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Jésus juif selon Gerald Messadié : l'homme qui n'est pas mort sur la croix
Par Claudine Douillet I 28 septembre 2028
Jésus est né juif, a vécu juif et est mort juif. Dans « L'homme qui devint Dieu », Gerald Messadié a consacré dix ans à reconstituer, presque heure par heure, la vie d'un rabbi de Galilée que l'Histoire a transformé en divinité. Sa thèse la plus explosive : Jésus aurait survécu à la croix.
Dix ans d'enquête pour retrouver Jésus de Nazareth
Journaliste scientifique né au Caire en 1931, disparu en 2018 Gerald Messadié publie en 1988 chez Robert Laffont une biographie romancée de Jésus qui devient un immense succès de librairie, traduit en plusieurs langues.
Le livre n'est ni un catéchisme ni un pamphlet. C'est une reconstitution. Le critique Gérard Mannoni, dans Le Quotidien de Paris, salue une vie racontée « de manière complète, factuelle, quasiment minutée ». L'auteur publiera ensuite un volume entier consacré à ses sources, puis « Jésus de Srinagar » en 1995, qui prolonge l'hypothèse de la survie.
Yeshoua, fils de Myriam, circoncis le huitième jour
Avant d'être le Christ des vitraux, Jésus s'appelle Yeshoua. Sa mère s'appelle Myriam. Il est circoncis le huitième jour, comme le rapporte l'Évangile de Luc, présenté au Temple de Jérusalem, élevé dans l'étude de la Torah.
Il enseigne dans les synagogues, monte à Jérusalem pour Pessah, et ceux qui le suivent l'appellent Rabbi. Lorsqu'on lui demande quel est le premier des commandements, il répond par le Shema Israël. Rien, dans sa vie, ne l'éloigne du judaïsme de son temps. Messadié le replace exactement là : dans une Judée occupée par Rome, déchirée entre sadducéens, pharisiens, esséniens et zélotes, sous la menace permanente de la répression romaine.
Un homme dans son époque, pas une icône
Le Jésus de Messadié doute, s'emporte, aime ses parents, hésite devant la foule qui veut faire de lui un roi. L'auteur fait revivre ceux qui l'ont entouré, aimé ou condamné, et restitue la vie quotidienne de la Palestine romaine avec une précision qui fascine. Françoise Ducout, dans Elle, y voit la preuve que « Jésus a bouleversé l'état du monde ». Mais le bouleversement que raconte Messadié est d'abord celui d'un homme, pas celui d'un dieu.
Quinze heures, veille de Pessah : la course contre la mort
C'est ici que le livre frappe le plus fort. La crucifixion romaine est un supplice lent : un condamné peut agoniser deux ou trois jours. Pour accélérer la mort, les soldats brisent les jambes des suppliciés, qui ne peuvent plus se soulever pour respirer.
Or la loi juive, inscrite dans le Deutéronome, interdit de laisser un corps suspendu pendant la nuit, et ce vendredi est la veille du Shabbat et de Pessah. Il faut descendre les corps avant le coucher du soleil.
Les Évangiles eux mêmes livrent des détails troublants. Jésus expire vers la neuvième heure, soit quinze heures, après seulement quelques heures de croix. Selon Marc, Pilate s'étonne qu'il soit déjà mort.Selon Jean, les soldats brisent les jambes des deux autres condamnés mais pas les siennes. Joseph d'Arimathie obtient le corps, et Nicodème apporte près de cent livres de myrrhe et d'aloès, des substances connues à l'époque pour leurs vertus médicinales.
Dans la reconstitution de Messadié, rien de tout cela n'est un hasard.L'amour d'une mère juive qui refuse de voir mourir son fils, des gardes romains qu'on paie pour épargner ses jambes, une descente de croix obtenue au plus vite grâce à l'urgence de la fête : Jésus est retiré vivant du supplice.
Une résurrection qui n'en est pas une
Dès lors, le tombeau vide et les apparitions aux disciples changent de sens. Il n'y a pas de miracle, mais un homme gravement blessé, soigné en secret, qui réapparaît devant les siens avant de disparaître. Messadié ira plus loin dans « Jésus de Srinagar », en imaginant un Jésus survivant parti vers l'Orient. L'enjeu est considérable : l'apôtre Paul écrit lui même que si le Christ n'est pas ressuscité, la foi chrétienne est vaine. Toute la théologie chrétienne repose sur cet après midi de Pessah.
Comment le rabbi galiléen est devenu Dieu
Le titre du livre dit tout. Jésus ne s'est pas proclamé Dieu : il l'est devenu, après sa disparition, par la prédication de Paul auprès des non juifs, puis par les conciles, dont celui de Nicée en 325 qui fixe sa divinité en dogme.
À mesure que le christianisme se sépare du judaïsme, le Juif Jésus s'efface derrière le Christ, et ses propres frères deviennent, pendant près de deux millénaires, le peuple accusé de l'avoir tué. Il faudra attendre la déclaration Nostra Aetate de Vatican II, en 1965, pour que l'Église rejette officiellement cette accusation. Lire Messadié, c'est rendre à Jésus sa mère, sa Torah et son peuple.
Un livre qui dérange encore
L'ouvrage a déclenché de vives réactions. Dès 1989, le bibliste Pierre Grelot, spécialiste des langues sémitiques anciennes, lui consacre un essai critique aux éditions du Cerf, « Un Jésus de comédie », qui conteste la solidité de ses sources. C'est le prix de toute enquête qui touche au sacré. Messadié n'apporte pas de preuve définitive, il propose une lecture rationnelle, documentée, cohérente avec les textes et avec la loi juive de l'époque.
Jésus comme on ne l'a jamais raconté
Plus de trente ans après sa parution, « L'homme qui devint Dieu » reste un livre qui bouleverse. Pour le lecteur juif, il a une vertu rare : il ne demande pas de croire, il demande de comprendre. Et ce qu'il montre, page après page, c'est un fils de Myriam qui n'a jamais quitté le judaïsme. Le reste appartient à ceux qui, après lui, en ont fait un dieu.
Qui était Gerald Messadié ?
Né en 1931 au Caire et mort le 5 juillet 2018 à Paris, Gerald Messadié était journaliste scientifique, romancier et essayiste. Il a dirigé la rédaction du magazine Science & Vie pendant vingt cinq ans et publié plus de soixante livres sur des thèmes très variés. Passionné d'histoire, d'ethnologie et de théologie, il a consacré des essais aux croyances, aux cultures et aux religions, ainsi que des biographies, dont une vie de Moïse en deux volumes, et des romans historiques. Son ouvrage « L'homme qui devint Dieu » paraît en 1988 chez Robert Laffont et reste son plus grand succès, prolongé par « Jésus de Srinagar » en 1995. Esprit libre et volontiers iconoclaste, il a bâti son œuvre sur une conviction : les grandes figures religieuses gagnent à être comprises dans leur époque plutôt que dans leur légende.
Du 28 septembre au 3 octobre 2026, le psychanalyste Paul Sillam lit Kohelet sous cinq soukkot de Paris et Neuilly. Dates, adresses et horaires.
Le psychanalyste Paul Sillam, fondateur de l'association CHAAR et cofondateur de la cellule d'aide psychologique au service du divorce religieux du Consistoire de Paris, bien connu des lecteurs d'Alliance pour ses chroniques, part lire Kohelet sous les soukkot de Paris et de Neuilly. Du lundi 28 septembre au samedi 3 octobre 2026, il propose cinq rencontres autour de la parole de sagesse du roi Salomon, de la librairie Miketer jusqu'à la nuit de Hoshaana Rabba.
Un psychanalyste au service de la communauté
Président fondateur de CHAAR, le Comité psychanalytique humanitaire d'aide à l'autonomie psychique retrouvée, Paul Sillam accompagne bénévolement depuis plus de vingt ans, avec le Consistoire de Paris, ceux qui traversent l'épreuve de la séparation. Coauteur de l'ouvrage Familles face au divorce aux éditions Biblieurope, il signe régulièrement dans Alliance des textes où la psychanalyse dialogue avec la tradition juive. Pour Souccot 2026, il choisit un texte qui parle à chacun : Kohelet, l'Ecclésiaste.
Lundi 28 septembre : ouverture à la librairie Miketer
Le cycle débute ce lundi 28 septembre à 18h à la librairie juive Miketer, 2 rue Rennequin, dans le 17e arrondissement de Paris. Michaël Melloul, fils de Jacques Melloul, fondateur des éditions Biblieurope, accueillera le public pour une présentation de Kohelet suivie d'une lecture. Durée : 40 minutes. Renseignements au 07 67 31 42 22.
