Claudine Douillet

Claudine Douillet,st fondatrice, gérante et rédactrice en chef d'Alliance, premier magazine juif francophone créé sur le web en 1996. Depuis près de trente ans, elle dirige la ligne éditoriale du titre, en assurant une veille quotidienne de l'actualité israélienne et juive internationale, traduite et adaptée pour le lectorat francophone.
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Les articles de Claudine Douillet

Infiltration des terroristes en Israël par les égouts : la faille souterraine de Jérusalem- vidéo-

Infiltration des terroristes en Israël par les égouts : la faille souterraine de Jérusalem- vidéo-

Infiltration par les égouts : la faille souterraine qui menace le cœur d’Israël

C’est une information lourde, dérangeante, et stratégiquement explosive. Alors que l’opinion publique croyait les infiltrations massives vers Israël en recul grâce au mur de séparation et au renforcement des patrouilles, une réalité bien plus inquiétante se dessine : la frontière ne se franchit plus seulement par-dessus ou à travers les clôtures, mais par-dessous. Littéralement.

Les révélations issues d’un reportage vidéo et confirmées par une déclaration officielle de la police israélienne mettent en lumière un mode opératoire clandestin d’une redoutable efficacité : l’infiltration par les égouts, à quelques minutes seulement de quartiers sensibles de Jérusalem.

Une frontière contournée par le sous-sol

Selon les informations recueillies, des Shavim – terme désignant des infiltrés illégaux, parmi lesquels peuvent se dissimuler des terroristes ou des criminels – utilisent un réseau de canalisations et de tunnels creusés à partir de fosses d’égout situées du côté palestinien, au-delà du mur de séparation.

Le principe est simple, brutalement efficace : à proximité de la clôture, une large bouche d’égout sert de point d’entrée. Un passage souterrain a été préparé à l’avance, permettant de franchir la barrière sans être repéré par les systèmes de surveillance classiques. Du côté israélien, des barreaux métalliques ont été sectionnés, ouvrant une sortie discrète vers le réseau d’égouts intérieur.

En quelques minutes, les infiltrés passent du « côté rouge » au « côté vert », c’est-à-dire directement sur le territoire israélien. À la sortie, parfois à proximité immédiate de zones résidentielles, un véhicule les attend. Ils peuvent ensuite emprunter un bus ou tout autre moyen de transport et se fondre dans la circulation civile.

Des centaines de passages, à trois minutes de quartiers frappés par des attentats

La transcription hébraïque de la vidéo est sans ambiguïté : des centaines d’infiltrations auraient déjà eu lieu par ce seul itinéraire. Le plus glaçant n’est pas seulement la méthode, mais sa localisation. Le point de sortie se trouve à environ trois minutes de marche du quartier de Nabi Yaakov, au nord de Jérusalem, une zone déjà endeuillée par plusieurs attentats ces dernières années.

Le reportage décrit des hommes pénétrant dans les égouts avec des sacs en plastique sur les jambes, progressant dans une odeur insoutenable, indifférents à l’insalubrité tant l’enjeu est vital pour eux : entrer en Israël coûte que coûte. Cette filière est exploitée non seulement par des travailleurs clandestins, mais aussi, selon les termes mêmes du reportage, par des terroristes et des trafiquants, profitant d’un angle mort sécuritaire.

Une économie de l’infiltration

Chaque passage coûterait environ 800 shekels. Ce tarif inclut le creusement, la coordination et le transport jusqu’au point de dispersion. Une somme dérisoire au regard du risque sécuritaire encouru par Israël. Le système fonctionne comme une véritable filière organisée, avec collecteurs d’argent, chauffeurs et guides, dans une logique quasi industrielle.

Ce détail est fondamental : nous ne sommes pas face à des initiatives isolées, mais à une infrastructure clandestine structurée, pensée pour durer et pour contourner durablement les dispositifs de défense existants.

Police israélienne : la responsabilité incombe à Tsahal

Face à la gravité des faits, la police israélienne a publié une déclaration officielle sans détour :

« Empêcher l’infiltration des Shavim sur le territoire de l’État d’Israël relève de la responsabilité de Tsahal. »

Le porte-parole précise que le bunker souterrain identifié dans un village situé au-delà du mur est implanté sur une infrastructure placée sous la responsabilité de Tsahal. Par conséquent, le traitement technique, l’intervention d’ingénierie et la fermeture définitive du site relèvent de l’armée.

Autrement dit, la police reconnaît la faille, mais renvoie explicitement la charge opérationnelle à Tsahal, soulignant un possible angle mort dans la coordination sécuritaire entre forces civiles et militaires.

Une menace stratégique, pas un simple fait divers

Cette affaire ne relève ni du sensationnel ni du fait divers. Elle pose une question centrale : le mur protège-t-il encore Israël à l’ère des menaces souterraines ? Après Gaza et ses tunnels, voici Jérusalem confrontée à une logique similaire, mais en milieu urbain, dense, civil, et infiniment plus vulnérable.

Le plus inquiétant est peut-être ailleurs : cette méthode a été adoptée précisément parce que les tirs, les patrouilles et la surveillance aérienne rendent les franchissements classiques trop risqués. Le terrorisme et la clandestinité s’adaptent. Rapidement. Silencieusement. Sous nos pieds.

À ce stade, aucune réponse officielle détaillée de Tsahal n’a encore été rendue publique sur l’ampleur exacte du phénomène ni sur le calendrier de neutralisation complète de ces infrastructures. Une absence qui interroge, alors que la démonstration vidéo, elle, ne laisse place à aucun doute.

Israël n’est pas seulement menacé à ses frontières visibles. Il l’est désormais dans ses entrailles.

Massacre et répression en Iran : témoignages d’horreur , des manifestants brûlés vifs

Massacre et répression en Iran : témoignages d’horreur , des manifestants brûlés vifs

Massacre et répression en Iran : témoignages d’horreur

Des manifestations massives déclenchées fin décembre à travers l’Iran ont donné lieu à une répression d’une intensité rarement vue depuis des décennies.
Selon un responsable iranien cité par l’agence Reuters, plus de 5 000 personnes ont été tuées dans le cadre des protestations, dont environ 500 membres des forces de sécurité, une estimation reconnue par le gouvernement lui-même. 

Des scènes d’une violence extrême ont émergé des zones kurdes du nord-ouest du pays, où des témoins et des opposants affirment que des forces de sécurité ont encerclé des civils dans des zones commerçantes avant d’y mettre le feu, piégeant des manifestants.

En effet, un épisode majeur se serait produit à Rasht (province du Gilan, au bord de la Caspienne) : des opposants affirment que des forces du régime ont repoussé un grand nombre de manifestants civils dans la zone du bazar, puis que l’endroit a été incendié.

Selon les informations concordantes recueillies par des médias israéliens, des organisations de défense des droits humains et des sources locales relayées à l’étranger, un incendie majeur s’est déclaré dans la zone du bazar de Rasht, dans la province du Gilan, au cours des manifestations de début janvier.

