Claudine Douillet

Claudine Douillet,st fondatrice, gérante et rédactrice en chef d'Alliance, premier magazine juif francophone créé sur le web en 1996. Depuis près de trente ans, elle dirige la ligne éditoriale du titre, en assurant une veille quotidienne de l'actualité israélienne et juive internationale, traduite et adaptée pour le lectorat francophone.
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Les articles de Claudine Douillet

Hamas : d’organisation terroriste à parti politique pour contrôler Gaza

Hamas : d’organisation terroriste à parti politique pour contrôler Gaza

Hamas désarmé, mais reconduit politiquement à Gaza : la révélation qui sidère Israël

Une information révélée le 22 janvier 2026 par i24NEWS, citant une source palestinienne s’exprimant auprès de Sky News Arabia, jette une lumière crue sur les négociations en cours autour de l’avenir de la bande de Gaza.

Selon ces révélations, le Hamas aurait conclu un accord de principe avec les États-Unis dans le cadre de la deuxième phase du plan de paix américain, reposant sur un échange aussi spectaculaire que controversé : le désarmement militaire du Hamas contre la reconnaissance de sa survie comme parti politique à Gaza.

Dans les termes évoqués par la source palestinienne, le mouvement islamiste accepterait de remettre ses armes et de fournir aux médiateurs américains des cartes détaillées de son réseau de tunnels, pilier stratégique de son appareil militaire depuis plus d’une décennie.
En contrepartie, le Hamas conserverait le droit de demeurer un acteur politique structurant dans le territoire qu’il gouverne de facto depuis 2007.

Une phase deux du plan américain qui redéfinit la notion de démilitarisation

Cet arrangement s’inscrirait dans les discussions autour de la phase deux du plan de paix américain, dont l’objectif affiché est la démilitarisation complète de Gaza et la mise en place d’une gouvernance transitoire confiée à un comité technocratique palestinien, soutenu par la communauté internationale.
Officiellement, cette gouvernance serait censée rompre avec toute logique de milices armées et préparer une administration civile réformée.

Mais dans les faits, la perspective que le Hamas puisse abandonner ses armes tout en conservant une légitimité politique bouleverse le sens même de la démilitarisation.
Pour de nombreux responsables israéliens, cette proposition revient à institutionnaliser la victoire politique du Hamas, en lui permettant de se recycler sans jamais rendre de comptes pour le 7 octobre, ni pour des années de terrorisme.

Israël vent debout contre une légitimation politique du Hamas

Du côté israélien, les réactions sont sans ambiguïté. Jérusalem exprime de sérieuses réserves, en particulier sur la clause qui autoriserait le Hamas à continuer d’exister comme entité politique. Les autorités israéliennes rappellent que tout accord crédible doit impérativement prioriser la libération des otages encore détenus à Gaza et garantir une démilitarisation irréversible, vérifiable et sans possibilité de reconstitution déguisée.

Pour Israël, permettre au Hamas de rester un acteur politique, même désarmé en apparence, revient à accepter qu’une organisation responsable de massacres de civils puisse conserver une base de pouvoir, une influence sociale et une capacité de mobilisation future. Une ligne rouge que l’État hébreu refuse officiellement de franchir.

Des débats internes au Hamas, mais une ligne idéologique intacte

Selon les mêmes sources, des débats internes au Hamas sur une transformation en parti exclusivement politique seraient en cours depuis la fin de l’année 2025.
Ces discussions traduisent une prise de conscience stratégique : la survie du mouvement pourrait passer par une mutation de façade plutôt que par une confrontation militaire permanente.

Cependant, le Hamas continue de rejeter publiquement toute proposition qu’il juge favorable à Israël. Le mouvement affirme régulièrement que le désarmement relève d’une affaire interne palestinienne, et non d’une condition imposée de l’extérieur. Cette position nourrit le soupçon israélien selon lequel la remise des armes pourrait n’être que partielle, temporaire ou réversible, tandis que l’idéologie resterait intacte.

Une contradiction frontale avec le cadre onusien

Cette proposition, telle que rapportée par Sky News Arabia, entre par ailleurs en contradiction directe avec le cadre onusien. Le mandat international de stabilisation de Gaza, tel qu’énoncé dans la résolution 2803 du Conseil de sécurité, exclut explicitement le Hamas de toute gouvernance future. Il prévoit la mise en place d’une administration palestinienne réformée, sans rôle armé pour aucune faction et sans continuité institutionnelle avec les organisations terroristes existantes.

La coexistence entre ce cadre onusien et les discussions évoquant une survie politique du Hamas révèle une fracture profonde entre les principes affichés et les compromis envisagés en coulisses.

Un précédent lourd de conséquences

Si cette proposition venait à se concrétiser, elle créerait un précédent majeur : celui d’une organisation terroriste ayant mené l’attaque la plus meurtrière de l’histoire d’Israël, obtenant non seulement une amnistie politique de fait, mais aussi une reconnaissance implicite comme acteur légitime du futur Gaza.

Pour Israël, ce scénario ne constitue pas une solution de paix, mais une insulte stratégique, qui risque de transformer la démilitarisation en simple rebranding politique du Hamas. Une ligne de fracture appelée à dominer les débats diplomatiques des semaines à venir.

Infiltration au cœur de Tsahal : accusé d’avoir pénétré des centres militaires sensibles en pleine guerre

Infiltration au cœur de Tsahal : accusé d’avoir pénétré des centres militaires sensibles en pleine guerre

Pendant de longs mois, l’affaire est restée enfouie sous un strict huis clos judiciaire. En pleine guerre, un civil israélien, Asaf Shmuelovitz, aurait réussi à s’infiltrer dans des centres de commandement militaires sensibles en se faisant passer pour un officier de Tsahal.

Usurpation d’identité, accès illégal à des installations stratégiques, exposition potentielle d’informations classifiées : les faits, jugés suffisamment graves pour relever de la sécurité de l’État, ont conduit la justice à imposer le silence total.

La récente décision de la Cour suprême d’Israël de lever partiellement l’anonymat marque un tournant : il s’agit désormais de contenir la désinformation, alors même que l’essentiel du dossier demeure classifié. Une affaire explosive, à la frontière entre défaillance sécuritaire, manipulation et obsession du secret.

Asadest arrivé le 07.10 avec un téléphone portable dans son pantalon pour enregistrer, documenter et filmer depuisla fosse du commandement du Sud des matériaux très sensibles, et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg dans cette affaire.

La Cour suprême d’Israël a justifié le maintien du secret non pas pour protéger l’accusé, mais pour éviter de révéler les failles exactes du système sécuritaire israélien en temps de guerre. Autrement dit : ce dossier gêne moins par ce que l’homme aurait fait que par ce qu’il révèle sur ce qui a été possible.

Un imposteur infiltré dans des centres militaires pendant la guerre : identité dévoilée

L’identité de l’homme accusé d’avoir pénétré illégalement dans des centres de commandement militaires israéliens sous une fausse identité a été rendue publique jeudi après deux longues années de procédure devant les juridictions judiciaires. Il s’agit d’Asaf Shmuelovitz, accusé d’usurpation d’identité et d’infractions graves liées à la sécurité de l’État. 

