Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Bonnie Latenberg et les battantes

Bonnie Latenberg et les battantes
Bonnie Latenberg et les battantes

Le Jewish Museum of Florida-FIU présente une rétrospective de Bonnie Latenberg : 'Lady Liberty". S'y découvrent des images puissantes de femmes issues de divers milieux, origines et cultures. Le regard que l'artiste porte sur elles est plein d'attention, d'amour et non dénué d'ironie.

Ces femmes possèdent comme point commun d'être admirées par la photographe pour leur esprit de liberté et de lutte. Elles sont chapeautées par ses représentations de la Statue de la Liberté.

Jean-Paul Gavard-Perret

Bonnie Lautenberg , "Lady Liberty", Jewish Museum of Florida, Miami, jusqu'au   26 mars 2023.

Artiste juive : Décadrages de Tina Barney

Artiste juive : Décadrages de Tina Barney

Décadrages de Tina Barney

Ce livre ramène au début de l'oeuvre de Tina Barney  dans les années 1970. Elle y capture la vie de ses proches, le tout influencé par les  peintures des maîtres anciens qu’elle a étudiées dans les musées tout au long de sa jeunesse. Elle porte une attention soutenue aux gestes les plus subtils de ses sujets et explorent les intimités tacites  avec humour.

 Elle fait parcourir espaces privés et publics (piscines, jardins, boutiques,  etc. en des  photographies en couleur et en noir et blanc pour capter les surfaces sensuelles des corps et des paysages dans une atmosphère d’étrangeté et de décalage qui représentent par exemple un groupe de jeunes gens gravissant des marches sous temps pluvieux

De telles moments sont mis en scène pour  illuminer la vie intérieure de ses sujets, observant la répétition générationnelle  des rituels familiaux tels qu’ils se déroulent dans les contextes domestiques. Le tout avec complexité et sensibilité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tina Barney, "The Beginning", Kasmin Gallery, New York,  du 2 mars au 22 avril, 2023

Photographe juif : Irving Penn, états du corps

Photographe juif : Irving Penn, états du corps

Irving Penn : états du corps

"Chefs d’œuvres de la Collection MEP" montre les ensembles iconiques, déjà présents lors de la grande rétrospective Irving Penn au Grand Palais (2018). Se retrouvent ses  portraits iconiques d’artistes (Picasso, Duchamp, Cocteau) et ceux de sa femme, la danseuse puis mannequin Lisa Fonssagrives-Penn.

Ces compositions firent la gloire de l’artiste. Mais réapparaissent aussi celles des enfants de la peuplade Cuzco ou les détails plus graphiques des eye-liners, mascaras, réhausseurs et autres accessoires de mode.

Un tel ensemble montre l'œuvre complexe de ce photographe d'exception qui bouscula les codes établis pour capter les corps et ce, avec des ponts  avec l’histoire de la peinture :  toilettes intimes des prostitués de Degas, femmes lascives de Poussin, etc..

Preuve qu'il  faut parfois la photographie et le souvenir de la Genèse, pour se rappelle des possibilités qu'offre le "verbe" du corps. Et surtout celui des femmes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Actrice juive : Aurore Clément, celle qui part, par Peter Wyss

Actrice juive : Aurore Clément, celle qui part, par Peter Wyss

Celle qui part : Aurore Clément par Peter Wyss

Tous les livres ont une his­toire. Et la vie d’un livre est tou­jours un roman. Celui que vous tenez entre les mains ne fait pas excep­tion à la règle.”, écrit Aurore Clé­ment pour évo­quer ce superbe ouvrage né d’une ren­contre plus ou moins étrange avec  Peter Wyss, “l’une des per­sonnes les plus secrètes qu’il m’ait été donné de ren­con­trer “, pré­cise encore l’actrice.

Il l’a pho­to­gra­phiée un matin froid d’hiver au moment où elle pleu­rait. Et elle d’ajouter : “J’habitais ce qui avait été le salon de maquillage de Mis­tin­guett sur la ter­rasse du Mou­lin Rouge.
" Je savais sans vraiment le savoir que je me trou­vais en un moment cru­cial qu’on recon­naît comme tel, long­temps après l’avoir traversé.”

Le pho­to­graphe quelque temps après ce shoo­ting mati­nal et presque impro­visé a remis à Aurore Clé­ment un petit livre noir qui conte­nait ses prises. Elle l’a gardé secrè­te­ment pen­dant des années comme com­pa­gnon de vie, de voyage sans pour autant l’ouvrir, dans une belle tor­sion de l’inconscient.