Des témoins affirment que des manifestants civils ont été repoussés vers ce secteur par les forces de sécurité alors que des foyers de feu se propageaient dans les allées commerciales.

Plusieurs sources évoquent des issues bloquées, certaines sous contrôle armé, empêchant une évacuation rapide.

Des opposants et des ONG rapportent que des personnes se seraient retrouvées piégées entre les flammes et les forces de sécurité, certains manifestants tentant de se rendre ou de fuir ayant été visés par des tirs.

Les autorités iraniennes, de leur côté, ont imputé l’incendie à des “émeutiers violents” et n’ont fourni aucun bilan détaillé des victimes, tandis que les coupures d’Internet et la censure ont empêché toute vérification indépendante du nombre exact de morts liés à cet épisode.

Contexte des manifestations : économie, mécontentement et fractures sociales

Les protestations ont commencé fin décembre 2025, principalement en réaction à l’effondrement du rial iranien, à l’inflation galopante, à la détérioration des conditions de vie et au mécontentement généralisé à l’égard du régime théocratique. Elles se sont transformées en appels plus explicites à la réforme politique ou à la fin du gouvernement actuel. 

Bien que les chiffres exacts des victimes varient selon les sources, plusieurs organisations indépendantes telles que Human Rights Activists News Agency (HRANA) et Iran Human Rights (IHRNGO) attestent d’un bilan substantiel de manifestants tués et de milliers d’arrestations dans au moins 186 villes du pays. 

Débat sur le bilan des victimes : sources officielles vs ONG

Le gouvernement iranien a reconnu au moins 5 000 morts, un chiffre cité par des responsables à Reuters mais souvent rejeté par des groupes de défense des droits humains qui estiment qu’il est sous-évalué. 

Selon les estimations d’organisations indépendantes, on observe des écarts importants : certains parlèrent de plus de 3 000 morts documentés, tandis que d’autres, y compris des médecins iraniens faisant circuler des données compilées à partir de plusieurs hôpitaux, évoquent jusqu’à plus de 16 000 morts et des centaines de milliers de blessés — chiffres non vérifiables de manière indépendante mais largement partagés dans les médias internationaux. 

Internet coupé, communication restreinte

L’une des caractéristiques de cette vague de protestations est la censure numérique quasi totale imposée par les autorités iraniennes, avec des coupures d’accès à Internet et des restrictions sévères sur les communications. Cette stratégie a rendu difficile l’obtention de données fiables et a limité les rapports en temps réel sur la violence sur le terrain. 

Réactions internationales et tensions diplomatiques

La répression a suscité une large condamnation internationale : des ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté des violations graves des droits humains, notamment l’usage illégal de force létale, de balles réelles contre des manifestants pacifiques et des arrestations arbitraires massives, y compris de mineurs. 

Sur le plan diplomatique, les tensions ont également augmenté.
Le président américain Donald Trump et d’autres dirigeants étrangers ont mis en garde contre l’escalade, tandis que le régime iranien a accusé des puissances extérieures, notamment les États-Unis et Israël, d’exacerber les troubles des affirmations qui sont largement considérées comme une tentative de détourner la responsabilité de la crise interne. 

Mensonges et propagande : bataille informationnelle

La crise s’est doublée d’une guerre de l’information intense. Les autorités ont souvent présenté les manifestations comme étant pilotées par des “terroristes” ou des forces hostiles étrangères, tout en minimisant les chiffres des victimes. Parallèlement, des opposants et des journalistes indépendants tentent de documenter la réalité sur le terrain malgré la censure et les restrictions. 

Perspectives et enjeux

Cette vague de protestations reflète des tensions profondes dans la société iranienne, touchant à la fois aux conditions économiques désastreuses et à un rejet croissant du modèle théocratique. L’issue de cette crise et sa capacité à transformer durablement le paysage politique iranien restent incertaines, notamment en raison de la répression systématique menée par l’État et des fractures internes importantes. 

Hébron, Machpela : le premier acte fondateur du peuple juif sur sa terre

Hébron, Machpela : le premier acte fondateur du peuple juif sur sa terre

Hébron, Machpela : le premier acte fondateur du peuple juif sur sa terre

Il existe, au cœur du tumulte politique contemporain, un lieu que ni la rhétorique, ni la violence, ni les réécritures idéologiques ne parviennent à effacer. À Hébron, la grotte de Machpela ne relève ni du symbole abstrait ni du mythe commode : elle est un acte juridique, une pierre posée dans l’Histoire, un commencement documenté. Là où tout a réellement commencé.

Un achat, pas une conquête

La Grotte des Patriarches, appelée Machpela en hébreu et Mosquée Ibrahimi en arabe, se distingue d’emblée par un fait unique dans les textes fondateurs du judaïsme.

Dans le Livre de la Genèse, chapitre 23, Abraham n’y entre pas en conquérant mais en acquéreur. Il achète publiquement, devant témoins, la grotte et le champ attenants à Ephron le Hittite afin d’y enterrer Sarah. Le texte biblique détaille le prix, les limites du terrain, la reconnaissance officielle de la transaction.

Ce passage n’a rien d’un récit légendaire : il adopte la forme d’un acte notarié antique. Les spécialistes s’accordent sur un point essentiel : il s’agit du premier terrain explicitement possédé par un Hébreu en terre de Canaan. Avant les royaumes, avant les conquêtes, avant les frontières, il y a ce geste fondateur, sobre et irrévocable.

Un lieu de sépulture au cœur de la mémoire juive

La tradition juive, continue et jamais interrompue dans les textes, identifie Machpela comme le lieu de sépulture d’Abraham et Sarah, d’Isaac et Rebecca, de Jacob et Léa. Cette transmission traverse la Bible, la littérature rabbinique et les récits de voyageurs juifs de l’Antiquité tardive au Moyen Âge.

Aucune source juive ancienne ne situe ces tombes ailleurs. Et surtout, aucune tradition concurrente antérieure ne conteste cette localisation. Machpela s’impose comme un point fixe, un ancrage mémoriel qui précède et survit aux empires.

L’empreinte monumentale d’Hérode

L’édifice visible aujourd’hui n’est ni byzantin ni islamique dans son essence architecturale. mais bien juive . Ce monument est hérodien. Vers le Ier siècle avant notre ère, Hérode le Grand fait ériger une enceinte monumentale autour de la grotte. Les archéologues sont formels : les blocs cyclopéens, l’appareillage et la taille des pierres sont identiques à ceux du Mont du Temple de Jérusalem.

Machpela est, à ce jour, le seul monument hérodien conservé dans son intégralité. Ni remanié en profondeur, ni rasé, ni reconstruit. La pierre parle ici avec une clarté brutale : ce lieu était central dans la géographie sacrée juive bien avant l’ère chrétienne.