Une infiltration dans des zones sensibles en pleine crise

Selon l’acte d’accusation, que Mako a pu consulter après la levée partielle d’un ordre de non-publication, Shmuelovitz s’est fait passer pour un officier de l’armée israélienne au grade de capitaine alors qu’il n’avait aucun statut militaire réel. Profitant du chaos entourant le déclenchement de la guerre, il aurait réussi à s’introduire dans plusieurs centres d’opérations militaires et installations sensibles, où il aurait recueilli des informations classifiées, y compris des conversations internes, des documents et d’autres données sensibles, qu’il aurait ensuite transmis à des destinataires non autorisés. 

L’accusation soutient que ces actions ont créé un risque concret pour la sécurité nationale en compromettant la confidentialité de données critiques recueillies dans des salles de commande et d’analyse militaires. 

Procès strictement tenu à huis clos jusqu’à présent

En raison de la nature hautement sensible de l’affaire, les juges ont maintenu, pendant près de deux ans, des audiences totalement fermées au public et aux médias. Les autorités judiciaires avaient initialement imposé un ordre de non-publication scrupuleux, destinés à protéger des détails qui pourraient compromettre des méthodes de renseignement, l’emplacement de centres de commandement ou l’identité d’officiers impliqués dans les opérations de défense. 

La révocation partielle de cet ordre n’a permis pour l’heure la publication que du nom de l’accusé et d’un résumé limité des faits. Aucune preuve précise ni document classifié n’a été rendu public. 

La décision de la Cour suprême : transparence contre désinformation

La juge Gila Knafi-Steinitz de la Cour suprême a autorisé la divulgation du nom de Shmuelovitz, estimant que le maintien prolongé de l’anonymat nourrissait des théories complotistes et de désinformation, et érodait la confiance du public dans les institutions. Elle a souligné que la transparence limitée dans ce dossier constituait un remède nécessaire aux interprétations erronées et aux spéculations infondées qui circulaient sur les réseaux sociaux et dans certains médias. 

Toutefois, le tribunal a clairement maintenu l’interdiction de publier des éléments susceptibles de révéler l’identité d’officiers, de personnel militaire ou de méthodes opérationnelles liés à l’incident, afin de protéger des individus et des systèmes sensibles. 

Réactions et revendications contradictoires

À l’issue de la décision judiciaire, la famille de Shmuelovitz a publiquement contesté la qualification des faits, affirmant que les actes reprochés relevaient d’une erreur d’interprétation et d’un excès de zèle judiciaire. Dans leurs déclarations, ses proches soutiennent que Shmuelovitz n’avait jamais eu l’intention de porter atteinte à la sécurité nationale et qu’il ne disposait d’aucune formation ou autorisation militaire justifiant son entrée dans ces zones. 

Selon eux, bien que certaines actions puissent être interprétées comme contraires à la loi, elles ne reflètent pas l’intention de nuire, et l’accusation aurait amplifié des faits qui – selon la défense – auraient dû être traités dans un cadre disciplinaire ou administratif plutôt que criminel. 

Un dossier qui continue de susciter débat et spéculation

Cette affaire a généré un vif débat public, avec certains commentateurs soulignant l’importance de préserver la sécurité nationale et d’éviter que des individus étrangers ou non autorisés n’accèdent à des centres stratégiques. D’autres dénoncent la prolongation de l’opacité judiciaire, craignant qu’elle alimente rumeurs et accusations non fondées sur des implications politiques ou institutionnelles plus larges, sans preuves vérifiables. 

Des membres de l’opposition parlementaire, notamment le député Almog Cohen, ont appelé à une enquête plus approfondie et à la levée d’autres ordres de non-publication pour clarifier l’intégralité des faits et établir la vérité pour le public. Ces demandes ont jusqu’à présent été rejetées par les juridictions compétentes. 

Ce qu’on sait, ce qui reste caché

À ce stade, les faits essentiels désormais confirmés sont :

L’accusé est identifié comme Asaf Shmuelovitz. 

Il est poursuivi pour usurpation d’identité et violations graves de la sécurité de l’État. 

Le dossier a été traité en grande majorité sous huis clos en raison de son caractère sensible. 

L’autorisation judiciaire de publication de son nom visait à contrer les spéculations. 

Ce qui reste à éclaircir – et n’est pas accessible au public à cause des restrictions judiciaires – comprend : le détail des installations militaires affectées, la nature exacte des données consultées ou transférées, et l’identité ou le rôle de toute autre personne impliquée dans l’affaire.

 

Gaza comme monnaie d’échange : Poutine mise sur la paix pour récupérer ses avoirs gelés par Washington

Gaza comme monnaie d’échange : Poutine mise sur la paix pour récupérer ses avoirs gelés par Washington

À Moscou, Vladimir Poutine transforme l’avenir de Gaza en monnaie géopolitique. En recevant à la fois des émissaires de Donald Trump et le président palestinien Mahmoud Abbas, le Kremlin ne cherche pas seulement à peser sur la reconstruction de l’enclave : il vise aussi un objectif bien plus concret et financier, la récupération ou la réaffectation de ses avoirs gelés par les États-Unis.

Derrière le projet américain de Conseil de la paix, Moscou tente de se repositionner comme acteur incontournable au Moyen-Orient, d’obtenir une légitimité internationale nouvelle et de transformer Gaza en levier pour desserrer l’étau économique occidental, le tout sans Israël à la table des discussions.

Gaza au centre d’une initiative diplomatique inattendue à Moscou

Moscou — La capitale russe accueille ce jeudi une rencontre diplomatique de très haut niveau centrée sur l’avenir de la bande de Gaza, au lendemain d’une guerre qui a ravagé l’enclave palestinienne depuis 2023. Le président russe Vladimir Poutine reçoit aujourd’hui à Moscou les émissaires du président des États-Unis, Donald Trump, ainsi que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour évoquer une initiative internationale de reconstruction et de paix. 

Un « Conseil de la paix » au cœur des discussions

L’objet principal des échanges porte sur le Conseil de la paix proposé par l’administration américaine, cadre multilatéral destiné à organiser la reconstruction de Gaza et favoriser un règlement durable du conflit. Ce Conseil, évoqué par Washington comme une étape de la phase deux du plan de paix pour Gaza, est conçu pour superviser la gouvernance future de l’enclave après des années de combats et de crise humanitaire. 

Selon Moscou, l’une des clés de ces discussions est l’utilisation d’avoirs russes gelés aux États-Unis depuis le début de la guerre en Ukraine, une option qui pourrait permettre à la Russie de contribuer financièrement à hauteur d’un milliard de dollars, condition exigée pour une adhésion permanente au Conseil. 

Position de la Russie : jouer un rôle central ou opportuniste ?

Devant le Conseil de sécurité nationale russe, Vladimir Poutine a confirmé que des discussions sont en cours avec les représentants américains et qu’une rencontre spécifique avec Mahmoud Abbas est prévue pour approfondir ces questions. Moscou cherche à se positionner comme acteur diplomatique et financier significatif dans les mécanismes internationaux liés à l’après-guerre à Gaza, un rôle qui le placerait au centre d’un dispositif qui dépasse désormais l’Europe de l’Est et le dossier ukrainien. 

Cette démarche intervient à un moment où le Kremlin étudie également une invitation officielle des États-Unis pour que Poutine rejoigne le Conseil de la paix en tant que membre, proposition confirmée à la fois par la Maison Blanche et par un porte-parole du Kremlin. Moscou avait déclaré examiner « toutes les nuances » avant toute décision. 

