Claudine Douillet

Claudine Douillet parisienne et juive de naissance de parents profondément sionistes (un père sur l’Altaléna ça laisse des traces).

Fondatrice du premier magazine Juif sur le net, Alliance, en 1997, avant Google !
220 000 lecteurs uniques par mois à son actif.

En 1999 création Alliance-Hosting LLC , une "Web Agency » conceptrice de sites internet pour les entreprises et leur migration sur le net. Formation d’internet pour chefs d’entreprise.

Alliance-Hosting LLC a permis grâce ses moyens techniques la retransmission en directe des 4 radios juives de France 94.8 FM sur le net ,dés 2000, pendant 12 ans.

Experte en communication digitale avec Alliancefr.com, et radiophonique avec "Internet sans prise de tête" sur judaïques FM 94.8 depuis 2000, ma passion est née de la découverte, dés 1996, du plus important moyen de communication avec le monde, internet.

Mon expérience est le résultat de 22 années au service des entreprises désireuses de migrer sur le net et des médias.

Rendre réel ce monde virtuel c’est l’alliance du savoir faire et du faire savoir.

Les articles de Claudine Douillet

« Au nom d'Allah, je vais les tuer » : Un individu sème la terreur antisémite à Deauville -vidéo-

« Au nom d'Allah, je vais les tuer » : Un individu sème la terreur antisémite à Deauville

« Au nom d'Allah, je vais les tuer » : sur une plage française, un jeune homme sème la terreur antisémite

Une scène d'une violence inouïe s'est déroulée cette semaine sous le soleil normand de Deauville. Sur l'une des plages les plus huppées de France, un jeune homme a semé la terreur en hurlant des menaces de mort contre des Juifs devant des familles venues se détendre au bord de la mer. L'affaire, filmée et largement partagée sur les réseaux sociaux, a provoqué une onde de choc.

Une plage de luxe transformée en scène de haine

Deauville, ses parasols élégants, ses planches promenades, son image de villégiature chic et paisible. C'est dans ce cadre que Roman, un père de famille juif de 44 ans, a vécu l'un des moments les plus traumatisants de sa vie. Installé sous un parasol avec sa compagne, leur nourrisson et leurs deux enfants de 6 et 8 ans, il entend soudain des cris dans son dos.
Un jeune homme arpente la plage, scrutant les visages, cherchant visiblement à identifier qui parmi les baigneurs serait juif. Et puis les mots fusent, sans retenue, en plein air, en plein soleil.

Des mots qui tuent

D'après la plainte déposée par Roman auprès de la police, les cris qu'il a entendus ne laissent place à aucune ambiguïté : « Sales juifs », « il n'y a que des juifs ici », et surtout, deux phrases qui glacent le sang : « Je vais leur mettre des coups » et « Au nom d'Allah, je vais les tuer. » Des appels au meurtre, proférés à voix haute, en public, devant des enfants.

Une partie de l'incident a été capturée en vidéo et diffusée sur le réseau X. On y entend l'individu hurler à un autre homme : « Baisse les yeux ! » et « Y a pas de juifs ici », ponctué d'insultes grossières à caractère antisémite. Le suspect, décrit comme un homme d'environ 25 ans, mesurant entre 1,75 et 1,80 mètre, torse nu, coiffé d'une casquette à l'envers, portant des lunettes de soleil et un short, était accompagné de deux amis.

La petite fille de 8 ans qui se cache sous un parasol

Roman a immédiatement alerté les policiers qui assuraient la surveillance de la plage. Mais ce qu'il décrit dans sa plainte va au-delà de l'incident lui-même. Sa fille de 8 ans, terrorisée, s'est réfugiée sous le parasol, tremblante. La nuit suivante, elle a fait des cauchemars. « Elle avait peur que des gens veuillent tuer sa famille simplement parce qu'ils sont juifs », a rapporté son avocat, Julien Bensimhon.

Une enfant de 8 ans, sur une plage de Normandie, en 2026, qui se cache parce qu'elle a peur d'être tuée pour ce qu'elle est. Difficile de mesurer le poids de cette réalité sans en ressentir le vertige.

L'avocat tire la sonnette d'alarme

Julien Bensimhon ne mâche pas ses mots. Pour lui, cet épisode n'est pas un incident isolé, c'est le symptôme d'un mal profond et galopant : « Nous assistons à une libération totale du discours antisémite, où des individus se permettent de crier publiquement qu'ils sont prêts à tuer des Juifs. » Il y voit une « escalade grave dans le discours antisémite en France », une formulation mesurée pour décrire ce qui ressemble de plus en plus à une banalisation de la haine.

Ce que pointe l'avocat touche à quelque chose d'essentiel : ce n'est plus la haine souterraine, murmurée, honteuse d'elle-même. C'est la haine assumée, criée, filmée, diffusée. Une haine qui s'exhibe en plein jour, sur une plage fréquentée par des familles, sans crainte du regard des autres, une autre forme d'un 7 octobre non assumé.

Une arrestation, mais un silence institutionnel

Sur les images diffusées, on peut voir le jeune homme interpellé par la police et emmené hors de la plage. Son arrestation semble donc avoir eu lieu. Pourtant, au moment de la publication de cet article, le parquet de Lisieux, compétent pour la zone, n'avait toujours pas communiqué officiellement sur l'affaire. Ce silence des institutions, dans un pays qui se dit mobilisé contre l'antisémitisme, ne manque pas d'interroger.

La France face à son miroir

Cet incident survient dans un contexte où la France multiplie les déclarations de fermeté contre la recrudescence des actes antisémites, tout en peinant, sur le terrain, à en endiguer la montée. Deauville n'est pas la banlieue, n'est pas un quartier défavorisé, n'est pas un territoire en marge. C'est le cœur de la France bourgeoise et touristique, la Normandie des grandes plages et des week-ends en famille. Et c'est là, précisément là, qu'un homme a hurlé son désir de tuer des Juifs au nom de Dieu.

Quand la haine se promène en short sur les plages de luxe, il devient difficile de continuer à croire qu'elle se cantonne aux marges. Elle est là, au centre, en pleine lumière, et une petite fille de 8 ans le sait désormais mieux que quiconque.

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Antisémitisme à Londres : incendie criminel au supermarché casher de Golders Green

Antisémitisme à Londres : incendie criminel au supermarché casher de Golders Green

Londres : incendie criminel au supermarché casher de Golders Green

Un brasier dans le cœur de la communauté

Un gigantesque incendie a ravagé dans la matinée du 27 mai 2026 le supermarché juif Kosher Kingdom, situé dans le quartier de Golders Green, au nord-ouest de Londres.
Les flammes se sont déclarées peu avant 7 heures du matin, à l'arrière de l'établissement  lequel n'est pas un commerce ordinaire : le Kosher Kingdom est considéré comme la plus grande boucherie casher d'Europe. La police britannique a aussitôt ouvert une enquête pour déterminer s'il s'agit d'une négligence ou d'un acte criminel délibéré.

Cent pompiers mobilisés, un quartier sous la fumée

La réponse des secours a été massive. Pas moins de cent pompiers et quinze équipes de lutte contre l'incendie ont été déployés sur place pour tenter de maîtriser le sinistre et empêcher sa propagation aux immeubles voisins. Dans un communiqué, les services de secours ont indiqué : « Des soldats du feu interviennent actuellement sur un incendie dans Golders Green Road. Le feu affecte un commerce au rez-de-chaussée ainsi qu'une zone de stockage à l'arrière du bâtiment. L'incendie génère une quantité importante de fumée et nous recommandons aux habitants du secteur de rester chez eux et de fermer leurs fenêtres. » Une consigne de confinement inhabituelle pour un quartier résidentiel très dense.

Ce n'est pas la première fois que cet établissement est touché par un tel sinistre.
En 2008 déjà, un incendie avait frappé le Kosher Kingdom, contraignant le magasin à fermer ses portes pendant plusieurs mois. Mais le contexte de 2026 est radicalement différent et bien plus inquiétant.

La crainte d'une série d'incendies criminels

Au sein de la communauté juive londonienne, l'hypothèse de l'incendie criminel prévaut. Et elle ne relève pas de la paranoïa : ces derniers mois, des institutions et des commerces juifs ont été la cible d'incendies criminels à répétition à travers toute la Grande-Bretagne. Ce passé récent alimente une angoisse légitime. Le quartier de Golders Green, dont l'identité juive est une caractéristique historique et visible, a en outre été frappé par une série d'événements violents qui se sont succédé à un rythme alarmant.

Un quartier juif sous pression

Golders Green n'est pas seulement confronté aux flammes. Il y a peu, le quartier avait été le théâtre d'une attaque au couteau particulièrement brutale au cours de laquelle deux Juifs avaient été grièvement blessés.
L'auteur des faits, un Britannique d'origine somalienne répondant au nom d'Asa Suleiman, avait délibérément « chassé » des Juifs dans les rues du quartier avant d'être neutralisé par les forces de police. Une formulation — « chasser » — qui dit tout de la nature ciblée de l'agression.

Dans un autre incident survenu dans le même secteur, trois ambulances appartenant à l'organisation de secours juive Hatzala avaient été incendiées. À l'issue d'une enquête approfondie, trois suspects avaient été interpellés : Hamza Iqbal, 20 ans, Rahan Khan, 19 ans, et un troisième individu de 17 ans dont l'identité n'a pas été rendue publique — tous trois d'origine pakistanaise.

