Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition de Martin Schoeller : la vie des survivants après l'Holocauste

Martin Schoeller et les survivants de l'Holocauste

Martin Schoeller : survivants de l'Holocauste

Le photographe d'origine allemande Martin Schoeller est un  portraitiste célèbre  pour ses portraits en gros plan de visages hyperréalistes et de face.

Il travailla comme assistant d’Annie Leibovitz de 1993 à 1996. puis collabore fréquemment avec des magazines  tels que Rolling Stone, National Geographic, GQ, Esquire, New York Times Magazine. Il a également été photographe éditorial du New Yorker.

Cette exposition comprend 75 photographies des survivants de l’Holocauste avec une éclairage intense en très gros plan. Ses sujets regardent le spectateur, et révèlent leur humanité, leur douleur, leur espoir et leur résilience. Chaque portrait est associé à une biographie.

Marton Schoeller précise ainsi son ambition : "Ce projet me tient beaucoup à cœur, il est né de mon enfance en Allemagne, et je suis très fier de l’apporter au Musée du Jewish Heritage (...)J’espère que la série résonne avec la communauté des survivants ici et inspire les New-Yorkais de tous horizons à envisager un avenir plus tolérant et pacifique."

Il a donc créé sa série pour lutter contre la montée de l’antisémitisme à travers le monde. Elle appelle à agir et à lutter contre l’injustice et la haine. Il faut avoir de l’espoir pour l’avenir, partager la violence des histoires des survivants et convaincre le monde que la pire des choses reste la haine sans fondement. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Schoeller, "Survivors: Faces of Life after the Holocaust", Museum of Jewish Heritage – A Living Memorial to the Holocaust, New York, jusqu’au 18 juin 2023

Artiste juive : Hildegarde Rosenthal : le monde tel qu'il est

Artiste juive : Hildegarde Rosenthal : le monde tel qu'il est

Hildegarde Rosenthal : le monde tel qu'il est

Dans sa jeunesse, Hildegarde Rosenthal était déjà photographe. Elle prend en photo un garçon à l’air rêveur et remporte le prix du journal Neue Ferie Press (aujourd’hui Die Presse), de Vienne. Elle suit ensuite le cours de photographie de Paul Wolff, premier photographe à utiliser l’appareil photo Leica pour son travail. Cet appareil photo a été son principal compagnon au cours de sa vie.

En 1933, elle se rend à Paris dans le but de poursuivre ses études en travaillant comme fille au pair. Elle y rencontre Walter Rosenthal, juif d’origine polonaise, qu’elle épousera plus tard.. Le couple part au Brésil pour fuir la montée du nazisme. A São Paulo, embauchée par l’agence photographique Press Information en tant que photojournaliste elle commence à produire des images pour des magazines et elle va devenir une des plus grandes photographes du XXème siècle.

Elle n'a eu cesse de saisir la vie telle qu'elle est. Elle  a donné du Brésil non une vision de rêve mais de vérité. Ce fut pour elle la manière de visiter les vivants en évitant le sommeil trop lourd. Pour elle un(e) photographe ne doit pas se vouloir funambule : au lieu de marcher sur les toits,  Hildegarde Rosenthal marcha dans la rue comme au-dessus d'un ruisseau dont elle capta  les poissons humains (requins ou menu fretin) qui furent souvent des miroirs du pays et de l'époque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Photographe juive : Bettina Rheims, portraits de femmes

Photographe juive : Bettina Rheims, portraits de femmes

Bettina Rheims : portraits de femmes

"La chapelle de Bettina Rheims", avec la collaboration de Marie-Noëlle Perriau, Planches Contact, Festival de photographie de Deauville, du 22 octobre 2022 au 1er janvier 2023

Femmes, anonymes ou célèbres, à travers les photographies de Bettina Rheims  construisent une nouvelle image de la féminité  et renversent les codes de l’érotisme. .Même les imperfections du corps féminin deviennent des indices de la beauté que ce soit dans des prisons ("Détenues), dans l'exotisme ('"Shangaï") ou dans l'énigme ("Female Trouble").

