Claudine Douillet

Claudine Douillet,st fondatrice, gérante et rédactrice en chef d'Alliance, premier magazine juif francophone créé sur le web en 1996. Depuis près de trente ans, elle dirige la ligne éditoriale du titre, en assurant une veille quotidienne de l'actualité israélienne et juive internationale, traduite et adaptée pour le lectorat francophone.
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Les articles de Claudine Douillet

Jérusalem : Une tombe hébraïque en dessous de leurs pas au cœur de la Cité de David -vidéo-

Jérusalem : Une tombe hébraïque en dessous de leurs pas au cœur de la Cité de David -vidéo-

Découverte inattendue au cœur de Jérusalem antique

JÉRUSALEM – Une équipe d’étudiants effectuant des travaux de terrain sur le site archéologique de la Ville de David (חֲרוּבוֹת עִיר דָּוִד), au sud de la vieille ville de Jérusalem, est à l’origine d’une découverte qui a surpris jusqu’aux archéologues seniors responsables du projet.

Ce matin, alors qu’ils procédaient à des opérations de nettoyage dans une zone de circulation quotidienne, les jeunes participants ont appelé leurs superviseurs :
« Venez voir ce que nous avons trouvé ». Selon Haim Luo, coordinateur du chantier, les étudiants n’en croyaient pas leurs yeux. Dans le sentier même qu’ils arpentaient chaque jour, un vestige funéraire est apparu, visible à la surface du sol.

 

En retirant la terre, l’équipe est tombée sur une tombe ancienne comportant une inscription en caractères hébraïques, un élément suffisamment rare pour susciter une émotion palpable chez les participants. « Nous avons vu une petite stèle portant un nom que nous n’avons pas encore réussi à déchiffrer clairement, et le nom de famille ‘אלנקווה’ (Elankav) », a expliqué Luo. L’identification précise des inscriptions et de l’âge de la sépulture est en cours, mais il s’agit d’un témoignage direct d’une présence humaine ancienne à cet endroit, dans l’une des zones les plus stratifiées de la Jérusalem antique.

Un site au long passé archéologique

La Ville de David est depuis plus d’un siècle un des lieux les plus intensivement étudiés en Israël, considéré comme le noyau historique de l’ancienne Jérusalem, du Bronze ancien jusqu’à la période romaine. Les fouilles ont mis au jour des structures, des tunnels, des couches d’occupation successives et des artefacts datés de plusieurs millénaires, certains suggérant une continuité d’habitation dès le premier millénaire avant notre ère.

La localité est identifiée par de nombreux spécialistes à l’emplacement de l’ancienne cité de Jébus conquise par le roi David, bien que le débat scientifique sur l’interprétation exacte des vestiges se poursuive.

Dans ce contexte lourdement stratifié, la découverte d’un élément anthropologique ou funéraire, visible sans fouille systématique approfondie, est exceptionnelle. D’ordinaire, les sépultures et autres témoignages humains ne sont identifiés que lors de campagnes de fouilles méthodiques, souvent après avoir retiré plusieurs couches de vestiges plus récents ou perturbés.

Une expérience humaine pour les étudiants

Pour les étudiants impliqués dans les travaux, cette découverte a transformé une journée de corvée archéologique en une rencontre directe avec l’histoire humaine. « C’est un souffle qui nous est donné », a commenté l’un des superviseurs. « Nous étions engagés dans un travail difficile de nettoyage – poussière, tri, répétition – et soudain, le matin, ils trouvent des signes tangibles de leur travail : pas seulement de la poussière ou du tri, mais un lien avec la mort et notre histoire ».

La direction du projet prévoit maintenant de documenter, cartographier et analyser ce secteur précis, avec une équipe d’épigraphistes et d’archéologues spécialisés pour déchiffrer l’inscription et dater précisément la sépulture. Cette étape pourrait éclairer non seulement l’identité éventuelle des personnes inhumées, mais aussi la chronologie et les pratiques funéraires de cette portion méconnue du site.

Un site au centre d’enjeux historiques et politiques

Outre son intérêt strictement scientifique, la Ville de David constitue un carrefour de controverses archéologiques et politiques. Situé aujourd’hui au sein du quartier de Silwan (Wadi Hilweh), le site, géré en grande partie par des autorités israéliennes, a été le théâtre de débats intenses entre archéologues, historiens et responsables politiques sur l’interprétation des vestiges et leur signification symbolique pour les différentes communautés qui revendiquent Jérusalem.

La découverte récente par ces étudiants rappelle que, au-delà des polémiques et des lourdes analyses académiques, l’archéologie est aussi une fenêtre ouverte sur des vies humaines concrètes, enfouies depuis des siècles, qui continuent de surgir au hasard des pioches et des pelles pour nous raconter, pierre par pierre, ce que fut la vie à Jérusalem autrefois.

Enquête en cours : l’autorité archéologique israélienne confirme qu’une étude approfondie du vestige, incluant datation scientifique et lecture complète des inscriptions, devrait être publiée dans les prochaines semaines.

(En savoir plus sur l’histoire et les découvertes du site de la Ville de David : renseignements contextuels disponibles.)

Une star d’Hollywood s’embarque dans la saga israélienne Ba'hourim Tovim 3

Une star d’Hollywood s’embarque dans une saga israélienne Ba'hourim Tovim 3

Une star d’Hollywood s’embarque dans une saga israélienne

L’acteur américain Michael Rapaport, figure bien connue du cinéma et de la télévision outre-Atlantique, s’apprête à rejoindre le tournage du troisième volet de Ba’hourim Tovim (The Good Guys 3), phénomène culturel israélien. Rapaport, 55 ans, est attendu cette semaine en Israël pour entamer les prises de vues qui se dérouleront entre Tel-Aviv et New York. 

Michael Rapaport s’est imposé depuis trois décennies à Hollywood avec des apparitions remarquées dans des séries et films marquants — Friends, Prison Break, Atypical mais aussi dans le stand-up et le cinéma indépendant. 

Un rôle clé au cœur d’un récit culturellement singulier

Dans Ba’hourim Tovim 3, Rapaport incarnera Michael Gerstel, un milliardaire orthodoxe new-yorkais au rôle central dans la dynamique du récit.
Son arrivée dans l’univers du film, où il propose un mariage arrangé pour sa fille contre une somme importante, propulse le protagoniste Baruch Auerbach — jeune entremetteur d’expérience à Bnei Brak — dans un conflit moral entre valeurs spirituelles et tentations matérielles. 

Aux côtés de Rapaport figurent les acteurs israéliens Maor Schweitzer, Niv Sultan et Irit Kaplan, tous déjà emblématiques de la franchise depuis ses débuts, ainsi que de nouveaux visages comme Yadin Gelman, Moshe Ashkenazi et Naya Binenstock. 

Une franchise populaire qui explore des codes sociaux spécifiques

La saga Ba’hourim Tovim tire son origine du film Matchmaking (Bahourim Tovim en hébreu), comédie romantique qui a su capter un large public israélien en mêlant humour, traditions et satire légère autour des pratiques de rencontres arrangées dans la communauté ultra-orthodoxe. 

À l’instar du premier opus, qui a offert au public un regard différent sur ces rituels culturels — comparable à une version orthodoxe du Roméo et Juliette sans tragédie — le troisième film promet de poursuivre cette exploration à travers de nouveaux défis pour ses personnages. 

Rapaport, un engagement personnel qui dépasse le cinéma

L’implication de Michael Rapaport dans ce projet ne se limite pas à un simple rôle de cinéma. L’acteur est devenu, depuis les attaques du 7 octobre 2023, une figure particulièrement vocale du soutien à Israël dans les médias internationaux, multipliant les voyages de solidarité vers le pays, rencontrant familles de victimes et soldats, et s’exprimant publiquement pour défendre ce qu’il considère comme la justice et la sécurité israéliennes. 

