Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Evy Cohen, "Lumière du Perche" - Arbres de son village et alentour"
Cette série d'Evy Cohen a débuté en 2020 lors du premier confinent lorsqu'elle était limiter à se promener et selon a loi dans un rayon de 1km de notre domicile.
Elle venait de déménager de Paris et découvrait les lumières magiques du Perche qui depuis inspire son travail de photographe et d’artiste verrier.
La plasticienne conjugue en effet l’art verrier et la photographie, et travaille les réfractions de la lumière. Elle réalise ainsi des pièces en pâte de verre, des sculptures à cire perdue, des tableaux de verre.
Mais ici, seule la photographie "parle". Le pus souvent dans des brumes d’un univers forestier afin de métamorphoser le réel pour le porter vers la fable.
Jean-Paul Gavard-Perret
Paul Bernard-Nouraud et l'inconcevable
Paul Bernard-Nouraud dans son histoire de l’art d’après Auschwitz rappelle que le "témoignage" brut ou reconstruit sera toujours coupable de ses manques.
Bataille, Blanchot, Levi, Celan mais aussi Resnais, Lanzmann en ont montré l'inexorable nécessité et l'inexorable manque jusqu'à, pour certains, y perdre leur vie.
Si dans ces analyses iconiques rien n'est résolu de nos interrogations réside la force de nous mettre dans l'haleine des mourants. Une hantise nous atteint et nous touche. Il ne faut pas en avoir peur mais s'y confronter.
En ce tel livre, l'image mieux que tout autre chose manifeste probablement cet état de survivance qui n'appartient ni à la vie tout à fait, ni à la mort tout à fait mais à ce genre d'état aussi paradoxal que celui des spectres qui sans relâche mettent du dedans notre mémoire en mouvement. . Bref l'image aussi sert à penser et à transformer l'art..
A ce titre, si l'image ne peut dire ou montrer l'impensable, l'invisibilité de l'horreur. A travers lui se fabrique toujours une représentation qui se veut fidèle à l'irreprésentable.
L'image traduit du sens. Certes, il n'existe pas de moyen de se soustraire à l'ambiguïté qui régit tout protocole de représentation qu'il soit iconique ou linguistique. Tout se joue toujours sur une sorte de tentative de parvenir à dire, à toucher et atteindre le cœur et la raison - l'inconscient aussi - entre l'interdit et la transgression.
Comme Didi-Huberman, Paul Bernard-Nouraud historien et théoricien de l’art, docteur en Esthétique entreprend ainsi de réévaluer à l’aune d’Auschwitz l’histoire de l’art antérieure à l’événement lui-même. On y découvre notamment qu’avec la peur du déluge et de la guerre, celle de la peste constitue l’un des fondements de l’art renaissant et de l’ordre du discernement qu’il instaure.
Paul Bernard-Nouraud, "Une histoire de l’art d’après Auschwitz - Figures disparates , vol.1", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 19 avril 2024, 632 p., : 30 €
Amy Winehouse for ever
"Amy Winehouse", The Little Black Gallery", Londres avril 2024.
L'exposition des photographie à "The Little Black Gallery" de Londres présente une exposition des photographies de la chanteuse prises par Charles Moriarty lors de la création de son premier album "Frank". Elle est accompagnée par le documentaire "AMY" par Asif Kepedia.
Pour celui-ci le réalisateur a rencontré amis, managers, famille, membres du groupe, journalistes, photographes pour découvrir la "vraie" Amy et la comprendre.
Il a consulté des milliers d’images d’Amy. Tputefois dans ce corpus les photos de Charles Moriarty restent marquantes et prises dans l’Est de Londres ou se préparant à parcourir les rues de New York.
Elle apparaît ici incroyablement belle, drôle, pleine d’esprit qui était bien différente de l’icône traumatisée qu’elle est devenue plus tard. Dans cette première époque elle paraît au sommet de son art. Le photographe avait choisi de ne pas les publier car pour lui elles étaient trop précieuses à ses yeux. Là voici , telle qu'elle lors de cette exposition originale, fascinante et intransigeante.
Jean-Paul Gavard-Perret
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Lee Shulman, fils d’immigrants juifs, mêle ici son goût de collectionneur et son talent de monteur qui se définit lui-même comme un "storyteller".
Dans cette exposition-installation les photographies à La Samaritaine ornent murs, portes des ascenseurs, s’invitent, installations monumentales au rez-de-chaussée. Se découvrent des familles inconnues et Lee Shulman interroge les relations humaines et la notion d’intimité avec cette narration.
Il développee ce qu'il nomme "l’expérience interprétative du spectateur". dans cette collection inédite du "The Anonymous Project" tirée d'images de vieilles photos de famille achetées sur eBay.
Il a rassemblé plus de 70 000 diapositives couleur pour faire revivre des histoires anonymes exposées aux yeux de tous.
Se découvrent par exemple un couple grandeur nature prenant le soleil sur des transats, des femmes qui posent en superbes tenues de soirée d’été, un pique-nique entre amis au bord d’un lac, etc....
