Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Annie Leibovitz : visions intimes ou générales
Cette exposition, récemment présente un ensemble d’œuvres—paysages, natures mortes et portraits—réalisées au cours des deux dernières décennies par Annie Leibowitz.Elle fait suite à son intronisation à la prestigieuse Académie des Beaux-Arts de Paris en 2024.
« Stream of Consciousness » présente à la fois des images bien connues d’écrivains, de performeurs et d’artistes ainsi que des images qui ont rarement été exposées auparavant. Sont montrées paysages, intérieurs;, objets historiquesn( chapeau haut de forme d’Abraham Lincoln, télévision criblée de balles d’Elvis Presley. Ces juxtapositions montrent la diversité des sujets traités par sa capacité à équilibrer l’intimité et la théâtralité.
Son œil guidé par son intuition et son sens de la narration trouvent un équilibre entre intimité et mise en scène, entre le délicatement personnel et le grandiose universel. Ses photographies ne sont pas ancrées au seul moment de leur création : "Je reviens sans cesse à ces images'" dit Annie Leibovitz.
Anès Varda et la mer
Agnès Varda, "Je suis curieuse. Point", Musée Soulages, Rodez, du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026
"La Méditerranée, l’Atlantique, le flux et le reflux, le détail ou l’immensité, forment la clef de voûte de l’esprit de Varda." écrit Benoît Decron conservateur et directeur musée Soulages, Rodez. Et pour lui Agnès Varda est une figure majeure du cinéma et de la photographie,. Le musée Soulages a décidé de lui rendre un hommage.
Après la pratique de la photographie mise au service du TNP (Théâtre National Populaire) et de la troupe de Jean Vilar pour le festival d’Avignon, c’est donc le cinéma qui occupa le plus clair de son temps : proche d’Alain Resnais, de Chris Marker, de William Klein et bien sûr de Jacques Demy, qui deviendra son compagnon, Agnès Varda partage son appétence sociologique et imaginative au sein de ce petit groupe dit de la « Rive Gauche ». Ensemble, ils se distinguent du groupe de la « Rive Droite » portée par les jeunes cinéastes et critiques des Cahiers du Cinéma dont Godard, Rivette, Rohmer et Truffaut.
Les oeuvres d’Agnès Varda traitent des sujets politiques, de société, de revendications féministes. Son univers apparaît varié et abondant, propre à être décliné avec originalité. De plus, le projet d’exposition du musée Soulages joue sur le lien amical entre Pierre et Colette Soulages et Agnès Varda à Sète, lien qu’elle immortalisa d’une part dans "Les plages d’Agnès" puis dans "Agnès de ci de là"
L’exposition associer le fonds photographique d’Agnès Varda autour du tournage de "La Pointe Courte" et d'autres photographies couleur inédites de Noirmoutier et de ses cabanes de pêcheurs. La photographie singulièrement muette des premiers temps, se prolongera avec de l’écriture visuelle ou non, des objets… Au delà du cinéma, elle représente une part de Varda, un trait majeur de son modus operandi.
Jean-Paul Gavard-Perret
Guillaume Erner : révisions
Guillaume Erner, « Judéobsessions », Flammarion, 2025, 300 pages, 20 €.
Guillaume Erner (présentateur des matins de France Culture) explore la mémoire familiale, du témoignage de la judéisté ,en évoquant des ouvrages récents de Gérard Ejnès
(Comment le dire avec circoncision ?) ou de Michel Persitz (Juif de personne).
L’auteur a pu trouver chez lui une citation qui devient sa clé : « Je suis installé sur le même banc que Marc Bloch, parmi ces Français juifs qui ne se sentent et ne s’affirment jamais aussi pleinement juifs que lorsque cela dérange quelqu’un ». A ce titre Ernrer explore aussi , son histoire maternelle et paternelle dans le monde juif dont le peuple est un nombre dérisoire de l’humanité et au nom du seul état juif de la planète qui capte actuellement l’attention médiatique.