Des conversions religieuses, jamais une fondation nouvelle

Au fil des siècles, Machpela change de fonction cultuelle sans jamais changer de statut sacré. Sous l’Empire byzantin, une église est construite au-dessus de l’enceinte. Après la conquête musulmane de 638, le lieu devient une mosquée, non parce qu’il serait islamique à l’origine, mais parce qu’Abraham – Ibrahim – est reconnu comme patriarche par l’islam.

Les Croisés le transforment brièvement en église, avant que Saladin ne le rende au culte musulman à la fin du XIIᵉ siècle. Cette succession de cultes n’efface rien : elle confirme au contraire que le caractère sacré du site est hérité, jamais inventé.

Sept siècles d’exclusion juive

Un fait demeure largement occulté dans le discours contemporain. De 1267 jusqu’à 1967, les Juifs sont interdits d’accès à l’enceinte. Ils n’ont le droit de prier qu’au bas du septième escalier extérieur. Cette exclusion est attestée par des sources musulmanes, chrétiennes et européennes.

Parler d’un « lieu partagé de tout temps » relève donc de la falsification historique. Le partage est récent. L’exclusion, elle, fut longue, documentée et systématique.

Depuis 1967 : tensions politiques, continuité historique

Depuis la guerre des Six Jours, l’accès juif a été partiellement rétabli. Le site est aujourd’hui divisé en espaces de prière distincts, sous haute surveillance. Les tensions sont réelles, parfois tragiques, souvent instrumentalisées.

Mais aucun conflit contemporain ne modifie l’essentiel : l’antériorité juive de Machpela repose sur un texte, une tradition et une architecture qui précèdent de plus d’un millénaire les débats actuels.

Ce que l’Histoire établit, ce que l’idéologie tente d’effacer

Aucune fouille archéologique directe n’a été menée dans la grotte elle-même, pour des raisons religieuses et politiques. Cette absence ne réfute rien. Elle empêche seulement une vérification biologique qui, de toute façon, ne fut jamais exigée pour reconnaître Rome, Athènes ou Jérusalem.

Machpela n’est ni un slogan ni un argument de circonstance. Elle est un acte fondateur, un point zéro de la présence juive sur cette terre. La nier oblige à réécrire la Bible, à contester la pierre, et à faire taire l’Histoire elle-même.

Quand le Rabbi a dit non au Prix Israël : la Torah avant l’État, sans compromis

Quand le Rabbi a dit non au Prix Israël : la Torah avant l’État, sans compromis

Quand le Rabbi fit refuser la plus haute distinction d’Israël

Dans l’histoire contemporaine du judaïsme, rares sont les épisodes qui ont provoqué autant d’incompréhension que l’absence de Rav Adin Steinsaltz lors de la remise du Prix Israël en 1988.

Cette chaise vide, devant les plus hautes autorités de l’État, n’était pas un simple incident protocolaire. Elle révélait, de manière brutale, la position du Rabbi de Loubavitch sur l’État d’Israël : une position souvent caricaturée, presque toujours mal comprise.

Cette année-là, l’État d’Israël décide d’honorer Rav Adin Steinsaltz pour son œuvre monumentale : le Talmud Steinsaltz, entreprise intellectuelle sans précédent qui rend l’étude de la Guemara accessible à un public large, bien au-delà des cercles d’érudits traditionnels.

La distinction suprême, le Prix Israël, devait être remise lors de la cérémonie officielle de Yom Haatsmaout, au mont Herzl, en présence du président de l’État, du Premier ministre, du président de la Knesset et du président de la Cour suprême.

Mais au moment où la cérémonie commence, le lauréat est introuvable.
Rav Steinsaltz n’est pas en Israël. Son absence déclenche une onde de choc politique et médiatique immédiate. Très vite, une question s’impose : comment un intellectuel de cette stature peut-il manquer volontairement l’instant le plus solennel de sa reconnaissance nationale ?

La réponse se trouve à New York, puis à Brooklyn, dans le bureau du Menachem Mendel Schneerson.

Une décision prise à la source

Hassid fidèle de Habad, Rav Steinsaltz n’a jamais agi indépendamment des directives du Rabbi lorsqu’une décision engageait un enjeu symbolique majeur.
Avant d’accepter le Prix Israël, il consulta donc le Rabbi. La réponse fut sans ambiguïté : il ne devait pas être présent à la cérémonie.

Ce refus ne visait ni l’œuvre, ni son auteur, ni même la reconnaissance intellectuelle en tant que telle. Il portait sur le cadre : une distinction étatique, remise publiquement lors de la fête nationale, incarnant la légitimation officielle de l’État comme instance de consécration spirituelle.

Pour le Rabbi, cette confusion était inacceptable.

Non-sioniste, mais pas anti-Israël

C’est ici que naît la contradiction apparente, celle qui continue d’alimenter les malentendus jusqu’à aujourd’hui.
Le Rabbi de Loubavitch n’était pas sioniste au sens idéologique du terme.
Il ne considérait pas l’État moderne comme l’aboutissement spirituel de l’histoire juive, ni comme une étape rédemptrice. Sur ce point, il s’inscrivait dans une tradition orthodoxe ancienne, prudente, parfois méfiante vis-à-vis de toute sacralisation du politique.

Mais confondre cette position avec une hostilité à Israël est une erreur grossière.

Le Rabbi n’a jamais nié le droit du peuple juif à vivre sur sa terre, ni minimisé l’importance vitale de la sécurité d’Israël. Il s’est exprimé à de multiples reprises contre les concessions territoriales mettant des vies juives en danger, a soutenu sans ambiguïté la défense d’Israël, et insisté sur la responsabilité morale et sécuritaire de l’État envers ses citoyens.

La ligne de fracture n’était donc pas entre « contre Israël » et « pour Israël », mais entre sionisme politique et responsabilité juive.

Il n’a jamais été contre l’existence de l’État d’Israël.,au contraire.
Il affirmait même qu’Israël bénéficiait d’une protection particulière tant qu’il assumait sa responsabilité morale et sécuritaire.

La différence est essentielle :

il refusait de sacraliser l’État, pas de protéger le peuple.

Le refus de la reconnaissance étatique

Aux yeux du Rabbi, accepter un Prix Israël ne revenait pas simplement à honorer une œuvre. Cela signifiait reconnaître à l’État le pouvoir de consacrer ce qui relève de la Torah.
Or, pour lui, la Torah ne tire sa légitimité ni d’un gouvernement, ni d’une institution nationale, fût-elle juive.
Elle précède l’État, le dépasse, et ne peut être intégrée dans un récit de réussite nationale.

C’est cette logique qui explique l’absence de Rav Steinsaltz à Jérusalem, tandis qu’il se trouvait aux États-Unis pour des missions liées aux communautés juives et à l’émigration des Juifs soviétiques.
Une absence vécue en Israël comme un affront, mais conçue, du point de vue du Rabbi, comme un acte de cohérence spirituelle.

