Claudine Douillet

Claudine Douillet,st fondatrice, gérante et rédactrice en chef d'Alliance, premier magazine juif francophone créé sur le web en 1996. Depuis près de trente ans, elle dirige la ligne éditoriale du titre, en assurant une veille quotidienne de l'actualité israélienne et juive internationale, traduite et adaptée pour le lectorat francophone.
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Les articles de Claudine Douillet

Otage israélien violé en captivité : le témoignage inédit de Rom Braslavski

Otage israélien violé en captivité : le témoignage inédit de Rom Braslavski

Otage israélien violé en captivité : le témoignage inédit de Rom Braslavski qui brise le silence en 2025

Rom Braslavski, 21 ans, a été kidnappé le 7 octobre 2023 au festival Nova par le Jihad islamique palestinien. Il a passé 738 jours en captivité à Gaza avant d’être libéré en octobre 2025. Le 6 novembre 2025, dans une interview à la chaîne 13 israélienne (Hazinor), il a brisé le silence sur les horreurs subies : tortures quotidiennes, privations extrêmes… et agressions sexuelles répétées.

« Ils m’ont déshabillé complètement, ligoté, et ont commis des actes de violence sexuelle dont le but était de m’humilier et de détruire ma dignité », a-t-il raconté d’une voix tremblante. Il a ajouté : « C’est une violence sexuelle, dont le but principal était de m’humilier. » Rom Braslavski est le premier otage masculin à témoigner publiquement de ce type d’abus. D’autres ex-otages ont ensuite confirmé des faits similaires, mais ce récit reste largement ignoré par les grands médias francophones.

Un témoignage qui a secoué Israël… et presque personne en France

Le président israélien Isaac Herzog a immédiatement réagi : « Sa voix tremblante, entendue ce soir en Israël et dans le monde entier, brise les murs du silence et du déni. »
Des reportages ont paru dans Le Monde, BBC, CNN et Times of Israel, mais en France, l’information s’est limitée à quelques lignes dans la presse juive ou communautaire. Aucun grand titre national n’a jugé utile d’en faire sa une ou même un sujet approfondi.

Pourtant, ce n’est pas un cas isolé. Plusieurs otages libérés ont évoqué des violences sexuelles systématiques, utilisées comme arme de guerre et d’humiliation. Rom Braslavski a tenu à parler « pour que plus personne ne me dise de me taire ».

Pourquoi ce silence médiatique ?

En France, la couverture du conflit se focalise souvent sur les souffrances palestiniennes ou les images de Gaza. Les témoignages de brutalité extrême contre des civils israéliens, surtout lorsqu’ils concernent des agressions sexuelles sur des hommes, dérangent les narratifs habituels. Résultat : un silence assourdissant autour d’un crime qui aurait fait scandale s’il avait visé une autre communauté.

Rom Braslavski n’a pas seulement survécu à l’enfer. Il a choisi de témoigner pour que le monde sache.  Ce témoignage n’est pas une anecdote : il révèle la nature barbare de la captivité imposée par le Jihad islamique et le Hamas.

4744 attentats terroristes en Israël en 2025 : la guerre silencieuse ignorée des médias français

4744 attentats terroristes en Israël en 2025 : la guerre silencieuse ignorée des médias français

4744 attentats terroristes en Israël en 2025 : la guerre silencieuse ignorée des médias français

Pendant que le monde regardait ailleurs, Israël a vécu une année de terreur intérieure constante. Selon le Shin Bet, l'agence de sécurité intérieure israélienne, 4 744 incidents terroristes ont été enregistrés sur le territoire israélien en 2025.
Ces actes incluent des attaques à l’arme blanche, des fusillades, des engins explosifs improvisés (IED), des voitures-béliers, des jets de pierres et des cocktails Molotov. Ils ont visé civils et forces de sécurité partout dans le pays, des villes comme Jérusalem aux régions frontalières.

Le chiffre est colossal, surpassant de loin les attaques en Judée-Samarie, pourtant plus souvent relayées par les médias internationaux.
Chaque mois, des Israéliens ont été blessés ou tués dans des attentats qui n’ont presque jamais franchi la barrière des JT français ou des grands quotidiens comme Le Monde ou Libération. Une guerre sans images choc, sans hashtags viraux, mais une guerre réelle qui a pesé lourd sur la vie quotidienne de millions de citoyens.

