Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Magazine Juif Alliance présente Sylvie Aflalo-Haberberg : éloge de la différence

Sylvie Aflalo-Haberberg : éloge de la différence

Sylvie Aflalo-Haberberg : éloge de la différence

Cette série de Sylvie Aflalo-Haberberg travaille la nudité selon une modalité particulière. Sont montrées les femmes qui - normalement  demeurent cachés pour cause d'obésité, bref de quasi "anormalité"  selon certains critères sociaux..

Les modèles ont toutes répondu avec plaisir à la photographe car elles trouvèrent là une forme de reconnaissance. Elles prirent la pose pour affirmer leur féminité et leur sexualité. D'autant que pour éloigner tout effet malsain ou pervers Sylvie Aflalo-Haberberg  a créé une forme d'épures par son art du flou qu'elle domine parfaitement.

Elle reprend la question de ce que la nudité cache et/ou montre en ses enjeux.  Le nu n'est plus traité en sur en chair mais devient une forme d'idéalisation chorégraphique  qui fascine par sa beauté.

La prétendue obscénité est donc effacée en devenant forme plus qu'objet. Montrer le nu revient à honorer un réel évacué et apprendre à grandir par ce qui émane des  mouvements fixés de corps enfin délivrés.

La série devient une œuvre plastique voire presque morale entre recherche et rêve. Ici c'est bien  L'Ange et non La Bête" qui revient sans que le corps soit une simple idée ou masse.

La photographe crée une absolue beauté dégagée des tabous et doxas entre métaphorisation et littéralité. Sylvie Aflalo-Haberberg réapprend à ouvrir les yeux, de ne pas se contenter de jouir de stéréotypes. C’est le luxe là où les photographies ne sont pas nues  :  elles sont dépouillées en leurs jeux d'ombres et de lumière et où ce n'est plus un plein mais un vide qui soudain est comblé.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sylvie Aflalo-Haberberg, Ce que tu me voiles, Sylvie Aflalo-Haberberg Editions,   Paris, novembre 2023, 204 p., 39  € ..

Au musée d'Israël, Walter Benjamin et la photographies

Au musée d'Israël, Walter Benjamin et la photographies

Walter Benjamin et la photographies

"In Pictures: Walter Benjamin’s Little History of Photography",  Israel Museum, Jerusalem.

Le Musée d’Israël de Jérusalem rassemble les œuvres de photographes pionniers des XIXe et XXe siècles présentées dans la "Petite histoire de la photographie" du philosophe juif allemand Walter Benjamin.

Ce livre a d'ailleurs ouvert la compréhension du médium photographique jusque là déconsidéré.

L'exposition rassemble plus de 80 photographies et 10 portfolios tirés de la collection du Musée d’Israël dont Eugène Atget, Karl Blossfeldt, Julia Margaret Cameron, Nadar, David Octavius ​​Hill, Germaine Krull et August Sander.

Par de telles oeuvres Walter Benjamin a ouvert la voie d'une critique qui sortait de l’œuvre d’art en tant qu’objet unique vers le potentiel politique et artistique d’une nouvelle technologie basée sur le multiple.

 

Jeran-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Ofir Barak , le mur de tous les possibles

Artiste juif : Ofir Barak , le mur de tous les possibles

Ofir Barak : le Mur et son miroir

Ofir Barak avec "Chrysalis" explore le lieu judaïque juif le plus sacré de Jérusalem de même que le lien que les croyants entretient avec lui.

Ce Mur reste le témoin des siècles et devient l'écho tangible de ceux qui viennent non seulement exprimer leurx prières mais éprouvent le besoin d'y laisser inscrits sur des bouts de papier glissés dans les crevasses du mur et métamorphosés par le temps,  leurs quêtes intimes.

Le mur devient ainsi un  miroir des secrets où tout est possible. Il représente pour beaucoup l'Espoir. Ces photos saisissent ces papiers chrysalides dans l'espoir d'une (re)naissance.

 Ofir Barak, "Chrysalis", 132 p. Disponible sur le site de l'artiste : www.ofirbarak.com.

