Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Lee Shulman, fils d’immigrants juifs, mêle ici son goût de collectionneur et son talent de monteur qui se définit lui-même comme un "storyteller".
Dans cette exposition-installation les photographies à La Samaritaine ornent murs, portes des ascenseurs, s’invitent, installations monumentales au rez-de-chaussée. Se découvrent des familles inconnues et Lee Shulman interroge les relations humaines et la notion d’intimité avec cette narration.
Il développee ce qu'il nomme "l’expérience interprétative du spectateur". dans cette collection inédite du "The Anonymous Project" tirée d'images de vieilles photos de famille achetées sur eBay.
Il a rassemblé plus de 70 000 diapositives couleur pour faire revivre des histoires anonymes exposées aux yeux de tous.
Se découvrent par exemple un couple grandeur nature prenant le soleil sur des transats, des femmes qui posent en superbes tenues de soirée d’été, un pique-nique entre amis au bord d’un lac, etc....
Du lointain jaillit dans cette avalanche d'images le proche.
Se crée un pont temporel entre lhier et l'aujourd'hui dans un monde facinant, universel et authentique.
Jean-Paul Gavard-Perret
Lee Shulman, "The Anonymous Project", La Samaritaine, 75001 Paris du 7 février au 24 avril 2024
Les visions de Frederick Kiesler
Frederick Kiesler, « Vision Machines », Jewish Museum, New-York, du 25 avril au 28 juin 2924
Frederick John Kiesler est né en 1890 dans une famille juive de l’Ukraine actuelle. Il a étudié la gravure et la peinture à l’Académie des Beaux-Arts, puis est devenu scénographe de théâtre inventif et dynamique. En 1923, Kiesler rejoint « de Stij »’ à l’invitation de Theo van Doesb.
Immigré aux États-Unis et s’est installé à New York en 1926, pour d’autres projets. Il a conçu des vitrines pour Saks à la 5ème Avenue, le Guild Cinema et la galerie Art of This Century de Peggy Guggenheim. Kiesler est nommé ensuite directeur de la scénographie à la Juilliard School of Music ainsi que directeur de son laboratoire à l’école d’architecture de l’Université Columbia.
Contrairement à d’autres émigrés européens qui ont remodelé l’architecture américaine en introduisant le modernisme européen. Etrangement il est connu
pour ne pas avoir construit. Mais il reste pour l’architecte américain Philip Johnson comme « plus grand architecte non constructeur de notre temps ».
Il a construit néanmoins notamment des espaces d’exposition et le Sanctuaire du Livre à Jérusalem. Toutefois, il n’a pas normalisé son travail expérimental en le positionnant comme des études préparatoires aux futurs bâtiments. Ses nombreux projets non liés à la construction sont devenus des expériences architecturales et des déclarations architecturales.
L’exposition réunit deux des projets les plus essentiels de Kiesler développés au Laboratoire et explorés ici : la bibliothèque de maisons mobiles, un dispositif proposé pour modifier radicalement l’espace domestique et la machine de vision, appareil ambitieux destiné à visualiser la vue humaine – de l’optique aux stimuli nerveux au contenu des rêves et aux images des rêves
Est présente une sélection de 100 dessins, photographies et études de recherche de ces projets jamais réalisée avant de la bibliothèque de maisons mobiles de Kiesler. Ils éclairent ses tentatives remarquables de saisir la vision humaine, d’enregistrer les rêves par ses bibliothèques, informations et images de l’esprit.
Jean-Paul Gavard-Perret
Olivia-Jeanne Cohen : je et les autres
Olivia-Jeanne Cohen, « L’image de soi », Préface de Jacques Cauda, col. Essais, Editions Douro, Paris, 2024
Olivia-Jeanne Cohen voyage en littérature, philosophie, peinture, photographie, cultures et actualité pour interroger l’image de soi. « On m’a souvent demandé pourquoi j’aimais poser, j’ai toujours répondu que c’était pour passer de l’autre côté puis revenir. Si vous saviez, combien de fois me suis-je imaginée de l’autre côté, là où tout est or dans le noir et d’où l’on revient pleine de lumière ? » écrit-elle.
