanyahou s'est emparé du dossier. Sur les réseaux sociaux, il a dénoncé un « tremblement de terre » et affirmé que les élections avaient été volées. Il accuse les partis arabes d'avoir bénéficié d'argent étranger pour favoriser une « islamisation d'Israël » et exclut toute coopération d'un parti sioniste avec Ra'am ou la Liste commune. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich exige que le Shin Bet interroge sans délai les dirigeants des partis arabes.

Dans l'opposition, Gadi Eisenkot a jugé toute ingérence étrangère inacceptable et soutenu l'enquête du Shin Bet. Avigdor Liberman a demandé aux autorités d'aller vite pour établir la vérité.

Ra'am nie et soutient l'enquête

Mansour Abbas rejette toute implication de son parti. Il affirme que Ra'am n'a aucun lien avec l'affaire, salue la décision du juge Sohlberg et promet une coopération totale. Il accuse en retour Benjamin Netanyahou d'inciter contre les citoyens arabes.

Le président Isaac Herzog, qui s'est entretenu avec Noam Sohlberg et David Zini, appelle à une enquête approfondie tout en mettant en garde contre la mise en cause d'une communauté entière qui a simplement exercé son droit de vote.

Ce que disent la police et la commission électorale

Plusieurs éléments tempèrent le discours d'une élection volée. Selon Ynet, la police elle-même exprime des doutes sur l'ampleur du dossier d'achat de voix. Des sources informées de l'enquête du Shin Bet ont indiqué à la radiotélévision publique Kan que les soupçons examinés restent relativement limités. Le directeur de la commission électorale estime, à ce stade, que les accusations de fraude massive paraissent sans fondement et que le vote s'est déroulé légalement.

Le juge Sohlberg n'a d'ailleurs rendu publique aucune preuve permettant d'identifier les entités étrangères visées.

Une annulation juridiquement très improbable

En droit israélien, l'ouverture d'une enquête pénale ne suffit pas à invalider un scrutin. Une annulation générale des élections, réclamée par Moshe Feiglin, n'a pas de précédent. La voie réaliste passe par une contestation ciblée, bureau de vote par bureau de vote. C'est d'ailleurs l'option retenue par le Likoud, dont un avocat a indiqué que le parti demanderait l'invalidation des résultats dans les bureaux où il soupçonne des irrégularités.

Pour modifier la répartition des sièges, il faudrait démontrer des fraudes portant sur un volume de voix suffisant pour faire basculer au moins un siège. Rien dans les éléments connus à ce jour ne va dans ce sens.

Une bataille politique autant que judiciaire

Au-delà du dossier pénal, l'enjeu est politique. En délégitimant les voix arabes, le camp sortant cherche à exclure Ra'am et la Liste commune de toute équation gouvernementale et à empêcher le bloc Eisenkot de s'appuyer sur eux. Les enquêtes de la police et du Shin Bet diront si l'argent étranger a pesé sur le vote. D'ici là, les appels à s'armer et à poster des forces de sécurité devant les bureaux de vote arabes font peser sur l'après-élection un climat inédit de défiance.

Sources  Jerusalem Post, https://www.jpost.com/israel-election-2026/article-913187 ; Times of Israel, https://www.timesofisrael.com/liveblog-october-29-2026/

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Huit C-17 américains se posent dans le sud d'Israël : Washington renforce sa défense face à l'Iran

Huit C-17 américains se posent dans le sud d'Israël : Washington renforce sa défense face à l'Iran

Huit C-17 américains ont atterri dans le sud d'Israël selon le Wall Street Journal. Patriot, porte-avions, ravitailleurs : le dispositif face à l'Iran.

Huit avions de transport militaire américains C-17 se sont posés dans le sud d'Israël. Selon le Wall Street Journal, repris ce jeudi 29 octobre par Maariv, ces gros-porteurs répondent très probablement à des besoins de défense aérienne et de logistique, alors que Washington aligne porte-avions, destroyers et près de 190 avions ravitailleurs face à Téhéran.

Par Claudine Douillet

Huit gros-porteurs dans le sud du pays

L'information vient du Wall Street Journal et a été relayée par Avi Ashkenazi, correspondant militaire de Maariv : huit C-17 Globemaster III de l'US Air Force ont atterri dans le sud d'Israël. Le quotidien américain relie ces vols au renforcement de la défense aérienne et à des besoins logistiques.

Le C-17 est le pilier du transport stratégique américain. Il emporte près de 77 tonnes de fret, des blindés aux systèmes de missiles, et se pose sur des pistes courtes. L'arrivée groupée de huit appareils évoque l'acheminement de matériel lourd bien plus qu'une rotation de routine.

Le bouclier antimissile israélien renforcé

Ces atterrissages s'inscrivent dans un mouvement plus large. Le 27 octobre, le Wall Street Journal révélait que les États-Unis déplaçaient un système de défense aérienne Patriot depuis le Texas vers Israël, en prévision d'une éventuelle reprise de la campagne militaire contre l'Iran. D'après Maariv, l'effort américain porte sur l'ensemble du dispositif de défense aérienne israélien, batteries Patriot comprises.