Jean-Paul Gavard-Perret

Auteur juif :  Entretien avec Yvan Tetelbom de Jean Paul Gavard Perret

Auteur juif :  Entretien avec Yvan Tetelbom de Jean Paul Gavard Perret

 Entretien avec Yvan Tetelbom

Yvan Tetelbom évoque les situa­tions dif­fi­ciles qu’il a ren­con­trées en rai­son de son iden­tité juive, tant dans sa vie per­son­nelle que pro­fes­sion­nelle. Cela l’amène a pro­po­ser une réflexion pro­fonde sur cette haine per­sis­tante dans la société depuis des siècles et mal­gré les hor­reurs de la Shoah qu’une pen­sée d’extrême gauche tend désor­mais à négli­ger. Cela rap­pelle au pas­sage que, s’il y eut Hit­ler d’un côté, Sta­line n’était pas loin.

Yvan Tetel­bom, Une inquié­tude juive, Lys Bleu Édi­tions, 2023, 132 p. — 15,30 €.

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

Écrire. De 4h du matin à 7h. c’est immuable.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?

Mes rêves n’étaient pas encore per­cep­tibles dans mon enfance en Algé­rie, faute à la guerre (1954–1962). Ils se des­si­naient à peine dans l’invisible. Puis ils se sont déga­gés à l’adolescence du voile qui les recou­vrait comme pour mieux les pro­té­ger.

Il a suffi d’un spec­tacle au théâtre d’Orléans, à mon arri­vée en France, j’avais 15 ans, de Jean Marc Tenn­berg, disant magis­tra­le­ment des poèmes du réper­toire fran­çais, « façon Luc­chini » pour scel­ler mon appar­te­nance au monde de la POÉSIE. Mon des­tin était, dès lors, tracé : Je serai poète et en vivrai.

À quoi avez-vous renoncé ?

J’ai renoncé à une vie maté­rielle qui m’aurait per­mis de vivre sans souci.

D’où venez-vous ?

Je suis né en Kaby­lie, d’une famille juive ash­ké­naze, qui avait fui les pogroms d’Ukraine et Bié­lo­russe et d’une famille juive autoch­tone implan­tée dans le pays depuis des géné­ra­tions. J’ai été élevé dans la tra­di­tion juive. Puis pro­gres­si­ve­ment, à mon arri­vée en France, je me suis déta­ché des dogmes avec leur cor­tège de pra­tiques vieillottes.

Qu’avez-vous reçu en “héri­tage” ?

J’ai reçu en héri­tage tout un poten­tiel d’endurance, de cou­rage, de déter­mi­na­tion, d’imaginaire, dans lequel j’ai puisé à volonté, sans m’en rendre compte, pour idéa­li­ser mon che­min qui m’emmenait tout droit vers mon destin.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?

Prendre un café dans un bar, feuille­ter le jour­nal du jour, lais­ser venir à moi, des mots, des idées, mode médi­ta­tion, suf­fit à mon bonheur.

Com­ment êtes-vous venu à l’écriture et quel poids repré­sente le passé dans votre oeuvre ?
Je n’ai pas écrit tout de suite. Ma pen­sée, seule, construi­sait des idées, qui se trans­for­maient en mots et phrases, que je pro­je­tais dans mon ima­gi­naire, sans les écrire sur papier. Elles venaient nour­rir un lan­gage qui allait s’étoffer de plus en plus. C’est plus tard que j’ai com­mencé à écrire vraiment.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?

C’est une scène vio­lente. Ça se passe à Port-Gueydon, appel­la­tion fran­çaise de mon vil­lage kabyle, situé dans la wilaya de Tizi – Ouzou.
Aujourd’hui Azef­foun. Nous sommes en 1954. J’ai 7 ans. Je regarde la mer. Sou­dain, depuis l’horizon, s’échappe une colonne de fumée. Les gens crient autour de moi : c’est la guerre, c’est la guerre ! Je prends conscience que la vie n’est pas éternelle.

Et votre pre­mière lec­ture ?

Ça reste encore flou dans ma tête. Il y a juste un livre dont je ne me sou­viens, pas du titre, et qui racon­tait la vie simple d’un enfant issu de famille modeste, qui rêvait de deve­nir cham­pion d’athlétisme sur 400 mètres, je crois, et qui à force d’efforts, de volonté, est par­venu au som­met de son ambi­tion, devant un entou­rage médusé qui n’avait jamais cru en lui.
Mais ma pre­mière vraie lec­ture, consciente, se déroula durant mes pre­mières années au col­lège, : “L’Idiot” de Dos­toïevski. Puis “La méta­mor­phose” de Kafka.