Une absence plus parlante qu’un discours

Cette chaise vide fit plus de bruit que n’importe quel discours de remerciement.
Elle exposa publiquement une tension rarement formulée aussi clairement : celle entre un État juif cherchant à inscrire la Torah dans son récit national, et une vision religieuse refusant que le spirituel soit validé par le politique.

Le Rabbi n’a pas refusé le Prix Israël pour lui-même.

Il a fait refuser, par Rav Adin Steinsaltz, le principe même d’une consécration étatique de la Torah.

La contradiction n’est donc qu’apparente. Elle disparaît dès que l’on comprend ceci : on peut défendre Israël sans sacraliser l’État, aimer la terre sans absolutiser le pouvoir, et servir le peuple juif sans accepter que la Torah devienne un symbole national parmi d’autres.

La contradiction n’est donc pas dans le Rabbi.

Elle est dans notre lecture contemporaine, trop rapide, trop politique, incapable d’accepter qu’on puisse aimer Israël sans idolâtrer l’État, et défendre la vie juive sans transformer le spirituel en outil de légitimation nationale.

Pour le Rabbi, un honneur étatique transforme une mission spirituelle en réussite politique.
Or il combattait précisément cette confusion. Il refusait les distinctions personnelles, qu’elles viennent d’Israël ou d’ailleurs, convaincu que l’action juive ne doit jamais être motivée par la reconnaissance, la visibilité ou le prestige.

C’est cette ligne de crête, exigeante et inconfortable, que le Rabbi a maintenue jusqu’au bout.

L’épisode du prix que le Rabbi n’a pas accepté n’est pas une simple anecdote.
Il illustre une tension profonde dans le judaïsme moderne entre une vision spirituelle messianique et les réalités d’un État politique.

Pour le Rabbi, un honneur institutionnel ne peut jamais remplacer ce qu’il considérait comme l’essentiel : la connexion individuelle à la Torah, l’attente de la Délivrance et la transformation intérieure du peuple juif.

La contradiction apparente n’est donc qu’apparente : elle disparaît dès que l’on replace le geste dans le cadre plus vaste de sa vision théologique et de la place centrale qu’il accordait à la mission juive spirituelle plutôt qu’à la reconnaissance politique.

D'après un article de Hassidout 

 

Kfir Bibas n'aura jamais trois ans : lettre d'un père à l'enfant que le monde n'a pas protégé

Yarden Bibas : “Désolé de t’avoir mis au monde dans ce monde cruel.”

Kfir Bibas aurait eu trois ans aujourd’hui : la lettre d’un père à l’enfant que le monde n’a pas protégé

Un anniversaire qui n’aura jamais lieu

Le 18 janvier, en Israël, un silence particulier a traversé les réseaux sociaux et les médias. Ce jour-là, Kfir Bibas aurait eu trois ans. Un âge ordinaire, banal, celui des premiers mots clairs, des courses maladroites, des colères minuscules. Un âge que Kfir n’atteindra jamais.

Le nourrisson roux du kibboutz Nir Oz avait neuf mois lorsqu’il a été enlevé, avec sa mère et son frère aîné, le 7 octobre 2023, lors de l’attaque menée par le Hamas contre les localités israéliennes frontalières de Gaza. Il n’a pas vécu assez longtemps pour souffler sa première bougie. Il n’a pas vécu assez longtemps pour être autre chose qu’un prénom devenu symbole.

Ce jour anniversaire, son père, Yarden Bibas, a publié une lettre. Une lettre adressée à un enfant mort. Une lettre sans effet, sans appel, sans slogan. Une lettre de père.

La lettre de Yarden Bibas : des mots sans protection

La lettre n’a jamais été publiée intégralement par les médias. Aucun organe de presse israélien ne s’est autorisé à la reproduire mot pour mot dans son ensemble. Ce que l’on connaît, ce sont des extraits fidèles, recoupés, cités par Ynet, The Times of Israel et Israel Hayom, et traduits depuis l’hébreu.

Yarden Bibas commence par s’adresser directement à son fils. « Mon Kfir adoré, aujourd’hui tu aurais dû fêter tes trois ans. » Le conditionnel installe d’emblée la temporalité du texte : celle de ce qui aurait dû être et n’aura jamais lieu.

Il rappelle ensuite une réalité impossible à contourner. « Tu n’as même pas eu la chance de fêter ton premier anniversaire. » Ce n’est pas une image. C’est un fait. Kfir avait neuf mois lorsqu’il a été arraché à son lit puis des bras de sa mère.

Puis vient la phrase qui a bouleversé une grande partie de l’opinion israélienne, précisément parce qu’elle ne cherche pas à convaincre. « Je suis désolé de t’avoir fait naître dans un monde aussi cruel. » Ce n’est ni une accusation ni une plainte. C’est une demande de pardon adressée à l’enfant, non au monde.

Dans d’autres passages cités par la presse, Yarden évoque ce qui n’existera jamais. Il dit qu’il imagine à qui son fils aurait ressemblé, quels traits il aurait hérités, quelle voix il aurait eue. Il parle de l’avenir comme d’un territoire confisqué, pas comme d’un rêve brisé.

Enfin, il écrit cette phrase, rapportée notamment par Ynet, qui dit l’ampleur du deuil familial : il imagine Kfir célébré « avec maman, Ariel et même Tony ». Tony était le chien de la famille, lui aussi tué le 7 octobre. Dans cette phrase, toute la famille est réunie dans la mort, parce qu’elle a été irrémédiablement disloquée dans la vie.

La famille Bibas, de l’intime au symbole

La famille Bibas est devenue, malgré elle, l’un des visages les plus reconnaissables de la tragédie des otages israéliens. Le 7 octobre 2023, Shiri Bibas est enlevée avec ses deux enfants, Ariel, quatre ans, et Kfir, neuf mois. Yarden Bibas est capturé séparément.

Pendant de longs mois, leur sort reste volontairement flou. Le Hamas entretient l’ambiguïté, diffuse des messages non vérifiables, joue avec l’espoir des proches et de l’opinion publique. Les portraits des enfants Bibas circulent dans les manifestations, sur les murs, dans les médias internationaux. Ils incarnent ce que les chiffres ne disent pas.

En février 2025, après 484 jours de captivité, Yarden Bibas est libéré. Peu de temps après, l’armée israélienne confirme ce que l’on redoutait : Shiri, Ariel et Kfir ont été assassinés en captivité dès novembre 2023. Leurs corps sont restitués. Ils sont enterrés ensemble.

Ce que la lettre ne dit pas, et ce qu’elle révèle pourtant

La lettre de Yarden Bibas ne contient aucun mot de haine. Elle ne nomme pas le Hamas. Elle ne parle pas de vengeance, ni de guerre, ni de politique. Et pourtant, elle est politique au sens le plus brut du terme, parce qu’elle ramène tout à ce qui précède les idéologies : un père, un enfant, une responsabilité humaine fracassée.