Son livre suscite bien des questionnements selon le sens que chacun accorde à son existence et la situation de l’être au monde. Et ce en en particulier au cœur de la judéité. Ses points de vue ontologiques s'insèrent sur la relativité de sa situation dans le monde et dans son rapport à l’autre. L’approche expose des s images déformantes d’une réalité « sortie des coulisses qui gronde depuis la nuit des temps » écrit Cauda. Le juif y est profané et est réduit à toutes les exacerbations.
Solitude et multitude restent au centre et l’image de soi qui devient l’objet d’une pression tyrannique, irrationnelle et pervertie . L’auteure cherche à prendre conscience sa fragilité et la solitude de l’être jeté dans le monde, au sens du Dasein. Elle rappelle que l’on a massacré collectivement et intervenu au cœur des liens les plus originels pour les désintégrer.
La conscience de soi ici se révèle dans des dynamiques d'écart et de distance. Du temps, de la parole, de l'espace, leus seuils infranchissables sont révé lé. Ll'équilibre vacillant d'une dissolution de l'être expulsé, égaré, excentré est analysé" Otage, je suis l'insituable, entre l'immobilité d'un état et l'impossible stabilisation du sens et d'une appartenance à soi. Je suis l'écartèlement, l'incertitude entre l'ici et le là-bas" écrit-elle.
Cet espace de l'entre-deux est mis à nu par celle qui implique non seulement une mise-en-attente, une mise-en-suspens de l'autre espace mais également une distorsion de l'à-venir, une approximation de l'autre. Examinant le traumatisme, l’état de déréliction, la meurtrière blessure d’abandon, la philosophe ouvre la compréhension de l’être au monde, et s’inscrit dans cette nécessité réflexive entre le fini et l’infini.
Jean-Paul Gavard-Perret
Meryl Meisler entre humour et familles
Meryl Meisler a grandi à Long Island dans une famille juive loufoque et excentrique.
Elle a créé une chronique pleine d'humour pour souligner l’exubérance joyeuse d’une communauté qui a vécu dans le souvenir des pogroms et de la Shoah.
Parfois elle rejoint sa famille adoptive qui se retrouve derrière les portes du célèbre Studio 54 - night club new-yorkais.
La photographie de famille a marqué l’histoire de la photographie à l'aide d'appareils devenus de simples objets de consommation. D'autres photographes américains en trouvé dans un tel choix le fondement de leurs travaux. Mais elle-même est entrée d'emblée dans le reportage documentaire et la douce et amère chronique du quotidien.
Jean-Paul Gavard-Perret
Maryl Miesler, "Amercan families", Polka Galerie, Paris, du 22 mars au 24 mai 2024.
Nino Herman : méditations photographiques
Les photos de Nino Herman dévoilent une expérience personnelle qui le mènent vers Nataf dans les montagnes de Jérusalem, sur la route sinueuse du pays de Chephirah.
Le paysage change fréquemment selon la lumière, les saisons, la météo. Le photographe décrit souvent un paysage montagneux bordé de pins qui change perpétuellement en ce qui se découvre là où la route est vide, aucune personne ni aucun véhicule n’est en vue et la route serpente là où son fils a été tué dans un accident de voiture.
“La nature tout autour est toujours très présente, apaisante, me connectant au secret de la création, me permettant d’ouvrir un chemin différent vers l’intérieur" écrit l'artiste qui se connecte à la profonde compréhension de la mort et de la vie.
Ce retour à la maison est un voyage initiatique au bord du gouffre, entre frustration et vision aimante. Il n’y a ni chagrin ni joie dans la nature, L’un et l’autre sont présents. La montagne, le ciel et les arbres se mélangent de manière inquiétante et chaotique en une sorte de dialogue avec les regardeurs surpris par ce qui apparaît et surprend.
