Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Ariane Dreyfus et les extases
Ariane Dreyfus, "Nous nous attendons précédé de Iris, c’est votre bleu", Éditions Gallimard, Collection Poésie Gallimard, 2023, 272 pages, 9.10 €.
Il existe dans ces deux recueils une force érotique intense. Dans un renversement des visions classiques, c'est le mâle qui devient lys : "Cet homme qui reste près de moi et sa fleur qui se dresse" symbolisent la beauté, le force et la fragilité de l’incarnation comme du lien dans le temps.
Avec "Iris" c'est le "je" de l'auteure qui s'adresse directement à l'amant avant de devenir dans le second recueil plus large mais avec les mêmes accents contrecarrés néanmoins par la folie meurtrière de ceux qui outragent les femmes et la nature (au Rwanda, en Iran, en Afghanistan ou ailleurs) .
Ces deux textes deviennent des livres majeurs. Ils s'inscrivent contre un certain basculement du monde vers le néant. Croyante en l'être comme en la nature, la poétesse ose encore s'accrocher à leur herbe pour continuer à savourer ce qui fait l'extase de la vie : la volupté du désir et les "fruits" qu'elle donne au couple.
Avec le temps celui-ci glisse dans la douceur sans rien perdre de son émerveillement premier. Il est nourri aussi ici le lien avec la peinture : celle de Valérie Linder et surtout de Gérard Schlosser qui est couronné en sous-titre de "Nous nous entendons".
Jean-Paul Gavard-Perret
Hans-Peter Feldmann l'anti-romantique
Hans-Peter Feldmann – 100 Jahre à la Fondation A Stichting à Bruxelles, du 20 avril au 2 juillet 2023
Trois séries de l’artiste domine l’exposition est la série 100 Jahre. Celles qu’il a réalisée entre 1994 et 1997. Il y photographie famille et amis dans leur environnement.
Chacun regarde l’objectif, dans une pose de leur choix. Le concept de Feldmann est simple mais efficace. L'exposition montre aussi " All the clothes of a Woman" - inventaire visuel d’une garde-robe. Les images sont sans décor ni effets de lumière. Elles représentent en fait la femme.
Avec "Legs", une collection de jambes issue d'images trouvées sont rephotographiées et montées en un collage et composition "sourdement" érotique.
Feldmann affirme souvent qu’il ne se considère pas comme un artiste et encore moins comme un photographe. Il dit regarder les images et les dérober. Mais il fait beaucoup plus et non sans humour.. Manière de renouveler l'art photographique qu'il considère moins pertinent que jamais. Et ce en éliminant tout romantisme dans ces "montrages" reflet de son monde, de sa pensée, de ses fantasmes et de ses désirs.
Jean-Paul Gavard-Perret
Au cœur de son être tourmenté, une femme se lança dans une quête poignante, celles des empreintes oubliées de sa lignée. Égarés dans le silence, ses parents s'étaient à peine attardés sur les souffrances des massacres et les actes héroïques qui avaient sauvé quelques membres précieux de leur famille. Désireuse de tisser les fils de l'histoire, elle entreprit un voyage empreint d'émotion, traversant les terres d'Ukraine et de Pologne.
Ainsi est né ce poème sur l'histoire tragique de Brody.
Brody
Terre rouge de Brody
Ils sont là dans la forêt, près de la forêt
Terre noire de Brody
Les champignons ne poussent plus
Les vénéneux uniquement
Interdiction de déranger ceux qui sont enfouis
Tous étendus là, corps recroquevillés par la douleur intense de balles
Les parents de Klara et Jakob
Ozjasz et Hema, leurs enfants Anna, Reisel et Frida
Isaac et Brucha, leurs enfants, Léon, Max, Monique, Raya, Régina, Samuel, Emma.
A proximité de la forêt, charnier à ciel ouvert
les villageois ne grattent pas la terre
au risque de trouver des ossements
Oublient même d'arroser ces lopins
Rien ne pousse d'ailleurs...
Peaux devenues écorces
Le soleil ne pénètre plus la forêt
Il fait froid même en été
Les stèles en contrebas veillent sur les morts.
Les hommes ont-ils été poussé brutalement
Emmenés à Belzec en Pologne, camp d'extermination ?
Raflés à l'aube par les
Einsatzgruppen, assassins de la première heure
Hommes armés, un bras, une balle, un homme.
