LA BRIGADE DES PAPIERS MICHEL LEVINE : Les Zamlers, passeurs de mémoire

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LA BRIGADE DES PAPIERS MICHEL LEVINE : Les Zamlers, passeurs de mémoire

LA BRIGADE DES PAPIERS

MICHEL LEVINE

Les Zamlers, passeurs de mémoire

Zamlers… ce nom désigne en yiddish à la fois les érudits qui recherchent des ouvrages pour accroître leur savoir et ceux qui en font collection. Voici l’histoire d’une équipe de Zamlers qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, œuvrèrent à la transmission de leur culture au péril de leur vie.
Avant le début des hostilités, la ville lituanienne de Vilna, polonaise depuis 1920, jouit d’une grande célébrité au sein du monde juif ashkénaze (1). Celle-ci a débuté au XVIIIe siècle par la présence dans ses murs du rabbin Eliyaehu ben Shlomo Zalman, dit le Gaon — le grand érudit — de Vilna, dont la sagesse et l’enseignement faisaient de la cité, surnommée la « Jérusalem de Lituanie » (Yerushalayim d’Lite), le plus grand foyer d’études talmudiques d’Europe orientale. À présent, bien que les Litvaks, les Juifs lituaniens, ne représentent que 25 % de sa population, soit 200 000 habitants, la ville compte plus de 100 synagogues et 10 Yeshivot — écoles religieuses — ainsi que de nombreuses académies, bibliothèques, journaux et théâtres.
Dans cette effervescence religieuse et culturelle s’expriment et s’affrontent les multiples courants de la pensée hébraïque. On peut citer les Maskilim, adeptes de la Haskala, les Lumières du XVIIIe siècle, les Haredim, partisans de l’orthodoxie, les sionistes traversés de plusieurs courants, ainsi que les tenants de plusieurs tendances marxistes, dont les socialistes du Bund, le vieux parti juif fondé dans la ville en 1897.

L’invasion nazie et la destruction de Vilna

En juin 1941, dans le cadre de l’opération Barbarossa, l’Allemagne nazie conquiert la totalité de la Pologne. Vilna, qui était occupée dès 1939 par les Soviétiques selon l’application du Pacte secret Molotov-Ribbentrop, est reprise et intégrée au Reichskommissariat Ostland nazi. Les blindés allemands sont accueillis avec enthousiasme par une partie de la population comme les libérateurs du joug soviétique. Des groupes fascistes lituaniens, avec l’assentiment des nouveaux occupants, se livrent à des Schiessparaden — étymologiquement « exercices de tir » —, en fait des exécutions sommaires de Juifs de la ville, suspectés d’avoir collaboré avec l’ancien occupant.
Trois ghettos sont créés à Vilna, où s’entassent 40 000 personnes dans des conditions de survie très précaires.
Tandis que se succèdent dans la ville rafles — Hapunkes — et exécutions sommaires, les Einsatzgruppen, groupes militaires de tuerie, assistés d’unités SS et de collaborateurs locaux, les Ypatingi — « les meilleurs » — sévissent dans la forêt de Ponary, proche de Vilna.
Pour accomplir leur basse besogne, ils choisissent un dépôt de carburant abandonné possédant des fosses de stockage à l’air libre, déjà prêtes pour y entasser les cadavres de leurs futures victimes.
Le 31 août 1941, 2 019 femmes, 864 hommes et 817 enfants venus des ghettos sont placés devant les fosses et criblés de balles. D’autres tueries suivront jusqu’en août 1944.
On estime à environ 100 000 le nombre total de victimes d’assassinat en trois ans, soit une centaine par jour en moyenne, dont 70 000 Juifs, 20 000 Polonais et 10 000 Russes, Biélorusses et Roms.