Ses prises de position ne sont pas sans controverse : il a critiqué de nombreuses figures du divertissement pour leur silence ou leur indifférence face à la montée de l’antisémitisme et aux événements du conflit, affirmant que son engagement lui a parfois coûté des opportunités professionnelles à Hollywood. 

Une saga qui dépasse le simple divertissement

Depuis sa sortie, le premier Ba’hourim Tovim est devenu un phénomène dans le cinéma israélien, rassemblant des centaines de milliers de spectateurs et installant durablement une franchise rare dans l’industrie locale. Le succès de trois épisodes consécutifs constitue un accomplissement peu fréquent dans l’histoire du cinéma d’Israël. 

Ba’hourim Tovim 3 s’annonce comme une comédie dramatique où l’humour traditionnel israélien et les quiproquos sociaux continuent de questionner la place de l’amour, des valeurs et de la modernité au sein d’un monde encore fortement ancré dans ses traditions. 

 

Le "bébé aryen idéal" des nazis, qui était juive, s'est éteinte à 91 ans

Le "bébé aryen idéal" des nazis, qui était juive, s'est éteinte à 91 ans

Le "bébé aryen idéal" des nazis, qui était juive, s'est éteinte à 91 ans

Hessy Levinsons Taft, dont le portrait d'enfant a servi de symbole à la propagande nazie malgré ses origines juives, est décédée le 14 décembre 2025 à son domicile de San Francisco, à l'âge de 91 ans. Née le 17 mai 1934 à Berlin, elle incarnait une ironie cruelle du régime hitlérien.

Une enfance sous le signe du mensonge racial

Fille de Jacob Levinsons, chanteur d'opéra letton, et de Pauline Levinsons, cantatrice, Hessy est photographiée à six mois par Hans Ballin, un professionnel berlinois.
Sans le savoir initialement, ses parents voient ce cliché soumis à un concours lancé par le ministère de la Propagande de Joseph Goebbels, visant à sélectionner le "bébé aryen parfait" parmi des soumissions de dix photographes. Ballin, conscient des origines juives de l'enfant, inclut la photo pour ridiculiser les nazis.
Goebbels la choisit personnellement, et elle orne la couverture du magazine nazi Sonne ins Haus en juin 1935, avant d'être reproduite sur des cartes postales et des affiches.

La découverte et les craintes familiales

Lorsque Pauline Levinsons aperçoit la photo en kiosque, la panique s'empare de la famille. Craignant que l'identité juive de Hessy ne soit révélée, ils limitent ses sorties publiques. Jacob est brièvement arrêté par la SS, mais libéré. Ballin avoue à Pauline son intention moqueuse : "Je le savais, mais je voulais tourner les nazis en ridicule." Cet épisode accélère leur décision de fuir.

Un exil périlleux à travers l'Europe et au-delà

En 1938, les Levinsons quittent Berlin pour Riga en Lettonie, puis Paris. Avec l'invasion nazie de la France en 1940, ils obtiennent des visas pour Cuba grâce à la Résistance française, y arrivant en 1942. Pauline cache trois exemplaires du magazine dans des partitions musicales durant la fuite. La famille s'établit aux États-Unis en 1949, où Hessy adopte le nom de Taft après son mariage avec Earl Taft, professeur de mathématiques.

Une carrière scientifique remarquable

Aux États-Unis, Hessy étudie la chimie à l'université Columbia et devient professeure à l'université Saint John's de New York, tout en enseignant à Princeton. Mère de deux enfants, elle mène une vie académique épanouie, loin des ombres du passé. En 2014, à 80 ans, elle confie dans une interview : "C'est une revanche. J'aurais aimé le dire plus tôt, quand plus de nazis étaient encore vivants."

L'héritage et le don à la mémoire

En 2014, accompagnée de son mari, Hessy remet un exemplaire original du magazine à Yad Vashem à Jérusalem, dans le cadre de l'opération "Rassembler les fragments" pour collecter des artefacts de la Shoah. Ce geste symbolise sa victoire sur l'absurdité nazie. Son histoire, documentée dans des archives comme celles du United States Holocaust Memorial Museum, rappelle les failles grotesques du racisme hitlérien.

Les circonstances du décès

Le décès est survenu le jour du Nouvel An, sans que les sources officielles n'aient communiqué de cause précise. L'information a été rendue publique quelques jours plus tard, le 9 janvier 2026, avec la publication d'une nécrologie détaillée dans le New York Times. Wikipedia et d'autres références ont rapidement mis à jour sa biographie pour indiquer la date du 1er janvier 2026 comme date de décès, à San Francisco, où elle résidait depuis de nombreuses années.

Une vie marquée par l'ironie de l'histoire

Cette disparition clôt une existence exceptionnelle : née le 17 mai 1934 à Berlin de parents juifs lettons (Jacob et Pauline Levinsons), Hessy fut photographiée à six mois par Hans Ballin. Ce dernier, conscient de ses origines juives, soumit le cliché à un concours nazi visant à désigner le « plus beau bébé aryen ». Joseph Goebbels en personne choisit la photo, qui orna la couverture du magazine Sonne ins Haus en 1935 et fut largement diffusée.

La famille, terrifiée par les risques, cacha l'enfant et accéléra son exil (Lettonie, France, Cuba puis États-Unis en 1949). Hessy, devenue chimiste et professeure (diplômée de Barnard College et Columbia University), transforma cet épisode en symbole de revanche. Elle déclara notamment : « C’est une bonne revanche » et, en 2014, fit don d’un exemplaire original du magazine à Yad Vashem.

Son mari, le mathématicien Earl Taft, l’avait précédée en 2021. Hessy Levinsons Taft laisse derrière elle deux enfants et une histoire qui illustre, avec une ironie tragique, l’absurdité du racisme nazi

New York : premier revers judiciaire pour le maire Zohran Mamdani face à un investisseur israélien

New York : premier revers judiciaire pour le maire Zohran Mamdani face à un investisseur israélien

New York : premier revers judiciaire pour le maire Zohran Mamdani face à un investisseur israélien

Un camouflet dès les premiers jours

À peine investi, le 1er janvier 2026, Zohran Mamdani essuie sa première défaite majeure.
Un juge fédéral des faillites a rejeté, le 8 janvier, la demande de la Ville de New York de suspendre la vente de plus de 5 100 appartements à loyer stabilisé, permettant à Summit Properties USA – filiale américaine du groupe israélien Summit Real Estate Holdings, coté à la Bourse de Tel-Aviv et contrôlé par Zohar Levy – de remporter l’enchère pour 451,3 millions de dollars.

Un portefeuille en détresse chronique

Les 5 100 logements, répartis dans une centaine d’immeubles à Brooklyn, Manhattan, dans le Bronx et le Queens, appartenaient au Pinnacle Group de Joel Wiener.
Placée en chapitre 11 en mai 2025, l’entreprise n’a pu rembourser plus de 500 millions de dollars de dettes et traîne des milliers de violations au code du logement : fuites, infestations, absence de chauffage, plafonds effondrés. Les locataires, majoritairement issus de communautés modestes, vivent depuis des années dans des conditions indignes.

