Le "bébé aryen idéal" des nazis, qui était juive, s'est éteinte à 91 ans

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Le "bébé aryen idéal" des nazis, qui était juive, s'est éteinte à 91 ans

Le "bébé aryen idéal" des nazis, qui était juive, s'est éteinte à 91 ans

Hessy Levinsons Taft, dont le portrait d'enfant a servi de symbole à la propagande nazie malgré ses origines juives, est décédée le 14 décembre 2025 à son domicile de San Francisco, à l'âge de 91 ans. Née le 17 mai 1934 à Berlin, elle incarnait une ironie cruelle du régime hitlérien.

Une enfance sous le signe du mensonge racial

Fille de Jacob Levinsons, chanteur d'opéra letton, et de Pauline Levinsons, cantatrice, Hessy est photographiée à six mois par Hans Ballin, un professionnel berlinois.
Sans le savoir initialement, ses parents voient ce cliché soumis à un concours lancé par le ministère de la Propagande de Joseph Goebbels, visant à sélectionner le "bébé aryen parfait" parmi des soumissions de dix photographes. Ballin, conscient des origines juives de l'enfant, inclut la photo pour ridiculiser les nazis.
Goebbels la choisit personnellement, et elle orne la couverture du magazine nazi Sonne ins Haus en juin 1935, avant d'être reproduite sur des cartes postales et des affiches.

La découverte et les craintes familiales

Lorsque Pauline Levinsons aperçoit la photo en kiosque, la panique s'empare de la famille. Craignant que l'identité juive de Hessy ne soit révélée, ils limitent ses sorties publiques. Jacob est brièvement arrêté par la SS, mais libéré. Ballin avoue à Pauline son intention moqueuse : "Je le savais, mais je voulais tourner les nazis en ridicule." Cet épisode accélère leur décision de fuir.

Un exil périlleux à travers l'Europe et au-delà

En 1938, les Levinsons quittent Berlin pour Riga en Lettonie, puis Paris. Avec l'invasion nazie de la France en 1940, ils obtiennent des visas pour Cuba grâce à la Résistance française, y arrivant en 1942. Pauline cache trois exemplaires du magazine dans des partitions musicales durant la fuite. La famille s'établit aux États-Unis en 1949, où Hessy adopte le nom de Taft après son mariage avec Earl Taft, professeur de mathématiques.

Une carrière scientifique remarquable

Aux États-Unis, Hessy étudie la chimie à l'université Columbia et devient professeure à l'université Saint John's de New York, tout en enseignant à Princeton. Mère de deux enfants, elle mène une vie académique épanouie, loin des ombres du passé. En 2014, à 80 ans, elle confie dans une interview : "C'est une revanche. J'aurais aimé le dire plus tôt, quand plus de nazis étaient encore vivants."

L'héritage et le don à la mémoire

En 2014, accompagnée de son mari, Hessy remet un exemplaire original du magazine à Yad Vashem à Jérusalem, dans le cadre de l'opération "Rassembler les fragments" pour collecter des artefacts de la Shoah. Ce geste symbolise sa victoire sur l'absurdité nazie. Son histoire, documentée dans des archives comme celles du United States Holocaust Memorial Museum, rappelle les failles grotesques du racisme hitlérien.

Les circonstances du décès

Le décès est survenu le jour du Nouvel An, sans que les sources officielles n'aient communiqué de cause précise. L'information a été rendue publique quelques jours plus tard, le 9 janvier 2026, avec la publication d'une nécrologie détaillée dans le New York Times. Wikipedia et d'autres références ont rapidement mis à jour sa biographie pour indiquer la date du 1er janvier 2026 comme date de décès, à San Francisco, où elle résidait depuis de nombreuses années.

Une vie marquée par l'ironie de l'histoire

Cette disparition clôt une existence exceptionnelle : née le 17 mai 1934 à Berlin de parents juifs lettons (Jacob et Pauline Levinsons), Hessy fut photographiée à six mois par Hans Ballin. Ce dernier, conscient de ses origines juives, soumit le cliché à un concours nazi visant à désigner le « plus beau bébé aryen ». Joseph Goebbels en personne choisit la photo, qui orna la couverture du magazine Sonne ins Haus en 1935 et fut largement diffusée.

La famille, terrifiée par les risques, cacha l'enfant et accéléra son exil (Lettonie, France, Cuba puis États-Unis en 1949). Hessy, devenue chimiste et professeure (diplômée de Barnard College et Columbia University), transforma cet épisode en symbole de revanche. Elle déclara notamment : « C’est une bonne revanche » et, en 2014, fit don d’un exemplaire original du magazine à Yad Vashem.

Son mari, le mathématicien Earl Taft, l’avait précédée en 2021. Hessy Levinsons Taft laisse derrière elle deux enfants et une histoire qui illustre, avec une ironie tragique, l’absurdité du racisme nazi

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