Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Meryl Meisler entre humour et familles

Meryl Meisler entre humour et familles

Meryl Meisler entre humour et familles

Meryl Meisler  a grandi à Long Island dans une famille juive loufoque et excentrique.

Elle a créé une chronique pleine d'humour pour souligner l’exubérance joyeuse d’une communauté qui a vécu dans le souvenir des pogroms et de la Shoah.

Parfois elle rejoint sa famille adoptive qui se retrouve derrière les portes du célèbre Studio 54 - night club new-yorkais.

La photographie de famille a marqué l’histoire de la photographie à l'aide d'appareils devenus de simples objets de consommation. D'autres photographes américains en trouvé dans un tel choix le fondement de leurs travaux. Mais elle-même est entrée d'emblée dans le reportage documentaire et la douce et amère chronique du quotidien.

Jean-Paul Gavard-Perret

 Maryl Miesler, "Amercan families", Polka Galerie, Paris, du 22 mars au 24 mai 2024.

Artiste juif : Nino Herman, méditations photographiques dans les montagnes de Jérusalem

Artiste juif : Nino Herman, méditations photographiques

Nino Herman : méditations photographiques

Les photos de Nino Herman dévoilent une expérience personnelle qui le mènent vers Nataf dans les montagnes de Jérusalem, sur la route sinueuse du pays de Chephirah. 

Le paysage change fréquemment selon la lumière, les saisons, la météo. Le photographe décrit souvent  un paysage montagneux bordé de pins  qui change perpétuellement en ce qui se découvre là où  la route est vide, aucune personne ni aucun véhicule n’est en vue et la route serpente là où son fils a été tué dans un accident de voiture.

“La nature tout autour est toujours très présente, apaisante, me connectant au secret de la création, me permettant d’ouvrir un chemin différent vers l’intérieur" écrit l'artiste qui se connecte à la profonde compréhension de la mort et de  la vie.

 Ce retour à la maison est un voyage initiatique au bord du gouffre, entre frustration et vision aimante. Il n’y a ni chagrin ni joie dans la nature, L’un et l’autre sont présents. La montagne, le ciel et les arbres se mélangent de manière inquiétante et chaotique  en une sorte de dialogue avec les regardeurs surpris par ce qui apparaît et surprend.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Nino Herman, "Know This, Fragile Time", Artspace Tel Aviv du 28 mars au 20 avril 2024

Artiste juive : Annie Leibovitz à l’Académie des beaux-arts

Artiste juive : Annie Leibovitz à l’Académie des beaux-arts

Annie Leibovitz à l’Académie des beaux-arts

Pour Annie Leibovitz  la photographie a toujours eu le pouvoir extraordinaire d’arrêter, de retenir le présent avant qu’il ne devienne le passé.

Selon elle "Avec un appareil on peut retenir les moments évanescents de notre vie, nos enfants qui grandissent et changent si vite, ceux que l’on aime, qui nous enseigne." Son oeuvre garde originale et son accession à l'Académie des beaux-arts est plus que mérité.

Sur le chemin du retour vers les États-Unis, Annie fit une escale à Paris. Elle découvrit les photos d’Henri Cartier-Bresson et éprouva alors la sensation d’être au centre d’une de ces photos. Un sentiment très fort et très fugace, comme elle l’a décrit un jour a ouvert ces “instants décisifs” pour capturer les moments.

Chaque photo a son histoire. Celle-ci mérite d’être contée.  Les personnalités ne manquent pas sur sa longue liste de portraits dont Ray Charles, Tina Turner, Bob Dylan, Joan Baez, Norman Mailer, Tennessee Williams, Muhammad Ali, Arnold Schwarzenegger, Bruce Springsteen, Andy Warhol ou Patti Smith.

“En vieillissant  dit  la créatrice, on sait plus ou moins ce que l’on fait, mais cela ne veut pas dire que nos photos seront meilleures”. “On sait simplement quand on a une bonne photo et quand on n’en a pas”, ajoute-t-elle.  Et l'artiste continue une telle voie.  Ses photographies s’imposent comme des nécessités.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Ralph Gibson et Israël

Artiste juif : Ralph Gibson et Israël

Ralph Gibson et Israël

Ralph Gibson a produit plus de 40 monographies et ses photographies font partie de 170 collections de musées à travers le monde et sont apparues dans des centaines d’expositions. Il travaille exclusivement avec des appareils photo Leica depuis près de 60 ans et a reçu de nombreux prix, dont la bourse Guggenheim

Avec  Sacred Land, le photographe et le producteur Martin Cohen ont créé une exposition photographique pour capturer l’âme d’Israël ancienne et contemporaine. Jaillit l’humanité fondamentale et les affinités sous-jacentes qui considèrent cette terre comme sacrée.

