Livre : Réveiller ma mère de Nathalie Ohana , une vérité douce et violente à la fois

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Livre : Réveiller ma mère de Nathalie Ohana , une vérité douce et violente à la fois

Certaines filles passent leur vie à s’éloigner de leur mère pour pouvoir exister.
Changer de langue, de monde, de codes. Réussir, s’intégrer, ne surtout pas lui ressembler.
Dans Réveiller ma mère, Nathalie Ohana raconte ce long détour avec une justesse rare.

Le récit s’ouvre dans une chambre d’hôpital, auprès d’une mère plongée dans le coma.
Là, tout se renverse. Ce que l’on croyait avoir fui réapparaît comme une évidence : la langue de l’affect ne s’efface jamais. Ni par l’instruction, ni par l’ambition, ni par l’exil intérieur.
Cette langue-là n’est pas universelle ; elle est intime, charnelle, adressée à un seul enfant, comme le lait maternel. Ce livre n’est ni une plainte ni un règlement de comptes : c’est le récit d’un retour, une révolution intérieure qui fait le tour du monde pour comprendre que l’origine n’était pas un poids, mais un point de départ.

Réveiller ma mère appartient à une catégorie rare, celle du mouvement intérieur.
Nathalie Ohana n’y écrit pas pour expliquer, encore moins pour se justifier.

Elle écrit parce qu’il y a urgence, une urgence née d’une chambre d’hôpital, d’un corps maternel immobile et d’une parole qui, soudain, ne peut plus attendre.

Le point de départ est immobile et ce qui se déploie est un long trajet, un détour de toute une vie.
Ce livre parle de toutes les filles qui ont cru qu’il fallait partir loin pour exister, quitter le monde maternel, ses gestes, sa langue, ses maladresses parfois, pour entrer dans un autre univers : celui de l’instruction, de la réussite, de l’intégration sociale, un monde plus vaste, plus reconnu, plus valorisé, censé offrir ce que la mère, étrangère, silencieuse ou trop aimante, ne pouvait transmettre.

Chez Nathalie Ohana, cette fuite n’a rien d’un rejet brutal. Elle est subtile, presque invisible. Elle passe par l’école, les livres, les bibliothèques, par l’excellence scolaire, par la langue maîtrisée mieux que celle de la maison, par ce désir ardent de ne pas appartenir au même monde.

Les livres ouvrent les portes, mais le vernis de naissance reste inaccessible.

Elle progresse sans jamais se sentir pleinement chez elle. Grandir, ici, signifie s’écarter.

Réveiller ma mère montre avec une lucidité rare que cette séparation n’efface rien : ni l’origine, ni la dette affective, ni la langue première.

Nathalie Ohana écrit une vérité que beaucoup refusent d’entendre : la langue de l’affect ne se désapprend pas. Elle ne se dissout ni dans les diplômes, ni dans la culture, ni dans la réussite sociale. Elle demeure, souterraine, intacte.

Comme le lait maternel, elle n’est pas universelle ; elle est composée pour un seul enfant. Elle nourrit ce corps-là, pas un autre. C’est un lien, et ce lien persiste même lorsque la mère se tait, même lorsqu’elle ne répond plus.

La force du livre est là, dans cette reconnaissance tardive mais implacable.
Ce que l’on a voulu éviter, ce que l’on a combattu pour ne pas lui ressembler, a en réalité conduit exactement là où il fallait revenir.

Comprendre que la fuite était nécessaire, qu’elle était même vitale, mais qu’elle n’était pas une destination.

Le monde extérieur promet beaucoup. Il donne l’illusion que l’on peut s’arracher à tout, voler plus haut, plus loin. Mais l’extérieur ne révèle jamais le secret de l’existence ; il n’offre qu’une apparence d’être.
Le cœur, lui, reste relié à un point fixe. Pour Nathalie Ohana, être auprès de sa mère ne signifie pas revenir en arrière, mais reconnaître que l’on vient de là, que l’ambition n’est pas incompatible avec la fidélité, que le plus grand exploit n’est peut-être pas de partir, mais de rester proche sans renoncer à soi.

Réveiller ma mère est une révolution intérieure au sens le plus profond, un mouvement circulaire. Nathalie Ohana a fait le tour du monde symbolique ,celui de la culture, de l’émancipation, de la réussite ,pour revenir à l’origine avec un regard neuf et s’y tenir debout. C

Cette révolution n’abolit rien : elle réconcilie.
Sans pathos, sans accusation, sans idéalisation, l’auteure explore les zones de honte, les silences, les malentendus, les maladresses affectives. Elle n’en fait ni un drame ni une leçon, mais un texte juste, qui parle à toutes les filles ayant cru devoir s’éloigner de leur mère pour exister et qui découvrent, parfois trop tard, que l’origine n’a jamais cessé de les attendre.

Ce livre n’est pas seulement un hommage, c’est une transmission : une vérité douce et violente à la fois. La mère, elle, espère toujours. Et lorsqu’on revient, intérieurement ou physiquement, on ne revient pas vaincue. On revient entière.

 

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