Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Élie Chouraqui : exercice de la mémoire
Elie Chouraqui, "Les Héros du Louvre" (film)
Pour Elie Choraqui, « Napalm Girl » Une petite fille, Phan Thi Kim Phuc, court, fuit, visage déformé de douleur, bras en croix, écartés, nue, après avoir été brulée par une attaque au Sud Vietnam. Cette gosse c’est nous tous. Nous courrons pour fuir un danger que nous sentons menaçant mais sans savoir encore exactement de quoi il est fait. J’espère simplement que comme la petite Phan qui vit maintenant au Canada, nous en réchapperons". Et du cinéma à la photographie, de la fiction à l’histoire, du mouvement à l’image fixe, son parcours dessine une même préoccupation : comprendre ce que les images disent de nous, de notre époque et de ce que nous choisissons d’en conserver.
Son attention au réel, aux visages et à la mémoire se prolonge dans sa pratique photographique. Ce n’est pas un cinéma arrêté. Elle constitue plutôt un autre espace de liberté, une manière différente d’entrer dans le réel. Toute image est pour lui une forme de sélection, et donc déjà une interprétation du réel. Cette question de la mémoire prend une résonance particulière dans son prochain film, Les Héros du Louvre. En revenant sur l’histoire de celles et ceux qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, participèrent à la sauvegarde des œuvres du musée du Louvre, Élie Chouraqui s’intéresse une nouvelle fois à ce que les hommes décident de préserver lorsque tout autour d’eux menace de disparaître.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jerry Schatzberg : performance
Jerry Schatzberg dans leur série Photo Spotlight, Holden Luntz Gallery , PalmBeach, 2026
L'ascension de Schatzberg commença à New York, où il a débuteé comme assistant du photographe Bill Helburn avant d’ouvrir son propre studio sur Park Avenue South au milieu des années 1950.
Ses photographies ornent bientôt les pages de Vogue, Esquire, Glamour et McCall’s. Cette période coïncide avec un moment où l’image américaine devient plus libre, plus rapide, et plus à l’écoute de la rue. Ses photographies contribuent à libérer la mode d’une pose statuaire prévisible.
Le photographe a la capacité à mettre les gens à l’aise. Il aimait prendre le temps de parler, de plaisanter, et d’attendre qu’une atmosphère se dégage avant de commencer à photographier. Pour Schatzberg, ce temps consacré à instaurer la confiance, autant que le lien, était essentiel à la réalisation de l’image. On le ressent nettement dans ses portraits de musiciens. Bob Dylan, que Schatzberg a photographié à plusieurs reprises au milieu des années 1960,
Jerry Schatzberg appartient au groupe restreint de photographes qui ont compris que la performance ne commence pas sur scène et ne s’achève pas à la tombée du rideau. Dans ses photographies, les mondes de la musique, de la mode, de la danse et de la célébrité ne se réduisent jamais à la publicité ou à la pose. Ils se révèlent au contraire à travers le geste, le rythme, l’atmosphère et la présence. S
Avec lui la photographie paraît intime plutôt que posée. Sa sensibilité se retrouve dans l’ensemble de ses portraits de musiciens. Il n’avait pas besoin de la scène pour transmettre une présence musicale. Il la trouvait dans une posture, un trait d’esprit, la fatigue, l’aisance, l’immobilité. Même au repos, l’artiste demeure pleinement présent. Ses images ne cherchent pas à forcer l’accès, car cet accès lui est déjà acquis. Ce qui l’intéresse, c’est l’énergie alerte, amusée. Schatzberg voit une chorégraphie là où d’autres ne verraient qu’un travail. C’est pourquoi son œuvre demeure si actuelle.
Hommage à Ruth Brenhard
Ruth Bernhard est une artiste au fort tempérament. Ellee est fougueuse et toujours inspirée - d'abord par Edward Weston dans les années 30. Sa carrière est longue, principalement connue pour ses nus. Selon Ansel Adams elle est a plus grande photographe de nus.
Son père, le graphiste Lucian Bernhard, l'a présenté à son ami et compatriote émigré, le célèbre architecte Frederick Kiesler, qui venait de concevoir ce cinéma à New York. Il lui a demandé de le photographier pour lui. Elle a commencé ainsi son oeuvre selon se règle : "Ne t’habitue jamais à rien / Garde en toi l’enfant qui sommeille en toi".
Faisant confiance à son intuition elle a photographié les femmes avec passion tout en tombant follement amoureuse du monde. Et avec son don pour la photographie elle a vécu pleinement
Jean-Paul Gavard-Perret
Louis Philippe Dalembert, «Avant que les ombres s’effacent », Points, 2026, 288 p., 9 €
Ce livre restera sans doute le livre majeur de Louis Philippe Dalembert et pour Haïti. il traite des juifs qui ont trouvé refuge dans ce pays pendant la Seconde Guerre Mondiale » Et en des jours jadis bénis Haïti a fait citoyen « natif » tout juif persécuté par le nazisme.
