Daniel Pinsky, l'Israélien qui ose l'impossible : tour du monde en solitaire sans technologie

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Daniel Pinsky, l'Israélien qui ose l'impossible : tour du monde en solitaire sans technologie

L'Israélien qui part seul à la conquête du monde — et qui a déjà essuyé sa première tempête

Il s'appelle Daniel Pinsky, il a 35 ans, et il s'apprête à faire quelque chose qu'aucun Israélien n'a jamais osé tenter : boucler seul le tour du monde en voilier, sans GPS, sans technologie moderne, guidé uniquement par les étoiles.
Dans quelques mois, il prendra le départ de la Golden Globe Race 2026, l'une des compétitions maritimes les plus redoutables de la planète. Mais cette semaine, avant même d'avoir atteint la ligne de départ, il a déjà dû affronter l'une des épreuves les plus rudes de sa vie.

Un enfant du lac de Tibériade qui a grandi face à la mer

Tout commence sur les rives du lac de Tibériade, à bord d'une vieille barque en bois. C'est le grand-père de Daniel, pêcheur de son métier, qui lui a transmis cet amour viscéral de l'eau. Ensemble, ils pêchaient, et rentrer au port signifiait préparer une soupe de poisson dont il se souvient encore. Ce grand-père, décédé cette année, est une présence discrète mais centrale dans ce voyage : en un sens, Daniel part un peu pour lui.

À 14 ans, il quitte le domicile familial pour intégrer l'internat de l'école navale d'Akko. À 23 ans, il achète son premier voilier. La mer n'est plus un loisir, c'est une façon d'être au monde. Depuis, il a traversé des océans, accumulé les milles, forgé un caractère que même les tempêtes peinent à entamer. Mais la Golden Globe Race, c'est d'une autre dimension.

La course la plus anachronique et la plus brutale du monde

La Golden Globe Race est une compétition hors du temps, littéralement. Les participants doivent effectuer un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, en reproduisant les conditions de la toute première édition, courue en 1968.
Cela signifie : pas de GPS, pas d'ordinateur de navigation, pas de smartphone. On navigue au sextant  cet instrument mécano-optique d'un autre siècle et sur des cartes papier. On s'oriente aux étoiles. On mange ce qu'on a emporté. On boit l'eau qu'on a stockée, ou celle que l'on récolte sous la pluie. On écoute de la musique de façon non numérique, si tant est que des enfants d'aujourd'hui imaginent encore que c'est possible.

Le parcours dépasse les 30 000 milles nautiques, frôle l'Antarctique, traverse les zones les plus isolées de l'océan Austral ces eaux où l'on est parfois plus proche de la Lune que de toute terre habitée. La durée estimée du périple ? Plus de 250 jours, seul en mer. La compétition n'a été courue que trois fois depuis sa création, en 1968, 2018 et 2022. La quatrième édition, celle de 2026, partira en septembre depuis la France.

Exodus, l'Israélien et les 24 autres fous

Daniel concourra sur l'Exodus, un voilier de 1980 qu'il a spécialement acquis pour la course, après avoir vendu son ancien bateau. Il sera accompagné de 23 autres participants, mais sera bel et bien seul à bord. Premier Israélien de l'histoire à prendre le départ de cette épreuve, il revendique ouvertement cette dimension nationale : il veut finir enveloppé dans le drapeau de son pays. Il ajoute que les événements du 7 octobre l'ont poussé à vivre pleinement, sans attendre. La course est la concrétisation de cet élan.

Gal Raskin, amie proche et l'une des bénévoles qui gère sa présence digitale depuis la terre, résume sa personnalité avec une conviction totale :
« Danny est l'une des personnes les plus solides qui soit. Il a une résilience et une sérénité intérieures que peu de gens possèdent. Je crois qu'il va y arriver. » Avant d'ajouter, lucide : « Mais c'est l'une des compétitions les plus dures au monde. Rester seul en mer pendant presque un an entier réclame une résistance mentale hors du commun. »

Pris dans la tempête avant même le départ officiel

Daniel est actuellement en route vers la France, où se tiendra le départ officiel en septembre. Cette traversée préparatoire s'est transformée en véritable épreuve.
Des vents soufflant à près de 90 km/h et des vagues atteignant 7 mètres de hauteur  l'équivalent d'un immeuble de deux étages  l'ont forcé à se calfeutrer à l'intérieur de son petit voilier pendant de longues heures, incapable de sortir sans risquer sa vie. Coincé sous la table, dans son sac de couchage, incapable de se doucher, ne sachant pas quand les conditions lui permettraient de reprendre la route.