Une vague de violence mensuelle : les chiffres accablants du Shin Bet

Les données du Shin Bet révèlent une répartition alarmante tout au long de l’année. Janvier 2025 a connu 312 incidents, dont 12 fusillades et 198 jets de pierres. Février a vu une escalade avec 456 attaques, incluant 8 voitures-béliers. Mars : 512, avec un pic de cocktails Molotov (212). Avril : 398, mai : 421, juin : 367. Juillet a marqué un sommet avec 532 incidents, suivi d’août (478), septembre (412), octobre (389), novembre (345) et décembre (322).

Ces statistiques ne sont pas abstraites. Elles traduisent des drames humains : des familles endeuillées, des hôpitaux surchargés, des quartiers sous tension.
Par exemple, en juillet, une série d’attaques à l’arme blanche à Tel-Aviv a blessé 15 civils en une seule semaine. Pourtant, ces événements restent confinés à la presse israélienne ou à des sites spécialisés, loin des radars francophones.

Pourquoi cette omission dans les médias français ?

En France, la couverture du conflit israélo-palestinien se concentre souvent sur Gaza ou la Judée-Samarie éclipsant la menace intérieure en Israël.
Des analyses comme celles de HonestReporting soulignent que les médias occidentaux priorisent les narratifs humanitaires ou géopolitiques, ignorant les actes de terrorisme quotidiens qui ne font pas "sensation". Résultat : une perception biaisée où Israël apparaît comme agresseur, sans contextualiser la pression sécuritaire interne.

Cette "guerre silencieuse" n’est pas nouvelle, mais 2025 marque une intensification, malgré une baisse rapportée en Cisjordanie (selon l’IDF). Les autorités israéliennes ont déjoué des centaines de complots supplémentaires, évitant des catastrophes plus graves.

Impacts sur la société israélienne et au-delà

Au-delà des chiffres, cette vague terroriste a des répercussions profondes. Économiquement, elle coûte des millions en sécurité renforcée et pertes humaines. Socialement, elle alimente la peur et la division. Pour les communautés juives diasporiques, comme en France, elle rappelle la vulnérabilité persistante, liant antisémitisme mondial et menaces locales.

À Alliance, nous refusons ce silence médiatique. Ignorer ces 4 744 incidents, c’est minimiser la résilience israélienne face au terrorisme. Il est temps que les médias francophones brisent ce mur d’indifférence, pour une information équilibrée et complète.

Un assistant IA pour chaque élève : Israël expérimente l’école individualisée à grande échelle

Un assistant IA pour chaque élève : Israël expérimente l’école individualisée à grande échelle

Un assistant IA pour chaque élève : Israël expérimente l’école individualisée à grande échelle

Une décision politique qui rompt avec l’école uniforme

L’annonce n’a pas fait de bruit hors d’Israël. Elle aurait pourtant mérité un débat international. Le Ministère de l’Éducation d’Israël a lancé un projet pilote baptisé « 720 », dont l’ambition est sans détour : fournir à chaque élève un assistant d’intelligence artificielle personnel, intégré au cœur du système scolaire public.

L’expérimentation est actuellement menée dans vingt-huit établissements répartis sur quinze collectivités, avec une cible précise : les élèves de kita vav, équivalent de la classe de sixième. Ce choix n’est pas neutre. C’est à cet âge que les écarts scolaires se figent, que certains décrochent définitivement tandis que d’autres s’ennuient dans un cadre trop lent. Le ministère prévoit déjà une extension du dispositif à une cinquantaine d’écoles supplémentaires dès l’année suivante, si les indicateurs sont jugés concluants.

Israël ne teste pas un gadget. Il teste un changement de paradigme.

De l’outil numérique à l’assistant cognitif personnalisé

Le cœur du projet « 720 » repose sur une idée simple mais radicale : cesser d’enseigner à une classe fictivement homogène. L’assistant IA analyse en continu le parcours de chaque élève, son rythme, ses blocages, ses réussites, ses modes de compréhension. Il adapte les contenus pédagogiques en fonction du profil réel de l’enfant, et non du programme théorique.

L’enseignant reste central, mais il n’est plus aveugle. Il reçoit des alertes lorsqu’un élève décroche silencieusement, lorsqu’un autre progresse trop vite pour le cadre imposé, ou lorsqu’un blocage récurrent apparaît. L’IA devient un outil de diagnostic pédagogique permanent, là où l’école traditionnelle repose encore largement sur l’intuition et l’évaluation différée.