La question qui s'impose

Un supermarché en flammes, des ambulances incendiées, une attaque au couteau antisémite : la série noire qui frappe Golders Green n'est plus une coïncidence, c'est un tableau. La police enquête, les pompiers éteignent, mais la communauté, elle, pose une question à laquelle les autorités britanniques peinent encore à répondre avec la fermeté qu'elle mérite : jusqu'où faudra-t-il aller avant que la protection des Juifs de Grande-Bretagne devienne une priorité nationale ?

Antisémitisme américain : Le boulanger juif de Queens abattu et la communauté juive crie sa colère

Antisémitisme américain : Le boulanger juif de Queens abattu et la communauté juive crie sa colère

Le boulanger juif de Queens abattu au bord du lac — et la communauté juive crie sa colère

Un meurtre mystérieux à Flushing

Lundi après-midi, le corps d'Abraham (Albert) Itzkowitz, 75 ans, a été découvert criblé de balles sur les rives du lac Kissena, à Flushing, dans le Queens.
Les policiers du NYPD, appelés vers 17 heures, ont trouvé l'homme portant quatre plaies par balle dans le cou et dans le dos. Son décès a été constaté sur place.

Ce qui frappe d'emblée les enquêteurs, c'est le vide.
Dans ce cadre bucolique où le corps a été retrouvé, aucune arme, aucune douille n'a été localisée. Cette absence de traces classiques exacerbe le mystère : la scène a-t-elle été nettoyée ? L'arme utilisée était-elle d'un type particulier ? De grandes unités de police, incluant des brigades cynophiles et des équipes d'intervention spéciale du NYPD, ratissent depuis lors méthodiquement la végétation et les rives du lac à la recherche d'éléments médico-légaux supplémentaires.

Un pilier de la communauté juive de Queens

Abraham Itzkowitz était une figure profondément enracinée et très connue dans la communauté juive du Queens. Pendant de longues années, il a dirigé et détenu la boulangerie casher G&I, rue Main  un établissement communautaire historique considéré comme un pilier du quartier, avant sa fermeture. On venait de loin pour ses pains du shabbat, et tout le monde, dans le coin, connaissait Albert.

Il s'était également engagé bénévolement pendant une longue période au sein de l'organisation de secours médical juif "Hatzalah", en tant qu'ambulancier dans l'antenne locale. Un homme de terrain, de service, d'utilité. Le genre d'homme dont on dit, les yeux humides, qu'il était "toujours là."

Un deuil dans le deuil

Le destin s'est acharné sur cet homme avec une cruauté particulière. Ses voisins de Kew Gardens Hills ont révélé une tragédie familiale récente : l'épouse d'Itzkowitz venait de mourir trois semaines seulement avant qu'il soit assassiné. Trois semaines. À peine le temps du deuil, à peine le temps de souffler, avant l'irréparable

Des bénévoles de l'organisation "Hessed Chel Emet" se sont rendus sur place dès la découverte du corps afin de veiller à ce que la dignité du défunt soit respectée conformément à la halakha.

À ce stade, le NYPD n'a pas encore communiqué d'informations sur d'éventuels suspects ni sur un mobile officiel établi, et toutes les pistes sont activement explorées par les enquêteurs.

"Qu'est-ce qui vient après, bon sang ?"

Le meurtre a provoqué une onde de choc bien au-delà des cercles communautaires locaux. Hillel Fuld, expert en marketing technologique, blogueur israélien et figure influenceur sur les réseaux sociaux, a réagi avec une violence verbale qui dit tout de l'état d'esprit de beaucoup. Il a grandi dans ce quartier de Flushing. Il connaissait la boulangerie, il connaissait Albert Itzkowitz.

Dans un tweet qui a cumulé des dizaines de milliers de vues et des centaines de commentaires, il écrit : «J'ai vécu à Flushing, Queens. J'ai grandi là-bas. Ma famille connaissait bien cette boulangerie et son propriétaire, Albert Itzkowitz. Il est même un parent éloigné de ma belle-sœur. Aujourd'hui, on a trouvé son corps. Il a été assassiné. Vraiment, je n'ai pas les mots. Je n'ai pas les mots pour cette tragédie, et je n'ai pas les mots pour le fait que les Juifs ne voient toujours pas ce qui se passe autour d'eux.»

Fuld ne s'arrête pas là. Il poursuit, cinglant : «C'est tout simplement épouvantable. Alors qu'est-ce qui vient après ? Nous avons maintenant des antisémites qui se présentent au Congrès sans aucune honte, et qui ne cherchent même plus à se camoufler derrière l'étiquette d'anti-sionistes  ce sont des haineux de Juifs assumés et fiers.

Nous avons des hommes juifs assassinés dans les rues de New York, des synagogues vandalisées, des vitrines brisées, des commerces juifs boycottés, des commerces qui refusent de servir des Juifs. Qu'est-ce qui vient après, bon sang ?»

Ce cri de colère résonne dans une Amérique où la question de la sécurité des Juifs n'a jamais semblé aussi brûlante. Un boulanger de 75 ans, veuf depuis trois semaines, abattu au bord d'un lac paisible et derrière lui, toute une communauté qui se demande jusqu'où cela peut aller.

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Caravane Sumoud : les militants pro-Gaza tabassés à mort et arrêtés en Libye -vidéo-

Caravane Sumoud : les militants pro-Gaza tabassés à mort et arrêtés en Libye -vidéo

Le convoi de la honte : les militants pro-Gaza tabassés et arrêtés en Libye

Censés apporter de l'aide humanitaire à Gaza, deux cents militants internationalistes se retrouvent bloqués, matraqués et expulsés en plein désert libyen. Leurs agresseurs ne sont pas des soldats israéliens ce sont les forces d'un général arabe.

La caravane de la « Résistance » face au mur libyen

Ils s'appelaient eux-mêmes la « Caravane mondiale Sumoud » sumoud, en arabe, signifie
« résistance », « fermeté ».
Deux cents militants venus des quatre coins du monde, soudés par une même ambition affichée : acheminer de l'aide humanitaire à la population de Gaza en transitant par la Libye, puis par l'Égypte.

Une route terrestre, symbolique autant que pratique, destinée à contourner les blocus maritimes et à faire pression médiatiquement sur la situation dans la bande de Gaza.
Sauf que la réalité les a rattrapés bien avant d'atteindre la frontière égyptienne, au cœur d'une Libye fracturée et sans pitié.

Le convoi progressait vers l'est du pays quand il a été stoppé net. Pas par Israël. Pas par une puissance occidentale. Mais par les forces du général Khalifa Haftar, l'homme fort qui contrôle l'est de la Libye depuis son bastion de Benghazi, et dont l'influence s'étend aujourd'hui sur une large partie du territoire national.

Des véhicules non identifiés foncent sur les tentes

Les militants du convoi ont été « attaqués avec violence », battus et traînés de force dans des autobus par les hommes du général Haftar, qui contrôle l'ouest de la Libye.
Selon les médias italiens, qui suivent de très près le sort de ces deux cents activistes, des « véhicules non identifiés » ont percuté les tentes que les militants avaient dressées après s'être vu refuser la poursuite de leur route par les autorités.

La scène est saisissante dans sa brutalité : un campement de fortune érigé en urgence au niveau d'un checkpoint, dans les environs de la ville de Syrte, transformé en quelques minutes en champ de chaos.
Des bâches arrachées, des corps projetés au sol, des cris dans plusieurs langues.
Le campement des militants, situé à un barrage routier près de Syrte, « se trouvait sous attaque » et les activistes ont contacté des médias dans l'espoir d'obtenir de l'aide.

"Ils ont été frappés jusqu'à perdre connaissance"

La porte-parole italienne de l'organisation Sumoud, Maria Elena Dalia, a confirmé le pire. Elle a déclaré : « Malgré les difficultés de communication, nous avons appris qu'il y avait des blessés suite à l'attaque violente contre le convoi terrestre en Libye. Certains des militants étrangers ont été sévèrement battus jusqu'à perdre connaissance. Il semblerait qu'ils soient transportés en autobus vers l'ouest, peut-être vers Misrata. »

Misrata port stratégique tenu par des milices qui n'obéissent à personne sauf à leurs propres intérêts n'est pas une destination rassurante. Ce choix de destination, s'il se confirme, soulève des questions sur les intentions réelles des autorités libyennes vis-à-vis des détenus.

Qui se cache derrière cette violence ?
L'organisation italienne du convoi a précisé dans un communiqué : « Bien qu'il ne soit pas encore clair qui se trouve derrière les attaques, nous recevons des informations indiquant qu'elles sont menées par des forces de sécurité liées aux autorités de l'ouest de la Libye. »
Une formulation prudente, mais qui pointe clairement vers les milices affiliées au gouvernement de Tripoli lui-même reconnu internationalement  ou vers les forces d'Haftar, selon les zones de contrôle effectif sur le terrain.

