Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Daniella Pinkstein face au gang des lunatiques

Daniella Pinkstein face au gang des lunatiques

Daniella Pinkstein face au gang des lunatiques

Daniella Pinkstein ; »AvatardS », Editions Constellations, 2026, , 410 pages, 20 €

Daniella Pinkstein, à travers  son cinquième roman, rejoint l’allégorie de ses prédécesseurs élus : Kafka et Moïshe Kulbak. Dans cette fiction - entre ciel et terre, images omniprésentes et mots qui échappent – sa vision  sur l’époque fragmentée demeure obsédée par le visible, et la rapproche des formalistes chirurgien du  réel. Mais plus que d’ »opérer » elle dispense un remède. « AvatarS » devient en conséquence  une métaphore née des fracas du monde. Mais ce roman reste celui de l’espérance.

L’auteure nous place dans la confusion mais pour sinon en sortir du moins rester digne. Certes nous culbutons collectivement et nos sommes dépassés Eu égard à notre « situation » défier le monde ne suffit sans doute pas à construire son histoire. Il faut nous réinventer pour y faire face.

D’où dans cette fiction un espoir inédit et presque suffisant au sein du Paris  d’aujourd’hui,. S’y découvrent des crimes sadiques, sans motivation qui  multiplient dans l’indifférence. Une jeune-femme, aussi ordinaire que placide, et deux vieux juifs, aussi illuminés que naïfs, décident de retourner le monde, tête-bêche, pour conjurer le chaos et la destruction. Existe alors ici un « gang de lunatiques » au sein d’une épopée humaine.

Ni dystopie, œuvre d’anticipation ou fable, « AvartarS » devient une fiction reflet de nous-mêmes tout en cherchant dans ce monde instable qui bascule notre place. Mais sans chercher de double ou  d’« avatar », il faut se dresser hors de soi devant les ténèbres. Comme ingrédient il faut mettre un peu de vie , un peu de d’éternité en repeuplant l’humanité par le songe d’un cœur commun.

« AvatarS » reste donc l’histoire d’un peu d’amour – voire plus et du courage, malgré  la peur et l’horreur. A chacun de retrouver une place sans peur de l’univers et au besoin de la changer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Photographe artiste : Judith Clark - Femmes en détention

Photographe artiste : Judith Clark - Femmes en détention

Femmes en détention

Sara Bennett et Judith Clark, :"Looking Inside – Women with Life Sentences",  Kehrer Verlag, 2026, 256 p;? 19 E . Exposition personnelle, BAXTER ST at CCNY, New York, New York, 3 février – 7 avril 2027

Sara Bennett est une artiste photographe basée à New York et lauréate de la bourse Guggenheim 2024. Ancienne avocate de la défense, elle utilise la photographie pour attirer l’attention sur les problèmes de l’incarcération de masse. Son travail a été largement exposé dans des musées et des galeries, Judith Clark est directrice du Survivors Justice Project, qui lutte pour la décarcération grâce à la mise en œuvre de la Domestic Violence Survivors Justice Act de l’État de New York.

Sara Bennett a passé plus de dix ans à photographier des femmes reconnues coupables d’homicide et condamnées à la prison à perpétuité dans l’État de New York. Son projet au long cours retrace la vie de ces femmes à travers le temps et l’espace : à l’intérieur des murs de la prison, dans leurs chambres après l’incarcération, et lorsqu’elles réintègrent le monde extérieur après des décennies derrière les barreaux.

À travers des portraits intimes et des documents personnels, Polaroids, lettres, dessins et notes manuscrites Bennett construit un récit stratifié qui offre une perspective rare, loin des stéréotypes. Looking Inside: Women with Life Sentences est un rappel de la complexité et de l’humanité de femmes qui sont, et ont toujours été, bien davantage que l’acte unique qui les a envoyées en prison à vie. La publication est complétée par une puissante postface de Judith Clark,ainsi que par des notes finales illustrées de Bennett qui élargissent encore le contexte du projet.