Dans ce livre Erner s’attaque contre le système négationniste et montre que l’antisémitisme et la haine d’Israël fleurissent à nouveau en France et s’enflamment toujours plus dans le monde arabo-musuluman.
L’auteur montre aussi que le problème de l’antisémitisme est de nature métaphysique et théologique et souligne aussi que certaines visions veulent effacer le judaïsme de l’égalité, l’universalisme et l’abstraction. Son analyse a le mérite de remettre un monde à sa place et de réviser tant d'idées médiatiques et politiques.
Jean-Paul Gavard-Perret
L'entrée dans l'horreur et l'impensable
Christoph Kreutzmüller & Tal Bruttmann, "Auschwitz. L'image comme source", Seil editions, Aout 2025, 160 p., 23 E..
Tal Bruttmann est l’un des meilleurs spécialistes de la Shoah et de l’antisémitisme en France au xxe siècle.
Il est notamment l’auteur de La Logique des bourreaux . Christoph Kreutzmüller est spécialiste de l’histoire de la société allemande sous le régime nazi et a publié plusieurs livres remarqués dont cet album.
Les deux auteurs ont retrouvé les photos de deux photographes SS qui ont réalisé plusieurs centaines de clichés montrant leur arrivée sur la rampe de la mi-mai au début du mois d’août 1944, des dizaines de milliers de Juifs hongrois ont été déportés à Auschwitz.
Ces images, rassemblées dans un album, constituent la principale source visuelle sur la
« solution finale ». Elles ont modelé la manière dont on se représente la Shoah, faisant parfois oublier que leur objectif premier était de témoigner du bon fonctionnement de l’entreprise d’extermination. A la série de reconstitution des séries qui composent l’album permet de leur donner bien plus de sens, mais elle n’offre elle aussi qu’une vision limitée.
Elle ne montre que ce qui se déroule entre l’arrivée sur la rampe d’un convoi et la lisière des chambres à gaz, réduisant ainsi la « solution finale » à un processus relativement simple : des bourreaux, les SS, et leurs victimes juives, en un site qui paraît totalement isolé du reste du monde. C’est oublier qu’autour du terrible face-à-face gravitaient d’autres individus, visibles sur certaines photographies. Mais la présence laisse deviner l’anticipation, la préparation du crime et son inscription dans un monde glaçant par son caractère quasi ordinaire. Et cela reste toujours aussi terrorisant et impensable.
Jean_Paul Gavard-Perret
Simone Weil la lucide
Simone Weil, « L’agonie d’une civilisation », Illustrations de Vincent Bioulès, Fata Morgana, réédition 2025, 56 p., 15 €
D’une certaine manière, dans ce livre, Simone Weil a tout dit : « Rien n’est plus cruel envers le passé que le lieu commun selon lequel la force est impuissante à détruire les valeurs spirituelles ; en vertu de cette opinion, on nie que les civilisations effacées par la violence des armes aient jamais existé ; on le peut sans craindre le démenti des morts.
On tue ainsi une seconde fois ce qui a péri, et on s’associe à la cruauté des armes. La piété commande de s’attacher aux traces, même rares, des civilisations détruites, pour essayer d’en concevoir l’esprit. »
Dès lors l’auteure sollicitée par les «Cahiers du Sud », pour le numéro sur « Le génie d’Oc et l’homme méditerranéen » a publié ses deux textes. Le premier est écrit au début de l’année 1941, le second un an plus tard.
L’ensemble, en écho aux sombres heures que traversa ce vingtième siècle asphyxié par la barbarie, paraît dans la revue en 1943. Au cœur de cette « Agonie d’une civilisation à travers un poème épique », la philosophe se penche sur les événements qui ont conduit à l’écrasement de la civilisation d’Oc.
Elle en donne une lecture personnelle politique et sociale, indissociable de notre présent. Elle unit le mysticisme chrétien à une critique incisive du pouvoir et de la violence. Des conflits passés elle exhume un paradoxe cruel : la terreur frappe plus durement ceux qui défendent leur humanité que ceux qui songent à détruire et à écraser.