Dix militants arrêtés, menacés d'expulsion

La veille, il avait été rapporté que le convoi, auquel participaient environ deux cents militants venus du monde entier, avait été arrêté par les forces d'Haftar près de la ville de Syrte. Le sort de dix militants était alors inconnu, mais ils ont depuis été localisés : ils ont été arrêtés par la police locale après avoir insisté pour poursuivre leur chemin. Les autorités de l'ouest de la Libye ont annoncé que ces dix personnes sont passibles d'expulsion du territoire en tant qu'« immigrants clandestins ». 

« Immigrants clandestins »  le terme est kafkaïen. Des militants occidentaux, porteurs de passeports européens, américains, britanniques, traités comme des migrants sans papiers dans un État en déliquescence. La qualification juridique choisie par Tripoli n'est pas anodine : elle permet de les mettre à l'écart du droit commun, de contourner les procédures d'extradition normales, et surtout de les expulser rapidement, sans bruit, sans procès.

Quand la Libye fracture le discours militant

Cette mésaventure en plein désert libyen soulève une question que beaucoup préfèrent esquiver : pourquoi des militants se retrouvent-ils violentés, non par Israël ou ses alliés, mais par un régime arabe dont personne dans leurs rangs ne s'est jamais donné la peine de dénoncer les crimes ?
La Libye de 2026 est un État fantôme, divisé entre factions armées, où les droits humains n'existent que sur le papier. Le général Haftar lui-même est accusé par plusieurs organisations internationales de crimes de guerre. Et pourtant, le convoi Sumoud avait choisi de transiter par ce territoire signe d'une naïveté stratégique confondante, ou d'une indifférence assumée à la nature des régimes qu'ils traversent.

Le paradoxe est cruel. Ces militants, dont beaucoup ont participé à des marches de solidarité en Europe et scandé des slogans contre « l'apartheid » ou « le génocide », se retrouvent tabassés, inconscients, chargés dans des camions non par la puissance qu'ils désignent comme bourreau, mais par l'un des innombrables potentats arabes qui règnent sur la région dans l'indifférence générale de l'opinion progressiste mondiale.

Un convoi, deux cents militants, zéro aide acheminée

La Caravane mondiale Sumoud voulait forcer une route symbolique. Elle a obtenu, à défaut, une leçon de géopolitique réelle. La Libye n'est pas un couloir humanitaire. C'est un champ de bataille entre factions armées, traversé par des routes migratoires mortelles et tenu par des hommes qui ne répondent à aucune autorité internationale. Y faire transiter un convoi de militants politiques sans garanties diplomatiques solides était, au mieux, une erreur de calcul. Au pire, une mise en scène dont les organisateurs n'avaient pas mesuré les risques réels pour leurs propres participants.

Pour l'heure, selon les dernières informations, les dix arrêtés ont été localisés. Leur expulsion semble imminente. Les autres membres du convoi, eux, attendent quelque part entre Syrte et Misrata, dans des autobus dont on ne connaît ni la destination exacte ni le degré de liberté accordé à ceux qui s'y trouvent. Les blessés, frappés jusqu'à l'inconscience selon la porte-parole de l'organisation, n'ont pas été évacués vers des structures médicales identifiées.

La caravane de la fermeté a rencontré, en Libye, une fermeté d'une toute autre nature. Celle des matraques, des blindés et des geôles d'un général qui n'a que faire des causes humanitaires qu'elles viennent de l'est ou de l'ouest.

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Mariage en Israël ou l'excès no limit : vos invités viennent voir le spectacle — pas vous

Mariage en Israël ou l'excès no limit : vos invités viennent voir le spectacle — pas vous

«Autrefois, mon nom faisait peur. Aujourd'hui ? L'excès n'est plus un gros mot»

Shon Blaish weding planner israel

Shon Blaish wedding planner israel

La saison des mariages 2026 s'annonce déjà comme l'une des plus somptueuses jamais vues en Israël. Ni la guerre, ni la conjoncture économique difficile, ni la fatigue collective ne semblent capables de lever le pied de l'accélérateur bien au contraire.
Pour Shon Blaish, organisateur de mariages de luxe parmi les plus réputés du pays, le niveau d'exigence ne cesse de grimper, les jeunes couples arrivent avec des rêves toujours plus grands, des budgets toujours plus gonflés, et surtout une dose massive d'inspiration puisée sur les réseaux sociaux.

«Il y a une intensification extraordinaire autour des mariages», explique-t-il.
«Malgré les guerres, le Covid et tout ce qui se passe ici, les gens comprennent qu'il faut vivre dans le présent. Ils veulent que leur mariage soit le plus beau, le plus soigné. Autrefois, le nom Shon Blaish faisait peur. Aujourd'hui, je suis bien plus accessible. L'excès n'est plus quelque chose de honteux.»

Un spectacle, pas seulement une fête

Le mariage israélien contemporain n'est plus depuis longtemps une simple soirée pour célébrer l'amour. Les changements de robe, les séances photo en couple organisées un autre jour  maquillage et coiffure inclus, en double bien sûr les productions de contenu pour les réseaux sociaux, les décors XXL, la musique live et les espaces thématiques sont désormais devenus presque la norme.

«Il y a des couples qui arrivent après avoir vu les mariages du top du top, et je dois leur dire de se calmer», rit Blaish.
«Mais je ne vais pas briser la fantaisie de la mariée, je vais simplement l'adapter à son budget. Chaque semaine, j'ai des mariées qui veulent des baldaquins de cérémonie à 40 000 shekels et je dois leur expliquer que ça ne rentre pas dans l'enveloppe. Il y a toujours une dissonance. La mariée arrive les yeux pleins de rêves, et je dois être le méchant qui annonce les vrais tarifs.

Les gens voient une story éblouissante et ne comprennent pas ce qui se passe en coulisses. Une seule rose peut coûter dix shekels imaginez alors le prix d'un événement avec des dizaines de milliers de fleurs.»

Pour autant, s'il y a bien une chose que Blaish ne fait pas, c'est penser en petit. Pour lui, chaque mariage doit ressembler à un spectacle qu'on n'a jamais vu. «J'ai eu un mariage où la mariée voulait quelque chose d'inédit. Nous avons créé une entrée depuis l'amphithéâtre : elle a descendu cent marches dans l'obscurité totale, entourée de centaines de torches, avec un seul spot braqué sur elle. Les invités ne savaient pas d'où elle allait surgir. Ça a atteint des centaines de milliers de vues sur les réseaux. Aujourd'hui, on ne se contente plus d'une seule robe ou d'une entrée ordinaire. La simplicité a presque disparu.»

«La mariée veut un dais couronné et des tables en peau de serpent»

Si autrefois le mariage était une soirée qui restait dans les mémoires, il doit aujourd'hui aussi performer sur les réseaux sociaux. «Soyons honnêtes : tout est fait pour les réseaux. J'ai un couple de France dont tout l'événement sera en couleurs, avec des traînées colorées qui descendront des collines en arrière-plan pour se fondre dans le coucher de soleil. J'ai eu aussi une mariée qui voulait des centaines de cactus. Tout est calculé avec précision. Il y a un concept qui commence au menu et au pli de la serviette, et qui va jusqu'aux tenues des demoiselles d'honneur. Si le menu est beige, les robes et les costumes seront assortis.»

Les prix, explique-t-il, montent en proportion directe des exigences démesurées.
«Pour organiser aujourd'hui un mariage moyen et convenable, il faut au minimum un quart de million de shekels, et c'est juste pour commencer. Les mariées disent toujours "fais-toi plaisir, lâche-toi"  jusqu'à ce qu'elles entendent les chiffres. À la fin, les gens blêmissent et transigent», dit-il en riant.

Ces compromis, d'ailleurs, mènent souvent à des disputes entre futurs époux. «Ça arrive très fréquemment qu'il y ait des désaccords entre l'homme et la femme. La mariée veut un dais couronné et des tables recouvertes de peau de serpent, et le marié lui dit : "Madame, on s'arrête là." Ça génère des tensions, et parfois j'ai envie de me lever et de partir, mais à la fin l'amour l'emporte.» Dans ces histoires d'amour, admet-il avec franchise, c'est souvent la voix de la raison qui tente de ramener la mariée sur terre et de lui faire penser à l'après-fête.

«Pas de plastique  c'est pour moi un big no no absolu»

Au milieu de tout ce faste, Blaish affirme qu'il existe des lignes qu'il ne franchira jamais. «Je ne ferai pas des choses en lesquelles je ne crois pas. Si je sais qu'un couple fait une erreur, je le leur dis. Certains préfèrent investir dans un artiste plutôt que dans ce qui compte vraiment, et parfois ce n'est tout simplement pas juste.»

Alors, qu'est-ce qui compte vraiment ? Avant tout, la qualité. «J'ai une pyramide très claire de l'allocation du budget. Des couples qui préfèrent dépenser dans des gadgets à l'entrée plutôt que dans la décoration, c'est une erreur à mes yeux. Les gens me disent que personne ne se souvient de la décoration, toutes sortes de phrases qui tentent d'en minimiser l'importance — je ne suis pas d'accord.»
Et d'insister : «Et surtout, pas de plastique lors d'un événement ni fleurs en plastique, ni vaisselle en plastique. Pour moi, c'est un big no no absolu. J'ai été stupéfait de découvrir que des salles vendaient des assiettes en plastique aux invités au lieu de verre. Les propriétaires prétendent que c'est une question d'usure, mais pour moi c'est catastrophique. S'il n'y a pas un organisateur qui vérifie, personne ne le saura jamais.»