Contre la mort promises apparaissent plus que des survivants : des réincarnés qui ne pourront plus être tués une deuxième fois. D’où la motricité fondatrice du romancier qui nous renvoie du connu à l’inconnu dans un pays qui refuse l'impossibilité d` envisager la possibilité de ne rien faire pour les humains.
Dalembert se place toujours dans une position d´extrême réceptivité et tout d´un coup il redécouvre dans son pays ce qui le touche. Dans ce livre tout se joue et tout jaillit devant chaque lecteur parfois abasourdi voire sonné. L’auteur se réclame de l’Histoire et d’histoires intimes et douloureuses.
En sa vibration cette fiction devient une solution et une ascèse. Face à la sempiternelle pénombre le poète tente d'aller vers la lumière du vu, du connu, du caché. Le roman reste une suite d’échos et de scènes visuelles là où reste quelque chose d’intemporel mais qui porte la trace d’un passage.
Face au drame nazi, Haïti recréa le monde en passant du macrocosme à un microcosme de l’Ile. Mais Dalembert va plus loin il ouvre vers des spéculations d’ordre métaphysiques. Jaillissent des entropies, une tactilité contre le vide entre l’épaisseur de la mer et la légèreté de l’air mais sur la terre promise. Haïti un temps le fut…
L'imaginaire de Ruth Thorne-Thomsen
Ruth Thorne-Thomsen, Gitterman Gallery, New York, jusqu'au juin 2026.
Ruth Thorne-Thomsen est décédée le 27 octobre 2025, à l’âge de 82 ans. Elle était mariée au photographe Ray Metzker rencontré alors qu’elle enseignait à Chicago à la fin des années 1970, ils vivaient à Philadelphie. Bien que son travail figure dans des collections muséales, son œuvre mérite une plus grande reconnaissance. Gitterman Gallery représente ses archives dont les images suscitent un sentiment d’émerveillement et de réflexion.
Thorne-Thomsen mettait en scène des images photographiques dans le paysage, puis les rephotographiait pour créer des scènes surréelles parfaitement homogènes, souvent traversées d’allusions à la mythologie et à l’histoire. Elles semblent apporter la preuve des rêves et offrir une compréhension plus profonde de notre psychologie.
"Je crée des métaphores visuelles d’états expérientiels à partir d’images provenant de multiples sources, en utilisant la photographie pour créer l’unité d’un champ visuel qui est l’illusion de la réalité" évrovit la phptographe. Et ce avec un effet une contradiction avec la capacité du médium à produire un sentiment d’actualité.
Elle expotre les états d’esprit intérieurs et méditatifs issus de la trame de son expérience personnelle. à travers une ouverture sténopé. Cette approche parfois ludique lui permet de créer des royaumes imaginaires qui suggèrent, plutôt qu’ils ne décrivent, des états paradoxaux. Ses images naissent de choix personnels mais visent à évoquer des expériences universelles.
Thorne-Thomsen était cultivée et s’intéressait très jeune à la mythologie et aux rêves sous l’influence de sa grand-mère. Son usage constant de la tête comme métaphore visuelle suggère une exploration de la psyché individuelle. En recourant à une iconographie, des motifs et des symboles familiers, elle laisse entendre qu’il existe des vérités inscrites dans l’humanité depuis les temps les plus anciens, et que nous faisons ainsi partie d’une existence collective.
Jean-Paul Gavard-Perret
Sarah Moon et l'idée du sublime
Sarah Moon, Michael Hoppen Gallery, Londres, jusqu’au 17 juillet 2026
Cette exposition confirme la place de Sarah Moon parmi les "voix" (et voies) les plus singulières de l’histoire de la photographie. Et ;la créatrice de préciser : « Pourquoi ne devrait-il y avoir qu’une seule forme de photographie ? Je veux créer des images avec les éléments de mon choix, narratifs ou évocateurs… Je me donne un cadre littéraire, je raconte une histoire. ».
L’exposition réunit une sélection de nouvelles photographies en couleur et en noir et blanc, de 2003 à aujourd’hui. Celle qui a d’abord débuté sa carrière comme mannequin dans les années 1960 avant de passer derrière l’appareil a développé un langage visuel distinctif qui a remis en cause les conventions de la photographie de mode.
Son œuvre est immédiatement reconnaissable, poétique, profondément personnelle. Ses photographies se déploient comme des fragments de mémoire, suspendus entre le rêve et la disparition. Sarah Moon est reconnue pour son esthétique au flou délicat, sa gamme de tons sourds et son processus de tirage soigneusement maîtrisé, le tout avec profondeur et subtilité.