Ayant remis plus tard cet “objet de com­pa­gnie” à Mathieu Terence, un ami de longue date, elle le laissa libre de mettre des mots pour, au besoin, sou­li­gner ce que les pho­tos ne disaient pas en tota­lité. L’auteur devint le porte-voix voire le double de l’actrice pour la dire.

Ce qui fut d’abord n’était pas encore tout à fait un livre, en le deve­nant. Et l'actrice y découvrit une clé : “don­ner le jour à Une femme qui sans fin s’enfuit, et accor­der à cet ins­tant de ma vie où j’ai cessé d’être pour deve­nir, sa des­ti­née véri­table, fatale en un sens.“

Ce fut pour elle un moyen de tra­ver­ser encore bien des rives et des ponts, au bord de l’aplomb et aux confins de cer­taines chutes là où elle est à la fois hors-champ mais tout autant dedans.  Ce qui vaut bien plus que toute autobiographie. A tra­vers la sur­face lisse des images ‚glisse le visage de l’actrice dans la lumière blafarde de l'aube.

Aurore Clé­ment est ici tout entière, "à sa proie arrachée" et avec la pudeur requise là où — au-delà du froid d’un jour dit — son pouls se per­çoit juste avant qu’elle se retire à pas lents loin de la len­tille de Wyss.

Jean-Paul Gavard-Perret

Photographe juif : Saul Leiter, Manhattan transfert

Photographe juif : Saul Leiter, Manhattan transfert

Saul Leiter : Manhattan transfert

Ce livre rassemble plus de 75 images inédites de diapositives  du pionnier de la photographie en couleur. Surgit un émerveillement.

Saul Leiter a réalisé la plupart de ces images entre 1948 et 1966, dans les rues de  Manhattan pour en saisir la magie des décors ordinaires.

Le photographe a investi la diapositive dès 1948 comme un médium artistique à part entière, via des projections qu’il organise. Tout est ici d'extrême singularité éloignée des codes du reportage documentaire.

Le créateur sait toujours isoler les détails qui permettent de voir ce qui se cache derrière les apparences avec précision et poésie. Souvent prises de loin (à travers une vitre par exemple)  ses photographies laissent le regardeur plus témoin que voyeur.

Il demeure le « peintre » new-yorkais. Il donne à sa ville une valeur poétique presque intemporelle loin des « vues » touristiques toute faites. La cristallisation de l’émotion passe du côté des murs à celui des êtres.

Jean-Paul Gavard-Perret

"The Unseen Saul Leiter",  Editions Textuel, Paris, 2023, 160 pages,  49 €.

Artiste juif : Les portraits d'Irving Penn

Les portraits d'Irving Penn

Les portraits d'Irving Penn

Irving Penn, "Chefs-d’œuvre de la Collection de la MEP", Les Franciscaines, Deauville, du  4 mars au 28 mai 2023.

Pour la première fois en France, est présentée l’intégralité de la collection de photographies d’Irving Penn, photographe du XXe siècle. Il a réalisé à partir de la fin des années 40, une œuvre imprégnée de l’univers de la mode. Avec 109 œuvres, l’exposition offre une extraordinaire série de portraits, nus, et - plus méconnues - ses natures mortes.

Des premières photographies réalisées dans les rues de New York ou dans le sud des États-Unis, en passant par les portraits de personnalités du monde de l’art photographiées à New York ou en Europe, les portraits ethnographiques réalisés autour du monde comme toutes les photos de mode - dont celles de son épouse, le top model Lisa Fonssagrives -, tout est présent pour une revue aussi globale que de détails.

Le tirage photographique eut pour lui une importance primordiale. Il expérimenta beaucoup au laboratoire, en particulier avec le procédé de tirage au platine. Il  retrouva en 1964 cette technique du 19e siècle qui le fascinait. Et l'exposition met en exergue de telles exceptionnelles "éditions".

Livre juif : Les festins nus de Boris Fishman

Livre juif : Les festins nus de Boris Fishman

Les festins nus de Boris Fishman

Le Festin sauvage, Boris Fishman, Les Éditions Noir sur Blanc, mars 2022, trad. anglais (USA) Stéphane Roques, 382 pages, 23 €

La famille de Fishman quitta Minsk en 1988 en profitant de la libéralisation provisoire de l’URSS. Le petit Boris fut le témoin de cet exil qui passa par Vienne et l’Italie avant de rejoindre les Etats Unis.

La vie à l'Ouest était bien différente de ce que l'enfant avait connu jusque là. Et les juifs de New York étaient très différents de ceux de la Biélorussie. Et question cuisine cela était encore plus évident.

