Israël : Séparation des sexes à la fac de médecine - la science sacrifiée sur l'autel du dogme

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Les doyens de médecine sonnent l'alarme contre la loi de séparation des genres : "un dommage irréversible"

Les doyens de médecine sonnent l'alarme contre la loi de séparation des genres : "un dommage irréversible"

À la veille du vote à la Knesset, les doyens des neuf facultés de médecine israéliennes ont envoyé une lettre virulente aux députés. Ils avertissent qu'étendre la séparation des sexes aux études de médecine menacerait la qualité de la formation médicale et la santé publique. Le professeur Arnon Afek, doyen de la faculté de médecine de l'université Reichman, va jusqu'à évoquer un risque pour la reconnaissance internationale de la médecine israélienne.

Un vote décisif cette semaine

À l'approche du vote en deuxième et troisième lecture du projet de loi sur la "séparation des genres" dans l'enseignement supérieur, les doyens des facultés de médecine israéliennes ont adressé ce lundi matin une lettre sans détour aux membres de la Knesset.
Le message est limpide : appliquer cette loi aux études de médecine et aux professions de santé porterait gravement atteinte à la qualité des soins en Israël et mettrait en péril la santé de la population.
"En tant que doyens des neuf facultés de médecine d'Israël, nous tenons à vous alerter : cette loi risque de causer un préjudice grave à la santé des habitants d'Israël, de compromettre la reconnaissance internationale de la médecine israélienne, et même de menacer la santé publique", écrivent-ils.

L'amendement à la loi sur les droits des étudiants permettrait la mise en place de filières séparées selon le genre pour les diplômes avancés, master et doctorat.
Le texte précise que cette séparation ne concernerait que les salles de cours, et non les espaces communs des établissements. Il prévoit aussi que l'ouverture de ces filières ne serait pas automatique : la participation resterait volontaire, aucun étudiant ne serait contraint d'y adhérer, et chaque établissement devrait obtenir une autorisation spécifique du Conseil de l'enseignement supérieur. Malgré ces garde-fous, le monde académique redoute l'exclusion, une atteinte à l'égalité des femmes, et une dégradation de la qualité de l'enseignement et de la recherche.

Le genre plutôt que la compétence

Les doyens des facultés de médecine préviennent que l'adoption de cette loi ferait du genre le critère déterminant dans la formation des futurs soignants, au détriment de l'expertise des enseignants. "Au lieu que ce soit l'enseignant, l'expert ou l'experte le plus compétent, qui forme les étudiants, c'est le genre qui deviendra le facteur décisif. Posez-vous la question suivante : si, à Dieu ne plaise, un de vos proches devait subir une opération, préféreriez-vous être opéré par le meilleur professionnel disponible, homme ou femme, ou par un chirurgien du 'bon' genre ?"

Aujourd'hui, la séparation des sexes dans l'enseignement reste limitée pour l'essentiel à la licence. Le projet de loi permettrait d'étendre ce dispositif à tous les niveaux, y compris aux diplômes avancés.

Les doyens soulignent également que l'apprentissage mixte, entre étudiantes et étudiants, ultra-orthodoxes, arabes et laïcs, constitue le socle d'un enseignement de qualité, adapté aux besoins réels de la population. "Chaque étudiant du groupe peut éclairer ses camarades sur les spécificités et les besoins propres à sa communauté."

"Un dommage irréversible"

Selon eux, porter atteinte à cet enseignement commun, pilier essentiel de l'adaptation des soins médicaux à l'ensemble de la population, entraînerait une perte de reconnaissance et de considération internationale envers les établissements d'enseignement supérieur israéliens. "En conséquence, les médecins israéliens ne pourront plus effectuer de fellowships dans les grands hôpitaux étrangers, ce qui portera un coup sévère à la disponibilité et à la qualité des médecins spécialistes dans le pays."

Parmi les signataires de la lettre figurent la professeure Relly Hershkovitz, présidente du forum, de l'université Ben Gourion du Néguev, la professeure Orly Avni de l'université Bar-Ilan, la professeure Keren Avraham de l'université de Tel-Aviv, et le professeur Arnon Afek de l'université Reichman.
Ont également signé le professeur Ami Aharoneheim du Technion, la professeure Ayelet Erez de l'institut Weizmann, le professeur Haim Bitterman de l'université de Haïfa, la professeure Iris Barshack de l'université d'Ariel en Samarie, et le professeur Eli Pikarsky de l'université hébraïque de Jérusalem.

Les doyens insistent sur un point : dans sa forme actuelle, le texte "permet seulement" l'enseignement séparé. Mais demain, avertissent-ils, "il pourrait s'accompagner d'une allocation de ressources dédiée, et le système de l'enseignement supérieur et de la santé, en manque chronique de moyens, se verrait contraint de céder à ce diktat impossible".

"Ce n'est pas un sujet politique"

"Ce n'est pas un sujet politique, c'est une question académique et professionnelle", affirme le professeur Arnon Afek, doyen de l'école de médecine Dina Recanati de l'université Reichman, directeur de l'institut Gertner au centre médical Sheba, et ancien directeur général du ministère de la Santé, dans un entretien accordé à Ynet. "L'avenir de l'enseignement supérieur en Israël en général, et de la médecine en particulier, sera irrémédiablement affecté par ce processus de séparation des genres."

"Il existe des diplômes professionnels, comme la médecine ou la psychologie, où l'enseignement mixte, hommes et femmes réunis, est déterminant pour une formation correcte. Car aujourd'hui, nous enseignons en groupe, dans un échange nourri mutuellement. Quand hommes et femmes sont assis côte à côte, on apprend les différents aspects médicaux propres à chacun.
Les hommes et les femmes sont totalement différents dans le domaine médical. Peut-on imaginer qu'un chercheur ou un médecin ignore les spécificités de l'autre sexe, n'en soit pas conscient ? Tout ce que nous voulons, c'est renforcer la conscience sociale, adapter la médecine aux deux sexes, à tous les secteurs de la population."

Le professeur Afek rappelle que l'enseignement mixte demeure la norme internationale. "Si nous en arrivons à des établissements qui enseignent de manière séparée, nous deviendrons un pays qui enseigne à contre-courant de ce qui est reconnu dans le monde. Cette situation risque de porter atteinte à la reconnaissance internationale des études de médecine en Israël, et c'est extrêmement grave. Cela signifie que nos médecins ne pourront plus, à l'avenir, se perfectionner à l'étranger. C'est là le danger qui en découle."

Il indique par ailleurs que la faculté de médecine de l'université Reichman ouvre actuellement sa troisième promotion, avec environ 15 % d'étudiants issus du secteur ultra-orthodoxe sur les 200 inscrits. "Je crois profondément à leur intégration dans le système. Je demande aux membres de la Knesset, avant de voter, de se poser une seule question : si, à Dieu ne plaise, l'un de vos proches avait besoin d'une opération, souhaiteriez-vous que ce soit le meilleur médecin, homme ou femme, qui l'opère, ou celui dont le genre correspond au sien ?"

 

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