L’offensive symbolique du nouveau maire

Élu sur un programme socialiste et de défense des locataires, Zohran Mamdani a fait de ce dossier son premier combat médiatique. Le jour de son investiture, il s’est rendu dans un immeuble de Flatbush, à Brooklyn, s’agenouillant devant les caméras pour constater l’état du parquet et des robinets rouillés. La Ville a immédiatement déposé une motion demandant un report de trente jours de l’enchère afin d’identifier un repreneur alternatif, idéalement une structure à but non lucratif ou un opérateur social. Les avocats municipaux ont souligné que Summit Properties USA affichait déjà plus de 780 violations ouvertes sur son parc new-yorkais, dont près de 300 classées dangereuses, et que Pinnacle devait encore 12,7 millions de dollars d’amendes à la Ville.

La décision implacable du juge

Le juge fédéral des faillites a refusé la suspension demandée et autorisé l’enchère à se tenir le lendemain. Summit Properties USA l’a emportée sans surenchère significative. La transaction, validée depuis, efface plus de 275 millions de dollars de dettes grevant les immeubles et libère des liquidités pour les réparations, selon l’acquéreur.

Les réactions des deux camps

Leila Bozorg, adjointe au maire chargée du logement, a déclaré que la municipalité « examinait toutes les options » et continuerait d’exiger du nouveau propriétaire le respect strict des normes et des loyers stabilisés.

De son côté, Zohar Levy, président de Summit, a salué une « bonne nouvelle pour les locataires » : « Cette acquisition apporte la stabilité financière nécessaire pour investir massivement dans la rénovation et la maintenance, négligées pendant des années. » L’entreprise affirme que les violations existantes sur son parc actuel sont en cours de traitement.

Ce revers judiciaire, intervenu moins de dix jours après l’entrée en fonction de Zohran Mamdani, met déjà à l’épreuve sa capacité à tenir ses promesses en matière de logement abordable.

La publicité communautaire repose sur la capacité d’un média à s’adresser à un public ciblé dans un contexte de confiance.

 

« Il est sioniste » : appels au boycott du live-action « Raiponce » de Disney

« Il est sioniste » : appels au boycott du live-action « Raiponce » de Disney

« Il est sioniste » : appels au boycott du live-action « Raiponce » de Disney en raison de la star juive principale

Juste après l’annonce par Disney du casting de son adaptation en prise de vue réelle de Raiponce, une vague d’appels au boycott du film a déferlé sur les réseaux sociaux. Le choix de l’acteur Milo Manheim, accusé de soutenir Israël depuis le 7 octobre, est au cœur de la polémique.

Un casting qui divise au-delà des fans

Le choix de l’acteur judéo-américain Milo Manheim – révélé dans la saga Zombies – pour incarner Flynn Rider dans la version live-action de Raiponce (Tangled) a d’abord enthousiasmé de nombreux fans. Mais l’annonce officielle de Disney a rapidement pris une tournure politique inattendue.

Quelques heures après la révélation du casting, des internautes ont lancé des appels au boycott du film, reprochant à l’acteur d’être « sioniste » et de soutenir Israël.

Des publications de 2023 pointées du doigt

Les critiques visant Milo Manheim portent principalement sur ses prises de position passées et son activité sur les réseaux sociaux en lien avec le conflit israélo-palestinien. Des internautes ont notamment exhumé un post publié fin 2023, dans lequel il exprimait sa solidarité avec les victimes israéliennes du 7 octobre. Ses détracteurs lui reprochent de n’avoir jamais publiquement équilibré ce message en évoquant la situation à Gaza.

Captures d’écran et interprétations

Des captures d’écran de ses interactions sur les réseaux – likes, commentaires, abonnements, partages – ont également circulé, certains y voyant des indices supplémentaires de ses convictions. À ce stade, l’acteur n’a pas commenté directement la controverse.

Le choix de ce rôle emblématique a encore attisé le débat : certains fans estiment que cette polémique jure avec l’esprit de Flynn Rider, perçu comme un personnage rebelle, anti-establishment et proche du peuple.

#BoycottTangled prend de l’ampleur

Le tournage de Raiponce doit débuter début 2026. Pendant ce temps, le hashtag #BoycottTangled (« Boycott Raiponce ») gagne du terrain sur les réseaux.

« Les gens sont scandalisés par le casting de Milo “le sioniste” Manheim dans Raiponce, comme si Disney ne versait pas déjà des millions à Israël », ironise un utilisateur sur X, avant d’ajouter : « On parle de boycotter maintenant, alors que selon eux, il aurait fallu commencer en 2023. »

D’autres voix similaires s’élèvent : « Je ne suis même pas surpris que Disney soutienne Israël et choisisse son “sioniste” préféré. » La controverse, encore naissante, pourrait bien accompagner le projet tout au long de sa production

« Ils ont frappé un enfant de 11 ans » : agression antisémite contre des judokas israéliens en Pologne

« Ils ont frappé un enfant de 11 ans » : agression antisémite contre des judokas israéliens en Pologne

« Ils ont frappé un enfant de 11 ans » : une délégation israélienne de judo agressée lors d’un tournoi en Pologne

Une grave agression visant une délégation israélienne lors d’un tournoi de judo en Pologne

Une grave incident a visé une importante délégation israélienne lors d’un tournoi de judo réservé aux enfants et adolescents en Pologne. Alors que les entraîneurs contestaient calmement une décision arbitrale, ils ont été victimes d’insultes et de violences physiques sous les yeux des jeunes sportifs. La délégation israélienne a finalement été expulsée de la compétition et s’est retranchée dans son hôtel, craignant pour sa sécurité.

Le témoignage d’un entraîneur : une escalade raciste

Daniel Barshadsky, l’un des entraîneurs de la délégation, a raconté l’incident dans le journal du matin :

« Nous étions venus pour un stage d’entraînement suivi du tournoi. L’arbitrage était clairement biaisé en faveur des Polonais à plusieurs reprises. Nous avons demandé, très posément, à revoir certaines décisions et à consulter les vidéos. Les entraîneurs polonais se sont alors approchés, ont commencé à nous bousculer physiquement. Les organisateurs ont ensuite lancé des insultes antisémites en polonais. C’est là que la situation a dégénéré en violence ouverte. »

Un fond antisémite incontestable

Interrogé sur l’origine de cette violence – simple chauvinisme sportif ou antisémitisme –, Daniel Barshadsky répond sans hésitation :

« C’était clairement antisémite. On a entendu des “Free Palestine” et des injures contre les Juifs. Tout s’est déroulé devant les enfants. Des bouteilles ont volé, certains ont essayé de nous séparer. Nous nous sommes défendus, mais avec mesure. »

Selon lui, l’absence de sécurité efficace a aggravé la situation. À l’arrivée des forces de l’ordre, ce sont les Israéliens qui ont été emmenés, traités comme les agresseurs. « On nous a disqualifiés sous les applaudissements nourris d’un millier de personnes. C’était extrêmement pénible », raconte-t-il.