Tout est dans les détails et les poses  franches Les images en leur intimité attirent lieux, choses, personnes, l’instantané et l’éternel. j Ralph Gibson décrit Israël comme « le pays le plus ancien et le plus jeune du monde », entre mythologie et beauté naturelle des détails du paysage. Gibson transmet la complexité et la multiplicité de cette terre sacrée. Et cette exposition projette l’espoir d’un avenir paisible, où tous peuvent trouver la guérison, l’empathie et une compréhension.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ralph Gibson : Sacred Land", Heller Museum – Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion, New York, du 19 mars au 8 juillet 2024

L'Histoire juive britannique en 50 objets

L'Histoire juive britannique en 50 objets
L'Histoire juive britannique en 50 objets

Jewish Britain: "A History in 50 Objects", Jewish Britain museum, jusqu'en mars 2023.

Le Musée juif a été fondé en 1932. En 1994, il a fusionné avec l’ancien Musée de la vie juive de Londres sur deux sites. Le nouveau musée a rouvert ses portes en mars 2010, réunissant pour la première fois toutes les collections.

Le Musée posséde environ 28 000 objets, dont une collection d’art judaïque (art cérémoniel) et une collection d’histoire sociale couvrant des sujets tels que l’East End, les réfugiés du nazisme et l’Holocauste.

Cette exposition rassemble une histoire de la communaiuté juive en Grande Bretagne en 50 objets du Moyen Âge à l’époque moderne. Elle  a été réalisée dans le cadre du projet Judaica Europeana  S'y retrouvent des objets emblématiques entre autres la célèbre machine à coudre Singer utilisée à des fins commerciales et privées.

De nombreux immigrants juifs arrivant d’Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, en particulier à Londres et à Leeds, gagnaient leur vie en travaillant dans des ateliers de couture. Les tailleurs immigrants fabriquaient des vêtements prêts à l’emploi bon marché, qui étaient abordables pour une plus grande partie de la société.

 

Parmi ces objets citons aussi la machine à écrire yiddish qui appartenait au dramaturge Abish Meisels qui émigra à Londres en 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Meisels est une figure centrale du Nouveau Théâtre Yiddish  qui crésa des comédies et des tragédies en s’inspirant de contes populaires yiddish, d’adaptations de Shakespeare et d’histoires de la vie des immigrants.

 

Chaque objet ouvre ainsi toute une histoire de la communauté et de son histoire dans un pays ou comme ailleurs elle dut se battre pour son existence et sa liberté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Ruth Orkin, femmes en mouvement

Artiste juive : Ruth Orkin, femmes en mouvement

Femmes en mouvement : Ruth Orkin

Ruth Ortkin (1921-1985) a vécu son enfance et sa jeunesse  à Hollywood car elle était la fille d’une actrice de cinéma muet. Elle fut une des premières femmes à apprendre le photojournalisme au Los Angeles City College.

Dès les années 40 elle quitte la Californie pour New York où elle devient  photojournaliste indépendant. Très vite ses clichés sont publiés par les grands journaux et magazines de l'époque : New York Times, Life, Look, etc.

Considérée à juste titre  comme la pionnière du photojournalisme, avec sa "jeune femme américaine en Italie"  sifflée par les Italiens dans une scène de rue, elle a crée une des photos les plus iconiques qui soient.

Elle reste la photographe sensible au monde et intéressées par tout ce qui s'y passe et elle a photographié comme personne la femme américaines des années 1940 et 1950. Dans son fameux reportage incisif "Qui travaille le plus dur ?" elle a par exemple comparé  la vie d’une femme d'affaire et celle d’une femme au foyer.

Son ironie est au sommet lorsqu'elle saisit l’agitation dans des salons de beauté, des cocktails, des expositions canines et des plateaux de tournage d’Hollywood. S'y retrouvent des stars telles Lauren Bacall, Jane Russell, mais tout s serveuses, hôtesses, militaires ou simplement des femmes entre elles.

Partout une telle photographe a su déceler de manière incisive et discrète l'évolution du monde occidental sous l'effet des femmes qui commençaient à se libérer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : portrait d'Irving Penn

Artiste juif : portrait d'Irving Penn

Irving Penn : portraits

La présentation d’Irving Penn comprend une sélection élargie de ses portraits. C'est la rétrospective la plus complète du célèbre photographe .

Irving Penn est  l’un des plus grands photographes du XXe siècle, réputé pour son esthétique épurée. Contributeur régulier du magazine Vogue pendant plus de six décennies, il a révolutionné la photographie de mode de l’après-guerre, en plaçant les modèles sur des fonds neutres pour mettre en valeur le geste et l’expression.
Ses portraits sont psychologiquement pénétrants.

Il capture chaque période de cette carrière dynamique derrière la caméra, depuis la fin des années 1930 jusqu’à la première décennie du 21e siècle. Il y a là  des stars sommités connet des ouvriers avec les outils de leur métier ; des nus abstraits et ses premières scènes de rue documentaires , des études de mode et des natures mortes méticuleuses.

