Global Protector : le réseau secret des policiers israéliens à l'étranger

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Global Protector : Le réseau mondial des policiers israéliens à l'étranger, expliqué par l'affaire de Buenos Aires

Comment les officiers de police israéliens sont-ils déployés à l'étranger : le réseau qui a permis de localiser Mali et Liel Yahalomi en Argentine

Un policier israélien qui monte dans un bus à Buenos Aires et s'adresse en hébreu à deux disparues retrouvées après une semaine de traque internationale : la scène a fasciné tout un pays et révélé au grand public l'existence d'un réseau méconnu, celui des représentants de la police israélienne postés en permanence à l'étranger.

Une disparition qui a mobilisé la police pendant une semaine

Mali Yahalomi et sa fille Liel avaient disparu début août à Vienne, en Autriche, où leur absence avait déclenché une enquête d'envergure associant la police israélienne, les autorités autrichiennes et Interpol.
Très vite, les enquêteurs avaient découvert que les deux femmes avaient quitté l'Autriche de leur plein gré, transitant par l'Allemagne avant de s'envoler vers l'Argentine. L'enquête a mobilisé environ 300 enquêteurs et membres du renseignement, travaillant sans relâche pour reconstituer leur trajet. Les policiers ont notamment exploité l'historique des recherches effectuées par les deux femmes sur une intelligence artificielle, qui contenait des questions sur la manière de se déplacer sans être repérées, ainsi que le retrait d'environ 14 000 euros en liquide effectué par Mali avant son départ.

L'homme qui les a retrouvées : Walter Alejandro Kogan

C'est finalement à Buenos Aires, à bord d'un bus interurbain, que les deux femmes ont été localisées. L'officier chargé de les approcher n'était pas un simple policier argentin mais Walter Alejandro Kogan, commissaire divisionnaire et représentant officiel de la police israélienne pour l'Amérique du Sud. Sa phrase d'ouverture, prononcée en hébreu, est devenue virale en Israël : il s'est présenté en expliquant qu'il était le représentant de la police en Amérique du Sud, rattaché à la division du renseignement, avant de demander à faire descendre tout le monde du bus pour pouvoir leur parler.

Avant sa nomination, Kogan avait exercé comme officier d'enquêtes et de renseignement au commissariat d'Arad, après avoir vécu à Beer-Sheva. Il avait ensuite été promu commissaire divisionnaire et affecté à ce poste basé en Amérique latine. Selon la police, il avait été dépêché du Mexique vers l'Argentine dès que les enquêteurs avaient établi que la mère et la fille se trouvaient sur le continent sud-américain.

Une fonction diplomatique avant d'être opérationnelle

Contrairement à son ancien poste à Arad, centré sur le travail d'enquête de terrain, la fonction que Kogan occupe aujourd'hui relève avant tout de la diplomatie policière.

Les attachés de police à l'étranger constituent, selon la police israélienne elle-même, le bras long de l'institution et du ministère de la Sécurité nationale hors des frontières du pays.

Leur mission consiste à servir de point de liaison officiel, opérationnel et renseignement entre la police israélienne et les autorités d'application de la loi, les forces de sécurité et les services de renseignement des pays où ils sont positionnés. Chaque attaché est généralement responsable d'une zone géographique regroupant plusieurs pays plutôt que d'un seul territoire.

Depuis sa nomination comme représentant pour l'Amérique latine, Kogan multiplie ainsi les rencontres avec les polices de la région pour entretenir la coordination.

Le 29 avril, la police bolivienne a par exemple annoncé publiquement une rencontre entre son état-major et Kogan, décrit comme l'attaché de la police israélienne pour l'Amérique latine, une rencontre présentée comme renforçant la coopération sécuritaire et l'échange d'expérience entre les deux pays.
Kogan avait aussi rencontré des officiels argentins dès avril 2025, qui lui avaient présenté le système de sécurité de Buenos Aires, avant de s'intéresser à un programme argentin de localisation et de restitution de biens volés. Plus tôt cette année, il avait également rencontré des représentants d'Interpol au Paraguay, où les autorités locales lui avaient présenté le système de contrôle frontalier utilisé à l'un des postes-frontière les plus importants du pays.

