Ce que l’accord ne dit pas : le témoignage d’Eitan Horn ex-otage du Hamas

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Ce que l’accord ne dit pas : le témoignage d’Eitan Horn ex-otage du Hamas

« Le gouvernement a signé et accepté — mais je vis grâce au peuple » : Eitan Horn, survivant des tunnels, raconte

Ils ont passé près de deux ans dans les tunnels du Hamas, soumis à la faim, à l’obscurité permanente et à une pression psychologique méthodique.
Enlevés le 7 octobre, séparés durant les premières semaines puis détenus ensemble, les frères Horn ont fait un choix stratégique dès leur captivité : ne jamais révéler à leurs ravisseurs qu’ils étaient frères.

Une décision froide, dictée par la peur d’être utilisés l’un contre l’autre, qui a conditionné toute leur survie. Libéré après des centaines de jours sous terre, Eitan Horn raconte sans emphase ce que signifie vivre dans un système conçu pour briser les corps et les liens humains.
Sans la pression populaire, l’accord n’aurait peut-être pas existé, ou pas à ce moment-là.

Deux ans de cauchemar sous terre

Quand les femmes et les enfants ont été libérés, Eitan Horn a cru que son tour approchait. Un ravisseur lui a souri, cruel : « Ça commence maintenant. Vous n’en sortirez pas bientôt. » Il a passé près de 700 jours supplémentaires sous terre, séparé de ses frères avant d’être finalement libéré. Aujourd’hui, pour la première fois, il raconte ce qu’il a vécu avec une lucidité froide et intime, évoquant l’horreur, la fraternité, la peur et la survie. 

Le matin de l’enlèvement : terreur, incertitude, décision impossible

Le 7 octobre, alors qu’ils étaient dans leur abri, la maison tremble sous les tirs. Yair tient la porte, essayant de la maintenir face à la violence. La décision est déchirante : ouvrir ou mourir écrasés par la fusillade. Yair sort les mains en l’air pour essayer de protéger son frère cadet, Eitan, assis à côté de lui. Des hommes armés les arrachent à leur vie, l’un après l’autre. 

Pour Eitan, c’est le choc initial, puis l’absence totale d’information sur le sort de Yair. Il pense, terrifié : « Ils vont me tuer. Oui. » La mère, Ruti, envoie un message à Yair avant la capture : « Au moins cette fois, tu n’es pas seul. » Elle ignore alors combien ces mots deviendront lourds de sens dans l’obscurité des tunnels. 

Des semaines séparés, puis la rencontre improbable

Les deux premières semaines, ils sont isolés, chacun ignorant ce qu’il est advenu de l’autre. Puis, par un hasard cruel, ils se croisent dans les galeries sombres. D’abord incapables de se reconnaître dans la poussière, ils comprennent vite qu’ils se retrouvent face à face. C’est un répit, mais aussi une charge émotionnelle immense : survivre ensemble dans des conditions inimaginables.

Un silence volontaire pour ne pas devenir une arme

Dès leur détention, Eitan et Yair Horn ont compris que leur lien familial pouvait devenir un levier de chantage.
Ils ont donc décidé de ne pas dire aux terroristes qu’ils étaient frères, évitant ainsi d’être punis collectivement ou manipulés émotionnellement.
Ce silence imposé a structuré leur comportement quotidien : se parler peu, mesurer chaque regard, contrôler leurs réactions.
Être ensemble sans jamais pouvoir s’appuyer ouvertement l’un sur l’autre.
Une stratégie de survie qui illustre la lucidité extrême exigée par la captivité et la nature systématique de la violence psychologique exercée dans les tunnels.

Une ville sous terre : souffrance et mécanique planifiée

Les captifs ne sont pas dans une série de galeries improvisées. Selon Eitan, c’est une structure vaste, presque une « ville souterraine », planifiée, organisée — un monde sans lumière, sans air, sans jour, sans nuit, sans nature. « Être là deux ans, personne ne peut comprendre ça », dit-il. Chaque pas, chaque souffle, chaque jour est une épreuve. 