Mardi 29 septembre : la synagogue de la rue Saint-Lazare
Le lendemain à 18h, le président Sam Attia reçoit le public sous la soukka de la synagogue du 18 rue Saint-Lazare, dans le 9e arrondissement. La rencontre dure 70 minutes. Contact : 01 48 78 45 32.
Jeudi 1er octobre : lecture et visite à la Victoire
Le jeudi 1er octobre à 15h, Paul Sillam s'installe sous la soukka de la Grande Synagogue de la rue de la Victoire, avec l'entrée par le 17 rue Saint-Georges. La lecture est suivie d'une visite de l'édifice, pour un groupe limité à dix personnes. Comptez 70 minutes au total.
Nuit de Hoshaana Rabba à Neuilly
Le même jeudi, à 23h, rendez-vous sous la soukka de la synagogue de Neuilly, au centre Jérôme Cahen, 44 rue Jacques-Dulud. Le Grand Rabbin Michaël Azoulay accueillera les participants pour 90 minutes de lecture et d'étude. Le moment est fort : selon la tradition, Hoshaana Rabba marque le dernier jour du jugement divin, lorsque le verdict prononcé à Roch Hachana et scellé à Yom Kippour est définitivement transmis. C'est l'ultime occasion d'obtenir le pardon de l'année.
Samedi 3 octobre : repas et étude chez Loubavitch
Le cycle s'achève le samedi 3 octobre à 13h sous la soukka du Centre Loubavitch, 8 rue Lamartine, dans le 9e arrondissement, en présence du rav Koulski. Avec le repas, prévoyez deux heures trente.
Pourquoi lire Kohelet sous la soukka
Kohelet invite à célébrer en même temps la joie de la récolte et l'impermanence des choses. La cabane provisoire, ouverte sur le ciel, donne un sens concret aux paroles du roi Salomon : se réjouir de ce que la vie offre, tout en sachant que rien ne nous appartient pour toujours. Une leçon que le psychanalyste connaît bien, lui qui aide chaque jour ses patients à accepter ce qui passe pour mieux habiter ce qui demeure.
Les articles de Paul Sillam publiés sur Alliance cliquez-ici
Le parquet du comté de Fulton examine la condamnation de Leo Frank, directeur d'usine juif condamné à tort selon ses défenseurs pour le meurtre d'une adolescente en 1913, puis lynché par une foule en 1915. Plus d'un siècle après, sa famille spirituelle attend toujours une réhabilitation complète.
Par Claudine Douillet I Le 28 septembre 2026
Un dossier jugé « prioritaire » par le parquet d'Atlanta
Le bureau du procureur du comté de Fulton a confirmé que le dossier de la condamnation de Leo Frank est en cours d'examen par une unité placée sous l'autorité de la procureure Fani Willis. Il s'agit de la Conviction Integrity Unit, chargée de revoir les condamnations anciennes. Selon son porte-parole Jeff DiSantis, une décision sur la suite à donner sera annoncée à l'issue de cet examen, et le dossier est considéré comme une priorité. En août 2025, pour le 110e anniversaire du lynchage, la chaîne Atlanta News First rappelait que le dossier restait toujours à l'étude. À ce jour, aucune décision publique n'a été annoncée.
Le meurtre de Mary Phagan, avril 1913
Le 26 avril 1913, Mary Phagan, 13 ans, se rend à la National Pencil Company d'Atlanta pour toucher sa paie de 1,20 dollar auprès de son patron, Leo Frank. Elle n'est jamais revue vivante. Le gardien de nuit Newt Lee découvre son corps le lendemain à l'aube dans le sous-sol de l'usine. L'enquête se concentre rapidement sur le directeur de l'usine, Leo Frank, qui est juif et clame son innocence.
Un procès sous la pression de la foule
Le procès s'ouvre le 23 juillet 1913 devant le tribunal du comté de Fulton, dans un climat où l'opinion publique tient Frank pour coupable. Ses avocats, Luther Rosser et Reuben Arnold, subissent une pression publique et un antisémitisme considérables. Le témoin vedette de l'accusation est Jim Conley, gardien de l'usine. La défense fait citer plus de cent témoins en un mois, mais le jury déclare Frank coupable et il est condamné à la pendaison. La Cour suprême des États-Unis rejette son recours par sept voix contre deux, le juge Oliver Wendell Holmes signant une opinion dissidente restée célèbre.
Le lynchage de Marietta
En 1915, le gouverneur de Géorgie John Slaton commue la peine de mort en réclusion à perpétuité. La décision provoque la fureur en Géorgie. Le 16 août 1915, Frank est enlevé de sa cellule de la prison de Milledgeville, conduit à Marietta et pendu le lendemain. Personne n'a jamais été poursuivi pour ce lynchage. Une plaque historique signale aujourd'hui le lieu, au 1157 Roswell Road à Marietta.
Les bourreaux étaient les notables de Marietta
Les hommes qui ont arraché Leo Frank à sa cellule n'étaient pas une bande de marginaux. Parmi eux figuraient l'ancien gouverneur de Géorgie Joseph M. Brown, Eugene Herbert Clay, ancien maire de Marietta devenu plus tard président du Sénat de Géorgie, un juge du tribunal des successions du comté de Cobb, des élus de l'Assemblée générale, un ancien shérif du comté et E. P. Dobbs, maire de Marietta en exercice. Ce dernier a prêté sa voiture au commando. Quelques jours avant le lynchage, l'ancien gouverneur Brown avait publié dans The Macon Telegraph un texte affirmant que le moment était venu pour le peuple de former des foules. Leo Frank, seul Juif connu à avoir été lynché aux États-Unis, a été pendu par l'élite politique, judiciaire et économique de la ville.
L'impunité organisée
Selon le New York Times de l'époque, les responsables de Marietta ont choisi de ne pas engager de poursuites. Deux enquêtes ont bien été ouvertes dans les semaines suivantes, mais tous les témoins ont déclaré ne pouvoir identifier aucun des lyncheurs. Et pour cause : Eugene Herbert Clay, l'un d'eux, était alors le procureur qui aurait dû poursuivre les assassins. Pendant des décennies, les noms ont circulé à Marietta sans jamais être publiés, y compris par le rédacteur en chef adjoint du Marietta Daily Journal, qui reconnaissait les connaître depuis longtemps. Plus d'un siècle après, la Géorgie refuse toujours de reconnaître officiellement l'innocence de Frank et de nommer ses assassins. This day in Georgia history: The Lynching of Leo Frank – WSB-TV Channel 2 - Atlanta +4
Naissance de l'ADL et choc pour les Juifs américains
L'affaire reste l'un des exemples les plus notoires d'antisémitisme de l'histoire américaine. Elle a mobilisé les communautés juives de tout le pays et conduit à la création de l'Anti-Defamation League, consacrée à la lutte contre l'antisémitisme. Robert Wittenstein, représentant de l'ADL, a raconté qu'à l'époque sa grand-mère, enfant, avait été envoyée en train à Birmingham pour échapper aux violences visant les commerces juifs d'Atlanta.
Le témoignage tardif d'Alonzo Mann
En 1982, Alonzo Mann, qui se présente comme l'assistant de bureau de Frank au moment du crime, déclare au quotidien The Tennessean avoir vu Jim Conley porter le corps de Mary Phagan le jour de sa mort. Un consensus s'est depuis formé autour de l'idée que le véritable meurtrier était Conley, devenu le témoin principal de l'accusation contre Frank.
Une grâce posthume sans réhabilitation
En 1986, la commission des grâces de Géorgie accorde à Frank une grâce posthume, sans se prononcer sur sa culpabilité, en invoquant l'incapacité de l'État à le protéger et à juger ses assassins. La commission avait alors estimé impossible de trancher de manière définitive la question de sa culpabilité. C'est précisément cette ambiguïté que ses défenseurs veulent effacer.
2019, la création d'une unité pour rouvrir le dossier
En 2019, le procureur Paul Howard crée la première Conviction Integrity Unit d'un parquet de Géorgie, avec comme premiers dossiers l'affaire Leo Frank et celle des enfants disparus et assassinés d'Atlanta. L'ancien gouverneur Roy Barnes est nommé consultant et se dit alors convaincu que l'innocence de Frank sera démontrée. En 2020, Fani Willis bat Paul Howard, son ancien patron, à l'élection au poste de procureur.
Des années de retard liées au dossier Trump
En août 2024, lors d'une commémoration au temple Kol Emeth, le rabbin émérite Steven Lebow, Roy Barnes et Robert Wittenstein de l'ADL ont exigé de Fani Willis qu'elle mène la réhabilitation à son terme. Roy Barnes, devenu avocat de Fani Willis dans les enquêtes visant sa conduite, affirmait en 2025 que le parquet recommanderait l'annulation de la condamnation une fois l'affaire Trump passée, sans pouvoir donner de date. Le dossier électoral Trump a été retiré à Fani Willis en novembre 2025. L'obstacle invoqué a donc disparu.