La peur et l’imagination peuvent ainsi saper les résistances des sociétés libres bien plus sûrement que les armes elles-mêmes. Un appel à la vigilance face aux nouvelles formes de domination qui nous enseigne que le combat pour la liberté est, avant tout, celui de l’esprit.
Pour ce livre sur ou d’Israël la plus simple image du pays n’est jamais simple et peut produire autre chose que la simple repousse des fantasmes. Jaccottet cultive écrit ici un texte sophistiqué où est joint une picturalité du pays. Il crée des rapports complexes car de telles images deviennent « cose mentale ». Jaccottet doit reconstruire une narration, combler des vides voire reconstruire l’Histoire du pays avec ses pistes et ses indices.
Dans un tel livre l'invisibilité profonde de ce qu'on voit est solidaire de l'invisibilité de celui qui voit. Des frontière des mondes existant et possibles se troublent, si bien que Palestine et Etat Juif se conjuguent en prouvant que le réel « fictionne » par frictions selon diverses matières et de manières désormais plus flagrantes. Dans ce qui tient d’une possible spatialisé jouant sur deux postulations est décrite par Jaccottet à travers composition, motifs, couleurs, lignes, géométrie, lumière en un texte documentaire et poétique.
De toute la philosophie du monde l’auteur ne m’en détourne pas – mais il sait que la violence du monde peut détruire Israël.
Jaccottet a levé les yeux et a imaginé et bâtis un tel espace ouvert où se rassemblent des tombeaux, des fontaines. Des gens sont parfois assis sur des marches. On peut imaginer qu’alors ils s’apaisaient quelques instants. Dans un pays plein d’armes l’auteur évoqua ce lieu où il y avait de l’air et, un étage plus bas, de l’ombre. Il put même pouvoir se pencher sur la margelle de la tombe des saints comme sur celle d’un puits.
Ce voyage à Israël fut un rendez-vous avec l’Histoire. L’auteur précise que ses mots renvoie ici autant à un journal intime à journal de vingt heures qu’aux temps bibliques dans un enchevêtrement des époques, des traditions et des cultes, Philippe Jaccottet a décelé des signes. L’inquiétude naturelle du poète, autant que la complexité réelle du sujet, ne lui permettent pas de les lire clairement, d’en faire de très précises «impressions de voyage» et moins encore un recueil d’opinions.
Chacun se réjouit par ce que l’auteur offre bien souvent de ce pays parfois une vision caricaturale ou partisane. Toutefois son « Cahier bleu » demeure la matière d’une rêverie puissante.
Jean-Paul Gavard-Perret
Les valises : objet et symbole de la Déportation
À la genèse de ce récit, jaillissent des valises. Mais pas n'importe lesquelles. L'objet le plus banal supporte ici le poids des ans et l'horreur de la déportation (souvent croisés dans les réserves du musée du même nom. L'auteur pour ce livre a fait d'abord l'inventaire du mot dit valise et qui l'est parfois devenu.
Existe ici plus qu'un aperçu sur l'exposition "Valises ! Histoires d’un objet dans la guerre". Boiley un voyage à travers les formes et les usages de l’objet durant le second conflit mondial : la "valise-monde" qui permet d’emmener avec soi quelques fragments de la vie qu’on abandonne. La "valise-outil" qui s’adapte aux besoins primaires du quotidien.
La" valise-cache" dont l’aspect commun est utilisé par la Résistance pour développer ses activités clandestines. La "valise-trace", objet symbole qui subsiste de l’assassinat des populations juives et qui conserve les tessons d’une histoire parfois oubliée jusqu’à sa redécouverte.