Aucun lien officiel n'a été établi entre les C-17 et le Patriot. Mais l'armée de l'air américaine a déjà diffusé des images de batteries Patriot chargées à bord de C-17 au Moyen-Orient. Dans le même temps, l'armée américaine a retiré du personnel de bases jugées trop exposées à des attaques iraniennes.

Une concentration de forces navales sans précédent récent

Sur mer, le dispositif est massif. Selon les données citées par Maariv, le groupe amphibie Boxer, la 11e unité expéditionnaire des Marines et la base maritime expéditionnaire ESB-5 accompagnent les porte-avions et leurs escortes. Deux destroyers croisent en mer Rouge, au moins trois en Méditerranée et deux autres dans l'océan Indien.

Les porte-avions USS George H.W. Bush et USS George Washington opèrent déjà dans la région, tandis que le groupe aéronaval du USS Theodore Roosevelt et le groupe amphibie du USS Makin Island ont appareillé début octobre. Ces renforts s'ajoutent à quelque 50 000 militaires américains déjà présents dans la zone. Il s'agit de la plus forte montée en puissance aérienne américaine au Moyen-Orient depuis la guerre d'Irak de 2003.

Ravitailleurs et avions espions, signes d'une campagne aérienne

Le chiffre le plus parlant concerne les avions ravitailleurs : environ 190 appareils sont déployés entre la zone du commandement central américain et l'Europe. Sans ravitaillement en vol, aucun raid de longue portée sur l'Iran n'est possible. Une telle flotte permet de soutenir des vagues successives de chasseurs et de bombardiers.

Les signaux se multiplient. Selon des informations relayées sur les réseaux, un avion de commandement et de contrôle de l'OTAN a été déployé sur la base de Konya, dans le sud de la Turquie. Un avion de renseignement américain RC-135 a par ailleurs été convoyé dans la nuit des États-Unis vers la Grande-Bretagne.

Téhéran revendique la capture d'un drone américain

Côté iranien, les Gardiens de la révolution affichent un succès. Leur marine affirme que son unité de guerre électronique a identifié un drone américain de type MQM-170, pris le contrôle de ses systèmes de guidage, puis l'a fait atterrir intact dans l'ouest du détroit d'Ormuz. Selon Téhéran, l'appareil avait pour mission de repérer les défenses aériennes iraniennes le long des côtes du golfe Persique, et les données récupérées montreraient qu'il a décollé d'un pays de la rive sud du Golfe.

Le même jour, les Gardiens ont affirmé que trois pétroliers étaient en feu après avoir heurté des mines dans le détroit.

Une revendication invérifiable

Cette capture reste à ce stade une affirmation iranienne, sans confirmation indépendante. Le MQM-170 est un drone léger, habituellement employé comme cible ou leurre, très loin des appareils de reconnaissance stratégique.

Le précédent invite à la prudence. Fin septembre, les Gardiens avaient revendiqué la saisie d'un drone sous-marin américain dans le détroit d'Ormuz. L'armée américaine avait démenti, assurant garder le contrôle de tous ses drones en opération et qualifiant la revendication iranienne d'acte de désespoir.

Une décision attendue après les élections américaines

La guerre entre les États-Unis et l'Iran entre dans son huitième mois. Donald Trump n'a pas dit s'il autoriserait de nouvelles frappes, mais les inquiétudes grandissent sur une offensive de grande ampleur après les élections de mi-mandat du mois prochain. Selon le Wall Street Journal, ces mouvements visent à offrir au président américain un éventail d'options si les opérations reprennent.

Pour Israël, le message est double. Washington renforce la protection du pays, mais ce bouclier signale aussi que l'état-major américain anticipe une riposte iranienne en cas de reprise des hostilités.

Sources

Maariv, 8 avions ont atterri en Israël (Avi Ashkenazi, 29/10/2026)
Stars and Stripes, Patriot envoyé en Israël

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Israël : Yahadout HaTorah envisage un gouvernement minoritaire Eisenkot sans Netanyahou

Israël : Yahadout HaTorah envisagent un gouvernement minoritaire Eisenkot sans Netanyahou

Par Claudine Douillet

Yahadout HaTorah prête à soutenir Gadi Eisenkot de l'extérieur : le ballon d'essai qui fissure le bloc Netanyahou

Des cadres du parti orthodoxe Yahadout HaTorah proposent de laisser Gadi Eisenkot gouverner sans entrer dans sa coalition. Selon N12, ils s'abstiendraient lors des votes à la Knesset en échange d'un compromis sur la conscription et du maintien de leurs budgets. Aucune confirmation officielle à ce stade : il s'agit d'un ballon d'essai lancé par des sources anonymes.