« Nous sommes partis la tête haute »

L’entraîneur souligne que la venue avait été préparée avec soin : « Nous avions vérifié que la Pologne était un lieu sûr pour des Israéliens. Les organisateurs avec qui nous avions échangé s’étaient montrés courtois. Ils savaient d’où nous venions ; nous concourions sous drapeau israélien. Malgré tout, ils ont poussé et frappé un enfant de 11 ans. J’ai tenu à dire aux enfants de sortir la tête haute, de ne pas avoir honte d’être israéliens. »

Perspectives d’avenir compromises

Le stage d’entraînement prévu en Pologne a été annulé. Les clubs locaux refusent désormais d’accueillir des Israéliens. « L’ambassadeur intervient pour nous trouver d’autres lieux d’entraînement », conclut Daniel Barshadsky, soulignant la déception profonde après un incident

Trump vs Khamenei : "On Va Commencer à Tirer" – L'Iran au Bord du Collapse Régime et de la Guerre

Trump vs Khamenei : "On Va Commencer à Tirer" – L'Iran au Bord du Collapse Régime et de la Guerre

Crise Iranienne : Un Soulèvement Populaire Réprimé dans le Sang

Les rues d'Iran s'embrasent à nouveau. Depuis fin décembre 2025, des millions d'Iraniens descendent dans les villes comme Téhéran et Mashhad, défiant le régime théocratique de l'ayatollah Khamenei.
Ces manifestations, déclenchées par une crise économique dévastatrice – inflation galopante à plus de 42 % et effondrement du rial – ont évolué en un appel massif pour un changement de régime. Alors que le pouvoir répond par une répression violente, les États-Unis brandissent la menace d'une intervention militaire, alimentant une tension géopolitique explosive. Voici un bilan documenté, basé sur des sources fiables internationales, qui révèle l'ampleur humaine de cette crise.

Les Manifestations : Une Révolte Économique Devenue Politique

Les protestations ont débuté le 28 décembre 2025 face à la détérioration des conditions de vie : prix en hausse, chômage massif et corruption endémique. Rapidement, les slogans "Mort au dictateur" et "Vive le Shah" ont résonné, symbolisant un rejet profond de la République islamique.
Des millions de manifestants ont envahi les rues, brûlant des banques, des mosquées et des bâtiments gouvernementaux dans plus de 50 incidents vérifiés. Le régime a imposé un blackout internet total depuis le 8 janvier 2026, l'un des plus sévères jamais enregistrés, pour masquer l'étendue des violations des droits humains.

Ce soulèvement représente la plus grande menace pour le régime depuis 1979, forçant Khamenei à accuser les États-Unis et Israël d'ingérence étrangère. Pourtant, les racines sont internes : une population exaspérée par des décennies d'isolement et de sanctions.

Bilan Humain : Morts, Blessés et Arrestations Massives

Le coût humain est tragique et sous-estimé en raison du blackout. Selon l'agence HRANA, au moins 65 personnes ont été tuées et 2 311 arrêtées depuis le début des protestations.
Des rapports plus récents d'activistes et de médias indépendants portent ce bilan à 116 morts confirmés, dont au moins 9 enfants, avec des estimations jusqu'à 217 décès dans les hôpitaux de Téhéran seuls. Les forces de sécurité utilisent des armes à feu en rafale, des gaz lacrymogènes et même des armes lourdes contre les foules désarmées.

Les blessés se chiffrent en centaines, voire plus : des hôpitaux débordés à Téhéran ont reçu plus de 70 corps en une seule journée, avec des centaines d'autres traités pour des blessures par balles ou des impacts de gaz. Amnesty International et Iran Human Rights dénoncent des crimes contre l'humanité, incluant des attaques sur les établissements médicaux et des arrestations arbitraires de plus de 2 600 personnes, dont des leaders protestataires armés selon la version officielle – une affirmation contestée par les observateurs indépendants.

Ces chiffres, vérifiés par des ONG comme HRANA et des médias comme BBC et CBS, soulignent une escalade meurtrière : le régime est passé de la qualification de "émeutiers" à "terroristes", justifiant une répression sans merci.

La Réponse du Régime : Blackout et Menaces Internes

Face à l'ampleur des manifestations, l'Iran a activé un "kill switch" internet pour isoler la population et cacher les atrocités. L'armée a rejoint la police dans la répression, avec des promesses de "dialogue" pour les griefs légitimes mais des vœux de fermeté contre les "rioters". Khamenei a accusé Trump d'avoir "les mains tachées de sang iranien", rejetant toute ingérence extérieure tout en intensifiant les arrestations et les tirs à balles réelles.

Menaces Américaines : Discussions Militaires et Avertissements de Trump

De l'autre côté de l'Atlantique, l'administration Trump ne reste pas inactive. Le président a renouvelé ses avertissements : si la répression continue, les États-Unis pourraient "commencer à tirer" ou lancer des frappes contre des sites militaires iraniens.

Des responsables américains ont tenu des discussions préliminaires sur des options militaires, incluant des bombardements aériens à grande échelle, bien que le CENTCOM insiste sur l'absence de plans immédiats ou de mouvements de troupes hostiles.
Ces repositionnements – comme des B-52 et des porte-avions dans le Golfe – sont qualifiés de "routiniers", mais ils exacerbent les tensions.

Trump a promis de soutenir le peuple iranien, transformant une crise interne en un dilemme stratégique régional impliquant Israël et les alliés sunnites.

Conséquences Géopolitiques : Un Point de Non-Retour ?

Cette crise risque d'embraser le Moyen-Orient. L'ONU a lancé un avertissement contre un bain de sang supplémentaire, tandis que des analystes comme ceux de l'Institute for the Study of War soulignent le risque d'une intervention étrangère si la violence s'intensifie. Le blackout internet complique la vérification, mais les rapports indépendants peignent un tableau de chaos : un régime aux abois face à un peuple déterminé.

Appel à la Vigilance Internationale

Le monde ne peut ignorer ce cri de liberté. Avec des morts s'accumulant, des blessés par centaines et des arrestations massives, l'Iran est à un tournant historique. Les démocraties doivent exiger la transparence, soutenir les droits humains et surveiller les mouvements militaires. Toute escalade – que ce soit la répression iranienne ou une intervention américaine – pourrait redessiner la carte géopolitique mondiale. La communauté internationale doit agir maintenant pour prévenir un désastre plus vaste.

Cet article est basé sur des rapports vérifiés au 11 janvier 2026 de sources comme Amnesty International, HRANA, BBC, CBS, WSJ et Iran Human Rights. La situation évolue rapidement ; des mises à jour sont essentielles.

Les muletiers de Sion : comment des Juifs ont pris les armes et changé le destin d’Israël de Michel Levine

Les muletiers de Sion : comment des Juifs ont pris les armes et changé le destin d’Israël de Michel Levine

« DES HOMMES ET DES MULETS » Michel Levine

Décembre 1914 : expulsions des Juifs de la Palestine et exil vers l’Égypte

En décembre 1914, alors que débute la première guerre mondiale, l’empire ottoman, allié des puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie) décide d’expulser de sa colonie de Palestine les ressortissants des pays ennemis appartenant à l’Entente ((Russie, France, Grande-Bretagne) dont des milliers de Juifs qui qui quittent le pays pour trouver refuge dans l’Égypte voisine sous protectorat britannique.

Parmi eux, un nommé Josef Trumpeldor. Ce colosse né dans le Caucase il y a 35 ans a déjà roulé sa bosse : Après avoir glorieusement combattu le Japon dans l’armée russe, il est revenu d’Orient amputé du bras gauche. Ces hauts fait militaires lui ont alors valu d’être décoré de la croix d’or de Saint-George et d’être admis au grade d’officier, fait rarissime pour un Juif. Rendu à la vie civile, après avoir obtenu son diplôme de dentiste et entrepris quelques études universitaires, il a finalement décidé en 1912 de quitter l’empire tsariste en pleine agitation révolutionnaire pour venir mener une vie enfin paisible en Galilée, dans un kibboutz du nom de Dagania. Et le voilà maintenant parmi les « personnes déplacées », parquées dans un camp près d’Alexandrie…

La rencontre avec Vladimir (Zeev) Jabotinsky et l’idée d’un engagement armé

C’est en ces lieux qu’il rencontre Vladimir (Zeev) Jabotinsky, venu faire un reportage dans le camp pour le compte d’un journal russe. Ce petit homme au regard passionné derrière d’épaisses lunettes rondes jouit alors d’une certaine notoriété.
Journaliste et poète réputé, traducteur en russe de Baudelaire et de Poe, il sillonne depuis des années les capitales européennes pour diffuser une conception du sionisme jugée alors très nouvelle, selon laquelle cet État rêvé par Théodor Herzl ne pourra voir le jour que si les Juifs cessent de lier leur sort à des nations qui les méprisent et les asservissent depuis des siècles. Ils se doivent de créer leur propre armée pour créer leur propre nation.