De nombreuses institutions ont consacré des expositions rétrospectives à son travail dans le monde et elle a publié bon nombre de livres  qui rassemblent ses photographies réalisées pendant 35 ans de sa carrière.

Pour cette édition de "Planches Contact", Bettina Rheims  remet en scène des célébrités américaines pour le magazine "Details"  avec la scénographe Marie-Noëlle Perriau. Les photos d'icônes des années 90 lacérées et mêlées créent une immersion dans l'underground hollywoodien.

Le nu féminin « classique » est donc détourné de son propos. Le potentiel fantasmatique est transformé en force communicationnelle. Le corps devient le prétexte capable d’attirer le regard : les médias y répondent sachant qu’à défaut de la mort, le sexe demeure le second outil pour attirer l’attention du gogo individuel ou collectif.

 

Parfois les pouvoirs offusqués ont répondu en portant des accusations d’atteinte à la pudeur et allèrent jusqu’à agresser ces femmes selon l’injonction de Tartuffe « cachez ce sein que je ne saurais voir ». Mais par leur mise en scène Bettina Rheims donne une autre visibilité à un tel engagement. Faisant désormais face au spectateur les égéries vues sous un nouvel angle l’interroge.

Jean-Paul Gavard-Perret

Poète juif : Schmuel Maayan, "Et le bateau va"

Poète juif : Schmuel Maayan, "Et le bateau va"
Celui qui aime à sa manière la poésie

poète français juif de Jérusalem

Schmuel Maayan, "Et le bateau va", Colette Gibelin, coll. Cahiers du Loup Bleui, Les Lieux-Dits, 2022, 38 p.,  7 E..

Samuel Maayan - aka Schmuel - pratique ici le voyage au long cours et le badinage avec la poésie. Le tout de manière profonde, ironique et drôle. 

Il est vrai que ce réalisateur de documentaires et de clips publicitaires et qui a entre autres crée des textes pour le théâtre jeune public de Jérusalem manie le verbe avec un certain génie depuis son repère dans une petite ruelle d'un ancien quartier de cette ville.

Au "comment dire" beckettien répond son "C'est-à-dire" selon différents types de torsions qui sont des plaisirs du texte pour l'esprit et les sens. Les "choses vues" ne le sont jamais tel quelles dans le traitement curatif de sa poésie qui refuse tout pathos.

L'écriture est variée, subtile, grave même lorsque devient ironique et presque conceptuelles  en des aspects moléculaires qui invalide bien des sommités de néants soi-disant poétiques mais dont le gène central est manquant.

A l'inverse ici la poésie reste in utero dans les reversions que Schmuel Maayan propose en suivant  divers contextes et métamorphoses qui renouvellent la "vision" de l'écriture.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Caleb Stein, un peu de soleil dans l'eau froide

Caleb Stein, un peu de soleil dans l'eau froide

Caleb Stein : un peu de soleil dans l'eau froide

 

Caleb Stein (né en 1994 à Londres) est un jeune photographe d'exception. Il va rejoindre très vite les grands noms de son art tant par son regard que par le langage qui le cadre. Comme peu il sait photographier le réel avec un lyrisme particulier pour scénariser les humbles, les oubliés sans pour autant jouer sur la corde misérabiliste.

 

Dans sa patrie d'adoption (les Etats Unis) il a trouvé un parti-pris particulier : suivre le Wappinger Creek - ruisseau de 65 km de long qui relie les eaux de l’étang Thompson à l’embouchure de la rivière Hudson dans l’état de New York.

 

Sculpté par le chemin du ruisseau se trouve un Eden caché niché dans une petite zone boisée derrière le Overlook Drive-In Theatre à la périphérie de Poughkeepsie et sa désindustrialisation. Le point d’eau sert de zone neutre, un pas de côté sur les turbulences quotidiennes de la vie. C’est un terrain communal qui offre un lieu de récréation et de refuge.  Parmi les arbres et les berges boueuses, les habitants s'y rassemblent et la dissonance physique et sociale est (en partie) oubliée dans ce havre.