Du lointain jaillit dans cette avalanche d'images le proche.
Se crée un pont temporel entre lhier et l'aujourd'hui dans un monde facinant, universel et authentique.
Jean-Paul Gavard-Perret
Lee Shulman, "The Anonymous Project", La Samaritaine, 75001 Paris du 7 février au 24 avril 2024
Les visions de Frederick Kiesler
Frederick Kiesler, « Vision Machines », Jewish Museum, New-York, du 25 avril au 28 juin 2924
Frederick John Kiesler est né en 1890 dans une famille juive de l’Ukraine actuelle. Il a étudié la gravure et la peinture à l’Académie des Beaux-Arts, puis est devenu scénographe de théâtre inventif et dynamique. En 1923, Kiesler rejoint « de Stij »’ à l’invitation de Theo van Doesb.
Immigré aux États-Unis et s’est installé à New York en 1926, pour d’autres projets. Il a conçu des vitrines pour Saks à la 5ème Avenue, le Guild Cinema et la galerie Art of This Century de Peggy Guggenheim. Kiesler est nommé ensuite directeur de la scénographie à la Juilliard School of Music ainsi que directeur de son laboratoire à l’école d’architecture de l’Université Columbia.
Contrairement à d’autres émigrés européens qui ont remodelé l’architecture américaine en introduisant le modernisme européen. Etrangement il est connu
pour ne pas avoir construit. Mais il reste pour l’architecte américain Philip Johnson comme « plus grand architecte non constructeur de notre temps ».
Il a construit néanmoins notamment des espaces d’exposition et le Sanctuaire du Livre à Jérusalem. Toutefois, il n’a pas normalisé son travail expérimental en le positionnant comme des études préparatoires aux futurs bâtiments. Ses nombreux projets non liés à la construction sont devenus des expériences architecturales et des déclarations architecturales.
L’exposition réunit deux des projets les plus essentiels de Kiesler développés au Laboratoire et explorés ici : la bibliothèque de maisons mobiles, un dispositif proposé pour modifier radicalement l’espace domestique et la machine de vision, appareil ambitieux destiné à visualiser la vue humaine – de l’optique aux stimuli nerveux au contenu des rêves et aux images des rêves
Est présente une sélection de 100 dessins, photographies et études de recherche de ces projets jamais réalisée avant de la bibliothèque de maisons mobiles de Kiesler. Ils éclairent ses tentatives remarquables de saisir la vision humaine, d’enregistrer les rêves par ses bibliothèques, informations et images de l’esprit.
Jean-Paul Gavard-Perret
Olivia-Jeanne Cohen : je et les autres
Olivia-Jeanne Cohen, « L’image de soi », Préface de Jacques Cauda, col. Essais, Editions Douro, Paris, 2024
Olivia-Jeanne Cohen voyage en littérature, philosophie, peinture, photographie, cultures et actualité pour interroger l’image de soi. « On m’a souvent demandé pourquoi j’aimais poser, j’ai toujours répondu que c’était pour passer de l’autre côté puis revenir. Si vous saviez, combien de fois me suis-je imaginée de l’autre côté, là où tout est or dans le noir et d’où l’on revient pleine de lumière ? » écrit-elle.
Son livre suscite bien des questionnements selon le sens que chacun accorde à son existence et la situation de l’être au monde. Et ce en en particulier au cœur de la judéité. Ses points de vue ontologiques s'insèrent sur la relativité de sa situation dans le monde et dans son rapport à l’autre. L’approche expose des s images déformantes d’une réalité « sortie des coulisses qui gronde depuis la nuit des temps » écrit Cauda. Le juif y est profané et est réduit à toutes les exacerbations.
Solitude et multitude restent au centre et l’image de soi qui devient l’objet d’une pression tyrannique, irrationnelle et pervertie . L’auteure cherche à prendre conscience sa fragilité et la solitude de l’être jeté dans le monde, au sens du Dasein. Elle rappelle que l’on a massacré collectivement et intervenu au cœur des liens les plus originels pour les désintégrer.
La conscience de soi ici se révèle dans des dynamiques d'écart et de distance. Du temps, de la parole, de l'espace, leus seuils infranchissables sont révé lé. Ll'équilibre vacillant d'une dissolution de l'être expulsé, égaré, excentré est analysé" Otage, je suis l'insituable, entre l'immobilité d'un état et l'impossible stabilisation du sens et d'une appartenance à soi. Je suis l'écartèlement, l'incertitude entre l'ici et le là-bas" écrit-elle.
Cet espace de l'entre-deux est mis à nu par celle qui implique non seulement une mise-en-attente, une mise-en-suspens de l'autre espace mais également une distorsion de l'à-venir, une approximation de l'autre. Examinant le traumatisme, l’état de déréliction, la meurtrière blessure d’abandon, la philosophe ouvre la compréhension de l’être au monde, et s’inscrit dans cette nécessité réflexive entre le fini et l’infini.