Or, dans ce camp égyptien, affirme Jabotinsky, une occasion historique est en train de se présenter. Ses coreligionnaires doivent la saisir en participant, les armes à la main, aux combats que mène actuellement par le Royaume-Uni pour libérer la Palestine du joug ottoman. Nul doute que sa victoire acquise, l’allié britannique manifestera sa reconnaissance en soutenant la cause sioniste.

Oppositions au projet révisionniste au sein du monde juif

Cet ambitieux projet, dit « révisionniste », est loin d’être approuvé par l’ensemble de la Diaspora. Autant de Juifs, autant de synagogues… Certes, la tendance droitière du mouvement sioniste le considère avec sympathie, car il obéit au concept du Hadar (dignité et honneur) mais d’autres courants craignent que cet engagement ouvert aux côtés des Alliés ne nuise aux citoyens juifs résidant dans les Empires centraux.

Ce reproche s’adresse également aux partisans de Ben Gourion qui, s’ils ont également opté pour la lutte armée, ont décidé eux de s’allier à l’Empire ottoman Le sioniste messianique, pour sa part, affirme que la création d’un État en Palestine ne saurait être obtenue que par intervention divine.

Bien sûr, le Bund (le parti socialiste juif) qui refuse toute légitimité à la thèse sioniste, y est résolument hostile. D’autres mouvements du sionisme de gauche, enfin, affirment que la conception de Jabotinsky trahit la pensée du fondateur Théodor Herzl, selon laquelle le futur État ne devrait en aucun cas posséder d’armée.

L’adhésion de Trumpeldor et la formation d’un comité de soutien

Pour sa part, le soldat Trumpeldor est séduit par le projet de Jabotinsky. A ses yeux, non seulement cet engagement armé offrira au monde l’image de Juifs combattant les armes à la main, mais Fatal engagement qu’ils sont déjà en train de le payer très cher, car le mouvement des « Jeunes Turcs » non seulement a repoussé leur demande d’alliance mais a organisé la déportation massive de quantité d’entre eux en Anatolie et en Égypte et permettre certainement la naissance, dans un avenir proche, de cette patrie tant rêvée.

Des volontaires du camp également acquis à cette cause prennent contacts avec des personnalités juives d’Alexandrie et les gagnent à leur cause. Ainsi se constitue un comité de soutien destiné à obtenir l’accord des autorités britanniques

15 mars 1915 : l’entrevue avec le général Maxwell

Le 15 mars 1915, au Caire, le général Maxwell, chef des forces britanniques en Égypte, reçoit Jabotinsky et Trumpeldor accompagnés de représentant du comité de soutien.
Le général va-t-il accepter leur demande d’accueillir une unité juive au sein de l’armée britannique ? Leur projet, ils le savent, a suscité beaucoup de réactions dans la région quand la rumeur s’en est répandue. Les souverains arabes ont fait savoir qu’ils y étaient violemment hostiles, tandis que le consul russe à Alexandrie proposait que si des Juifs de son pays voulaient vraiment prendre les armes, ils n’avaient qu’à s’engager dans l’armée tsariste…

Le général Maxwell , après avoir consulté son gouvernement et le War Office, fait part de sa proposition : comme les forces britanniques rencontrent actuellement des difficultés dans leur affrontement avec les Turcs dans les Dardanelles, elles auraient grand besoin d’approvisionnements en vivres et en munitions dans cette région. Aussi propose-t-il que les volontaires constituent une unité… de muletiers.

Silence pesant. La délégation demande un temps de réflexion et prend congé.

Débat interne et décision d’accepter

Jabotinsky, dès sa sortie, laisse éclater sa colère face ce qu’il considère comme une proposition dégradante. Trumpeldor, lui, reste serein comme à son habitude. Revenu au camp, le reste du groupe est tenu au courant de la proposition et. des discussions s’engagent, Trumperldor argumente : après tout, la plupart des armées utilisent des mulets de bât. Ceux qui les conduisent sont des soldats comme les autres, et d’ailleurs Maxwell a bien précisé que l’unité serait dotée d’armes, à l’instar des fantassins. Donc, rien n’empêche de s’engager dans ce combat.
Certes, il se déroulera en Turquie et non en Palestine, mais l’engagement juif n’en perdra pas pour autant sa dimension symbolique. « N’importe quel front conduit à Sion » conclut-il sobrement. Jabotinsky n’en rejette pas moins violemment ce projet et décide qu’il va repartir poursuivre sa croisade sioniste de par le monde. La plupart des membres du groupe, eux, finissent par se rallier à l’avis du vieux soldat. Va pour les Turcs et les mulets. On va donc reprendre contact avec le général.

Création du Zion Mule Corps

Entre décembre 1914 et mars 1915, pour la première fois dans l’histoire de l’armée du Royaume-Uni, est créé une unité qui n’est composée ni de citoyens britanniques ni de ressortissants des pays colonisés (les natives…) mais de Juifs russes et polonais.
Intégrée à l’Egyptian Expeditionary Force. Leur unité prends le nom de Zion Mule Corps (corps des muletiers de Sion) ou Z.M.C.
Cette appellation lui a été donnée par l’officier britannique désigné pour en prendre le commandement, le colonel du génie John Henry Patterson DSO,.
C’est un vétéran de la guerre des Boers et chasseur de lions réputé (il a déjà publié quelques ouvrages sur le sujet) .
Hasard ou pas, sa désignation est judicieuse , car ce protestant Gallois se trouve être un passionné d’études bibliques. Il considère la naissance d’une unité hébraïque combattante comme un évènement d’une haute portée symbolique qui la relie à l’histoire juive à travers les siècles, en particulier à ces combattants qui en l’an 132 de notre ère, s’étaient révoltés contre l’Empire romain dans la province de Judée.

Entraînement dans le désert égyptien

C’est dans le désert égyptien, et pour une courte période de trois mois, que se retrouvent 500 jeunes volontaires juifs russes et polonais venus de toutes les couches de la société du Yichouv. Fonctionnaires, médecins ou ouvriers (dont un précieux ferblantier.) se retrouvent dans un vaste camp de tentes et une caserne désaffectée près de Wardian,
Porteurs d’uniformes britanniques dont la manche s’orne d’une étoile de David (Magen David en hébreu biblique signifiant bouclier de David )

Des instructeurs britanniques leur enseignent le métier des armes. Les journées se passent, outre le maniement de fusils pris à l’armée turque, à apprendre l’art d’harnacher, de bâcher, de nourrir, de ferrer, changer les litières, brosser, approvisionner, habituer les mulets au combat en tirant des coups de feu. Les 700 quadrupèdes aux longues oreilles seront désormais leurs dociles compagnons de combat.

Gallipoli : l’épreuve du feu

Le 25 avril 1915, après une longue traversée marine au cours de laquelle leur bateau a échappé aux torpilles d’un sous-marin ennemi - mais non au refus hautain des officiers britanniques de partager leur repas au mess avec des officiers juifs - les muletiers débarquent dans la péninsule turque sous le feu assourdissant des batteries côtières ottomanes

La situation des forces alliées n’est guère brillante. Les forces britanniques, françaises, australiennes et néo-zélandaises ont tenté une première traversée du détroit sans y parvenir.

