Livre : Le Cas Philomène- elles avaient l’élégance du bonheur et la fatigue du naufrage

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Livre : Le Cas Philomène- elles avaient l’élégance du bonheur et la fatigue du naufrage
Nouveauté Roman

Le Cas Philomène Paris, cinq amies, et les failles qu'on ne voit pas

 Yohan Perez & Géraldine Claudel · Éditions Fayard, 2026

On pourrait croire, en feuilletant les premières pages du Cas Philomène, qu'on entre dans un Paris de carte postale les terrasses sur les quais de Seine, les rires qui débordent, une bande d'amies soudées depuis la fac, lumineuses et légères comme un jeudi d'anniversaire. Philomène reçoit ses messages WhatsApp, Charlotte récupère ses enfants au volant d'une Porsche Cayenne qu'elle déteste, Isabelle crie dans son téléphone depuis l'antenne d'une radio tout semble presque cinématographique, presque parfait.

C'est précisément là que Géraldine Claudel et Yohan Perez posent leur piège.
Sous la surface chaleureuse et lumineuse de cette amitié à cinq se nichent des secrets inavouables, des blessures silencieuses, des fractures que personne n'ose nommer.
Le Cas Philomène n'est pas un roman sur la chute c'est un roman sur ce qui vient après, sur la manière dont on réapprend à vivre avec ses propres fissures.

« Il existe des silences qui protègent, des secrets qui rapprochent, et des vérités que seuls l'amour et l'amitié savent entendre sans bruit. »

Publié aux éditions Fayard en 2026, ce roman co-écrit est une œuvre de reconstruction  intime, drôle, sensible portée par une écriture à deux voix qui se complètent sans jamais se noyer l'une dans l'autre. Une réussite rare, et un livre qui se referme en vous laissant quelque chose.

Entretien exclusif

Yohan Perez :
« Ce qui est cassé puis réparé devient souvent plus vivant »

Claudine Douillet - En lisant juste la couverture, on cherche immédiatement la femme… et on trouve son nom, Géraldine Claudel . Un livre sur ldéveloppement personnel ?

Yohan Perez - Le Cas Philomène n'est pas un livre de développement personnel au sens classique. Je n'avais pas envie d'écrire un manuel qui explique comment vivre. J'avais envie de raconter des êtres humains. Des gens cabossés, drôles, sensibles, qui avancent avec leurs blessures, leurs contradictions et leurs secrets.

Il y a quelque chose qui me touche beaucoup dans l'idée du Tikoun Olam, cette notion de réparation. On traverse tous des cassures dans une vie : une histoire d'amour, une famille, une amitié, une confiance perdue, parfois même une image de soi. Et ce qui m'intéresse, ce n'est pas la chute. C'est la manière dont on réapprend à vivre après.

Dans le livre, cette bande d'amis semble très lumineuse de l'extérieur. Et puis il y a Paris la plus belle ville du monde les cafés, les discussions, les rires, une forme de légèreté presque cinématographique autour du cas Philomène. Mais derrière cette façade chaleureuse, chacun porte quelque chose d'inavouable. Et peu à peu, la vie va les obliger à regarder leurs failles en face.

Je crois que les lecteurs s'attachent à ça : cette idée qu'on peut être perdu et continuer malgré tout à aimer, rire, espérer. Le roman parle de reconstruction sans jamais oublier la tendresse. Même dans les moments les plus fragiles, il y a toujours une lumière quelque part.

Et au fond, Philomène est peut-être justement ça : la part de nous-mêmes qu'on cherche à réparer.

Claudine Douillet - Pourquoi vous, Yohan Perez  connu pour des livres mystères comme Le Code d'Esther avez-vous co-écrit ce livre ?

Yohan Perez - Depuis toujours, j'aime cette idée de coécriture. J'aime le fait de mélanger les univers, les sensibilités, les vécus. Ça me rappelle beaucoup l'étude des textes dans le Talmud : personne ne détient une vérité absolue, tout se construit dans l'échange, dans la confrontation douce des points de vue, dans les expériences de vie que chacun apporte autour de la table.

La coécriture m'a énormément apporté humainement. J'ai écrit avec des personnes que je n'avais parfois jamais rencontrées physiquement, et je trouve ça fascinant.
Avec Géraldine, c'est exactement ce qu'il s'est passé. Je l'ai découverte à travers ses mots, à travers son blog où il y avait un univers.

L'histoire du Cas Philomène existait déjà depuis longtemps dans ma tête.
Les personnages, les grands axes, les secrets, les blessures… tout cela était déjà construit.
Mais Géraldine a apporté une couleur supplémentaire au roman.
Une sensibilité féminine, une douceur, une façon de faire respirer certaines scènes et certains personnages que je trouve très précieuse.

Et puis surtout, ce livre est nourri de toute une vie de rencontres. J'ai énormément observé les gens. Depuis des années, je collectionne des fragments de conversations, des attitudes, des douleurs cachées, des façons d'aimer, des silences aussi. Tous les personnages de Philomène existent quelque part ils sont inspirés de personnes que j'ai croisées à un moment de ma vie.

Je crois que c'est pour ça que les lecteurs ressentent quelque chose de familier dans cette bande d'amis. On a tous déjà rencontré une Isabelle ou une Philomène quelqu'un qui cache une faille derrière l'humour, quelqu'un qui fait semblant d'aller bien, quelqu'un qui attend qu'on le répare un peu sans jamais oser le demander.

Au fond, écrire, pour moi, c'est ça : prendre des morceaux de vies réelles et leur donner une mémoire commune.