Et les coupables rappellent qu'elles ne demandent pas  une seconde chance dans la vie et n'ont pas  oublié ce qu'elles ont fait ; cela signifie queelles faisaient  autrefois partie du problème et que, pour aider à guérir ceux qu'ellesont blessés, elles font apartie de la solution, de la conversation. "Vous avez tenu l’État responsable à travers notre punition. Maintenant, laissez-nous vous montrer comment nous nous sommes rendues responsables face à votre douleur." écrit l'une delles.

Face à l'impensable : Etty Hillesum "Je me sens seulement dans les bras de Dieu."

Face à l'impensable : Etty Hillesum

Face à l'impensable : Etty Hillesum

Etty Hillesum, Une vie bouleversée, suivi de Lettres de Westerbork, Traduit par Philippe Noble, éd. Points, 2020, 408 p., 9.30 €., Etty, série réalisée par Hagai Levi, adapté du journal d’Etty Hillesum, avec Julia Windischbauer, Sebastian Koch, Leopold Witte, Gijs Naber, 2025, Arte.

Le journal d’Etty reste résolument  féministes avant l’heure . Elle a  refusé de se laisser décentrer de sa vitalité intérieure à cause de l’amour pour les hommes. Et la série tiré de  ce journal le prouve. Etty est tout à fait crédible en parlant de l'aujiiurd'hui comme du temps de la Gestapo à Amsterdam et ailleurs).

L’interprétation d'Etty par Julia Windischbauer est brillante dans la série qui reste d’une grande fidélité à l'auteure et son art de regard attentive moindre de ses gestes. Finalement son aura fait d'elle  la désireuse de sa paix intérieure. Et  l’actrice autrichienne offre non seulement un visage possible d’Etty, mais  la personnification de sa foi obstinée pour la vie face à la mort omni-présente.

A la fois malheureuse et p arfois doté d’un égo vital, Etty  dans son journal suit son ambition  mais de plis il devient une pensée philosophique.

Spontanéité et débordements émotionnels rendent le lecteur si proche d’elle qu'il a l’impression de se retrouver avec une proche confidente.
De plus la série de Hagai Levi tente ne quitte jamais Etty et le spectateur embrasse son point de vue à chaque instant. N’adaptant que son journal et non les dernières lettres écrites au camp de Westerbork, il évacue d’emblée la possibilité de représenter les camps de déportation et d’extermination.

S’affectant volontairement au camp de Westerbork pour aider moralement les déportés, le diariste nous interroge sur la résistance au mal. Elle reste parfois héroïque, parfois fataliste mais perspicace :
« Chacun en ce moment est occupé à songer à soi même et à tenter de passer entre les mailles du filet. Or c’est que je ne me sens pas sous leurs griffes. Que je reste ici, ou que je sois déportée. C’est une idée si conventionnelle, si primitive. Ce raisonnement ne me touche plus. Je ne me sens sous les griffes de personne. Je me sens seulement dans les bras de Dieu. » Et une telle série permet découvrir l'écriture d’Etty Hillesum face à l’une des impensable épreuves du mal.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste : L'imaginaire de Ruth Thorne-Thomsen

Artiste : L'imaginaire de Ruth Thorne-Thomsen

L'imaginaire de Ruth Thorne-Thomsen

Ruth Thorne-Thomsen, Gitterman Gallery, New York, jusqu'au  juin 2026.

Ruth Thorne-Thomsen est décédée le 27 octobre 2025, à l’âge de 82 ans. Elle était mariée au photographe Ray Metzker  rencontré alors qu’elle enseignait à Chicago à la fin des années 1970, ils vivaient à Philadelphie. Bien que son travail figure dans des collections muséales,  son œuvre mérite une plus grande reconnaissance. Gitterman Gallery  représente ses archives dont  les images suscitent un sentiment d’émerveillement et de réflexion.