Deux jours après les législatives du 27 octobre, l'un des piliers historiques du camp Netanyahou envoie un signal inattendu. Selon la chaîne N12, des responsables de Yahadout HaTorah (Judaïsme unifié de la Torah) évoquent la formation d'un gouvernement minoritaire dirigé par Gadi Eisenkot, chef de la liste Yashar!, qui s'appuierait sur leur neutralité bienveillante.

Un soutien sans participation

Le schéma décrit par ces sources est précis. Yahadout HaTorah resterait hors du gouvernement, mais s'abstiendrait lors des votes et ne voterait ni contre l'exécutif ni contre les lois qu'il présenterait. Concrètement, le parti ne ferait pas tomber Gadi Eisenkot.

N12 a fait le calcul : dans une telle configuration, le bloc de Benjamin Netanyahou compterait 46 voix contre 48 pour celui d'Eisenkot, soit un avantage de deux sièges. L'ancien chef d'état-major pourrait en outre compter, s'il le souhaite, sur les huit voix du parti arabe Raam de Mansour Abbas.

Ce scénario s'inscrit dans un paysage sans majorité. Les estimations des chaînes 11 et 12 au soir du scrutin plaçaient le Likoud en tête avec 24 à 25 sièges, devant la formation d'Eisenkot, créditée de 21 à 22 sièges. Le bloc du changement emmené par Eisenkot obtiendrait 52 à 53 sièges, contre une cinquantaine pour la coalition sortante, chacun restant loin des 61 sièges nécessaires.

« Notre alliance avec Netanyahou est épuisée »

Les mots rapportés par N12 sont sans ambiguïté. Un responsable du parti affirme : « De Netanyahou, nous n'obtiendrons rien. Notre alliance avec lui est épuisée, surtout s'il n'a pas 61 sièges. Notre intérêt est de redevenir un acteur décisif à la Knesset. »

Un autre cadre redoute le pire scénario pour les orthodoxes, celui d'un gouvernement d'union nationale qui les renverrait dans l'opposition. « Ce n'est pas pour cela que nous avons été élus », tranche-t-il.

Cette rupture ne surgit pas de nulle part. En mai dernier, le rav Dov Lando, chef de file du courant lituanien, avait écrit que les orthodoxes n'avaient plus confiance dans le Premier ministre, ne se sentaient plus ses partenaires et n'agiraient désormais que dans l'intérêt du judaïsme orthodoxe. Avant le vote, le président du parti, Yaakov Asher, refusait déjà de raisonner en termes de blocs, revendiquant un seul camp : celui de la Torah. Moti Babchik, figure d'Agoudat Israël, avait lui aussi déclaré la fidélité à Netanyahou terminée.

La conscription, nœud du marchandage

Le prix de ce soutien porte d'abord sur la loi relative au service militaire des orthodoxes. C'est le dossier qui a empoisonné la dernière législature, alors que Tsahal manque d'effectifs depuis le 7 octobre et que l'exemption des étudiants de yeshivot est de plus en plus contestée dans l'opinion.

Au sein même du parti, on reconnaît que Gadi Eisenkot et ses alliés n'accorderont jamais une exemption de l'ampleur réclamée par les orthodoxes. L'obstacle est majeur et pourrait faire échouer toute entente. Certains misent pourtant sur des discussions discrètes pour aboutir à une loi efficace aux yeux d'Eisenkot, mais supportable pour leur électorat. Dans ce cas, prévoient-ils, les députés orthodoxes protesteraient publiquement contre le texte, sans pour autant tout faire sauter.

Le second volet concerne l'argent : le maintien des budgets du réseau éducatif orthodoxe, des kollels et des yeshivot. Un responsable va plus loin et laisse entendre qu'une fois la loi sur la conscription adoptée, Yahadout HaTorah pourrait rejoindre le gouvernement à part entière.

Un ballon d'essai, pas une négociation

Il faut mesurer la portée réelle de ces déclarations. Toutes émanent de sources anonymes. Aucun dirigeant du parti ne s'est exprimé publiquement, et Yashar! a choisi de ne pas réagir.

Selon les vérifications de N12, seuls des contacts à bas niveau ont lieu à ce stade entre le bloc du changement et Yahadout HaTorah. Rien n'indique que la proposition ait été transmise à Gadi Eisenkot lui-même. Les orthodoxes espèrent un dialogue plus sérieux dans les prochains jours.

Ce type de fuite, classique au lendemain d'un scrutin israélien, sert souvent à tester les réactions, à faire monter les enchères face au Likoud ou à rappeler à Benjamin Netanyahou qu'il ne peut plus considérer ses alliés orthodoxes comme acquis.

Ce que cela changerait

Si ce scénario se concrétisait, il marquerait une rupture historique. Les partis orthodoxes sont depuis des années l'un des socles des gouvernements Netanyahou. Un gouvernement Eisenkot qui tiendrait grâce à leur abstention et, le cas échéant, aux voix de Raam, serait fragile, dépendant à chaque vote de partenaires extérieurs aux intérêts divergents.

