Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Christian Boltanski

Artiste juif : Christian Boltanski

Pour saluer Boltanski

L’artiste plasticien Christian Boltanski est décédé le 14 juillet 2021  Fils d’un médecin juif d’origine ukrainienne Christian Boltanski se considérait comme un artisan de la mémoire.

Autodidacte, le plasticien et photographe, marqué dans son enfance par la Shoah, a travaillé toute sa vie sur l’absence, la disparition et l’inquiétude face à la mort Il a toujours cherché à lutter contre l’oubli et la disparition par des œuvres mêlant objets hétéroclites, vidéos, photographies et installations souvent monumentales et impressionnantes par l'émotion viscérale qu'elles suscitent.

Nulle plus que lui s'est approché de manière métaphorique mais palpable de la Shoah. Delphine Horvilleur rappelle qu'il y a trois ans, le plasticien l'avait rencontré pour savoir si l’on pouvait être juif sans croire en Dieu. A partir de la le dialogue entre la croyante et l'incroyant ne cessa plus. Et la première ajoute pour saluer  sa mort : " Je ne sais toujours pas si Boltanski croyait en Dieu… mais si Dieu existe, il croyait forcément en Boltanski."

 

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Artiste juif : Yuri Kuper peintures et matières

Yuri Kuper, "Techniques mixtes",

Yuri Kuper : peintures et matières

Yuri Kuper est né à Moscou en 1940. Il effectue ses études à l'Académie d'Art de Moscou puis devient membre de l'Union des artistes russes en 1967. Il a 32 ans lorsqu'il décide, dans un premier temps, d'émigrer en Israël, puis de s'installer à Londres  avant de revenir à Moscou.

Il utilise au besoin pour ses tableaux des soucoupes brisées, des boîtes rouillées, des pinceaux empâtés, voilés par une lumière argentée et douce qui assourdit les contrastes.

Ces objets hétéroclites qui essaient de se dévoiler sans jamais y parvenir transforment le tableau. Mais il s’approprie les gestes et les outils de l’encre et du papier pour créer des estampes qui permettent d’imaginer tout un monde d’ombres et de lumières.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yuri Kuper, "Techniques mixtes", Galerie Patrick Cramer, jusqu'au 15 juillet 2021.

Artiste juif : Peter Max Prométhée psychédélique

Artiste juif : Peter Max Prométhée psychédélique

Peter Max  Prométhée psychédélique

Peter Max est un artiste juif américain d'origine allemande, né en 1937 à Berlin. Fuyant le nazisme sa famille se réfugie à Shanghai puis à Haïfa peu après l'indépendance d'Israël, en 1948.

L'adolescent  y suit des cours de peinture et les cours d'astronomie de l'université Technion au Mont Carmel. Peter Max et sa famille continuent à voyager et passent quelques mois à Paris où il est séduit par les expressionnistes européens, le fauvisme, et William Bouguereau pour son réalisme. Ce dernier aura beaucoup d'influence sur sa carrière. La famille s'installe à New York (Brooklyn) et le futur artiste étudie le réalisme à l'Art Students League of New York où il étudie l'anatomie, le dessin d'après modèle et la composition picturale.

Il créé dans les années 60  à Manhattan avec Tom Dayle "The Daly & Max Studio" pour s'occuper d'illustrations et de publicité. Utilisant des collages photos, Peter Max  organise la Bettman Panopticon exhibition à partir de la collection photographique de la Bettmann Archive. L'exposition est considérée comme une des plus avant-gardistes de la scène new-yorkaise. Et son intérêt pour l'astronomie1 devient à la base de sa période d'affiches d'art cosmiques.

Son travail de productions et d'affiches est déjà présenté  dans l'exposition « The World of Peter Max . L'US Mail le charge de créer un timbre  pour commémorer l'Expo '74.

Puis il commence sa série sur la statue de la Liberté, demandée par le chef de la direction de Chrysler et publie "Peter Max Paints America" pour célébrer le bicentenaire des États-Unis. Il devient le plasticien officiel de plusieurs événements comme les "Grammy Awards" ou le "Super Bowl" ainsi que du "Rock and Roll Hall of Fame".

 

Son œuvre de Max appartient au  psychédélisme et au pop art. Il utilise de nombreuses techniques artistiques et reprend de nombreux symboles américains dans ses œuvres. Moins connus que beaucoup de stars des deux courants auxquels il se rattache, il demeure néanmoins un de leur maître par son art des transformations poétiques.

 

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Artiste juif : Mark Seliger ou l'art du portrait

Artiste juif : Mark Seliger ou l'art du portrait

Mark Seliger ou l'art du portrait

Mark Seliger, "A.galerie",4, rue Léonce Reynaud, 75116 Paris, été 2021.