Les troupes se retrouvent maintenant enlisées dans une guerre de position, identique à celle qui se déroule à ce moment-même sur le front occidental.

Les hommes du Z.M.C ont la périlleuse mission de ravitailler les tranchées en munitions, eau et nourriture. Avec leurs animaux lourdement chargés et rendus très rétifs par le bruit de la mitraille, ils vont cheminer courageusement sous le feu ennemi dirigé par un jeune officier turc ( on l’apprendra plus tard) du nom de Mustapha Kemal, le futur Ataturk.

Pendant des jours et des nuits, ces soldats novices, outre leur mission première, vont s’intégrer dans la guerre en soignant des blessés d’autres unités et en participant aux actions de dégagement.

Le général Hamilton, commandant le corps expéditionnaire, écrira plus tard : « Ils ont mené leurs mules, dans le calme et l’ordre, sous un feu nourri et ont manifesté une forme de courage encore plus élevée que celle requise par les soldats postés dans les tranchées avancées »[1]. Rapidement, l’unité acquiert une grande popularité auprès des communautés juives réparties dans le monde où Trumpeldor apparait comme un héros. Le Z.M.C a apporté la preuve vivante que des Juifs peuvent, comme tous les autres hommes, se comporter en soldats

Dissolution du corps et suites

En janvier 1916, après l’évacuation des troupes alliées des Dardanelles, l’unité est ramenée en Égypte. Quand l’ordre est donné de s’embarquer pour l’Irlande avec pour mission d’y maintenir l’ordre britannique face aux mouvements de révolte des Républicains locaux , les muletiers refusent avec un bel ensemble de monter dans le bateau qu’on leur destine : s’ils se sont engagés, c’est pour combattre les Turcs et non ces patriotes irlandais qui comme eux, rêvent d’un nouvel état. Le Zion Mule corps est alors dissout.

De la Jewish Legion à la naissance d’Israël

Tandis que Trumpeldor retourne en Russie pour tenter de convaincre le gouvernement Kerensky de constituer une unité juive (mais le traité de Brest-Litovsk mettra fin à cette initiative) Jabotinsky prend contact avec le gouvernement britannique porteur du même projet. Avec cette différence que celui-là va prendre corps, car l’armée du Royaume-Uni a besoin de forces nouvelles pour combattre en Palestine et sait à présent qu’elle peut compter sur les soldats juifs. …

En 1917 est officiellement créé le premier régiment juif de l’armée britannique, le 38th (Service) Battalion, Royal Fusiliers qu’on appellera généralement la Jewish Legion (légion juive).
Le colonel Patterson prend très logiquement le commandement de ses cinq bataillons, assisté de Trumpeldor et de Jabotinsky - lequel, pour la première fois de sa vie, endosse un uniforme, d’abord de simple soldat puis de lieutenant après avoir mené victorieusement une attaque.

Aux anciens du Z.M.C se joignent des volontaires venus d’Angleterre, des Etats-Unis, du Canada, d’Argentine, et de Palestine avec parmi eux les futurs dirigeants du pays David ben Gourion et Yitzhak Ben-Zvi.

La légion juive s’illustre lors du passage du Jourdain, puis pendant la guerre en Syrie. Officiellement dissoute en mai 1921, elle aura contribué, comme après la bataille de Gallipoli, à populariser l’idée que des Juifs peuvent être de bons combattants et persuadera beaucoup d’entre eux de choisir la carrière des armes dans leur propre pays ou de partir défendre les implantations juives en Palestine.

A la fin des hostilités, certains de ses membres rejoignent une formation clandestine créée en Palestine, la Haganah (« la défense ») qui succède à la milice Palmach (« unité de choc ») et prendra en 1948 le nom de Tsahal (acronyme de "armée de défense d’Israël ".
En 1920, lors de la conférence de San Remo, les puissances occidentales désignent la Grande-Bretagne comme mandataire pour la Palestine, avec pour mission spécifique de mettre en œuvre la déclaration Balfour.

Parmi les médecins de l’expédition se distingue le doct. Meshulam Levontin , fondateur en 1930 de la Croix rouge Israélienne (Magen David Adom) Cette organisation ne sera pas reconnue comme membre officiel du mouvement international de la Croix Rouge et du Croissant rouge car son emblème représente un bouclier(considéré comme un équipement militaire) . Il faudra attendre 2006 pour qu’elle soit enfin accepté, après avoir choisi comme nouvel emblème une étoile de David dans un rectangle rouge.

Plusieurs tombes sur le mont des Oliviers rappelleront cet engagement.

Épilogue

Rendu à la vie civile, Jabotinsky prend la tête d’un mouvement d’auto-défense qui s’illustre lors des émeutes de Jérusalem en 1920, ce qui lui vaudra un séjour en prison, tandis que Trumpeldor, resté en Russie, fonde le He-Halutz,(« le Pionnier ») une organisation de jeunesse sioniste.
L’ampleur des engagements juifs dans la lutte armée suscite l’intérêt de certains dirigeants britanniques Elle vient aussi renforcer l’action de la délégation sioniste à la conférence pour la Paix de Paris , qui utilisera cette aspiration à un “foyer national juif” en Palestine pour en obtenir la reconnaissance juridique internationale lors de la conférence de San Remo de 1920.

Pendant la seconde guerre mondiale, malgré l’opposition des gouvernements arabes, l’armée britannique crée des unités composées de juifs de Palestine pour assurer la défense stratégique du Moyen Orient.

Ces unités combattent aux côtés des Alliés en Égypte, puis en Afrique du nord et en Grèce, au prix de nombreuses pertes.
En 1942 est constituée une Brigade juive de plus de 5.000 volontaires sous les ordres du général Ernest Benjamin, qui poursuivra la lutte contre les Allemands en Italie jusqu’en mai 1945.
L’insurrection du ghetto de Varsovie, du 19 avril au 16 mai 1943, qui voit 750 juifs combattre les armes à la main la machine de guerre nazie - en l’absence de tout soutien de la part des Alliés , pourtant parfaitement au courant de l’extermination prévisible du ghetto - ,joue un rôle décisif dans la prise de conscience collective juive : l’État que l’on veut créer ne devra compter que sur ses propres forces pour exister et demeurer.

La paix retrouvée, nombre d’anciens membres des forces juives britanniques s’engagent au sein des filières clandestines qui permettent aux survivants de la Shoah de s’établir en Palestine malgré l’opposition britannique, qui organise un blocus et la déportation en Grèce de passagers des bateaux en errance, en particulier du célèbre Exodus.

En 1948, l’État d’Israël est créé.

Les trois fondateurs du Z.M.C n’assisteront pas à sa naissance.

Trumpeldor a trouvé la mort en 1920 dans la défense de son kibboutz de Tel Hai, en haute Galilée, assiégé par des bandes venues du Liban voisin. Jabotinsky a succombé à une crise cardiaque aux Etats-Unis, alors qu’il poursuivait ses inlassables activités sionistes. Le colonel Patterson enfin, est décédé en 1947 en Californie et selon sa volonté, ses cendres ont été déposées en Israël.

Bibliographie

Allison(John) The Zion Muleteers of Gallipoli. London. Pen and Sword Military. 2023.

Dąbrowa, E. (2011). La révolte de Bar Kokhba dans la tradition juive ancienne et moderne. Scripta Judaica Cracoviensia, 9, 33-42.