Son appareil Starlink, qui lui permettait de diffuser des vidéos quotidiennes en direct, est tombé à la mer. C'est donc Gal Raskin qui a pris le relais pour tenir la communauté informée. Dans une de ces mises à jour, elle ne cachait rien : « Il est dans un état psychologique difficile. Il n'a pas pu se doucher à cause de la tempête. Il dort dans son sac de couchage sous la table parce qu'il ne peut pas s'attacher aux couchettes. Il est un peu découragé, il ne sait pas quand il pourra reprendre la mer. »

Puis le calme est revenu. Les vents sont retombés autour de 37 km/h, les vagues à 3 mètres. Daniel a relevé son ancre flottante ce dispositif de sécurité maritime destiné à limiter la dérive et a repris cap vers la France. Raskin rapportait : « Il m'a écrit qu'il était très ému, qu'il préparait le bateau pour reprendre la route, et rien que ça lui a remonté le moral. Il a traversé des jours vraiment difficiles, à tenir mentalement sans savoir ce qui allait arriver. »

Le vrai adversaire, c'est l'intérieur

Dans un message bref envoyé depuis le milieu de l'océan sa communication se réduit à quelques textos via téléphone satellitaire, chaque message mettant un temps fou à arriver Daniel a su trouver les mots justes : « C'est un combat psychologique quotidien. Une fois que ces pensées s'installent, il est difficile de s'en défaire. Il faut s'occuper, maintenir une routine, savoir se connecter à la nature et faire des oiseaux ses amis leur parler, parler au ciel, parler au bateau. »

Raskin apporte un éclairage plus profond sur ce qui anime son ami : « Ce qui pousse Danny dans ce voyage, c'est de découvrir les limites extrêmes de l'âme humaine, ses propres limites. Il veut savoir ce que l'on ressent au dernier instant avant la folie. Il dit souvent que dans l'océan Austral, là où l'on est parfois plus près de la Lune que de tout continent, l'attend une rencontre avec Dieu. »

La logistique du bout du monde

Avant même de penser aux tempêtes et à la solitude, il y a la question triviale mais cruciale de la survie quotidienne : que mange-t-on pendant 250 jours seul en mer ? Daniel ne compte pas sur la pêche  si quelque chose se présente, ce sera un bonus en protéines fraîches mais sa base alimentaire reposera sur des conserves et de la nourriture déshydratée. Pour l'eau, il peut collecter la pluie, mais doit surtout repartir avec ses propres réserves. L'équipe cherche actuellement un nutritionniste sportif pour anticiper les carences en vitamines, particulièrement problématiques lors des tempêtes prolongées, quand on ne peut ni manger correctement ni bouger.

Pas de Waze, pas de Spotify, pas de WhatsApp. Des livres, de la musique en format non numérique, et le ciel.

Les légendes qui l'ont précédé

L'histoire de la Golden Globe est peuplée de figures qui ont tout donné, et parfois tout perdu. Lors de la première édition de 1968, Robin Knox-Johnston fut le seul des neuf concurrents à boucler le tour du monde.
Bernard Moitessier, grand favori, choisit de ne pas rentrer : arrivé à hauteur du Cap Horn pour la deuxième fois, il fit demi-tour et continua de naviguer vers les mers du Pacifique, refusant de retourner à la civilisation. Donald Crowhurst, lui, maquilla ses carnets de bord, prétendit avoir accompli ce qu'il n'avait pas fait, et disparut en mer dans ce qui ressemble fort à un suicide.

Plus récemment, lors de l'édition 2022, l'image de la gagnante Kirsten Neuschäfer a marqué les esprits pour de tout autres raisons : captant un signal de détresse d'un autre concurrent dont le bateau avait coulé, elle fit demi-tour, navigua pendant plusieurs jours pour le retrouver sur un radeau de survie au milieu de nulle part, le sauva et remporta quand même la course malgré le retard accumulé.

Financer le rêve, malgré lui

Pour participer et représenter Israël, Daniel a besoin d'argent. L'objectif initial est fixé à 175 000 shekels, et il en a déjà récolté plus de 70 000. Il a longtemps résisté à l'idée de demander de l'aide ou de chercher des sponsors c'est dans sa nature de vouloir tout faire seul.
C'est Raskin qui a dû le convaincre de mettre en place une cagnotte et d'entretenir une présence sur les réseaux sociaux. Les vidéos qu'il postait quotidiennement depuis le large sont rapidement devenues virales, touchant des milliers de gens qui n'avaient sans doute jamais envisagé de s'intéresser à la voile hauturière.

Il y a une boîte d'urgence à bord, qui lui permettrait d'émettre un signal de détresse et d'obtenir une assistance médicale par téléphone. Mais l'utiliser mettrait fin à sa participation. Ce dilemme, entre survie et abandon, résume assez bien l'esprit de cette course et celui de l'homme qui la tente.

Le périple de Pinsky est ce qui se rapproche le plus du film culte « Jusqu'au bout du monde » : l'histoire d'un homme seul face à la nature, qui devra surmonter les forces de la mer et sa propre solitude. On peut y voir une évasion ou un retour aux sources ; en tout cas, nous espérons que Daniel Pinsky réussira ce voyage avec les 23 autres participants et fera rayonner Israël. Si vous souhaitez le suivre, comme nous le ferons, rendez-vous sur le site web du concours , le site de Pinsky ou ses réseaux sociaux

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