Un réseau mondial baptisé "Global Protector"

Wlater Kogan lui-même a expliqué que les représentants de la police israélienne déployés à travers le monde travaillent en coordination avec les agences de sécurité locales, dans le cadre d'une infrastructure baptisée "Global Protector", opérée par la division des enquêtes et du renseignement de la police.
Ce dispositif ne se limite pas à la recherche de personnes disparues. Il sert aussi à la lutte contre le crime organisé et au renforcement de la coopération internationale en matière de sécurité. Avant l'affaire Yahalomi, Kogan avait par exemple pris part à une vaste enquête internationale sur l'exploitation sexuelle d'enfants impliquant les autorités de huit pays différents.

Quels pays accueillent un représentant de la police israélienne

Il n'existe pas de liste officielle et complète, publiée par la police israélienne, des pays où elle maintient un représentant permanent. La nature diplomatique et parfois sensible de ces postes explique cette discrétion. Les recherches permettent toutefois de confirmer certains postes précis. Aux États-Unis et au Canada, un bureau conjoint d'attaché policier et sécuritaire est installé à l'ambassade d'Israël à Washington, actuellement occupé par le commissaire adjoint Dror Avda.
Pour l'Amérique latine, c'est Walter Kogan qui couvre la zone, avec des liens documentés en Argentine, en Bolivie et au Paraguay. La division des enquêtes et du renseignement dispose également d'un attaché pour l'Europe, chargé notamment des relations avec Europol. Au-delà de ces postes confirmés, la police évoque de façon générale un réseau de représentants répartis à travers le monde, sans en détailler la liste complète.

Ni juridiction ni pouvoir d'arrestation sur place

Un représentant de la police israélienne posté à l'étranger ne dispose d'aucun pouvoir de police au sens strict dans le pays où il est affecté. Il ne peut ni arrêter ni contraindre qui que ce soit sur le sol argentin, tchèque ou autre.
Son rôle est celui d'un officier de liaison qui coordonne l'échange de renseignements entre Israël et les autorités locales, facilite les opérations conjointes, et intervient en soutien des forces de police du pays d'accueil, qui restent seules compétentes sur le terrain. Dans le cas de Mali et Liel Yahalomi, c'est bien en coopération avec la police argentine et Interpol que Kogan a pu localiser puis approcher les deux femmes.

Une fois les deux Israéliennes retrouvées, Kogan les a brièvement interrogées pour s'assurer qu'elles n'étaient pas en danger et vérifier l'absence de tout indice laissant penser à une infraction pénale.
Il leur a notamment demandé si elles étaient menacées, faisaient l'objet d'un chantage, ou fuyaient des difficultés financières. Les deux femmes ont répondu par la négative, expliquant vouloir simplement rompre avec leur famille et Israël pour commencer une nouvelle vie. Aucun soupçon d'acte criminel n'ayant été retenu, la police les a laissées poursuivre leur chemin, tout en signalant qu'elles n'étaient peut-être pas arrivées à leur destination finale.

Une affaire devenue virale, un policier devenu malgré lui une célébrité

L'échange en hébreu entre Kogan et les deux femmes, diffusé par la police israélienne, a immédiatement suscité une vague de mèmes et de réactions sur les réseaux sociaux, propulsant l'officier au rang de vedette involontaire.

Le porte-parole de la police, Aryeh Doron, a salué son professionnalisme, le décrivant comme un officier de renseignement expérimenté ayant mené la mission avec efficacité. Selon Doron, les retrouvailles ont été empreintes d'émotion, les deux femmes ayant notamment été touchées lorsque Kogan leur a expliqué qu'un pays entier s'inquiétait pour elles, jusque devant ce bus perdu en Argentine.

C'est précisément ce mélange d'intervention sérieuse et de couverture médiatique disproportionnée qui explique la vague de parodies ayant suivi l'affaire, dont celle, largement partagée, situant un faux "représentant de la police israélienne" à Prague venant livrer du papier toilette à un touriste. Une blague qui n'aurait aucun sens sans l'existence bien réelle de ce réseau de policiers israéliens déployés aux quatre coins du monde.

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