Aux assassins succèdent les prédateurs

Aux assassins succèdent les prédateurs.
Au sein de l’appareil nazi, un organisme particulier, l’ERR — Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, Équipe d’intervention du Reichsleiter Rosenberg — a pour mission de s’emparer des biens culturels juifs, livres et objets, religieux ou profanes, dont les plus intéressants sont envoyés à l’Institut zur Erforschung der Judenfrage — Institut pour l’étude de la question juive — ouvert dès mars 1941 à Francfort-sur-le-Main.
Rosenberg a le projet de constituer, après la victoire du IIIe Reich, un complexe monumental, la Hohe Schule — École supérieure — qui serait édifiée sur les rives du lac de Chiemsee en Bavière, en vue de constituer le témoignage ethnologique de la civilisation juive dégénérée et anéantie (2).
Très vite, un groupe de l’ERR débarque à Vilna. Il est dirigé par Johannes Pohl, directeur du musée de Rosenberg à Francfort.
C’est un prêtre catholique défroqué converti au nazisme, ancien membre de l’Institut biblique pontifical. Il installe son quartier général dans les locaux du Yivo, l’Institut pour la recherche juive (Yidisher Visnshaftlekher Institut).
Fondé en 1925, cet établissement fonctionne comme un centre de recherche sur la culture juive d’Europe de l’Est et possède la plus grande collection de documents ethnographiques et scientifiques juifs au monde.
Il joue également le rôle d’université yiddish et sa bibliothèque est riche de 85 000 livres : manuscrits de poètes et romanciers, correspondances de grands rabbins, documents sur le théâtre yiddish et pièces de théâtre remontant au XVIIIe siècle ainsi qu’une vaste collection de partitions de musique et d’artefacts.
Parmi les membres du conseil honoraire des curateurs (Curatorium), figurent Albert Einstein, Sigmund Freud et Marc Chagall, les œuvres de ce dernier bénéficiant de plusieurs expositions tenues dans le musée.
Autre cible des prédateurs, la célèbre bibliothèque Strashun. Créée en 1902, considérée comme la plus importante au monde dans le domaine de la culture juive, elle est riche des œuvres kabbalistiques de Chaim Vital, des textes du grand historien Heinrich Graetz et des écrits d’Abraham Mapu, le fondateur du roman hébraïque moderne.
Troisième cible culturelle importante, le Musée An-ski, propriété de la Société historique et ethnographique juive de Vilna, riche de 50 000 livres, tirages rares et manuscrits précieux ainsi que de milliers de documents et de photographies.
Les villes voisines de Kaunas, Šiauliai, Marijampolė et Valozhyn figurent aussi sur la liste des pillages prévus.

Hermann Kruk et la naissance de la « brigade des papiers »

Pour constituer une équipe efficace, le chef de l’ERR nomme comme responsable un érudit, Hermann Kruk, ancien directeur de la bibliothèque du Bund, parti socialiste juif, de Varsovie et à présent de celle du ghetto de Vilna (Mefitse Haskole).
Kruk sélectionne à son tour une quarantaine de Zamlers (3).
Tous ont compris qu’en cas de refus, ils risquent la prison, voire le camp de concentration, si ce n’est la mort, mais ils ont aussi compris que s’offre à eux une rare occasion de soustraire aux nazis de précieux documents (4).
Kruk demande à trois hommes qu’il connaît bien de se seconder dans sa tâche.
Le premier, Avrom Sutzkever, est un poète yiddish réputé, membre du mouvement littéraire et artistique Yung Vilne — la jeune Vilna — qui donne des cours à des étudiants du ghetto.
Le deuxième, Shmerke Kaczerginski, originaire de Vilna, auteur de chansons révolutionnaires très connues, est un communiste convaincu, membre lui aussi de Yung Vilne.
Pour ce qui est enfin de Zelig Kalmanovich, linguiste reconnu, ancien co-directeur du Yivo dont il a été chassé par les Soviétiques, sa ferveur religieuse lui a valu d’être surnommé dans certains milieux juifs orthodoxes de Vilna « le prophète du ghetto ».
Trois femmes vont également jouer un rôle important au sein du groupe.
Rachela Pupko-Krinsky Melezin, qui pratique cinq langues, enseigne l’histoire dans les lycées de la ville. Son mari tué peu de temps après l’invasion de Vilna, elle n’a accepté sa mission qu’une fois ses deux enfants en bas âge mis en lieu sûr.
Dina Abramowicz, bibliothécaire dans le ghetto, est titulaire d’une maîtrise en philosophie et littérature polonaise et diplômée de la faculté des lettres de l’université Stefan Batory de Vilna.
Ona Simaité, enfin, écrivaine lituanienne non juive, est bibliothécaire à l’Université de la ville.