La ville de Brody liquidée en trois jours
Population assassinée par balles et 10 000 juifs déportés
au camp d’extermination de Belzec
Tickets sans retour
Les dates se mélangent, croisent l'horreur
Tous dans cette forêt rouge sang, hospitalière par moment,
un piège qui se referme sur lui-même,
Forêt transformée en humains,
De grands bras, allure dégingandée,
L'écorce faite de strates épaissit d'année en année.
On peut soulever les couches,
peaux douces des enfants, de jeunes filles en fleur,
d'autres rugueuses comme les mains
d'un grand père
garde forestier qui travaillait dans cette forêt-là
Photos perdues au fond d'une boîte
Photos de vivants
Jeunes gens aux mêmes regards
Trop forte la douleur des pères
Pour raconter qui ils étaient...
Avaient-ils des amoureuses ? Des flirts ?
Jouaient-ils aux échecs, au football ?
Aidaient-ils leur père, cafetier ?
Morts une deuxième fois
Personne n'a prononcé un mots sur eux
Il a fallu inventer leur vie d'avant
Images à la Chagall, inspirée des écrits
de Isaac Bashevis Singer
Trou noir, ne pas penser
Trop douloureux de rêver.
La forêt menaçante et angoissante
Les cris, on les entend
L'écorce est épaisse, plusieurs couches pour
se protéger, les colchiques mauves et
vénéneuses veillent.
Troncs scarifiés,
Incision profonde, rides de l'écorce humaine.
Impossible d'entourer les troncs des arbres
Lieu sanctuaire
La saignée s'écoule goutte à goutte.
La Galicie, terre des 600 000 personnes
assassinées, bain de sang de la folie humaine
Missions d'extermination des Einsatzgruppen
Élimination de masse des juifs,
des Tziganes, des handicapés...
Plus de mots pour dire l'horreur
soixante quinze ans plus tard
L'histoire se réveille plus violente
que jamais
Écrire pour juguler l'angoisse
La banalité du mal écrira Hanna Arendt
Les chefs des commandos en Pologne étaient en majorité
des personnes diplômées
exerçant des professions libérales
Jamais d'expression de remords ou de regrets lors des procès...
Qu'a fait la population locale ?
On sait qu'elle a participé aux massacres, à l'anéantissement
populations antisémites
Elles ont été les premières à
récupérées les biens laissés dans les maisons
A Brody
Le vieux cimetière, la forêt, la synagogue
En Pologne à Belzec
Autour du mémorial
une plaque commémorative de Brody
Des hommes de Brody ont été emmenés à Belzec
Ils ont fait ce voyage de non retour
Trains plombés, numérotés
Tous comme ces hommes, pas de noms enregistrés.
Uniquement le nom de la ville de provenance
Maisons investies le lendemain
du massacre
les robes d'Anna, Reisel et Frida
ont été portées par d'autres fillettes
et admirées par les enfants de l'école.
A Yad Vachem
La Vallée des Morts qui recense toutes les villes
juives à jamais disparues : le nom de Brody.
Ne pas pouvoir oublier
Les forêts de Galicie et de Bukovine
Ne pas se laisser engloutir dans
le dédale des stèles
du cimetière de Brody.
Lettres hébraïques inscrites sur
les tombes
Impossible de lire, de déchiffrer
Quelles sont les familles
Enterrées dans le plus vieux cimetière de Galicie ?
La forêt est bruyante pour qui écoute bien
La place manque
Les corps enchevêtrent d'autres corps
Qui n'ont pas bougé
Depuis presque sept décennies
Tibias, mains d'enfants
Rejetés de la terre qui étouffe
qui n'en peut plus de retenir.
Expulsion qui devrait alerter
empêcher la population de dormir
Pourquoi cette tombe
de petite taille
Peinte en rose
Après la guerre ?
Petite fille repose en paix.
Tirer le fil rouge de l'histoire
pour essayer de comprendre
l'inexplicable, l'innommable,
la folie des hommes
le silence du monde
Parents cassés, identités tronquées
Enfances volées
Peur d'oublier d'une génération à l'autre
Traces écrites et graphiques
Jusqu'au bout de nos forces
Lire pour vivre
Tard dans la nuit
Écrire par bribes
Prolongement de rêves douloureux
A l'abri des regards
Chant choral de la forêt
Troncs, branches, arbres
Quel leitmotiv est repris ?