Un quart de million pour commencer

L'un des phénomènes les plus marquants de ces dernières années est l'explosion de la demande pour les organisateurs professionnels. «Autrefois, avoir un organisateur était considéré comme un luxe réservé aux riches. Aujourd'hui, c'est clairement indispensable. Les gens comprennent qu'un organisateur peut en réalité leur faire économiser de l'argent, s'assurer qu'on ne les arnaquer pas, et leur offrir une tranquillité d'esprit.»

«La pression d'être "différent" ne fait que croître», poursuit-il. «Des mariées arrivent à moi après avoir assisté au mariage d'une amie et me disent : "Je veux tout autrement, plus excessif, plus investi." J'ai une mariée qui a vu l'entrée avec l'amphithéâtre et les torches et s'est présentée chez moi directement : "Je veux plus que ça." "Plus que ça ?" je lui ai demandé. "Qu'est-ce que tu veux, qu'on te descende d'un hélicoptère ?" Et elle m'a répondu : "Sois créatif."»

«Si tu viens pour économiser, l'événement sera à l'avenant»

Si autrefois les mariages grandioses étaient l'apanage des célébrités, aujourd'hui presque chaque couple veut se sentir comme une grande production pour une nuit. «L'excès est devenu une tendance. Les gens comprennent que si tu viens pour économiser, l'événement sera à l'avenant  il finira tôt et sera ennuyeux. Si tu veux un événement à ton image, il faut investir.»

Les invités eux-mêmes, semble-t-il, ont intégré la hausse du niveau d'exigence. «Le minimum à mettre en tant qu'invité a fortement augmenté. J'ai eu un couple qui avait organisé un dîner à 1 200 shekels par couvert, et qui a découvert après coup que les gens n'avaient tout simplement pas mis d'enveloppes. Peut-être qu'ils avaient le sentiment de ne pas pouvoir être à la hauteur des attentes.»

Pourtant, malgré les tarifs et les critiques sur cette culture du faste, Blaish ne pense pas que cette tendance soit près de s'essouffler. Bien au contraire. «Les gens veulent aller à des mariages soignés. Ils veulent vivre une expérience. C'est comme aller au restaurant — aujourd'hui, un couple ne sort pas pour moins de mille shekels.»

Alors, quel est son conseil pour les couples qui planifient leur mariage pour la saison à venir ? Ne pas renoncer au rêve, mais garder le sens des proportions. «Je suis pour ne pas faire de compromis et faire ce qu'on aime. Je connais des couples qui ont cédé et qui le regrettent encore aujourd'hui. Ce n'est pas nécessaire de dépenser des millions, mais si on le fait, autant que ce soit le mieux possible dans les limites de ses moyens. Une femme heureuse  une maison heureuse.»

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Rachel Goldberg-Polin : "le 07/10 est un échec nous sommes à un point de bascule d'Israël" -vidéo-

Rachel Goldberg-Polin : "le 07/10 est un échec nous sommes à un point de bascule d'Israël" -vidéo-

"Quand nous te reverrons" : Rachel Goldberg-Polin, mère en deuil, auteure en résistance

Rachel Goldberg-Polin, la mère de Hersh, enlevé à Gaza et assassiné en captivité par le Hamas, vient de publier son livre intitulé Quand nous te reverrons.
Dans un entretien saisissant accordé à Yonit Levi sur la chaîne N12, elle raconte comment l'écriture est devenue pour elle une nécessité vitale  non pas une thérapie, mais une façon de porter autrement un poids qui écrasait jusqu'à l'âme.
Le livre retrace l'enlèvement, le combat international pour la libération de Hersh, et le choc de sa mort dans les tunnels.

"Je voulais déposer ma douleur ailleurs"

Comment décide-t-on d'écrire un livre quand on est brisée ? Rachel ne tourne pas autour du pot. "J'ai craqué sous le poids sur mon âme", confie-t-elle. "Je voulais déposer ma douleur ailleurs, qu'elle ne reste pas seulement en moi. C'est venu d'un besoin désespéré de prendre cette souffrance lourde et paralysante, et de la stocker quelque part."

Le livre est aussi, dit-elle, la seule réponse honnête à la question qu'on lui pose sans cesse : "Comment tu vas ?" Une question qu'elle perçoit comme déformée, presque indécente, à la lumière de ce qu'elle vit. "Vous ne voyez pas ce couteau planté dans ma poitrine et dans mon cœur ?", demande-t-elle, sans accusation, juste avec l'évidence de qui porte une plaie invisible.

"Ça ne sera jamais plus facile mais j'essaierai d'être plus forte"

Rachel ne cherche pas à embellir la réalité ni à promettre une guérison qui n'existe pas. Elle est catégorique : la douleur ne diminuera pas, seule sa capacité à la tenir debout pourrait grandir.
"Je ne sais pas encore si ça aide, parce que ça ne s'est pas encore produit. Mais depuis que Hersh a été assassiné, notamment quand je parle à des jeunes ici en Israël et dans le monde, après chaque conversation je sais qu'ils portent désormais une part de ça avec moi. Je le sens, et j'espère qu'avec le temps ça changera."

Ce qu'elle décrit ensuite touche à l'universel.
"Je sais que la douleur sera toujours là. Je parle de ça dans le livre des gens qui m'ont approchée pour me dire : 'Ça ne s'améliore jamais vraiment.' Une femme m'a dit : 'Ma fille a été tuée il y a 39 ans, et je pleure encore sur elle chaque matin.' Je me suis demandé pourquoi tu me racontes ça pendant la shiv'a ? Et maintenant je comprends vraiment : elle essayait de m'aider."

La manière dont Rachel évoque le manque est étrange et lumineuse à la fois. Elle cite l'exemple de parents dont le fils voyageait en Amérique centrale et dont le manque grandissait, mois après mois, plutôt que de s'atténuer. "Je me suis dit : pourquoi les familles en deuil seraient-elles différentes ? Notre enfant n'est plus là. Plus le temps passe, plus il nous manque. Je suis fière de l'avoir tant aimé, et je l'aimerai toujours. Mon amour pour lui est plus fort aujourd'hui qu'hier, qu'il y a deux mois, qu'il y a deux ans. Il est plus grand."

"Hersh a entendu ta voix"  la rencontre avec Ori Levi

L'un des passages les plus bouleversants du livre est la rencontre de la famille avec Ori Levi, un survivant de la captivité. C'est lui qui leur a révélé ce que Rachel ne savait pas encore : Hersh savait que sa mère se battait pour lui.

"Je me souviendrai de ce moment toute ma vie. C'était un tournant parce qu'il a vraiment ressuscité mon âme." Ori Levi venait tout juste d'être libéré. Il venait d'apprendre que sa femme avait été assassinée. Il venait de retrouver son fils. Et pourtant, il a demandé à rencontrer séparément chacune des familles dont il avait côtoyé les proches en captivité. La réunion avec Rachel et John a duré plusieurs heures. À la fin, Ori lui a dit : "Hersh a entendu ta voix."

"Je me souviens avoir ressenti comme un courant électrique jusqu'aux chevilles. J'ai demandé : 'Quoi ? Il a entendu quoi ?' Et Ori a répondu : 'Il t'a entendue parler de la réunion avec le secrétaire d'État américain.' J'ai demandé s'il avait entendu parler de notre rencontre avec lui, et Ori a précisé : 'Non, il t'a entendue dire que tu l'avais rencontré.'"

Ce détail a tout changé. "Savoir que pendant qu'il était affamé, torturé, souffrant sans sa main qui a été arrachée dans des conditions atroces il entendait ma voix. Il savait que John et moi essayions, que nous étions allés au bout du monde. Ça l'a renforcé. Et ça m'a renforcée, même s'il était mort depuis plus de 120 jours à ce moment-là. Ça m'a donné un sentiment nouveau de confirmation qu'il y avait entre nous une communication qui n'était pas connue."

Consciente de l'impact du récit, Rachel précise qu'elle a délibérément choisi de ne pas citer dans le livre les noms des responsables et des officiels qu'elle a rencontrés. "Les seuls dont le nom méritait d'être mentionné étaient des gens que j'aimais."

"Que ta mémoire soit une révolution"  et l'appel à un changement profond

Dans les dernières pages du livre, c'est John, le père, qui prend la plume. Dans sa postface, il s'adresse directement à son fils et lui promet : "Que ta mémoire soit une révolution pour toujours." Rachel partage pleinement cette conviction que la colère, le deuil et la douleur collective peuvent et doivent servir de levier à une transformation profonde.

"Je pense que ça peut absolument, et ça conduira certainement à un changement. Parfois, quand les choses sont si déchirantes, il n'y a vraiment pas le choix et ça arrive naturellement. Nous sommes à un point de bascule en tant qu'État, en tant que nation, en tant que peuple. On peut envelopper ça dans tout le beau papier cadeau et les nœuds qu'on veut mais c'était un échec. Il s'est passé ici une catastrophe réelle, traumatique, vivante et respirante, et nous devons l'accepter, ne pas la désigner par d'autres noms, et avancer."