« Parade », le musical qui ravive la mémoire
L'annonce du parquet est intervenue alors que « Parade », comédie musicale de Broadway récompensée aux Tony Awards, était jouée pour la première fois à Atlanta, au Fox Theatre. La troupe a visité le musée Breman, qui expose des documents judiciaires, des pièces d'enquête et des souvenirs de la famille Frank. Le rabbin Lebow, qui a fait de cette réhabilitation le combat de sa vie, résume l'enjeu : « nous ne pouvons pas bâtir un avenir juste tant que nous n'avons pas réparé notre passé ».
La famille Phagan s'y oppose
Mary Phagan-Kean, petite-nièce de la victime, maintient que Frank est l'assassin, conteste le rôle de l'antisémitisme dans le procès et affirme que le spectacle propage de fausses informations. Les historiens de référence, à commencer par Leonard Dinnerstein, voient au contraire dans l'antisémitisme d'Atlanta l'une des causes centrales de l'affaire. L'historien écrit que la judéité de Frank a exacerbé les réactions du public dès son arrestation.
7 octobre : la Bibliothèque nationale d'Israël archive 266 000 vidéos et 1 440 témoignages du massacre
La Bibliothèque nationale d'Israël a rassemblé plus de 266 000 vidéos, 1 440 témoignages et 44 téraoctets de sites internet sur le massacre du 7 octobre 2023. À l'approche du troisième anniversaire, elle ouvre le 7 octobre 2026 à Jérusalem une exposition consacrée aux livres de mémoire écrits pour les victimes et lance un appel aux familles endeuillées.
Une archive née dans les jours qui ont suivi le massacre
Le massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023 a été filmé, photographié et commenté en temps réel. Quelques jours à peine après l'attaque, la Bibliothèque nationale d'Israël, installée à Jérusalem, a lancé un chantier de collecte sans précédent baptisé « Bearing Witness », porter témoignage. Son ambition : conserver tout ce qui a été produit sur cette journée et sur la guerre qui a suivi, des vidéos de survivants aux prières écrites pour les soldats, des sites internet aux autocollants collés sur les abribus.
Le principe est simple. Tout document lié au 7 octobre a sa place dans la collection, qu'il vienne d'une petite synagogue au bout du monde ou d'une institution officielle. Le projet est prévu sur au moins cinq ans, pour un budget de 10 millions de dollars financé en grande partie par des fondations et fédérations juives américaines et européennes.
Des chiffres qui donnent la mesure du drame
Trois ans plus tard, l'archive compte 266 185 vidéos, 1 440 témoignages filmés, 1 430 livres et quelque 44 téraoctets de données web, collectées sur environ 1 500 adresses internet. Cent douze partenaires alimentent la base.
Parmi les témoignages consultables en ligne figure celui de Mor Levi, rescapée du festival Nova. Elle raconte la fuite à travers les champs, ses jambes qui ne répondaient plus et ses amis, rencontrés la veille au soir, qui ont refusé de l'abandonner quand elle voulait renoncer. D'autres récits viennent du kibboutz Nahal Oz, de Batya Amram et de centaines de civils et de soldats.
Une fiche pour chaque victime
La bibliothèque a ouvert un chantier plus discret mais tout aussi essentiel. Dans son fichier national d'autorité, une base qui recense environ 4,5 millions de personnes, lieux et organisations, elle a créé une fiche pour chaque personne assassinée ou tuée le 7 octobre, ainsi que pour chaque lieu d'attaque et chaque zone de combat.
Chaque fiche indique le nom, la date de naissance, les liens familiaux et les circonstances de la mort, ou la localisation précise pour les lieux. Personnes, lieux et dates sont croisés pour reconstituer une vision d'ensemble de la journée. L'objectif affiché dépasse le devoir documentaire : il s'agit de préserver la mémoire des victimes pour les générations futures.
Israël, le monde juif et le monde arabe
L'archive numérique est organisée en trois ensembles : les sites israéliens, ceux du monde juif et ceux du monde arabe. Elle conserve l'information publiée en Israël, les initiatives de volontariat, les manifestations, le combat pour la libération des otages et les sites commémoratifs.
Elle documente aussi les réactions des communautés juives de la diaspora et la vague mondiale d'antisémitisme. Une antenne américaine collecte les documents sur la vie des étudiants juifs dans les campus nord-américains après le 7 octobre. Plus inattendu, l'archive intègre des contenus en arabe venus des territoires de l'Autorité palestinienne, de Gaza et du Moyen-Orient, qui permettront aux historiens d'étudier la manière dont l'attaque a été présentée et célébrée de l'autre côté.
La bibliothèque collecte même les autocollants commémoratifs des victimes du festival Nova et des soldats tombés, ces visages souriants qui couvrent les murs des gares et les poteaux des rues israéliennes.
Un consortium avec Yad Vashem et les Archives de l'État
Face à l'ampleur du travail, la bibliothèque a constitué dès janvier 2024 un consortium qui réunit Yad Vashem, les Archives de l'État, l'Association israélienne de documentation orale, Testimony 7/10, la Commission civile, les archives civiles de l'université de Tel-Aviv, Yad Tabenkin et Yad Yaari. Deux groupes de travail y définissent les règles éthiques et les méthodes d'enregistrement et de diffusion des documents.
Le projet est mené en collaboration avec le ministère du Patrimoine et la direction Tkuma, chargée de la reconstruction des localités du sud d'Israël.
« 7.10 | Bound in Memory », l'exposition du troisième anniversaire
Le 7 octobre 2026, jour du troisième anniversaire, la Bibliothèque nationale ouvrira pour trois mois l'exposition « 7.10 | Bound in Memory ». Elle présentera les livres et livrets de mémoire écrits par des familles, des amis, des communautés et des organisations, ainsi que des textes laissés par des victimes et publiés après leur mort.
Un site internet dédié permettra de découvrir en ligne les histoires personnelles qui se cachent derrière chaque nom.
Un appel aux familles endeuillées
La bibliothèque demande aux familles qui ont publié un livre ou un livret de mémoire, et qui ne l'ont pas encore transmis, d'en déposer un exemplaire papier, numérique ou les deux. Le catalogue en ligne permet de vérifier si un ouvrage figure déjà dans les collections.
L'appel dépasse le seul 7 octobre. Il s'adresse à toutes les familles endeuillées des guerres et opérations militaires d'Israël et aux familles des victimes du terrorisme depuis la création de l'État. Les particuliers, en Israël comme en France, peuvent également soumettre leurs propres documents sur le 7 octobre via le formulaire en ligne de la Bibliothèque nationale.
Sources : Bibliothèque nationale d'Israël, The Jerusalem Post, JNS, eJewishPhilanthropy.
Revue de presse israélienne 28 septembre 2026
Revue de presse israélienne 28 septembre 2026 : l'Égypte aurait averti Netanyahou avant le 7 octobre, visite secrète du Premier ministre aux Émirats dimanche, hier.
Par Claudine Douillet I 28 septembre 2026
Publié le lundi 28 septembre 2026 à 6 h 30
Les révélations sur les mises en garde égyptiennes reçues par Benjamin Netanyahou avant le 7 octobre dominent l'actualité, au lendemain de sa visite secrète à Abou Dhabi. À un mois des élections, un sondage place Gadi Eisenkot et le Premier ministre à égalité.