Thorne-Thomsen mettait en scène des images photographiques dans le paysage, puis les rephotographiait pour créer des scènes surréelles parfaitement homogènes, souvent traversées d’allusions à la mythologie et à l’histoire. Elles semblent apporter la preuve des rêves et offrir une compréhension plus profonde de notre psychologie.

"Je crée des métaphores visuelles d’états expérientiels à partir d’images provenant de multiples sources, en utilisant la photographie pour créer l’unité d’un champ visuel qui est l’illusion de la réalité" évrovit la phptographe. Et ce avec un  effet une contradiction avec la capacité du médium à produire un sentiment d’actualité.

Elle expotre  les états d’esprit intérieurs et méditatifs issus de la trame de son expérience personnelle. à travers une ouverture sténopé. Cette approche parfois ludique lui permet de créer des royaumes imaginaires qui suggèrent, plutôt qu’ils ne décrivent, des états paradoxaux. Ses images naissent de choix personnels mais  visent à évoquer des expériences universelles.

Thorne-Thomsen était cultivée et s’intéressait très jeune à la mythologie et aux rêves sous l’influence de sa grand-mère. Son usage constant de la tête comme métaphore visuelle suggère une exploration de la psyché individuelle. En recourant à une iconographie, des motifs et des symboles familiers, elle laisse entendre qu’il existe des vérités inscrites dans l’humanité depuis les temps les plus anciens, et que nous faisons ainsi partie d’une existence collective.

Jean-Paul Gavard-Perret

ALLAN RUBINSTEIN COLLECTIONNEUR DE GENIE

ALLAN RUBINSTEIN COLLECTIONNEUR DE GENIE

ALLAN RUBINSTEIN COLLECTIONNEUR DE GENIE

 Allan Rubinstein, "Sélection", avril 2026N, au salon de la photographie organisée par l’AIPAD (Association of International Photography Art Dealers, association internationale des marchands d’œuvres d’art photographiques).

La Klotz Gallery est le dépositaire exclusif de la collection des photographies Allan Rubenstein.  Ce dernier et Alan Klotz furent amis proches et associés pendant vingt ans, jusqu’à la mort d’Allan RubInstein, fauché par un chauffard en 1992.

il était devenu le directeur de production chez GQ Magazine, Mais son véritable moteur, c’était la collection d’œuvres photographiques, auquel s’ajoutait une aventure grisante :  gérer la galerie de Klotz et consolider leur amitié.

Allan Rubinstein faisait de nombreuses acquisitions à la galerie et par son intermédiaire. Toujours à l’affût de nouveaux trésors, ils illustrent son savoir-faire de collectionneur.

Sa collection recoupait trois siècles de travaux, dont des calotypes. Il se concentrait cependant en majeure partie sur les vingt dernières années du XIXe siècle et les deux premières décennies du XXe .

Jean Paull Gavard-Perret

http://www.klotzgallery.com

Auteur juif : Nathan Devers, « Aimer Jérusalem »

Auteur juif : Nathan Devers, « Aimer Jérusalem »

Nathan Devers : tenir

Nathan Devers, « Aimer Jérusalem », Collection Blanche, Gallimard, 2026, 432 p., 23 E..

«Eh bien moi, j’accepterais la proposition de ton diable. Je resterais seul et j’écrirais un livre. Pas vraiment un roman, ni un bouquin d’histoire. Plutôt une nécrologie collective. Un tombeau de papier, dans le genre ‘Vie et mort de mon peuple » écrit Nathan Devers.

La livre crée de la sorte à la fois une fresque poétique afin d’évoquer la grandeur et les failles de ses compatriotes. Mais – et de plus – il invente et propose sa fable. C’est pour lui le moyen de retracer et surligner la généalogie d’un tel pays magique mais qui demeure sous la peur de disparaître «  car son âme est guettée depuis les origines par la menace de l’anéantissement.” ajoute-t-il

"Et ce même si un futur lecteur lui rappelle que, et pour la cause d’Israël, ce livre a déjà été écrit. Avant même que nous n’existions. Il s’appelle la Bible.”

