Krach du diamant en Israël : des marchands millionnaires devenus chauffeurs de taxi

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Krach du diamant en Israël : des marchands millionnaires devenus chauffeurs de taxi

 

La Bourse des diamants de Ramat Gan se vide. Des négociants qui brassaient des millions de dollars ferment boutique les uns après les autres, victimes conjuguées de l'effondrement du marché chinois, de l'essor mal maîtrisé des diamants de laboratoire et de l'absence de soutien gouvernemental face aux droits de douane américains.

Un métier qui s'effondre en silence

"À 55 ans, je dois tout réinventer. Je suis contraint de quitter un métier que j'aime et que je maîtrise, et ça me déchire." Ce négociant chevronné de la Bourse des diamants, dont le nom reste protégé, décrit ainsi la chute libre de l'un des secteurs les plus prestigieux d'Israël.
Entré dans le métier en 1994 juste après son service militaire, il a bâti sa propre société de négoce de diamants de luxe pour le marché asiatique, avec une antenne à Hong Kong et des chiffres d'affaires en millions de dollars. Aujourd'hui, il vit de ses économies passées et attend d'écouler son dernier stock pour fermer définitivement.

"J'estime qu'environ la moitié des négociants de la Bourse l'ont déjà quittée pour chercher un revenu ailleurs, raconte-t-il. Quand on arrive à la Bourse aujourd'hui, c'est la déprime : des dizaines de bureaux fermés. Je connais un diamantaire qui me vendait autrefois de la marchandise par millions et qui aujourd'hui change des devises dans les couloirs.
D'autres sont devenus chauffeurs de taxi, voire marchands de légumes.
À l'époque faste, un jeune de trente ans, seul, sans équipe, pouvait faire tourner dix millions de dollars. Aujourd'hui, la demande en Asie est tombée quasiment à zéro, et le secteur a purement et simplement disparu."

Chine, Inde et l'erreur fatale des diamants de laboratoire

Selon lui, l'effondrement résulte d'un enchaînement de crises mondiales. En Chine, frappée par une crise économique, posséder un diamant symbolisait autrefois le statut social et la sécurité financière. La confiance s'est effondrée avec la chute des prix. Parallèlement, l'arrivée massive des acteurs indiens et des années de surstock ont fait plonger les cours.

Mais la véritable tragédie, selon lui, tient à l'adoption précipitée des diamants de laboratoire synthétiques par l'industrie elle-même.

"Il y a une quinzaine d'années, on a trouvé le moyen de faire pousser des diamants en laboratoire. Si on avait honnêtement dit dès le départ qu'on avait développé un substitut au diamant, tout serait resté normal. Le fait même d'appeler ce produit industriel diamant a été une erreur colossale."
Le discours commercial jouait sur l'émotion, allant jusqu'à suggérer une demande en mariage avec une bague en diamant de laboratoire à trois fois moins cher qu'une pierre naturelle. "Tout ce qu'on produit sans limite voit son prix s'effondrer, et c'est exactement ce qui est arrivé aux diamants de laboratoire."

Il pointe également la responsabilité du gouvernement israélien. Alors que la Belgique a obtenu 0 % de droits de douane pour ses exportations vers les États-Unis grâce à un gouvernement actif sur ce dossier, Israël aurait abandonné le secteur à son sort. Environ 60 % des diamants israéliens partent vers les États-Unis, désormais soumis à des taxes américaines qui empêchent toute compétitivité. "Personne ne s'occupe des diamantaires. Le monde extérieur appartient à la high-tech et aux diplômés, que je n'ai malheureusement pas eu le temps d'acquérir."

La confusion volontaire entre pierre naturelle et copie industrielle

Ophir Naïm-Doron, négociant actif et arbitre au sein de l'organe d'arbitrage du secteur, situe la racine de la catastrophe dans le brouillage délibéré des frontières entre l'authentique et l'imitation technologique.

"Pour comprendre l'ampleur du drame, il faut comprendre ceci : quand on tient un diamant naturel entre les mains, on ne tient pas un simple fragment de carbone brillant. On tient une pierre formée sous la surface terrestre, sous des températures de plusieurs milliers de degrés et des pressions colossales, il y a entre un et trois milliards et demi d'années, bien avant les dinosaures. Chaque pierre naturelle est une empreinte unique de la nature, il n'existe pas deux diamants naturels identiques au monde."

Il y a un peu plus d'une décennie, la technologie moderne a permis de produire, en deux ou trois semaines seulement dans un four industriel, une pierre chimiquement identique.
"Le produit est composé des mêmes atomes de carbone, mais sur le plan historique, émotionnel, économique et narratif, il est l'exact opposé de l'original."

Naïm-Doron qualifie ce qui s'est produit de véritable usurpation d'identité et pointe la responsabilité de ses propres confrères et des instituts de gemmologie.
"Si l'on avait dit dès le premier jour, en toute honnêteté, que l'on avait développé un produit industriel bon marché et accessible, tout serait resté sain. Mais notre industrie, par appât du gain rapide, a donné à cet objet synthétique le nom de diamant et lui a appliqué la même terminologie." La faute la plus grave, selon lui, a été d'attribuer aux produits synthétiques les mêmes classements de qualité 4C, taille, pureté, couleur et poids, historiquement conçus pour mesurer la rareté naturelle.

"Cette échelle est née pour mesurer la rareté de la nature. Mais appliquée à un produit de fabrication industrielle, elle donne une fausse image de la réalité. En usine, le fabricant contrôle les paramètres et peut produire mille autres pierres parfaites en augmentant simplement la température. Cet amalgame a créé une confusion mortelle, et le public a perdu confiance dans le produit tout entier."

Une chute des prix de 80 à 95 % en cinq ans

La production illimitée a rapidement produit son effet inévitable. Une ressource que l'on peut fabriquer en quantités infinies en usine voit sa valeur économique s'effondrer vers zéro. En cinq ans seulement, les prix des diamants de laboratoire ont chuté de 80 à 95 %.
Une personne ayant acheté un diamant de laboratoire cinq mille dollars il y a quatre ans découvre aujourd'hui que la même pierre se revend à cinquante dollars, prix négociant, sans aucune valeur de revente.

Ce choc a affecté l'ensemble du marché, y compris la valeur des pierres naturelles.
La crise et la prise de conscience tardive du secteur entraînent désormais une vague législative mondiale sans précédent, destinée à protéger les consommateurs contre la tromperie.

En France, la loi interdit désormais totalement les termes édulcorés comme diamant de laboratoire ou diamant cultivé, imposant exclusivement le terme diamant synthétique.

La Confédération internationale de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie (CIBJO) a statué que seul le terme synthétique est autorisé, réclamant l'interdiction des classements 4C pour les produits de laboratoire. L'Inde et la Russie ont instauré des mécanismes de sanctions pénales, l'interdiction de mentionner un poids en carats pour les pierres synthétiques et de lourdes amendes pour l'usage de termes trompeurs comme écologique ou véritable.

"Le monde commence à comprendre ce qui s'est passé, conclut Naïm-Doron. L'industrie du diamant est le microcosme de ce qui se joue aujourd'hui à l'ère de l'intelligence artificielle. Quand on produit des textes, des images et des voix en un clic, il faut les signaler par la loi pour empêcher l'usurpation d'identité ultime. Les gens ne cherchent pas de raccourcis industriels bon marché pour marquer un moment unique de leur vie. Ils cherchent l'effort, la profondeur et la rareté. Si nous savons appeler les choses par leur nom et préserver la confiance, la vérité l'emportera."

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