Sécurité
L'Égypte aurait averti Netanyahou à trois reprises avant le 7 octobre
S'appuyant sur une enquête du Wall Street Journal, la presse israélienne rapporte que l'ancien chef du renseignement égyptien, Abbas Kamel, aurait adressé au moins trois alertes à Israël avant l'attaque du Hamas de 2023. Il se serait rendu discrètement dans le pays onze jours avant l'offensive, pour un entretien d'à peine plus d'une heure, puis aurait appelé directement le Premier ministre dans les jours précédant le massacre. Ces signaux restaient généraux, sans date ni ampleur précises. Le bureau du chef du gouvernement, qui avait démenti par le passé tout échange de ce type, n'a pas répondu au quotidien américain. Ynet rappelle que le président émirien aurait lui aussi alerté Jérusalem en septembre 2023, tandis que Haaretz met en avant la charge de Gadi Eisenkot, pour qui ces éléments ne laissent aucun doute sur la responsabilité de Benjamin Netanyahou. (Ynet) https://www.ynet.co.il/news/article/rk4u6wp9zg (Haaretz) https://www.haaretz.com/israel-news/israel-security/2026-09-28/ty-article/.premium/egypt-warned-netanyahu-of-hamas-attack-days-before-october-7-report-says/000001a0-e5cc-db4b-a7a5-f7fed9e20000
Un tireur d'élite du Hamas éliminé par une frappe dans le sud de Gaza
L'armée israélienne annonce avoir neutralisé par une frappe aérienne un tireur embusqué appartenant à la branche militaire du Hamas, actif dans le sud de la bande de Gaza. Selon Tsahal, l'homme poussait récemment à des attaques contre les soldats et les civils israéliens et contribuait à reconstituer les capacités du mouvement, en violation répétée du cessez-le-feu. L'état-major assure qu'il continuera d'agir contre toute menace immédiate. Channel 14 inscrit cette opération dans une série de frappes ciblées menées ces derniers jours et précise que des unités du génie ont détruit près de deux kilomètres d'ouvrages souterrains dans le secteur après y avoir découvert des engins piégés. (Channel 14) https://www.c14.co.il/article/1715280
Politique
Sondage : Eisenkot et Netanyahou au coude à coude, Smotrich au plus haut
Une enquête réalisée pour la chaîne publique Kan auprès de 552 personnes donne la liste Yashar de Gadi Eisenkot en tête avec 23 sièges, devant le Likoud de Benjamin Netanyahou, crédité de 21 sièges. La formation de Naftali Bennett obtiendrait 11 sièges, les Démocrates et Israël Beitenou 9 chacun. Le parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich atteint 6 sièges, son meilleur niveau depuis le début de la campagne selon Haaretz. Au total, les deux blocs se neutralisent avec 52 sièges chacun, la marge d'erreur étant de 4,2 points. (Haaretz) https://www.haaretz.com/israel-news/israel-politics/2026-09-27/ty-article/israel-election-poll-eisenkot-netanyahu-tie-as-smotrich-hits-new-high/000001a0-e43c-db4b-a7a5-f67e17050000
À Bnei Brak, une marche contre la conscription enflamme la campagne
Un défilé ultraorthodoxe hostile à l'enrôlement des étudiants de yeshiva a traversé Bnei Brak dimanche soir. Le Jerusalem Post indique que l'événement a également servi de lancement à une nouvelle liste électorale protestataire. Les réactions de l'opposition ont été vives : Naftali Bennett a promis qu'aucun financement public n'irait à ceux qui ne servent pas, Avigdor Lieberman a prédit que ces manifestants défileraient bientôt dans les casernes, et Yoaz Hendel a estimé que l'État ne pouvait tolérer des communautés éduquées contre ses institutions. Walla souligne que la conscription s'impose comme l'un des thèmes centraux du scrutin. (Walla) https://www.walla.co.il/news/israel/383955528 (The Jerusalem Post) https://www.jpost.com/israel-news/politics-and-diplomacy/article-909909
Plan de reconstruction de Gaza : Smotrich et Strock exigent un refus
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich et la ministre des Missions nationales Orit Strock ont écrit au Premier ministre pour lui demander de rejeter le nouveau programme du Conseil de la paix pour Gaza. Ce plan de six mois prévoit 2,45 milliards de dollars répartis entre 66 projets (logement, déblaiement, eau, hôpitaux, écoles, énergie, emploi) ainsi que le déploiement d'une force internationale de stabilisation. Les deux ministres jugent qu'il contredit les engagements conclus avec Washington, selon lesquels la démilitarisation complète de l'enclave doit précéder toute reconstruction, toute présence étrangère élargie et tout retrait de l'armée. (The Jerusalem Post) https://www.jpost.com/israel-news/article-909898
Convoi vers le nord de Gaza : Ben-Gvir plaide pour de nouvelles implantations
Plusieurs milliers de personnes, parmi lesquelles des ministres et des députés, ont rejoint dimanche un convoi parti du carrefour de Yad Mordechaï en direction de la lisière nord de la bande de Gaza, à l'appel du mouvement Nahala et d'autres organisations de droite. Un rassemblement avec souccah et campement nocturne était prévu sur un point d'observation. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, se projetant au ministère de la Défense, a appelé au rétablissement d'implantations dans l'ensemble du territoire, dont l'ancienne Nissanit, et à l'encouragement de l'émigration de ses habitants. (The Jerusalem Post) https://www.jpost.com/israel-news/article-909884
Diplomatie
Visite éclair et secrète de Netanyahou à Abou Dhabi
Benjamin Netanyahou s'est rendu dimanche aux Émirats arabes unis à bord d'un avion privé pour s'entretenir avec le président Mohammed ben Zayed, avant de rentrer le jour même. Selon Ynet, les discussions ont porté sur la menace iranienne et la coalition menée par Washington face à Téhéran. Le déplacement intervient pourtant quelques jours après une enquête du New York Times affirmant que le dirigeant émirien avait mis en garde Jérusalem contre une offensive du Hamas fin septembre 2023, Abou Dhabi ayant refusé de démentir publiquement. Les lectures divergent : Ynet et Haaretz relient la visite à cette polémique, tandis que Channel 14 y voit surtout une coordination sécuritaire en prévision d'une possible escalade régionale, sujet très commenté dans le monde arabe selon la chaîne. (Ynet) https://www.ynet.co.il/news/article/sk6kbjwcfg (Channel 14) https://www.c14.co.il/article/1715278
Israël retire leurs accréditations aux diplomates néerlandais de Ramallah
Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a ordonné aux diplomates de la représentation des Pays-Bas à Ramallah de restituer leurs accréditations sous sept jours, faute de quoi leurs immunités tomberont. La mesure répond à l'interdiction néerlandaise, en vigueur depuis le 22 septembre, d'importer tout produit fabriqué même partiellement en Judée-Samarie, sur le Golan ou à Jérusalem-Est, sous peine de lourdes sanctions pénales. Maariv rapporte que les douanes de l'aéroport de Schiphol appliquent aussi ce contrôle aux bagages des voyageurs, suscitant de vives critiques en Israël comme aux Pays-Bas, notamment de la part de Geert Wilders. (The Jerusalem Post) https://www.jpost.com/israel-news/article-909897 (Maariv) https://www.maariv.co.il/news/world/article-1371346
Huckabee annonce le chantier de l'ambassade américaine permanente à Jérusalem
Lors d'une réception de Souccot organisée pour le corps diplomatique par le maire Moshe Lion, l'ambassadeur des États-Unis Mike Huckabee a annoncé que les travaux d'un complexe diplomatique définitif débuteraient prochainement. Le bâtiment doit s'élever sur le site de l'ancien complexe Allenby, dans le sud de la ville, attribué par un accord bilatéral signé le 1er juillet dernier. Le diplomate a reconnu que la construction prendrait plusieurs années, tout en y voyant la marque d'un engagement américain durable dans la capitale israélienne. (The Jerusalem Post) https://www.jpost.com/israel-news/article-909916
Économie
Le litre d'essence devrait repasser au-dessus de 8 shekels
Les automobilistes doivent s'attendre à une nouvelle flambée des prix à la pompe en milieu de semaine : l'essence 95 en libre-service pourrait augmenter de 25 à 40 agorot et dépasser 8 shekels le litre, contre 7,75 aujourd'hui. Ynet attribue cette hausse à l'instabilité persistante dans le détroit d'Ormuz, à la volatilité du brut et à l'affaiblissement du shekel face au dollar. Elle effacerait une large part de la baisse de taxe de 50 agorot décidée début septembre par Bezalel Smotrich pour deux mois, avec un risque de répercussions sur les transports, la production et les billets d'avion. (Ynet) https://www.ynet.co.il/economy/article/yokra14910144
Egged écarté d'un appel d'offres de plusieurs milliards de shekels
L'Autorité nationale des transports publics a exclu la compagnie Egged de l'appel d'offres pour l'exploitation des lignes de bus du secteur des Hasmonéens, qui couvre Modiin, Lod, Ramla et leurs environs. Le marché représente entre 500 et 650 millions de shekels par an sur dix à douze ans. Le régulateur estime qu'Egged, qui dépasse 25 % du secteur, ne dispose plus d'une marge suffisante sous le plafond de kilomètres qui lui est imposé depuis sa récente victoire à Jérusalem. La demande de relèvement de ce plafond présentée par l'opérateur a été rejetée. (Ynet) https://www.ynet.co.il/economy/article/hk00eg6l5gg
Société
Une vingtaine d'Israéliens bloqués à Lalibela, en Éthiopie
Environ vingt ressortissants israéliens se trouvent coincés à Lalibela, dans la région d'Amhara, où les affrontements entre groupes armés et armée éthiopienne ont repris. Les vols sont suspendus et les routes vers Addis-Abeba coupées. La ville reste relativement calme, mais l'électricité manque, les liquidités s'épuisent et le groupe compte des personnes âgées. Le ministère des Affaires étrangères dit suivre la situation de près. Walla relaie par ailleurs l'inquiétude d'une militante de Lod pour ses proches restés à Gondar, ville importante pour la communauté Beta Israël. (The Jerusalem Post) https://www.jpost.com/israel-news/article-909896 (Walla) https://www.walla.co.il/news/world/383955520
Herzog soutient une synagogue réformée de Jérusalem visée par des actes de vandalisme
Le président Isaac Herzog a téléphoné aux responsables de la synagogue Kol Haneshama, dans le quartier de Baka, pour leur exprimer sa solidarité à l'approche de Souccot. Depuis la mi-août, le lieu de culte a subi plusieurs attaques : vitre brisée et œuvres endommagées, œufs lancés sur des fidèles à Roch Hachana, objet projeté à travers une fenêtre autour de Yom Kippour. Trois mineurs ont été interpellés. Le chef de l'État a annoncé qu'il évoquerait ces incidents avec la police et rappelé l'importance de la liberté de culte pour tous. (The Jerusalem Post) https://www.jpost.com/israel-news/article-909905
La beauté soigne. C'est la thèse dérangeante de Plastic Beauty, série japonaise diffusée sur Netflix depuis le 17 septembre, qui transforme la chirurgie esthétique en médecine de l'âme. Une question que le judaïsme avait déjà posée il y a deux mille ans.