Pour Gadi Eisenkot, qui a fait de l'égalité devant le service militaire un thème central, accepter un compromis sur la conscription comporterait aussi un risque politique auprès de ses propres électeurs. Pour Benjamin Netanyahou, le simple fait que cette hypothèse circule signale que son bloc n'est plus un bloc.

Les prochains jours diront si ce ballon d'essai se transforme en négociation réelle ou s'il retombe comme un simple avertissement adressé au Likoud.

Sources :
N12 / Mako, 29 octobre 2026
Connection Ivoirienne, estimations du 27 octobre 2026

Attaque en mer Noire : un cargo affrété par Zim compagnie israélienne coulé au large de la Bulgarie

Attaque en mer Noire : un cargo affrété par Zim compagnie israélienne coulé au large de la Bulgarie

Par Claudine Douillet

Mer Noire : un porte-conteneurs affrété par Zim, parti de Haïfa, coulé par des drones navals au large de la Bulgarie

Un porte-conteneurs affrété par l'armateur israélien Zim a sombré jeudi 29 octobre en mer Noire, au lendemain d'une attaque menée par trois drones navals chargés d'explosifs au large de la Bulgarie. Parti de Haïfa pour la Roumanie, le Contship Jet transportait 421 conteneurs. Ses 18 marins ont été sauvés.

Trois drones navals contre un cargo parti de Haïfa

Le Contship Jet n'atteindra jamais Constanța. Ce porte-conteneurs exploité par une société grecque, battant pavillon libérien et affrété par la compagnie israélienne Zim, a été frappé mercredi 28 octobre, peu avant 13 heures, par trois embarcations sans équipage chargées d'explosifs. Le navire avait quitté le port de Haïfa le 24 octobre, selon les données de suivi maritime, pour rejoindre Constanța, en Roumanie, l'un des principaux ports commerciaux de la mer Noire.

L'attaque s'est produite à environ 21 milles nautiques, soit près de 39 kilomètres, au sud-est de la ville côtière bulgare de Shabla, à proximité du cap Kaliakra. Le ministre bulgare de la Défense, Dimitar Stoyanov, a précisé que le navire naviguait alors dans la zone économique exclusive de la Bulgarie, mais hors de ses eaux territoriales. Le gouvernement bulgare a reconnu avoir été alerté de l'attaque sans parvenir à l'empêcher. Une vidéo diffusée par un site maritime bulgare montre l'une des embarcations fonçant vers le cargo quelques secondes avant l'impact.

Touché sur son flanc droit, le Contship Jet a pris feu, selon des pêcheurs présents dans le secteur, avant de gîter dangereusement. L'équipage a dû abandonner le navire. Jeudi matin, l'autorité maritime bulgare a confirmé son naufrage.

Un équipage sauvé, une cargaison dangereuse au fond de la mer

Les 18 membres d'équipage, 14 Philippins et 4 Ukrainiens, ont été évacués sains et saufs vers le port de Varna, où ils ont subi des examens médicaux. Aucun blessé n'a été signalé.

La cargaison inquiète davantage. Une partie au moins des 421 conteneurs contenait des matières dangereuses : batteries lithium-ion, liquides inflammables, gaz, acides et produits industriels. La marine bulgare a procédé à des prélèvements d'eau en plusieurs points de la zone. Aucune trace de pollution n'a été détectée à ce stade, mais la présence de ces substances au fond de la mer fait craindre des conséquences environnementales dans les semaines à venir.

Zim minimise, ses salariés s'inquiètent

Dans un communiqué, Zim a tenu à relativiser. La compagnie rappelle qu'il s'agit d'un petit porte-conteneurs qu'elle affrète sans en être propriétaire, transportant un nombre réduit de conteneurs. Elle estime, selon une première évaluation, que le préjudice financier sera minime, indique rechercher un navire de remplacement pour assurer la continuité du service à ses clients, et souligne que plusieurs attaques similaires ont visé des navires dans la région au cours du mois écoulé.

Le ton est plus grave du côté des salariés. Oren Caspi, président du comité d'entreprise de Zim, estime que dans un contexte de boycotts, de menaces sécuritaires et d'instabilité politique, il est impératif de préserver le caractère israélien de la compagnie. Il juge que de nombreuses zones d'ombre entourent cette attaque hors norme et que tous les détails ne sont pas encore connus.

Zim connaît bien ces menaces. Depuis la fin de l'année 2023, la compagnie a été directement visée par les Houthis du Yémen en mer Rouge, ce qui l'a contrainte à détourner une large partie de ses lignes par le cap de Bonne-Espérance. Le naufrage du Contship Jet rappelle à quel point la flotte affrétée par l'armateur reste exposée aux conflits qui secouent les routes maritimes.

Une série d'attaques qui vise l'Ukraine plus qu'Israël

Rien n'indique pourtant que le navire ait été pris pour cible en raison de son lien avec Israël. Selon Ynet, qui s'appuie sur Reuters, le Contship Jet est le dernier en date d'une série de navires frappés dans l'ouest de la mer Noire. Au moins six bâtiments commerciaux ont été attaqués au large des côtes bulgares depuis le début du mois. Ces frappes ont fait une vingtaine de morts et de disparus parmi les marins.