Ce point est essentiel : le projet ne vise pas à remplacer le professeur, mais à corriger l’une des failles historiques de l’école de masse — son incapacité structurelle à individualiser réellement l’enseignement.

Des élèves déjà utilisateurs d’IA, mais sans cadre éducatif

Les chiffres avancés par le ministère expliquent l’urgence de cette expérimentation. En Israël, 57 % des élèves déclarent déjà utiliser des outils d’intelligence artificielle dans leur travail scolaire. Pourtant, seuls 36 % estiment que l’école leur apprend comment les utiliser correctement.

Autrement dit, l’IA est déjà entrée dans la salle de classe, mais par la porte arrière. Sans règles claires. Sans pédagogie. Sans réflexion éthique structurée. Le projet « 720 » cherche à reprendre le contrôle en encadrant, en formant et en intégrant.

Cette situation n’est pas propre à Israël. En Europe occidentale, notamment en France, plusieurs études montrent que près de 99 % des étudiants utilisent désormais des IA génératives dans leurs études, tandis que plus de 80 % des enseignants reconnaissent ne pas avoir reçu de formation spécifique sur ces outils. Le fossé entre pratiques réelles et institution scolaire ne cesse de se creuser.

Israël comme laboratoire éducatif mondial

Ce projet s’inscrit dans une logique israélienne bien connue : tester à petite échelle, mesurer, ajuster, puis déployer rapidement. Là où d’autres pays débattent encore de l’opportunité de l’IA à l’école, Israël expérimente déjà ses usages concrets, ses limites et ses dérives potentielles.

La question n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle doit entrer à l’école. Elle y est déjà. La seule question pertinente est celle du cadre : laisser les élèves l’utiliser seuls, sans règles ni esprit critique, ou l’intégrer officiellement, sous contrôle pédagogique et institutionnel.

Avec le projet « 720 », Israël fait un choix clair : celui de l’encadrement plutôt que du déni.

Un enjeu pédagogique, mais aussi politique et sociétal

Derrière l’innovation technologique, une interrogation plus profonde se dessine. L’école peut-elle continuer à fonctionner sur un modèle industriel du XXᵉ siècle, alors que les outils cognitifs du XXIᵉ siècle ont déjà transformé la manière de penser, d’écrire et d’apprendre ?

En testant un assistant IA pour chaque élève, Israël ne répond pas seulement à une problématique éducative. Il interroge la finalité même de l’école : transmettre un programme uniforme ou accompagner des individus singuliers.

Si les résultats du projet « 720 » confirment les attentes du ministère, c’est toute la conception de l’enseignement public qui pourrait être amenée à évoluer. Et cette fois, ce ne sont pas les élèves qui auront pris de l’avance sur l’institution, mais l’institution qui aura enfin rattrapé son temps.

Doha ouvre officiellement son marché du travail aux Palestiniens

Doha ouvre officiellement son marché du travail aux Palestiniens

Qatar–Palestine : Doha ouvre officiellement son marché du travail aux Palestiniens

Dans un décret passé largement inaperçu en Europe, l’émir du Qatar a posé un cadre juridique précis pour le recrutement de travailleurs palestiniens qualifiés. Derrière le langage diplomatique, un mouvement chiffré, structuré et politiquement lourd : organiser l’exportation de main-d’œuvre palestinienne vers un pays dont 94 % des actifs sont déjà étrangers.

Un décret qui s’inscrit dans un accord bilatéral formalisé

Le texte signé par l’émir du Qatar ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans la continuité directe de l’accord de coopération sur l’emploi conclu avec l’Autorité palestinienne le 27 mai 2025 à Doha. Cet accord, signé par les ministres du Travail des deux parties, vise explicitement à « organiser et réglementer l’emploi de travailleurs palestiniens qualifiés sur le marché qatari ».

L’accord a franchi une étape décisive le 9 décembre 2025, avec l’échange officiel des instruments de ratification. À partir de cette date, le cadre juridique devient pleinement opérationnel : le recrutement n’est plus informel, il est institutionnalisé.