Elle convoque Winston Churchill : "Il a dit : 'Si tu traverses l'enfer, continue d'avancer.' Nous allons faire ça  mais nous ne pouvons pas faire semblant que rien ne s'est passé. La psychologie nous enseigne que tenter de gaslighter ou de prétendre que les choses n'ont pas eu lieu engendre en réalité des états très toxiques."

"Les gens ont soif de cette honnêteté-là"

Depuis deux ans et demi, nombreux sont ceux qui demandent à Rachel et John de s'engager dans la vie publique, de continuer à porter leur voix devant une nation fracturée. Rachel y répond avec toute sa lucidité habituelle. "Je pense qu'il y a de la place pour tellement de voix ici. Toutes ces familles qui ont tant souffert depuis le 7 octobre portent une voix légèrement différente de celle à laquelle nous sommes habitués, parce que l'ampleur de ce qui nous est arrivé en tant que nation était tellement hors norme."

Ce qu'elle retient de ces mois d'exposition publique, c'est quelque chose de rare et de précieux : "Je pense que ça a été positif que des gens voient des parents, des frères et sœurs, des enfants, des grands-parents mettre leurs tripes à nu et dire :
'Voilà ce que je ressens.' C'était une période d'une honnêteté douloureuse, sans dissimulation  et peut-être que c'est ce dont les gens ont soif." mako

Mais Rachel termine sur une question ouverte, suspendue entre espoir et doute : "Je me demande un peu  est-ce que les gens de mon âge ou du tien sont prêts à dire 'nous voulons quelque chose de différent' ? Je pense que les jeunes sont peut-être prêts à le dire. Mais l'avenir le dira."

Par Yonit Levi Édition centrale, N12, 26 mai 2026

Ormuz : l'Iran piège le détroit, les États-Unis ripostent, la paix vacille

Ormuz : l'Iran piège le détroit, les États-Unis ripostent, la paix vacille

Ormuz sous les bombes : Washington frappe encore, la paix attend

Le cessez-le-feu tient par un fil. Et ce fil, Washington vient à nouveau de le tendre à l'extrême.

Dans la nuit du 25 au 26 mai 2026, l'armée américaine a mené de nouvelles frappes en Iran, dans la région de Bandar Abbas, au bord du détroit d'Ormuz. L
e capitaine Tim Hawkins, porte-parole du Commandement central américain (CENTCOM), a confirmé qu'il s'agissait de « frappes de légitime défense » visant des « sites de lancement de missiles et des bateaux iraniens qui tentaient de poser des mines » dans le détroit.

Officiellement, il ne s'agit donc pas d'une rupture du cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril. Officieusement, tout le monde comprend que la situation est au bord du gouffre.

"Le détroit doit rester ouvert"

La télévision d'État iranienne a rapporté des explosions autour de Bandar Abbas, ville portuaire du détroit d'Ormuz abritant un port militaire et un aéroport à double usage civil et militaire.

Ces frappes sont les dernières en date à ébranler le cessez-le-feu fragile instauré depuis plusieurs semaines. Le site iranien Tabnak, considéré comme proche de l'ancien chef des Gardiens de la Révolution Mohsen Rezaei, a identifié quatre soldats des Gardiens tués dans les frappes américaines contre des embarcations.

Le secrétaire d'État Marco Rubio a été lapidaire : « Le détroit doit être ouvert. » Trois mots qui résument toute la doctrine américaine depuis le début de ce conflit.
Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait autrefois un cinquième de tout le pétrole brut et du gaz naturel échangés dans le monde, reste effectivement dans l'étreinte de l'Iran, perturbant profondément les marchés énergétiques mondiaux. 

Ce n'est pas la première fois depuis le cessez-le-feu que Washington passe à l'acte.
Début mai, le CENTCOM avait déjà déclaré que des forces américaines avaient riposté après que trois destroyers de la marine américaine avaient été pris pour cibles par des missiles et des drones, frappant alors deux ports iraniens,
Bandar Abbas et Qeshm, tous deux bordant le détroit d'Ormuz. Le schéma se répète : l'Iran provoque, l'Amérique frappe, et chacun affirme ne pas vouloir rompre la trêve.

"No dust, no dollars"

En arrière-plan de ces échanges de missiles, les négociations pour un accord de paix se poursuivent difficilement. Le président Trump a détaillé ses exigences concernant le sort de l'uranium enrichi iranien : il devra soit être « immédiatement remis aux États-Unis pour être rapatrié et détruit », soit être détruit sur place ou dans un lieu convenu en présence de l'Agence internationale de l'énergie atomique.
Sur les réseaux sociaux, ses conseillers ont popularisé la formule qui dit tout : « No dust, no dollars » pas de poudre nucléaire détruite, pas de dollars de sanctions levées.

Téhéran oppose un refus catégorique. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a déclaré lundi que le sort de l'uranium enrichi ne faisait tout simplement pas partie des discussions en cours, précisant que « l'objet des négociations est de mettre fin à la guerre, à ce stade ». Les responsables iraniens ont insisté sur le fait que les négociations sur l'uranium ne pourront commencer qu'une fois qu'un accord mettant fin à la guerre aura été signé.

Un accord "largement négocié" — mais pas encore signé

Depuis l'Inde où il était en déplacement, le secrétaire d'État Rubio a indiqué qu'un accord préliminaire bénéficiait du soutien d'un « certain nombre » de dirigeants régionaux, mais qu'il faudrait encore « quelques jours » pour parvenir à un accord.
Trump, de son côté, avait annoncé que le cessez-le-feu serait prolongé indéfiniment et que le blocus américain se poursuivrait jusqu'à ce que les négociations se concluent « d'une façon ou d'une autre ».

Un accord potentiel établirait un cadre pour des négociations nucléaires, allégerait les sanctions contre l'Iran et débloquerait les avoirs iraniens gelés à l'étranger. Mais le principal point d'achoppement demeure l'exigence de Trump que l'Iran abandonne son uranium enrichi et renonce définitivement à toute capacité nucléaire militaire.

Les forces américaines et iraniennes ont déjà échangé des tirs à plusieurs reprises depuis le début du cessez-le-feu, et les médias proches de l'État iranien ont présenté les nouvelles frappes américaines comme des violations de la trêve. La question est donc posée, brutalement : peut-on négocier la paix tout en continuant de se bombarder ? À Bandar Abbas, la nuit du 25 mai a apporté sa réponse provisoire, sanglante, et sans garantie du lendemain.

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GPA, embryons posthumes, droit inédit : pourquoi Israël est le seul pays au monde à oser cela

GPA, embryons posthumes, droit inédit : pourquoi Israël est le seul pays au monde à oser cela

C'est le souvenir vivant qu'il m'a laissé" : le combat d'une veuve de guerre pour sauver les embryons de son mari tombé au combat

Il y a des histoires qui résument à elles seules la complexité d'une nation en guerre celle d'un peuple qui lutte pour vivre, pour transmettre, pour prolonger la vie là même où la mort a frappé. H. est l'une de ces femmes.
Veuve d'un soldat de Tsahal tombé dans la bande de Gaza pendant l'opération Épées de fer, elle vient d'accomplir ce qui s'apparente à un miracle logistique, juridique et humain : rapatrier en Israël les embryons congelés de son mari disparu.

Une vie suspendue entre deux combats

Avant même de perdre son mari, H. avait déjà traversé l'enfer.
Une maladie grave contractée dans sa jeunesse, et les traitements qui l'avaient sauvée, lui avaient ôté toute possibilité de concevoir naturellement.
Elle et son mari s'étaient alors tournés vers la gestation pour autrui en Géorgie, un chemin long et épuisant qui avait finalement abouti à la naissance de leur fils aîné.
« Je ne savais pas ce qu'était le bonheur avant son arrivée », confie-t-elle.
« Nous avions traversé un enfer en tant que couple, et quand l'enfant est né, nous avions le sentiment d'avoir atteint le paradis. »

Dans le cadre de ce processus, plusieurs embryons issus du sperme de son mari avaient été conservés dans un laboratoire géorgien une réserve précieuse pour l'enfant suivant qu'ils projetaient d'avoir.
Mais le 7 octobre 2023 a tout fracassé. Son mari est rappelé sous les drapeaux dès les premières heures. « Depuis le 7 octobre, je ne l'ai presque plus vu », raconte-t-elle avec douleur. « Il était en réserve, passant de Gaza au Liban, rentrant quelques heures avant de repartir. Quand il a été tué, nous étions sous le choc. »

La course contre la montre

Alors qu'elle tentait de se reconstruire pour son fils, un coup de téléphone venu de Géorgie l'a précipitée dans une nouvelle urgence : le laboratoire où dormaient les embryons annonçait sa fermeture imminente et menaçait de les détruire s'ils n'étaient pas récupérés rapidement.
« Il était hors de question que j'y renonce », dit-elle.
« C'est le deuxième souvenir vivant que mon mari m'a laissé. Il m'avait dit : "quand je rentre, on fait un autre enfant." Il avait déjà commencé à explorer un nouveau processus de GPA. Je savais à quel point c'était important pour lui. »

Il fallait désormais trouver un hôpital israélien acceptant de recevoir les embryons, obtenir des autorisations exceptionnelles du ministère de la Santé et coordonner un transfert international de matériel biologique  le tout dans un contexte de tensions sécuritaires exacerbées, notamment la menace iranienne, qui a fait planer un moment le doute sur l'issue de l'opération.