Pour les autorités de la région, ces attaques s'inscrivent dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Toutes les évaluations convergent vers une stratégie russe visant à couper les routes d'exportation ukrainiennes en mer Noire, dont le volume s'est effondré à un niveau minimal ces derniers mois. Un cargo à destination de Constanța, port roumain par lequel transitent une partie des flux commerciaux de la région, entre dans ce schéma.

Sofia accuse Moscou par déduction, l'OTAN en alerte

Les autorités bulgares restent prudentes. Comme le relève Mako, le Premier ministre bulgare Roumen Radev avait déclaré devant le Parlement, plus tôt dans le mois, que la logique désignait la Russie, tout en admettant que son gouvernement ne disposait d'aucune preuve permettant de l'établir. Les autorités répètent qu'elles n'ont pas de preuve formelle d'une implication russe.

L'enjeu dépasse largement le cas du Contship Jet. La Bulgarie et la Roumanie sont membres de l'OTAN. La multiplication des frappes à proximité de leurs côtes alimente la crainte que ces attaques finissent par contraindre les gouvernements concernés à invoquer l'article 5 du traité de l'Alliance atlantique, qui prévoit une réponse collective en cas d'agression contre l'un de ses membres.

Pour la marine marchande, le message est déjà clair : l'ouest de la mer Noire, longtemps considéré comme un corridor relativement sûr loin de la ligne de front, est devenu une zone à haut risque. Les armateurs, les assureurs et les ports de la région devront en tirer les conséquences, et Zim, qui cherche déjà un navire de remplacement, n'échappera pas à cette nouvelle donne.

Sources :
Ynet : https://www.ynet.co.il/news/article/s1eppse6ze
Mako (N12) : https://www.mako.co.il/news-world/2026_q4/Article-f8d0f07986781a1027.htm

Parti de Haïfa, le Contship Jet affrété par Zim a coulé en mer Noire après une attaque de trois drones navals au large de la Bulgarie. 18 marins sauvés.

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Élections en Israël : record de participation arabe à Jérusalem-Est, une première depuis 1967

Élections en Israël : record de participation arabe à Jérusalem-Est, une première depuis 1967

Les Arabes de Jérusalem-Est titulaires de la citoyenneté israélienne ont voté aux législatives du 27 octobre 2026 dans des proportions jamais atteintes depuis 1967. Plus de 10 000 électeurs se sont rendus aux urnes, trois fois plus qu'au précédent scrutin, avec un objectif affiché : faire barrage à Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich.

Par Claudine Douillet

Un record historique à Jérusalem-Est

C'est l'un des chiffres les plus inattendus de ces élections pour la 26e Knesset. Selon Haaretz, les habitants arabes de Jérusalem-Est détenteurs de la citoyenneté israélienne se sont mobilisés comme jamais depuis la réunification de la ville en 1967. Plus de 10 000 d'entre eux ont voté, soit plus du triple du scrutin précédent.

Ce sursaut s'inscrit dans une journée électorale déjà exceptionnelle à l'échelle du pays. À 20 heures, la Commission électorale centrale annonçait une participation nationale de 74,3 %, environ huit points de plus qu'à la même heure lors de l'élection précédente. Le premier scrutin législatif depuis le 7 octobre a mobilisé tous les camps, y compris ceux qui, traditionnellement, se tenaient à l'écart des urnes.

Tsour Baher, symbole du basculement

Le cas de Tsour Baher, quartier du sud-est de Jérusalem, illustre l'ampleur du phénomène. La participation y a atteint 56 %, contre seulement 16 % en 2022. En quatre ans, le taux a donc été multiplié par plus de trois.

Le vote s'est massivement porté sur la Liste unifiée, qui a recueilli plus de 80 % des suffrages dans le quartier. Interrogés par Haaretz, de nombreux électeurs expliquent leur démarche par une volonté claire : empêcher Itamar Ben Gvir, chef de Otzma Yehudit, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances, de peser dans le prochain gouvernement. Le vote arabe de Jérusalem-Est a donc été d'abord un vote de barrage.

Ce réflexe n'est pas passé inaperçu au sommet de l'État. Le jour du scrutin, Benyamin Netanyahou a mis en garde contre une tentative de « voler les élections », sur fond de forte participation des électeurs arabes.

Une minorité de citoyens parmi les résidents

Pour mesurer la portée de ce record, il faut rappeler une réalité juridique souvent méconnue. Depuis 1967, la grande majorité des Arabes de Jérusalem-Est disposent d'un statut de résident permanent, et non de la citoyenneté israélienne. Ce statut leur donne accès à la sécurité sociale, à l'assurance maladie et au droit de vote aux municipales, mais pas aux législatives.

Seuls les titulaires de la citoyenneté peuvent élire les députés de la Knesset. Selon Haaretz, ils représentent entre 5 et 7 % des habitants de ces quartiers. Environ 350 000 Arabes vivent à Jérusalem-Est, ce qui situe l'enjeu : une minorité au sein de la population, mais une minorité en forte croissance, car les demandes de naturalisation se sont multipliées ces dernières années.