Tisser le jour telle Pénélope
Défaire la nuit l'ouvrage
Massifs impressionnants
Qui délivrera les mémoires ?
Dans l'Hadès
Ombres transparentes,
sans futur, sans pensée.
Pas d'asphodèles pour couvrir
les corps
Fleurs blanches qui auraient pu
être linceuls
Pas de corps déplacés comme le préconise la religion juive.
No Tears... No Goodbyes
chantent Helen Merrill et Gordon Beck
Hommage à ceux qui n'ont pas eu
de sépultures
Pour que les larmes des vivants coulent enfin.
Par sa poésie, Sara Oudin décline un voyage existentiel où le rêve et la réalité ont fort à faire pour s’accorder.
Certes, chaque voyage a ses limites et sa fin. C’est pourquoi l’auteur commence ici à les découper en tronçons. Un tel corpus érotique et ésotérique lutte contre toute forme d’effacement. Si bien qu’à travers Sara, c’est Eve qui revient en scènes furtives et hallucinatoires.
Elles surmontent le temps qui passe, l’angoisse, le négatif.
Sara Oudin, "Quarante et un", editions Bruno Gattari
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Mon chat. La sensation de son souffle impatient sur mes paupières.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils nourrissent mes rêves d’adulte.
A quoi avez-vous renoncé ?
Peut-être aux voyages lointains. Mais ce n’est pas vraiment de l’ordre du renoncement, plutôt une transfiguration à travers l’écriture.
D’où venez-vous ?
D’ailleurs… physiquement et mentalement. J’appartiens à une famille nomade dont les racines ne sont pas ancrées dans une terre mais dans une culture : la culture juive sépharade, et plus largement la culture orientale.
Qu’avez-vous reçu en “héritage” ?
Mon nom, à mes yeux un trésor. Et une identité que j’interroge et remets en question en permanence.
Un petit plaisir — quotidien ou non ?
Le parfum des fleurs d’amandier, les amandes, la pâte d’amande, amertume et douceur proprement aphrodisiaque.
Comment définiriez-vous votre poésie ?
Cela ne m’appartient pas. Sentimentale, lyrique, spirituelle, mystique, ésotérique ? J’aime l’idée qu’elle soit accessible à plusieurs niveaux, comme un millefeuille, et que chaque lecteur puisse y projeter ses attentes.
Quel poids représente le passé collectif dans votre oeuvre ?
Mon écriture est bien sûr nourrie de toutes mes lectures antérieures (je ne lis presque plus aujourd’hui, du moins je ne puis lire et écrire à la fois, « brûler la chandelle par les deux bouts » comme l’écrit Katherine Mansfield dans son Journal.
Je me sens très proche de toute la littérature féminine anglo-saxonne d’une part, et de la poésie orientale d’autre part. Ca, c’est pour la partie consciente. Mais bien évidemment, le poids de l’histoire collective, de l’histoire juive en particulier, avec ses exils successifs, doit donner une certaine tonalité à ma poésie.
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Mon tout premier poème , écrit à 9 ans : « La-haut, dans les haubans, un Anamite se balance »
Et votre première lecture ?
Je ne me souviens pas de ma première lecture. Il n’y avait pas de livres chez mes parents mais j’ai reçu beaucoup de prix de français à l’école, ça existait encore à l’époque. Ca allait des Mémoires d’Un Ane de la comtesse de Ségur à La Porte étroite de Gide.
Des livres que j’ai mis de côté pour les lire beaucoup plus tard. En revanche, je traînais à la bibliothèque dans les rayons « littérature anglo-saxonne » et j’ai lu tous les classiques, y compris Henri Miller, bien avant l’âge requis.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Toutes les musiques, absolument toutes. Mais pas tout dans ces musiques. J’ai une oreille très « élective ».
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Mes trois livres de chevet : “L’Odyssée”, “Alice au pays des Merveilles” et “Vie Secrète” de Pascal Quignard.
Quel film vous fait pleurer ?
“Imitation of Life”, de Douglas Sirk. Un mélo flamboyant que j’adore, bien qu’il évoque pour moi des souvenirs très douloureux.