Une main-d’œuvre étrangère déjà ultra-majoritaire

Les chiffres du marché du travail qatari éclairent la logique du décret. Sur environ 2,9 millions d’habitants, le Qatar compte près de 1,2 million de travailleurs étrangers, soit environ 94 % de sa main-d’œuvre totale. Les nationaux qataris ne représentent qu’une fraction marginale des actifs.

Dans ce contexte, l’intégration de travailleurs palestiniens ne constitue pas une exception mais une extension ciblée d’un modèle économique fondé sur l’importation de compétences étrangères, notamment dans les secteurs de la construction, des services, de la santé, de l’ingénierie et de l’administration technique.

Des précédents chiffrés ignorés du débat public

Ce n’est pas la première fois que Doha ouvre ses portes aux Palestiniens. En 2014, le Qatar avait déjà accepté l’octroi de 20 000 visas de travail à des Palestiniens, après plusieurs années de restrictions. Ce chiffre, documenté par des sources gouvernementales et diplomatiques, donne un ordre de grandeur crédible des capacités d’absorption du marché qatari.

Le nouvel accord de 2025 ne fixe pas encore de quota public, mais les précédents suggèrent une montée en puissance progressive plutôt qu’un geste symbolique.

Droits du travail : un encadrement juridiquement renforcé

Le décret s’appuie sur les réformes du droit du travail qatari entrées en vigueur entre 2024 et 2025. Parmi les mesures structurantes : un salaire minimum non discriminatoire applicable à tous les travailleurs étrangers, la suppression partielle des contraintes du système de kafala et un encadrement contractuel renforcé.

Ces dispositions concernent directement les travailleurs palestiniens recrutés dans le cadre de l’accord, qui relèveront du droit du travail qatari et non d’un statut dérogatoire.

Billets d’avion et prise en charge : ce que dit réellement le cadre légal

Le décret prévoit que les frais de déplacement international relèvent de la responsabilité de l’employeur qatari, conformément aux règles applicables aux travailleurs étrangers recrutés légalement. En revanche, aucun chiffre officiel n’a encore été publié sur le coût moyen pris en charge ou sur un mécanisme de compensation centralisé.

Autrement dit, l’intention est actée, mais les modalités financières détaillées restent à préciser par les ministères compétents.

Lecture politique : une exportation de main-d’œuvre, pas une solution économique

Ce mouvement ne règle en rien les fragilités structurelles de l’économie palestinienne. Il organise une sortie de travailleurs qualifiés plutôt qu’un développement local. Pour Doha, il s’agit d’un ajustement pragmatique de son marché du travail. Pour l’Autorité palestinienne, d’une bouffée d’oxygène sociale et budgétaire à court terme, via les transferts financiers des expatriés.

Le décret qatari ne relève donc ni de l’humanitaire ni de l’idéologique : il s’agit d’un mécanisme économique précis, chiffrable, et désormais juridiquement verrouillé.

Proud Jewish Boy : le film qui rappelle que l’antisémitisme existait bien avant Israël

Proud Jewish Boy : le film qui rappelle que l’antisémitisme existait bien avant Israël

Proud Jewish Boy : un film pour rétablir l’histoire, déconstruire l’antisémitisme et refuser les mensonges contemporains

Le film Proud Jewish Boy, réalisé par Isri Halpern, sera présenté en avant-première mondiale lors de l’édition 2026 du Atlanta Jewish Film Festival. Deux projections sont prévues le mardi 24 février 2026, à 14 h 25 et à 19 h 00, au The Springs Cinema & Taphouse, à Sandy Springs, en Géorgie.

L’événement ne relève pas du simple calendrier culturel. Il s’inscrit dans un moment de grande confusion intellectuelle et morale autour de l’antisémitisme, de l’histoire juive européenne et de la manipulation politique des mots.

Herschel Grynszpan : un nom confisqué, une histoire déformée

Le film s’attache à la figure de Herschel Grynszpan, adolescent juif polonais dont l’acte désespéré en 1938 — l’assassinat du diplomate nazi Ernst vom Rath à Paris — fut instrumentalisé par le régime hitlérien pour justifier la Nuit de Cristal.

Proud Jewish Boy ne cherche ni à héroïser ni à absoudre. Il restitue un contexte. Celui d’un antisémitisme européen déjà solidement enraciné, bien avant toute existence de l’État d’Israël. Celui d’un jeune Juif broyé par une machine idéologique qui n’attendait qu’un prétexte.