 

"Le ruisseau coule mais le temps s’est arrêté. Il n’y a pas de fardeau de l’histoire ici. Vous êtes avec vos amis, à flot dans l’eau", et le photographe sans le moindre commentaire visuel crée une tension entre ce qui devient une poésie parfois dure parfois indicible et les confrontations - implicites ou non - des divers protagonistes.  Ce jeu de luttes et de tendresse est exceptionnel. Bref c'est - mais le mot est faible - réussi.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Caleb Stein, "Down by the Hudson", Rose Gallery, Santa Monica,  du 10 septembre au 29 octobre 2022.

Artiste juive : Les déplacements initiatiques de Debora Stein

Artiste juive : Les déplacements initiatiques de Debora Stein

Les déplacements initiatiques de Debora Stein

Dabora Stein, "Anatomie d'une larme", Editions Douro, Paris, 2022, 110 p., 18 E..

Dans le premier livre de l'artiste Debora Stein, le regard court le risque de se noyer. Mais c'est bien là le délice de ce parcours initiatique où les visions se succèdent. Les effets d'eau salée transforment la larme en un sentiment océanique de l'existence et indique le vrai lieu du corps par-delà l'espace et le temps.

Nous épousons les métamorphoses que Debora Stein propose par immersion. Elle offre à la fois plus et moins que ce qu’elle donne à voir. L’artiste-auteure parvient à communiquer ce qui pour elle est important. Ce qui remonte à la surface est ce qui jusque-là était resté au fond.

Les mots montrent ce que les images ne peuvent dire. Et en contre-coup leur auteure devient pour le lecteur - même si ce n'est pas son but - la plus belle femme du monde.

Si ce travail sacralise le corps féminin il n’en fait pas pour autant un simple objet érotique.  L'artiste reste d’abord intéressée par le côté double de qui elle est : dure, tendre , visionnaire, sans la moindre condescendance ou mollesse.

Il existe un désir d’approcher par delà la peau au plus près du corps mais sans forcément le mettre à nu. Et ce dans un récit initiatique et une forme de transgression qui passe toujours par des visions et la  théâtralité de la théâtralité afin de faire surgir une autre vérité et tout ce qui palpite et respire là où la créatrice sait déployer des paroles jusque là pliées.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Cette exposition dénonce la barbarie nazie et les fakes news antisémites -vidéo-

Cette exposition dénonce la barbarie nazie et les fakes news antisémites
Contre la barbarie et pour l'avenir

 

"The Eye as Witness"-  l'oeil comme témoin- au Jewish Museum à Londres s'est tenue cette exposition du 24 avril au 18 septembre 2022. Elle est prévue également en France. Les dates n'ont pas encore été communiquées. Elle prend l'oeil pour témoin ou l'oeil pour témoin. Suivez l'objectif. Cette vidéo en VR permet de voir le contexte d'une photo prise durant l'Holocauste.

"The Eye as Witness" est une expérience multimédia originale.L’exposition présente une expérience de réalité virtuelle pour examiner la photographie de l’Holocauste.

Elle a été conçue pour faire remettre en question les motifs qui se cachent derrière l’enregistrement d’événements historiques et pour encourager la pensée critique sur le racisme, la haine et les "fake news" d'aujourd’hui.

En dévoilant les images instantanément reconnaissables de la propagande nazie de victimes des ghettos et des camps de concentration, cette exposition invite à reconsidérer les images des humains persécutés et dignes vivant une vie quotidienne quelques jours seulement avant l’arrivée des nazis au pouvoir.

Cette expérience de pointe permet entre autres aux visiteurs d’entrer dans une photographie de l’Holocauste produite par les nazis prise dans le ghetto de Varsovie.

À côté de cela, des expositions interactives donnent aux visiteurs la possibilité de voir les rares photos secrètes prises par le peuple juif et les membres de la résistance antinazie qui utilisent l’appareil photo pour enregistrer l’histoire telle qu’ils la voient. Elles donnent le point de vue des victimes.

Une telle exposition propose donc des photographies où lorsqu'il s'agit de celles de la propagande nazie quelque chose est montré qui ruine le "montré". Il s'agit d'une nouvelle étape iconographique et muséographique afin d'offrir une réflexion des plus profondes sur la barbarie nazie mais aussi sur l'entreprise endémique antisémite qui rampe continuellement et dont les émanations ne cessent de renaître sournoisement.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Penny Wolin, un autre Hollywood

Artiste juif : Penny Wolin, un autre Hollywood

Penny Wolin : un autre Hollywood

Penny Wolin, "Guest Register", Crazy Woman Creek Press, 2022,  88 pages.