Quelles musiques écoutez-vous ?

Les suites de Bach pour vio­lon­celle seul.

Quel est le livre que vous aimez relire ?

Je ne relis jamais un livre que j’ai déjà lu.

Quel film vous fait pleu­rer ?

Tous les films qui racontent l’amour dont l’histoire se ter­mine bien ou mal. Celui dont je me sou­viens le plus est “Mou­rir d’aimer”. C’est l’histoire vraie et tra­gique de Gabrielle Rus­sier qui s’était sui­ci­dée en atten­dant son juge­ment en appel à la suite de sa liai­son avec un jeune élève.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?

Quelqu’un d’autre que moi. Un être qui n’existe pas phy­si­que­ment, et qui m’encombre. Peut-être parce que je n’ai jamais réussi à m’incarner sur Terre.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?

Per­sonne ne me vient à l’esprit.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?

PARIS : ma ville de cœur. Je ne m‘en lasse jamais. Besoin sans cesse d’y aller. J’aime mar­cher dans les rues de la capi­tale, durant des heures, sen­tir l’âme des poètes qui y ont vécu, écrit, comme Gérard de Ner­val, Paul Ver­laine, Paul Fort, Max Jacob, Guillaume Apollinaire…

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
J’aime par­ti­cu­liè­re­ment Patrick Modiano dont j’achète régu­liè­re­ment les romans. Je suis un incon­di­tion­nel de sa lit­té­ra­ture. J’aime la nos­tal­gie qui s’en dégage et pro­mène mon imaginaire.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Juste des mots d’amour de la femme que j’aime. Rien d’autre.

Que défendez-vous ?

LA LIBERTÉ

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas” ?

Je n’aime pas cette phrase. Elle ne m’inspire pas. Je ne la com­prends pas. Peut– être a-t-elle une signi­fi­ca­tion pro­fonde mais moi je ne vois rien. Si on n’éprouve aucun sen­ti­ment pour l’autre, on passe son che­min. Sur­tout si l’autre n’en veut pas. On ne perd pas son temps. Et si on éprouve un sen­ti­ment, vis-à-vis d’une per­sonne qui ne nous aime pas, on ne perd pas son temps, de la même façon. On n’insiste pas.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“

Nul doute qu’il l’a dite par réflexe, sans l’avoir com­prise. Pour preuve, il rede­mande quelle était la ques­tion. Chez les juifs on répond tou­jours à une ques­tion par une autre question.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?

La France est-elle anti­sé­mite ? Ou juste raciste ? Ou les deux. J’ai tenté d’y répondre dans mon livre Une inquié­tude juive.

Entre­tien et pré­sen­ta­tion réa­li­sés par jean-paul gavard-perret, novembre 2023.

Auteur juif : une inquiétude juive de Yvan Tetelbom, le livre nécessaire

Auteur juif : une inquiétude juive de Yvan Tetelbom, le livre nécessaire
Yvan Tetelbom et le livre nécessaire

Sous l'incipit de Franz Fanon ""Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.", Yvan Telelbom remet les montres à l'heure dans les dérèglements actuels. Reprenant son histoire en guise de support, l'auteur élargit sa propre biographie à ce qui est arrivé dans l'histoire des juifs et ce qui arrive encore.

Approché par l'organisation juive, le "Bn’ai B’Brith", loge René Cassin d’AntibesJuans-Les pins, il a proposé une conférence autour du sentiment d’inquiétude que ressent aujourd’hui, la  communauté juive, en France, et dans le monde, en tenant compte de la période où les Juifs vécurent en Algérie avant et pendant la colonisation française.

Le "B’nai B’rith" (Fils de l’Alliance)  est la plus ancienne et la plus importante organisation  humanitaire juive au monde. Elle fut fondée en 1843, à New York pour créer un système  d’entraide pour les Juifs. Cette organisation, s'es étendue dans le monde entier.

L’Amour fraternel, la Bienfaisance et l’Harmonie sont à la fois la  devise et les valeurs fondamentales de cet ordre conçu pour la défense des droits de l’homme, la lutte contre les haines, et l’antisémitisme, la promotion des cultures juives, le travail de mémoire, la solidarité et le soutien à l’État d’Israël.

