Opération Salomon et cœur malade : le premier roman de John Lev sort le jour du Sigd

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Par Claudine Douillet

Le premier roman de John Lev sort le 9 novembre, jour du Sigd. Son sujet est l'un des plus forts de l'année : l'aliyah des Juifs d'Éthiopie, la maladie chronique vécue de l'intérieur et cinq siècles de transmission juive. Et comme tout premier roman le lecteur avertit se doit d'être indulgent car l'histoire mérite d'être lue pour connaitre l'Histoire. Un premier roman exigeant, qui récompense ceux qui vont jusqu’à la dernière page. »

Un premier roman né de la maladie

John Lev est un pseudonyme. L'auteur est né en France, vit en Israël avec une maladie rare et a mis quatre ans à écrire ce premier roman. Son héros s'appelle Lèv, qui veut dire « cœur » en hébreu. Né en Normandie, il est cadre dans la tech près de Tel-Aviv, marié et père de deux garçons. Il souffre depuis sa naissance d'une cardiopathie rare, et les médecins ne lui donnaient alors que dix ans à vivre. Le récit commence le 8 juillet 2024 : en plein bureau, son défibrillateur le ramène d'un arrêt cardiaque. Il est hospitalisé à Shaare Zedek, à Jérusalem, où on lui annonce qu'il lui reste environ cinq ans.

Neomi, née dans un avion de l'opération Salomon

Une nuit, dans les couloirs de l'hôpital, il croise Neomi, une photographe hospitalisée quelques étages plus bas. Elle est née le 25 mai 1991 sur le plancher d'un avion d'El Al entre Addis-Abeba et Tel-Aviv, pendant l'opération Salomon. Son père a disparu et ses deux frères sont morts dans les camps. Entre eux naît une amitié clandestine, puis une attirance que Lèv, marié, n'ose pas nommer.

Un parchemin, Yehuda Halevi et Bartenoro

L'intrigue bascule rue Shammaï, quand un vieil homme leur remet un parchemin rédigé en guèze. On y lit le vers le plus célèbre de Yehuda Halevi, « Mon cœur est en Orient et moi au bout de l'Occident », et une signature apparaît en filigrane : Bartenoro. Leur enquête les mène de la Bibliothèque nationale d'Israël jusqu'à Tolède et croise l'histoire réelle. Le rabbin Ovadia de Bartenoro fut au XVe siècle l'un des premiers à témoigner de l'existence des Juifs d'Abyssinie. Ferede Aklum fut l'un des artisans de l'opération Moïse. En 1973, le rabbin Ovadia Yossef reconnut les Beta Israël comme juifs. Ce mélange de fiction et d'histoire vraie est la grande réussite du livre.

L'Israël d'après le 7 octobre

Le roman ne se réfugie pas dans le passé. Son présent est celui d'Israël après le 7 octobre : un terroriste de la Nukhba soigné aux urgences, un ami qui a ramassé les corps, les affiches des otages à la gare de Tel-Aviv, la guerre de douze jours contre l'Iran. La maladie aussi sonne juste, avec les urgences saturées, les médecins qui parlent du patient comme d'un dossier et le tabouret caché dans la douche pour que l'épouse ne voie rien. On sent que l'auteur connaît tout cela de l'intérieur.

Une fin qui justifie la lecture

Sans rien dévoiler, la dernière partie donne un autre sens à tout ce qui précède. On découvre enfin qui est le « je » qui raconte l'histoire depuis la première page, et cette révélation bouleverse. Le livre se referme sur une idée simple : ce qui est pris meurt, ce qui est transmis survit.

Une écriture qui freine le lecteur

C'est un premier roman et on se doit d'être indulgent. Le style est parfois maladroit fait de phrases nominales en rafale. Elles créent parfois de la tension mais, répétées sur plus de deux cents pages, elles donnent l'impression de lire des notes plutôt qu'un récit.

Les premiers chapitres sont lents et le ton hésite entre le poétique et le trivial. Les allers-retours entre trois époques, le présent, l'enfance normande des années 1990 et le Tolède médiéval, égarent plus d'une fois. L'enquête avance par coïncidences et l'épouse, Lili, reste en retrait. Quelques erreurs ont échappé à la relecture. Une scène de 1995 présente Ovadia Yossef comme Rishon LeTsion, une fonction qu'il avait quittée en 1983, et le nom de famille de Neomi change d'orthographe d'un chapitre à l'autre. J'avoue avoir eu du mal à entrer dans le livre.

Faut-il le lire ?

Oui, à condition d'aller jusqu'au bout. Ce premier roman a la sincérité de celui qui écrit avec sa propre vie et met en lumière une page de l'histoire juive trop peu racontée en France. Avec un travail d'écriture plus resserré, John Lev pourrait devenir une voix qui compte. Le livre sort le 9 novembre, jour du Sigd, la fête où les Juifs d'Éthiopie se tournaient vers Jérusalem. Il est disponible sur Amazon en broché (235 pages, 14,90 euros), en Kindle (6,99 euros, 2,99 euros la semaine de sortie) et dans une version documentée.

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