Absence d’Israël dans un dispositif parallèle

À ce stade, Jérusalem n’est pas directement impliquée dans ces échanges multilatéraux. Des responsables israéliens soulignent que toute initiative de reconstruction et de paix ne peut, selon eux, être dissociée des impératifs sécuritaires, notamment du démantèlement des infrastructures militantes à Gaza, ainsi que du retour des otages. Ils mettent ainsi en garde contre une gouvernance future imposée sans leur consentement explicite. 

Ce cadre diplomatique parallèle se construit à un moment où la communauté internationale cherche des voies alternatives à l’ONU traditionnelle pour répondre à la crise de Gaza, et où des acteurs non étatiques — ou en retrait des processus onusiens — tentent de se positionner. 

Mahmoud Abbas à Moscou : un soutien aux Palestiniens sous tension

La présence de Mahmoud Abbas souligne l’enjeu politique pour l’Autorité palestinienne de se poser en interlocuteur crédible dans les forums internationaux, tout en restant distinct des positions jugées trop conciliantes de certains pays occidentaux. Les discussions avec Poutine devraient également aborder l’état des relations bilatérales — économiques, culturelles et humanitaires — entre la Russie et les Palestiniens. 

Dans ce contexte, Moscou réaffirme fréquemment son soutien déclaré au peuple palestinien et à la nécessité d’une solution politique, même si ses intérêts géopolitiques sur la scène moyen-orientale restent complexes et parfois ambigus. 

Un calendrier diplomatique serré

Cette réunion à Moscou s’inscrit dans un calendrier diplomatique international intense. Elle fait suite au sommet de Charm el-Cheikh en octobre 2025, où une trentaine de pays ont discuté du plan de paix américain visant à mettre fin à la guerre à Gaza et à poser les jalons d’une reconstruction durable. 

Elle précède également d’autres rendez-vous internationaux majeurs, notamment le Forum économique mondial à Davos, où plusieurs initiatives stratégiques pour la paix au Moyen-Orient pourraient être discutées, y compris la formalisation ou l’extension du Conseil de la paix. 

Entre diplomatie et enjeux géopolitiques

La rencontre de ce jeudi à Moscou illustre l’évolution du dossier palestinien et de la question de Gaza vers des formats diplomatiques élargis, parfois en marge des institutions traditionnelles. La volonté affichée de faire participer la Russie à ces mécanismes indique une recomposition des alliances et des leviers d’influence au cœur du Moyen-Orient, où Washington, Moscou, l’Autorité palestinienne  et potentiellement d’autres capitales  cherchent à imposer leurs visions d’un après-guerre toujours incertain..

CENTCOM en Jordanie : Washington verrouille le Moyen-Orient pour contenir l’Iran et protéger Israël

CENTCOM en Jordanie : Washington verrouille le Moyen-Orient pour contenir l’Iran et protéger Israël

Ce n’est ni une visite de courtoisie, ni une opération militaire annoncée. L’arrivée en Jordanie du commandant du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper, marque une mise sous contrôle stratégique du front régional. Washington transforme la Jordanie en poste de commandement avancé pour surveiller, coordonner et dissuader, avec un objectif central : contenir l’Iran, rassurer Israël et empêcher qu’une escalade incontrôlée n’embrase tout le Moyen-Orient. C’est de la dissuasion opérationnelle, silencieuse, mais prête à agir.

Le commandant du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper, atterrit en Jordanie

La région du Moyen-Orient, déjà sous haute tension, enregistre un nouveau mouvement stratégique : un avion militaire américain transportant de hauts responsables a atterri en Jordanie dans la nuit de mercredi à jeudi.

Un appareil militaire stratégique à Amman

Un Boeing C-40 Clipper — version militaire dérivée du Boeing 737 utilisée pour le transport de cadres supérieurs — a touché le sol de l’aéroport d’Amman après un vol parti du quartier général du Commandement central des forces armées américaines (CENTCOM) à Tampa, en Floride. D’après plusieurs sources sécuritaires citées par le média Kan 11, l’amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM, se trouvait à bord de cet appareil. 

Renforcement aérien américain en Jordanie

Ce mouvement s’inscrit dans une série de déploiements aériens significatifs. Selon Reuters, des avions de chasse F-15 ainsi que des avions de transport C-17 ont également été placés en position à la base aérienne Muwaffaq Salti, un site clé régulièrement utilisé par les forces américaines et leurs alliés pour projeter des capacités opérationnelles vers différents théâtres régionaux. 

Washington reste prudent mais les signaux s’accumulent

Officiellement, les autorités américaines continuent de qualifier ces mouvements d’actions à caractère défensif et de coordination avec les forces partenaires dans la région. Aucun lancement d’opération offensive n’a été annoncé. 

Un contexte de menace persistante

Cependant, à la lumière des menaces répétées émanant de Téhéran et des alertes sécuritaires renforcées en Israël, ces déploiements sont perçus par de nombreux analystes non seulement comme des préparations militaires, mais aussi comme un message politique destiné à dissuader toute action hostile. Ils démontrent une volonté affichée de Washington de pouvoir réagir rapidement à toute escalade. 

Téléphones piratés, mandats absents : la face cachée de la surveillance policière israélienne

Téléphones piratés, mandats absents : la face cachée de la surveillance policière israélienne

Surveillance policière en Israël : des méthodes qui interrogent

Un audit révèle des dérives au-delà du cadre légal

Un rapport du contrôleur d’État israélien, Matanyahu Englman, met en lumière des pratiques de surveillance policière menées pendant des années sans base juridique claire, sans procédures adéquates et sans supervision effective. Pour Englman, ces constats constituent des « défaillances fondamentales et systémiques » dans l’usage des outils technologiques par la police : interceptions téléphoniques, logiciels espions et autres moyens de surveillance ont été employés, selon lui, dans des conditions qui dépassent les autorisations prévues par la loi. 

Des interceptions téléphoniques massives et mal encadrées

Le rapport indique que près de 14 000 demandes d’écoute ont été soumises entre 2019 et 2021, avec un taux d’approbation particulièrement élevé par les tribunaux.

Cette réalité rend difficile tout contrôle effectif de la nécessité ou de la proportionnalité de ces mesures, selon les observations rapportées par Ynet. Englman a également relevé des cas où des données sensibles ont été collectées au-delà du mandat légal, touchant parfois des témoins ou des victimes, une situation qui alarme les défenseurs de la vie privée et des droits civiques. 

Usage controversé de logiciels espions

Selon des sources spécialisées citées dans le rapport, des logiciels espions comme Pegasus ont été utilisés à plusieurs reprises sans examen juridique préalable, une pratique qualifiée par le contrôleur d’État d’« interdite et grave ».
Ce type de logiciel, développé par des entreprises spécialisées, est capable de pénétrer des téléphones sans interaction de l’utilisateur, et son usage soulève des questions sur le respect des garanties légales et des libertés individuelles.

L’usage de Pegasus par la police israélienne sur des civils

Une grande enquête du quotidien israélien Calcalist a révélé que la police israélienne aurait utilisé le logiciel espion Pegasus pour pirater à distance les téléphones de citoyens sans supervision judiciaire, ce qui contrevient aux procédures légales :

•Des maires, des leaders de manifestations anti-gouvernementales, des anciens employés gouvernementaux et même une personne proche d’un haut responsable politique auraient fait l’objet de ces intrusions. Dans plusieurs cas, les autorités n’auraient pas demandé de mandats, ni contrôlé l’usage des données collectées. 

Ce scandale, rendu public en janvier 2022, a déclenché une enquête interne du ministère de la Justice israélien après de fortes critiques dans la presse locale.

