Il a passé 29 ans à être musulman. 5 minutes pour devenir Juif. Et 2,5 millions de dollars pour s'en remettre

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Il a passé 29 ans à être musulman. 5 minutes pour devenir Juif. Et 2,5 millions de dollars pour s'en remettre

Il voulait juste savoir d'où il venait. Il ne s'attendait pas à changer d'identité 

À 29 ans, un test ADN commandé sur internet lui apprend que son père biologique n'est pas l'homme qui l'a élevé  et que le sperme utilisé pour le concevoir en 1992 appartenait à un donneur juif. Lui qui a grandi musulman se retrouve propulsé, sans crier gare, au cœur d'une des équations identitaires les plus explosives du Moyen-Orient. Ce n'est pas un roman, ce n'est pas une série Netflix — c'est une affaire judiciaire en cours à Tel-Aviv, et elle vaut 7,3 millions de shekels.

Quand le test ADN devient une bombe à retardement

Il pensait connaître son histoire. Il avait une famille, un nom, des racines. Et puis, à 29 ans, une simple analyse génétique a tout fait exploser. Né en août 1992 à Tel-Aviv d'un couple musulman ayant eu recours à l'insémination artificielle, cet homme vient d'apprendre que le sperme utilisé pour le concevoir n'était pas celui de son père  un homme décédé depuis  mais celui d'un donneur juif. Erreur médicale, négligence, ou simple aléa d'une époque où les protocoles de FIV étaient moins stricts qu'aujourd'hui ? C'est précisément ce que le tribunal de district de Tel-Aviv doit désormais trancher.

7,3 millions de shekels pour une identité volée

La plainte pour faute médicale a été déposée devant le tribunal de district en février dernier. Elle réclame 7,3 millions de shekels — soit environ 2,5 millions de dollars — à l'encontre du gynécologue obstétricien qui avait pris en charge le couple au début des années 1990. Le praticien, aujourd'hui âgé de 96 ans, est désormais atteint de démence sévère et placé sous tutelle de sa famille. Une situation qui complique singulièrement la procédure. 

Car au-delà du scandale médical, c'est un vrai feuilleton judiciaire qui se joue en coulisses. Peu après le dépôt de la plainte, les enfants et l'épouse du médecin ont demandé à être désignés tuteurs de l'ensemble de ses affaires, au motif de sa démence avancée. Le tribunal de la famille de Tel-Aviv a accepté leur demande et a rendu une ordonnance permanente les nommant responsables de ses affaires personnelles, médicales et financières.

Une tutelle qui sent le conflit d'intérêts

La mère et le fils, parties au procès en réparation, ont alors tenté de faire annuler cette tutelle familiale — ou d'obtenir la nomination d'un tuteur externe indépendant. Ils ont exprimé la crainte que l'épouse et les enfants du médecin, en leur qualité de tuteurs, agissent pour préserver le patrimoine à la lumière du procès engagé contre lui. Autrement dit : que la famille fasse le ménage dans les comptes avant qu'un éventuel jugement condamnatoire ne tombe.

Sauf que le juge Tomer Shalem ne l'a pas entendu de cette oreille. Il a rejeté leur requête, expliquant qu'une demande d'annulation d'une tutelle ou de nomination d'un tuteur neutre ne peut être déposée par un tiers qui ne répond pas à la définition légale d'un « proche » soit une personne ayant un lien de sang ou conjugal. Logique juridique implacable : on ne peut pas se glisser dans une procédure de tutelle simplement parce qu'on a un procès en cours contre l'intéressé. 

Le magistrat a également estimé que si les plaignants souhaitaient empêcher une dissipation d'actifs, ils devaient déposer une demande de mesure conservatoire appropriée devant le tribunal saisi de l'affaire principale. Bref : chaque chose en son lieu, chaque tribunal son affaire.

Une erreur qui traverse trois décennies

Ce qui frappe dans cette histoire, c'est moins la faute médicale elle-même — aussi grave soit-elle — que le temps qu'il a fallu pour que la vérité éclate. Trente-deux ans de silence. Un père adoptif de facto qui élève un enfant sans jamais savoir, une mère qui n'a peut-être jamais eu de doutes, et un jeune homme qui, en cochant une case sur un formulaire de test génétique grand public, se retrouve soudainement avec une identité à reconstruire de zéro.

Le test génétique réalisé par le fils à l'âge de 29 ans a révélé que l'homme qui l'avait élevé n'était pas son père biologique, et que la grossesse avait été obtenue avec le sperme d'un donneur juif. On imagine sans peine l'onde de choc — humaine, religieuse, culturelle — que représente une telle découverte pour un homme élevé dans la foi musulmane.

Un médecin hors d'atteinte, une justice qui tâtonne

Le dossier illustre une réalité souvent occultée dans les affaires de faute médicale ancienne : les présumés responsables vieillissent, oublient, disparaissent — parfois derrière un diagnostic de démence qui les met à l'abri de toute confrontation directe. Le praticien au cœur de ce scandale ne comparaîtra vraisemblablement jamais à la barre. Il ne se souvient probablement plus de rien. Et c'est précisément ce vide mémoriel qui rend la quête de justice aussi nécessaire que frustrante.

L'affaire est désormais entre les mains du tribunal de district de Tel-Aviv. Elle posera inévitablement des questions qui dépassent largement le cas individuel : quelles étaient les normes de traçabilité des dons de sperme en Israël dans les années 1990 ? Qui contrôlait quoi, comment, et avec quelle rigueur ? Et surtout : combien d'autres familles portent, sans le savoir, une vérité similaire enfouie dans leur patrimoine génétique ?

À l'heure des tests ADN vendus en grande surface, ces questions ne sont plus théoriques.

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