Portraits et les natures mortes ont transformé le médium dans ses vibrantes photographies du Summer of Love de 1967.  L’exposition Irving Penn explore le profond intérêt du photographe pour l’éphémère et la complexité de la condition humaine, dans une section exclusive et améliorée consacrée à la série de Penn à San Francisco. Sont également exposées ses photographies expérimentales rarement vues de danseurs nus interprétant The Bath de la chorégraphe américaine Anna Halprin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Irving Penn, Young Museum, Golden Gate Park San Francisco, du 16 mars au 21 juillet 2024.

Artiste juif : Evy Cohen, Lumière du Perche - Arbres de son village et alentour"

Evy Cohen,  "Lumière du Perche" - Arbres de son village et alentour"

Evy Cohen,  "Lumière du Perche" - Arbres de son village et alentour"

Cette série d'Evy Cohen a débuté en 2020 lors du premier confinent lorsqu'elle était limiter à se promener et selon a loi dans un rayon de 1km de notre domicile.
Elle venait de déménager de Paris et découvrait  les lumières magiques du Perche  qui depuis inspire son travail de photographe et d’artiste verrier.
La plasticienne conjugue en effet l’art verrier et la photographie, et travaille les réfractions de la lumière. Elle réalise ainsi des pièces en pâte de verre, des sculptures à cire perdue, des tableaux de verre.
Mais ici, seule la photographie "parle". Le pus souvent dans des brumes d’un univers forestier  afin de métamorphoser le réel pour le porter vers la fable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Magazine Juif Alliance présente Sylvie Aflalo-Haberberg : éloge de la différence

Sylvie Aflalo-Haberberg : éloge de la différence

Sylvie Aflalo-Haberberg : éloge de la différence

Cette série de Sylvie Aflalo-Haberberg travaille la nudité selon une modalité particulière. Sont montrées les femmes qui - normalement  demeurent cachés pour cause d'obésité, bref de quasi "anormalité"  selon certains critères sociaux..

Les modèles ont toutes répondu avec plaisir à la photographe car elles trouvèrent là une forme de reconnaissance. Elles prirent la pose pour affirmer leur féminité et leur sexualité. D'autant que pour éloigner tout effet malsain ou pervers Sylvie Aflalo-Haberberg  a créé une forme d'épures par son art du flou qu'elle domine parfaitement.

Elle reprend la question de ce que la nudité cache et/ou montre en ses enjeux.  Le nu n'est plus traité en sur en chair mais devient une forme d'idéalisation chorégraphique  qui fascine par sa beauté.

La prétendue obscénité est donc effacée en devenant forme plus qu'objet. Montrer le nu revient à honorer un réel évacué et apprendre à grandir par ce qui émane des  mouvements fixés de corps enfin délivrés.

La série devient une œuvre plastique voire presque morale entre recherche et rêve. Ici c'est bien  L'Ange et non La Bête" qui revient sans que le corps soit une simple idée ou masse.

La photographe crée une absolue beauté dégagée des tabous et doxas entre métaphorisation et littéralité. Sylvie Aflalo-Haberberg réapprend à ouvrir les yeux, de ne pas se contenter de jouir de stéréotypes. C’est le luxe là où les photographies ne sont pas nues  :  elles sont dépouillées en leurs jeux d'ombres et de lumière et où ce n'est plus un plein mais un vide qui soudain est comblé.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sylvie Aflalo-Haberberg, Ce que tu me voiles, Sylvie Aflalo-Haberberg Editions,   Paris, novembre 2023, 204 p., 39  € ..

Au musée d'Israël, Walter Benjamin et la photographies

Au musée d'Israël, Walter Benjamin et la photographies

Walter Benjamin et la photographies

"In Pictures: Walter Benjamin’s Little History of Photography",  Israel Museum, Jerusalem.

Le Musée d’Israël de Jérusalem rassemble les œuvres de photographes pionniers des XIXe et XXe siècles présentées dans la "Petite histoire de la photographie" du philosophe juif allemand Walter Benjamin.

Ce livre a d'ailleurs ouvert la compréhension du médium photographique jusque là déconsidéré.

L'exposition rassemble plus de 80 photographies et 10 portfolios tirés de la collection du Musée d’Israël dont Eugène Atget, Karl Blossfeldt, Julia Margaret Cameron, Nadar, David Octavius ​​Hill, Germaine Krull et August Sander.

Par de telles oeuvres Walter Benjamin a ouvert la voie d'une critique qui sortait de l’œuvre d’art en tant qu’objet unique vers le potentiel politique et artistique d’une nouvelle technologie basée sur le multiple.

 

Jeran-Paul Gavard-Perret