Penny Wolin est le plus jeune des cinq enfants nés dans une famille juive de Cheyenne, dans le Wyoming. Son père, Morris Aaron Wolin (né Wolinsky) y a immigré comme un enfant, directement de la ville russe de Grodno, plus tard pour devenir un homme d’affaires.

Selon la photographe qui rejoint dans sa vingtaine Los Angeles, sa judéité est à la base de son travail car elle ouvre sur le monde. Ce livre  "Guest Register" le prouve en offrant des photographies inédites sur la société d'Hollywood des années 1970. Les images en noir et blanc accompagnées de textes parlent des rêves de réussite et de réinvention de soi dans l’Ouest américain.

L'album devient un livre d'image comparable à ceux des grands photographes documentaristes américains du 20e siècle. Et dans sa postface, "Hollywood Underground", Penny Wolin évoque le Hollywood de l’époque. Il se découvre ici loin des spotlights mais selon des aspects inconnus et plein d'empathie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition artiste juif : Western et dystopie de Sacha Goldberger

Exposition artiste juif : Western et dystopie de Sacha Goldberger

Western et dystopie -Sacha Goldberger

Sacha Goldberger, "Alien Love", Galerie XII, 14 rue des Jardins Saint-Paul 75004 Paris, du 3 septembre au 5 novembre 2022,  Editions Revelatoer, 2022, 80 pages,  45 €..

L’exposition de Sacha Goldberger (ancien directeur artistique dans la publicité qui se consacre pleinement à l’image fixe dans un univers inspiré d’œuvres cinématographiques) permet - peut-être - de savoir s'il existe une vie extra-terrestre ou si nous sommes seuls dans l’univers.

Le tout à travers deux dystopies "I want to believe" et "Extra Not So Terrestre". L'artiste  invite à suivre le quotidien d’un alien esseulé après la fin d’un monde et  à partager l’angoisse d’une terre désertée après une attaque extraterrestre

Au delà d'un simple constat sur le dérèglement climatique et ses répercutions à long terme, Sacha Goldberger crée une fable drôle et poétique  pour décrire un conflit intérieur entre le bien et le mal selon  vision cinématographique où les codes du western servent de support narratif pour suggérer espérance et/ou  sursis.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Auteure juive : Esther Tellermann contre les disparitions

Esther Tellermann contre les disparitions

Esther Tellermann contre les disparitions

Esther Tellermann, "Corps rassemblé", Editions Unes, Nice, 128 p., 2020, 21 E..

Esther Tellermann, dans ce texte écrit suite à plusieurs visites de l’atelier du peintre Claude Garache, opère une remontée vers les origines et  dans la première argile des hommes, pour faire surgir une matière des corps.

La poétesse vient les habiter, leur rendre leur pesanteur terrestre. Mais pour elle les rouges, les bleus, les gris et les verts sont aussi des vapeurs antiques, des brumes entourant la question irrésolue de notre présence sur la terre.

C’est une traversée, fragile, à travers les nuits et les âges, à travers les murmures, les exterminations et les peurs. De ce corps jamais figé, toujours à naître qui est au centre de l’œuvre de Claude Garache, elle invente une Ariane dont nous suivons le fil.

Ce livre, comme tous ceux de la poétesse est hantée par la disparition. La parole tente  de retenir des éléments de l’ordre de la permanence au milieu des décombres, des cendres et des noms effacés mais dont Esther Tellermann se souvient encore.

Tout se joue entre la séparation et le deuil. La hantise de l’auteure passe du personnel au collectif. Le langage doit devenir capable de soulever des ombres au milieu des larmes. Celles-ci demeurent dans les "intimités noires" d’où il s’agit malgré tout de trouver une clarté.

Esther Tellermann  fait donc entrer dans la soif de l'autre au sein d'un cheminement pour prendre la juste distance le long du désastre du temps et de l'Histoire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret