Abus sexuels dans les mikvaot : quatre voix brisent l'omerta hassidique

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Abus sexuels dans les mikvaot : quatre voix brisent l'omerta hassidique

Quatre jeunes hommes témoignent sous pseudonyme dans une enquête d'Israel Hayom : entre 13 et 18 ans, ils ont subi des attouchements et du harcèlement sexuel dans l'enceinte des bains rituels hassidiques, sans qu'aucun adulte n'intervienne.

En 2020 déjà Alliance dénonçait ces pratiques de pédocriminalité rien n'a été fait à ce jour.
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Un rite d'enfance transformé en zone de danger

Dans le monde hassidique, les garçons commencent à fréquenter le mikvé dès la bar-mitsva, parfois avant soit en 10 et 13 ans.
Nus, entassés dans un espace confiné aux côtés d'hommes adultes, ils s'y rendent seuls, sans supervision parentale. C'est cette proximité quotidienne et non surveillée que pointe l'enquête publiée début août par Israel Hayom, sous la plume du journaliste Yaakov Hershkovitz : un terrain qui, selon les témoignages recueillis, favorise le harcèlement et les agressions sexuelles sur mineurs.

Quatre récits, un même schéma

Shmuel, aujourd'hui âgé de 25 ans et originaire d'une yeshiva de Netanya, raconte qu'un responsable spirituel de la yeshiva, âgé d'une cinquantaine d'années, s'arrangeait systématiquement pour venir aux heures réservées aux jeunes bahourim.
L'homme multipliait les allées et venues pour prolonger les contacts physiques, avant de convoquer Shmuel dans sa chambre pour l'interroger sur sa vie intime. À l'époque, l'adolescent ne mesurait pas la gravité de la situation, faute de repères sur la notion même d'atteinte sexuelle.

David, 20 ans, a grandi dans une communauté hassidique fermée d'Ashdod. Il décrit un homme d'une trentaine d'années qui venait se baigner chaque jour à la même heure que lui, cherchant systématiquement à s'approcher. Le malaise ressenti à l'époque n'a trouvé de sens, dit-il, que des années plus tard, en dehors du mikvé.

Le témoignage le plus dur reste celui de Shlomo, 18 ans, de Bnei Brak. Entré au mikvé à 13 ans, il décrit des atteintes répétées pendant plusieurs années, venant aussi bien d'adolescents de 16-17 ans que d'hommes de 40 ou 70 ans. Il évoque la sidération qui empêche tout mineur de réagir dans l'instant : la peur, l'absence de mots pour dire non, la fuite comme seule option. Sorti du monde hassidique, aujourd'hui suivi en thérapie, il raconte être intervenu physiquement pour protéger un enfant qu'il a vu suivi dans l'eau par un homme menaçant.

Israël, 18 ans, de Beitar Illit, décrit quant à lui une normalisation totale du phénomène au point de ne plus le percevoir comme choquant sur le moment. Il dénonce en particulier la culture des longues stations prolongées au mikvé, où des hommes s'attardent des heures durant à converser, brouillant toute frontière entre lieu de purification rituelle et espace de flânerie propice aux dérives.

Un système sans aucune supervision

Pinhas Weiss, travailleur social et directeur du centre thérapeutique Mivtach à Jérusalem, spécialisé dans la prévention de la maltraitance en milieu ultra-orthodoxe, resitue l'origine du rite : une pratique remontant au Baal Shem Tov, ancrée socialement au point qu'elle ne pourra jamais être supprimée. Le problème, selon lui, tient à la combinaison entre absence totale de sensibilisation des mineurs et absence de contrôle sur place. Il estime qu'un adolescent de 13 ou 14 ans livré à lui-même, sans aucune préparation ni surveillance en temps réel, court un risque d'agression proche de la certitude.

La majorité des mikvaot échappant à la supervision directe des conseils religieux, Weiss appelle les propriétaires privés à installer des caméras de sécurité aux entrées, sorties et vestiaires. Il insiste surtout sur le rôle des parents : chaque enfant devrait recevoir, avant sa première visite, une explication claire de ce qui peut et ne peut pas se produire dans ce lieu. Un enfant informé, dit-il, sait fixer une limite et alerter ses parents en temps réel.

Le même mur que dénonçait déjà Alliance

Cette enquête rejoint un constat déjà posé dans nos colonnes lors du tehkir Shomrim sur les réseaux pédocriminels en Israël : l'inaction structurelle des institutions face aux agressions sur mineurs, et le poids d'un silence communautaire qui protège les agresseurs davantage que les victimes. L
à où le dossier Shomrim mettait en cause l'appareil judiciaire et policier, incapable de transformer les plaintes en poursuites effectives, l'enquête d'Israel Hayom déplace le regard vers l'échelon local : la yeshiva, le mikvé de quartier, l'absence totale de cadre éducatif sur la sécurité corporelle.

Le point commun entre les deux dossiers tient à un même mécanisme. Les agresseurs présumés ne sont pas des marginaux repérables mais des figures intégrées, parfois respectées, dont la position sociale décourage toute plainte.
Les victimes, elles, grandissent sans les mots pour nommer ce qu'elles vivent, et n'en mesurent souvent la gravité que des années plus tard, une fois sorties du cadre communautaire. Ce décalage temporel, déjà documenté dans le dossier Shomrim à travers les statistiques d'Interpol et les précédents internationaux, se retrouve ici à l'échelle individuelle dans chacun des quatre témoignages.

L'enquête d'Israel Hayom précise d'ailleurs que les récits publiés ne représentent qu'une fraction des témoignages recueillis par la rédaction, une partie des victimes ne pouvant, à ce stade, être identifiée publiquement sans risque pour leur sécurité. Un chiffre noir qui, là encore, fait écho aux données déjà citées dans notre précédent dossier sur la sous-déclaration massive des agressions sexuelles sur mineurs en Israël.

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