Aux antipodes, “La Strada” de Fellini, mon premier film vu avec mon père à 5 ans, que je déteste, même s’il évoque un souvenir heureux.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
J’évite les miroirs. Et toutes les images de moi.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A ma mère.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
L’Egypte.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Pour les écrivains, j’ai répondu plus haut. Il faudrait ajouter Kafka, Kundera, Nabokov…. J’ai une prédilection pour les peintres du fauvisme et la peinture expressionniste allemande. En musique, je me sens proche des accents de la musique d’Europe centrale (j’adore Janacek !) autant que des musiques orientales et d’Asie mineure. Mais pour la poésie, je n’ai pas à proprement parler de « modèle ».
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un bouquet de pivoines rouges.
Que défendez-vous ?
La nuance. Qui est la seule vision lucide de ce monde de dualité dans lequel nous vivons.
Que vous inspire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
J’en retiens les premiers mots : l’Amour c’est donner quelque chose. Et je préfère, de très loin, la citation de Nietzsche :
« Ce qu’on fait par amour s’accomplit toujours, par-delà le bien et le mal. »
Pour la citation de Lacan comme pour celle de Nietzsche, ce ne sont à mes yeux que des mantras de protection. L’amour est définitivement incompréhensible.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la question ?“
La réponse ne peut pas toujours être « oui ». Spinoza dit que « tout refus de quelque chose n’est que l’acceptation d’une autre chose »
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Quelle est la fonction de l’oubli dans votre écriture ?
Entretien et présentation : Jean-Paul Gavard-Perret.
La complexité des êtres et des mondes : Carole Zalberg
Carole Zalberg, "A la trace", Intervalles Editions, 88 p.
Passant un mois près d’eux l’à Tel-Aviv l’auteure y transcrit son journal de voyage au sein d’une chronique de la rencontre et des retrouvailles. Il propose un maillage nostalgique de remémoration au sein d’une terre qui reste pour Carole Zalberg l’ « ancrage » capable de résister aux incertitudes des lendemain.
Y planent aussi ce qui est souvent tu : la présence de Tsahal et le rapport que la jeunesse mais aussi les parents entretiennent avec l’armée et des guerres jugées parfois justes parfois absurdes.
Pour beaucoup d’entre ceux qui ont cherché refuge en Israël pour se reconstruire voir leurs enfants exposés à la mort n’est pas une simple affaire et suscite bien des interrogations dont les questions ne sont pas simples.
Jean-Paul Gavard-Perret
Richard Avedon : portraits
Richard Avedon était l'un des deux photographes de mode et d’art les plus influents par ses portraits de célébrités. Et dès 1985 son livre "In the American West" est considéré comme un ouvrage fondateur de l’histoire de la photographie.
Jean-Paul Gavard-Perret
Richard Avedon : Relationships, Skira, New York, 2023, 196 p..
Emmanuel Moses : quand l'écriture garde malgré tout le dernier mot
Emmanuel Moses précise sa quête : "Quand chaque moment peut être un signe, chaque émotion, un chemin, chaque changement de lumière, une promesse ou un séisme, quand on a l’impression que la vie se livre enfin (...), il faut cesser de parler et, faux ou juste, chanter, semer les notes comme on sème des graines, et ainsi déjouer le vide, ce rongeur à qui il n’est pas question de laisser gagner la partie." Néanmoins son livre s'inscrit en faux contre cet abandon.
Reste encore une écriture qui évitant les écueils précisés par l'auteur, "suit son cours" comme disait Beckett. Ce dernier il pourrait se retrouver dans un tel recueil. Implicitement Moses lui doit beaucoup même s'il est tout autant imprégné de Lévinas.
Existe chez un tel poète quelqu'un tout occupé à demeurer immobile pour saisir, au bout de longues années d’humble contemplation, la vérité d’u lieu et surtout de l'être. Mais il y a aussi quelqu'un toujours en mouvement à la recherche d’une lumière fuyante.
Jean-Paul Gavard-Perret
Emmanuel Moses, "Étude d’éloignement", Collection Blanche, Gallimard, mai 2023, 80 p.
Son père était le philosophe franco-israélien Stéphane Mosès. Sa mère est l'artiste Liliane Klapisch (en). Il est l'arrière-petit-fils de l'écrivain allemand Heinrich Kurtzig (1865-1946).