Être frères dans l’horreur

Les trois frères sont nés en Argentine puis ont immigré en Israël par conviction. Yair, l’aîné, gérait un bar dans le kibboutz Nir Oz ; Amos était guide ; Eitan travaillait dans l’éducation. Ensemble, ils construisaient une vie normale — jusqu’à l’effondrement du monde connu. 

Qu’est-ce que cela signifie d’être frères en captivité ?

Yair : « C’est voir les deux facettes : chance et malchance. »

Eitan : « Avoir quelqu’un qui te comprend, qui sait ce que tu ressens. »

Être ensemble doublait aussi le risque : ce qui arrivait à l’un résonnait chez l’autre. Les ravisseurs s’appuyaient sur ce lien pour exercer une pression psychologique constante, alternant promesses et humiliations. 

Survivre au quotidien : faim, marche forcée, solidarité

Ils marchent des heures dans des tunnels étroits, certains si bas qu’il faut ramper. Quand ils ont reçu une demi-pâte de pain par jour, ils se sont accrochés les uns aux autres pour tenir. Eitan raconte une marche de 12 heures, avec des ravisseurs les poussant, malgré l’épuisement extrême et la faim chronique. « À un moment, je dis : laissez-moi là. Continuez sans moi. » Personne n’a abandonné. 

Un enregistrement audio dévoilé ensuite montre Eitan implorant : « Priez très fort… libérez-nous… » Puis il continue encore 618 jours dans ces galeries, avec les ravisseurs les menaçant que toute tentative de secours signerait leur perte. « Si une opération de sauvetage avait lieu, personne n’en sortirait vivant », dit-il. 

Humour comme bouclier mental

Dans cet enfer sans repères, Eitan dit qu’il n’a eu qu’une seule arme mentale : l’humour. « Si on n’avait pas rigolé, on n’aurait pas pu vivre. » Mais le rire n’était jamais franc : souvent, ils souriaient simplement, incapables d’un vrai éclat de joie à cause du manque d’air et de lumière. Les petites blagues sur leur état physique, sur la situation absurde, sont devenues une façon de garder la raison. 

L’annonce d’une libération — puis la séparation la plus cruelle

En janvier, une transaction arrive : deux captifs doivent être libérés. Les prisonniers doivent choisir qui partir. Aucun d’eux ne veut se mettre en avant. Puis ils apprennent que c’est Yair qui sortira. Pour Eitan, c’est le moment de bonheur absolu pour son frère — mais aussi le début de l’épreuve la plus terrible. 

Le retour à la lumière — et la souffrance invisible

Quand Yair rentre chez lui après 498 jours, il est presque sans voix. Les horreurs vécues laissent des traces profondes, visibles et invisibles. Il s’engage immédiatement dans la lutte pour que tous les captifs soient libérés, surtout son frère encore enfermé dans les tunnels. 

Pour Eitan, le moment de libération ne devient réel qu’au contact des soldats au-delà du barrage : avant cela, il n’a jamais été sûr que ce ne soit qu’un mirage. « Jusqu’à ce que j’ai vu l’armée au-delà du point de contrôle, je ne savais pas si c’était réel. » 

Reconstruction, cicatrices et mission

Aujourd’hui enfin réunis, les Horn commencent à reconstruire leur vie. Eitan a perdu 64 kg, souffre de maux de dos intenses et suit une rééducation physique et mentale lourde avec psychologues et psychiatres. Il parle du traumatisme comme d’une partie intégrante de sa réhabilitation. 

Pour lui, raconter cette histoire n’est pas seulement un témoignage : c’est une mission. « Tout le monde doit savoir ce qu’on a vécu. Le monde doit entendre notre histoire. » Il remercie d’abord le peuple israélien pour sa mobilisation, estimant que c’est ce soutien populaire — les manifestations, la pression sociale — qui a contribué à leur survie. « Sans le peuple, je ne serais pas ici. » Il remercie aussi le gouvernement et les forces de sécurité, mais insiste : « C’est grâce au peuple que je vis. » 

Eitan conclut : « Après le 7 octobre, rien n’est acquis. Chaque petite victoire est un triomphe. » 

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