Israël : comment les femmes ultra-orthodoxes bouleversent l’économie de la high-tech

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Israël : comment les femmes ultra-orthodoxes bouleversent l’économie de la high-tech

Du séminaire à la Silicon Wadi : une révolution silencieuse

Longtemps cantonnées à des parcours professionnels traditionnels – enseignement, gestion de crèches, secrétariat –, les femmes du monde haredi en Israël sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses à s’engager dans une trajectoire rarement envisagée : celle des technologies de pointe. Dans les bureaux modernes d’une entreprise au cœur de Bnei Brak, les profils se multiplient, claviers en main, comme autant de preuves d’une transformation sociale profonde. 

Une jeune femme confie : « Je pensais devenir enseignante ou éducatrice », avant d’expliquer comment une formation en technologies a ouvert pour elle des opportunités professionnelles jusque-là inaccessibles à beaucoup de femmes de sa communauté. 

Kama-Tech : l’architecte de la percée haredi

L’organisation Kama-Tech, fondée par des entrepreneurs haredi, se positionne en acteur central de ce changement. Elle accompagne des candidats issus de la communauté ultra-orthodoxe vers des carrières dans la technologie, en collaboration avec plus de 80 entreprises du secteur, tout en facilitant des formations, des ateliers, des stages et des rencontres avec des mentors de l’écosystème tech israélien. 

Son co-fondateur raconte comment, parti d’une simple ambition de créer un « pont » entre le monde haredi et la haute technologie, il a transformé cette idée en un dispositif concret d’intégration professionnelle. 

Un nombre croissant mais encore minoritaire

Selon le rapport Women in High-Tech 2025, les femmes représentent environ 36 % des effectifs du secteur tech en Israël, mais leur présence dans des postes techniques ou de R&D reste limitée.  Dans l’ensemble de l’industrie, la croissance de l’emploi des femmes persiste, mais lentement, et leur représentation dans les postes à haute valeur ajoutée reste en deçà de celle de leurs homologues masculins. 

Pour les femmes haredi, les défis sont doubles : elles doivent surmonter à la fois les obstacles socioculturels internes à leur communauté et les barrières structurelles du marché du travail technologique. Toutefois, la dynamique observée ces dernières années témoigne d’un changement significatif dans la perception de ces carrières. 

Des formations adaptées pour compenser l’absence de cursus universitaire

Un des principaux obstacles à l’accès à des postes avancés est l’absence, dans la trajectoire éducative haredi classique, de cursus universitaires formels en informatique ou en ingénierie. En réponse, des programmes spécialisés, tels que ceux proposés par Kama-Tech, combinent des formations techniques intensives à des modules de compétences professionnelles permettant aux candidates d’acquérir des compétences proches de celles d’un diplômé universitaire. 

Ces formations comportent souvent des heures supplémentaires par rapport aux programmes traditionnels, créant une équivalence pratique au diplôme académique tout en respectant les normes socioculturelles de la communauté. 

Témoignages inspirants : concilier identité et carrière

Dans les salles de formation et les couloirs des entreprises, les participantes racontent les ajustements personnels qu’elles ont dû opérer. Yaal, une des pionnières de l’intégration féminine haredi dans le tech, explique qu’il s’agit non pas d’un reniement de ses valeurs, mais d’une adaptation respectueuse de son identité tout en gagnant sa place dans un environnement professionnel exigeant. 

Elle insiste sur la nécessité de maintenir la barrière sociale et religieuse dans certaines interactions, tout en faisant preuve d’excellence dans l’exécution de ses tâches. 

Impact sur l’économie et la société israélienne

L’intégration des femmes haredi dans la haute technologie n’est pas seulement une histoire individuelle : elle répond aussi à des défis macroéconomiques. Alors que la communauté haredi représente près de 13,6 % de la population israélienne et continue de croître rapidement, son taux d’emploi global, bien que élevé chez les femmes (autour de 80 %), demeure insuffisant dans les secteurs à haute valeur ajoutée. 

La participation accrue des haredi à des emplois technologiques contribue non seulement à réduire l’écart entre leur représentation démographique et leur présence dans les secteurs porteurs, mais elle renforce aussi la cohésion sociale en ouvrant des portes vers des environnements professionnels diversifiés et stratégiques pour l’économie nationale. 

Les nouvelles frontières de l’intégration

Des données plus récentes montrent que des femmes haredi travaillent désormais dans des domaines technologiques avancés liés à la défense et à la sécurité nationale, notamment au sein de divisions R&D de grandes entreprises comme Elbit Systems, Rafael ou Israel Aerospace Industries. Certaines occupent des postes hautement techniques, y compris au service de projets classifiés, ce qui illustre l’ampleur de leur intégration progressive dans des niches jusque-là fermées aux profils ultra-orthodoxes. 

Ce tournant s’accompagne de nouvelles initiatives éducatives ciblées, telles que des programmes « Ultra-Code » dédiés à l’enseignement des sciences informatiques aux jeunes femmes haredi, qui visent à augmenter encore le flux de talents vers les carrières technologiques. 

Enjeux et perspectives

Malgré ces progrès, la représentation des femmes dans les postes de direction ou de création d’entreprise reste faible dans l’ensemble du secteur tech israélien, avec seulement environ 17 % des postes de leadership occupés par des femmes et 10 % des CEO de startups féminines, un chiffre global qui recoupe aussi les données concernant les haredi. 

L’enjeu pour l’avenir sera d’élargir encore l’accès à ces niveaux de responsabilité, en développant des réseaux de mentorat, des programmes de leadership et des politiques inclusives dans les grandes entreprises technologiques.

L’entrée croissante des femmes haredi dans le secteur de la haute technologie en Israël illustre une transformation profonde à la croisée des dynamiques sociales, économiques et culturelles. Elle résulte d’efforts dédiés – portés par des organisations comme Kama-Tech – mais aussi d’un mouvement plus large vers l’intégration professionnelle d’un segment de la population longtemps marginalisé dans les sphères innovantes.

L’impact de cette révolution silencieuse dépasse les frontières communautaires, renforçant la compétitivité de l’économie israélienne tout en redéfinissant les trajectoires possibles pour des milliers de femmes. 

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