Quand le Rabbi a dit non au Prix Israël : la Torah avant l’État, sans compromis

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Quand le Rabbi a dit non au Prix Israël : la Torah avant l’État, sans compromis

Quand le Rabbi fit refuser la plus haute distinction d’Israël

Dans l’histoire contemporaine du judaïsme, rares sont les épisodes qui ont provoqué autant d’incompréhension que l’absence de Rav Adin Steinsaltz lors de la remise du Prix Israël en 1988.

Cette chaise vide, devant les plus hautes autorités de l’État, n’était pas un simple incident protocolaire. Elle révélait, de manière brutale, la position du Rabbi de Loubavitch sur l’État d’Israël : une position souvent caricaturée, presque toujours mal comprise.

Cette année-là, l’État d’Israël décide d’honorer Rav Adin Steinsaltz pour son œuvre monumentale : le Talmud Steinsaltz, entreprise intellectuelle sans précédent qui rend l’étude de la Guemara accessible à un public large, bien au-delà des cercles d’érudits traditionnels.

La distinction suprême, le Prix Israël, devait être remise lors de la cérémonie officielle de Yom Haatsmaout, au mont Herzl, en présence du président de l’État, du Premier ministre, du président de la Knesset et du président de la Cour suprême.

Mais au moment où la cérémonie commence, le lauréat est introuvable.
Rav Steinsaltz n’est pas en Israël. Son absence déclenche une onde de choc politique et médiatique immédiate. Très vite, une question s’impose : comment un intellectuel de cette stature peut-il manquer volontairement l’instant le plus solennel de sa reconnaissance nationale ?

La réponse se trouve à New York, puis à Brooklyn, dans le bureau du Menachem Mendel Schneerson.

Une décision prise à la source

Hassid fidèle de Habad, Rav Steinsaltz n’a jamais agi indépendamment des directives du Rabbi lorsqu’une décision engageait un enjeu symbolique majeur.
Avant d’accepter le Prix Israël, il consulta donc le Rabbi. La réponse fut sans ambiguïté : il ne devait pas être présent à la cérémonie.

Ce refus ne visait ni l’œuvre, ni son auteur, ni même la reconnaissance intellectuelle en tant que telle. Il portait sur le cadre : une distinction étatique, remise publiquement lors de la fête nationale, incarnant la légitimation officielle de l’État comme instance de consécration spirituelle.

Pour le Rabbi, cette confusion était inacceptable.

Non-sioniste, mais pas anti-Israël

C’est ici que naît la contradiction apparente, celle qui continue d’alimenter les malentendus jusqu’à aujourd’hui.
Le Rabbi de Loubavitch n’était pas sioniste au sens idéologique du terme.
Il ne considérait pas l’État moderne comme l’aboutissement spirituel de l’histoire juive, ni comme une étape rédemptrice. Sur ce point, il s’inscrivait dans une tradition orthodoxe ancienne, prudente, parfois méfiante vis-à-vis de toute sacralisation du politique.

Mais confondre cette position avec une hostilité à Israël est une erreur grossière.

Le Rabbi n’a jamais nié le droit du peuple juif à vivre sur sa terre, ni minimisé l’importance vitale de la sécurité d’Israël. Il s’est exprimé à de multiples reprises contre les concessions territoriales mettant des vies juives en danger, a soutenu sans ambiguïté la défense d’Israël, et insisté sur la responsabilité morale et sécuritaire de l’État envers ses citoyens.

La ligne de fracture n’était donc pas entre « contre Israël » et « pour Israël », mais entre sionisme politique et responsabilité juive.

Il n’a jamais été contre l’existence de l’État d’Israël.,au contraire.
Il affirmait même qu’Israël bénéficiait d’une protection particulière tant qu’il assumait sa responsabilité morale et sécuritaire.

La différence est essentielle :

il refusait de sacraliser l’État, pas de protéger le peuple.

Le refus de la reconnaissance étatique

Aux yeux du Rabbi, accepter un Prix Israël ne revenait pas simplement à honorer une œuvre. Cela signifiait reconnaître à l’État le pouvoir de consacrer ce qui relève de la Torah.
Or, pour lui, la Torah ne tire sa légitimité ni d’un gouvernement, ni d’une institution nationale, fût-elle juive.
Elle précède l’État, le dépasse, et ne peut être intégrée dans un récit de réussite nationale.

C’est cette logique qui explique l’absence de Rav Steinsaltz à Jérusalem, tandis qu’il se trouvait aux États-Unis pour des missions liées aux communautés juives et à l’émigration des Juifs soviétiques.
Une absence vécue en Israël comme un affront, mais conçue, du point de vue du Rabbi, comme un acte de cohérence spirituelle.

Une absence plus parlante qu’un discours

Cette chaise vide fit plus de bruit que n’importe quel discours de remerciement.
Elle exposa publiquement une tension rarement formulée aussi clairement : celle entre un État juif cherchant à inscrire la Torah dans son récit national, et une vision religieuse refusant que le spirituel soit validé par le politique.

Le Rabbi n’a pas refusé le Prix Israël pour lui-même.

Il a fait refuser, par Rav Adin Steinsaltz, le principe même d’une consécration étatique de la Torah.

La contradiction n’est donc qu’apparente. Elle disparaît dès que l’on comprend ceci : on peut défendre Israël sans sacraliser l’État, aimer la terre sans absolutiser le pouvoir, et servir le peuple juif sans accepter que la Torah devienne un symbole national parmi d’autres.

La contradiction n’est donc pas dans le Rabbi.

Elle est dans notre lecture contemporaine, trop rapide, trop politique, incapable d’accepter qu’on puisse aimer Israël sans idolâtrer l’État, et défendre la vie juive sans transformer le spirituel en outil de légitimation nationale.

Pour le Rabbi, un honneur étatique transforme une mission spirituelle en réussite politique.
Or il combattait précisément cette confusion. Il refusait les distinctions personnelles, qu’elles viennent d’Israël ou d’ailleurs, convaincu que l’action juive ne doit jamais être motivée par la reconnaissance, la visibilité ou le prestige.

C’est cette ligne de crête, exigeante et inconfortable, que le Rabbi a maintenue jusqu’au bout.

L’épisode du prix que le Rabbi n’a pas accepté n’est pas une simple anecdote.
Il illustre une tension profonde dans le judaïsme moderne entre une vision spirituelle messianique et les réalités d’un État politique.

Pour le Rabbi, un honneur institutionnel ne peut jamais remplacer ce qu’il considérait comme l’essentiel : la connexion individuelle à la Torah, l’attente de la Délivrance et la transformation intérieure du peuple juif.

La contradiction apparente n’est donc qu’apparente : elle disparaît dès que l’on replace le geste dans le cadre plus vaste de sa vision théologique et de la place centrale qu’il accordait à la mission juive spirituelle plutôt qu’à la reconnaissance politique.

D'après un article de Hassidout 

 

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