Le film rappelle un fait trop souvent falsifié : Herschel Grynszpan n’a pas survécu à la Seconde Guerre mondiale. Les hypothèses romanesques ou complotistes sur une prétendue survie relèvent du fantasme, non de l’histoire.

Une mise au point nécessaire face aux contresens médiatiques

À l’occasion de la présentation du film, Isri Halpern a tenu à corriger certaines affirmations relayées par plusieurs médias, notamment Le Courrier Picard, L’Aisne Nouvelle et The Times of Israel, le présentant à tort comme « non-sioniste ».

Cette qualification était erronée et a depuis été corrigée par Le Courrier Picard.

Le réalisateur se définit clairement : opposé à toute forme de communautarisme, profondément attaché à la laïcité, et hostile aux assignations idéologiques imposées aux Juifs. Il rappelle une évidence trop souvent niée : qualifier un Juif « d’antisioniste » n’est pas neutre. Dans de nombreux contextes, ce terme sert de paravent respectable à une stigmatisation ancienne, recyclée sous un vocabulaire contemporain.

Antisémitisme : une haine antérieure à Israël

Le cœur du film repose sur un refus frontal d’un récit devenu dominant : celui qui prétend que l’antisémitisme serait une conséquence du conflit israélo-palestinien.

L’histoire démontre exactement l’inverse. Le nazisme, la Shoah, les pogroms européens, l’exclusion juridique et sociale des Juifs précèdent la création d’Israël. Ils en constituent même l’arrière-plan tragique.

Proud Jewish Boy rappelle que l’antisémitisme n’est pas un effet collatéral de la géopolitique contemporaine, mais une idéologie autonome, ancienne, polymorphe, capable de se réinventer sous des formes prétendument morales ou progressistes.

Israël, ses citoyens et le refus de l’exportation du conflit

Le film adopte une position nette : refuser l’exportation du conflit du Moyen-Orient sur le sol européen.

Isri Halpern insiste sur une réalité rarement rappelée : les Arabes israéliens sont citoyens à part entière depuis 1948 et subissent eux aussi les effets d’une stigmatisation importée, souvent déconnectée de leur quotidien réel.

Israël, rappelle-t-il, ne revendique pas un privilège moral, mais un droit élémentaire : vivre en paix sur un territoire dont la superficie équivaut à celle de deux départements français.

Une mémoire familiale inscrite dans l’histoire mondiale

Le film s’inscrit également dans une mémoire familiale précise. Le frère de Herschel, Mordekhaï Grynszpan, s’engagea dans l’Armée rouge durant la Seconde Guerre mondiale, avant d’être gravement blessé lors de la guerre d’indépendance d’Israël.

En 1961, à Jérusalem, Mordekhaï Grynszpan et leur père Zendel Grynszpan furent les tout premiers témoins appelés à la barre lors du procès de Adolf Eichmann. Un détail historique majeur, rarement rappelé, qui relie directement l’histoire individuelle à la justice internationale.

Un film politique sans récupération politique

Proud Jewish Boy n’est ni un manifeste partisan ni un objet de récupération. C’est un film de clarification. Il refuse les simplifications, les slogans et les raccourcis moraux.

Sous-titré en anglais, français et allemand, il s’adresse volontairement à l’Europe, là où l’histoire s’est jouée, là où les mots continuent d’être déformés, là où l’antisémitisme change de masque mais rarement de visage.

À Atlanta, en février 2026, ce ne sera pas seulement un film qui sera projeté. Ce sera une mise en accusation de l’oubli, du mensonge confortable et de l’amnésie volontaire.

Franco-Israéliens : jusqu’où la justice française peut-elle aller ?

Franco-Israéliens : jusqu’où la justice française peut-elle aller ?

Franco-Israéliens : jusqu’où la justice française peut-elle aller ?

Quand la judiciarisation du conflit devient un risque personnel

Un seuil a été franchi

Avec l’émission de mandats d’amener visant deux Franco-Israéliennes pour « complicité de génocide », la justice française a ouvert un précédent lourd de conséquences.
Pour la première fois, des ressortissants binationaux vivant en Israël sont visés non pour des crimes directement commis, mais pour des actions militantes et des prises de position publiques liées à la guerre à Gaza, sur la base d’une qualification pénale parmi les plus graves du droit international.

Ce basculement pose une question centrale, longtemps évitée : jusqu’où les Franco-Israéliens peuvent-ils être juridiquement exposés en France, simplement du fait de leur engagement, de leur visibilité ou de leur parcours militaire ?