Sous les yeux des nazis, sauver les livres

Chaque jour, escortés de soldats ou de membres de l’ERR, les Zamlers quittent leur ghetto pour gagner les lieux qui leur ont été assignés, où ils doivent trier pour le compte des occupants les livres, manuscrits et artefacts les plus intéressants, les plus précieux.
Il leur faut ensuite emballer ces livres et ces objets en paquets, empiler ceux-ci dans des charrettes à bras puis les convoyer vers le Yivo, où Pohl a décidé que seraient rassemblés les fruits du pillage.
Très vite, ce butin forme des amas d’une hauteur impressionnante.
Ce travail se déroule sous l’œil des Juifs du ghetto réquisitionnés pour des tâches beaucoup plus pénibles dans les usines de la ville ou à la voirie.
Ils ne tardent pas à surnommer avec ironie les Zamlers « la brigade des papiers » (Papir brigade).
Se doutent-ils que derrière cette activité qui leur paraît privilégiée, leurs camarades se livrent à des agissements dangereux sous les yeux des Allemands ?
Comme eux-mêmes, qui dissimulent sous leurs vêtements de la nourriture ou autres produits indispensables, des médicaments par exemple, les Zamlers cachent aussi des biens précieux, mais ce sont des livres ou des objets de leur culture commune.
Ils les dissimulent ensuite dans les combles ou les caves du Yivo ou encore, quand ils en ont la possibilité, les font passer dans la ville « aryenne » ou dans les ghettos.
Beaucoup de ceux-ci comportent des cachettes, les malinas. Ce sont de fausses cloisons destinées à cacher les personnes ou des cavités, des conduits de cheminées ou encore des tunnels creusés dans le sol des caves.
Parfois aussi, les précieux objets sortent de la ville grâce à des complicités extérieures.
Toutes les occasions sont bonnes.
Ainsi, Abraham Sutzkever obtient l’autorisation d’apporter à son domicile du ghetto de vieux papiers qu’il prétend brûler dans son poêle pour faire face aux rigueurs du climat, ce qui lui permet de constituer un butin impressionnant.
Ce sauvetage se pratique pendant un an et demi sans entraîner la moindre arrestation.
Dans les greniers et les caves du Yivo se trouvent bientôt dissimulés près de cinq mille ouvrages très précieux, religieux ou séculiers, de toutes les langues et de toutes les époques (5).
En 1943, le groupe parvient à subtiliser le contenu de trois caisses en provenance du musée de Smolensk contenant en particulier un manuscrit rédigé par le valet de chambre de Pierre le Grand et des écrits des XVe et XVIe siècles.
Cette récupération est facilitée par le fait que les gardiens allemands exercent une surveillance de moins en moins assidue et que leur chef Johannes Pohl est souvent absent, occupé à écumer la région.
Ses deux assistants, Scheffer et Sporket, sont loin de posséder son niveau de culture.
Ainsi, comme ils ont la fâcheuse manie d’estimer la valeur d’un livre à son état de fraîcheur, les exemplaires reliés mais détériorés prennent le chemin d’une cordonnerie, qui transforme leur reliure en semelles pour souliers de soldats.
D’autres sont dirigés vers une usine qui transforme les pages des livres en pâte à papier.
Ces deux hommes se livrent sans doute à d’autres occupations, plus lucratives : ainsi, en ouvrant deux caisses en partance pour l’Allemagne, découvre-t-on qu’elles contiennent… de la viande de porc destinée à un réseau de marché noir.

L’insurrection et la fin de la brigade

Début septembre 1943, à l’annonce que les nazis vont entreprendre la « liquidation » des ghettos de Vilna, une insurrection éclate, organisée par la F.P.O. (Fareynikte Partizaner-Organizaise), une organisation unifiée de partisans, dirigée par Abba Kovner.
Faute d’armement, les combattants sont bientôt contraints d’abandonner le combat et de fuir dans les forêts voisines où ils continueront leur lutte.
La « brigade des papiers » est fortement frappée.
Kruk, déporté, sera exécuté le 18 septembre 1944 par les SS, la veille de la libération de son camp de Vaivara par les Soviétiques.
Kalmanovich mourra du typhus dans un camp d’Estonie en septembre 1943.
La plupart des autres membres du groupe seront exécutés ou décèderont à l’issue de leur déportation.
On ne comptera que quatre survivants : Sutzkever, Kaczerginski et Abramowicz qui, ayant participé à l’insurrection, auront la chance de s’échapper de la ville et participeront au combat contre les occupants dans la forêt de Narotsh, à 120 kilomètres de Wilna.
Ona Simaité, elle, sera internée à Dachau mais en sortira vivante (6).

