À l'origine, l'étude de la Torah se transmettait oralement.
La consignation de la loi orale faisant l'objet d'un interdit indiqué dans la Thora :« Tout ce que je vous prescris, observez-le exactement, sans y rien ajouter, sans en retrancher rien. » Deutéronome 13.1
A la destruction du second Temple en l'an 70 un changement drastique s'opéra au sein des communautés juives devant fuir la Judée, dépossédées de lieu de culte, de leur terre, les communautés s'organisèrent afin de ne pas perdre également les enseignements de la Thora écrite, ainsi sous l'égide de Juda Hanassis la compilation des enseignements donna naissance à la MISCHNA.
Cette crainte de perdre les enseignements face aux nombreux bouleversements de la Judée là ont finalement enfreint l'ordre divin à savoir celui de ne pas consigner la loi orale.
La MISCHNA est la complitation des explications de la Thora écrite réservé à l'élite de la communauté ( les tainaiim) viendra plus tard le Talmud pour les amorims qui est la compilation des explications de la Mischna.
On peut en déduire, à tort ou à raison, que par l'écrit, la parole de la transmission de la Thora fût figée.
On notera également que la tradition juive donne de la valeur à la parole. Ainsi il est dit : tant que les choses ne sont pas dites elles ne peuvent se révéler. Le verbe est créateur.
Cependant une partie de ces communautés résista à cette crainte de voir ces enseignements se perdre par l'exil face à une plus grande crainte celle d'enfreindre l'ordre divin.
Une de ces communautés reconnue par le beth-din d'Israël est constituée des Karaïtes.
Alliance a voulu en savoir plus, sur cette communauté de plus de 150 000 âmes en Israël et reconnue par le Beth-Din d'Israël, nous avons rencontré Benjamin Siahou lui-même Karaïte vivant en France afin de mieux comprendre leur fonctionnement et leurs différences avec le judaisme traditionnel.
Régulièrement nous compléterons ce dossier par de nouvelles questions , comme leur pratique du judaïsme, leurs rites au quotidien, la rencontre avec les Karaïtes en Israël, des temoignages.Ce dossier a pour finalité de mieux connaitre les Karaïtes, leurs rites, combattre les idées reçues, ce n'est pas une secte, comprendre que ceux sont des juifs à part entière.
Claudine Douillet
Beaucoup ne nous connaissent pas ou très mal. Les rabbins orthodoxes considèrent les karaites comme des juifs qui ont fauté et qui sont en contradiction avec le judaïsme traditionnel et originel. Certains pensent même que le judaisme karaite est une secte en voie d'extinction alors que c'est complètement faux!
En fait, Le karaisme est en réalité le fondement du judaïsme originel puisqu'il se base uniquement sur la Torah. C'est écrit explicitement dans la Torah :"Tu n'y ajouteras rien et tu n'en retrancheras rien ". On applique la Torah en l'interprétant littéralement et à la lettre. La pratique religieuse doit se baser sur les paroles de Dieu uniquement sous peine de s'éloigner dangereusement de ses commandements.
Tout juif karaite doit avoir une connaissance pointue de la Torah.
Les karaites refusent le Talmud en tant que loi orale et caractère divin puisqu'il écrit par des hommes donc faillible et l'estiment en contradiction avec la Torah. De la bien-sûr découle des pratiques rituelles juives qui diffèrent du judaïsme rabbinique.
Le judaïsme rabbinique majoritaire aujourd'hui est issu du judaïsme pharisien. Il est important de souligner qu'il n'est en réalité qu'un courant du judaïsme qui a prit le dessus sur les autres courants. Il y avait à l'époque du second temple divers courants du judaïsme dont les sadducéens, les esséniens, les samaritains. Et la loi orale, était loin de faire l'unanimité auprès des juifs.
Alliance - Beaucoup prétendent que les Karaïtes sont une secte et donne pour preuve qu'ils n'ont pas été assassinés par les Nazis car non reconnus comme juifs et de race sémites ?
Les personnes qui prétendent que les Karaïtes appartiennent à une secte en justifiant qu'ils n'ont pas été assassinés par les Nazis car non reconnus comme juifs et de race sémite font une énorme confusion à propos du terme « karaïte »
Je pense qu’il est primordial de souligner qu’il y a deux groupes distincts et séparés qui utilisent tous deux le nom de «karaïtes» . En effet à partir du XIXème siècle, deux groupes totalement distincts existaient. L'unest un mouvement religieux juif tandis que l'autre se prétend être un groupe ethnique tartare-turque avec son propre patrimoine religieux unique et sa propre langue et qui s’est totalement détaché du judaïsme.
Karaïtes et Karaïmes ?
