La « ligne jaune » devient une zone grise pour le Hamas ,Tsahal interdit de tirer au nom de la paix

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La « ligne jaune » devient une zone grise pour le Hamas ,Tsahal interdit de tirer au nom de la paix

Gaza : la ligne jaune sous tension, le Hamas à l’épreuve du feu et l’étrange séquence du Caire

Alors que des hommes du Hamas seraient à nouveau actifs au contact de la « ligne jaune », une délégation de très hauts responsables du mouvement se rend au Caire pour rencontrer les responsables égyptiens. Sur le terrain, des soldats israéliens affirment que leurs règles d’engagement se sont durcies.
Une simple coïncidence ? Peut-être. Mais la simultanéité des événements mérite d’être examinée.

Une séquence particulièrement sensible se joue actuellement autour de Gaza. D’un côté, des témoignages de soldats israéliens font état d’une activité inhabituelle du Hamas à proximité immédiate de la ligne jaune. De l’autre, au même moment, la direction politique du mouvement du Hamas se rend au Caire pour des discussions avec les plus hauts responsables égyptiens. Entre les deux, une question centrale : que se passe-t-il réellement sur cette ligne qui sépare désormais les zones contrôlées par Tsahal du reste de la bande de Gaza ?

Des soldats dénoncent un changement des règles d’engagement

Le média israélien Push.il rapporte le témoignage de soldats appartenant, selon lui, à une unité spéciale opérant actuellement dans la bande de Gaza. Ces militaires affirment constater une modification sensible des règles d’engagement.

Selon leurs témoignages, des membres du Hamas s’approcheraient régulièrement de la ligne jaune, observeraient les positions israéliennes et effectueraient des travaux de terrassement à proximité. Les soldats affirment notamment voir des hommes travailler le sol, creuser et procéder à des activités qu’ils jugent suspectes, tout en déclarant ne pas disposer de l’autorisation d’ouvrir le feu.

« Le problème majeur n’est désormais plus de savoir si Tsahal observe des incursions du Hamas. C’est établi. Le problème est de savoir dans quelles circonstances l’armée israélienne est autorisée à ouvrir le feu.
Des témoignages provenant d’officiers et de soldats font état de règles d’engagement considérablement durcies : la présence d’un homme armé ne suffirait plus systématiquement à autoriser son élimination ; l’autorisation de tirer serait liée à un franchissement intentionnel de la ligne jaune. Cette restriction intervient alors même que des responsables israéliens affirment que le Hamas exploite cette marge de manœuvre pour tester les réactions de Tsahal.

Or ce phénomène n’est pas entièrement nouveau.

Le Hamas a déjà été accusé de tester la ligne jaune

Des documents et communications israéliennes montrent depuis plusieurs mois que Tsahal considère la zone de la ligne jaune comme un secteur particulièrement sensible.

L’armée israélienne a déjà annoncé à plusieurs reprises avoir repéré des individus franchissant cette ligne et s’approchant de ses positions dans ce qui était présenté comme une menace immédiate. Dans certains cas, des terroristes ont été éliminés après avoir franchi la ligne et s’être rapprochés des soldats. Tsahal affirme également avoir découvert dans cette zone des armes et des engins explosifs destinés à être utilisés contre ses forces.

Plus révélateur encore : un rapport israélien publié le 9 août indiquait que l’armée compilait désormais quotidiennement les violations attribuées au Hamas, afin de documenter auprès de Washington l’écart entre les engagements politiques du mouvement et ses activités sur le terrain. Pour les seules journées des 8 et 9 août, le rapport israélien faisait état de quatorze violations, parmi lesquelles des transferts d’armes et la mise en place d’un engin explosif.

Autrement dit, l’accusation actuelle des soldats n’arrive pas dans un vide. Elle s’inscrit dans une série de signalements concernant la volonté du Hamas de conserver ou de reconstituer des capacités militaires malgré le cessez-le-feu.

Mais un élément nouveau apparaît : la retenue israélienne

C’est ici que le témoignage de Push.il devient particulièrement intéressant tout en restant à vérifier.

Les soldats affirment que franchir la ligne jaune ne déclencherait pas automatiquement une riposte. Selon eux, certaines demandes de tir seraient refusées et, dans certaines situations, les unités seraient limitées à des tirs d’éloignement.