Toutefois son livre reste une méditation ailée, certes et bien sûr habitée sur ces textes sacrés. Ils travaillent Nathan Devers en profondeur sa propre histoire et celles des hommes là où il ne cesse de reposer sans cesse le questionnement capital : comment répondre au mal ?

Reste dessus l’abîme possible. L’auteur refuse de s’y précipiter par sa magie verbale. Ici le mouvement de l’écriture, des faits d’ombres voit le jour à partir des abysses de l’histoire de son peuple. Se découvre un creusement pour tenir face à aux manigances de ceux qui veulent éventrer Israël. En ce sens un tel livre reste un acte majeur de résistance.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Anna Negro « Cuerpos Sole Cuerpos » - La juive errante

Artiste juive : Anna Negro « Cuerpos Sole Cuerpos » - La juive errante

Pudeur et souffrance

Anna Negro « Cuerpos Sole Cuerpos », Galleria Nazli  Kalayci Art Dealer,  Buenos-Aires, 2026.

Ana Negro est une peintre d’exception. « Juive errante » comme elle le dit, elle est devenue Argentine quand sa famille a pu s’échapper du mal des forces nazies brunes.

Sauvée de la shoah elle écrit « je ne me sens pas victime, puisque j'ai survécu et j'ai les ressources nécessaires pour construire des êtres sur une toile. C'est plus que ce que la plupart des êtres ont. Le mal fait partie du passé, juste du passé. Ce que je peux en faire est mon défi et ma responsabilité. »

Dans les oeuvres d’Ana la douleur est toujours là. Pas de sourire possible. Pas de plaisir. Des corps ne reste qu'une chaleur humaine pour se sauver de la solitude. Mais les êtres sont déjà "hors sol" au-delà de tout principe d'éros ou de de plaisir.
Toutefois un tel art fait des hommes des corps parfois sublimes comme le furent dans la peinture religieuse les corps de Christ. Mais ici corps humains souffrant ne sont pas du ciel mais de la terre où chaque visage devient le portait sublimé d’Ana.

Au milieu de l'année 2025, tombant sur les images de Jonathan Martineau  quelque chose s'est déclenché chez l’artiste. Ces images ont pris corps avec un énorme écho personnel qui aboutit à cette exposition remarquable.. « Ce n'était pas dans mes plans, mais je n'ai jamais pu baisser les bras ». dit-elle. Et comme Sisyphe elle n’a  jamais pu m'empêcher de continuer à pousser le rocher.

Au cours de ces années, elle s’est souvent interrogée sur le sens de poursuivre une existence marquée par une souffrance aussi intense et prolongée. Mais en rien suicidaire, pour elle la condition de l’art et de la vie est absolument  liée à l'autonomie physique et psychique et à la dignité.

Depuis la Shoah l’artiste glisse de plus en plus vers la fin de la planète. En ce sens et ici pas de « disdascalies » visuelles pour signifier le corps. Il est là tel quel, nu sans la moindre ostentation obscène, toujours sur un plateau mental. Son œuvre, unique dans le genre, est la plus éclatante douloureusement sublime.

 

Fred Stein : archives des destins : « Fred Stein, Im Augenblick », Jüdisches Museum Berlin, Berlin

Fred Stein : archives des destins : « Fred Stein, Im Augenblick », Jüdisches Museum Berlin, Berlin

Fred Stein : archives des destins

« Fred Stein, Im Augenblick », Jüdisches Museum Berlin, Berlin

Fred Stein (Dresde, 1909 – New York, 1967) reste un photographe méconnu meme s'il réalisa des très nombreuses photographies dans les villes de son exil - Paris et New-York.

Fred Stein était fils de rabbin, militant socialiste et antifasciste. Il terminait ses études de droit en Allemagne quand qu’Adolf Hitler accédait au pouvoir en 1933.

Sa thèse de doctorat fut alors rejetée et il fut interdit d’exercer son métier pour des raisons raciales et politiques.
Prétextant une lune de miel, il quitte alors l’Allemagne nazie pour Paris avec sa jeune épouse et un appareil Leica.