"Des valises sous les cieux" ouvre donc une autre fenêtre d’exploration sur l’histoire, intime et sensible, où les temporalités se confondent. Une parenthèse où les frontières entre passé et présent sont beaucoup plus proches qu’on devrait le croire. Et en cette expression reprise par un tel spécialiste des mots, la question d'onomatopée se transforme en une réalité où il existe, au delà de l'extrême souffrance des déchirures, l'écume des larmes.
jean-paul gavard-perret
Guy Boley, "Des valises sous les cieux", L'Atelier contemporain, Strasbourg, 2025, 24 p., 5 E.. Valises ! Histoires d’un objet dans la guerre », organisée au Musée de la Résistance et de la Déportation, à Besançon, du 27 mai au 31 décembre 2025.
David Sylvester, « Mémoires d’un petit Biquet », L’Atelier Contemporain, Strasbourg,
2025 160 p., 16 €
Critique et historien d’art David Sylvester (1924-2001) figure centrale de la scène artistique londonienne a laissé une somme considérable d’écrits. L’auteur n’a jamais été un personnage médiatique et son œuvre reste peu connue en dehors de ses entretiens avec Francis Bacon. Les rares textes autobiographiques réunis en ce volume offrent l’occasion de connaître la vie et l’œuvre de David Sylvester.
Son texte « Memoirs of a Mug » (« Mémoires d’un cornichon ») fut sa première tentative autobiographique. Tout se déroule entre 1953 et 1959, où Sylvester fut lié à un groupe d’artistes et d’écrivains gravitant autour de Francis Bacon, qui s’adonnent quasi-quotidiennement à des équipées nocturnes dans les clubs de Soho.
Lucian Freud et Bacon passionnés de jeu, lui permettent d’ouvrir un second pan de son autobiographie : « autoportrait en joueur » qui dévoile les prémisses de son évolution Mais « Curriculum Vitae » est le seul des textes à avoir été publié de son vivant et pour ouvrir un recueil d’articles composé et publié en 1996. Ce texte marque les principales étapes de sa carrière en tant que critique d’art ses goûts et ses centres d’intérêts
« Memoirs of a Pet Lamb » (« Mémoires d’un petit biquet ») est une reprise par David Sylvester du désir d’écrire le récit de sa vie, en commençant par le début, seulement quelques mois avant sa disparition en 2001. Jaillit le récit truculent de ses années d’enfance et d’adolescence pendant l’entre-deux guerres, au sein d’une famille juive émigrée de la première génération, établie dans la banlieue de Londres.
David Sylvester se voulait à juste titre un écrivain et il accordait une importance capitale à la qualité de ses textes autobiographiques hélas soldées par des échecs.
Il avait été tenté par cette entreprise dès les années 1950, s’y est essayé à de multiples reprises, mais malgré sa puissance de travail il n’est jamais vraiment parvenu à écrire le récit de sa vie.
Comme il le confesse dans « Curriculum Vitae », l’autobiographie, qu’il considérait probablement comme le domaine littéraire par excellence, « n’était pas son genre ».
Cette ambition (déçue) souligne le caractère parcellaire de cette tentative autobiographique qui se résume aux rares textes seule traces sont de sa volonté désespérée d’écrire sa vie .
Jean-Paul Gavard-Perret
Comprendre la suite de la Shoah
« Configuration », troisième tome de Une histoire de l’art d’après Auschwitz Par Paul Bernard-Nouraud, , L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2025, 744 p., 30 €
A la question « en quoi Auschwitz a-t-il rompu les modalités traditionnelles de représentation de la figure humaine héritées de la Renaissance ? » s’ajoute pourquoi et comment.
Ce troisième tome mesure que cette rupture s’est logée dans le discours moderniste au point, désormais, d’y passer en partie inaperçue. Cela pose problème : l’art contemporain est-il un art qui se situe simplement après Auschwitz ou bien est-il, de manière plus complexe, un art d’après l’événement ?
Un certain nombre d’artistes contemporains ont contribué à configurer la mémoire de l’événement sur le long terme. Si les figures d’après l’événement, y compris les plus éloignées de lui, ressemblent encore à celles d’avant, elles sont cependant devenues en grande partie méconnaissables des visages décontenancés, corps oblitérés, paysages alentour disloqués.