Jean-Paul Gavaver-Perret
Le New-York de William Meyers
William Meyers, « Civics, Apollo Publishers, 2026, 250 p., 50 €,
William Meyers né à Providence, Rhode Island, après avoir travaillé dans la fonction publique et les affaires, s’est tourne vers la photographie dans les années 1990, étudiant à l’International Center of Photography de New York il commencé aussi à à écrire sur la photographie. Au New York Sun et au Wall Street Journal.
Ses photographies ont été exposées dans des musées en Amérique et en Europe. Et Son premier livre, Outer Boroughs: New York Beyond Manhattan « (Damiani, 2015), présentait un portrait détaillé et caractérisé des quartiers de la ville et de ses habitants au travail.
Accompagné d’une postface de la journaliste Nicole Gelinas, qui situe les photographies dans le contexte plus large de la politique urbaine et de l’engagement civique, Civics est une célébration visuellement saisissante et profondément humaine des actes ordinaires
Structuré autour de sept chapitres thématiques Élections, Gouvernance, Manifestations, Presse, Parole, Capital social et Marqueurs civiques le livre capture tout le spectre de l’engagement, des processus politiques formels et du service public au travail bénévole, aux protestations, aux actes de charité et aux interactions de quartier, révélant le travail silencieux du quotidien qui maintient la démocratie en vie.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jacob Rosenberg à l’épicentre du skateboard
Jacob Rosenberg , ÉPICENTRE Paris, 13bis rue Arquebusiers
75003, du 24 au 28 juin 2026
Jacob Rosenberg est cinéaste et photographe. Il a grandi comme skateur dans le nord de la Californie au début des années 1990 en réalisant des vidéos de Skateboards en amateur.
Puis il a débuté sa carrière professionnelle en créant des clips musicaux, des courts-métrages et des publicités, travaillant notamment avec LeBron James, Quincy Jones, Snoop Dogg et Latto. Il a été associé pendant une décennie au studio indépendant Bandito Brothers. Il a contribué à des productions telles qu’Avatar et Act of Valor, ainsi qu’à de nombreux documentaires sur le skateboard.
À l’occasion de la Semaine de la mode masculine de Paris, et l’exposition « EPICENTER » il propose 70 photographies et des installations vidéo issues de sa période charnière à l’Embarcadero Plaza (aujourd’hui en cours de démolition par la ville de San Francisco). Rosenberg préserve ici l’énergie et l’innovation de ce spot de skate légendaire qui a défini le street skateboarding des années 1990,.
En 1991, alors que la scène de l’Embarcadero était encore largement méconnue en dehors de San Francisco, No Way Magazine, basé à Paris, devint la première publication internationale à mettre en avant le skateboard. Rosenberg devint le correspondant du magazine depuis San Francisco, celui-ci publia plusieurs double-pages de ses photographies et textes. Le photographe revient pour rendre hommage à Paris qui a contribué à la reconnaissance du mouvement de skateboard.
Daniella Pinkstein face au gang des lunatiques
Daniella Pinkstein ; »AvatardS », Editions Constellations, 2026, , 410 pages, 20 €
Daniella Pinkstein, à travers son cinquième roman, rejoint l’allégorie de ses prédécesseurs élus : Kafka et Moïshe Kulbak. Dans cette fiction - entre ciel et terre, images omniprésentes et mots qui échappent – sa vision sur l’époque fragmentée demeure obsédée par le visible, et la rapproche des formalistes chirurgien du réel. Mais plus que d’ »opérer » elle dispense un remède. « AvatarS » devient en conséquence une métaphore née des fracas du monde. Mais ce roman reste celui de l’espérance.
L’auteure nous place dans la confusion mais pour sinon en sortir du moins rester digne. Certes nous culbutons collectivement et nos sommes dépassés Eu égard à notre « situation » défier le monde ne suffit sans doute pas à construire son histoire. Il faut nous réinventer pour y faire face.
D’où dans cette fiction un espoir inédit et presque suffisant au sein du Paris d’aujourd’hui,. S’y découvrent des crimes sadiques, sans motivation qui multiplient dans l’indifférence. Une jeune-femme, aussi ordinaire que placide, et deux vieux juifs, aussi illuminés que naïfs, décident de retourner le monde, tête-bêche, pour conjurer le chaos et la destruction. Existe alors ici un « gang de lunatiques » au sein d’une épopée humaine.
Ni dystopie, œuvre d’anticipation ou fable, « AvartarS » devient une fiction reflet de nous-mêmes tout en cherchant dans ce monde instable qui bascule notre place. Mais sans chercher de double ou d’« avatar », il faut se dresser hors de soi devant les ténèbres. Comme ingrédient il faut mettre un peu de vie , un peu de d’éternité en repeuplant l’humanité par le songe d’un cœur commun.
« AvatarS » reste donc l’histoire d’un peu d’amour – voire plus et du courage, malgré la peur et l’horreur. A chacun de retrouver une place sans peur de l’univers et au besoin de la changer.
Jean-Paul Gavard-Perret