Pour Mark Seliger la photographie en noir et blanc a toujours été une passion. Et ce, dès ses débuts en 1972 dans la chambre noire d’un centre communautaire juif lorsqu'il était âgé de 13 ans. C’est là que tout a commencé même s'il a réussi à percer dans l’éditorial grâce à ses images en couleur.

Mais sans cesse il revient  au noir et blanc pour son impact émotionnel. Pour lui "un simple portrait en noir et blanc peut résumer tous les aspects de la photographie." Elle transporte le regardeur dans un espace-temps et dans un lieu différent afin de créer l’illusion d’une expérience intemporelle. L'artiste cultive une certaine élégance et gravité et une forme de pureté en se concentrant simplement  des hautes lumières, des ombres et des tons moyens.

Seliger reste un des plus grands portraitistes de presse aux côtés d’Annie Leibovitz. En argentique ou en numérique, son travail est direct, créatif,  efficace. Chaque prise devient une narration profonde et mélancolique comme le prouva  son premier livre sur les rescapés de la Shoah  ("When They Came To Take My Father") ou  son livre  intime "Listen". De sa passion pour la musique sortent également une collection de portraits de musiciens réunis dans un superbe livre "The Music Book".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Renée Jacobs, Paris est une fête

Sélection pour Alliance le premier magazine Juif 

Renée Jacobs : Paris est une fête

L'oeuvre de Renée Jacobs est plus qu'une exhibition du corps des femmes. Plus qu'un art érotique, la photographe de nu féminin scénarise une vision sociale comme une vision de la liberté, des secrets, des désirs, des fantasmes, des rêves et de la liberté.

L’artiste ne se contente pas d’utiliser des modèles pour les faire "défiler" dans son idée de Paris. Elle les a engagées dans  un projet collaboratif.

Paris à travers les égéries Paris devient sensuel. Les prises sont audacieuses mais tout autant et paradoxalement secrètes. Elles expriment le pouvoir de la femme.

La pulsion sexuelle y devient sacrée, peut-être omnivore, mais  surtout personnelle. L’émotion lui est inhérente dans dimension esthétique là où les femmes deviennent aussi libres de corps que d'esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

"Renée Jacobs' Paris", Galerie Vevais, Paris, 2021, 49 E.
Sélection pour Alliance le premier magazine Juif 

Artiste juif : Le New-York de  Charlélie Couture

Artiste juif : Le New-York de  Charlélie Couture

Le New-York de  Charlélie Couture

S'il fut et reste chanteur compositeur Charlélie Couture reste avant tout un artiste pluridisciplinaire. Peintre, dessinateur, sculpteur, photographe, son travail de plasticien est dans une démarche d’art absolu. Il aime mélanger différents médiums.

 

Il a toujours fait de la photo, depuis sa première « boîte » Kodak reçue pour ses sept ans, jusqu’à son dernier Leica numérique. Quel que soit l’endroit où il va, il ne l'oublie jamais. Spectateur inquiet sur l’avenir de notre planète, il considère que la fonction de l’artiste est de dire des choses.

 

Fasciné par les grandes métropoles, il a quitté la France  il y a quelques années pour New-York. La ville lui inspirera une série de photographies urbaines pour laquelle il capture la ses entrailles pour retravailler ses images entre rêve et réalité, mêlant les instants, les simultanéités pour faire du temps une reconstitution personnelle et poétique.

 

La clé de voute de son travail reste le regard bienveillant porté sur des paysages qui deviennent non les objets mais les sujets de ses photos. Elles percent des ténèbres et ouvrent de nouveaux horizons pour donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation.

Jean-Paul Gavard-Perret

Charlélie expose actuellement au Musée de la Chartreuse à Douai, et prépare également une exposition à la Galerie Brugier-Rigail très prochainement.

Sélection pour le magazine juif Alliance

Artiste juif : redécouvrir l'oeuvre de Meijer Bleekrode

Artiste juif : redécouvrir l'oeuvre de Meijer Bleekrode

Redécouvrir l'oeuvre de Meijer Bleekrode

L'artiste juif néerlandais Meijer Bleekrode (1889 - 1943) est peu connu en France. Il reste pourtant un fantastique portraitiste dont l'oeuvre est très influencée par le graphisme.

Ses représentations échappent aux projections littérales et habituelles des images sous l’effet d’incandescences et de transformations du réel.

Elles présentent un état critique du réel. Tout dans son travail tient à une limite : chaque pièce peut s’anéantir comme se cristalliser de manière imprévue et qui intègre la surprise et les obstacles inattendus. Il sut pousser le processus  plastique dans sa complexité et aux limites de l'indicible.

