Arthur Essebag, le Bédouin qu’il a perdu, et celui qu’il est devenu

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Arthur Essebag, le Bédouin qu’il a perdu, et celui qu’il est devenu

J’ai perdu un Bédouin dans Paris : quand Arthur perd un homme, puis se perd lui-même

Un livre né d’un 7 octobre qui ne finit pas

Un livre qui ne cherche ni l’applaudissement ni la pitié, mais la vérité nue d’un homme face à l’Histoire

Difficile de parler de J’ai perdu un Bédouin à Paris sans tomber dans les clichés du bouleversement. Pourtant, ce livre l’est, bouleversant, mais d’une autre manière : sans pathos, sans pose. Arthur Essebag, que beaucoup connaissent comme animateur, producteur, homme d’affaires, y apparaît ici dans une lumière radicalement différente : celle d’un homme qui, le 7 octobre, a vu sa vie se briser puis se reconstruire sur d’autres fondations.

À travers ses voyages en Israël, ses allers-retours sous les missiles, ses rencontres avec les familles d’otages, il ne se met pas seulement en scène : il se met en jeu. On y lit la colère, la peur, l’impuissance, mais aussi cette décision brutale de dire enfin “je” et “juif” – et d’en assumer les conséquences publiques.

Pendant que lui vivait sous protection, menacé de mort pour avoir défendu les otages et Israël, je retrouve dans son récit ce qui a traversé une partie de notre communauté : la haine déversée sur les réseaux sociaux, les messages de menaces qui dorment dans les spams jusqu’au jour où on tombe dessus par hasard. Je pense à ceux reçus pour Alliance.
Lui, il vit désormais entouré de gardes du corps, “un enfer” comme il le dit sur RTL, mais il continue de parler.

Sa formule pourrait être la devise du livre : “je pense, donc je fais”.

Le Bédouin perdu : un père d’otage égaré dans Paris

Le titre n’est pas une trouvaille marketing. Il vient d’une scène très concrète, presque triviale, mais qui prend une force sidérante dans le contexte du 7 octobre.

Ce soir-là, à Paris, au détour d’un dîner organisé chez lui, Arthur vit un moment inattendu, presque burlesque, qui donnera son titre au livre. Un père bédouin israélien, dont le fils a été enlevé le 7 octobre, se perd quelques instants dans la capitale. Rien de grave, juste un court moment de flottement, d’humanité et de rires, au milieu d’une soirée chargée d’émotion.

Mais derrière cette anecdote, Arthur perçoit autre chose : une mise en miroir.
Ce Bédouin égaré, c’est lui aussi. Lui, l’homme né au Maroc, devenu star du divertissement français, qui soudain se sent étranger parmi les siens. Comme si le 7 octobre l’avait ramené à sa propre périphérie, à ce sentiment d’être de partout et de nulle part, juif et oriental, parisien et bledard.

Le titre du livre naît ainsi de ce double reflet : la perte passagère d’un homme, et la découverte d’une autre — celle de soi-même.

Les coquelicots de la mémoire : une révélation mystique

Sa première action après le 7 octobre, Arthur l’a voulue artistique. Il a organisé une exposition intitulée I Don’t Want to Forget — un cri de refus contre l’oubli. Parmi les œuvres exposées, un tableau s’est imposé comme un symbole : les coquelicots.

Michal Rovner, l’artiste israélienne de renommée mondiale, dont l’installation de coquelicots en mouvement est devenue l’emblème de cette exposition et de la place des otage à Tel-Aviv.
Ces coquelicots qui bougent, frémissent, respirent, comme des âmes refusant l’effacement. Une œuvre remarquable, d’une beauté silencieuse, où la mémoire devient vivante.

Le coquelicot, fragile et rouge sang, pousse souvent sur les champs meurtris, là où la terre a bu le sang des hommes. Et ce n’est pas une métaphore : le champ de Nova, théâtre de la tuerie, s’est littéralement recouvert de coquelicots quelques mois après le massacre. Une vision presque biblique.

Le livre raconte aussi ce moment troublant où Arthur se rend à Londres voir un artiste qui, depuis toujours, peint des visages sans yeux, sans traits, des silhouettes anonymes. On reconnaît là l’univers de Gideon Rubin, peintre israélien installé à Londres, célèbre pour ses portraits sans visage, qui sont comme des souvenirs à moitié effacés.

Et voici que Rubin – lui qui remplissait ses toiles de personnages sans traits – se met, après le 7 octobre, à peindre lui aussi des coquelicots !

Un témoignage plus qu’un chef-d’œuvre, mais impossible à balayer

Littérairement, ce n’est pas le “livre du siècle”. Certaines pages sont plus parlées qu’écrites, certains passages sentent l’urgence plus que le travail. Mais c’est aussi sa force : ce n’est pas un texte poli pour faire joli en librairie, c’est un document d’époque.

On pourra reprocher à Arthur de parler beaucoup de lui, de ses rencontres, de ses accès aux puissants, de son entretien avec Macron, de sa visibilité médiatique – bref, de rester parfois “Arthur” même quand il voudrait n’être que Jacques Essebag.

Mais ce serait manquer le point : il écrit depuis ce lieu-là, celui d’une célébrité juive française qui découvre que sa notoriété ne le protège de rien et peut même l’exposer davantage.

Ce livre  vaut, surtout, pour cette image centrale : un père bédouin venu supplier pour son enfant otage, perdu un instant dans la grande ville, et retrouvé.
À partir de là, Arthur comprend qu’il a lui aussi perdu quelque chose de plus profond : sa naïveté sur la France, son confort, sa place de simple amuseur public.

Il ressort de ce livre une impression d’humanité nue, parfois maladroite, mais désarmante. Celle d’un homme qui, pour la première fois, écrit sans chercher à plaire.

Menacé pour avoir défendu Israël et les otages, Arthur écrit depuis la faille — entre peur et courage, silence et parole.
Car ce jour maudit n’a pas seulement divisé : il a, paradoxalement, relié les Juifs du monde entier. La haine déversée a produit son contraire : un lien, une fraternité, une clarté nouvelle sur qui nous sommes et pourquoi nous tenons debout, nous Juifs du monde.

J’ai perdu un Bédouin dans Paris n’est pas un chef-d’œuvre littéraire, mais un texte sincère, brut, nécessaire.

Un livre écrit sans masque, où un homme célèbre découvre sa propre fragilité — et, dans le tumulte, la force du peuple auquel il appartient.

 

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