 Tsahal affirme depuis des mois que ses forces peuvent agir lorsqu’un individu constitue une menace immédiate pour les soldats ou les civils israéliens.

Cette distinction est capitale. Le franchissement de la ligne jaune n’équivaudrait donc pas automatiquement à une autorisation de tir.

Pourquoi cette distinction pourrait-elle intéresser le Hamas ?

Parce qu’une trêve militaire crée nécessairement une zone grise. Un mouvement armé peut chercher à savoir jusqu’où il peut s’approcher, quelles activités peuvent être menées sans déclencher de riposte et à partir de quel moment l’armée considère qu’une menace devient suffisamment immédiate pour intervenir.

Il ne faut pas pour autant conclure que le Hamas prépare une nouvelle attaque.

Mais le principe selon lequel une organisation armée teste les réactions de son adversaire est suffisamment classique pour que ces témoignages soient pris au sérieux par les services de renseignement. D’autant que l’armée israélienne elle-même présente désormais la ligne jaune comme une frontière sécuritaire avancée.

Le chef d’état-major Eyal Zamir l’avait décrite comme une nouvelle frontière de sécurité et une ligne de défense avancée permettant également de conserver une capacité d’action rapide.

Et puis il y a Le Caire

C’est l’autre pièce du puzzle.

Khalil al-Hayya, devenu fin juillet le dirigeant politique du Hamas, se rend aujourd’hui au Caire. Il doit rencontrer Hassan Rashad, le chef des renseignements généraux égyptiens.

Il s’agit de la première visite d’al-Hayya en Égypte depuis qu’il a pris la direction du Hamas.

La délégation n’est pas anodine. Selon les informations publiées par le Jerusalem Post, elle pourrait comprendre plusieurs personnalités de premier plan du Hamas, parmi lesquelles Mohammed Darwish, Khaled Mashaal, Zaher Jabarin et Basem Naim.

Officiellement, l’objectif est diplomatique : discuter de la consolidation du cessez-le-feu et de la suite du plan américain pour Gaza.

Mais le calendrier interpelle.

Car Jared Kushner doit se rendre dans la région la semaine prochaine, notamment en Israël et en Égypte, avec des responsables du « Board of Peace ». Le dossier est donc extrêmement actif diplomatiquement.

Le paradoxe : le Hamas dit accepter le désarmement, Israël refuse de bouger

Le contexte politique explique peut-être une partie de cette fébrilité.

Le plan américain prévoit notamment un désarmement progressif du Hamas en échange d’un retrait progressif des forces israéliennes. Le Hamas a accepté le principe du plan, mais avec des réserves et des conditions.

Israël, au contraire, exige que le Hamas soit totalement désarmé avant un retrait israélien. Benjamin Netanyahu a publiquement rejeté le mécanisme proposé par Washington.

C’est précisément là que se trouve le nœud du problème.

Le Hamas veut que le retrait israélien accompagne le désarmement. Israël veut que le désarmement précède le retrait.

Entre les deux, la ligne jaune devient de facto la matérialisation militaire de cette impasse.

Le sous-texte égyptien est particulièrement important

L’Égypte n’est pas simplement un médiateur parmi d’autres. Elle contrôle l’autre porte de Gaza : Rafah.

Le passage a rouvert en 2026 sous un mécanisme impliquant Israël, l’Égypte, les autorités palestiniennes et une mission européenne de contrôle.

En juillet, Israël avait même déplacé son dispositif de contrôle des personnes revenant d’Égypte vers Gaza du poste de Rafah vers Kerem Shalom, tout en maintenant le mécanisme de coordination israélo-égyptien et la supervision européenne.

Cela signifie que la frontière égyptienne est déjà intégrée au dispositif de sécurité du cessez-le-feu.

Il serait donc abusif d’affirmer qu’un groupe armé pourrait simplement traverser librement Rafah pour échapper à une riposte israélienne. Les mouvements sont contrôlés et soumis à des procédures de sécurité.

Alors, une nouvelle attaque suivie d’un repli vers l’Égypte ?

C’est l’hypothèse la plus spectaculaire et celle sur laquelle il faut être le plus prudent.

Il serait donc irresponsable de présenter cette hypothèse comme un fait.