Après la libération, retrouver ce qui a été caché

Le 13 juillet 1944, l’Armée rouge libère Vilna avec l’aide des partizaners juifs, qui ont l’honneur d’entrer les premiers dans la ville.
Dans leurs rangs, Sutzkever et Kaczerginski, qui tentent alors de récupérer ce que le groupe était parvenu à dissimuler.
Mais ils doivent y procéder souvent dans des ruines, celles des ghettos en particulier. Quant au Yivo, il a été en grande partie détruit par un incendie et la majorité des documents cachés ont été détruits.
En revanche, beaucoup de malinas sont restées intactes ainsi que leur précieux contenu, pour celles qui ont échappé au pillage de Lituaniens et de Polonais convaincus que les Juifs y ont caché leur or…
Des tonnes de livres sont également retrouvées dans l’usine à papier, en attente d’être détruites.
Sutzkever, Kaczerginski et Abba Kovner, le chef de la F.P.O., décident alors de créer un petit musée de l’art et de la culture juive (Yidisher musey), dont Kaczerginski prend la direction, sous la houlette du ministère de la Culture de la République soviétique de Lituanie.
Outre les livres et artefacts retrouvés, il est décidé qu’il abritera également des témoignages de la vie dans le ghetto et de sa destruction par les nazis.
Premier du genre en Europe de l’Est, ce musée est provisoirement installé… dans l’ancienne prison des ghettos.
C’est en ce lieu imprégné de tant de souffrances et de drames qu’en 1947, Ilya Ehrenburg, le célèbre poète russe, déposera par prudence les archives utilisées pour la préparation de son Livre noir sur l’extermination des Juifs de Pologne et l’Union soviétique, pressentant qu’il sera interdit par Staline — ce qui s’est produit (7).

Les « Monument Men » et les trésors retrouvés

À la même époque, les gouvernements alliés prennent conscience de l’importance des pillages commis par les nazis dans le domaine de l’art et de la culture.
Des détachements de l’armée américaine surnommés les Monument Men — la préservation des monuments a été leur première mission — sillonnent l’Europe à la recherche de ces biens spoliés.
Ainsi découvrent-ils dans les dépôts de la ville d’Offenbach, près de Francfort, trois millions d’écrits et d’artefacts provenant des pillages européens opérés par les services de Rosenberg.
Ils les transfèrent dans un immeuble confisqué à la société de produits chimiques I.G. Farben qui se trouve avoir fabriqué le Zyklon B, produit utilisé dans les chambres à gaz…
En août 1947, 2 000 000 livres et objets ordinaires, issus de ces récupérations, sont distribués dans les camps de « personnes déplacées » d’Europe.
Pour autant, certains des trésors qui proviennent de Vilna ne sont pas restitués à la Lituanie soviétique, guerre froide oblige, mais expédiés à l’Institut YIVO de New York, créé dès 1940 dans la continuité de celui de Vilna.

Le combat clandestin continue

Après la guerre, les temps deviennent difficiles pour la culture juive, accusée de nouveau par les dirigeants soviétiques de diffuser le sionisme et donc considérée comme « asociale ».
De 1949 à 1953, période où Staline entreprend de faire disparaître cette culture, la Grande synagogue de Vilna est démolie, des cimetières détruits et les rues qui portaient les noms de personnalités juives changent d’appellation.
Sutzkever et Kaczerginski se refusent à faire profil bas et reprennent leur activité de Zamlers clandestins.
Ils conçoivent un plan pour faire sortir des documents, d’abord vers la Pologne, puis vers la France, d’où ils sont ensuite envoyés au siège du YIVO à New York.
Ainsi la version originale des journaux intimes de Théodor Herzl et des correspondances d’écrivains célèbres se retrouvent-elles aux États-Unis.
Puis Avrom Sutzkever parvient à quitter Vilna en 1946 pour la Palestine, où il finira ses jours après avoir apporté son témoignage lors du procès de Nuremberg.
Shmerke Kaczerginski, qui dirige toujours le petit musée juif de Vilna, se voit contraint de fermer ses portes en juin 1949.
Il partira pour l’Argentine, où il trouvera la mort dans un accident d’avion en 1954.
Abba Kovner, après avoir fondé le mouvement Berihah, en charge de l’immigration clandestine des Juifs d’Europe de l’Est vers la Palestine mandataire, rejoindra la Haganah en décembre 1947 et combattra dans la brigade Givati avant de mourir en terre d’Israël en 1987.

Antanas Ulpis, un successeur inattendu

Pendant cette période si tourmentée, un homme joue également un rôle déterminant dans le sauvetage des documents juifs.
Antanas Ulpis, un bibliothécaire catholique, directeur à partir de 1946 de la Chambre du livre de la République socialiste soviétique de Lituanie, organise dans une semi-clandestinité, à Vilna et dans les alentours, une collecte d’ouvrages juifs.
Il acquiert également des documents auprès d’antiquaires et de propriétaires privés.
Une bonne partie de son butin prend la direction des combles du monastère carmélite et de l’église Saint-Georges de Vilnius, pour être ensuite envoyé au Yivo de New York.
En lui, les Zamlers auront trouvé un digne successeur.

