Crèche de l'horreur à Ariel : trois femmes accusées de plus de 400 sévices sur 17 bébés

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Crèche de l'horreur à Ariel : trois femmes accusées de plus de 400 sévices sur 17 bébés

Par Claudine Douillet

Étranglés jusqu'à l'étourdissement, ligotés dans des couvertures, gavés de force, enfermés dans le noir. Le parquet israélien a déposé dimanche 8 novembre un acte d'accusation contre la directrice de la crèche privée « Loutchik » d'Ariel, en Samarie, et deux de ses employées. Elles sont accusées de plus de 400 actes de violence et de maltraitance sur 17 bébés et tout-petits âgés de six mois à trois ans.

Un acte d'accusation hors norme

Le document compte une centaine de pages et a été déposé devant le tribunal de district Centre-Lod. Il vise Natalia Kisselevsky, 37 ans, propriétaire et directrice de la crèche, qui habite Netanya, ainsi que deux employées vivant à Ariel : Darina « Dasha » Khaloufa, 37 ans, et Anna Pegelsky, 40 ans. Elles sont poursuivies pour maltraitance de mineurs sans défense par une personne responsable, pour agression ayant causé des blessures réelles et pour agression en circonstances aggravantes.

D'après l'acte d'accusation, les faits se sont déroulés entre le 1er septembre et le 20 octobre 2026. À cause des chabbats et des fêtes de Tichri, cela représente à peine plus de vingt jours d'ouverture. La crèche, installée dans un appartement, accueillait 29 enfants répartis en deux groupes. Les deux employées s'occupaient des plus petits, de six mois à un an et demi. Selon la police, plus les bébés étaient jeunes, plus ils subissaient de violences.

Trois « méthodes » de punition

Le parquet décrit un véritable système de punition, organisé autour de trois pratiques. La première consistait à bloquer la respiration des enfants avec la main, du papier ou un tissu, en leur tenant la nuque, puis à les secouer et à les plaquer contre les matelas. Selon l'acte d'accusation, les accusées continuaient alors que les tout-petits devenaient rouges et suffoquaient, au point que certains perdaient leurs repères et leur équilibre.

La deuxième méthode associait ligotage et gavage. Les enfants étaient enroulés dans des draps ou des couvertures, les bras plaqués contre le corps, puis couchés sur le ventre. Au moment des repas, les accusées leur renversaient la tête en arrière, leur forçaient la mâchoire pour y enfoncer la purée, puis leur essuyaient brutalement le visage. La troisième consistait à enfermer les enfants seuls, sans surveillance, dans une pièce fermée et obscure pendant de longues périodes, malgré leurs pleurs et leurs tentatives pour sortir.

Des enfants témoins de la violence

L'acte d'accusation retient aussi la maltraitance psychologique. Les violences se déroulaient souvent devant les autres enfants. Le parquet note que certains réagissaient en pleurant ou en s'approchant du petit qui venait d'être frappé.

La directrice n'est pas seulement accusée de ne pas être intervenue. Elle aurait elle-même commis certaines agressions, assisté à d'autres et caché la situation aux parents. Le 29 septembre, par exemple, elle aurait ligoté un enfant dans des couvertures avec l'aide de Darina Khaloufa.

La peur des caméras

Huit caméras de surveillance ont filmé l'essentiel des faits. Les enquêteurs ont visionné plus de 2 400 heures d'images. Les messages échangés entre les accusées montrent qu'elles savaient ce qu'elles risquaient. L'une écrit que les parents « vont nous manger », une autre s'inquiète que la vérification des caméras les empêche de travailler le lendemain.

Quelques minutes après l'arrivée d'un policier venu saisir les caméras, la directrice et Darina Khaloufa ont échangé sur WhatsApp à propos de l'effacement de la mémoire du système. L'acte d'accusation ne dit pas que des images ont réellement été supprimées.

Une « éducation soviétique »

Pendant leurs interrogatoires, les suspectes ont présenté ces pratiques comme une méthode éducative, qu'elles ont qualifiée notamment d'« éducation soviétique », selon la chaîne i24NEWS. Elles auraient expliqué s'être transmis la méthode entre elles. Selon Israel Hayom, l'une d'elles a affirmé face aux vidéos que « c'est la procédure » de la crèche.

Une intervenante à l'origine de l'enquête

Le scandale a éclaté en octobre. Une intervenante venue à la crèche a remarqué un comportement anormal du personnel envers les enfants et a porté plainte au commissariat d'Ariel. Une équipe d'enquête spéciale, réunissant l'unité de lutte contre la criminalité de Samarie et le commissariat d'Ariel, a pris le dossier en main. Les trois femmes ont été arrêtées le 20 octobre et la crèche a été fermée.

Des parents dévastés

L'ancien député Oren Hazan, dont deux enfants fréquentaient la crèche, a décrit dans Ynet des enfants ligotés aux mains et aux pieds, le visage couvert, cognés contre les murs et le sol. Selon lui, la direction envoyait aux parents la photo d'un enfant blessé à la tête ou au cou avec un message rassurant expliquant qu'il était simplement tombé. Il a qualifié l'établissement, très demandé, de « demeure de Satan ».

Une mère, dont le fils d'un an et demi n'a passé que 26 jours dans la crèche, a raconté à Ynet qu'il se réveille désormais en hurlant une quinzaine de fois par nuit et refuse de dormir dans une pièce vide. « J'ai récupéré un enfant post-traumatique », dit-elle. Dimanche, des dizaines de parents assistaient à l'audience à Lod, et beaucoup ont fondu en larmes à la lecture des faits.

Le parquet réclame la détention jusqu'au procès

Le procureur Yehonatan Ayalon-Hirsch, du parquet du district Centre, a demandé que les trois accusées restent en détention jusqu'à la fin de la procédure. Il invoque leur « dangerosité élevée », la fréquence des actes, le très jeune âge des victimes et la trahison systématique de la confiance des parents. Il a parlé devant la presse du cas le plus grave qu'Israël ait connu en matière de violences contre des tout-petits.

Le ministre de l'Éducation Yoav Kisch et le maire d'Ariel Yair Shetbon ont rencontré les familles. La municipalité prépare l'ouverture d'une nouvelle crèche pour accueillir les enfants qui n'ont plus de mode de garde.

Une série noire dans les crèches israéliennes

Cette affaire s'ajoute à une liste déjà longue. En janvier, deux bébés sont morts dans une crèche sans autorisation à Jérusalem. En septembre, une auxiliaire de Netanya a été condamnée à sept ans de prison pour des violences sur des nourrissons. En août, trois employées d'une crèche de Tel-Aviv ont été inculpées. À chaque fois, la même question revient : qui contrôle vraiment les crèches privées où l'État confie ses plus jeunes enfants ?

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