En revanche, on peut légitimement poser la question suivante : pourquoi des hommes du Hamas seraient-ils en train de travailler à proximité de la ligne jaune alors que la direction politique du mouvement négocie simultanément au Caire avec les services égyptiens ?

À ce stade, la nature exacte de cette activité reste inconnue. Elle pourrait correspondre à une activité clandestine destinée à préparer ou renforcer des infrastructures, à une opération de reconnaissance et de test des réactions israéliennes, au maintien de positions militaires malgré les engagements politiques, à une manœuvre destinée à améliorer la position du Hamas dans les négociations, ou simplement à des activités dont la nature exacte n’a pas encore été établie.

La piste d’une attaque future ne peut pas être exclue, mais elle n’est pas démontrée.

Un précédent qui doit inquiéter

Le problème est que le Hamas possède une longue expérience de la combinaison entre négociation politique, préparation clandestine et exploitation des zones grises d’un cessez-le-feu.

C’est précisément pour cette raison que l’armée israélienne continue de considérer les infrastructures souterraines comme une menace majeure.

En février, une enquête israélienne consacrée au réseau souterrain de Rafah décrivait encore un système de tunnels extrêmement vaste et complexe. Et les rapports israéliens de juin et juillet indiquaient encore la découverte d’armes, d’explosifs et d’infrastructures militaires dans la zone de la ligne jaune.

La guerre n’a donc pas véritablement disparu. Elle a changé de forme.

Une partie d’échecs à trois joueurs

Ce qui rend la situation actuelle particulièrement délicate est que trois acteurs poursuivent simultanément des objectifs différents.

Israël veut conserver une profondeur sécuritaire jusqu’à la disparition de la capacité militaire du Hamas. Le Hamas cherche à obtenir le retrait israélien tout en négociant les modalités de son désarmement et tente de préserver une partie de son influence politique et sécuritaire. L’Égypte, elle, veut empêcher l’effondrement du cessez-le-feu et éviter que Gaza ne replonge dans une guerre ouverte qui aurait immédiatement des conséquences sur sa propre frontière.

À cela s’ajoute Washington, qui tente désormais d’imposer la deuxième phase de son plan. Jared Kushner doit précisément venir dans la région pour tenter de débloquer cette équation.

Ce que l’on peut affirmer 

Il existe donc une convergence factuelle troublante, mais pas encore une preuve d’un complot opérationnel.

Ce qui est confirmé, c’est qu’une importante délégation du Hamas, conduite par Khalil al-Hayya, se rend au Caire pour rencontrer les responsables égyptiens, notamment Hassan Rashad.

Ce qui est documenté, c’est qu’Israël accuse le Hamas de violations répétées du cessez-le-feu et affirme avoir découvert des armes et des explosifs dans ou autour de la zone de la ligne jaune.

Ce qui est établi, c’est que la ligne jaune constitue aujourd’hui un dispositif sécuritaire majeur pour Tsahal.

Ce qui est confirmé c’est le témoignage de soldats affirmant que leurs règles d’engagement se seraient récemment durcies et qu’ils ne seraient pas systématiquement autorisés à ouvrir le feu lors d’un franchissement de la ligne jaune pour préserver le conseil de paix à Gaza.

Ce qui relève de l’hypothèse est la possibilité que le Hamas cherche à profiter de cette retenue pour préparer une opération.

Et plus spéculative encore est l’idée qu’une éventuelle opération pourrait être conçue avec la possibilité d’un repli vers l’Égypte.

Pour l’heure, aucune source fiable ne permet de franchir ces derniers degrés et de transformer une hypothèse en information.

Mais une chose ressort clairement de cette séquence : la « trêve » de Gaza est loin de signifier la disparition de la menace militaire.

La ligne jaune est devenue une frontière de fait. Et lorsqu’une organisation armée commence à en tester les limites tandis que ses dirigeants négocient simultanément avec le principal pays voisin, la question n’est plus seulement de savoir si le cessez-le-feu tient.

Elle est de savoir combien de temps encore les deux camps accepteront de vivre dans cette zone grise sans qu’un incident ne fasse basculer l’ensemble du dispositif.

C’est peut-être là que se joue, aujourd’hui, la véritable bataille de Gaza.

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