La reconnaissance partielle d’abus par la police

Face à ces allégations, la police israélienne a fini par admettre qu’il y avait eu des cas où le logiciel de surveillance avait été employé sans supervision judiciaire appropriée. Cette reconnaissance est intervenue après des démentis initiaux

Décision de justice et règlement à l’amiable pour intrusion illégale

Un cas concret illustrant l’abus a débouché sur une proposition de compensation judiciaire :

Un tribunal de Tel-Aviv a recommandé que l’État verse 100 000 shekels à Moran Segev, partenaire d’un maire suspendu, après que la police a accédé illégalement à son téléphone avec Pegasus. Le document d’État reconnaît que les autorités ont extrait des contacts et d’autres données privées au-delà de ce que le mandat légal autorisait. 

Ce règlement n’est pas un simple débat théorique, mais une reconnaissance officielle d’un accès illégal à des informations personnelles.

Téléphones israéliens infectés deux fois en deux ans

Un cas individuel, confirmé par analyses forensiques indépendantes, montre que le iPhone d’un citoyen israélien a été infecté par le spyware Pegasus à deux reprises en deux ans. Cela a été documenté par le quotidien Haaretz et repose sur des expertises techniques.

Des catégories de personnes ciblées sans suspicion de crime

Selon des synthèses internationales (comme Wikipedia) basées sur enquêtes et rapports, les autorités israéliennes auraient, dans certains cas, ciblé avec Pegasus des personnes pas formellement suspectées d’un crime :

• organisateurs de manifestations ;

• maires locaux ;

• employés gouvernementaux ;

• activistes ;

• proches de responsables politiques,

parfois dans le but d’obtenir des informations pouvant être utilisées pour exercer une pression ou pour d’autres objectifs non directement liés à une enquête criminelle. 

Déficit d’un cadre légal adapté

Le rapport critique l’absence d’un cadre juridique adapté aux technologies modernes. Dans un contexte où les outils de surveillance évoluent rapidement, les textes en vigueur n’auraient pas suivi le rythme des innovations, laissant la police s’appuyer sur des interprétations internes plutôt que sur des bases légales claires, souligne Englman. Ce vide juridique fragilise selon lui non seulement la transparence des opérations mais aussi la confiance du public dans les institutions chargées de faire respecter la loi. 

Appel à une réforme urgente

Face à ces constats, Englman appelle à une réforme urgente du cadre légal encadrant l’usage des technologies de surveillance. Il préconise une supervision judiciaire renforcée et la mise en place de mécanismes de contrôle interne stricts pour prévenir d’éventuels abus futurs. 

Réponse de la police

De son côté, la police israélienne affirme avoir entrepris certaines réformes suite à des recommandations antérieures. Elle soutient que ses actions sont conformes aux lois en vigueur et que des mesures ont été prises pour améliorer la régulation interne. Toutefois, la publication du rapport relance le débat public sur l’équilibre entre sécurité et respect des libertés individuelles dans un État démocratique. 

Dôme de Fer : sans le génie israélien, le financement américain ne vaut rien

Dôme de Fer : sans le génie israélien, le financement américain ne vaut rien

"J'ai dit à Bibi d'arrêter de s'attribuer le crédit pour le Dôme de Fer" : Trump a-t-il raison ?

Le président des États-Unis a affirmé que le mérite de la technologie de ce système d'interception révolutionnaire revenait à l'Amérique, mais une vérification des faits dessine un tableau différent. Tous les détails.

Le président américain Donald Trump a déclaré, lors d'un discours à la conférence internationale de Davos, à propos du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu : "J'ai dit à Bibi d'arrêter de s'attribuer le crédit pour le Dôme de Fer, le mérite nous revient", en référence aux États-Unis.

Ce système d'interception, mondialement reconnu pour ses succès face aux attaques de roquettes du Hamas et du Hezbollah, repose sur une coopération bilatérale, mais Trump dit-il vrai ?

Une enquête rapide révèle que le développement du système, jusqu'à un stade avancé, fut intégralement israélien, incluant tests et résolution de problèmes. Le financement américain n'intervint qu'une fois prouvée sa viabilité, après un soutien initial exclusivement israélien. Des composants américains sont intégrés, et des upgrades fondés sur l'expérience opérationnelle (cycles de Gaza) reposent sur la R&D israélienne. À des phases ultérieures, une implication ingénierie américaine et des tests aux États-Unis ont eu lieu.

En examinant les détails du projet phare de défense, on discerne une fusion entre ingéniosité israélienne et ressources financières américaines.

LE DÉVELOPPEMENT : LE CERVEAU EST ENTIÈREMENT ISRAÉLIEN

Le système "Dôme de Fer" naquit en Israël en 2007, en réponse aux tirs de roquettes depuis la bande de Gaza et le Liban. Son développement fut entièrement réalisé par la société israélienne Rafael, en collaboration avec Elta (filiale d'Israel Aerospace Industries) pour le radar, et mPrest pour le système de commande et de contrôle.

Durant ses premières années, le projet fut financé solely par le budget de défense israélien, malgré des critiques internes et externes doutant de sa faisabilité technologique. Le gouvernement israélien dut prendre des décisions ardues pour le poursuivre.

LE FINANCEMENT ET LA PRODUCTION : UN PARTENARIAT STRATÉGIQUE

Dès 2010, après des tests réussis, les États-Unis devinrent un partenaire clé.
Le déploiement de dizaines de batteries et de milliers d'intercepteurs coûteux excédait les capacités budgétaires d'Israël seul.

Aide économique : Les administrations américaines, de Obama à aujourd'hui, ont injecté des milliards de dollars. Depuis 2011, plus de 1,3 milliard ont été alloués spécifiquement au Dôme de Fer, selon le Département d'État américain. L'accord de 2016 prévoyait 38 milliards d'aide militaire sur dix ans (2019-2028), dont 500 millions annuels pour les systèmes antimissiles incluant le Dôme de Fer, David's Sling et Arrow.

Production sur sol américain : Conformément aux accords, environ 70 % des intercepteurs sont fabriqués aux États-Unis par le géant de la défense Raytheon, en partenariat avec Rafael. En 2014, un accord garantit 429 millions pour l'acquisition de batteries supplémentaires, favorisant la coproduction américaine.

En 2019, les États-Unis ont acquis des systèmes Dôme de Fer pour leurs propres besoins, citant une urgence immédiate en protection contre les tirs indirects.

EN RÉSUMÉ : QUI A RAISON ?

S'agissant de l'invention et du développement technologique, le crédit revient entièrement à Israël. Le système fut conçu et construit par des ingénieurs israéliens pour répondre aux menaces spécifiques du pays.

Cependant, pour son déploiement à grande échelle et opérationnel, Trump a raison : le rôle américain est crucial. Sans le financement et les infrastructures industrielles des États-Unis, Israël n'aurait pu maintenir un stock d'intercepteurs assurant une protection continue.

Aujourd'hui, Trump promeut un projet inspiré du Dôme de Fer pour protéger les cieux américains, développé intégralement aux États-Unis et adapté à ses besoins.

Trois figures de la crypto mortes en 28 jours :ce que l’on sait, et ce que personne n’explique -vidéo-

Trois figures de la crypto mortes en 28 jours :ce que l’on sait, ce que l’on ignore, ce que personne n’explique

Trois morts, une industrie sous tension et un récit qui refuse de mourir

Fin 2022, alors que l’écosystème crypto traverse l’une de ses pires crises de crédibilité avec l’effondrement de FTX, trois figures associées à la finance numérique disparaissent en l’espace de quatre semaines.
Très vite, les réseaux sociaux transforment cette succession de drames en une narration unique : celle d’un “nettoyage” ciblé contre des hommes supposés menacer l’ordre monétaire mondial.