Perdue et dépassée, H. a été prise en charge par l'Organisation des veuves et orphelins de Tsahal, qui lui a désigné une coordinatrice de projet pour l'accompagner à chaque étape.

Israël, pionnier mondial de la procréation assistée

Ce que vit H. n'est pas seulement un drame personnel. C'est le reflet d'un cadre légal et médical que peu de pays au monde peuvent revendiquer.
En Israël, la gestation pour autrui est légalement encadrée et accessible là où des pays comme la France l'interdisent formellement.
La fécondation in vitro est remboursée par l'État sans limite d'âge réelle pour les femmes jusqu'à 45 ans, et les techniques de préservation de fertilité congélation d'ovocytes, d'embryons, de sperme sont intégrées dans une politique nationale assumée de soutien à la natalité. Israël présente le taux de cliniques de FIV par habitant le plus élevé au monde.

Plus rare encore, et c'est là que le cas de H. entre dans l'histoire juridique du pays : Israël autorise l'utilisation posthume du sperme ou des embryons d'un soldat mort au combat pour permettre à sa veuve de mener à bien un projet parental.
Ce droit, encadré par des commissions éthiques et médicales, reflète une philosophie nationale profonde celle d'un État qui considère la continuité de la vie comme une forme de résistance et de victoire face à la mort.

Les embryons atterrissent à Beilinson

La semaine dernière, l'opération a abouti. Les embryons ont été rapatriés en Israël et transférés au centre médical Rabin de l'hôpital Beilinson. « On m'a envoyé des vidéos du moment où ils ont pris le tube portant mon nom », raconte H. en larmes. « J'ai vu comment ils le déplaçaient avec précaution, puis on m'a appelée pour me dire que ça avait atterri en Israël. À ce moment-là, j'ai senti que j'avais gagné. »

Le professeur Yoel Shofaro, directeur de l'unité de fertilité de Beilinson rattachée au groupe Clalit, a déclaré : « Quand l'Organisation des veuves et orphelins de Tsahal nous a contactés, nous n'avons pas eu le moindre doute que nous ferions tout pour les aider. C'est un honneur d'être là pour eux. »

Zahava Gross Midan, présidente de l'organisation et avocate, a souligné que derrière la douleur sommeille un désir profond de prolonger le rêve familial. Et Shlomi Nahumson, directeur général de l'organisation, a insisté : cette affaire illustre la réalité de ces femmes dont le combat continue bien au-delà du jour de la chute de leur mari.

Un précédent historique

H. devrait devenir la première femme en Israël à demander officiellement le recours à la GPA avec les embryons de son mari décédé au combat.
Une démarche inédite qui ouvre une page nouvelle dans le droit israélien de la bioéthique et qui pose avec une acuité rare la question de ce que signifie donner la vie quand la mort a déjà tout pris.
« Il y a en moi à la fois de la douleur et de la joie », confie-t-elle. « Mon mari est parti se battre pour ce pays, et des gens ici se sont battus pour moi en retour. Ils m'ont rendu l'air. »

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Pas de réincarnation pour les femmes ? Serait ce le signe de leur supériorité spirituelle ? sources Zohar et l'Arizal

Pas de réincarnation pour les femmes ? Serait ce le signe de leur supériorité spirituelle ? sources Zohar et l'Arizal

L'âme féminine dans la Kabbale : ce que la tradition juive dit vraiment sur les femmes

Par la rédaction D'après les textes du Zohar, du Sha'ar HaGilgulim de l'Arizal, et des sources talmudiques

Il existe dans le judaïsme une idée reçue tenace, souvent répétée dans des conversations de salon ou dans des cours de Kabbale approximatifs : les femmes ne se réincarnent pas. Sous-entendu, elles seraient exclues d'un cycle que la tradition réserve aux hommes.

Ce malentendu, répandu sans nuance ni contexte, finit par suggérer que la femme occupe dans l'économie spirituelle une place secondaire, voire déficiente. C'est exactement l'inverse de ce qu'enseignent les textes.

La réalité que l'on découvre en ouvrant le Sha'ar HaGilgulim  la "Porte des Réincarnations", œuvre maîtresse de Rabbi Yitzhak Louria, le grand Arizal de Safed, compilée au XVIe siècle par son disciple Rabbi Haïm Vital est bien plus surprenante, et bien plus haute.
Si la femme juive n'a généralement pas besoin de se réincarner, c'est non pas parce qu'elle est en marge du système, mais parce qu'elle en est, selon ces textes, la partie la plus accomplie.

Ce que la réincarnation révèle vraiment sur l'âme

Pour comprendre ce que les kabbalistes disent de la femme, il faut d'abord comprendre à quoi sert la réincarnation, ce que les textes hébraïques appellent le guilgoul.

Dans la pensée lurianique, l'âme humaine ne descend pas dans ce monde pour y prendre du bon temps. Elle vient accomplir une mission précise : réparer ce que le péché originel d'Adam a brisé. Cette réparation s'appelle le Tikkoun.
Elle passe par l'accomplissement des 613 commandements de la Torah, par la rectification des fautes commises dans des vies antérieures, et par l'élévation des étincelles divines dispersées dans la matière depuis la Création.

Or une seule vie ne suffit presque jamais à tout accomplir. C'est pourquoi les âmes reviennent, encore et encore, jusqu'à ce que leur travail soit achevé.
Le guilgoul est ainsi moins une récompense qu'une nécessité une seconde, une troisième, parfois une millième chance de finir ce qui n'a pas été terminé.
L'Arizal précise dans son œuvre qu'une âme peut se réincarner des milliers de fois, à condition de progresser ne serait-ce qu'un peu à chaque passage. Si elle n'avance pas, elle n'a droit qu'à trois tentatives. Après quoi, elle est envoyée au Guéhinnom pour y être purifiée autrement.

C'est dans ce cadre qu'il faut lire ce que la tradition dit de la femme.

La femme n'a pas besoin de revenir : un privilège, pas une exclusion

Le Sha'ar HaGilgulim est explicite. "Principalement, le concept du guilgoul s'applique aux hommes et non aux femmes." Rabbi Haïm Vital, transcrivant fidèlement son maître l'Arizal, explique pourquoi : les femmes peuvent entrer dans le Guéhinnom le processus de purification de l'âme dans l'au-delà  plus rapidement et plus directement que les hommes. Leur âme n'a pas besoin du long détour que constitue le retour dans un corps physique.

Ce point mérite qu'on s'y arrête. Dans la pensée kabbalistique, le guilgoul n'est pas un honneur. C'est une épreuve. Revenir dans ce monde signifie recommencer à se battre contre le mauvais penchant, risquer de commettre de nouvelles fautes, s'exposer à la souffrance, à l'oubli de sa mission, à toutes les vicissitudes de la vie humaine. L'Arizal lui-même met en garde ses élèves : il ne faut pas compter sur le guilgoul pour réparer ses actes. Le processus est douloureux et incertain.

La femme, elle, bénéficie d'une voie plus directe. Son âme peut accéder à la purification sans avoir à affronter à nouveau les risques d'une incarnation terrestre. Ce n'est pas une mise à l'écart : c'est une protection. Une reconnaissance implicite que son âme, dans sa constitution même, est plus proche de son achèvement.

La racine de l'âme féminine : Ève, mère de toutes les âmes

Pour comprendre d'où vient cette différence, les kabbalistes remontent à l'origine même des âmes. Selon le Zohar, toutes les âmes humaines proviennent d'un seul et même être : l'Adam Primordial, appelé Adam Kadmon, dont la chute a provoqué la dispersion de millions d'étincelles spirituelles dans l'univers matériel. Ces étincelles sont les âmes.

Mais l'Adam Primordial n'était pas seulement masculin. Il était androgyne à la fois mâle et femelle avant que Dieu ne "sépare" les deux aspects en Adam et en Ève.
Le Zohar enseigne que chaque âme, avant de descendre dans ce monde, est constituée d'une part masculine et d'une part féminine unies en un seul être. C'est au moment de l'incarnation que les deux aspects se séparent pour entrer dans des corps distincts.

Ève, selon cette lecture, n'est pas simplement la première femme. Elle est, du point de vue kabbalistique, une super-âme dont proviennent toutes les âmes féminines qui ont jamais existé ou existeront. Elle est l'archétype, la source, la racine commune de toute la dimension féminine de l'humanité. Le nom hébreu de Ève, Chava, signifie "vie" et le Zohar y voit l'allusion à sa fonction de source de toute vie spirituelle.

Cette origine confère à l'âme féminine une dignité particulière. Elle ne vient pas d'une branche secondaire ou d'un appendice de la structure spirituelle : elle vient du cœur même de la création, du côté féminin de l'Adam originel, qui est, dans la structure des Séfirot, associé à la Malkhout  le "royaume", la dixième et dernière Séfira, point de contact entre le divin et le monde, réceptacle ultime de toute lumière.

La Malkhout : le féminin comme accompli

Cette association entre l'âme féminine et la Séfira de Malkhout est fondamentale dans la pensée de l'Arizal, et c'est précisément elle qui explique pourquoi les femmes ne se réincarnent pas.