La fin d'un tabou politique

Pendant des décennies, participer à la vie politique israélienne relevait du tabou à Jérusalem-Est. Voter, c'était aux yeux de beaucoup reconnaître la souveraineté israélienne sur la ville. Les municipales, pourtant ouvertes à tous les résidents, ont ainsi été boycottées scrutin après scrutin, laissant les quartiers arabes sans représentation réelle au conseil municipal.

La mobilisation de 2026 montre que ce mot d'ordre perd de son emprise. Les électeurs qui se sont déplacés ont choisi de peser dans le jeu démocratique israélien plutôt que de s'en exclure. Le motif est politique et défensif, mais le geste lui-même est un geste d'appartenance : on ne vote que dans un système dont on accepte de faire partie.

Un signal d'intégration croissante

Haaretz voit dans ces chiffres le signe d'une intégration croissante des Arabes de Jérusalem-Est dans la société israélienne. Le phénomène rejoint d'autres tendances observées depuis plusieurs années : progression de l'apprentissage de l'hébreu, hausse des inscriptions aux examens d'entrée des universités israéliennes, insertion accrue sur le marché du travail de l'ouest de la ville.

Pour Israël, cette évolution est porteuse d'une contradiction. Elle conforte l'idée d'une Jérusalem unifiée dont les habitants arabes choisissent les institutions israéliennes plutôt que celles de l'Autorité palestinienne. Mais elle fait aussi émerger un électorat qui, une fois mobilisé, vote contre la droite nationaliste.

Les municipales de 2028 en ligne de mire

Le véritable test viendra en 2028. Contrairement aux législatives, les élections municipales sont ouvertes à l'ensemble des résidents de Jérusalem-Est, citoyens ou non. Si la dynamique observée cette semaine se prolonge, les quartiers arabes pourraient pour la première fois peser lourdement dans la composition du conseil municipal de la capitale.

Un tel scénario transformerait l'équilibre politique de Jérusalem. Il obligerait la municipalité à composer avec des élus représentant une part importante de la population, et pourrait modifier les priorités en matière de logement, d'infrastructures et de services publics dans l'est de la ville. Le scrutin du 27 octobre ne l'a pas encore démontré, mais il en a ouvert la possibilité.

Sources :

The Jerusalem Post, direct du 27 octobre 2026 : https://jpost.com/israel-election-2026/2026-10-27/live-updates-912992

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Thaïlande : La nationalité thaïlandaise retirée au rabbin Kantor, figure de Habad à Bangkok

Thaïlande : La nationalité thaïlandaise retirée au rabbin Kantor, figure de Habad à Bangkok

Thaïlande : le rabbin Yossef Haïm Kantor, chef de Habad, déchu de sa nationalité thaïlandaise

Par Claudine Douillet

La Thaïlande a retiré sa nationalité au rabbin Yossef Haïm Kantor, pilier de Habad et de la communauté juive du pays depuis plus de trente ans. Bangkok lui reproche d'avoir voyagé seize fois avec son passeport américain après sa naturalisation. Une décision qui s'inscrit dans une série de mesures visant les Israéliens et les Juifs installés dans le royaume.

Un décret signé par le Premier ministre en personne

Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul, qui cumule la fonction de ministre de l'Intérieur, a signé un décret privant de sa nationalité thaïlandaise le rabbin Yossef Haïm Kantor, l'un des dirigeants de Habad et de la communauté juive du pays. L'information a été révélée jeudi 29 octobre par le quotidien Israel Hayom.

Selon les autorités, le rabbin a utilisé son passeport américain à seize reprises pour se rendre en Australie et en revenir après avoir obtenu la nationalité thaïlandaise. Or la législation locale permet de retirer la citoyenneté à une personne naturalisée qui continue de faire usage de sa nationalité d'origine. Le rabbin Kantor a grandi à Melbourne, comme le rappelait l'hebdomadaire Jüdische Allgemeine, ce qui éclaire la fréquence de ses déplacements vers l'Australie.

Trente ans au service des Juifs de Thaïlande

La sanction frappe une figure historique. Membre de Habad, Yossef Haïm Kantor est arrivé en 1993 à la demande de la communauté juive locale pour devenir le premier rabbin permanent de Bangkok, à la tête de la synagogue Beth Elisheva. Il a été rejoint en 1995 par le rabbin Nehemia Wilhelm, chargé plus particulièrement des voyageurs juifs.

Depuis, le réseau Habad s'est étendu aux îles et aux grandes villes touristiques, accueillant chaque année des milliers de jeunes Israéliens en voyage après leur service militaire. D'après le média thaïlandais MGR Online, le rabbin et six membres de sa famille ont déposé en 2017 une demande de naturalisation, accordée à l'époque où le général Anupong Paochinda dirigeait le ministère de l'Intérieur.

