GENEVE - Les exigences occidentales, formulées plus clairement que jamais par le président français François Hollande, accentuent la pression sur l'Iran avant la reprise des discussions nucléaires, mercredi à Genève.
Après une décennie de controverses et de tension, l'enjeu de cette réunion, la troisième en cinq semaines, est de commencer à mettre fin aux soupçons sur les efforts nucléaires de Téhéran, qui assure que son programme est uniquement civil, mais qui est soupçonné de vouloir se doter de l'arme atomique.
En visite en Israël -un Etat farouchement opposé à l'allègement des sanctions contre l'Iran-, M. Hollande a détaillé quatre demandes précises :Première exigence: mettre l'intégralité des installations nucléaires iraniennes sous contrôle international, dès à présent. Deuxième point: suspendre l'enrichissement (d'uranium) à 20%. Troisième exigence: réduire le stock existant. Et enfin, arrêter la construction de la centrale d'Arak, conçue pour produire du plutonium, une alternative à l'uranium hautement enrichi pour composer une bombe.
Ces attentes étaient peu ou prou connues. La nouveauté réside dans le niveau de détail auquel elles sont formulées, et le fait qu'elles aient été énoncées au plus haut niveau, celui d'un chef d'Etat des Six, ou 5+1 (Allemagne, Chine, France, Etats-Unis, Royaume-Uni et Russie) qui négocient avec la République islamique.
La semaine dernière, déjà à Genève, l'accord espéré s'était évanoui après trois jours d'intenses négociations, après notamment des objections de la France.
Des responsables américains, européens et russes ont depuis affirmé qu'un accord intérimaire portant sur le gel en l'état des activités nucléaires de l'Iran, en échange d'un assouplissement limité des sanctions qui asphyxient son économie, était cette fois à portée de main.
Mais Téhéran a estimé dimanche, avant même les déclarations de M. Hollande, que les négociations s'annonçaient difficiles.
En particulier, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a répété que le droit de l'Iran à l'enrichissement d'uranium n'était pas négociable. La suspension totale de l'enrichissement est notre ligne rouge, a-t-il martelé, et nous ne la franchirons pas.
Un nouvel échec renforcerait, dans chaque camp, les adversaires résolus d'un accord.
Le président iranien Hassan Rohani, dont l'entrée en fonctions en août a redonné de l'élan aux discussions, risque de perdre le soutien du chef suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, si son offensive de charme diplomatique envers l'Occident ne porte pas ses fruits rapidement.
L'absence d'accord, ou la conclusion d'un accord jugé trop complaisant envers l'Iran, compliquerait aussi la tâche du président américain Barack Obama, qui veut dissuader le Congrès de durcir encore les sanctions contre Téhéran.
En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu mène campagne contre les négociations, et accuse le secrétaire d'Etat américain John Kerry de vouloir conclure à tout prix un très mauvais accord.
M. Kerry a annoncé qu'il irait en Israël vendredi, dans la foulée de la réunion de Genève.
Mieux vaut un bon accord qu'un mauvais, là-dessus nous nous entendons, a déclaré pour sa part François Hollande dimanche à M. Netanyahu. Le chef d'Etat français paraît, à ce stade, exprimer la synthèse de la position des Six, qui attendent encore d'être convaincus de la réalité des intentions iraniennes.
Les promesses de l'Iran sur le caractère pacifique de son programme nucléaire ont contrasté jusqu'à présent avec l'augmentation continue de ses capacités, notamment le nombre de centrifugeuses qui permettent d'enrichir l'uranium. Les travaux de construction du réacteur d'Arak, dont l'Iran espère une mise en service en 2014, nourrissent aussi des inquiétudes.
Les diplomates prudemment optimistes
Les discussions de cette semaine auront pour objet une entente appelée intérimaire. En cas d'accord, l'Iran cesserait d'enrichir son uranium au taux dit intermédiaire de 20%, réduirait son stock d'uranium, et interromprait les travaux de construction d'Arak.
Téhéran obtiendrait en échange un début d'allègement des sanctions internationales qui étranglent son économie.
Selon un haut responsable américain, près de 100 milliards de dollars de revenus issus des ventes de pétrole iranien sont actuellement gelés dans des comptes en banque à travers le monde. La baisse des exportations de brut depuis 2011 coûterait en outre au pays, de même source, jusqu'à 5 milliards de dollars par mois.
Pendant cette première phase de quelques mois, un accord définitif serait négocié, à l'issue duquel la taille du programme iranien serait réduite de façon permanente, et les sanctions annulées.