L'Arizal déploie une explication d'une grande profondeur. Le guilgoul, dit-il, est associé à la lettre hébraïque Vav  sixième lettre de l'alphabet, symbole numérique du chiffre 6, représentant les six Séfirot masculines de Zeïr Anpin : Hessed, Gevourah, Tiferet, Netzah, Hod et Yessod.

Ce sont les six dimensions de l'effort, du travail spirituel, de l'accomplissement dans le temps. Le guilgoul, comme ces six Séfirot, est un processus de progression, d'élaboration, de construction pas à pas.

La septième Séfira, Malkhout, correspond au féminin. Et Malkhout, par nature, ne "tourne" pas dans le guilgoul. Elle est déjà au bout du chemin. L'Arizal fait même le lien avec la loi de l'esclave hébreu qui est libéré la septième année : la septième année est féminine, dit-il, et ne se réincarne donc pas. Ce n'est pas une limitation c'est l'expression d'un accomplissement intrinsèque.

En termes plus accessibles : là où l'âme masculine doit travailler, construire, accumuler des Tikounims au fil de nombreuses vies pour atteindre son achèvement, l'âme féminine est, par sa constitution, déjà dans une position plus proche de cet achèvement. Elle n'a pas à parcourir le même chemin en sens identique. Sa voie de purification est plus courte parce que sa distance à parcourir est, structurellement, moins grande.

Le Guéhinnom : ni enfer, ni punition une purification d'élite

Ici encore, un malentendu doit être dissipé. Entendre que les femmes passent par le Guéhinnom après la mort pourrait sembler une condamnation. Il n'en est rien.

Le Guéhinnom, dans la tradition juive et kabbalistique, n'est pas l'enfer au sens de la théologie chrétienne un lieu de damnation éternelle.
C'est un processus de purification spirituelle intensive, limité dans le temps.
Le Talmud (Shabbat 33b) et le Zohar (I, 107a) s'accordent : la durée maximale de purification au Guéhinnom est de douze mois. C'est précisément pourquoi les enfants récitent le Kaddish pour leurs parents défunts pendant onze mois seulement : on ne voudrait pas laisser entendre que l'être aimé méritait la durée maximale.

Le Guéhinnom est divisé en sept niveaux, chacun correspondant à des types de fautes différents. Son "feu" n'est pas matériel : c'est un feu spirituel qui brûle les impuretés de l'âme comme on raffine l'or. Rabbi Eliyahu de Vidas, dans son œuvre majeure le Reshit Chochma, cite son maître Rabbi Moïse Cordovero pour expliquer la différence fondamentale entre le Guéhinnom et le guilgoul : le Guéhinnom purifie ce qui est souillé, mais ne peut pas donner ce qui manque. Le guilgoul, lui, permet d'acquérir ce qu'on n'a pas encore accompli.

C'est exactement pourquoi les femmes n'ont généralement pas besoin du guilgoul : elles n'ont pas les mêmes obligations d'accomplissement rituel que les hommes. Exemptées de nombreuses Mitsvot dites "liées au temps"  les commandements positifs à accomplir à des moments précis, comme mettre les Tefillin chaque matin, entendre le Chofar à Roch Hachana, ou résider dans la Soukka  leur bilan spirituel est apprécié selon d'autres critères. Et leur purification peut s'accomplir intégralement au Guéhinnom, sans qu'elles aient à revenir affronter les risques d'une nouvelle vie terrestre.

Et l'homme qui n'étudie pas la Torah, que lui arrive-t-il ?

La grande distinction que l'Arizal introduit n'est pas, au fond, entre hommes et femmes. Elle est entre ceux qui étudient la Torah régulièrement et ceux qui ne le font pas.

L'homme qui étudie la Torah bénéficie d'une protection extraordinaire : il ne sera pas envoyé au Guéhinnom après sa mort. Ses fautes et ses manques seront réparés autrement précisément par le guilgoul, la réincarnation.
L'étude de la Torah est ainsi décrite par l'Arizal comme un "bouclier" contre le Guéhinnom.
Le feu du Guéhinnom ne peut pas "prendre" sur une âme que l'étude a déjà purifiée et élevée de son vivant.

Mais qu'arrive-t-il à l'homme qui n'a pas étudié ? Le Sha'ar HaGilgulim est précis. Cet homme peut se réincarner, à condition de progresser à chaque vie. S'il n'avance pas, il ne peut recommencer que trois fois. Après ces trois chances, son âme est envoyée au Guéhinnom  comme la femme. La différence, là encore, est que la femme y arrive directement, sans ces allers-retours épuisants, et que sa purification y est généralement plus rapide.

Il y a une ironie profonde dans ce tableau. L'homme qui ne s'acquitte pas de son obligation d'étude de la Torah finit par emprunter la voie qui était celle de la femme depuis le départ e Guéhinnom mais en ayant auparavant dilapidé plusieurs vies dans des guilgoulim infructueux. La femme, elle, y arrive directement, sans détour, avec la dignité de celle qui n'avait pas besoin de ce long apprentissage par l'échec.

Les exceptions : quand une femme revient

La tradition kabbalistique n'est jamais manichéenne. Elle connaît les exceptions et les nuances. Il existe des cas où une âme féminine peut revenir dans ce monde.

Le plus cité est celui de la femme qui doit accompagner son mari dans sa réincarnation. Le Zohar, dans la section Saba de Mishpatim, interprète le verset de l'Exode  "s'il était marié, sa femme sortira avec lui"comme une allusion au guilgoul : si un homme doit revenir dans ce monde, son âme sœur peut choisir, ou être appelée, à le rejoindre. Ce n'est pas une obligation, mais une possibilité liée à la profondeur du lien entre les deux âmes.

Il existe aussi le cas de l'Ibbour : une âme féminine peut venir s'attacher temporairement à une femme vivante, non pour se réincarner à proprement parler, mais pour accomplir une mission précise, aider cette femme à enfanter, ou transmettre quelque chose d'essentiel. Si la femme qui reçoit cet Ibbour tombe enceinte et accouche d'une fille, l'âme attachée peut alors effectivement se réincarner dans cet enfant nouveau-né.

Enfin, le cas le plus troublant : une âme masculine condamnée pour des péchés graves l'Arizal cite notamment l'homosexualité peut se voir "placée" dans un corps de femme.

Cette femme, qui porte en elle une âme masculin, ne pourra généralement pas concevoir naturellement. L'Arizal précise qu'elle ne pourra accoucher qu'avec un grand mérite et l'entrée d'une âme féminine en elle sous forme d'Ibbour. Il ne s'agit pas ici d'une réincarnation féminine normale : c'est une punition pour une âme masculine, qui se retrouve dans une situation spirituellement inconfortable, coincée dans un corps dont la structure ne correspond pas à l'âme qui l'habite.

Ce que dit le Zohar sur la mission de la femme

Au-delà de ces mécanismes techniques de l'au-delà, il faut revenir à ce que le Zohar dit, de manière plus fondamentale, sur le rôle et la dignité de la femme dans l'économie spirituelle du monde.

"Chaque âme et chaque esprit, avant d'entrer dans ce monde, consiste en un être masculin et féminin unis en un seul être." Cette phrase du Zohar renverse la hiérarchie implicite que certains voudraient projeter sur le judaïsme. L'âme n'est pas d'abord masculine. Elle est androgyne. La dimension féminine n'est pas un ajout, une dérivation ou une version appauvrie de la dimension masculine : elle en est la moitié constitutive, sans laquelle l'autre moitié n'est pas entière.

Le Zohar ajoute, dans une formule saisissante : "Toute image qui n'embrasse pas le masculin et le féminin n'est pas une image haute et vraie." Et encore : "Le Saint Béni soit-Il ne place Sa demeure en aucun endroit où le masculin et le féminin ne sont pas présents ensemble." La femme n'est donc pas accessoire dans le rapport au divin. Elle en est une condition.

La femme et la Chékhina : une proximité structurelle

Il faut aller plus loin encore. Dans la mystique juive, la présence divine dans le monde la Chékhina est féminine. Elle est l'aspect de Dieu qui "réside" dans la création, qui accompagne Israël dans l'exil, qui pleure avec le peuple. La Chékhina est associée à la Séfira de Malkhout  la même Séfira à laquelle est associée l'âme féminine.

Cette correspondance n'est pas anecdotique. Elle signifie que l'âme féminine partage, structurellement, quelque chose de la nature de la présence divine elle-même dans ce monde. Là où l'âme masculine est en chemin vers Malkhout cherchant à unifier les forces spirituelles en lui pour atteindre ce point d'aboutissement l'âme féminine est déjà, par sa nature, dans une relation de proximité avec ce lieu d'achèvement.

Le Talmud l'avait déjà pressenti, à sa manière. "Les femmes sont dotées d'une plus grande Bina (compréhension intuitive) que les hommes", dit le traité Nidda (45b). Cette Bina n'est pas une simple intelligence pratique. Dans le lexique kabbalistique, Bina est la troisième Séfira, appelée aussi "Ima Ila'a" la Mère supérieure.
Elle est le principe de compréhension profonde, d'intuition pénétrante, de capacité à saisir les choses dans leur globalité plutôt qu'à les analyser pièce par pièce. Attribuer aux femmes une plus grande Bina, c'est leur attribuer une forme d'intelligence spirituelle plus haute, plus directe, plus proche des niveaux supérieurs de l'âme.