L’antisémitisme est donc au centre de ce livre où l'auteur cherche à  comprendre intellectuellement le mécanisme et ses ressorts depuis les  origines. Il a retrouvé ainsi son âme juive dont dit-il "je m’en étais éloigné, tant  ses pratiques m’apparaissaient au fil du temps, vieillottes et pour le moins dogmatiques."

Tetelbom rappelle dans ce livre les divers sources de l'antisémitisme. Le religieux  qui considère les Juifs comme les responsables de la mort de Jésus et sont devenus les boucs émissaires. Le racial qui considère les Juifs comme étant une  race inférieure et qui peut s’accompagner de théories du complot. Le politique  lié à des mouvements d’extrême droite ou  de gauche  qui peuvent utiliser l’antisémitisme pour justifier la xénophobie et la discrimination, En enfin l'islamiste qui  se répand en France avec notamment,« nouvel antisémitisme ». Celui-là est plutôt repris par ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme (la défense des musulmans contre la politique d’Israël).

Ce livre fait de témoignages (Daniel Mesguisch et bien d'autres), de rencontres et de recherches est remarquables car il fait le tour de ce que Sartre appelait la "question juive" - terme d'ailleurs discutable car c'est déjà induire que les juifs seraient un problème). Et de fait il montre la profondeur d'un peuple d'exils  dont le seul "tort" et de croire aux valeurs premières. Tetelbom le rappelle sans jamais jouer face aux poncifs antisémites jouer sur les émotions mais plus sur la raison. Ce livre contribue à une forme d'apaisement interculturel au moment où le monde en manque tant qu'il court peut-être à sa perdition.

Jean-Paul Gavard-Perret,

Yvan Telelbom, "Une inquiétude juive",  Lys Bleu Éditions, 2023, 132 p., 15,30 E..

Photographe juif : Disparition du photographe Henri Dauman

Photographe juif : Disparition du photographe Henri Dauman

Disparition du photographe Henri Dauman

Le photographe Henri Dauman est mort le 13 septembre à New York. Après avoir survécu à la rafle du Vel d’Hiv, il avait entrepris un voyage transatlantique pour rejoindre les États-Unis, où il a émergé en tant qu’un des grands photographes de son époque.

Ses narrations visuelles en noir et blanc lui ont permis de capturer autant les visages du Bronx que les évènements importants. Et il décroche très vite un emploi chez Life.

Au cours de sa longue carrière il a saisi la vie américaine, ses célébrités glamour (M. Monroe), ses mouvements sociaux et politiques (Black Panthers), des moments gais ou tragiques Jacqueline Kennedy voilée marchant derrière le cercueil de son mari assassiné).

Ses traumatismes de l'enfance lui ont donné une attention particulière à tout ses sujets en saisissant des moments significatifs et émotionnels. Il n’a jamais considéré ses photographies comme de l’art, néanmoins elles restent parmi les plus significatives de l'histoire de cet art.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : David Benjamin Sherry et le paysage

David Benjamin Sherry et le paysage

David Benjamin Sherry et le paysage

David Benjamin Sherry est un artiste américain. Son travail se compose principalement de photographies argentiques grand format, axées sur le paysage et le portrait, ainsi que de photogrammes et de peinture, et a été exposé à New York, Los Angeles, Londres, Berlin, Aspen et Moscou. Il est basé à Los Angeles.

Son travail s’articule autour de l’environnement, de l’identité queer et des procédés alternatifs du film analogique. Il est surtout connu pour son travail de paysage coloré, provoqué par le désir d’explorer la dernière nature sauvage restante en Amérique.

À travers de nombreux projets, le travail de Sherry exprime une profonde préoccupation pour l’environnement en évolution rapide, tout en continuant à soutenir une sensibilité queer dans le canon hétéro-masculin de la photographie de paysage. Sherry s’est qualifié de « futuriste nostalgique ».

 

David Benjamin Sherry, "Private View", Huxley-Parlour, Londres, septembre 2023.