Friedman, Isaiah, Germany, Turkey and Zionism, 1897-1918, Oxford, Oxford University Press, 1977

Gilbert(Martin) Israel : A history.London, Black Swan,2008

Jabotinsky(Vladimir) The story of the Jewish Legion. New-York, B.Ackerman 1945. Histoire de ma vie. Traduit de l’hébreu par Pierre Lurçat. Ed. L’élété ont éphant. Paris 2023

Laurens, Henry, La Question de Palestine, tome 1 : 1799-1922, Paris, Fayard, 1999

Patterson (colonel John Henry) With the Zionists in Gallipoli (1916) Hutchinson and Co. With the Judeans in the Palestine campaign (1922) Macmillan (New York) Réédité : A Echo Library 2014.  U.S.A Monee.Il. 08 june 2025

Shapira(Anita) Land and Power. The Zionist Resort to Force. 1881-1948. Stanford, Stanford University Press, 1999. 

 

 

Mikvé : quand la purification rituelle ravive le trauma des agressions sexuelles

Mikvé : quand la purification rituelle ravive le trauma des agressions sexuelles

Immersion au mikvé ? Pour les survivantes d’agressions sexuelles, cela peut être compliqué

Sur Instagram, cela ressemble au summum du romantisme fidèle : la purification, le manque et les retrouvailles. Mais pour une femme sur trois ayant subi une agression sexuelle au cours de sa vie, les lois de la niddah et l’immersion au mikvé peuvent se transformer en cauchemar persistant de déclencheurs, de reviviscence traumatique et de perte de contrôle. Il est temps de parler de la pureté familiale à l’ombre du trauma.

Lorsque l’on pense au rituel d’immersion au mikvé, les associations premières sont souvent celles de purification, de sainteté et de rapprochement conjugal renouvelé après les jours de séparation. Pour de nombreuses femmes, l’observance des lois de pureté familiale représente une expérience féminine puissante, qui préserve l’étincelle, le désir et le manque au sein de la routine conjugale usante.

Ces dernières années, cette image a reçu un renforcement significatif sur les réseaux sociaux. De nombreuses influenceuses, religieuses et laïques confondues, partagent les moments culminants de cette mitsva et ses effets positifs sur la vie de couple.
Tout paraît propre, pur et invitant. Pourtant, sous les eaux limpides et les images photogéniques se cache une réalité complexe et douloureuse pour trop de femmes. Je souhaite braquer les projecteurs sur la rencontre explosive entre les lois de pureté familiale et les victimes de trauma sexuel.

Le silence triple

Selon l’association des centres d’aide, environ un tiers des femmes en Israël ont subi une agression sexuelle au cours de leur vie. Ce chiffre alarmant ne s’arrête pas aux portes d’une communauté religieuse ou d’un quartier ultra-orthodoxe. Il transcende frontières, secteurs et classes sociales. La conséquence est simple et choquante : un tiers des femmes qui s’immergent au mikvé sont des survivantes de trauma sexuel. Pourquoi n’en entend-on pas parler ? À cause du « silence triple » :

La honte : l’agression sexuelle reste un sujet tabou, surtout dans la société religieuse, accompagné de sentiments injustifiés de culpabilité et de honte.

La pudeur : la sexualité est un domaine où le silence est de mise. On n’en parle pas.

La halakha : les lois de la niddah ne se discutent pas publiquement non plus. C’est un sujet intime, généralement abordé seulement lors de la préparation des fiancées avant le mariage.

« Pour une victime de trauma, qui porte en elle un sentiment profond de ‘souillure’ intérieure, la rencontre avec le concept de ‘tum’at niddah’ peut être destructrice et renforcer l’idée qu’elle est fondamentalement défectueuse. »

Ce silence laisse les victimes affronter seules un défi double et redoublé : le trauma sexuel d’un côté, et l’obligation halakhique exigeant un engagement intensif avec les parties du corps agressées de l’autre.

Quand « impureté » rencontre culpabilité

L’agression sexuelle se produit avant tout dans le champ corporel. Pour de nombreuses survivantes, le corps et la sexualité sont des zones sinistrées, des lieux déclencheurs. Or, les lois de pureté familiale exigent précisément cela : un engagement constant, minutieux et invasif avec le corps, dès les concepts eux-mêmes.

Le terme « tum’a » dans la halakha désigne un potentiel de vie non réalisé (comme l’ovule non fécondé), sans lien avec une saleté physique ou morale. Mais pour une victime de trauma, porteuse d’un sentiment profond de « souillure » intérieure – symptôme post-traumatique courant –, la confrontation avec « tum’at niddah » peut être dévastatrice et consolider la conviction d’être irrémédiablement abîmée.

Sept jours de déclencheurs

Le défi physique commence avant le mikvé. Après l’arrêt du saignement, la halakha impose « sept jours propres ». La pratique inclut des examens vaginaux internes avec un tissu blanc, visant à confirmer l’absence de sang.

Pour une femme dont le corps a été violé, ayant vécu une pénétration non consentie et une perte de contrôle, l’obligation d’insérer un tissu vaginalement, jour après jour, peut recréer l’expérience originale de l’agression (re-traumatisation). Ce qui devrait être un acte halakhique technique devient un moment d’horreur, de perte d’autonomie et d’inondation émotionnelle.

Les préparatifs à l’immersion ajoutent une couche supplémentaire de difficulté. L’exigence halakhique de propreté absolue (« qu’aucun cheveu ne s’interpose entre elle et les eaux du mikvé »), combinée au sentiment de culpabilité et de souillure intérieure de la victime, peut déclencher un trouble obsessionnel-compulsif autour du nettoyage. Des femmes se retrouvent à frotter leur corps avec une anxiété immense, craignant de ne pas être « assez propres » pour se purifier.

La balanit : regard scrutateur ou soutien ?

Puis vient le moment de l’immersion. La femme se tient nue. La coutume répandue veut qu’une balanit l’observe pour vérifier que tout son corps entre dans l’eau. Pour de nombreuses victimes, cette situation où une étrangère examine leur corps nu et valide (ou non) la validité de l’immersion évoque la réactivation de l’humiliation, de l’exposition forcée et de la perte de contrôle sur le corps.

Il est important de savoir : la halakha n’exige pas d’inspection du corps par la balanit. De plus, une décision de la Cour suprême israélienne stipule que les femmes peuvent s’immerger seules, sans présence de balanit, si elles le désirent. Pourtant, en pratique, la pression sociale et la coutume font que beaucoup se sentent sans choix.

La nuit d’après : l’attente d’intimité

Après l’immersion, les conjoints sont autorisés l’un à l’autre. Bien qu’il n’y ait pas d’obligation halakhique à des relations sexuelles cette nuit-là, c’est « la chose attendue », et souvent la réalité dominante.

Pour les survivantes de trauma, créer de l’intimité est un défi en soi. Corps et esprit sont en lutte constante entre désir de proximité et peur. Le « deadline » de la nuit d’immersion transforme la sexualité et l’intimité d’un acte de volonté et de choix en « tâche » ou « devoir ». Cette attente rétrécit l’espace pour que la femme écoute son corps et son âme, et elle peut se sentir obligée d’être disponible sexuellement, même si elle n’y est pas prête émotionnellement.

On peut faire autrement : une halakha informée du trauma

Je tiens à souligner : l’objectif n’est pas de s’opposer aux lois de pureté familiale. Pour beaucoup, elles sont merveilleuses et fortifiantes. L’objectif est de porter un regard courageux sur les interfaces douloureuses et de trouver des solutions. Et ces solutions existent – au sein de la halakha elle-même. Des outils halakhiques peuvent atténuer significativement la souffrance :

Réduction des examens : Au lieu de multiples vérifications durant les « sept propres » (pouvant atteindre 15 !), il est halakhiquement possible de se limiter au minimum de trois (hefsek tahara, vérification au premier jour et au dernier).