A Paris, Fred Stein décide de transformer son hobby pour la photographie en profession Il évolue dans le milieu des réfugiés politiques européens et se rapprochent de nombreux intellectuels et artistes .
Au détour de discussions politiques, Fred Stein tire le portrait d’amis ou de personnalités qu’il avait la chance de rencontrer (parmi eux Robert Capa, Gerda Taro, Willy Brandt, André Malraux.

Il ouvrit son premier studio en 1934 et participa à partir de 1935 à des expositions de groupe dans des galeries parisiennes aux côtés de Man Ray, André Kertész, Ilse Bing et Dora Maar.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, le photographe fut considéré comme un « étranger ennemi » et a eu  la possibilité de s’enfuir au sud vers la France libre  puis s’embarqua avec sa famille à Marseille  vers les Etats-Unis.

Installé à New-York, il continua à photographier activement avec un Rolleiflex en plus de son Leica. Il obtint la nationalité américaine en 1952 et ne revint que très épisodiquement dans son pays natal à partir de 1958.

Son fils, Peter Stein, a travaillé au classement et à la valorisation de ses archives depuis quinze ans pour sa rétrospective au Musée juif de Berlin. Fred Stein réalisa 1 200 portraits entre les années 1930 et 1960. Ses photographies ne sont pas mises en scène.

Il utilise généralement la lumière naturelle et cherche avant tout l’authenticité en voulant « rencontrer » ses modèles. Les personnages ont souvent le regard ailleurs, ne fixant pas frontalement le photographe, n’attendant pas le déclencheur.

Le portrait le plus connu est certainement celui d’Albert Einstein pris en 1946 à Princeton, mais c’est un catalogue impressionnant de personnalités que photographia Fred Stein dans sa carrière.

Jean-Paul Gavard-Perret

ENTRETIEN AVEC SYLVIE TAQUE-BAUER : AU NOM DES SIENS

ENTRETIEN AVEC SYLVIE TAQUE-BAUER : AU NOM DES SIENS

Une femme de la mémoire et de la chair

Sylvie Taque-Bauer est une femme de l’ombre et de la profondeur. Ni figure médiatique ni auteure de posture, elle écrit depuis un lieu rare : celui de l’expérience vécue, de la transmission silencieuse et d’une mémoire incarnée. Ancienne éducatrice de l’administration pénitentiaire, philosophe de formation, elle porte une parole grave, fragmentaire, tendue entre l’histoire, la chair et la fidélité aux siens. Son écriture ne cherche pas à séduire : elle insiste, elle persiste, elle veille.

Qui est-elle ?

Une écrivaine du réel intérieur, marquée par les tragédies du XXᵉ siècle, par la détention, par l’héritage familial et par une exigence morale absolue.

Sylvie Taque-Bauer – Parcours et ancrage

Née à Moulins-sur-Allier, Sylvie Taque-Bauer vit à Lyon depuis 1979. Elle étudie la philosophie à l’université de Clermont-Ferrand, avant de devenir éducatrice à l’Administration pénitentiaire, métier qu’elle exercera de 1976 à 2016. Une vie entière confrontée à l’enfermement, aux silences, aux failles humaines.

Elle publie des textes dans l’ouvrage collectif Dans la rupture des silences (ENAP, 2010) et sur la revue Sitaudis, notamment Blessures et Enfermement. Son écriture procède par fragments, par éclats, refusant toute narration lisse. Chez elle, les mots ne décrivent pas : ils incarnent.

Une écriture de la variation et de la transmission

Sa pensée est mouvement. Elle ne se fixe jamais. Elle travaille la matière humaine comme une poussière chargée d’histoire. Les textes de Sylvie Taque-Bauer portent cette idée : rien n’est clos, tout circule, tout se transforme. L’héritage n’est pas un legs confortable, mais une responsabilité.

