Des compotes empoisonnées aux sédatifs : Jérusalem sous le choc, le Shin Bet saisi

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Des compotes empoisonnées aux sédatifs : Jérusalem sous le choc, le Shin Bet saisi

Des compotes empoisonnées aux sédatifs : Jérusalem sous le choc, le Shin Bet saisi

Une affaire glaçante secoue Jérusalem depuis plusieurs jours. Au moins six jeunes enfants, certains âgés de dix mois à peine, ont été hospitalisés en urgence après avoir consommé des compotes de fruits pour bébés de la marque Prinuk, retrouvées contaminées par de puissants sédatifs habituellement réservés aux adultes.
La police envisage désormais la piste d'un acte à caractère nationaliste, et le Shin Bet a été appelé en renfort de l'enquête.

Des bébés foudroyés en pleine coeur

Tout commence un jeudi après-midi, dans un jardin résidentiel de la capitale. Deux fratries de voisins, des enfants de un et trois ans, partagent un goûter en bas de chez eux.
Quelques minutes après avoir avalé quelques cuillerées de compote, l'un des petits s'effondre, perd l'équilibre, puis sombre dans une somnolence inquiétante.
Les parents, paniqués, appellent les secours. Aux urgences pédiatriques de l'hôpital Hadassah Ein Kerem, les médecins constatent un tableau identique chez les quatre enfants : apathie extrême, faiblesse musculaire, troubles de la coordination.

Les analyses sanguines tombent et confirment le pire. Les petits patients présentent des traces de benzodiazépines, ces molécules sédatives prescrites aux adultes contre l'anxiété ou l'insomnie, commercialisées sous les noms de Klonex ou Valium. Une dose minime suffit à plonger un nourrisson dans un état de léthargie profonde.

Le déclic vient du personnel infirmier lui-même. Une infirmière se souvient d'un cas troublant similaire survenu quelques semaines plus tôt, en mai, deux autres enfants admis avec exactement les mêmes symptômes. Le rapprochement est immédiat, et un point commun éclate au grand jour : tous ces enfants avaient consommé la même compote de fruits Prinuk, achetée dans des magasins de la chaîne Zol Vegadol, situés rue Yafo à Jérusalem.

Le récit d'une mère hantée

Chiffi, habitante de Jérusalem, raconte l'horreur vécue ce jeudi-là dans son jardin. Son fils de trois ans réclame à manger, elle ouvre un pot Prinuk acheté en magasin et le lui donne. Sa fille de dix mois en reçoit aussi quelques cuillerées, tout comme la fillette de deux ans de la voisine, assise à côté. En quelques instants, tout bascule.
« Je tenais ma fille et j'ai senti d'un coup qu'elle n'était plus stable, livide. Elle n'arrivait plus à se tenir », confie-t-elle. Son fils, qui avait mangé le plus de compote, est le plus sévèrement touché : il marche, tombe, et perd peu à peu connaissance. Les enfants resteront hospitalisés quatre jours. « Il a fallu plusieurs jours avant que mon fils puisse remarcher et reparler normalement », témoigne-t-elle, encore traumatisée. « Je n'achète plus rien de cette marque. »

Une autre mère décrit une scène tout aussi terrifiante : ses deux filles, en quelques cuillerées, s'effondrent sur le sol du salon. « On aurait dit qu'on leur avait aspergé quelque chose dessus », raconte-t-elle. L'aînée, onze ans, qui avait servi la compote à ses petites sœurs, restera profondément marquée, rongée par un sentiment de culpabilité après l'hospitalisation des deux fillettes.

Les analyses confirment l'empoisonnement

Mercredi, le ministère de la Santé tranche : les analyses de laboratoire confirment la présence de clonazépam (Klonex) et de lorazépam (Lorivan) dans les pots de compote incriminés. Des médicaments sous ordonnance stricte, jamais administrés en routine à des nourrissons. Fait troublant relevé par plusieurs mères : les bocaux semblaient parfaitement scellés à l'ouverture, mais sans le bruit caractéristique du vide d'air rompu, signe possible d'une manipulation préalable suivie d'une refermeture.

Les deux succursales concernées, situées au 113 et au 214 rue Yafo, ont reçu un ordre de fermeture administrative immédiate. L'importateur du produit, la société Randi, affirme de son côté que les contrôles menés à l'usine n'ont révélé aucune anomalie de fabrication ni contamination industrielle, et évoque la responsabilité d'un acteur extérieur ayant délibérément introduit des substances étrangères dans les produits déjà sur les étals.

Le ministère de la Santé n'a pas, à ce stade, ordonné de rappel généralisé de la marque, jugeant la contamination localisée aux deux points de vente.

Le Shin Bet saisi, la piste nationaliste évoquée

L'enquête, confiée à l'unité de lutte contre la criminalité du district de Sion, mobilise désormais des moyens inhabituels pour une affaire d'intoxication alimentaire. Les caméras de sécurité des deux magasins ont été saisies, les gérants entendus, et selon des révélations de la chaîne N12, le ministère de la Santé a sollicité l'intervention directe du Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien.

Plus significatif encore, la police confirme examiner sérieusement l'hypothèse d'un acte à caractère nationaliste. La sous-commissaire Adi Mizrahi Bouaron, responsable du renseignement pour le district de Sion, a tenu à tempérer tout en confirmant la gravité du dossier :

« Nous menons une enquête sensible et complexe depuis jeudi dernier. À ce stade, nous avons connaissance de deux cas, achetés dans deux magasins distincts. » Aucun suspect n'a pour l'instant été interpellé ni interrogé, ce qui invite, selon la police elle-même, à la plus grande prudence avant de qualifier définitivement le mobile, criminel ou idéologique.

Le professeur Saar Hashavia, qui dirige le service des urgences pédiatriques de Hadassah, a souligné le caractère exceptionnel de ce cluster de cas : plusieurs enfants intoxiqués simultanément, sans aucun accès possible à des médicaments sur ordonnance dans leur environnement immédiat. Une configuration qui exclut d'emblée l'hypothèse d'une ingestion accidentelle à domicile.

Vigilance maintenue pour les familles

Tous les enfants hospitalisés ont depuis été autorisés à rentrer chez eux et se rétablissent. Le ministère de la Santé a néanmoins diffusé une consigne aux hôpitaux de la région de Jérusalem, leur demandant de signaler tout cas présentant des symptômes compatibles avec une exposition aux benzodiazépines chez de jeunes enfants.

Les parents ayant acheté des produits Prinuk sont appelés à la vigilance face à toute somnolence inhabituelle, fatigue extrême ou confusion chez leur enfant, et à contacter sans délai le numéro d'urgence sanitaire 5400*.

L'enquête se poursuit, entre la traque d'un éventuel coupable isolé agissant dans une logique de haine, et la nécessité, pour les autorités, de rassurer une population déjà éprouvée sur la sécurité de ce qui devrait rester un geste anodin : nourrir son enfant.

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