Une enquête sur Gan Chabad depuis septembre

La déchéance ne tombe pas du ciel. En septembre, la presse thaïlandaise rapportait que le rabbin Kantor, fondateur de la société Gan Chabad, faisait l'objet d'une attention particulière des autorités, et que l'émission « Khao Khon Khon Khao » de Nation TV s'était penchée sur les conditions de sa naturalisation. L'affaire était partie de l'achat d'un terrain destiné à un cimetière juif dans le district de Bang Khla, province de Chachoengsao.

Le quotidien The Nation précisait alors un point essentiel : la simple existence de l'enquête n'établissait aucune faute du rabbin ni du réseau Gan Chabad. La décision publiée aujourd'hui ne porte d'ailleurs pas sur ce dossier foncier, mais sur l'usage d'un passeport étranger.

Un précédent israélien il y a un mois

Le rabbin Kantor n'est pas le premier visé. Le 1er octobre, Anutin Charnvirakul avait déjà retiré la nationalité thaïlandaise à Ariel Blustein, un homme d'affaires né en Israël, au motif qu'il avait continué à utiliser sa nationalité d'origine et dissimulé une autre citoyenneté lors de sa demande. Le jour même où il avait reçu sa carte d'identité thaïlandaise, en juin 2019, il s'était rendu à Hong Kong avec un passeport israélien. Le ministère lui reprochait aussi d'avoir caché sa nationalité uruguayenne. La sanction reposait sur l'article 19 de la loi sur la nationalité de 1965.

Le Jerusalem Post soulignait que cette disposition, ancienne, n'avait que rarement été appliquée publiquement à des naturalisés pour usage d'un passeport étranger, et que la mesure semblait sans précédent pour un citoyen israélien.

Double nationalité tolérée, mais sous condition

La règle thaïlandaise est subtile. Selon le Bangkok Post, cité par Ynet, un étranger naturalisé peut conserver un autre passeport si son pays d'origine accepte la double nationalité, à condition d'utiliser son passeport thaïlandais pour entrer et sortir du territoire. C'est précisément cette obligation que les autorités reprochent au rabbin Kantor d'avoir enfreinte.

Un climat qui se durcit pour les Israéliens

Cette décision s'inscrit dans un contexte tendu. Le Jerusalem Post recensait une série de mesures touchant les Israéliens en Thaïlande, dont l'exhumation de dépouilles d'un cimetière juif dont la licence avait expiré, l'expulsion d'un Israélien qui exploitait une entreprise après l'annulation de son visa, et la fermeture d'une école internationale fréquentée par la communauté israélienne.

En septembre, Anutin Charnvirakul avait déjà défendu l'expulsion d'un ressortissant israélien pour comportement menaçant, en expliquant que les étrangers devaient respecter les lois, la population et les coutumes du pays. Le militant Sondhi Limthongkul et le groupe Reclaim Thailand ont manifesté devant l'ambassade d'Israël, tandis qu'une célébration de Roch Hachana prévue au centre Habad de Patong, à Phuket, rencontrait une opposition locale.

Une communauté sous pression

Pour les Juifs de Thaïlande, le signal est lourd. Le rabbin Kantor n'est pas un simple résident : il incarne depuis trois décennies la présence juive organisée dans le royaume, des offices de Bangkok aux repas de Chabbat servis aux routards israéliens. Que l'État retire sa nationalité à l'homme qu'il avait lui-même naturalisé, sur la base de déplacements familiers vers l'Australie, interroge sur la frontière entre application stricte de la loi et ciblage d'une communauté.

Bangkok assume une ligne de fermeté envers les étrangers. Reste à savoir si le rabbin contestera la décision et quel statut lui sera désormais accordé pour poursuivre sa mission dans un pays où il vit depuis 1993.

Sources :
Israel Hayom
Khaosod English, révocation Ariel Blustein

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Législatives israéliennes : le juge Sohlberg ordonne au Shin Bet d'enquêter sur de l'argent qatari

Législatives israéliennes : le juge Sohlberg ordonne au Shin Bet d'enquêter sur de l'argent qatari

 

Le président de la commission électorale centrale israélienne a ordonné au Shin Bet d'enquêter sur des soupçons de financement étranger et d'achat de voix lors des législatives du 27 octobre. Selon la chaîne N12, l'argent viendrait du Qatar. La police, elle, affirme ne disposer d'aucun élément prouvant une fraude.

Par Claudine Douillet

Le juge Noam Sohlberg, vice-président de la Cour suprême et président de la commission électorale centrale, a adressé mercredi 28 octobre une lettre officielle au chef du Shin Bet, David Zini. Il lui ordonne d'enquêter sur des soupçons de financement étranger et d'achat de voix lors des élections à la Knesset tenues mardi. Le document a été révélé jeudi matin par la chaîne N12.

La démarche est sans précédent. Elle fait suite à une réunion au cours de laquelle David Zini a présenté au magistrat des informations qualifiées d'exceptionnellement graves. En période électorale, le service de sécurité intérieure est placé sous l'autorité du président de la commission électorale, ce qui explique que l'ordre vienne directement du juge.