En janvier 2026, ce récit ressurgit, recyclé, amplifié, débarrassé de toute nuance. Pourtant, lorsque l’on confronte les faits à l’émotion, l’histoire change radicalement.

CHRONOLOGIE DES FAITS

28 octobre 2022

Décès de Nikolai Mushegian, co-fondateur de MakerDAO, retrouvé noyé sur une plage de San Juan, à Porto Rico.

Quelques heures avant sa mort, il publie une série de messages sur X affirmant être pourchassé par la CIA et le Mossad.

Les autorités concluent à une noyade accidentelle. Aucun élément criminel n’est officiellement retenu.

23 novembre 2022

Décès de Tiantian Kullander, co-fondateur de la plateforme de trading Amber Group.

Sa société annonce une mort “soudaine et inattendue dans son sommeil”.

Aucune cause médicale n’est rendue publique. Aucune enquête judiciaire n’est annoncée.

25 novembre 2022

Décès de Vyacheslav Taran, entrepreneur du trading financier, dans un crash d’hélicoptère entre la Suisse et Monaco.

L’enquête technique conclura ultérieurement à un accident aérien sans trace de sabotage.

Intervalle total : Les trois décès surviennent sur une période de 28 jours, entre le 28 octobre et le 25 novembre 2022.

2023 – 2024

Aucune enquête complémentaire, judiciaire ou internationale, ne vient remettre en cause les conclusions officielles. Les décès sont progressivement intégrés à des récits complotistes circulant sur les réseaux sociaux, sans éléments nouveaux.

10 avril 2025

Sortie du film G20 sur Amazon Prime Video. Le film met en scène une présidente des États-Unis prise en otage lors d’un sommet international, sur fond de menaces liées aux technologies financières et à la cryptomonnaie.

2025 – 2026

Le film G20 contribue à réactiver, dans l’imaginaire collectif, l’idée d’une crypto perçue comme un enjeu géopolitique majeur.

Les trois décès de 2022 sont relus a posteriori à travers ce prisme fictionnel, bien qu’aucun lien factuel n’ait été établi.

Nikolai Mushegian, la noyade et la paranoïa devenue preuve imaginaire

Le 28 octobre 2022, Nikolai Mushegian, ingénieur blockchain et co-fondateur de MakerDAO, est retrouvé mort sur une plage de San Juan, à Porto Rico. La zone est connue pour ses courants violents et l’absence de surveillance. Les autorités concluent rapidement à une noyade accidentelle, sans trace de lutte ni indice d’intervention extérieure.

Ce décès aurait probablement été traité comme une tragédie isolée si Mushegian n’avait pas, quelques heures plus tôt, publié une série de messages délirants sur X, évoquant la CIA, le Mossad et des réseaux de chantage.
Ces propos, relevant manifestement d’une paranoïa déjà documentée par son entourage, deviennent après coup la “preuve” d’un assassinat politique. Aucun élément matériel ne vient étayer cette thèse. Aucune enquête criminelle n’a été ouverte. La famille elle-même a toujours récusé l’idée d’un homicide.

Tiantian Kullander, le silence médical qui nourrit tous les fantasmes

Le 23 novembre 2022, Tiantian Kullander, co-fondateur de la plateforme de trading Amber Group, meurt “de façon inattendue dans son sommeil”, selon un communiqué officiel de son entreprise. Aucune cause médicale n’est rendue publique. Aucune autopsie n’est communiquée. Juridiquement, rien d’anormal : la famille choisit la discrétion, comme cela arrive fréquemment.

Mais dans l’univers crypto, le silence est perçu comme une anomalie. Très vite, la valorisation passée d’Amber Group  plusieurs milliards de dollars est confondue avec une fortune personnelle supposée. Kullander est présenté comme un “architecte d’un système alternatif” au dollar,  voire comme un homme à abattre.
Or, aucun élément factuel ne vient étayer une intervention extérieure. Le seul fait vérifiable demeure celui-ci : un décès brutal, inexpliqué publiquement, mais non suspect au regard du droit ou des autorités.

Vyacheslav Taran, l’accident aérien transformé en scénario d’espionnage

Deux jours plus tard, le 25 novembre 2022, Vyacheslav Taran, entrepreneur russo-européen du trading financier, meurt dans un crash d’hélicoptère entre Lausanne et Monaco.
Dès les premières heures, la rumeur s’emballe : météo parfaite, passager mystérieusement absent, sabotage possible. L’enquête officielle française viendra pourtant balayer ces insinuations.

Les conclusions techniques sont claires : perte de repères du pilote après entrée dans une couche nuageuse, désorientation, accident. Aucun explosif. Aucun sabotage. Aucun lien avec une activité crypto stratégique. La famille de Taran dénoncera publiquement les récupérations complotistes, rappelant que la crypto ne représentait qu’une part marginale de ses activités.

Trois morts, zéro preuve, mais une narration irrésistible

Pourquoi, malgré ces conclusions limpides, le récit du “nettoyage crypto” persiste-t-il ? Parce qu’il répond à un besoin narratif. La coïncidence temporelle devient causalité. L’absence d’information devient dissimulation. Et la complexité d’un secteur en crise se transforme en guerre secrète entre élites.

L’argument statistique souvent avancé “la probabilité est nulle” ne repose sur aucun calcul sérieux. Il ignore le biais de sélection, l’ampleur mondiale de l’écosystème crypto et la propension humaine à relier artificiellement des événements tragiques lorsqu’ils servent une vision du monde.

Aucun élément ne permet d’affirmer l’existence d’assassinats ciblés.

Mais aucun élément ne permet non plus d’expliquer pourquoi ces morts, survenues dans un laps de temps aussi court, continuent de susciter une défiance massive envers les versions officielles.

Dans un univers où la crypto est vécue comme une contre-puissance, chaque décès devient immédiatement politique

Quand la fiction nourrit le soupçon : l’exemple du film G20

Ce brouillage entre réalité et imaginaire est précisément ce que met en scène le film G20, sorti en 2025 sur Amazon Prime Video. Dans ce thriller politique, une présidente américaine est prise en otage lors d’un sommet international où la cryptomonnaie et les technologies numériques sont présentées comme des armes de déstabilisation mondiale.

Le film assume pleinement son rôle de fiction spectaculaire. Mais il révèle aussi quelque chose de plus profond : la facilité avec laquelle le public est désormais prêt à croire que la crypto n’est plus un outil financier, mais un champ de bataille géopolitique où les morts deviennent des messages. G20 n’explique pas le réel ; il fournit un imaginaire prêt à l’emploi pour interpréter tout événement à travers le prisme du complot.

Ce que disent les faits, et seulement les faits

Trois hommes sont morts. Les circonstances sont tragiques, différentes, documentées. Aucune enquête officielle n’a établi de lien entre eux. Aucun transfert suspect, aucun bénéfice identifiable, aucune structure commune n’a émergé. Le reste appartient au domaine du récit, pas de l’information.

La crypto-monnaie, souvent présentée comme une menace existentielle pour le système financier mondial, demeure en réalité un secteur surveillé, régulé, parfois combattu politiquement  mais nullement au point de déclencher des assassinats coordonnés. Confondre fiction, soupçon et journalisme revient à transformer la peur en information.