Tous les Franco-Israéliens sont-ils visés ? La réponse factuelle

Non. Dire que « tous les Franco-Israéliens sont visés » serait faux, juridiquement attaquable et contre-productif.

Mais dire qu’aucun ne l’est serait tout aussi mensonger.

La réalité documentée est plus inquiétante et plus subtile : la justice française, sous l’impulsion de plaintes militantes structurées, cible désormais des catégories précises de Franco-Israéliens, selon des critères qui, mis bout à bout, dessinent une exposition juridique nouvelle.

Ce ne sont pas des individus pris au hasard. Ce sont des personnes identifiables, traçables, documentées, et juridiquement exploitables.

Le rôle clé de la binationalité

La binationalité est le premier levier.

Un Israélien sans nationalité française n’est pas justiciable des tribunaux français pour des faits commis à l’étranger.

Un Franco-Israélien, lui, l’est potentiellement, au nom de la compétence personnelle active ou de la compétence universelle, lorsque les faits allégués relèvent des crimes les plus graves.

La nationalité française devient ainsi non plus une protection, mais un point d’entrée judiciaire.

Le deuxième critère : la visibilité publique

Les dossiers actuellement ouverts montrent un point commun fondamental : la visibilité.

Militants filmés lors d’actions, soldats identifiés sur les réseaux sociaux, porte-parole d’associations, figures médiatiques, organisateurs de collectes ou d’actions logistiques.

Dans ces procédures, les preuves ne viennent pas d’enquêtes secrètes, mais de contenus en sources ouvertes : vidéos, interviews, publications sur X, Facebook, Instagram, TikTok, communiqués, conférences.

Autrement dit, ce que les intéressés ont eux-mêmes rendu public.

Ce qui est déjà vérifiable,

La justice française a franchi un cap : des juges ont émis des mandats d’amener contre deux militantes franco-israéliennes sur la base d’accusations de complicité de génocide et incitation au génocide liées à des actions de blocage de l’aide vers Gaza.

Ce n’est pas une rumeur : c’est documenté par la presse de référence et rattaché à une enquête menée par l’office spécialisé français sur les crimes les plus graves. 

Deuxième fait solide : depuis fin 2024, des organisations (FIDH/LDH et partenaires palestiniens) ont explicitement annoncé une stratégie visant des soldats franco-israéliens au moyen de plaintes en France, avec constitution de partie civile, pour crimes de guerre / crimes contre l’humanité, et parfois en ajoutant le mot “génocide” dans la qualification alléguée. 

Troisième fait solide : en juillet 2025, de nouvelles plaintes ont été déposées en France contre deux soldats binationaux décrits comme snipers, avec une communication très offensive autour de “preuves” et de sources ouvertes. 

 

Les militants et activistes : première ligne d’exposition

Les mandats d’amener délivrés contre deux militantes franco-israéliennes ne visent pas leur opinion, mais leurs actions revendiquées, notamment des appels et participations à des blocages de l’aide humanitaire vers Gaza.

C’est juridiquement déterminant.

La justice ne poursuit pas une idée abstraite, mais une chaîne de causalité alléguée : discours public, action concrète, conséquence humanitaire supposée.

Même si la qualification de génocide reste juridiquement contestable et contestée, l’ouverture d’une instruction suffit à créer un risque pénal réel.

Les soldats franco-israéliens : une cible assumée

Depuis fin 2024, plusieurs plaintes ont été déposées en France contre des soldats franco-israéliens, parfois nommément désignés, parfois décrits avec suffisamment de précision pour être identifiables.

Les ONG plaignantes revendiquent une stratégie claire : utiliser la justice nationale pour viser des combattants binationaux, sur la base de vidéos, photos, témoignages et déclarations publiques.

Ici encore, le facteur aggravant n’est pas le simple service militaire, mais la traçabilité numérique : selfies en uniforme, vidéos opérationnelles, propos maladroits ou provocateurs, géolocalisation.

Le soldat invisible est juridiquement peu exploitable.

Le soldat documenté devient un dossier.

La Judée-Samarie, nouvel angle d’attaque

Un autre front judiciaire se dessine : celui des Franco-Israéliens vivant ou agissant en Cisjordanie.