Le premier groupe sont les juifs karaïtes. Ce sont les juifs qui vivent selon les écritures hébraïques sans addition ou soustraction et par conséquent ne reconnaissant pas le Talmud. Du XIXème siècle jusqu’au XXème siècle, les juifs karaïtes étaient localisés dans les pays arabes ( Égypte principalement).
La plupart sont nés juifs karaïtes mais certains sont nés dans des familles juives rabbanites et ont rejoint le courant karaïte par la suite. Aujourd’hui les juifs karaïtes disposent de leur propre Beth Din en Israël et aux Etats Unis et peuvent faire leur Alyah comme tout juif.
Le deuxième groupe sont les karaïtes d’Europe de l’Est ou karaïmes.
A l'origine, les karaïmes étaient juifs et descendaient vraisemblablement des juifs karaïtes mais ils ont décidé quitté le judaïsme à la fin du 19eme siècle. Quand ils se sont éloignés du judaïsme karaïte , ils ont quand même conservé le nom «karaïte» pour se définir.
Ils font la distinction entre la notion de peuple et religion alors que les juifs karaïtes ne la font pas tout comme les juifs rabbanites. Cependant quelques petites communautés juives karaïtes pouvaient certainement habiter dans les pays de l’Est.
Aujourd’hui les karaïmes n‘ont plus de rapport avec les karaïtes. Ils ne sont pas éligibles pour l’alyah. Par exemple, lors de l’émigration des juifs d’Égypte en terre d’Israël dans les années 50.
Le gouvernement d'Israël a d’ailleurs surveillé qu’aucun karaïme ne pouvait immigrer en Israël parmi les juifs karaïtes. Aujourd'hui, Ils ne sont bien évidemment pas reconnus par notre Beth Din.
Comme vous l’avez mentionné dans votre question, ce sont donc les karaïmes qui ont pu en grand nombre éviter l’extermination. Pendant la période nazi, la question raciale se posait inévitablement au sujet des karaimes pour les nazis puisque leurs pratiques religieuses étaient très proches du judaïsme mais en même temps ils ne se définissaient pas comme juifs.
Il est vrai que de nombreux karaimes ont pu être sauvés grâce à la coopération des autorités rabbiniques qui ont accepté de témoigner devant les autorités nazis que les karaïmes n’étaient pas juifs.
Dans l’autre sens, les karaïmes ont aussi fourni de faux certificats afin de sauver des rabbanites de la déportation. Mais il ne faut pas oublier que dans certaines régions d’Europe de l’Est, il n’y avait pas de différences entre rabbanites et karaimes et l’extermination était inévitable. Les massacres en Ukraine en attestent.
En résumé, tandis que les karaïtes du monde arabe sont reconnus fondamentalement comme juifs, les karaïmes d’Europe de l’Est sont devenus indépendants du judaïsme...
Les karaïmes ont bien sur gardé des liens communs avec le judaïsme karaïte et des relations s’entretenaient autrefois avec les autorités juives karaïtes de l’époque mais la scission identitaire fut définitive.
La plus ancienne synagogue de Jérusalem est karaïte.
Il est donc très facile de reconsidérer la judéité des karaïtes à partir du moment où on a conscience qu’il y a deux groupes distincts. Malheureusement comme je vous l’ai dit, beaucoup connaissent peu ou très mal les juifs karaïtes et la confusion est souvent faite avec les karaïmes.
Les karaïtes venant du monde arabe n’ont jamais cessé de se définir comme juifs et sont même les premiers sionistes de l’histoire du judaïsme .D'ailleurs la plus ancienne synagogue de Jérusalem est karaïte.
Les juifs karaites ont beaucoup souffert de persécutions dans les pays arabes au même titre que les juifs séfarades lors de la création de l’Etat d’Israël. D’ailleurs il y a trois jours, le 20 juin 2013, c’était 65ème anniversaire du drame qui heurta profondément la communauté karaïte du Caire, une bombe explosa en plein du cœur du quartier karaïte le 20 juin 1948 soit quelques mois après la création de l’état d’Israël. Elle tua 22 juifs et en blessa 41 autres.
Ce drame marqua le début d’une importante série d'attaques à l'encontre de la communauté juive du pays et précipita l’émigration des juifs d’Égypte. Le journal Haaretz a d’ailleurs écrit un article sur le drame il y a trois jours.
Selon moi, Le judaïsme karaïte ne peut certainement pas être qualifié de secte bien au contraire, puisque l’un des principes fondamentaux du karaïsme est de privilégier l’étude personnelle de la Torah et de ne placer que très peu d’intermédiaire entre le fidèle et Dieu comme c’est écrit dans la Torah. Il n’y a pas de chef spirituel.
N.B :Szyszman et Firkowitch sont tout deux des auteurs karaïmes et non pas karaïtes.
Prochaine partie de ce dossier :
La pratique du judaïsme chez les Karaïtes