Deux pionnières - engagement et photographie
Sonia Handelman a grandi à New York. Ses parents étaient des immigrants juifs d’Europe de l’Est. Après avoir obtenu son diplôme universitaire, elle a travaillé pendant la Seconde Guerre mondiale au Bureau d’information pour la guerre pour le US Signal Corps à Porto Rico, et au Bureau d’information pour la guerre à New York, puis dans une agence de photographie d’actualités. En 1943, elle rejoint la "Photo League".
Fille aussi d’immigrants juifs d’Europe de l’Est, Ida Wyman s'est retrouvée à New York, où elle a rejoint le club de photographie de la Walton High School. En 1943, elle a rejoint "Acme Newspictures" puis s’est lancée seule pour commencer à travailler en freelance . Elle a rejoint la "Photo League" et pour le magazine Life elle couvrit plus de 100 reportages avant d'en faire pour Fortune, Saturday Evening Post, Parade et de nombreuses autres publications.
La Monroe Gallery of Photography présente une exposition de ces deux femmes photographes pionnières. Manière aussi de mettre l'accent sur "La Photo League" - collectif de photographes actifs entre 1936 et 1951 qui estimait pouvoir changer les mauvaises conditions sociales et défendre la photographie en tant que forme. Le collectif est devenu l’un des centres de photographie les plus progressistes des USA et de nombreux membres du collectif étaient des femmes.
En 1948, elle est déclarée organisation subversive et mise sur liste noire. C'est sans doute pourquoi le travail des deux photographes est resté méconnu pendant des décennies. Ces dernières années, il y a eu un regain d’intérêt pour le collectif et ces deux femmes qui ont contribué de manière incomparable à la promotion de la photographie de rue en tant que forme d’art.
Jean-Paul Gavard-Perret
Sonia Handelman Meyer et Ida Wyman, "Deux femmes pionnières de la Photo League"Monroe Gallery of Photography, Santa Fe, Jusqu’au 18 juin 2023.
Janette Beckman portraitiste d'exception
Janette Beckman reste une femme libre et une photographe rebelle mais sa valeur première reste le respect. Avant tout photographe documentaire elle a appris l'art du portrait en allant à la National Portrait Gallery de Londres.
Fascinée par celles et ceux qu’elle rencontrait dans la rue, elle les shootait avant de devenir une incontournable photographe de la scène musicale anglaise puis new yorkaise. Cette ville ne la quitte plus, pour ses nombreuses toiles de fond, avec quelque chose de différent à chaque coin de rue.
Ses images d'instants capturé font d'elle une des photographes les plus importants de notre époque. Son travail est exposé dans des galeries du monde entier.
Inspirée par les oeuvres de Richard Avedon, Danny Lyon, Martha Cooper, Irving Penn, William Klein, Steve Shapiro, Mary Ellen Mark, Jamel Shabazz et bien d’autres elle a su trouver son propre langage même si son absolu photographique reste le portrait de Miles Davis par Irving Penn en 1986.
Selon elle la qualité nécessaire pour être un bon photographe (plus particulièrement en noir et blanc et à la lumière du jour) est de suivre sa passion et de traiter les autres avec respect pour créer une émotion et une intensité particulières en une connexion immédiate avec eux . Et ce avec un seul but : "Trouvez votre tribu, suivez votre étoile et n’abandonnez pas votre rêve."
Jean-Paul Gavard-Perret
L’hymne des femmes de Judith Martin-Razi
Les photographies de Judith Martin-Razi sont troublantes par leur simplicité mais aussi par la complexité et la diversité des êtres qu'elles dévoilent non sans humour.
Dans sa série la créatrice renvoie à l’image d’une seule et même jeune femme servant de modèle unique, et mise en scène dans des situations politiques, sociales ou charnelles.
Les codes établis se renversent ; il y a là autant une femme garçonne qu'une femme militaire, une femme enceinte qu'une religieuse et sans oublier la première d'entre elles.
Preuve que la psyché peut s’avérer être bien plus complexe que prévu. Les jeux de rôle auxquels nous nous soumettons sont ainsi suggérés là ou chaque photo ainsi traitée comme un tableau avec un "fil rouge" - en l'occurence bleu - , la modèle porte à chaque fois une bague ornée d’une grosse turquoise.
Jean-Paul Gavard-Perret
« Elle, unique et plurielle ». Photographies de Judith Martin-Razi.