Le Messie ne viendra pas tant que toutes les âmes n'auront pas accompli leur mission

Il est une dimension de cette question qui dépasse le destin individuel et touche à l'eschatologie  la vision juive de la fin des temps et de la rédemption finale.

Le Talmud enseigne, et la Kabbale le répète et l'approfondit : le Messie ne viendra pas tant que toutes les âmes du Gouph  le réservoir céleste des âmes encore non incarnées n'auront pas accompli leur passage dans ce monde. Nahmanide le formule clairement : la délivrance finale ne peut survenir que lorsque ce réservoir sera épuisé.

Or les femmes jouent un rôle essentiel dans ce processus. Non pas en se réincarnant elles-mêmes à l'infini, mais en étant le vecteur par lequel les âmes entrent dans le monde en portant, en donnant naissance, en élevant. Ève est appelée "mère de toute vie" Em kol haï  et ce titre prend dans la perspective kabbalistique une dimension cosmique. Chaque naissance est un acte de Tikkoun, et c'est par le corps féminin que cet acte s'accomplit.

Le Zohar dit encore que la femme qui étudie la Torah reçoit une double récompense : une pour elle-même, et une pour ce qu'elle permet à son mari d'étudier. Cette formulation, que certains pourraient trouver réductrice, est en réalité une reconnaissance d'une fonction unique : la femme est le socle qui rend possible le Tikkoun de l'homme. Sans elle, son guilgoul lui-même ne pourrait pas s'accomplir pleinement.

Ce que tout cela change dans la vie concrète

On pourrait objecter que tout ceci est bien abstrait, et que dans la vie quotidienne, nombreuses sont les femmes juives qui se sentent moins valorisées que leurs homologues masculins par une tradition qui les exempte de nombre d'obligations. Cette exemption peut en effet être vécue comme une exclusion, comme si on les reléguait à une spiritualité de second rang.

Les textes kabbalistiques répondent à cette intuition de manière frontale : l'exemption n'est pas une mise à l'écart. Elle est la reconnaissance que l'âme féminine n'a pas besoin des mêmes "béquilles" rituelles que l'âme masculine pour rester en contact avec le divin.

L'homme a besoin des Tefillin, du Chofar, de la Soukka, du minyan quotidien parce que sans ces ancres rituelles, son âme, plus exposée aux forces du Yetzer Hara (le mauvais penchant), risque de dériver. La femme est, dans cette lecture, structurellement plus stable spirituellement. Elle a besoin de moins d'interventions externes pour rester en lien avec sa source divine.

Ce n'est pas une infériorité de l'homme  c'est simplement une différence de constitution. L'homme est plus grand physiquement en général, mais cela ne dit rien de sa valeur en tant qu'être. De même, la nécessité pour l'âme masculine de passer par plus d'épreuves et de réincarnations ne la diminue pas elle décrit simplement un chemin différent, plus long, vers le même sommet.

Une tradition à relire sans préjugés

L'enseignement kabbalistique sur la femme et la réincarnation est l'une des plus belles illustrations de ce que la tradition juive peut offrir quand on accepte de la lire sans les lunettes déformantes du préjugé ou du survol superficiel.

Loin de marginaliser la femme, les textes de l'Arizal, du Zohar et du Talmud dessinent une anthropologie spirituelle dans laquelle l'âme féminine occupe une position qui est, à bien des égards, plus proche de l'achèvement divin que l'âme masculine.
Elle n'a pas besoin de revenir autant. Elle se purifie plus vite. Elle est associée à la Séfira la plus proche de la présence divine dans le monde. Elle est structurellement dotée d'une compréhension intuitive plus haute.

Cela ne signifie pas que les femmes sont des êtres parfaits, ni qu'elles n'ont rien à travailler sur elles-mêmes. La tradition est trop honnête pour tomber dans cette naïveté. Mais cela signifie que lorsqu'on lit correctement ce que la Kabbale dit de la femme, on ne trouve pas une spiritualité mineure, une âme de deuxième rang, une créature accessoire.

On trouve exactement le contraire.

Sources : Sha'ar HaGilgulim de l'Arizal (Rabbi Yitzhak Louria), compilé par Rabbi Haïm Vital — Chapitres 9 et 20 ; Zohar, Parashat Mishpatim (Saba de Mishpatim) ; Zohar, Pékoudei 253a ; Zohar I, 107a ; Talmud Babylonien, Shabbat 33b, Nidda 45b, Sotah 10b ; Reshit Chochma de Rabbi Eliyahu de Vidas, Sha'ar HaYira 13 ; Olam HaBa, sources talmudiques et kabbalistiques.

L'audace du don : 30 dunams offerts aux plus démunis par ces nouveaux agriculteurs israéliens

L'audace du don : 30 dunams offerts aux plus démunis, ces nouveaux agriculteurs israéliens

La nouvelle génération des agriculteurs israéliens

Il a 28 ans, la foi chevillée au corps et les pieds dans la terre. Il est aussi une star des réseaux sociaux avec des dizaines de milliers d'abonnés.
Dan Beniahu Suissa a choisi de bâtir une exploitation agricole de ses propres mains, à partir de rien. Dans les serres du moshav Beit Ouziel, il explique pourquoi l'agriculture est pour lui une vocation  et comment son partenariat avec l'organisation Leket Israël lui permet de transformer même les moments les plus difficiles de la guerre en actes de générosité et de don.

Briser le stéréotype

Quand on ferme les yeux et qu'on imagine un agriculteur israélien, la plupart d'entre nous voient apparaître la figure mythique du kibboutznik celui à la moustache blanche, au chapeau de paille et au vieux tracteur.
Dan Beniahu Suissa pulvérise ce cliché. Il représente une nouvelle espèce d'agriculteurs : jeune, mû par une vision spirituelle profonde, et animateur d'une présence impressionnante sur les réseaux sociaux, où il rend accessible à ses abonnés toutes les étapes du travail agricole.

« Je montre le processus que traversent nos fruits et légumes pour arriver dans notre assiette », dit-il avec fierté.
« Nous sommes les jeunes qui ont choisi de prendre l'agriculture et de la faire pousser plus loin. » Contrairement à ceux qui héritent d'une exploitation familiale, Dan a tout construit de zéro. Il gère au moshav Beit Ouziel une boutique de ferme fondée sur le modèle "du champ à l'assiette" Farm to Table pour garantir une fraîcheur absolue.
Dans ses serres où mûrit une grande variété de fruits et légumes, l'odeur des produits frais emplit l'air. « Le fruit est cueilli tu le mets dans ta bouche. Ce sont des saveurs complètement différentes. On le voit avec les yeux, on le sent avec le nez. Le paradis sur terre. »

La résilience sous le feu

Pendant la guerre, les défis se sont mués en difficultés physiques et économiques bien réelles. Au plus fort de la pression, des parcelles entières risquaient d'être abandonnées, faute de bras. « À cause de la surcharge de travail, des dunams entiers s'accumulaient sans que nous puissions les récolter », raconte Dan. Plutôt que de baisser les bras, il a choisi la générosité : « Nous avons donné près de 30 dunams de légumes à Leket Israël. C'est une collaboration miraculeuse. »

Mai pour les agriculteurs

Le travail de Dan et celui de centaines d'autres agriculteurs se trouvent au cœur du projet "Mai Lekhaklai"  "Mai pour les agriculteurs" qui atteint son apogée à la fête de Shavouot, la fête de la moisson.
L'objectif de ce projet est simple et émouvant : rendre hommage aux agriculteurs et leur témoigner la reconnaissance qu'ils méritent pour leur immense effort tout au long de l'année. Rien que l'an passé, quelque 700 agriculteurs israéliens ont réussi à sauver 32 000 tonnes de produits frais qui étaient voués à la destruction une nourriture de qualité qui nourrit chaque semaine environ 470 000 personnes dans le besoin à travers tout le pays.

Une vocation spirituelle

Le lien de Dan avec l'organisation va bien au-delà d'un simple partenariat commercial.
Pour lui, sauver des aliments est la concrétisation d'une vision du monde profondément spirituelle, qui voit dans l'agriculture une mission de diffusion de l'abondance et de la générosité. « La chose la plus douloureuse au monde, c'est de voir le fruit sur lequel tu as travaillé jeté à la poubelle il n'y a rien de plus douloureux que ça, tu le ressens dans ta chair », confie-t-il avec franchise.
« Depuis que j'ai commencé à travailler avec Leket Israël, c'est le privilège qu'ils m'ont offert. Tu aides ceux qui en ont besoin et tu ne vois pas le travail de tes mains pourrir sur l'arbre. »

Pour Dan, ce partenariat est la façon de s'assurer qu'aucun produit n'est gaspillé et que l'abondance qui pousse dans les champs parvient aux bonnes mains. C'est le moteur qui lui permet de se lever chaque matin et de retourner au travail.
« Ce n'est pas seulement que nous nous sommes levés le matin juste pour gagner de l'argent », résume-t-il. « Ça me donne le droit d'influencer des gens qui manquent de quelque chose. Et ça met ces produits à la portée du peuple israélien, de ceux qui en ont besoin. »

 

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