Jérusalem : Amit Peretz hétéro et membre du Likoud à la tête de la Maison ouverte LGBT

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Jérusalem : un hétéro et membre du Likoud à la tête de la Maison ouverte LGBT

Jérusalem : un hétéro à la tête de la Maison ouverte LGBT

Il ne correspond en rien au profil attendu. Amit Peretz, 34 ans, nouveau directeur général de la Maison ouverte pour la fierté et la tolérance à Jérusalem, est hétérosexuel, marié, père d'un enfant de deux ans, issu d'une famille nationaliste-religieuse et fils de l'ancien maire de Tibériade  élu sous l'étiquette du Likoud. Sa nomination, quelques jours avant la Marche des fierté de la capitale, a fait grincer des dents. Lui assume, et il s'explique pour la première fois.

Six ans de silence

Tout commence avec son frère aîné, de sept ans son cadet, qui fait son coming out à 18 ans. Pendant six ans, Amit ne le mentionne à personne. « Je ne me sentais tout simplement pas dans un environnement où je pouvais dire : "j'ai un frère gay". » C'est lors d'une année préparatoire militaire à Jérusalem, au contact de l'organisation de jeunesse LGBT Iggy, qu'il en parle publiquement pour la première fois. « Ce fut un moment très puissant. Je voulais que mon frère se sente libre dans mes cercles, qu'il comprenne qu'il n'y a aucune raison d'avoir honte. Ça m'a libéré. »

Ce jour-là, c'est lui aussi qui sort du placard pas sur son orientation sexuelle, mais sur ses convictions et son engagement comme allié.

Jérusalem, une obsession

Arrivé à l'Université hébraïque en 2014 pour étudier la gestion et les relations internationales, Peretz est vite happé par la vie associative et civique de la ville. Il crée « Le Rectangle », une série de soirées festives destinée à retenir les jeunes à Jérusalem et qui tourne depuis huit ans. « Je voulais montrer qu'il y a de la vie ici, des gens, une raison de rester. »

Après son service militaire comme combattant et commandant dans la 50e brigade Nahal  qu'il décrit, contre toute attente, comme un environnement pluraliste et ouvert , il plonge dans la politique municipale. Aux dernières élections, il se présente sur la liste du maire Moshé Lion comme représentant des jeunes.

Un allié au poste le plus exposé

Sa nomination à la Maison ouverte soulève une question légitime : qu'est-ce qu'un hétéro vient faire là ? Sa réponse est directe. « Je n'aurais jamais postulé si la communauté ne m'avait pas elle-même sollicité. Je ne suis pas là pour parler en son nom, mais pour amplifier ses voix. » Il connaît ses limites, dit-il, et sait qu'il a encore beaucoup à apprendre. Mais il mise sur sa capacité à construire des ponts entre communautés, à atteindre des décideurs inaccessibles à d'autres.

La Maison ouverte n'est pas une simple association militante : c'est à la fois un espace communautaire, un centre de soutien psychologique, un organe d'éducation et une tribune politique — dans une ville où 20 % des signalements d'agressions LGBTphobes recensés en Israël proviennent de Jérusalem et de ses environs.

Moshé Lion, la coalition et les limites du possible

Sur Moshé Lion, le maire de Jérusalem réputé peu progressiste, Peretz choisit ses mots avec soin. « Je vois en lui quelqu'un qui, sans sa dépendance à la coalition ultra-orthodoxe, ferait avancer beaucoup de ce que je défends. » Transports publics le Shabbat, logement accessible, entreprises attirées dans la ville : pour lui, l'avenir de la communauté LGBT à Jérusalem — comme celui des laïcs — se joue d'abord sur ces questions concrètes. « Sans emplois et sans logements abordables pour les jeunes familles, même la plus belle vision reste en l'air. »

La Marche, pas un simple défilé

Ce jeudi, la Marche des fiertés de Jérusalem empruntera un nouveau parcours pour s'achever au Jardin des roses, face à la Knesset. Un symbole délibéré. « La Marche ici est différente de toutes les autres, dit Peretz. Elle est protestataire, elle renforce et elle rassemble des gens très différents. » Dans la capitale israélienne, défiler, c'est encore un acte politique.

Amit Peretz entre en fonctions à un moment charnière. La communauté LGBT de Jérusalem se bat aujourd'hui sur tous les fronts : législation, sécurité, parentalité, reconnaissance, budget. Lui ne prétend pas tout incarner. « Je suis là pour amplifier les voix », répète-t-il. Dans une ville où chaque identité devient vite une question politique, c'est déjà une position courageuse.

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