Pédophilie organisée en Israël : Interpol dénonce l'inaction de la police israélienne

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Pédophilie organisée en Israël : Interpol dénonce l'inaction de la police

Des dizaines de témoignages, des dossiers d'enquête, des correspondances internes et des expertises de spécialistes israéliens et étrangers dorment depuis des années dans les tiroirs de la police et du parquet. Aucun n'a débouché sur une inculpation pour réseau organisé. C'est le constat que dresse un vaste tehkir (enquête) du média israélien Shomrim, signé Haïm Rivlin et publié le 13 août 2026.

L'enquête s'appuie sur des dizaines de témoignages anciens et récents, des dossiers de police, des courriers internes et des avis d'experts.
Tous documentent l'existence de réseaux organisés soupçonnés d'avoir agressé des enfants et fait circuler du matériel les représentant.
Selon Shomrim, ce matériel n'a jamais été traduit en actes d'accusation ni en méthode d'enquête structurée. Uri Sadeh, qui dirigeait jusqu'à récemment l'unité d'Interpol chargée de la criminalité contre les enfants, résume la situation par « une incompréhension du sujet doublée d'un manque de motivation » du côté des autorités israéliennes.

Un témoignage transmis à Shomrim

Une femme aujourd'hui âgée de 28 ans, identifiée sous un pseudonyme par mesure de protection, a raconté à Shomrim avoir grandi dans une famille orthodoxe influente de Jérusalem, victime pendant son enfance et jusqu'à récemment de violences organisées impliquant plusieurs adultes, dont son père.
Elle a déposé plainte au poste de police de Zikhron Yaakov en juin 2024, un an et demi après avoir quitté le domicile familial pour trouver refuge dans un centre pour femmes battues.
En avril 2026, le parquet du district de Jérusalem lui a notifié la clôture du dossier, faute selon lui de base probatoire suffisante.
Une psychiatre qui l'a suivie plusieurs années, la Dre Sharon Levy, a rédigé pour l'appel un rapport documentant depuis 2006 des séquelles physiques compatibles avec des violences extrêmes. Le parquet a répondu à Shomrim que l'ensemble des pistes avait été examiné et qu'aucune base probatoire ne justifiait la poursuite de la procédure.

Interpol pointe l'absence d'Israël sur la scène internationale

Uri Sadeh, ancien commissaire divisionnaire et l'un des fondateurs de l'unité 105 de protection des enfants sur internet, critique le fait qu'Israël n'alimente quasiment jamais la base internationale ICSE d'Interpol, qui recense environ 4,5 millions de fichiers saisis par les polices du monde entier.
Selon lui, la police israélienne n'y verse pas les contenus qu'elle saisit et ne l'exploite pas non plus pour ses propres enquêtes.
Il évoque un déficit de formation et un fort turn-over des enquêteurs spécialisés. La police israélienne a répondu à Shomrim que Sadeh n'était plus en poste depuis longtemps et que la coopération internationale fonctionnait pleinement.

L'affaire Nahlaot, qualifiée en son temps de plus vaste dossier de pédocriminalité du pays

Éclatée en 2012 dans le quartier jérusalémite de Nahlaot, cette affaire a visé des dizaines d'enfants âgés de cinq à dix ans.
Trois mis en cause ont été jugés devant le tribunal de district : l'un a été acquitté, les deux autres, Zalman Cohen et Binyamin Setz, condamnés pour attentats à la pudeur répétés.
Setz a été condamné à quinze ans de prison ferme, Cohen à neuf ans, réduits ensuite à six ans et demi. Les juges ont eux-mêmes relevé la présence d'autres adultes non identifiés lors des faits et l'existence de prises de vues des enfants.
Deux ordinateurs appartenant à Cohen ont disparu juste avant une perquisition. Une vingtaine d'autres suspects ont été relâchés sans qu'aucune analyse informatique ou téléphonique n'ait été menée sur leur matériel. Plus de cent enfants avaient pourtant témoigné devant des enquêteurs spécialisés, mais la contamination des témoignages dans ce cadre communautaire fermé, ultra-orthodoxes a invalidé l'essentiel des dépositions.

Un témoignage déposé dès 2012 à l'ambassade d'Israël à Washington

La même année, une femme rapporte à des représentants de la police israélienne, au sein de l'ambassade à Washington, des faits remontant au début des années 1990 dans un immeuble de Jérusalem, alors qu'elle avait cinq ans. Le formulaire de plainte a été rédigé de la main du commissaire divisionnaire Menashe Arbiv, alors attaché de police en poste aux États-Unis et futur chef de l'unité nationale d'enquête Lahav 433. Selon Shomrim, aucune vérification n'a jamais été menée sur l'adresse ni sur les noms cités, et le dossier a finalement été classé pour prescription.