Par Claudine Douillet I 27 septembre 2027
Deux chirurgiennes, deux visions de la médecine
Elle sauvait des vies aux urgences. On l'envoie refaire des nez. Fumi Numata (Mayu Matsuoka) est chirurgienne spécialisée en chirurgie plastique et reconstructrice, contrainte par les circonstances de se reconvertir dans la chirurgie esthétique, ce qui la met en conflit avec Rin Tohyama (Riisa Naka), une chirurgienne esthétique renommée qui croit que la beauté est un moyen de sauver des vies.
Le choc est brutal. Fumi méprise ce qu'elle voit comme un commerce de la vanité. Rin, elle, regarde ses patients comme des blessés. Pas des blessés du corps. Des blessés de l'âme.
Cette série japonaise en huit épisodes, réalisée par Yuki Saito et écrite par Junya Ikegami, aurait pu être un drame médical de plus. Elle est bien davantage : un scalpel posé sur nos certitudes.
Belle avant de mourir
Une scène résume tout. Une veuve en phase terminale demande une transformation complète. Elle va mourir. Elle le sait. Et elle exige d'être belle.
Caprice ? Déni ? Folie ? La série répond autrement. Cette femme ne réclame pas quelques années de plus. Elle réclame de partir en se reconnaissant enfin dans le miroir. De réconcilier, avant la fin, celle qu'elle est avec celle qu'elle aurait voulu être.
Époustouflant. Et profondément bouleversant.
Les blessures d'enfance se cachent sous la peau
Au fil des six premiers épisodes, le schéma se répète. Derrière chaque demande qui paraît superficielle surgit une douleur ancienne : un surnom humiliant à l'école, un regard de parent qui blesse, une adolescence passée à se cacher. La série montre des patients dont la demande paraît superficielle mais cache une véritable souffrance, l'influence de la famille et des réseaux sociaux, et ceux qui risquent de tomber dans une quête sans fin de perfection.
Car Plastic Beauty ne fait pas l'apologie aveugle du bistouri. Elle en montre aussi les dérives, la cupidité, l'addiction. Mais elle ose poser la question interdite : et si ce que l'on appelle superficiel était en réalité le plus profond ?
Soigner l'âme par le bistouri
Fumi et Rin s'affrontent, épisode après épisode. Puis quelque chose se fissure. Fumi découvre que réparer un visage peut réparer une vie. Rin découvre que la beauté sans éthique n'est qu'un marché. Deux femmes, deux approches, un même but : guérir.
Si soigner l'âme par le bistouri est possible, pourquoi s'en priver ?
Ce que dit la Torah sur l'apparence
La question n'est pas nouvelle. Le judaïsme l'a affrontée de face.
Dans le Lévitique, un prêtre porteur d'un défaut physique ne pouvait pas officier à l'autel du Temple. Aveugle, boiteux, visage mutilé, membre difforme : le service sacré exigeait l'intégrité du corps. La Mishna, dans le traité Haguiga, dispensait également les aveugles et les boiteux de l'obligation de monter à Jérusalem lors des fêtes de pèlerinage.
Mais attention au contresens. Ce prêtre n'était ni exclu ni déchu. Il restait Cohen, conservait sa sainteté et mangeait les offrandes consacrées. L'exigence portait sur le service, pas sur la valeur de l'homme. Devant Dieu, ce qui est offert doit être entier. L'apparence n'est donc pas un détail : elle touche au sacré.
« La Main de Dieu » : le slogan qui dit tout
La clinique de Rin Tohyama s'affiche sous un slogan vertigineux : « La Main de Dieu ». Provocation marketing ou aveu théologique ? Le judaïsme y répondrait sans détour. Dans la Genèse, Dieu façonne l'homme à partir de la poussière comme un potier modèle l'argile. Le prophète Jérémie reprend l'image : « Comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main. » Le corps humain est une œuvre sculptée, et ce qui a été sculpté peut être repris.
Le Midrash va encore plus loin. Interrogé par le gouverneur romain Turnus Rufus, Rabbi Akiva affirme que les œuvres de l'homme peuvent surpasser celles de Dieu : le blé est divin, mais le pain est humain, et le pain est meilleur. Dieu a laissé le monde inachevé pour que l'homme le parfasse. Le chirurgien qui répare un visage ne défie pas le Créateur. Il prolonge son geste. Entre la création et la renaissance, il n'y a qu'une main.
La beauté, une bénédiction
Le Talmud va plus loin. Celui qui voit une créature d'une beauté remarquable doit réciter une bénédiction : « Béni sois-Tu qui as de tels êtres dans Ton monde. » La beauté humaine devient un motif de louange divine.
Le traité Berakhot affirme qu'une belle demeure, de beaux objets et une belle épouse élargissent l'esprit de l'homme. La beauté n'abrutit pas. Elle ouvre. La Bible elle-même ne cache pas la beauté de Sarah, de Rachel, de Joseph ou de David. Le Talmud décrit longuement la splendeur de Rabbi Yohanan.
« Va dire à l'artisan qui m'a fait »
Mais le judaïsme connaît aussi la brûlure du regard. Le traité Taanit rapporte l'histoire de Rabbi Elazar, fils de Rabbi Chimon, qui croise un homme d'une grande laideur et l'humilie. L'homme lui répond : « Va dire à l'artisan qui m'a fait : comme ce vase que tu as fait est laid. » Le sage, bouleversé, se prosterne et implore son pardon.
Tout est là. Mépriser un visage, c'est insulter son Créateur. L'homme est fait à l'image de Dieu. Hillel l'Ancien allait au bain en disant qu'il accomplissait une mitsva : prendre soin du corps, c'est honorer cette image.
Quand les rabbins autorisent le bistouri
En principe, la loi juive interdit de se blesser volontairement. Une opération esthétique pourrait donc sembler proscrite. Pourtant, le grand décisionnaire du XXe siècle, Rav Moshe Feinstein, a autorisé la chirurgie esthétique pour une jeune femme dont l'apparence l'empêchait de se marier et la faisait souffrir. Son raisonnement : la souffrance morale et la honte sont de véritables douleurs, et les soulager justifie l'intervention.
Exactement ce que défend Rin dans Plastic Beauty. Le bistouri devient remède quand il guérit une blessure réelle, même invisible.
La beauté, intelligence du corps
Le judaïsme met en garde contre la vanité : « La grâce est trompeuse et la beauté est vaine », dit le livre des Proverbes. Mais le même judaïsme bénit la beauté, la protège et autorise qu'on la répare quand son absence détruit une vie.
La beauté n'est ni une frivolité ni une idole. Elle est peut-être l'intelligence du corps, le langage par lequel l'âme se montre au monde. Quand ce langage est brisé, l'âme se tait.
Plastic Beauty l'a compris. Cette série japonaise, sous ses allures de drame médical, pose une question vieille comme la Torah : peut-on guérir de l'intérieur en réparant l'extérieur ? La réponse, sur Netflix comme dans le Talmud, est un oui prudent. Mais un oui.
Deux Français de 27 ans ont créé Tiyoul, un jeu de société entièrement consacré à l'histoire d'Israël, avec plus de 1 000 questions, six figures emblématiques du peuple juif et une course finale vers Jérusalem. Né dans les vergers israéliens après le 7 octobre, le projet prépare une tournée en France avant de viser Los Angeles, New York et Miami.
Tiyoul, le jeu de société sur l'histoire d'Israël créé par deux Français de 27 ans : 1 000 questions, de Moïse à Omer Adam, et une course vers Jérusalem.