Meijer Vleekrode anticipa un état du monde qui fonçait vers sa ruine,  imaginant à l’avance l’imprévisible qui dans l'oeuvre fait signe dans le jaillissement de sensations recherchées.

 

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Sélection pour Alliance magazine Juif

Mathieu Pernot au Musée Juif de Belgique

Mathieu Pernot au Musée Juif de Belgique

Mathieu Pernot : l'exil sans royaume

Mathieu Pernot, "Something is Happening", Musée Juif de Belgique, Bruxelles, du 19 mai au 19 septembre 2021.

Mixant photographie, vidéo et supports manuscrits, Mathieu Pernot nous place au coeur  l’île de Lesbos au cours de l’année 2020. Située en mer Egée, à quelques kilomètres des côtes turques, cette île a connu une suite d'arrivées  et de crises  qui en font un point crucial quoique caviardé de notre histoire et de notre conscience. C’est pourquoi le Musée Juif de Belgique a imaginé cette exposition. Elle ramène aux thématiques qui font écho à l’histoire longue des collectivités juives : l’exil, la violence, la solidarité.

Montré pour la première fois ce travail est ancré dans une œuvre au long cours. Depuis plus de dix ans, le photographe se confronte à la question migratoire et à la présence des demandeurs d’asile sur le continent européen. Si les premières images rendaient compte d’une forme d’invisibilité de ces individus cachés sous des draps dans les rues de Paris ont explorent de nouvelles formes de récits partagés. Par divers supports l’auteur se fait le passeur de la vie des autres, indiquant combien celle-ci appartient à une Histoire commune qu’il faut raconter à tous.

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Artiste juif : Fréderic Brenner au Jewish Museum Berlin

Artiste juif : Fréderic Brenner au Jewish Museum Berlin

Fréderic Brenner : rassembler

Frédéric Brenner, "Zerheily : "Healed to Pieces", Jewish Museum Berlin

Le photographe français Frédéric Brenner a commencé son premier projet photo en 1978. Il devient le fondement de son premier ouvrage : "Jérusalem : instant d’Éternité". Il immortaliser par l’image la rencontre des juifs d’Europe de l’Est, une diaspora pluric ulturelle, en Israël.

La photographie reste pour lui un de ses moyens de recherche. Et il a étendu ensuite son projet premier aux juifs du monde entier. Il étudie et photographie la diversité des cultures et des traditions d’un peuple en perpétuelle pérégrination.

Brenner plonge le regardeur dans l’intimité de ses sujets avec humour ou compassion. Mais toujours en conservant un respect et une certaine distance. Le témoignage est avancé, il n’est jamais recueilli à la dérobée. Il est sollicité et dans certains cas pleinement dramatisé par le photographe.

Le travail intense de la composition des images est destiné à protéger l’unicité du témoignage que chacune restitue, en raison précisément d'un drame ou une existence propre : solitude, exil, dispersion. Chacun peut mesurer ce qui, dans chaque fragment de cette fresque, représente un travail de découpe rigoureux et strict.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Catherine Benhamou lectrice ailée d'Emily Dickinson

Artiste juive : Catherine Benhamou lectrice ailée d'Emily Dickinson

Catherine Benhamou lectrice ailée d'Emily Dickinson

Catherine Benhamou entérine l'éternité d'Emily Dickinson dans une fiction théâtrale au souffle narratif et poétique.

Emily Dickinson y exprime par procuration sa vie de femme imposée au service d'un mari et en respectant les consignes sociales avant de passer en quelque sorte de l'autre côté de la frontière.

La dramaturge redonne vie à celle dont l'existence crée une émotion profonde.
Elle est suggérée ici par la musicalité d'une langue qui garde  l'équilibre entre les mots et les silences de l'Américaine.

De la femme cachée, terrée de plus en plus en elle et exposée à une douleur et un manque viscéral, l'auteure fait franchir le seuil de son intériorité de ses divers états de trouble.

Catherine Benhamou a tout compris de son héroïne. Elle "traduit" sa paradoxale liberté de penser au sein de l'enfermement cassé par le désir radical de l'écriture. Elle impose ainsi sa vision qui est bien autre chose qu'une adaptation.

Le tout dans ce qui devient une avouable communauté  au delà du temps et où se mêle un souffle supplémentaire à celui d'Emily pour aller jusqu'au bout du littéral, du silence et leurs aveux.

Jean-Paul Gavard-Perret

Catherine Benhamou, "La Mélodie sous les paroles", Des femmes - Antoinette Fouque, juin 2021, 80 p., 12 E