En Israël, ce texte a été lu comme un moment de vérité collective. Il rappelle que les otages n’étaient pas des abstractions, ni des leviers de négociation, mais des vies minuscules, vulnérables, irremplaçables. Il rappelle aussi qu’un nourrisson n’est pas un dommage collatéral.

Trois ans pour l’éternité

Kfir Bibas n’aura jamais trois ans. Mais son prénom, ce jour-là, a suspendu le temps. La lettre de son père n’a rien d’un manifeste. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle oblige simplement à regarder ce qui a été perdu, sans écran, sans rhétorique.

C’est sans doute pour cela qu’elle restera.

Israël n’a pas inventé la pauvreté, mais il a inventé des supermarchés solidaires pour y faire face

supermarché gratuit en israel

En Israël, les supermarchés solidaires existent : gratuits parfois, presque gratuits le plus souvent

L’image a circulé massivement sur les réseaux sociaux : celle d’un supermarché « totalement gratuit » ouvert en Israël pour les personnes dans le besoin.
L’information, séduisante, est en partie vraie — mais mérite d’être précisée.
Car si Israël ne dispose pas d’un réseau national de supermarchés gratuits financé par l’État, le pays a vu émerger depuis plusieurs années, et notamment depuis la crise du Covid, des initiatives citoyennes et caritatives inédites : supermarchés solidaires, épiceries sociales, distributions alimentaires dignes et organisées. Une solidarité concrète, discrète, et bien réelle.

L’expérience de Petah Tikvah : quand la solidarité devient magasin

En février 2022, un supermarché gratuit a ouvert ses portes dans la ville centrale de Petah Tikvah grâce à l’action de Shani et Osher Shukrun, un couple israélien déterminé à transformer l’aide alimentaire. Ils avaient commencé, pendant la pandémie, en reliant des donateurs à des familles nécessiteuses via des groupes Facebook, achetant des courses pour une famille ou stockant des denrées chez eux.

Une initiative citoyenne devenue symbole

En 2022, plusieurs médias israéliens et juifs anglophones ont relayé l’histoire d’un couple israélien ayant ouvert un supermarché solidaire permettant à des personnes en difficulté de faire leurs courses sans payer.

Installée dans une ville du centre du pays, cette initiative reposait sur un principe simple : offrir l’accès à des produits alimentaires de base, dans un cadre normalisé, sans humiliation, sans files d’attente visibles, sans colis imposés.
Les bénéficiaires entraient dans un vrai magasin, prenaient ce dont ils avaient besoin, avec des règles destinées à garantir l’équité et la pérennité du projet.

Les médias ont insisté sur un point essentiel : il ne s’agissait ni d’un programme gouvernemental, ni d’un modèle destiné à être dupliqué à l’échelle nationale, mais d’une action privée, financée par des dons, des partenariats et une mobilisation locale. Le mot « gratuit » était exact, mais son périmètre restait volontairement limité.

Des supermarchés “presque gratuits”, un modèle déjà bien implanté

Au-delà de cette initiative ponctuelle, Israël dispose depuis longtemps d’un réseau dense de supermarchés solidaires et d’épiceries sociales à prix symboliques.
Le modèle est connu : les familles éligibles, identifiées par les services sociaux ou les associations, peuvent acheter des produits alimentaires à des prix très inférieurs au marché, parfois pour quelques shekels seulement. L’objectif n’est pas uniquement économique : il s’agit de préserver la dignité, l’autonomie et le choix.

Parmi les acteurs historiques figure l’organisation Colel Chabad, l’une des plus anciennes institutions caritatives du pays. Elle gère depuis des années des centres alimentaires et des épiceries sociales fréquentées par des milliers de familles, notamment dans les villes à forte précarité. Le principe est constant : payer peu plutôt que rien, afin de maintenir une logique de responsabilité et d’équilibre.

L’aide alimentaire en Israël, une réalité massive et structurée

La solidarité alimentaire en Israël ne se limite pas aux supermarchés.
Des organisations comme Meir Panim, Yad Ezra V’Shulamit ou Yad Eliezer distribuent chaque semaine des dizaines de milliers de repas chauds, de colis alimentaires et d’aides ciblées.
Ces structures, bien documentées par la presse israélienne, travaillent avec les municipalités, les services sociaux et les donateurs privés pour répondre à une réalité souvent ignorée : la pauvreté existe aussi en Israël, y compris chez les personnes âgées, les familles monoparentales, les nouveaux immigrants et les travailleurs précaires.

Ce maillage associatif explique pourquoi l’image d’un « supermarché gratuit » a trouvé un écho si fort : elle correspond à une réalité morale du pays, même si elle ne reflète pas une politique publique généralisée.

Entre mythe viral et vérité israélienne

Dire qu’Israël a ouvert des supermarchés totalement gratuits pour tous les pauvres serait faux. Dire qu’Israël a laissé émerger, soutenu indirectement et parfois encouragé des modèles de solidarité alimentaire innovants serait, en revanche, parfaitement exact.
Le pays n’a pas choisi la mise en scène ni l’annonce politique, mais l’action concrète, souvent locale, souvent silencieuse.

Dans une région où l’on parle beaucoup d’Israël pour l’accuser, rarement pour l’observer honnêtement, ces initiatives racontent autre chose : une société sous tension permanente, mais profondément attachée à la responsabilité collective et à la dignité humaine.

Israël : comment les femmes ultra-orthodoxes bouleversent l’économie de la high-tech

Israël : comment les femmes ultra-orthodoxes bouleversent l’économie de la high-tech

Du séminaire à la Silicon Wadi : une révolution silencieuse

Longtemps cantonnées à des parcours professionnels traditionnels – enseignement, gestion de crèches, secrétariat –, les femmes du monde haredi en Israël sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses à s’engager dans une trajectoire rarement envisagée : celle des technologies de pointe. Dans les bureaux modernes d’une entreprise au cœur de Bnei Brak, les profils se multiplient, claviers en main, comme autant de preuves d’une transformation sociale profonde. 

Une jeune femme confie : « Je pensais devenir enseignante ou éducatrice », avant d’expliquer comment une formation en technologies a ouvert pour elle des opportunités professionnelles jusque-là inaccessibles à beaucoup de femmes de sa communauté. 

Kama-Tech : l’architecte de la percée haredi

L’organisation Kama-Tech, fondée par des entrepreneurs haredi, se positionne en acteur central de ce changement. Elle accompagne des candidats issus de la communauté ultra-orthodoxe vers des carrières dans la technologie, en collaboration avec plus de 80 entreprises du secteur, tout en facilitant des formations, des ateliers, des stages et des rencontres avec des mentors de l’écosystème tech israélien. 