Photographe juive : Rosalind Fox Solomon , empathique mais sans concession

Photographe juive : Rosalind Fox Solomon , empathique mais sans concession
Rosalind Fox Solomon : empathique mais sans concession

Rosalind Fox Solomon : Photographs from the Private Archive", Galerie Julian Sander, Cologne, du 2 septembre au 25 novembre 2023.

Cette exposition présente une sélection de photographies  des archives privées de Rosalind Fox Solomon.. Elle  a débuté sa carrière photographique au début des années 1970, où elle a étudié avec Lisette Model lors à New York.

Cette dernière lui a ouvert les portes de la liberté et elle a appris à oser saisir divers types de  prises même les plus dérangeantes.

Elle a dès lors créé des photos impressionnantes sur l’identité, la religion, les conflits, la sexualité en combinant ses expériences personnelles avec une réflexion plus large.

Une telle créatrice possède la capacité de montrer la complexité de la psyché humaine. Elle ne recule pas devant les sujets inconfortables ou controversés. Toutes sont fondes sur des personnages. Ils  regardent l’appareil photo avec précision et intensité, offrant de nombreuses interprétations.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ecrivain juif : Robert Bober et le temps

"Il y a quand même dans la rue des gens qui passent", 

Robert Bober et le temps

Une fois de plus Robert Bober éprouve le besoin urgent de se remémorer et de transmettre - à savoir les deux points essentiels qui caractérisent son œuvre qui cultive autant la révérence que son contraire lorsque cela est nécessaire.

C'est aussi sa manière de poursuive sa lettre à l'Ami (Pierre Dumayet). D'outre-tombe il reçoit cette missive entamée avec "la vie n’est pas sûre" (2020). Elle est elle aussi accompagnée de nombreuses images (photographies, films, illustrations).

C'est enfin une approche autobiographie mais selon un fléchage particulier. Il ne s'agit pas pour Bober de l'écrire pour lui ou pour les autres mais "à eux". Et cela est important lorsque se retrouvent parfois des temps révolus et disparus afin de les amener au jour en cassant les silences, les oublis.

Dans  un tel  passé empiété Bober interroge la langue dont bien sûr le yiddish, les images (il en a créé de sublimes) et la littérature (idem). Souvenirs et histoires deviennent des cadeau. Et les disparus (entre autres des camps) vivent à nos côtés. C'est là qu'ils ont leur place là où Bober rappelle les déchirures de l'enfance de l'auteur dont la première carte d’identité mentionnait à la rubrique Nationalité : indéterminée.

Il y a entre les enfants juifs de Paris traqué pendant la  guerre et les bombardements de Poutine sur Kiev une communauté. Mais dépassant son sentiment « d’imposture » d'avoir échappé au sinistre destin des siens, Bober se révèle une fois de plus un conteur  à la I. B. Singer capable de dire la vie des autres et la sienne et d'ouvrir une méditation grave et drôle sur l’identité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Robert Bober, "Il y a quand même dans la rue des gens qui passent", P.O.L éditeur, octobre 2023, 288 pages, 23 €..

Autrice juive : Juliette Oury, subterfuges

Autrice juive : Juliette Oury, subterfuges

Juliette Oury : subterfuges

Juliette Oury, "Dès que sa bouche fut pleine", Flammarion, 2023,  272 p., 19 E..

Manger n'est pas neutre, faire l'amour non plus. Surtout pour une femme juive dont les deux actes sont entourés de symboles et de tabous. "Faire banquette" implique pour elles une théâtralité d'observance.

Pour le plaisir du sexe comme de la nourriture au delà des prescriptions, injonctions et tabou fléchés par les hommes, il faut trouver aux femmes des subterfuges que l'auteure exprime avec finesse, humour et intelligence.

 

Elle rappelle combien le cadre masculin régit - en une sorte de guerre tacite des deux sexes - désir et plaisir selon une manipulation qui oblige la femme aux puritanismes (sauf pour celles à qui ont demande et qu'ils paient pour cela  la débridée des instincts en des liaisons dangereuses).

Mais généralement  les femmes dans ces deux dégustations doivent d'une certaine façon se cacher pour jouir et attendre parfois que l'alter égo ait d'une façon ou une autre disparu.  Car un tel abandon génère une perturbation chez eux qu'ils "baisent et mangent équilibrés" ou non mais ne permettent pas à leur femme des écarts dans leur consomm