Iran–États-Unis : comment Trump a laissé Téhéran retourner la crise à son avantage

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Iran–États-Unis : comment Trump a laissé Téhéran retourner la crise à son avantage

Trump face à l'Iran : l'humiliation d'une superpuissance

L'ultimatum américain expire. Et l'Iran sort de la crise diplomatique la tête haute, pendant que Washington s'interroge encore sur ses propres décisions.
C'est l'analyse sans concession que livre Yoni Ben-Menachem, l'un des orientalistes les plus respectés d'Israël, dans une interview accordée ce mardi à Tal Meir.
Son verdict est cinglant : Donald Trump a commis deux erreurs stratégiques majeures qui ont conduit la puissance la plus puissante du monde à s'humilier devant Téhéran.

La première erreur : laisser Ormuz ouvert par inaction

Tout commence avec le détroit d'Ormuz, verrou maritime par lequel transite une part considérable du pétrole mondial. Dès les premiers jours du conflit, Trump disposait d'une fenêtre d'action décisive : empêcher sa fermeture, neutraliser cette arme économique avant qu'elle ne devienne un levier de pression. Il ne l'a pas saisie.

« Il n'a pas évalué suffisamment les conséquences de la fermeture du détroit d'Ormuz, et n'a pas agi immédiatement pour l'empêcher », explique Ben-Menachem. Cette passivité initiale a offert à l'Iran un atout qu'il n'aurait jamais dû avoir : la capacité de menacer les flux énergétiques mondiaux depuis une position de force, contraignant Washington à la prudence plutôt qu'à la détermination.

La deuxième erreur : choisir la table des négociations plutôt que les frappes

La seconde faute est plus profonde encore. Au lieu de frapper les installations stratégiques iraniennes les infrastructures énergétiques, industrielles et militaires qui constituent l'épine dorsale du régimeTrump a opté pour la voie diplomatique. Un choix qui, aux yeux de Ben-Menachem, relève de l'illusion dangereuse.

Car Téhéran ne négocie pas pour trouver un accord. Téhéran négocie pour gagner du temps. « Chaque document qu'ils signent avec eux est un mensonge et une tromperie », tranche l'orientaliste.
« Même si un nouvel accord nucléaire est signé, ils tromperont et mentiront, comme ils le font depuis des décennies. »
L'histoire récente lui donne raison : l'accord de 2015, puis sa lente torpille par Téhéran, suivie de la relance du programme nucléaire, illustrent parfaitement cette mécanique de la dissimulation érigée en doctrine d'État.

La farce diplomatique : un vice-président qui attend une réponse de ses adversaires

Mais au-delà des erreurs tactiques, c'est la scène diplomatique elle-même qui révèle l'ampleur du recul américain. Ben-Menachem pointe une situation proprement inouïe : le vice-président des États-Unis ne sait pas s'il doit se rendre au Pakistan et attend, pour le savoir, une réponse… des Iraniens.

« Les Iraniens le ridiculisent, l'humilient », dit-il. Il est effectivement difficile de concevoir une image plus éloquente de la décrépitude d'une posture de puissance : le numéro deux de l'administration américaine suspendu au bon vouloir du régime des mollahs pour planifier ses déplacements. Ce n'est plus de la diplomatie. C'est une abdication.

Le cessez-le-feu comme couverture pour se réarmer

Pendant que Washington s'enlise dans des rounds de négociations sans lendemain, l'Iran fait ce qu'il a toujours su faire : utiliser les trêves pour se reconstruire. Ben-Menachem est formel sur ce point. « Ils déplacent les missiles balistiques récupérés intacts dans les décombres. Les drones sont mis en lieu sûr. Ils se préparent à une nouvelle offensive et restaurent ce qu'ils peuvent durant ce cessez-le-feu. »

Le tableau est limpide : pendant que les diplomates échangent des mémorandums, les ingénieurs iraniens remettent en état les systèmes de missiles, déplacent les équipements survivants, consolident ce qui peut encore l'être. Le cessez-le-feu n'est pas une pause dans la confrontation c'est une fenêtre opérationnelle offerte gratuitement à l'adversaire.

La métaphore qui dit tout : « Ils lui construisent une école »

Le titre de l'interview  « Ils lui construisent une école » résonne comme une boutade amère. L'image renvoie à une vieille sagesse du Moyen-Orient : quand on veut endormir quelqu'un, on lui offre quelque chose qui ressemble à un cadeau. L'Iran, expert en manipulation rhétorique, a offert à Trump l'apparence d'une victoire diplomatique. Des pourparlers. Des rencontres. Des déclarations de bonne volonté. Et pendant ce temps, les centrifugeuses tournent, les missiles sont déplacés, les drones comptabilisés.

Trump voulait un grand deal. Il est en train d'obtenir une grande école construite par ceux qu'il croyait avoir mis à genoux.

Un avertissement qui dépasse Trump

L'analyse de Ben-Menachem dépasse la seule personne de Donald Trump. Elle interroge la capacité des démocraties occidentales à tenir une posture de fermeté face à des régimes qui ont fait de la patience stratégique leur arme principale. L'Iran joue sur un temps long que les démocraties, soumises aux cycles électoraux et à l'opinion publique, peinent à soutenir.

La question n'est plus de savoir si Washington a fait des erreurs. Elle est de savoir si, une fois l'ultimatum expiré, quelqu'un à Washington en tirera les conséquences avant que Téhéran n'ait fini de reconstruire ce que les frappes avaient détruit.

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