L'affaire Sanhedria et l'alerte d'un psychiatre de l'hôpital Hadassah

Le 9 juillet 2015, le Dr Porto Ben Harosh, psychiatre à l'hôpital Hadassah, alerte la police par courrier sur un nombre inhabituellement élevé d'enfants présentant des symptômes similaires dans les quartiers orthodoxes du nord de Jérusalem, Sanhedria en tête.

D'autres professionnels sont ensuite entendus, dont le psychologue Danny Brom, spécialiste du traumatisme complexe. Une quarantaine de familles d'origine anglo-saxonne installées à Sanhedria ont fini par quitter Israël pour les États-Unis.
Plusieurs thérapeutes américaines, dont Frances Waters et Sarah Gluck, ont adressé à la police israélienne des courriers documentant les cas d'enfants suivis après leur retour aux États-Unis.

La psychologue Joanna Silberg, qui a conseillé les équipes soignantes et rencontré plusieurs enfants, évalue à près de cent le nombre de mineurs affectés dans le quartier.
Aucune de ces démarches n'a débouché sur une mise en accusation.
Le parquet a indiqué à Shomrim que les deux dossiers, Nahlaot et Sanhedria, avaient fait l'objet d'un traitement approfondi et qu'une procureure senior avait depuis été chargée de centraliser plusieurs plaintes reçues après un débat à la Knesset.

Une enquête spécialisée jamais autorisée

Entre 2014 et 2018, Uri Sadeh a mis sa carrière à Interpol entre parenthèses à la demande de la police israélienne pour bâtir une unité dédiée, devenue depuis l'unité 105. Il indique avoir demandé à relancer les investigations sur Jérusalem sans obtenir de feu vert, et ignorer ce qu'il est advenu de ces dossiers depuis.
La police a répondu à Shomrim que chaque plainte reçue fait l'objet d'un suivi par des professionnels en lien avec les ministères concernés, tout en soulignant que le temps écoulé complique la constitution de preuves immédiates.

Trois affaires qui éclairent le même angle mort

Le réseau familial démantelé par Lahav 433 (23 juin 2026) En un an, l'unité 105 de Lahav 433 a arrêté douze suspects, pères, mères et grands-parents, pour des agressions filmées sur leurs propres enfants et diffusées via des applications de rencontres. Un père a été inculpé pour quatorze agressions sur sa fille de 6 ans, avec des centaines de fichiers saisis. L'enquête, partie d'un simple signalement en mai 2025, a mené à l'arrestation d'un grand-père et d'une grand-mère filmés en train d'agresser leur petit-fils, puis de la mère et de la tante de l'enfant. Deux actes d'accusation ont déjà été déposés.

Le réseau Telegram de parents révélé par la presse israélienne (24 mai 2026) Un signalement citoyen conduit Lahav 433 à découvrir un groupe Telegram fermé où des parents échangeaient photos et vidéos d'abus sur leurs propres enfants, avec des conseils pour dissimuler les faits. Neuf suspects ont été arrêtés, dont un réserviste de Tsahal et des salariés du secteur high-tech, et deux actes d'accusation déposés. Devant la Knesset, la police a révélé que sur 16 000 signalements reçus par le centre 105 en 2025, environ 4 000 concernaient des infractions sexuelles sur mineurs.

 Les témoignages de rituels occultes devant la Knesset (17 juin 2025) À la suite d'une enquête d'Israel Hayom fin avril 2025, plusieurs femmes, dont Emunah et Yael Shitrit, ont témoigné devant la Commission des femmes de la Knesset de sévices sexuels ritualisés subis durant l'enfance, mêlant symbolisme religieux, humiliations et emprise prolongée à l'âge adulte. Yael Ariel affirme avoir recueilli des dizaines de témoignages impliquant médecins, enseignants, policiers et anciens députés. Le Premier ministre a confirmé l'ouverture de plusieurs enquêtes après ces auditions de juin 2025.

Les trois cas convergent avec le constat central du tehkir Shomrim : des signalements et expertises documentés depuis des années, sans traduction systématique en poursuites structurées.

Des précédents internationaux qui montrent la voie

Le tehkir rappelle trois précédents étrangers. En 1998, le réseau Wonderland Club, démantelé grâce à une coopération de 1 500 policiers venus de treize pays, a permis l'arrestation simultanée de 104 suspects.
En 2002, le réseau The Club a permis de secourir 45 enfants âgés de deux à quatorze ans.
En 2009, la police norvégienne a démantelé le forum crypté Lost Boy, utilisé pour échanger des milliers de fichiers et des méthodes d'approche d'enfants.

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