Petite enfance en danger en Israël : l’État absent face aux crèches clandestines

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Petite enfance en danger en Israël : l’État absent face aux crèches clandestines

Qui protège nos enfants ?

Un demi-million de tout-petits sans surveillance adéquate

En Israël, près d’un demi-million d’enfants âgés de la naissance à trois ans vivent sur le territoire. Environ deux-tiers d’entre eux sont dans des structures sous un certain niveau de supervision. Par voie de conséquence, un nombre élevé d’enfants se trouve dans des environnements sans aucun contrôle officiel. 

Certains de ces tout-petits sont encore très jeunes et restent avec un parent à la maison, profitant d’un congé parental notoirement trop court. D’autres sont confiés à une grand-mère ou à une assistante maternelle privée. Dans quelques cas, une seule garde s’occupe de cinq ou six enfants — un effectif en deçà du seuil légal qui impose déclaration et supervision. 

L’envers du drame : des garderies clandestines sans garde-fous

Mais il existe aussi des situations bien plus dangereuses : comme l’a révélé hier un drame qui a profondément marqué le pays, des enfants sont laissés derrière des portes closes, dans des appartements où se trouvent huit, neuf, dix et parfois des dizaines de tout-petits sous la responsabilité d’une ou deux personnes seulement. 

Dans ces lieux clandestins, aucun regard extérieur n’a vérifié la sécurité des prises électriques, l’accès à un poêle allumé ou la présence (ou l’absence) de grilles aux fenêtres. Quant à l’exposition suffisante à des stimuli essentiels au développement cérébral rapide à cet âge, elle est tout simplement inexistante. 

Une absence de données et une responsabilité diluée

Combien d’enfants se trouvent dans ces conditions ? Personne ne le sait. Toute tentative de chiffrer le phénomène revient à « une conversation avec trois singes » : personne n’a vu, personne n’a entendu. 

La responsabilité de la petite enfance en Israël est éparpillée entre plusieurs institutions, ce qui devient une méthode efficace d’évacuation des responsabilités. Le ministère de la Santé gère les centres de développement infantile, le ministère du Bien-être social supervise les structures pour enfants à risque, le ministère du Travail finance les allocations pour parents travailleurs, et le ministère de l’Éducation est censé contrôler les structures elles-mêmes. 

Des avancées insuffisantes, désormais menacées

Le transfert de la responsabilité du contrôle au ministère de l’Éducation en 2022 a apporté quelques améliorations, notamment des budgets et des postes visant à renforcer la supervision et la formation pédagogique. La loi sur la supervision des structures pour la petite enfance a aussi imposé une obligation de surveillance aux structures privées. 

Pourtant, selon un rapport récent de l’Institut israélien pour l’éducation de la petite enfance du Collège Oranim, seulement une soixantaine d’inspectrices supervisent plus de 6 000 structures. Cela constitue certes un progrès par rapport aux années précédentes, mais difficilement qualificable de surveillance rigoureuse. Et ces inspectrices ne contrôlent que les structures dûment enregistrées et déclarées. 

Alors, qui veille sur les enfants laissés dans des garderies illégales ?
La réponse tragique, comme l’a montré hier la réalité, est : personne. 

Un budget en baisse au moment où il faut renforcer le contrôle

De manière tragique, la proposition de budget soumise hier au gouvernement inclut une nouvelle réduction des fonds consacrés à l’application des règles de supervision des garderies. Selon une analyse publiée par la Fondation Berl Katznelson, le budget alloué à ces fonctions, déjà réduit progressivement ces dernières années, devrait atteindre 46 millions de shekels en 2026, contre environ 190 millions en 2023. 

Des poches d’abandon et des inégalités persistantes

Les décennies de négligence envers la petite enfance commencent peut-être à être comblées  ici une réforme, là une supervision accrue, et de nombreuses initiatives de la société civile ou des autorités locales. 

Mais bien avant ces coupes budgétaires, le déficit restait abyssal, particulièrement dans les zones les plus défavorisées d’Israël. Là où la pauvreté est élevée et les infrastructures fragiles, l’État est presque absent. 

La coalition peut invoquer la « gouvernance », mais elle ignore des chiffres révélateurs : dans la société arabe, par exemple, seul un pourcentage infime des tout-petits fréquente des structures supervisées. Dans cette sorte de zone hors droit du système éducatif pré-scolaire israélien, ce sont les enfants des couches sociales marginales qui paient le prix fort, parfois jusqu’à la mort. 

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