Jésus né juif mort juif : l'homme qui n'est pas mort sur la croix selon Gerald Messadié

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Jésus juif selon Gerald Messadié : l'homme qui n'est pas mort sur la croix

Par Claudine Douillet I 28 septembre 2028

Jésus est né juif, a vécu juif et est mort juif. Dans « L'homme qui devint Dieu », Gerald Messadié a consacré dix ans à reconstituer, presque heure par heure, la vie d'un rabbi de Galilée que l'Histoire a transformé en divinité. Sa thèse la plus explosive : Jésus aurait survécu à la croix.

Dix ans d'enquête pour retrouver Jésus de Nazareth

Journaliste scientifique né au Caire en 1931, disparu en 2018 Gerald Messadié publie en 1988 chez Robert Laffont une biographie romancée de Jésus qui devient un immense succès de librairie, traduit en plusieurs langues.
Le livre n'est ni un catéchisme ni un pamphlet. C'est une reconstitution. Le critique Gérard Mannoni, dans Le Quotidien de Paris, salue une vie racontée « de manière complète, factuelle, quasiment minutée ». L'auteur publiera ensuite un volume entier consacré à ses sources, puis « Jésus de Srinagar » en 1995, qui prolonge l'hypothèse de la survie.

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Yeshoua, fils de Myriam, circoncis le huitième jour

Avant d'être le Christ des vitraux, Jésus s'appelle Yeshoua. Sa mère s'appelle Myriam. Il est circoncis le huitième jour, comme le rapporte l'Évangile de Luc, présenté au Temple de Jérusalem, élevé dans l'étude de la Torah.
Il enseigne dans les synagogues, monte à Jérusalem pour Pessah, et ceux qui le suivent l'appellent Rabbi. Lorsqu'on lui demande quel est le premier des commandements, il répond par le Shema Israël. Rien, dans sa vie, ne l'éloigne du judaïsme de son temps. Messadié le replace exactement là : dans une Judée occupée par Rome, déchirée entre sadducéens, pharisiens, esséniens et zélotes, sous la menace permanente de la répression romaine.

Un homme dans son époque, pas une icône

Le Jésus de Messadié doute, s'emporte, aime ses parents, hésite devant la foule qui veut faire de lui un roi. L'auteur fait revivre ceux qui l'ont entouré, aimé ou condamné, et restitue la vie quotidienne de la Palestine romaine avec une précision qui fascine. Françoise Ducout, dans Elle, y voit la preuve que « Jésus a bouleversé l'état du monde ». Mais le bouleversement que raconte Messadié est d'abord celui d'un homme, pas celui d'un dieu.

Quinze heures, veille de Pessah : la course contre la mort

C'est ici que le livre frappe le plus fort. La crucifixion romaine est un supplice lent : un condamné peut agoniser deux ou trois jours. Pour accélérer la mort, les soldats brisent les jambes des suppliciés, qui ne peuvent plus se soulever pour respirer.
Or la loi juive, inscrite dans le Deutéronome, interdit de laisser un corps suspendu pendant la nuit, et ce vendredi est la veille du Shabbat et de Pessah. Il faut descendre les corps avant le coucher du soleil.

Les Évangiles eux mêmes livrent des détails troublants. Jésus expire vers la neuvième heure, soit quinze heures, après seulement quelques heures de croix. Selon Marc, Pilate s'étonne qu'il soit déjà mort. Selon Jean, les soldats brisent les jambes des deux autres condamnés mais pas les siennes. Joseph d'Arimathie obtient le corps, et Nicodème apporte près de cent livres de myrrhe et d'aloès, des substances connues à l'époque pour leurs vertus médicinales.

Dans la reconstitution de Messadié, rien de tout cela n'est un hasard. L'amour d'une mère juive qui refuse de voir mourir son fils, des gardes romains qu'on paie pour épargner ses jambes, une descente de croix obtenue au plus vite grâce à l'urgence de la fête : Jésus est retiré vivant du supplice.

Une résurrection qui n'en est pas une

Dès lors, le tombeau vide et les apparitions aux disciples changent de sens. Il n'y a pas de miracle, mais un homme gravement blessé, soigné en secret, qui réapparaît devant les siens avant de disparaître. Messadié ira plus loin dans « Jésus de Srinagar », en imaginant un Jésus survivant parti vers l'Orient. L'enjeu est considérable : l'apôtre Paul écrit lui même que si le Christ n'est pas ressuscité, la foi chrétienne est vaine. Toute la théologie chrétienne repose sur cet après midi de Pessah.

Comment le rabbi galiléen est devenu Dieu

Le titre du livre dit tout. Jésus ne s'est pas proclamé Dieu : il l'est devenu, après sa disparition, par la prédication de Paul auprès des non juifs, puis par les conciles, dont celui de Nicée en 325 qui fixe sa divinité en dogme.
À mesure que le christianisme se sépare du judaïsme, le Juif Jésus s'efface derrière le Christ, et ses propres frères deviennent, pendant près de deux millénaires, le peuple accusé de l'avoir tué. Il faudra attendre la déclaration Nostra Aetate de Vatican II, en 1965, pour que l'Église rejette officiellement cette accusation. Lire Messadié, c'est rendre à Jésus sa mère, sa Torah et son peuple.

Un livre qui dérange encore

L'ouvrage a déclenché de vives réactions. Dès 1989, le bibliste Pierre Grelot, spécialiste des langues sémitiques anciennes, lui consacre un essai critique aux éditions du Cerf, « Un Jésus de comédie », qui conteste la solidité de ses sources. C'est le prix de toute enquête qui touche au sacré. Messadié n'apporte pas de preuve définitive, il propose une lecture rationnelle, documentée, cohérente avec les textes et avec la loi juive de l'époque.

Jésus comme on ne l'a jamais raconté

Plus de trente ans après sa parution, « L'homme qui devint Dieu » reste un livre qui bouleverse. Pour le lecteur juif, il a une vertu rare : il ne demande pas de croire, il demande de comprendre. Et ce qu'il montre, page après page, c'est un fils de Myriam qui n'a jamais quitté le judaïsme. Le reste appartient à ceux qui, après lui, en ont fait un dieu.

Qui était Gerald Messadié ?

Né en 1931 au Caire et mort le 5 juillet 2018 à Paris, Gerald Messadié était journaliste scientifique, romancier et essayiste.
Il a dirigé la rédaction du magazine Science & Vie pendant vingt cinq ans et publié plus de soixante livres sur des thèmes très variés. Passionné d'histoire, d'ethnologie et de théologie, il a consacré des essais aux croyances, aux cultures et aux religions, ainsi que des biographies, dont une vie de Moïse en deux volumes, et des romans historiques. Son ouvrage « L'homme qui devint Dieu » paraît en 1988 chez Robert Laffont et reste son plus grand succès, prolongé par « Jésus de Srinagar » en 1995. Esprit libre et volontiers iconoclaste, il a bâti son œuvre sur une conviction : les grandes figures religieuses gagnent à être comprises dans leur époque plutôt que dans leur légende.

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