Et c’est précisément là que réside le vrai danger.

 

Traumatisme ou épreuve : Boris Cyrulnik démonte la confusion et explique comment le sens répare

Traumatisme ou épreuve : Boris Cyrulnik démonte la confusion et explique comment le sens répare

Tout ce qui fait souffrir n’est pas un traumatisme. Et tout traumatisme n’est pas une condamnation à vie. En distinguant l’épreuve de la déchirure psychique, Boris Cyrulnik remet de l’ordre dans un débat saturé d’émotion et de victimisation.

La résilience n’est ni un slogan ni une thérapie douce : elle est un travail de sens, une sortie du repli, une reconstruction par la parole, l’étude et la responsabilité.
Boris Cyrulnik rappelle que l’on ne guérit pas en effaçant le passé, mais en lui donnant une place dans un récit.

Entre résilience, foi, parole et étude, cet article explore les chemins exigeants par lesquels une blessure peut cesser d’être une fatalité.

Du traumatisme à la résilience : quand l’étude devient une voie de guérison

Le webinaire animé par Boris Cyrulnik  d'hier soir, a rappelé une vérité essentielle, trop souvent diluée dans le discours contemporain : tout n’est pas traumatisme.

Confondre l’épreuve et le traumatisme n’est pas une erreur bénigne ; c’est une confusion qui fausse notre rapport à la souffrance, à la responsabilité et à la reconstruction.

Le traumatisme n’est pas une difficulté. Ce n’est pas une douleur intense. Ce n’est même pas une accumulation de violences. Le traumatisme est une déchirure psychique, une effraction brutale qui sidère, désorganise, suspend le sens. Il est de l’ordre de l’accident : soudain, imprévisible, sans narration possible sur le moment. On s’en relève… ou pas.

L’épreuve, même extrême, appartient à une autre catégorie. Elle est dure, parfois écrasante, mais elle reste supportable, au sens clinique : le sujet dispose, à ce moment précis, de ressources internes ou externes pour y faire face. L’épreuve éprouve. Le traumatisme fracture.

Maltraitance, répétition et culture : pourquoi les comparaisons sont fausses

C’est ici que le débat devient explosif.

Des parents qui battent leur enfant quotidiennement : est-ce nécessairement un traumatisme ?

La réponse honnête est inconfortable : pas toujours, au sens strict du terme.

Pourquoi ? Parce que le traumatisme ne dépend pas uniquement de l’acte subi, mais de l’écart entre cet acte et ce que le psychisme est capable d’intégrer dans un contexte donné.

Additionner une enfance battue dans une culture traditionnelle avec une enfance occidentale contemporaine revient à vouloir additionner choux et carottes. Les structures mentales, les attentes, les cadres symboliques n’ont rien de commun.

Dans certaines cultures et à certaines époques, la dureté faisait partie de l’ordre du monde. L’enfant n’était pas protégé du réel ; il y était préparé. La violence, condamnable moralement, s’inscrivait dans une continuité. Or le traumatisme suppose une rupture de sens.

Sans rupture, il n’y a pas de sidération, mais une structuration défensive.

À l’inverse, dans nos sociétés actuelles, où l’enfant est pensé comme devant être sécurisé, entendu, protégé, la moindre violence surgit comme une aberration radicale. Elle casse le monde tel qu’il est censé être. C’est là que naît le traumatisme.

Même acte. Effets psychiques radicalement différents.

Peut-on “s’habituer” à la maltraitance ?

Non, on ne s’habitue pas à un traumatisme.

Mais on peut s’organiser autour de la violence.

L’enfant maltraité quotidiennement ne vit pas une succession d’accidents psychiques. Il vit dans un système. Il développe des stratégies d’adaptation : anticipation, contrôle émotionnel, endurance, silence. Ce n’est pas une guérison. C’est une armure.

Et cette armure peut produire deux types d’adultes :

ceux qui s’effondrent plus tard, lorsque l’armure n’est plus nécessaire ;

et ceux qui transforment cette dureté en force intérieure.

La différence ne tient pas à la violence subie, mais à une question cruciale : y a-t-il eu du sens ?

Résilience : refuser la victimisation

La résilience n’est pas l’oubli. Elle n’est pas la négation de la souffrance.

Elle est la capacité à continuer à se projeter, là où le traumatisme interdit tout avenir.

Sortir du rôle de victime est l’acte fondateur de la résilience. Et il faut le dire sans faux-semblants : la posture de victime est confortable. Elle explique tout. Elle exonère tout. Elle fige tout.

La résilience commence là où l’on refuse cette position pour endosser une autre identité : celle de la guerrière.

Pas une héroïne romantique. Une survivante lucide.

La guerrière ne se définit pas par l’absence de chute, mais par une certitude : si elle tombe, personne ne viendra la relever.

La force doit donc être intérieure.

La force de la guerrière ne vient pas du refus de la chute, mais de la conscience que l’on devra se relever seule.

Adopter comme leitmotiv « le meilleur reste à venir » n’est pas un slogan. C’est un acte de foi radical. Une décision existentielle : croire que le sens n’est pas derrière soi, mais devant.

Foi et résilience : un constat clinique

Sur ce point, Cyrulnik est formel : les études le confirment. Les croyants, toutes traditions confondues, s’en sortent mieux.

Pourquoi ? Parce que la foi réinscrit le traumatisme dans un récit. Elle ne supprime pas la douleur, mais elle empêche la dislocation psychique. La souffrance devient un élément d’un plan qui dépasse l’individu.

C’est précisément ce que la modernité a perdu : la capacité à penser la souffrance autrement que comme une anomalie à éliminer.

« Un merveilleux malheur » : quand la résilience devient pensée

Cette conception de la résilience ne relève pas d’un optimisme naïf ; elle traverse toute l’œuvre de Boris Cyrulnik, et en particulier son livre devenu fondateur, Un merveilleux malheur.
Cyrulnik y développe une idée centrale, souvent mal comprise : le traumatisme ne devient pas
« merveilleux » en soi, il ne se transforme pas magiquement en chance.

Ce qui peut devenir merveilleux, c’est le travail psychique de transformation, la capacité à métaboliser la blessure pour en faire autre chose qu’un point d’arrêt.
Le malheur reste un malheur ; mais lorsqu’il est mis en récit, partagé, pensé, inscrit dans une trajectoire, il cesse d’être une condamnation. Il devient un matériau de construction identitaire. C’est là que se joue la résilience : non dans l’effacement du passé, mais dans la possibilité d’un avenir qui ne soit pas dicté par lui.

Le sens comme réparation : ce que Cyrulnik rappelle avec force

C’est précisément ce point que Cyrulnik a rappelé avec une clarté implacable : ce n’est pas l’événement qui détruit, mais l’absence de sens.

Un traumatisme devient psychiquement vivable lorsque le sujet parvient à l’inscrire dans un récit intelligible. Donner du sens ne supprime ni la douleur ni la violence de ce qui a été vécu, mais cela le rend acceptable, au sens clinique du terme : supportable, pensable, transmissible.

Sans récit, le trauma reste brut, enkysté, figé dans le corps et la mémoire.

Avec un récit, il devient expérience, et parfois même ressource.

Cyrulnik insiste également sur un point décisif : le repli sur soi aggrave le traumatisme.
Le silence, l’isolement, l’enfermement intérieur renforcent la sidération initiale.
À l’inverse, parler à un autre, à une communauté, dans un cadre symbolique permet au psychisme de reprendre mouvement.