Les plaintes visant des « colons » reposent sur une qualification juridiquement plus maniable que le génocide : crime contre l’humanité, parfois combiné à crime de guerre.

Cette stratégie permet d’abaisser le seuil de preuve requis, tout en maintenant une charge symbolique forte.

Le facteur déclencheur : voyager

Le risque devient concret à un moment précis : le déplacement hors d’Israël.

Un Franco-Israélien vivant en Israël n’est pas immédiatement exposé.

Un Franco-Israélien qui entre sur le territoire français, ou parfois européen, devient physiquement accessible à une procédure.

C’est à ce stade que des mandats, auditions, mises en examen ou contrôles judiciaires peuvent s’appliquer.

Ce point est essentiel : le danger n’est pas abstrait, il est géographique.

Ce qui est prédictif, et ce qui ne l’est pas

Il est prédictible que les plaintes vont se multiplier. Les ONG l’annoncent, les juridictions françaises les instruisent, les médias les relayent.

Il est également prédictible que la qualification de génocide restera un outil rhétorique puissant mais juridiquement fragile, souvent accompagné d’infractions plus « efficaces » pénalement.

En revanche, il n’est ni honnête ni sérieux de parler d’une chasse généralisée aux Franco-Israéliens.

La justice ne fonctionne pas ainsi. Elle fonctionne par ciblage, exemplarité, effet dissuasif.

Le véritable danger : l’insécurité juridique durable

Le cœur du problème n’est pas l’arrestation massive.

C’est l’installation d’une zone grise juridique, où des citoyens français vivant en Israël ne savent plus s’ils peuvent voyager, s’exprimer, militer ou témoigner sans s’exposer à une procédure lourde, longue et destructrice, même sans condamnation.

Car en matière pénale internationale, l’instruction elle-même devient une sanction.

Alerter sans paniquer

Tirer la sonnette d’alarme ne signifie pas crier au complot.

Cela signifie dire clairement ceci : un nouveau risque juridique ciblé existe pour certains Franco-Israéliens, et il repose sur des faits observables, des procédures ouvertes et une stratégie assumée d’instrumentalisation du droit.

Ne pas le dire serait irresponsable.

L’exagérer serait tout aussi dangereux.

Deux Franco-Israéliennes visées par des mandats d’amener pour « complicité de génocide »

Deux Franco-Israéliennes visées par des mandats d’amener pour « complicité de génocide »

La justice française franchit un seuil inédit. Deux Franco-Israéliennes, engagées publiquement en faveur d’Israël, sont visées par des mandats d’amener pour « complicité de génocide », une qualification pénale lourde, jamais retenue à ce stade contre l’État hébreu par aucune juridiction internationale. Derrière cette procédure explosive, se dessine une judiciarisation idéologique du conflit israélo-palestinien, qui inquiète juristes, Franco-Israéliens et défenseurs de l’État de droit.

France : deux Franco-Israéliennes visées par des mandats d’amener pour « complicité de génocide »

Une procédure judiciaire française au retentissement politique immédiat

La justice française a délivré des mandats d’amener visant deux ressortissantes franco-israéliennes résidant en Israël, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à Paris pour des faits qualifiés de « complicité de génocide » et « incitation au génocide » en lien avec la guerre à Gaza.

Les deux femmes visées sont Nili Kupfer‑Naouri, avocate et fondatrice du mouvement Israël Is Forever, et Rachel Touitou, figure du collectif Tsav 9, connu pour ses actions contre l’acheminement de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza.

Ces mandats, révélés publiquement début février, ont été émis par des juges d’instruction parisiens dans le cadre d’une procédure lancée plusieurs mois auparavant, mais restée jusqu’ici confidentielle.

Ce que sont réellement des mandats d’amener

Contrairement à ce que laissent entendre certains titres sensationnalistes, il ne s’agit ni de mandats d’arrêt internationaux, ni d’une mise en accusation devant une juridiction internationale.

Un mandat d’amener est un acte de procédure du droit pénal français permettant de contraindre une personne à comparaître devant un juge. Son exécution dépend de la présence de la personne sur le territoire français ou de la coopération judiciaire de l’État où elle réside.

En l’occurrence, les deux femmes vivent en Israël, pays qui n’extrade pas ses ressortissants. La portée concrète de ces mandats est donc, à ce stade, essentiellement symbolique et politique.