Par Claudine Douillet I le 27 septembre 2026
Deux amis, un choc : le 7 octobre
Adam Cohen est pharmacien. Benjamin Presberg, ingénieur formé à l'ESTP et à UCLA, ancien des Éclaireuses Éclaireurs Israélites de France, a fondé Grade Up, une entreprise de soutien scolaire. Ils se rencontrent en Israël en juillet 2023 et se lient aussitôt autour d'une passion commune : le tennis, Roland-Garros et Gaël Monfils.
Trois mois plus tard, le 7 octobre bouleverse tout. Dès décembre 2023, les deux amis s'envolent pour un volontariat agricole avec Taglit. Ils cueillent des oranges et des fraises, trient des vêtements pour les familles déplacées, préparent des colis pour les soldats.
« Ce voyage nous a profondément marqués », racontent-ils. Ils y retourneront à plusieurs reprises en 2024.
« Partagez la réalité » : la demande des soldats israéliens
Sur place, un constat les frappe. Des Israéliens de leur âge suspendent leur métier, leur famille, leur vie, pour partir au front défendre le seul État juif au monde. Quand Adam et Benjamin leur demandent comment aider, la réponse est unanime : « Vous qui voyez la réalité, partagez-la, faites la lumière sur ce qui se passe vraiment et pas sur ce que les gens voient sur les réseaux sociaux remplis de fake news. »
Lors des conférences géopolitiques organisées par Taglit, ils découvrent aussi leurs propres lacunes. Le sionisme, la création de l'État, le conflit israélo-palestinien :
« Même nous, qui étions attachés à Israël, avions encore beaucoup à apprendre. » Chez les jeunes et dans le grand public, le déficit leur paraît plus criant encore.
De retour en France, ils se plongent dans les livres. Face à la vague de fausses informations qui déferle sur les réseaux, ils veulent devenir « les plus calés possible » sur l'histoire d'Israël, prêts à débattre avec n'importe qui, « pour que la vérité puisse triompher ».
Deux Français de 27 ans ont créé Tiyoul, un jeu de société entièrement consacré à l'histoire d'Israël, avec plus de 1 000 questions, six figures emblématiques du peuple juif et une course finale vers Jérusalem. Né dans les vergers israéliens après le 7 octobre, le projet prépare une tournée en France avant de viser Los Angeles, New York et Miami. Tiyoul, le jeu de société sur l'histoire d'Israël créé par deux Français de 27 ans : 1 000 questions, de Moïse à Omer Adam, et une course vers Jérusalem. Par Claudine Douillet I le 27 septembre 2026 Deux amis, un choc : le 7 octobre
Tiyoul, un voyage dans l'histoire d'Israël
Plutôt qu'un livre ou un documentaire de plus, ils choisissent le jeu de société. « Une façon d'apprendre sans avoir l'impression d'étudier. » Le nom s'impose : Tiyoul, le voyage en hébreu.
Les cartes quiz couvrent quatre grandes périodes. Aux Origines explore l'époque biblique et celle des empires. Vers un État retrace le sionisme politique jusqu'en 1948. Israël depuis 48 va de l'Indépendance à nos jours. Cultures et Traditions balaie tout l'univers israélien, de la pkaïla à Omer Adam. Les cartes Défis, Estimation, Balagan et Mazal ajoutent humour, anecdotes et clins d'œil à la culture juive et israélienne.
De Moïse à Golda Meir, une course vers Jérusalem
Chaque joueur incarne une figure du peuple juif : Moïse, Theodor Herzl, David Ben Gourion, Golda Meir, Moshe Dayan ou Wonder Israël. Il parcourt la carte du pays, répond aux questions, relève les défis et accumule des pois chiches, la monnaie du jeu.
Le but : entrer le premier dans Jérusalem. Mais la victoire n'est pas acquise pour autant. Le vainqueur déclenche alors le « plan de partage du pois chiche », une ultime épreuve qui fixe le classement final. Un clin d'œil assumé à l'histoire, qui résume l'esprit du jeu : rire, débattre et repartir avec de vraies connaissances.
Un jeu pour les familles, les écoles et les non-Juifs
Tiyoul s'adresse aux familles, aux mouvements de jeunesse, aux écoles, aux associations étudiantes, aux bandes d'amis, mais aussi aux non-Juifs curieux de comprendre ce petit pays dont tout le monde parle. Des cartes enfants, plus accessibles, permettent à plusieurs générations de jouer autour de la même table.
Pour les deux créateurs, l'enjeu dépasse le divertissement. Côté juif, connaître cette histoire relève de la reconnaissance envers ceux qui ont bâti et défendent l'État d'Israël. Pour les autres, c'est la clé pour comprendre un pays trop souvent commenté par des gens qui le connaissent mal.
« Qui veut gagner des pois chiches ? » : l'association sur le terrain
En parallèle du jeu, Adam et Benjamin ont créé une association qui organise des événements interactifs. Leurs formats phares, « Qui veut gagner des pois chiches ? » et
« Questions pour un houmous », ont fait salle comble lors des soirées Reset aux Salons Hoche en janvier et au CEJ en juin. Ils ont aussi animé des sessions au Moadon pour le projet Oz, aux EEIF avant le départ en Israël des jeunes du programme PIF, et au lycée Georges Leven le jour de Yom Haatsmaout.
Leur pari : toucher un public qui ne se déplacerait jamais pour une conférence, aussi qualitative soit-elle. Chaque événement Tiyoul mise donc sur la participation totale de la salle.
Des jeunes qui veulent être « armés intellectuellement »
Sur le terrain, le constat se confirme. Les jeunes, y compris ceux issus d'écoles juives, connaissent peu l'histoire d'Israël. Mais ils ont soif d'apprendre. « Depuis le 7 octobre, beaucoup ressentent le besoin d'être davantage armés intellectuellement : comprendre l'histoire, connaître les faits, savoir répondre aux idées reçues », expliquent les fondateurs. « On apprend beaucoup mieux dans le jeu, l'échange et l'émotion que dans un format purement scolaire. »
Tournée en France, puis cap sur les États-Unis
L'ambition ne s'arrête pas là. Une tournée dans les principales villes de France est en préparation pour fédérer une véritable communauté Tiyoul. Une version anglaise suivra, avec une tournée américaine prévue l'an prochain à Los Angeles, New York et Miami.
Les créateurs de Tiyoul sont joignables par mail à tiyoul.lejeu@gmail.com et sur Instagram @tiyoul_jeu_de_societe. Plus d'informations sur tiyoul.fr.
Raviv Drucker, figure du journalisme d'investigation israélien et adversaire déclaré de Benyamin Netanyahou, a refusé de valider le documentaire « NAZA ». Face à son coréalisateur Yuval Abraham, il a pointé un film bâti sur 24 témoignages anonymes impossibles à vérifier.
Par Claudine Douillet I le 27 septembre 2026
Le désaveu ne pouvait pas venir d'un camp plus inattendu. Raviv Drucker, journaliste d'investigation réputé pour ses enquêtes contre Benyamin Netanyahou, n'a pas ménagé Yuval Abraham, coréalisateur du documentaire « NAZA », lors de son passage sur la Chaîne 13 le lundi 14 septembre. Son constat est sans appel : jamais il n'aurait diffusé un film construit sur des bases aussi fragiles.
Un documentaire primé à Venise, une tempête en Israël
Le titre du film reprend l'abréviation militaire hébraïque désignant les dommages collatéraux. Le documentaire porte sur le ciblage assisté par intelligence artificielle et sur les seuils de pertes civiles calculés avant les frappes israéliennes à Gaza. Ce film de 80 minutes signé Yuval Abraham et Rachel Szor a remporté le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, deux jours après une première saluée par une longue ovation. Il est coproduit par le Guardian et par Jonathan Glazer, réalisateur de « La Zone d'intérêt », et succède à « No Other Land », oscarisé en 2025.
Vingt-quatre témoins sans nom ni unité
« En tant que journaliste, je n'aurais jamais diffusé ça », a tranché Drucker face à Abraham. Il a estimé qu'aucun élément public ne permettait de confirmer de façon indépendante les accusations, faute de connaître les noms et les unités des 24 soldats anonymes. Sans ces données, impossible de savoir si ces militaires avaient réellement accès aux informations qu'ils affirment détenir.
Drucker avait déjà exposé ses réserves la veille de l'entretien, dans une tribune publiée par Haaretz. Il y regrettait que des soldats se décrivent comme les rouages d'une machine ayant tué délibérément des milliers d'innocents sans qu'aucune date, aucun lieu ni aucun cas précis ne soit mentionné. Il rappelait avoir enquêté autrefois sur les témoignages de l'ONG Breaking the Silence et y avoir découvert plusieurs récits infondés, la mémoire humaine étant parfois trompeuse et le soldat ignorant souvent la situation d'ensemble.