Préserver la culture au péril de sa vie

Sous la coupe des nazis, les membres de la « brigade des papiers » auront réussi l’exploit de préserver 30 à 40 % des archives culturelles juives qui sont passées entre leurs mains.
Pourtant, et cela peut sembler un paradoxe, la plupart des objets volés en Europe et expédiés en Allemagne auront été préservés et retrouvés.
Pour autant, le combat courageux de ces hommes et de ces femmes pour soustraire leur culture aux griffes de la barbarie conserve sa valeur exemplaire.

NOTES

(1) D’abord capitale du Grand-Duché de Lituanie sous le nom de Vilnius, la ville a modifié son nom au fil de ses nombreux changements de maîtres. Polonaise sous le nom de Wilno au sein de la République des Deux Nations (Pologne-Lituanie), puis Vilna lors de son intégration à l’empire russe (1795-1915), elle est devenue Wilna lors de l’occupation allemande de 1915 à 1918 puis, la paix revenue, capitale de la Lituanie indépendante, elle a retrouvé son nom lituanien de Vilnius. Annexée par la Pologne de 1920 à 1939, elle est dénommée Wilno. Pour la communauté juive, elle n’a jamais cessé d’être Vilna (Vilné en yiddish).
(2) Selon l’usage nazi, d’autres organismes souvent rivaux sont chargés d’une mission identique, comme l’Ahnenerbe (société pour la recherche et l’enseignement de l’héritage ancestral) de Himmler ou l’Amt VII (Bureau VII) du RSHA (Reichssicherheitshauptamt — Office central de la sécurité du Reich).
(3) Hermann Kruk, tout au long de ces événements, tiendra une chronique, The Last Days of the Jerusalem of Lithuania: Chronicles from the Vilna Ghetto and the Camps, 1939–1944, qui sera publiée en 2002 par Yale University Press / YIVO Institute for Jewish Research. À la date du 19 février 1942, il écrit : « Kalmanovich et moi ne savons pas si nous sommes des fossoyeurs ou des sauveurs ». Cette interrogation comporte, nous le verrons, une part de vérité…
(4) C’est aussi dans leur esprit une forme de Havlagah, ce terme hébreu qui désigne la résistance passive et qui sera plus tard utilisée en Palestine mandataire par les militants sionistes face à l’occupation britannique.
(5) Sont cachés en particulier des lettres et manuscrits de Maxime Gorki, Sholem Aleichem et Hayim Nachman Bialik, un journal de Théodore Herzl, des dessins de Marc Chagall, des lettres de Tolstoï, Gorki, Bialik et Romain Rolland, des manuscrits de Sholem-Aleykhem, un tableau de Ilia Repine, le seul manuscrit connu du Gaon de Vilna, ainsi que des dizaines d’autres documents, photographies et autres objets d’une grande valeur culturelle.
(6) Internée ensuite à Leudelange, au Luxembourg, libérée en septembre 1944, elle décide de ne pas retourner en Lituanie et termine ses jours en France après avoir été honorée en 1966 du titre de Juste parmi les nations.
(7) Juste retour des choses, après la chute du mur de Berlin, en 1989, la première édition du Livre noir sortira des presses de Vilna.

SOURCES

Bibliographie

Fishman (David E.), The Book Smugglers: Partisans, Poets, and the Race to Save Jewish Treasures from the Nazis. The True Story of the Paper Brigade. Lebanon, NH: ForeEdge, 2017.
Kaczerginski (Shmerke), La brigade des papiers. Sauver les livres, sauver l’âme. Éditions du Cerf, 2015.
Kruk (Hermann), The Last Days of the Jerusalem of Lithuania: Chronicles from the Vilna Ghetto and the Camps, 1939–1944. Yale University Press, 2002.
Kuznitz (Cecile Esther), YIVO and the Making of Modern Jewish Culture: Scholarship for the Yiddish Nation. Cambridge University Press, 2014.
Porat (Dina), Le juif qui savait, Wilno-Jérusalem : la figure légendaire d’Abba Kovner. Le bord de l’eau, Paris, 2017.
Rydell (Anders), The Book of Thieves: The Nazi Looting of Europe’s Libraries and the Race to Return.
Shavit (David), Hunger for the Printed Word: Books and Libraries in the Jewish Ghettos of Nazi-Occupied Europe. McFarland & Co.
Sutzkever (Avrom), From the Vilna Ghetto: Poems. Jewish Publication Society, 1983.

Filmographie

Perelsztejn (Diane), La brigade des papiers. Les films de la mémoire. Pois Chiche Films, 2017.

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