CD - Quelle fracture a été réparée ?

YP - Je crois qu'il y a plusieurs fractures dans une vie. Certaines sont très visibles, d'autres beaucoup plus silencieuses. Elles peuvent être familiales, affectives, professionnelles, spirituelles… et souvent, on ne se rend même pas compte qu'on passe des années à essayer de les réparer.

Tous les livres que j'écris partent finalement de cette idée-là : des personnages cassés qui essaient de continuer à vivre. Pas des héros parfaits. Au contraire. Des gens fragiles, abîmés parfois, qui avancent avec leurs failles, leurs regrets, leurs secrets.
Et puis la vie, doucement, leur offre parfois une possibilité de reconstruction.

Je pense que ça vient beaucoup de mon propre parcours. J'ai toujours été fasciné par la capacité humaine à transformer une douleur en quelque chose de beau.
À comprendre qu'une cassure ne signifie pas forcément une fin.

Je donne souvent cette anecdote parce qu'elle résume bien ce que je ressens profondément.
Quand j'avais 13 ans, je me suis fait renverser par une voiture. À cause de cet accident, je n'ai jamais pu faire ma bar-mitsva. Pendant longtemps, cela est resté comme quelque chose d'inachevé dans ma vie, une petite fracture silencieuse.

Et puis la vie a cette manière étrange de réparer les choses au moment où on ne les attend plus. Cette année, à 54 ans, la date de la bar-mitsva de mon fils tombe exactement à la même date que celle que j'aurais dû vivre moi-même. Nous allons donc faire une double bar-mitsva ensemble.

Je trouve ça bouleversant parce que cela montre qu'il n'est jamais trop tard pour réparer quelque chose. Parfois, le temps ne détruit pas. Il reconstruit autrement.

Et au fond, c'est exactement ce que raconte Le Cas Philomène. Des êtres humains qui pensent avoir perdu une partie d'eux-mêmes et qui découvrent peu à peu que les blessures peuvent devenir des forces.

Il existe une très belle idée japonaise avec le kintsugi : lorsqu'un objet se casse, on le répare avec de l'or. Les fissures ne sont pas cachées, elles deviennent ce qui rend l'objet plus précieux. Je crois profondément à cela. Ce qui est cassé puis réparé devient souvent plus solide, plus profond, plus vivant.

CD - Racontez-nous cette rencontre avec Géraldine Claudel…

YP - Je suis toujours parti d'un principe très simple : dans la vie, c'est beaucoup plus fatigant d'être méchant que d'être gentil. Être gentil, ça coûte moins d'énergie, ça fait mieux dormir et, accessoirement, ça évite quelques rides.

Dans la tradition juive, il y a cette idée magnifique que ce qui est partagé ne diminue jamais vraiment. Quand quelqu'un réussit, on dit souvent : « Que Dieu t'en rajoute. » J'ai toujours adoré cette phrase. Parce qu'elle dit quelque chose de profond : la réussite de l'autre ne nous enlève rien. Ce n'est pas parce qu'une personne trouve sa lumière que la nôtre s'éteint.

Alors depuis des années, j'aime partager l'écriture. J'ai écrit avec des correctrices, avec des amis, avec des gens rencontrés presque par hasard. Et à chaque fois, je découvre autre chose. Une autre musique, une autre respiration, une autre façon de voir le monde.

Avec Géraldine, la rencontre s'est faite comme beaucoup de belles choses aujourd'hui : à travers les mots. J'ai découvert son univers, sa sensibilité, et je me suis dit qu'il y avait quelque chose d'intéressant à faire naître ensemble. Ça a été un vrai plaisir de partager cette page blanche avec elle.

Et puis honnêtement, même si ce n'était que pour un seul livre ce n'est pas grave. Dans la vie, les plus grandes richesses ne sont jamais matérielles. Ce sont les rencontres, les discussions à refaire le monde, les gens qui vous déplacent un peu intérieurement. Le reste, comme on dit… c'est souvent du décor.

Le judaïsme enseigne quelque chose que j'aime énormément : « Fais-toi un maître, acquiers-toi un ami. » (Pirkei Avot 1:6). Je trouve cette phrase très moderne finalement. Elle rappelle qu'on se construit toujours grâce aux autres.

Et puis la coécriture a une vertu formidable : elle casse l'ego. Quand on écrit seul, on pense parfois qu'on est un génie. Quand on écrit à deux, on découvre rapidement que l'autre a parfois une meilleure idée que vous… ce qui est très mauvais pour l'orgueil mais excellent pour le livre.

Ce qui me fait sourire aujourd'hui, c'est que les lecteurs qui connaissent mon univers me disent souvent : « On reconnaît votre patte dans certaines lignes. » Et ça me touche énormément. Parce que ça veut dire qu'on peut partager une œuvre sans perdre sa singularité.

Chaque livre est une rencontre. Avec un auteur, avec un personnage, avec un lecteur. Et parfois, les publics se croisent, les histoires se répondent, les gens se retrouvent autour d'une émotion commune. C'est ça que je trouve beau dans ce métier qui est devenu ma plus grande passion.

Bon… maintenant, après avoir partagé autant de pages, il est peut-être temps que je fasse ma « bar-mitsva littéraire » et que j'écrive bientôt un livre totalement seul. Même si, entre nous, je suis incapable de rester longtemps sans parler aux gens.

Le Cas Philomène

Géraldine Claudel & Yohan Perez

Éditions Fayard — 2026 — 496 pages

ISBN : 978-2-863-74904-3

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