Le doute sur les bombardements de quartiers entiers
Le journaliste s'attaque aussi au montage. Selon lui, l'enchaînement des séquences laisse croire que tuer des enfants gazaouis relevait du plaisir, alors que les propos d'un soldat sur la satisfaction dans son travail concernaient peut-être le sentiment de frapper le Hamas. Il conteste surtout le témoignage selon lequel l'armée de l'air aurait frappé des immeubles dans des quartiers où un quart des habitants n'avaient pas évacué, causant des centaines voire des milliers de morts. Sa réponse est nette : « Je ne connais pas ça, et à ma connaissance, ça ne s'est pas produit. »
À l'antenne, il a enfoncé le clou : « Il y a dans votre film des soldats qui disent qu'on a tué des centaines de personnes dans des bombardements. Comment pouvez-vous vérifier un truc pareil ? »
Abraham retourne l'accusation contre les médias israéliens
Pris de court, Yuval Abraham n'a pas répondu sur le fond mais a déplacé le débat. Il a mis en avant le partenariat avec le Guardian, affirmant que l'équipe éditoriale du quotidien britannique avait eu accès aux rushes et que l'identité des témoins comme les cas évoqués avaient été vérifiés. Puis il est passé à l'offensive : pourquoi Drucker n'a-t-il jamais diffusé le moindre sujet sur la politique de tir de l'armée à Gaza ? Il l'a invité à faire d'abord un film sur la guerre à Gaza, ce que le journaliste n'a pas fait en trois ans, avant de se permettre des comparaisons.
La réponse de Drucker : il a lui-même enquêté sur ce terrain à plusieurs reprises, sans jamais pouvoir confirmer les témoignages les plus troublants. « Soit je n'ai pas réussi à confirmer l'événement, soit il s'est avéré qu'ils n'étaient pas exacts », a-t-il expliqué. Il a néanmoins reconnu que les médias israéliens n'avaient pas suffisamment traité la question des dommages collatéraux au début de la guerre.
Un critique qui n'est pas un adversaire
Le poids de ce désaveu tient à la personnalité de son auteur. Drucker fait partie des rares Israéliens à avoir vu le film dans son intégralité, qu'il a à la fois salué et critiqué pour son manque de contexte. Il a confié n'avoir jamais eu autant de mal à regarder un film.
Sur X, il a aussi dénoncé la campagne de haine visant les deux cinéastes, qu'il juge laide et dangereuse. Ce n'est donc pas un procureur hostile qui démonte la méthode, mais un confrère qui partage une partie des inquiétudes du film et refuse pourtant d'en valider les preuves.
Sous sa publication de l'entretien, de nombreux internautes ont salué la qualité de ses questions et reproché au réalisateur ses esquives et l'absence d'une véritable enquête journalistique. À l'inverse, une chroniqueuse de Haaretz a estimé que Drucker et ses confrères auraient dû produire eux-mêmes une enquête de ce type plutôt que d'en publier la critique.
Tsahal et le gouvernement en ordre de bataille
Le chef d'état-major Eyal Zamir a qualifié le film de calomnie et de déformation délibérée de la réalité, et chargé les juristes militaires d'étudier d'éventuelles mesures, dont une enquête sur une possible fuite de documents classifiés. Face au refus des réalisateurs de lui fournir une copie, Tsahal a envoyé un représentant assister à une projection à Bologne, qui a donné lieu à un rapport interne. Un responsable militaire affirme que les témoins n'avaient accès qu'à une seule étape du processus de renseignement et ne peuvent donc décrire que sa phase préliminaire. Il reproche aussi aux cinéastes de ne pas avoir soumis leurs accusations à l'armée avant publication, la privant de droit de réponse.
Le ministre de la Culture Miki Zohar a demandé au ministère de l'Intérieur d'examiner si le retrait de la citoyenneté des deux cinéastes était envisageable. Benyamin Netanyahou a annoncé une loi permettant de retirer la citoyenneté aux personnes qui diffament les soldats ou l'État à l'étranger. Le président Isaac Herzog a écarté cette hypothèse, sans chance d'aboutir selon lui, tout en qualifiant le film de honte.
Ce que révèle l'échange Drucker-Abraham
Au-delà du fracas politique, la confrontation de la Chaîne 13 pose la seule question qui vaille pour un documentaire d'accusation : ce qui est affirmé peut-il être vérifié ? Venue d'un journaliste que nul ne peut soupçonner de complaisance envers le gouvernement, la réponse de Raviv Drucker est négative. Un prix à Venise ne remplace pas une date, un lieu, une unité.
Par Claudine Douillet pour Alliance magazine le 27 septembre 2026
Le Qatar annonce un mécanisme pour documenter la présence juive sur le mont du Temple et saisir l'ONU, après les montées record de Yom Kippour à Jérusalem.
Le Qatar veut documenter chaque présence juive sur le mont du Temple et la porter devant les instances internationales. À New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, Doha a affirmé que l'esplanade était un lieu de culte exclusivement musulman, effaçant d'un trait le site le plus sacré du judaïsme.
Doha passe à l'offensive à New York
L'appel a été lancé par le ministre d'État qatari aux Affaires étrangères, Mohammed bin Abdulaziz Al Khulaifi, lors d'une réunion ministérielle conjointe de la Ligue arabe et de l'Organisation de la coopération islamique tenue en marge de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, samedi 26 septembre. Le message est clair : Doha réclame une action diplomatique et médiatique coordonnée contre Israël à Jérusalem.
Le diplomate qatari a rejeté les mesures unilatérales visant selon lui à imposer une nouvelle réalité à Jérusalem et dans ses lieux saints, les qualifiant de nulles et non avenues au regard du droit international. Il a surtout affirmé que la mosquée Al-Aqsa est un lieu de culte exclusivement réservé aux musulmans, tout en réaffirmant le soutien du Qatar à la tutelle hachémite sur les lieux saints islamiques et chrétiens de Jérusalem.
Un outil de surveillance et de propagande
Le cœur de l'annonce tient en un dispositif. Ce mécanisme comprend une plateforme médiatique chargée de surveiller, documenter et dénoncer ce que Doha qualifie de violations israéliennes contre les lieux saints et les fidèles, puis de les présenter aux organisations internationales et à l'opinion publique mondiale.
Le projet n'est pas encore opérationnel. Le Qatar dit attendre la poursuite de la coordination avec les secrétariats généraux de la Ligue arabe et de l'OCI pour activer ce mécanisme, en définir les procédures et les sources de financement, et lancer une campagne diplomatique et médiatique destinée à mobiliser la pression internationale. En clair, il s'agit d'une machine de communication financée par des États pour alimenter les dossiers contre Israël devant les instances onusiennes.
L'idée ne sort pas de nulle part. Dès le mois d'août, des ministres arabes et musulmans des Affaires étrangères s'étaient entendus pour lancer un mécanisme opérationnel commun de documentation à Jérusalem, en brandissant le risque d'un conflit religieux aux répercussions mondiales. La Malaisie a déjà rallié l'initiative : son chef de la diplomatie soutient un mécanisme destiné à signaler les agissements d'Israël à Jérusalem et à lui en faire rendre compte.
Yom Kippour, le prétexte chiffré
L'offensive qatarie s'appuie sur des chiffres publiés par l'Autorité palestinienne. Selon le gouvernorat palestinien de Jérusalem, 1 678 Israéliens sont entrés sur l'esplanade les 20 et 21 septembre, 992 le premier jour et 686 le second, soit le niveau le plus élevé jamais relevé par ce gouvernorat pour Yom Kippour. L'agence WAFA qualifie ces visites de « prise d'assaut ».
Les sources israéliennes décrivent une tout autre scène. Selon Arutz 7, le mont du Temple a ouvert à 6 h 30 le jour de Kippour, la yeshiva du mont du Temple a distribué des livres de prières approuvés par la police, et plus de 200 personnes ont prié ensemble pendant environ quatre heures. Au total, 654 montées juives ont été enregistrées ce jour-là. Des fidèles en prière, pas des émeutiers.
La tendance de fond est réelle. Le nombre de visiteurs juifs sur le mont du Temple a nettement augmenté sur l'année écoulée, malgré 134 jours de fermeture aux juifs pour raisons de sécurité, fêtes musulmanes et Shabbat, avec près de 69 000 montées au total.
Le statu quo, un arrangement qui évolue
Sur le fond, la situation a bougé. Selon le statu quo en vigueur depuis 1967, l'esplanade est un lieu saint et de prière musulman, que les non-musulmans peuvent visiter. Depuis janvier, la police a autorisé pour la première fois les fidèles juifs à monter avec des feuillets de prière imprimés distribués par des étudiants de la yeshiva du mont du Temple.