Jean-Paul Gavard-Perret.
Nino Herman, "Know This, Fragile Time", Artspace Tel Aviv du 28 mars au 20 avril 2024
Annie Leibovitz à l’Académie des beaux-arts
Pour Annie Leibovitz la photographie a toujours eu le pouvoir extraordinaire d’arrêter, de retenir le présent avant qu’il ne devienne le passé.
Selon elle "Avec un appareil on peut retenir les moments évanescents de notre vie, nos enfants qui grandissent et changent si vite, ceux que l’on aime, qui nous enseigne." Son oeuvre garde originale et son accession à l'Académie des beaux-arts est plus que mérité.
Sur le chemin du retour vers les États-Unis, Annie fit une escale à Paris. Elle découvrit les photos d’Henri Cartier-Bresson et éprouva alors la sensation d’être au centre d’une de ces photos. Un sentiment très fort et très fugace, comme elle l’a décrit un jour a ouvert ces “instants décisifs” pour capturer les moments.
Chaque photo a son histoire. Celle-ci mérite d’être contée. Les personnalités ne manquent pas sur sa longue liste de portraits dont Ray Charles, Tina Turner, Bob Dylan, Joan Baez, Norman Mailer, Tennessee Williams, Muhammad Ali, Arnold Schwarzenegger, Bruce Springsteen, Andy Warhol ou Patti Smith.
“En vieillissant dit la créatrice, on sait plus ou moins ce que l’on fait, mais cela ne veut pas dire que nos photos seront meilleures”. “On sait simplement quand on a une bonne photo et quand on n’en a pas”, ajoute-t-elle. Et l'artiste continue une telle voie. Ses photographies s’imposent comme des nécessités.
Jean-Paul Gavard-Perret
Ralph Gibson et Israël
Ralph Gibson a produit plus de 40 monographies et ses photographies font partie de 170 collections de musées à travers le monde et sont apparues dans des centaines d’expositions. Il travaille exclusivement avec des appareils photo Leica depuis près de 60 ans et a reçu de nombreux prix, dont la bourse Guggenheim
Avec Sacred Land, le photographe et le producteur Martin Cohen ont créé une exposition photographique pour capturer l’âme d’Israël ancienne et contemporaine. Jaillit l’humanité fondamentale et les affinités sous-jacentes qui considèrent cette terre comme sacrée.
Tout est dans les détails et les poses franches Les images en leur intimité attirent lieux, choses, personnes, l’instantané et l’éternel. j Ralph Gibson décrit Israël comme « le pays le plus ancien et le plus jeune du monde », entre mythologie et beauté naturelle des détails du paysage. Gibson transmet la complexité et la multiplicité de cette terre sacrée. Et cette exposition projette l’espoir d’un avenir paisible, où tous peuvent trouver la guérison, l’empathie et une compréhension.
Jean-Paul Gavard-Perret
Ralph Gibson : Sacred Land", Heller Museum – Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion, New York, du 19 mars au 8 juillet 2024
Jewish Britain: "A History in 50 Objects", Jewish Britain museum, jusqu'en mars 2023.
Le Musée juif a été fondé en 1932. En 1994, il a fusionné avec l’ancien Musée de la vie juive de Londres sur deux sites. Le nouveau musée a rouvert ses portes en mars 2010, réunissant pour la première fois toutes les collections.
Le Musée posséde environ 28 000 objets, dont une collection d’art judaïque (art cérémoniel) et une collection d’histoire sociale couvrant des sujets tels que l’East End, les réfugiés du nazisme et l’Holocauste.
Cette exposition rassemble une histoire de la communaiuté juive en Grande Bretagne en 50 objets du Moyen Âge à l’époque moderne. Elle a été réalisée dans le cadre du projet Judaica Europeana S'y retrouvent des objets emblématiques entre autres la célèbre machine à coudre Singer utilisée à des fins commerciales et privées.