Le lien répare là où la solitude détruit. La parole n’est pas un simple exutoire émotionnel : elle est un acte de reconstruction, une manière de réinscrire l’individu dans le monde des vivants.

Thérapie moderne ou guérison par l’étude ?

Toute thérapie repose sur un idéal implicite. Or, dans de nombreuses approches contemporaines, cet idéal est hédoniste : se sentir bien, se libérer, couper ce qui dérange, rompre les liens jugés « toxiques ».

La Torah propose l’exact inverse.

Ruth : la limite des thérapies sans horizon

Le témoignage de Ruth, contributrice d’Alliance, introduit un point de friction essentiel avec certaines approches thérapeutiques contemporaines.

Elle ne conteste pas le principe de la thérapie, mais interroge son idéal implicite : réparer un individu, certes, mais selon quelle norme, et en vue de quel but ?
Ruth souligne que nombre de thérapies modernes poursuivent un idéal centré sur le bien-être individuel immédiat, parfois au prix de la responsabilité, du lien et de la transmission.

Cette logique peut conduire à une lecture victimaire de l’histoire personnelle, où l’on apprend à se définir par ce qui a manqué ou blessé, plutôt que par ce que l’on est appelé à devenir.

À l’inverse, l’idéal de la Torah, rappelle-t-elle, refuse la victimisation et invite à un regard exigeant mais bienveillant sur le passé. Non pour nier la souffrance, mais pour l’inscrire dans une mission. La guérison ne consiste alors pas à se détacher de tout, mais à se tenir droit, en transformant l’épreuve en responsabilité.

Elle ne nie pas la souffrance, mais elle refuse la victimisation. Elle ne cherche pas le confort psychique, mais la transformation morale. Elle ne centre pas l’individu sur lui-même, mais l’inscrit dans une mission.

Boris Cyrulnik ne fait pas de morale, il fait de l’anthropologie

Quand Cyrulnik affirme que le sens répare, qu’un trauma devient vivable lorsqu’il est mis en récit, qu’il faut parler et ne pas se replier, il décrit exactement ce que le judaïsme pratique depuis des millénaires.

Ce que Lacan avait compris

C’est exactement ce que Jacques Lacan, pourtant non juif, avait perçu avec une lucidité remarquable. Il considérait les grands textes religieux, et le judaïsme en particulier, comme des systèmes de guérison de l’âme.

Sa formule, provocante mais éclairante, est restée célèbre :

On peut passer vingt ans en thérapie… ou étudier le Talmud.

Pourquoi le Talmud ?

Parce qu’il entraîne l’esprit à vivre dans la tension, la contradiction, la responsabilité. Il ne rassure pas. Il renforce.

Il ne flatte pas le moi blessé. Il le dépasse.

Là où certaines thérapies enferment dans le passé, le Talmud oblige à penser, à agir, à répondre. Il transforme la souffrance en matière de croissance. Il ne demande pas : que t’a-t-on fait ? mais que vas-tu en faire ?

Deux chemins, un choix

Il existe deux voies de guérison.

La première cherche à réparer l’individu pour qu’il souffre moins.

La seconde cherche à élever l’individu pour qu’il devienne plus grand que sa souffrance.

La première est parfois nécessaire.

La seconde est toujours exigeante.

Ce que la Torah, le Talmud, Cyrulnik et Lacan convergent à dire, chacun à leur manière, c’est que l’âme humaine ne guérit pas uniquement en revisitant le passé, mais en construisant un sens supérieur.

La résilience n’est pas une technique psychologique.

C’est une décision intérieure.

Et, souvent, un acte de foi.

Quand le sens précède la guérison

Ce que met en lumière ce parcours, de la clinique du traumatisme à la réflexion sur l’étude et la responsabilité, ce n’est pas une supériorité d’un système de pensée sur un autre, ni une invitation à la croyance.

C’est un constat anthropologique simple et exigeant : l’être humain ne se répare pas seulement par l’analyse de ce qu’il a subi, mais par la capacité à inscrire ce vécu dans un cadre de sens qui le dépasse.

Boris Cyrulnik ne propose ni morale ni salut ; il décrit un mécanisme fondamental du psychisme humain : sans récit, sans parole, sans lien, la blessure fige ; avec du sens, elle redevient vivable. Que ce sens prenne la forme d’une foi, d’une étude, d’un engagement ou d’une responsabilité assumée importe moins que le fait qu’il ouvre une trajectoire.
La résilience n’est alors ni un miracle ni une méthode, mais un mouvement : celui par lequel un individu cesse d’être défini par ce qui lui est arrivé et redevient auteur de ce qu’il va faire de sa vie.

 

New York bascule, les Juifs partent : l’élection du maire Mamdani déclenche une ruée vers l’immobilier en Israël

New York bascule, les Juifs partent : l’élection du maire Mamdani déclenche une ruée vers l’immobilier en Israël

« La pression a monté après la victoire de Mémadani, nous avons vidé nos économies et cherché une maison en
Israël »

Un tournant sur le marché immobilier israélien

La guerre, les manifestations contre Israël et l’antisémitisme croissant ont provoqué un changement net dans le marché immobilier : une hausse de l’intérêt des acheteurs étrangers et des Juifs de la diaspora notamment des États-Unis, du Royaume-Uni, mais aussi d’Australie et des Émiratspour l’achat de biens en Israël. Ils ne cherchent plus seulement de petites unités à but d’investissement, mais des logements destinés à un usage personnel et familial. 

Témoignage d’une Américaine : anxiété et décision radicale

Pour Sharon, résidente de Brooklyn, la conquête d’un poste de maire par Zohar Mémadani à New York a été un élément déclencheur.
Pour elle et son mari, parents de trois enfants, le climat s’est transformé en une source de peur quotidienne. « La pression et l’anxiété ont commencé après les événements du 7 octobre, toute la communauté juive du quartier est tombée dans une grande peur », raconte-t-elle. Face à cette détérioration du sentiment de sécurité, le couple a décidé de lever leurs économies pour acheter un appartement à Beit-Shemesh. 

Selon Sharon, la vie à New York a changé « en pire » ces derniers mois.
Elle confie avoir cessé de se rendre à Manhattan, redoutant les actes antisémites, qui, selon elle, se multiplient. Trouver une habitation qui corresponde à leurs critères communauté juive, établissements scolaires, environnement calme et non dense n’a pas été simple, mais ils ont finalement acquis un appartement de cinq pièces pour 2,65 millions de shekels dans le quartier Neve Shamir de Beit-Shemesh. 

Un marché remodelé par la peur et l’incertitude

Cette situation n’est pas isolée. Malgré un marche immobilier globalement morose en Israël, avec un volume de transactions faible et une part limitée d’investisseurs étrangers, les signes recueillis sur le terrain montrent que certaines catégories d’acheteurs se montrent plus actives, en particulier parmi les Juifs de l’étranger motivés par des raisons de sécurité et d’avenir familial. 

Les promoteurs constatent un intérêt croissant

À Neve Shamir, des promoteurs signalent un engouement soutenu des résidents de New York. D’après Naftali Bar-Natan, directeur des ventes pour un projet de la société Eldar, plusieurs familles venues des États-Unis craignent de rester à l’étranger.
Pour elles, acheter un bien en Israël apporte une assurance psychologique, même avant toute décision de faire aliyah. Certains prévoient de s’installer définitivement, d’autres veulent simplement un pied à terre. 