Ce que dit la lettre du juge Sohlberg

Le magistrat écrit avoir été saisi de soupçons sérieux d'influence illégitime sur le scrutin, exercée au moyen de fonds versés par des entités étrangères agissant contre les intérêts d'Israël. Il demande au Shin Bet de mobiliser l'ensemble de ses prérogatives pour réunir les preuves qui confirmeront ou infirmeront ces soupçons, seule manière selon lui de préserver la confiance du public dans le processus démocratique.

Le juge reste toutefois prudent. Il précise ne pas être en mesure de se prononcer sur le bien-fondé des soupçons et réclame les conclusions éventuelles dans un délai d'une semaine, en raison des délais légaux fixés pour déposer un recours électoral. La lettre ne nomme aucun pays.

Le Qatar désigné par N12

C'est la chaîne N12 qui a levé le voile sur l'origine présumée des fonds. Selon le journaliste Yaron Avraham, les soupçons visent le Qatar : d'importantes sommes auraient été acheminées depuis l'émirat pour faire grimper, par des moyens illégaux, la participation dans la société arabe israélienne. Une partie de cet argent aurait transité par des circuits utilisés par le passé pour financer le terrorisme.

N12 insiste sur un point : la demande d'enquête ne provient pas du Likoud. Il s'agit de renseignements recueillis par le Shin Bet lui-même, qui justifient désormais une enquête pénale et le recours aux moyens du service.

Le nom du Qatar résonne lourdement en Israël. L'émirat est au cœur de l'affaire dite du « Qatargate », qui vise des proches du Premier ministre soupçonnés d'avoir travaillé pour Doha, et il est accusé depuis des années d'avoir alimenté les caisses du Hamas, ce que Doha a toujours démenti.

Channel 14 évoque des millions de shekels pour Ra'am

La chaîne Channel 14 va plus loin. Elle affirme que des millions de shekels venus de pays ennemis auraient servi à acheter des voix en faveur de Ra'am, la liste islamiste de Mansour Abbas. Le média fait le lien avec l'arrestation de trois habitants du Néguev à la veille du scrutin.

La police a interpellé dans la nuit de lundi à mardi trois résidents des secteurs de Segev Shalom et d'Ar'ara, soupçonnés d'avoir voulu distribuer de l'argent en échange de votes pour Ra'am. Les perquisitions à leur domicile ont permis de saisir des enveloppes contenant plusieurs dizaines de milliers de shekels en liquide, ainsi que des notes et d'autres éléments. Benjamin Netanyahou a dénoncé un incident grave survenu le jour du vote, évoquant des enveloppes d'argent et des bulletins au nom de Mansour Abbas, et a exigé une enquête.

Ra'am rejette en bloc. Le parti parle d'arrestations sans fondement destinées à l'affaiblir et à décourager le vote arabe, dans le cadre d'une instrumentalisation politique de la police par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

La police ne voit aucune trace de fraude

Le tableau est loin d'être unanime. Haaretz cite un haut responsable de la police pour qui rien n'indique, à ce stade, une falsification des résultats du scrutin. La police israélienne a d'ailleurs publiquement contesté l'affirmation du Likoud selon laquelle l'élection aurait été « volée » par les partis arabes.

Le parti de Benjamin Netanyahou dit avoir transmis à la police, au Shin Bet et à la commission électorale des centaines de témoignages : enveloppes d'argent accompagnées de bulletins Ra'am, menaces contre des membres de bureaux de vote, votes multiples et écarts entre le nombre d'enveloppes et d'électeurs.

Un enjeu décisif pour la formation du gouvernement

L'affaire tombe au pire moment. Aucun bloc n'a obtenu de majorité. Selon le décompte en cours relayé par i24NEWS, le bloc de Benjamin Netanyahou totalise 53 sièges, celui de Gadi Eisenkot 48, et les partis arabes 19. Les sondages de sortie des urnes créditaient Ra'am de sept sièges et la Liste commune de dix à onze.

Dans cette configuration, chaque siège compte. Ra'am avait déjà participé à la coalition Bennett-Lapid en 2021, et Mansour Abbas espérait que l'opposition et son parti atteignent ensemble la barre des 61 sièges. Le Likoud et Otzma Yehudit avaient tenté en septembre de faire disqualifier Ra'am et la Liste commune, avant que la Cour suprême n'annule ces disqualifications le 2 octobre.

Si le Shin Bet confirmait un financement étranger d'ampleur, la légitimité d'une partie des résultats serait contestée devant les tribunaux, avec des conséquences directes sur l'équilibre de la future Knesset. S'il ne trouve rien, l'accusation de scrutin « volé » perdrait l'essentiel de sa portée. La réponse est attendue d'ici une semaine.

Sources
N12 (Mako) : https://www.mako.co.il/news-politics/2026_q4/Article-ce03f63484681a1027.htm
Channel 14 : https://www.c14.co.il/article/1763104

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