De nombreux immigrants juifs arrivant d’Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, en particulier à Londres et à Leeds, gagnaient leur vie en travaillant dans des ateliers de couture. Les tailleurs immigrants fabriquaient des vêtements prêts à l’emploi bon marché, qui étaient abordables pour une plus grande partie de la société.
Parmi ces objets citons aussi la machine à écrire yiddish qui appartenait au dramaturge Abish Meisels qui émigra à Londres en 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Meisels est une figure centrale du Nouveau Théâtre Yiddish qui crésa des comédies et des tragédies en s’inspirant de contes populaires yiddish, d’adaptations de Shakespeare et d’histoires de la vie des immigrants.
Chaque objet ouvre ainsi toute une histoire de la communauté et de son histoire dans un pays ou comme ailleurs elle dut se battre pour son existence et sa liberté.
Jean-Paul Gavard-Perret
Femmes en mouvement : Ruth Orkin
Ruth Ortkin (1921-1985) a vécu son enfance et sa jeunesse à Hollywood car elle était la fille d’une actrice de cinéma muet. Elle fut une des premières femmes à apprendre le photojournalisme au Los Angeles City College.
Dès les années 40 elle quitte la Californie pour New York où elle devient photojournaliste indépendant. Très vite ses clichés sont publiés par les grands journaux et magazines de l'époque : New York Times, Life, Look, etc.
Considérée à juste titre comme la pionnière du photojournalisme, avec sa "jeune femme américaine en Italie" sifflée par les Italiens dans une scène de rue, elle a crée une des photos les plus iconiques qui soient.
Elle reste la photographe sensible au monde et intéressées par tout ce qui s'y passe et elle a photographié comme personne la femme américaines des années 1940 et 1950. Dans son fameux reportage incisif "Qui travaille le plus dur ?" elle a par exemple comparé la vie d’une femme d'affaire et celle d’une femme au foyer.
Son ironie est au sommet lorsqu'elle saisit l’agitation dans des salons de beauté, des cocktails, des expositions canines et des plateaux de tournage d’Hollywood. S'y retrouvent des stars telles Lauren Bacall, Jane Russell, mais tout s serveuses, hôtesses, militaires ou simplement des femmes entre elles.
Partout une telle photographe a su déceler de manière incisive et discrète l'évolution du monde occidental sous l'effet des femmes qui commençaient à se libérer.
Jean-Paul Gavard-Perret
Irving Penn : portraits
La présentation d’Irving Penn comprend une sélection élargie de ses portraits. C'est la rétrospective la plus complète du célèbre photographe .
Irving Penn est l’un des plus grands photographes du XXe siècle, réputé pour son esthétique épurée. Contributeur régulier du magazine Vogue pendant plus de six décennies, il a révolutionné la photographie de mode de l’après-guerre, en plaçant les modèles sur des fonds neutres pour mettre en valeur le geste et l’expression.
Ses portraits sont psychologiquement pénétrants.
Il capture chaque période de cette carrière dynamique derrière la caméra, depuis la fin des années 1930 jusqu’à la première décennie du 21e siècle. Il y a là des stars sommités connet des ouvriers avec les outils de leur métier ; des nus abstraits et ses premières scènes de rue documentaires , des études de mode et des natures mortes méticuleuses.
Portraits et les natures mortes ont transformé le médium dans ses vibrantes photographies du Summer of Love de 1967. L’exposition Irving Penn explore le profond intérêt du photographe pour l’éphémère et la complexité de la condition humaine, dans une section exclusive et améliorée consacrée à la série de Penn à San Francisco. Sont également exposées ses photographies expérimentales rarement vues de danseurs nus interprétant The Bath de la chorégraphe américaine Anna Halprin.
Jean-Paul Gavard-Perret
Irving Penn, Young Museum, Golden Gate Park San Francisco, du 16 mars au 21 juillet 2024.