Comment ces fleurs "oiseaux de paradis "ont scellé le destin d'Israël en 1947

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Comment ces fleurs "oiseaux de paradis "ont scellé le destin d'Israël en 1947

 

Il a suffi d'un parterre de fleurs, planté au milieu de nulle part, pour faire basculer le sort d'un désert de treize mille kilomètres carrés.
En 1947, le Néguev n'avait rien d'acquis pour l'État juif en devenir. Il a fallu des fleurs, un boycott arabe et la ténacité d'une poignée de pionniers pour l'arracher à l'incertitude.

Un désert que personne ne voulait donner aux Juifs

À l'été 1947, la Commission spéciale des Nations unies sur la Palestine, l'UNSCOP, arrive en Terre sainte avec la lourde tâche de trancher l'avenir du pays. Onze pays, onze délégués, chargés de décider ce qui reviendrait à l'État juif et ce qui reviendrait à l'État arabe.

Le Néguev, cette immensité aride couvrant plus de la moitié du territoire, n'était en rien promis aux Juifs. Trop désertique, trop vide, trop hostile pour qu'on imagine y bâtir un pays. L'Agence juive elle-même dut se battre pied à pied pour empêcher qu'il ne soit rayé de la carte du futur État.

C'est dans ce climat que la Commission entame sa tournée. Elle passe par Beer-Sheva, où le Haut Comité arabe a décrété un boycott total à son encontre.

Les rues se vident, les commerces baissent le rideau, jusqu'aux enfants des écoles à qui l'on a demandé de détourner le regard sur son passage. Le silence est total, glacial, hostile. Un silence qui, sans le savoir encore, allait devenir le meilleur allié de la cause qu'il prétendait combattre.

À Revivim, le désert dément les experts

Quelques kilomètres plus loin, au kibboutz Revivim, fondé en 1943 par une poignée de jeunes olim venus d'Autriche, d'Italie et d'Allemagne, le tableau bascule.
Là où Beer-Sheva n'a offert que le silence, Revivim offre la vie.
Les délégués de l'UNSCOP découvrent, en plein désert, des rangées entières de glaïeuls en pleine floraison, plantés dans une terre que tout, géographie et bon sens confondus, désignait comme stérile.

L'effet est immédiat. Les rapports d'époque et les témoignages concordants décrivent des commissaires visiblement saisis par ce qu'ils ont sous les yeux. Ce n'est plus une théorie sioniste, ce n'est plus une promesse politique. C'est une preuve, plantée dans le sol, à hauteur d'homme.
Quelques semaines plus tard, le rapport de l'UNSCOP recommande la partition de la Palestine, et sa proposition majoritaire attribue l'essentiel du Néguev à l'État juif. Le désert que personne ne voulait donner venait, littéralement, de fleurir sous les yeux de ceux qui devaient en décider.

Les racines qu'on n'attendait pas de trouver

Une anecdote, tenace, circule depuis dans la mémoire collective de ces journées de juin 1947. Elle raconte que des représentants britanniques, sceptiques face à cette floraison trop parfaite pour être vraie, se seraient penchés sur les massifs de Revivim pour vérifier que ces fleurs n'avaient pas simplement été posées là, en pot, pour la durée d'une visite. Ils auraient gratté la terre, cherché des racines, voulu s'assurer que rien n'était mis en scène. Et les racines étaient bien là, profondément enfoncées dans le sol du Néguev, aussi réelles que l'obstination de ceux qui les avaient plantées.

Cette scène, transmise de génération en génération comme un symbole plus que comme un procès-verbal, n'apparaît pas telle quelle dans les minutes officielles de la Commission. Mais son pouvoir ne tient pas à sa certitude archivistique. Il tient à ce qu'elle raconte, avec une justesse presque parfaite, de l'esprit de cette époque. Un peuple qu'on soupçonnait de bluffer, sommé de prouver, racine après racine, qu'il avait vraiment fait pousser la vie là où personne ne l'attendait.

Une promesse vieille de vingt-sept siècles

Bien avant Revivim, avant l'UNSCOP, avant même l'idée d'un État juif moderne, un texte disait déjà ce que ces jeunes gens allaient accomplir dans le sable.
Isaïe, chapitre trente-cinq. Le prophète y annonce, dans une langue qui n'a rien perdu de sa puissance, que le désert et la terre aride se réjouiront, que la plaine stérile fleurira comme la rose, qu'elle se couvrira de fleurs des champs et éclatera de joie et de chants. Ce n'est pas une image en passant. C'est une promesse martelée, répétée, presque criée: la terre la plus morte se réveillera parce que son peuple reviendra vers elle.

Ézéchiel porte la même promesse à un autre endroit du texte. Il s'adresse directement aux montagnes d'Israël, désolées, abandonnées, et leur annonce qu'elles porteront de nouveau du fruit pour leur peuple, qu'elles seront labourées et ensemencées, que les villes en ruine seront reconstruites. D'un prophète à l'autre, la même vision revient, obsédante: une terre qui ne reprend vie que lorsque son peuple y revient. Non pas une terre qui attend n'importe qui. Une terre qui attend les siens.

Ce que les pionniers de Revivim ont planté en 1947, ils ne l'ont sans doute pas planté en pensant à Isaïe. Ils pensaient à l'eau qu'il fallait trouver, à la terre qu'il fallait retourner, à la nuit qu'il fallait tenir jusqu'au matin suivant.

Mais l'histoire n'a pas retenu leurs seules intentions. Elle a retenu la coïncidence, vertigineuse, entre un texte vieux de vingt-sept siècles et une rangée de glaïeuls surgissant du sable devant des diplomates venus du monde entier.
Comme si le désert lui-même, après des millénaires de silence, avait choisi ce jour de juin 1947 pour tenir enfin la promesse qu'on lui prêtait depuis l'Antiquité.

C'est peut-être cela, plus que toute autre preuve, qui a fini par convaincre l'UNSCOP. Non pas seulement des fleurs bien réelles, aux racines bien ancrées.
Mais l'impression, difficile à formuler et pourtant palpable sur place, d'assister à l'accomplissement d'une parole beaucoup plus ancienne que la politique, beaucoup plus ancienne que le mandat britannique lui-même. Le Néguev n'a pas seulement changé de main en 1947. Il a, pour la première fois depuis vingt-sept siècles, tenu sa promesse.

Ce que le Néguev est devenu

Le Néguev d'aujourd'hui n'a plus rien à prouver. L'irrigation au goutte-à-goutte, inventée par Israël, y fait pousser vignes, dattiers et légumes là où il ne pleut parfois pas plus de quatre jours par an.
Des fermes comme celle de Carmey Avdat, en plein cœur du désert, produisent aujourd'hui du vin dans des conditions que la plupart des agronomes du monde jugeraient impossibles.
Le pari lancé par les pionniers de Revivim, ce pari que des glaïeuls avaient un jour incarné devant des diplomates sceptiques, continue de se rejouer, à plus grande échelle, sous chaque rang de vigne du Sud israélien.

Il aura fallu des fleurs, un silence hostile à Beer-Sheva, et peut-être quelques mains britanniques fouillant la terre à la recherche de racines, pour que le Néguev devienne juif. Il aura fallu, surtout, que des hommes et des femmes croient assez fort en une promesse vieille de vingt-sept siècles pour la rendre, un matin de juin 1947, parfaitement crédible.

 

Je remercie Nathalie Zylberman de m'avoir raconté cette histoire incroyablement vraie 

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