Jean-Paul Gavard-Perret
Meryl Meisler entre humour et familles
Meryl Meisler a grandi à Long Island dans une famille juive loufoque et excentrique.
Elle a créé une chronique pleine d'humour pour souligner l’exubérance joyeuse d’une communauté qui a vécu dans le souvenir des pogroms et de la Shoah.
Parfois elle rejoint sa famille adoptive qui se retrouve derrière les portes du célèbre Studio 54 - night club new-yorkais.
La photographie de famille a marqué l’histoire de la photographie à l'aide d'appareils devenus de simples objets de consommation. D'autres photographes américains en trouvé dans un tel choix le fondement de leurs travaux. Mais elle-même est entrée d'emblée dans le reportage documentaire et la douce et amère chronique du quotidien.
Jean-Paul Gavard-Perret
Maryl Miesler, "Amercan families", Polka Galerie, Paris, du 22 mars au 24 mai 2024.
Nino Herman : méditations photographiques
Les photos de Nino Herman dévoilent une expérience personnelle qui le mènent vers Nataf dans les montagnes de Jérusalem, sur la route sinueuse du pays de Chephirah.
Le paysage change fréquemment selon la lumière, les saisons, la météo. Le photographe décrit souvent un paysage montagneux bordé de pins qui change perpétuellement en ce qui se découvre là où la route est vide, aucune personne ni aucun véhicule n’est en vue et la route serpente là où son fils a été tué dans un accident de voiture.
“La nature tout autour est toujours très présente, apaisante, me connectant au secret de la création, me permettant d’ouvrir un chemin différent vers l’intérieur" écrit l'artiste qui se connecte à la profonde compréhension de la mort et de la vie.
Ce retour à la maison est un voyage initiatique au bord du gouffre, entre frustration et vision aimante. Il n’y a ni chagrin ni joie dans la nature, L’un et l’autre sont présents. La montagne, le ciel et les arbres se mélangent de manière inquiétante et chaotique en une sorte de dialogue avec les regardeurs surpris par ce qui apparaît et surprend.
Jean-Paul Gavard-Perret.
Nino Herman, "Know This, Fragile Time", Artspace Tel Aviv du 28 mars au 20 avril 2024
Annie Leibovitz à l’Académie des beaux-arts
Pour Annie Leibovitz la photographie a toujours eu le pouvoir extraordinaire d’arrêter, de retenir le présent avant qu’il ne devienne le passé.
Selon elle "Avec un appareil on peut retenir les moments évanescents de notre vie, nos enfants qui grandissent et changent si vite, ceux que l’on aime, qui nous enseigne." Son oeuvre garde originale et son accession à l'Académie des beaux-arts est plus que mérité.
Sur le chemin du retour vers les États-Unis, Annie fit une escale à Paris. Elle découvrit les photos d’Henri Cartier-Bresson et éprouva alors la sensation d’être au centre d’une de ces photos. Un sentiment très fort et très fugace, comme elle l’a décrit un jour a ouvert ces “instants décisifs” pour capturer les moments.
Chaque photo a son histoire. Celle-ci mérite d’être contée. Les personnalités ne manquent pas sur sa longue liste de portraits dont Ray Charles, Tina Turner, Bob Dylan, Joan Baez, Norman Mailer, Tennessee Williams, Muhammad Ali, Arnold Schwarzenegger, Bruce Springsteen, Andy Warhol ou Patti Smith.
“En vieillissant dit la créatrice, on sait plus ou moins ce que l’on fait, mais cela ne veut pas dire que nos photos seront meilleures”. “On sait simplement quand on a une bonne photo et quand on n’en a pas”, ajoute-t-elle. Et l'artiste continue une telle voie. Ses photographies s’imposent comme des nécessités.
Jean-Paul Gavard-Perret
Ralph Gibson et Israël
Ralph Gibson a produit plus de 40 monographies et ses photographies font partie de 170 collections de musées à travers le monde et sont apparues dans des centaines d’expositions. Il travaille exclusivement avec des appareils photo Leica depuis près de 60 ans et a reçu de nombreux prix, dont la bourse Guggenheim
Avec Sacred Land, le photographe et le producteur Martin Cohen ont créé une exposition photographique pour capturer l’âme d’Israël ancienne et contemporaine. Jaillit l’humanité fondamentale et les affinités sous-jacentes qui considèrent cette terre comme sacrée.
Tout est dans les détails et les poses franches Les images en leur intimité attirent lieux, choses, personnes, l’instantané et l’éternel. j Ralph Gibson décrit Israël comme « le pays le plus ancien et le plus jeune du monde », entre mythologie et beauté naturelle des détails du paysage. Gibson transmet la complexité et la multiplicité de cette terre sacrée. Et cette exposition projette l’espoir d’un avenir paisible, où tous peuvent trouver la guérison, l’empathie et une compréhension.
Jean-Paul Gavard-Perret
Ralph Gibson : Sacred Land", Heller Museum – Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion, New York, du 19 mars au 8 juillet 2024