Reconnaissables bien qu’elles ne soient plus discernables, ces figures mémorielles cohabitent dans l’imaginaire contemporain avec d’autres figures, oublieuses celles-ci, en ce qu’elles miment les corps d’avant mais surtout sont marquées et hantée par l’événement de l’horreur de la Shoah. Ces représentations passent malgré cela pour des figures habituelles tant un , habitus visuel s’est constitué dans l’ombre portée de l’événement et à partir de lui.
Cet ouvrage illustre dans ses « configurations » une part de mémoire qui parfois se chargent d’autres mémoires. Celles-ci compliquent d’une part l’oubli. Cela est resté longtemps demeuré largement inaperçu.
Aujourd’hui, le regard évolue au sein de figures aux formes quasi-spectrales. Il devrait pourtant susciter, en retour, un étonnement majeur et c’est tout le sens de cette « Histoire de l’art d’après Auschwitz ». A savoir chercher à comprendre les causes et les conséquences de cette habituation et de l’omission qui l’accompagne.
Ce dernier tome inscrit l’évolution historique qu’on y a retracée jusque-là dans une perspective théorique qui sollicite, des pensées aussi différentes que celles de Theodor Adorno, d’Emmanuel Levinas, etc..
Jean-Paul Gavard-Perret
La saga absolue de Philip Roth par Olivia-Jeanne Cohen
Olivia-Jeanne Cohen « Saccages Regards sur American Pastoral de Philip Roth », Editions Unicité, Saint-Chéron, 2025, 44 p., 10 E.
Olivia-Jeanne Cohen en une quarantaine de pages a su condenser l’existence de Philip Roth et son chef d’œuvre absolu la « Pastorale américaine ».
Avec son narrateur-type Nathan Zuckerman, son héros aura erré sans but et parfois sans lui-même, même s’il pouvait être couronné en homme parfait.
Mais l’essayiste démonte le mécanisme de Roth pour pénétrer les arcanes du psychisme de son héros, ses fiertés, ses illusions, ses névroses, sa sexualité, ses fantasmes, etc. Rien n’est épargné par un tel analyste. Et il a sidéré l’essayiste comme elle sonne ses lecteurs.
Le narrateur montre la grandeur et la décadence, les victoires et les échecs de son héros dont dans certains de ses plis de l’âme où existe parfois en « prime » plus d'amour, d'envie, d'espoir, d'ambition et même pas d'égoïsme dans une société américaine dézinguée où se cachent lassitude et indifférence ».
« Le Suédois » finit marginal au monde, marginal à lui-même, proche de certains personnages de l’égal de Zweig et Musil. Il a tout compris de l’annihilation d’une civilisation – c’est du moins par l’entremise de son narrateur.
Son ironie est féroce en éprouvant la terrible condition de l’homme.
Roth crée donc le modèle de l’être sans illusion. Il s’interroge aussi sur la tyrannie exercée sur l'individu par un monde occidental sacrifiant au veau d’or des progrès techniques, de l’argent, du profit et de la réussite.
Là où une telle gouaille dépote, le roman est magistral. Et Zuckerman demeura un des masques de l’auteur de cette saga.
Sa fable et sa critique sociale trouvent une dimension impressionnante.Maître de l’humour romanesque, Roth dénoue bien des pièges de l’âme. Olivia-Jeanne Cohen souligne la force d’une telle vague textuelle qui traverse et poursuit de pages en pages la maladie de l’identité et celle du sexe dont nul ne se remet ou si peu.
L’Amérique s’ouvre aussi à sa béance, son énigme à travers divers milieux de Newark.
Le monde juif bien sûr, cocon ou creuset de l’œuvre, s’élargit au delà sur une vision de New-York dont héros et héroïnes deviennent castors ou grands hérons de la civilisation urbaine. L’essayiste souligne le localisme qui insère dans un lieu précis, il fait de ce roman la grande épopée.
Jean-Paul Gavard-Perret