Le récit autobiographique de Fishman devient dès lors celui d'un apprentissage. Entre autres culinaire. L'auteur devient  ce qu'il mange au moment où il quitte un lieu où la faim avait son mot à dire sous l'effet de la misère. "Nous avons faim depuis que nous existons.

Ma grand-mère s’est nourrie de pelures de pommes de terre quand elle errait dans les marécages biélorusses avec les partisans antinazis pendant la Seconde Guerre mondiale" rappelle un auteur qui offre ici sa reconstruction à travers un besoin essentiel des humains.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Gilbert Zitoun et la sensualité des formes expose

Artiste juif : Gilbert Zitoun et la sensualité des formes expose

Gilbert Zitoun et la sensualité des formes

Gilbert Zitoun, "Précurseur de l'abstraction", Galerie du Luxembourg, 7 place St Sulpice, 75006, du 23 Mars au 24 avril 2023.

Cette exposition permet de replacer Gilbert Zitoun, - artiste trop méconnu et pourtant peintre majeur de l’abstraction - à sa juste place.
Issus d'une œuvre immense (
conçue de 1946 à 2015) est présentée une série inédite de dessins du créateur. S'y dévoilent de secrets uniquement de la sorte par ce que nous ne savons pas les voir. Le langage plastique d'un tel artiste les dévoile.

Les dessins augmentent le réel jusqu’à le sublimer dans des jeux de lignes et de couleurs. Il est possible ensuite de franchir certains seuils. L’expérience de vivre rejoint l’expérience plastique. La sensualité est présente comme souffle de vie. Un buste par exemple en sa nudité permet de saisir son inaltérable radiance.

Jean-Paul Gavard-Perret

Le photographe juif, Sacha Goldberger, sur la Promenade des Anglais

Le photographe juif, Sacha Goldberger, sur la Promenade des Anglais

Sacha Goldberger : portraits en chausse-trappes

La Promenade des Anglais, pendant un mois - du 22 février au 22 mars 202 -  va s'enrichir de trente-huit portraits, réalisés, en 2021 et 2022 par Sacha Goldberger.

Le photographe y croise des acteurs du monde artistique musical, littéraire ou cinématographique avec des icônes emblématiques des mêmes champs qu'elles soient d'hier ou de maintenant.

Mathieu Chedid est transformé en Charlot, Guillaume Gallienne en Molière, Zaz en Marlène Dietrich, Olivia Ruiz en Barbarella, Mathilda May en Colette, Bartabas en Don Quichotte, Johan Sfarr en Barbe Bleue,Irène Frain en princesse Leia, Alexandre Jardin en Dracula, etc..

De tels portraits sont toujours subtilement drôles et parfois émouvants. S'y découvre par la bande un hommage à la diversité et au mixage culturels. Les passants de la  célèbre Promenade partagent une telle expérience. Elle n'a rien d'univoque - bien au contraire. Elle illustre le mélange des cultures en de telles rencontres qui interpellent et séduisent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sacha Goldenberg, "Portraits croisés", Promenade des Anglais, Nice, du 22 février au 22 mars 2023.

Auteure juive : La face proscrite d'Odile Cohen-Abbas

Livre juif : La face proscrite d'Odile Cohen-Abbas

Visagéïté d'Odile Cohen-Abbas

Il existe dans ce livre d'Odile Cohen-Abbas une belle ambition. : celle d'un ballet dont les trois épisodes se relient et s'achemine par le biais de l'introspection à une sorte d'histoire illustrée par la bande de la peinture.

Emerge peu à peu "la scène" sacrée des fondamentaux du corps et de l'être - à savoir le visage. Il contient en effet en lui la naissance de la parole, ses articulations premières et symboliques que la créatrice afin de les illustrer emploient et ce, à travers les 22 lettres de l'alphabet hébraïque.

Mais par-delà, peu à peu et via des portes mystérieuses surgissent d'étranges personnages transmués en fantômes ou partenaires oniriques. Si bien qu'avec une telle créatrice le mystère de la face se fiche du sac merdeux de l'égo mais pas de l'âme.

Pas question pour autant de négliger le corps puisque sa figure devient le centre sans que pour autant l'auteur néglige d'autres parties voire certaines basses mais où l'anatomie se conjugue avec le ciel non sans humour et discrétion

Jean-Paul Gavard-Perret

Odile Cohen-Abbas, "La face proscrite", Les Hommes sans Epaules éditions, 2023, 108 p., 12 E.