Des transactions significatives partout dans le pays

Ce phénomène se manifeste aussi au nord et au centre du pays. À Kiryat-Yam, un penthouse de quatre pièces a été vendu à un Américain pour 2,72 millions de shekels, et la même famille est déjà en discussions pour acheter un second logement.
D’autres promoteurs annoncent leur intention de participer à des salons immobiliers à l’étranger, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis, afin de renforcer cette tendance de ventes internationales. 

À Netanya, un penthouse de luxe de 185 m² a été vendu 18 millions de shekels à un Israélien revenu des États-Unis, ce qui constituerait l’une des transactions les plus élevées de l’année dans cette ville. 

Des acheteurs venus d’horizons variés

Même des citoyens israéliens vivant à l’étranger participent à cette dynamique. À Tel-Aviv, un appartement de 118 m² a été acquis par une famille bostonienne pour près de 7 millions de shekels, tandis que des acheteurs résidant à Miami ont acquis un trois pièces pour environ 4,6 millions de shekels. 

Par ailleurs, des acheteurs d’origine israélienne basés aux Émirats arabes unis ont acheté deux appartements trois pièces dans le quartier Nord-Ancien de Tel-Aviv pour environ 5,4 millions de shekels chacun. 

Un nouveau regard sur l’immobilier

Selon Roni Zohar, expert comptable et président de la société Capital Platinum, cette évolution témoigne d’une transformation profonde de la perception de l’immobilier israélien parmi les Juifs de la diaspora. Pour eux, un bien en Israël cesse d’être uniquement un actif financier et devient une garantie de stabilité et une « assurance » pour l’avenir de la famille. 

Les professionnels du secteur confirment que les acheteurs étrangers sont prêts à payer une prime pour la sécurité, la stabilité et des biens de qualité dans des emplacements stratégiques. Cette demande soutient les prix, même en période d’incertitude générale, et, d’après eux, devrait perdurer. 

Jérusalem et d’autres marchés attractifs

À Jérusalem, les prix continuent de grimper malgré une tendance générale à la baisse dans d’autres zones. C’est notamment le cas dans le quartier Givat Matos, où une famille du New Jersey a acquis une propriété de cinq pièces pour 4,075 millions de shekels, motivée par la montée de l’antisémitisme à l’étranger. 

Dans le même secteur, un penthouse de 128 m² a été vendu 4,8 millions de shekels à une famille londonienne, et une autre unité a été achetée par une citoyenne sud-africaine pour 3,6 millions de shekels, achevée à distance via Zoom. 

Le marché secondaire n’est pas en reste

Sur le marché de l’occasion, les professionnels remarquent également une augmentation des requêtes de la part d’acheteurs étrangers, souvent dans le but d’acheter pour leurs enfants ou leurs petits-enfants. Certaines zones moins prisées jusqu’ici, comme Petah-Tikva et ses environs, suscitent désormais de l’intérêt, signe d’une réévaluation des priorités des acquéreurs face à l’augmentation des actes antisémites à l’étranger. 

 

Petite enfance en danger en Israël : l’État absent face aux crèches clandestines

Petite enfance en danger en Israël : l’État absent face aux crèches clandestines

Qui protège nos enfants ?

Un demi-million de tout-petits sans surveillance adéquate

En Israël, près d’un demi-million d’enfants âgés de la naissance à trois ans vivent sur le territoire. Environ deux-tiers d’entre eux sont dans des structures sous un certain niveau de supervision. Par voie de conséquence, un nombre élevé d’enfants se trouve dans des environnements sans aucun contrôle officiel. 

Certains de ces tout-petits sont encore très jeunes et restent avec un parent à la maison, profitant d’un congé parental notoirement trop court. D’autres sont confiés à une grand-mère ou à une assistante maternelle privée. Dans quelques cas, une seule garde s’occupe de cinq ou six enfants — un effectif en deçà du seuil légal qui impose déclaration et supervision. 

L’envers du drame : des garderies clandestines sans garde-fous

Mais il existe aussi des situations bien plus dangereuses : comme l’a révélé hier un drame qui a profondément marqué le pays, des enfants sont laissés derrière des portes closes, dans des appartements où se trouvent huit, neuf, dix et parfois des dizaines de tout-petits sous la responsabilité d’une ou deux personnes seulement. 

Dans ces lieux clandestins, aucun regard extérieur n’a vérifié la sécurité des prises électriques, l’accès à un poêle allumé ou la présence (ou l’absence) de grilles aux fenêtres. Quant à l’exposition suffisante à des stimuli essentiels au développement cérébral rapide à cet âge, elle est tout simplement inexistante. 

Une absence de données et une responsabilité diluée

Combien d’enfants se trouvent dans ces conditions ? Personne ne le sait. Toute tentative de chiffrer le phénomène revient à « une conversation avec trois singes » : personne n’a vu, personne n’a entendu. 

La responsabilité de la petite enfance en Israël est éparpillée entre plusieurs institutions, ce qui devient une méthode efficace d’évacuation des responsabilités. Le ministère de la Santé gère les centres de développement infantile, le ministère du Bien-être social supervise les structures pour enfants à risque, le ministère du Travail finance les allocations pour parents travailleurs, et le ministère de l’Éducation est censé contrôler les structures elles-mêmes. 

Des avancées insuffisantes, désormais menacées

Le transfert de la responsabilité du contrôle au ministère de l’Éducation en 2022 a apporté quelques améliorations, notamment des budgets et des postes visant à renforcer la supervision et la formation pédagogique. La loi sur la supervision des structures pour la petite enfance a aussi imposé une obligation de surveillance aux structures privées. 

Pourtant, selon un rapport récent de l’Institut israélien pour l’éducation de la petite enfance du Collège Oranim, seulement une soixantaine d’inspectrices supervisent plus de 6 000 structures. Cela constitue certes un progrès par rapport aux années précédentes, mais difficilement qualificable de surveillance rigoureuse. Et ces inspectrices ne contrôlent que les structures dûment enregistrées et déclarées. 

Alors, qui veille sur les enfants laissés dans des garderies illégales ?
La réponse tragique, comme l’a montré hier la réalité, est : personne. 

Un budget en baisse au moment où il faut renforcer le contrôle

De manière tragique, la proposition de budget soumise hier au gouvernement inclut une nouvelle réduction des fonds consacrés à l’application des règles de supervision des garderies. Selon une analyse publiée par la Fondation Berl Katznelson, le budget alloué à ces fonctions, déjà réduit progressivement ces dernières années, devrait atteindre 46 millions de shekels en 2026, contre environ 190 millions en 2023. 

Des poches d’abandon et des inégalités persistantes

Les décennies de négligence envers la petite enfance commencent peut-être à être comblées  ici une réforme, là une supervision accrue, et de nombreuses initiatives de la société civile ou des autorités locales. 

Mais bien avant ces coupes budgétaires, le déficit restait abyssal, particulièrement dans les zones les plus défavorisées d’Israël. Là où la pauvreté est élevée et les infrastructures fragiles, l’État est presque absent. 

La coalition peut invoquer la « gouvernance », mais elle ignore des chiffres révélateurs : dans la société arabe, par exemple, seul un pourcentage infime des tout-petits fréquente des structures supervisées. Dans cette sorte de zone hors droit du système éducatif pré-scolaire israélien, ce sont les enfants des couches sociales marginales qui paient le prix fort, parfois jusqu’à la mort.