Immersion sans balanit : Donner pleine légitimité aux femmes pour s’immerger seules, en privé, sans regard scrutateur.

Nous devons créer un discours sur une « pureté familiale informée du trauma ». Cela commence par former les guides de fiancés et fiancées à identifier et aborder le sujet avec sensibilité, continue avec des rabbins et posekot conscients de la complexité, offrant des solutions halakhiques allégeantes d’emblée pour les survivantes, et s’achève avec nous, en tant que communauté et conjoints.

Il est crucial que les victimes sachent : la faute n’est pas en vous. Vous n’avez pas à avoir honte, et la halakha ne doit pas être un lieu supplémentaire de blessure, mais un espace qui peut contenir, guérir et servir d’ancre et de soutien.

Le Fil d’argent de Rebecca Greenberg ou l’idée insupportable que rien n’est injuste

Le Fil d’argent de Rebecca Greenberg ou l’idée insupportable que rien n’est injuste

Le Fil d’argent : un roman qui refuse de consoler

Un premier roman qui ne cherche pas à séduire

Il faut le dire d’emblée : Le Fil d’argent ne se livre pas facilement. L’entrée dans le roman est exigeante, parfois déroutante. Deux récits parallèles s’installent sans s’expliquer, deux temporalités avancent côte à côte, et le lecteur comprend très vite qu’elles sont appelées à se rejoindre. Mais quand ? Comment ?

L’autrice prend le risque de la lenteur et de l’inconfort. Elle refuse la pédagogie excessive, comme si elle testait la capacité du lecteur à accepter l’attente, le doute, l’incomplétude.
Ce choix narratif n’est pas une maladresse de premier livre. C’est une posture. Ici, la mémoire ne surgit pas d’un bloc : elle se reconstruit par strates, exactement comme dans la vie.

Auschwitz abordé par la précision, non par l’émotion

Là où beaucoup de romans cèdent à l’émotion immédiate, Le Fil d’argent opte pour une autre voie, plus rare et plus dérangeante. Auschwitz n’est pas décrit pour faire pleurer. Il est donné à voir par la précision, par l’échelle, par le factuel.
Apprendre que le complexe d’Auschwitz s’étendait sur près de 60 km² n’est pas un détail gratuit. Cette donnée bouleverse parce qu’elle fait basculer la Shoah du domaine du symbole vers celui de la réalité industrielle.

Ce n’est plus seulement l’horreur morale, c’est l’horreur logistique. L’autrice ne cherche pas à provoquer l’effroi par le pathos, mais par la compréhension brutale de l’ampleur. Et c’est précisément ce qui rend la lecture difficile, presque insoutenable par moments.

Science, héritage et destin : une tension contemporaine

Le roman introduit des éléments scientifiques qui pourraient, dans d’autres mains, sembler artificiels. Ici, ils sont pleinement intégrés à la réflexion.
La science devient un langage moderne pour poser une question ancienne : sommes-nous déterminés par ce qui nous précède ? Portons-nous en nous des traces invisibles de ce que nos aïeux ont traversé ?

Le Fil d’argent ne tranche jamais clairement. Il n’assène pas de réponse définitive. Il laisse le lecteur face à cette interrogation vertigineuse : si la mémoire se transmet, que devient alors la liberté individuelle ? Le roman avance sur cette ligne de crête, sans jamais basculer dans le discours explicatif ou l’argumentation lourde.

Deux lectures, une question centrale : la vie

Le Fil d’argent se lit à plusieurs niveaux.

À la surface, c’est un roman construit, avec une intrigue, des personnages, une architecture narrative maîtrisée. Mais cette première lecture est trompeuse si l’on s’y arrête.

En profondeur, le livre ne parle pas seulement de la Shoah. Il parle de la vie elle-même.
De ce que nous portons sans le savoir. De ce que nous trouvons injuste, absurde ou cruel, et qui n’est peut-être que la conséquence de ce que nous avons à réparer.
La Shoah est fondamentale dans le récit, mais elle n’en est pas le moteur ultime. Le véritable cœur du livre est ailleurs : dans la réincarnation comme principe intrinsèque à l’homme, indépendamment de toute tragédie historique.

Le roman met en scène la réincarnation d’un homme ayant vécu durant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce choix narratif ne relève ni du sensationnel ni de l’ésotérisme facile. Il sert une idée bien plus vertigineuse : l’homme est perfectible, et la réincarnation est l’un des moyens de cette réparation. La conscience même de la réincarnation devient alors un outil de connaissance, peut-être le plus direct, pour comprendre sa mission.

Car la question n’est pas : quelle est ma mission ? La réponse est déjà là : réparer.

Dans cette perspective, chercher à savoir quelle fut sa vie antérieure n’est pas une dérive mystique, mais une clé. Une porte ouverte vers la compréhension de ce que nous sommes venus corriger, réparer, assumer.
Le roman décrit ce processus avec une justesse troublante, sans jamais le théoriser lourdement. Il montre comment l’ignorance de cette continuité condamne l’homme à répéter, et comment la connaissance peut ouvrir une voie de réparation.

La trajectoire d’Henri Bercueil en est l’illustration la plus saisissante. Sa passion dévorante pour son fils le conduit à l’irréparable, à l’impensable. Lorsqu’il prend conscience jusqu’où son ambition l’a mené, il renonce à cette vie-là. Il se retire, et consacre le reste de son existence à sauver les autres. Alors surgit une question morale vertigineuse :
une vie entière passée à réparer peut-elle effacer une faute majeure ? Un homme qui a fauté peut-il devenir un Juste parmi les nations ?

La réponse que suggère le livre est sans ambiguïté : oui.

Parce que la morale humaine n’obéit pas aux mêmes règles que la justice divine.

Parce que la réparation n’efface pas le passé, mais elle transforme l’homme.

Et parce que le juste n’est pas celui qui n’a jamais chuté, mais celui qui a compris, réparé, et changé de direction.

C’est là que Le Fil d’argent dépasse le roman historique. Il devient un texte sur la responsabilité humaine, sur la possibilité de la rédemption, et sur cette vérité dérangeante : ce que nous vivons aujourd’hui n’est peut-être pas une injustice, mais une continuité. Et la vie, loin d’être une fatalité, devient alors une chance — celle de réparer.

La pensée juive : un silence qui interroge

C’est sans doute le point le plus troublant du livre. La pensée juive est à peine évoquée, alors même qu’elle est centrale pour comprendre les thèmes abordés : la transmission, la continuité, la survie après la catastrophe.
Ce silence n’est pas anodin. Il peut être interprété comme un choix délibéré : ne pas enfermer le récit dans une lecture religieuse ou communautaire.
Mais il peut aussi laisser un sentiment de manque, notamment pour un lecteur familier de la pensée juive, pour qui le fil de la transmission n’est jamais uniquement biologique ou mémoriel, mais aussi spirituel et intellectuel.
Ce non-dit agit comme un espace vide que chacun est libre de remplir. Le roman parle du judaïsme sans le nommer, et c’est précisément cette absence qui en révèle, paradoxalement, la présence diffuse.

Un premier livre exigeant et nécessaire

Imparfait, parfois frustrant, Le Fil d’argent est néanmoins une véritable réussite pour un premier roman. Il ne cherche ni à consoler ni à simplifier. Il accepte le risque de perdre certains lecteurs pour rester fidèle à son sujet. C’est un livre qui ne donne pas de réponses, mais qui pose les bonnes questions. Et c’est peut-être là sa plus grande force : rappeler que la mémoire n’est pas un héritage confortable, mais une responsabilité.