Son co-fondateur raconte comment, parti d’une simple ambition de créer un « pont » entre le monde haredi et la haute technologie, il a transformé cette idée en un dispositif concret d’intégration professionnelle. 

Un nombre croissant mais encore minoritaire

Selon le rapport Women in High-Tech 2025, les femmes représentent environ 36 % des effectifs du secteur tech en Israël, mais leur présence dans des postes techniques ou de R&D reste limitée.  Dans l’ensemble de l’industrie, la croissance de l’emploi des femmes persiste, mais lentement, et leur représentation dans les postes à haute valeur ajoutée reste en deçà de celle de leurs homologues masculins. 

Pour les femmes haredi, les défis sont doubles : elles doivent surmonter à la fois les obstacles socioculturels internes à leur communauté et les barrières structurelles du marché du travail technologique. Toutefois, la dynamique observée ces dernières années témoigne d’un changement significatif dans la perception de ces carrières. 

Des formations adaptées pour compenser l’absence de cursus universitaire

Un des principaux obstacles à l’accès à des postes avancés est l’absence, dans la trajectoire éducative haredi classique, de cursus universitaires formels en informatique ou en ingénierie. En réponse, des programmes spécialisés, tels que ceux proposés par Kama-Tech, combinent des formations techniques intensives à des modules de compétences professionnelles permettant aux candidates d’acquérir des compétences proches de celles d’un diplômé universitaire. 

Ces formations comportent souvent des heures supplémentaires par rapport aux programmes traditionnels, créant une équivalence pratique au diplôme académique tout en respectant les normes socioculturelles de la communauté. 

Témoignages inspirants : concilier identité et carrière

Dans les salles de formation et les couloirs des entreprises, les participantes racontent les ajustements personnels qu’elles ont dû opérer. Yaal, une des pionnières de l’intégration féminine haredi dans le tech, explique qu’il s’agit non pas d’un reniement de ses valeurs, mais d’une adaptation respectueuse de son identité tout en gagnant sa place dans un environnement professionnel exigeant. 

Elle insiste sur la nécessité de maintenir la barrière sociale et religieuse dans certaines interactions, tout en faisant preuve d’excellence dans l’exécution de ses tâches. 

Impact sur l’économie et la société israélienne

L’intégration des femmes haredi dans la haute technologie n’est pas seulement une histoire individuelle : elle répond aussi à des défis macroéconomiques. Alors que la communauté haredi représente près de 13,6 % de la population israélienne et continue de croître rapidement, son taux d’emploi global, bien que élevé chez les femmes (autour de 80 %), demeure insuffisant dans les secteurs à haute valeur ajoutée. 

La participation accrue des haredi à des emplois technologiques contribue non seulement à réduire l’écart entre leur représentation démographique et leur présence dans les secteurs porteurs, mais elle renforce aussi la cohésion sociale en ouvrant des portes vers des environnements professionnels diversifiés et stratégiques pour l’économie nationale. 

Les nouvelles frontières de l’intégration

Des données plus récentes montrent que des femmes haredi travaillent désormais dans des domaines technologiques avancés liés à la défense et à la sécurité nationale, notamment au sein de divisions R&D de grandes entreprises comme Elbit Systems, Rafael ou Israel Aerospace Industries. Certaines occupent des postes hautement techniques, y compris au service de projets classifiés, ce qui illustre l’ampleur de leur intégration progressive dans des niches jusque-là fermées aux profils ultra-orthodoxes. 

Ce tournant s’accompagne de nouvelles initiatives éducatives ciblées, telles que des programmes « Ultra-Code » dédiés à l’enseignement des sciences informatiques aux jeunes femmes haredi, qui visent à augmenter encore le flux de talents vers les carrières technologiques. 

Enjeux et perspectives

Malgré ces progrès, la représentation des femmes dans les postes de direction ou de création d’entreprise reste faible dans l’ensemble du secteur tech israélien, avec seulement environ 17 % des postes de leadership occupés par des femmes et 10 % des CEO de startups féminines, un chiffre global qui recoupe aussi les données concernant les haredi. 

L’enjeu pour l’avenir sera d’élargir encore l’accès à ces niveaux de responsabilité, en développant des réseaux de mentorat, des programmes de leadership et des politiques inclusives dans les grandes entreprises technologiques.

L’entrée croissante des femmes haredi dans le secteur de la haute technologie en Israël illustre une transformation profonde à la croisée des dynamiques sociales, économiques et culturelles. Elle résulte d’efforts dédiés – portés par des organisations comme Kama-Tech – mais aussi d’un mouvement plus large vers l’intégration professionnelle d’un segment de la population longtemps marginalisé dans les sphères innovantes.

L’impact de cette révolution silencieuse dépasse les frontières communautaires, renforçant la compétitivité de l’économie israélienne tout en redéfinissant les trajectoires possibles pour des milliers de femmes. 

« L’ONU de Trump » : Netanyahu invité à siéger au Conseil de la paix

« L’ONU de Trump » : Netanyahu invité à siéger au Conseil de la paix

« L’ONU de Trump » : Netanyahu invité à siéger au Conseil de la paix

Un projet qui dépasse Gaza

Dans les heures ayant suivi la publication par le président américain Donald Trump de la liste partielle des membres du nouveau Conseil de la paix pour Gaza, une évidence s’est imposée à Washington : l’organe imaginé par la Maison Blanche pourrait rapidement dépasser son périmètre initial. Plusieurs sources diplomatiques évoquent déjà une extension possible de ses compétences à d’autres zones de conflit, notamment l’Ukraine et le Venezuela, nourrissant l’idée d’une alternative américaine au Conseil de sécurité de l’ONU.

Netanyahu officiellement invité

Samedi soir, il est apparu que le président américain avait invité le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à siéger au Conseil de la paix — ou à y désigner un représentant. L’invitation a été adressée aux dirigeants de plus de cinquante pays, parmi lesquels Israël, la Turquie et l’Égypte.

Cette initiative s’inscrit dans une volonté assumée de Trump de structurer un organe décisionnel inédit, qu’une partie des observateurs surnomment déjà « l’ONU de Trump ».

Une composition internationale encore incertaine

Selon les annonces officielles, l’Argentine, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Australie, l’Albanie, Bahreïn, l’Égypte et la Turquie ont été invités à rejoindre le Conseil. À ce stade, aucun de ces États n’a confirmé formellement sa participation.

Donald Trump a néanmoins vanté l’envergure du projet :

« La composition du Conseil sera annoncée prochainement, mais je peux affirmer avec certitude qu’il s’agit du Conseil le plus important et le plus prestigieux jamais créé, où que ce soit. »

Une contribution financière controversée

Selon une enquête du média économique Bloomberg, le président américain exigerait de tout pays souhaitant obtenir un siège permanent une contribution minimale d’un milliard de dollars dès la première année suivant la signature du traité d’adhésion.