Par pudeur, elle a longtemps évité de dire frontalement ce qui fonde son écriture : la mort blessant l’enfance,

le silence comme seconde peau, l’âme de sa grand-mère marquée par une jeunesse fracassée par la Première Guerre mondiale puis par deux années de camp de concentration,

un héritage tragique qu’elle refuse de dilapider.

À cela s’ajoutent les présences tutélaires : Marguerite Duras, lue pendant une année de maladie après L’Amant, Patrick Modiano, Stefan Zweig, Nikos Kazantzakis, et ceux qui écrivent pour conjurer le retour du pire. La littérature, chez elle, est un rempart fragile mais nécessaire.

Entretien

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

La lumière du jour.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?

Toujours là, ils se sont adaptés aux années qui passent.

À quoi avez-vous renoncé ?

À rien de ce à quoi je crois. Je persiste.

D’où venez-vous ?

De celles et ceux qui m’ont permis de devenir ce que je suis.

Qu’avez-vous reçu en héritage ?

Cette foi inébranlable dans la vie. Malgré tout.

Un petit plaisir ?

En début d’après-midi, lire près de la fenêtre.

Votre vision de la littérature ?

C’est une maïeutique. Elle donne à penser. Elle coupe le souffle pour donner du sens.

Noir et blanc ou couleur ?

Noir et blanc. Photographie argentique.

Première image fondatrice ?

Au cinéma, le petit garçon au ballon rouge.

Première lecture ?

Contes et Légendes.

Musique ?

Johann Sebastian Bach, entre tous.

Livre à relire ?

De Duras à Camus, en passant par Zweig et Kazantzaki. Si j’avais le temps.

Film qui vous fait pleurer ?

Hier soir, Les Choses de la vie. Pleurer intérieurement.

Dans le miroir ?

Un peu de ce que j’ai été, de ce que je suis et de ce que je tente de devenir.

À qui avez-vous osé écrire ?

À Marguerite Duras. Deux lettres. En 1984 et 1985.

Lieu mythique ?

Moulins pour l’enfance. Athènes, ville première. Et entre les deux, Baalbek, Noël 68.

Artistes proches ?

Impossible de choisir. Ils m’ont façonnée autant que les êtres aimés.

Cadeau idéal ?

Ce qui se donne en silence.

Que défendez-vous ?

L’humanité. La tolérance.

Lacan : “L’amour, c’est donner quelque chose qu’on n’a pas…”

La complexité humaine, dans toute sa splendeur.

Woody Allen : “La réponse est oui…”

L’essentiel est dans la question.

Question oubliée ?

Ce sera pour une prochaine fois.

Présentation et entretien réalisés par Jean-Paul Gavard-Perret, le 6 janvier 2026.

Hotels du nord et d’ailleurs : Danielle L. Goldstein 

Hotels du nord et d’ailleurs : Danielle L. Goldstein 

Hotels du nord et d’ailleurs : Danielle L. Goldstein

 Danielle L. Goldstein, « Transience", Schilt Publishing », 2025,  & Gallery 112 p., 50 €

Dans ce  livre Danielle L. Goldstein  explore l’impermanence à travers les paysages changeants de lieux et d’identités. Réalisé pendant quatorze ans dans des chambres d’hôtel du monde entier, ce livre contient 62 autoportraits qui relatent le parcours de l’artiste vers la cinquantaine, à travers la séparation, le divorce, les bouleversements émotionnels et sa renaissance.

Le projet a débuté dans un ancien hôtel espagnol, où Goldstein a commencé à réfléchir aux nombreuses âmes qui avaient autrefois habité la vieille chambre – elle semblait hantée. Elle a braqué l’objectif sur elle-même pour documenter l’espace à la fois physique et métaphorique, utilisant son propre corps comme espace de référence.

Ce qui a commencé comme un autoportrait fantomatique d’une femme ordinaire s’est progressivement transformé en un journal photographique complet, parcourant des centaines de chambres d’hôtel et capturant le terrain émotionnel changeant d’une vie éphémère.

Jean-Paul Gavard-Perret