Itamar Ben Gvir revendique ce changement. Le ministre de la Sécurité nationale est monté sur le mont du Temple la veille de Yom Kippour et a participé à la prière de Minha avec le rabbin Elisha Wolfson, à la tête de la yeshiva du mont du Temple. De son côté, Benyamin Netanyahou assume : il a déclaré que les changements menés par Ben Gvir ne modifient pas le statu quo, qu'ils sont coordonnés avec lui et que c'est lui qui décide de la politique.
Jérusalem, lieu saint des juifs avant tout
La formule qatarie d'un lieu « exclusivement musulman » est au cœur du problème. Le mont du Temple est le site le plus sacré du judaïsme, vénéré comme l'emplacement des deux Temples de l'Antiquité. Nier cette réalité revient à réclamer la liberté de culte pour les uns en l'interdisant aux autres.
Jérusalem avait déjà répondu à ce discours en août. Le ministère israélien des Affaires étrangères avait jugé la déclaration arabe fondée sur de fausses accusations et des distorsions historiques, estimant particulièrement cynique d'accuser Israël de violer la liberté de culte tout en déclarant l'ensemble du mont du Temple réservé aux seuls musulmans. Israël avait ajouté que Jérusalem n'a jamais été aussi ouverte et accessible aux fidèles de toutes les religions que sous souveraineté israélienne.
Le Qatar, médiateur et accusateur
Reste la question qui fâche : la position de Doha. Le Qatar héberge depuis des années la direction politique du Hamas et se présente en médiateur incontournable entre Israël et l'organisation terroriste. Ce n'est pas la première fois qu'il utilise le mont du Temple comme levier. En 2024 déjà, le Qatar avait qualifié les prières juives sur le site d'attaque contre des millions de musulmans et averti que cela pourrait nuire aux négociations de cessez-le-feu.
Le même jour à New York, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Fahmy, a appelé la communauté internationale à dépasser la condamnation et à prendre des mesures concrètes contre Israël. La coordination est assumée : Doha fournit l'outil, la Ligue arabe et l'OCI la tribune.
Ce qui se joue maintenant
Le mécanisme n'a ni budget ni procédures définies. Mais le signal est lancé : chaque montée juive sur le mont du Temple sera désormais recensée, qualifiée de violation et versée aux dossiers internationaux. Pour Israël, l'enjeu dépasse la gestion d'un lieu saint. Il s'agit de défendre, à l'ONU comme sur le terrain, le droit des juifs à se rendre sur le lieu le plus sacré de leur histoire.
Sources : WAFA (26 septembre 2026), The Peninsula, Gulf Times, Arutz 7 (Israel National News), Haaretz, The Times of Israel, Malay Mail, Daily News Egypt.
Veille du 27 septembre 2026 : 70 délégations boycottent Israël à l'ONU, Ankara riposte, Doha cible Jérusalem, le Maroc manifeste contre la normalisation.
Par Claudine Douillet pour Alliance Magazine
En cette fin de semaine, les médias iraniens, turcs et arabes suivis par cette veille prolongent l'onde de choc du discours de Benjamin Netanyahou à l'Assemblée générale de l'ONU : boycott de la salle par près de 70 délégations, riposte virulente d'Ankara, célébration à Téhéran du portrait de Qassem Soleimani posé sur le siège iranien vide. En parallèle, le Qatar annonce un mécanisme de documentation des violations israéliennes à Jérusalem, et le Maroc voit défiler des manifestants hostiles au rehaussement de ses relations avec Israël.
Iran
Iran : le portrait de Soleimani brandi contre Israël à l'ONU
L'Iran a répondu au discours de Benjamin Netanyahou à l'ONU par un geste symbolique que le quotidien Tehran Times érige en défi lancé à Israël : le portrait du général Qassem Soleimani, tué en 2020 sur ordre de Washington, posé sur le pupitre vide de la délégation iranienne.
Une tribune ouvertement hostile
Dans cette tribune signée Syeda Farheen Naqi Mossavi, le journal proche du pouvoir présente le Premier ministre israélien comme un dirigeant venu transformer l'Assemblée en tribune de propagande militaire, et rappelle le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale qui le vise. Le texte dénonce la protection américaine dont bénéficie Israël et oppose à « l'entité sioniste » la figure du martyr iranien, concluant que les « sionistes » ont les armes et les Américains leur veto, mais que l'Iran a « ses martyrs ». Un registre qui confirme la ligne éditoriale de confrontation assumée par Téhéran.
ONU : 70 délégations, dont l'Iran et l'Arabie, boycottent Israël
Près de 70 délégations, parmi lesquelles la Turquie, l'Arabie saoudite, l'Iran, le Qatar, la Jordanie et l'Égypte, ont quitté la salle ou laissé leurs sièges vides à l'ouverture du discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou devant l'Assemblée générale, rapporte l'agence Anadolu.
Un rejet diplomatique coordonné
Selon l'agence turque, qui a analysé les images de la 81e session, ce départ collectif visait à protester contre la guerre menée par Israël à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Syrie. Tunisie, Algérie, Syrie, Yémen, Irak, Liban, Koweït, Oman et Libye figurent parmi les pays arabes ayant boudé l'intervention. Anadolu souligne en revanche que les Émirats arabes unis et Bahreïn, signataires des accords d'Abraham, sont restés en séance. L'agence rappelle le mandat d'arrêt de la CPI visant le dirigeant israélien pour crimes de guerre présumés.
Turquie : Ankara accuse Netanyahou d'isolement et de crimes à Gaza
La Turquie a violemment rejeté les attaques de Benjamin Netanyahou contre Recep Tayyip Erdogan à la tribune de l'ONU, rapporte l'agence Anadolu. Le Premier ministre israélien avait qualifié le président turc de « tyran » et accusé Ankara d'abriter des dirigeants du Hamas.
Riposte de la présidence turque
Le directeur de la communication de la présidence, Burhanettin Duran, a jugé ces accusations « sans fondement » et incompatibles avec les idéaux de paix et de droit portés par les Nations unies. Selon Anadolu, il a affirmé que ces propos ne sauraient masquer les crimes commis à Gaza, rappelé le mandat d'arrêt de la CPI visant Netanyahou et estimé que le dirigeant israélien était « plus isolé que jamais ». Ankara promet de continuer à défendre « les opprimés », au premier rang desquels les Palestiniens.
Qatar : Doha veut documenter les violations d'Israël à Jérusalem
Le Qatar a appelé à une action internationale coordonnée pour dénoncer les violations israéliennes à Jérusalem-Est occupée, rapporte l'agence palestinienne WAFA. Le ministre d'État aux Affaires étrangères, Mohammed ben Abdulaziz Al-Khulaifi, s'exprimait lors d'une réunion conjointe de la Ligue arabe et de l'Organisation de la coopération islamique en marge de l'Assemblée générale.
Selon WAFA, Doha rejette les mesures unilatérales visant à imposer une « nouvelle réalité » dans la Ville sainte, qu'il juge nulles au regard du droit international, et affirme que la mosquée al-Aqsa est un lieu de culte exclusivement musulman. Le Qatar annonce la création de mécanismes institutionnels chargés de documenter les agissements israéliens et d'en saisir les instances internationales, après l'entrée record de 1 678 Israéliens sur l'esplanade les 20 et 21 septembre, selon le gouvernorat palestinien de Jérusalem.
Lien source : https://english.wafa.ps/Pages/Details/175159 Source et date : WAFA (Agence de presse palestinienne), 26 septembre 2026 Mots-clés : Qatar, Israël, Jérusalem, Al-Aqsa, Ligue arabe
Maghreb
Maroc : manifestations contre la normalisation avec Israël
Des centaines de Marocains ont manifesté vendredi à Rabat, Tétouan, Marrakech, Aït Melloul et Agadir pour rejeter la normalisation avec Israël, rapporte le quotidien Al-Quds Al-Arabi.
Contestation du rehaussement des relations
Ces rassemblements, organisés par l'Instance marocaine de soutien aux causes de la nation, ont vu les participants scander « Vive la résistance » et brandir des banderoles appelant à rejeter la normalisation et dénonçant un « génocide » à Gaza. Ils surviennent quelques jours après l'annonce, le 16 septembre à New York, d'un accord élevant les relations entre Rabat et Israël au rang d'ambassades. Selon Al-Quds Al-Arabi, les manifestants ont également condamné les incursions répétées de colons israéliens sur l'esplanade d'al-Aqsa. Un appel à trois jours de mobilisation nationale, du 25 au 27 septembre, avait été lancé par les opposants à la normalisation.