Le projet de texte obtenu par Bloomberg précise :

« Chaque pays membre siégera au Conseil pendant trois ans maximum à compter de la signature, sous réserve de l’approbation du président. Cette durée de trois ans ne s’applique pas aux pays qui versent plus d’un milliard de dollars en numéraire au Conseil de la paix la première année suivant l’entrée en vigueur du traité. »

Cette disposition alimente de vives critiques sur une institutionnalisation du pouvoir par l’argent, en rupture avec les principes multilatéraux traditionnels.

Vers une alternative au Conseil de sécurité ?

De nombreux points demeurent flous quant aux pouvoirs réels et à la vision stratégique du Conseil. Le New York Times rapporte que ses détracteurs s’interrogent ouvertement : Trump cherche-t-il à créer une structure placée sous contrôle américain, capable de court-circuiter le Conseil de sécurité des Nations unies ?

Dans une interview accordée à Reuters, avant même l’annonce officielle, Trump avait déclaré :

« Je pense que cela commencera à Gaza, et que les autres conflits seront traités au fur et à mesure qu’ils se présenteront. »

Interrogé sur les objectifs de cette initiative, il avait ajouté :

« Comme pour les autres pays qui entrent en guerre. »

Accusations de logique néocoloniale

Des experts et militants des droits humains ont dénoncé une structure rappelant, selon eux, une administration coloniale modernisée.

« C’est l’ONU de Trump, un conseil qui ignore les principes fondamentaux de la Charte des Nations unies », a déclaré un diplomate au fait de la lettre adressée par Washington à de nombreux dirigeants mondiaux.

Ukraine et Venezuela : une tentation vite démentie

Avant même la publication de l’article, le Financial Times révélait que l’administration américaine avait envisagé d’étendre les activités du Conseil de la paix à l’Ukraine et au Venezuela. Cette perspective a suscité une vive inquiétude parmi des diplomates occidentaux et arabes.

Une source proche du dossier affirmait alors que l’administration Trump estimait que le Conseil pourrait « se substituer à l’ONU et traiter des conflits autres que la guerre à Gaza ». Cette affirmation a toutefois été démentie par une source américaine, assurant au Financial Times que le Conseil ne traiterait « que de Gaza, et de rien d’autre ».

Les figures déjà désignées

Les membres annoncés à ce jour comprennent :

le secrétaire d’État américain Marco Rubio, l’envoyé spécial Steve Witkoff, le gendre du président Jared Kushner, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le milliardaire américano-juif Mark Rowan, le président de la Banque mondiale Ajay Banga, ainsi que Robert Gabriel.

La présence de Tony Blair a ravivé les critiques, en raison de son rôle dans la seconde guerre du Golfe et de l’héritage de l’impérialisme britannique au Moyen-Orient.

Un second organe pour Gaza

Parallèlement, Trump a annoncé la création d’un organe intérimaire placé sous l’autorité du Conseil de la paix, destiné à opérer au-dessus du gouvernement technocratique palestinien censé administrer Gaza après le Hamas.

Selon la Maison Blanche, cet organe portera le nom de « Conseil exécutif de Gaza », également désigné comme Comité exécutif. Il inclura notamment l’homme d’affaires israélo-chypriote Yakir Gabbay, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, ainsi que le haut responsable qatari Ali al-Thawadi.

Cette composition a conduit à une déclaration inhabituelle et critique du bureau du Premier ministre israélien à l’encontre des États-Unis.

Répartition des rôles

Les membres du Conseil de la paix auront pour mission la supervision stratégique globale du plan Trump : mobilisation des ressources internationales, coordination interétatique, définition des grandes orientations politiques pour la reconstruction de Gaza et la promotion de la paix.

Le Comité exécutif sera chargé, quant à lui, de la mise en œuvre concrète du plan et de la reconstruction de la bande de Gaza par les acteurs présents sur le terrain.

La vision affichée par Jared Kushner

S’exprimant samedi soir, Jared Kushner a déclaré :

« Le plus dur commence maintenant. Nous sommes déterminés à instaurer la sécurité, à rétablir les services essentiels qui sont le fondement de la dignité humaine — l’électricité, l’eau, les soins de santé, l’éducation — et à promouvoir une société ancrée dans la paix, la démocratie et la justice. Le Groupe consultatif national sur la paix et l’autonomie agira avec la plus grande intégrité et transparence afin de créer une économie productive capable de remplacer le chômage par des opportunités pour tous. »

 

 

7 octobre : Ariel Kallner accuse l’opposition de bloquer l’enquête sur l’échec sécuritaire

7 octobre : Ariel Kallner accuse l’opposition de bloquer l’enquête sur l’échec sécuritaire

Clivage autour de l’enquête sur le 7 octobre : Ariel Kallner accuse l’opposition de vouloir dissimuler les faits

Tel Aviv, Israël — Le député israélien Ariel Kallner (Likoud), principal artisan de la proposition de loi visant à créer une commission d’enquête nationale sur les événements qui ont précédé et entouré l’attaque du 7 octobre 2023, a vivement critiqué l’opposition ce dimanche. Selon lui, la gauche politique cherche à cacher la réalité des faits plutôt qu’à collaborer à une enquête transparente. 

Lors d’une déclaration publique, Kallner a dénoncé la décision des partis d’opposition de ne pas prendre part aux débats de la commission de la Constitution sur sa proposition de loi, qualifiant cette posture d’« évitement peureux de la vérité ».
Pour lui, refuser de participer revient à chercher à étouffer les questions centrales liées à la préparation et aux décisions stratégiques qui ont précédé l’attaque et ses conséquences dramatiques pour la sécurité israélienne. 

Un projet de commission nationaliste plutôt qu’une commission d’État

La proposition de Kallner vise à établir une Commission d’enquête nationale-étatique constituée de six membres nommés par consensus entre coalition et opposition. Si aucun accord n’est trouvé, la loi prévoit que le président de la Knesset puisse désigner les membres, une disposition qui est au cœur du rejet de l’opposition. 

Cette initiative s’inscrit dans un débat politique plus large sur la meilleure manière d’enquêter sur les défaillances de l’État israélien avant et après le 7 octobre. Contrairement à une commission d’État indépendante — dont les membres seraient traditionnellement nommés par le président de la Cour suprême, actuellement le juge Yitzhak Amit —, le projet de Kallner met l’accent sur une forme de contrôle parlementaire partagé, censée, selon ses partisans, renforcer la légitimité démocratique de l’enquête. 

Opposition et familles des victimes : « une manœuvre dilatoire »

Les chefs des partis d’opposition, notamment Yair Lapid (Yesh Atid), ont clairement indiqué qu’ils refusent de collaborer à cette commission, jugeant qu’elle ne sera ni indépendante ni crédible tant que sa composition et son mandat restent sous contrôle politique.

Lapid a qualifié le projet de « comité de camouflage », destiné à épargner les responsables politiques plutôt qu’à faire la lumière. 

Parallèlement, un collectif de familles de victimes du 7 octobre, connu sous le nom de « Conseil d’octobre », a organisé ce qui a été décrit comme une « semaine de colère », multipliant les pressions pour l’établissement d’une commission d’État indépendante dotée de pouvoirs d’investigation étendus.

Ces familles accusent le gouvernement de vouloir éviter la responsabilité politique et de refuser une enquête véritablement exhaustive. 

Contexte politique et enjeux juridiques

La controverse autour de cette proposition de loi s’inscrit dans un contexte politique plus large en Israël, marqué par des tensions croissantes entre les institutions judiciaires et l’exécutif. L’opposition considère que limiter l’enquête à une commission parlementaire risque d’aboutir à un processus politisé, qui pourrait produire des conclusions partisanes et diluer la vérité historique des événements. 

À l’inverse, les défenseurs du projet affirment qu’une commission désignée par consensus parlementaire, avec la participation d’experts en sécurité, droit et politique, ainsi que des observateurs issus des familles des victimes, pourrait offrir une approche plus représentative et moins bureaucratique qu’une commission étatique classique. 

Avant-projet et état de la législation

Le texte de loi, présenté en lecture préliminaire à la Knesset fin décembre 2025, a été adopté avec une majorité relative, mais reste loin d’obtenir une adhésion trans partisane claire. Selon des sources parlementaires, des débats supplémentaires sont attendus dans les commissions spécialisées avant de revenir en plénière pour les secondes et troisièmes lectures nécessaires à son adoption finale. 

Contrairement à certaines institutions d’enquête historiques — comme la Commission Turkel, mise en place en 2010 pour examiner la flottille de Gaza et critiquée pour son manque d’indépendance par des observateurs internationaux — ce nouveau projet se veut plus inclusif mais reste hautement contesté. 

Ce qui est en jeu

Au-delà des affrontements partisans, la question de l’enquête sur le 7 octobre engage des enjeux fondamentaux :

la crédibilité des institutions israéliennes, la capacité de l’État à assumer ses échecs, le rôle du judiciaire dans le contrôle du pouvoir politique, et surtout le devoir de vérité envers les victimes, les otages et l’ensemble de la société israélienne.

Derrière le débat sur la forme de la commission se joue une interrogation plus profonde : s’agit-il de comprendre les mécanismes d’un effondrement sécuritaire historique, ou de déterminer, rapidement, des responsabilités politiques à assumer — ou à éviter.

Rembrandt (2025) : le film qui ose rappeler à l’homme ce mot disparu, l’humilité -vidéo-

Rembrandt (2025) : le film qui ose rappeler à l’homme ce mot disparu, l’humilité -vidéo-

Rembrandt (2025) : un film mal noté, mais un miroir brutal de notre époque

Disons-le d’emblée, et honnêtement : je n’ai pas trouvé de sources solides confirmant l’ensemble des éléments factuels du film tels qu’ils circulent — ni sur un consensus critique précis, ni sur certaines interprétations scientifiques avancées.
Ce que je peux faire, en revanche, et que le film mérite, c’est une lecture intellectuelle et symbolique rigoureuse, à partir de ce qu’il raconte réellement et de ce qu’il provoque.

Car Rembrandt n’est pas un film confortable. Et c’est sans doute pour cela qu’il est mal noté.

Le cœur du film n’est ni l’art, ni la science, ni même le nucléaire. Son vrai sujet est la disparition d’un mot. Un mot que notre société a relégué au rang de naïveté suspecte : l’humilité.

La perte d’un monde intérieur

Depuis l’industrialisation — disons depuis le moment où l’homme a confondu progrès et domination — notre rapport au réel s’est déformé. Nous avons remplacé la contemplation par la performance, la transmission par la compétition, le silence par le bruit, et l’intelligence par l’arrogance.

Le film met cela en scène sans discours militant, mais par collision.

La protagoniste, incarnée par Camille Cottin, est une scientifique rationnelle, façonnée par vingt-cinq ans passés dans l’industrie nucléaire française. Elle n’est ni cynique ni mauvaise : elle est efficace. Et c’est précisément le problème.

Elle a appris à penser le monde en termes de maîtrise, de calcul, de rendement, de contrôle du risque. Elle vit dans un univers où l’on mesure tout — sauf ce qui compte.

Trois tableaux, une fissure

La scène centrale du film, celle du musée, est le point de bascule. Face à trois tableaux de Rembrandt, il ne se passe objectivement rien. Pas d’effet spécial. Pas de musique grandiloquente.

Et pourtant, tout s’effondre.

Rembrandt, c’est exactement l’inverse de notre modernité :

– il peint la fragilité sans la corriger,

– l’ombre sans la supprimer,

– l’homme sans le flatter.

Ce que la scientifique reçoit à cet instant n’est pas une information, mais une expérience intérieure. Une secousse bien plus violente, le film le suggère avec justesse, que n’importe quelle exposition aux radiations. Car la radiation physique détruit le corps ; la révélation, elle, détruit les certitudes.

Deux mondes irréconciliables

Le film montre alors une rupture nette : d’un côté, le monde ancien, lent, humble, attentif à la création ; de l’autre, le monde moderne, pressé, conquérant, persuadé que tout peut être corrigé, optimisé, dominé.

La protagoniste comprend qu’elle a servi un système qui ne sait plus s’arrêter.
Pas par malveillance, mais par incapacité à reconnaître ses limites. Le nucléaire devient ici un symbole, non un simple sujet technique : celui d’une humanité qui joue avec des forces qu’elle ne comprend qu’en surface.

Les vagues scélérates : symptôme ou métaphore ?

Le film évoque les vagues scélérates comme un signal d’alarme, un message adressé à l’humanité. Soyons clairs : le lien direct entre nucléaire civil et vagues scélérates n’est pas établi scientifiquement de manière consensuelle.

Ces vagues incarnent autre chose : la réponse imprévisible de la nature à l’hubris humaine. Non pas une vengeance, mais un rappel. La nature ne négocie pas. Elle corrige.

Pourquoi le film dérange

Ce qui rend le film profondément dérangeant, et sans doute mal compris, c’est qu’il ne propose aucune solution confortable. Il ne prêche ni retour à la bougie ni manifeste écologique simpliste.
Il pose une question autrement plus inconfortable : avons-nous perdu la capacité d’être humbles devant ce que nous ne maîtrisons pas ? Avons-nous confondu intelligence et domination, savoir et toute-puissance ?

Rembrandt exige du spectateur ce que notre époque refuse presque systématiquement : le ralentissement, l’acceptation du silence, la reconnaissance de la fragilité comme valeur.
Ce n’est pas un film aimable.

C’est une œuvre exigeante, presque austère, mais d’une justesse rare. Une pépite pour ceux qui acceptent de regarder ce que nous avons sacrifié sur l’autel du progrès.
Et de se demander, sans arrogance cette fois, ce que nous avons réellement gagné.