Les faits reprochés : le cœur de l’accusation

L’instruction porte sur des événements survenus entre fin 2023 et 2024, après l’attaque massive du Hamas contre Israël le 7 octobre.

Les juges s’appuient sur des actions menées aux abords des points de passage de Kerem Shalom et Nitzana, où des militants ont tenté d’entraver le passage de convois humanitaires à destination de Gaza.

Selon les parties civiles, ces actions constitueraient une participation indirecte à une politique visant à priver une population civile de ressources essentielles. C’est sur cette base que l’accusation de complicité de génocide est avancée.

Une qualification juridique extrêmement contestée

En droit international, le crime de génocide repose sur un critère central : l’intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

Cette intentionnalité est la barre juridique la plus élevée du droit pénal international. Elle ne se présume pas. Elle doit être démontrée de manière rigoureuse.

À ce stade de la procédure, aucune juridiction, nationale ou internationale, n’a qualifié juridiquement la guerre menée par Israël à Gaza de génocide. Ni la Cour pénale internationale, ni la Cour internationale de justice ne se sont prononcées dans ce sens sur le fond.

La qualification retenue par les juges français apparaît donc comme juridiquement fragile, et fait déjà l’objet de critiques sévères de la part de nombreux juristes.

L’origine des plaintes et le rôle des ONG

L’information judiciaire a été ouverte à la suite de plaintes déposées par plusieurs organisations pro-palestiniennes, dont Al-Haq, Al-Mezan et le Palestinian Center for Human Rights, accompagnées en France par des collectifs militants et des plaignants individuels.

Ces organisations militent de longue date pour l’utilisation de la justice européenne comme levier politique contre Israël, en s’appuyant sur le principe de compétence universelle.

Réactions et lignes de fracture

Nili Kupfer‑Naouri a dénoncé une procédure qu’elle qualifie de « dérive judiciaire » et de « criminalisation de l’engagement sioniste ».

Plusieurs avocats français, dont Gilles-William Goldnadel, ont publiquement mis en cause l’usage extensif et idéologique de la notion de génocide, alertant sur un précédent dangereux pour les Franco-Israéliens, civils comme soldats.

Du côté judiciaire, la procédure suit son cours, sans mise en examen définitive à ce stade.

Ce que cette affaire dit de la France aujourd’hui

Au-delà des personnes visées, cette affaire marque une rupture symbolique : pour la première fois, des militants pro-israéliens sont poursuivis en France sous l’angle du génocide, un crime historiquement associé à la Shoah.

Elle révèle une judiciarisation croissante du conflit israélo-palestinien, où les tribunaux nationaux deviennent des champs de bataille idéologiques, au risque de brouiller le droit, de tordre les concepts juridiques fondamentaux et d’alimenter une insécurité juridique durable pour les Franco-Israéliens.

À ce stade, il n’y a ni condamnation, ni reconnaissance juridique du crime allégué. Il y a une instruction. Et une question lourde : jusqu’où le droit peut-il être instrumentalisé sans se renier lui-même ?

J'ai mal à mon sionisme — Chronique d'un mot assassiné par Claudine Douillet

J'ai mal à mon sionisme — Chronique d'un mot assassiné par Claudine Douillet

J'ai mal à mon sionisme

Ou comment un mot-refuge est devenu une insulte

Il y a des mots qui meurent deux fois. D'abord dans leur sens, puis dans leur dignité. « Sioniste » appartient à cette catégorie tragique des termes assassinés par l'usage, vidés de leur substance historique pour devenir de purs instruments d'accusation. Aujourd'hui, traiter quelqu'un de « sale sioniste » revient, dans la bouche de beaucoup, à proférer « sale juif » — à ceci près qu'on peut se donner bonne conscience en prétendant ne viser qu'une opinion politique. Pudeur du vocabulaire, persistance de la haine.

Pourtant, entre « juif » et « sioniste », il devrait y avoir une différence.
Une différence que le XXIe siècle s'acharne à effacer, transformant un mouvement d'émancipation nationale en synonyme d'apartheid, de colonialisme, et pour finir — summum de l'ignominie — de génocide.

L'ironie serait comique si elle n'était pas obscène : accuser de génocide le peuple qui en fut la victime absolue relève soit de l'amnésie historique, soit de la malveillance consciente.
Dans les deux cas, cela trahit une même volonté : celle de faire du Juif l'incarnation du Mal absolu, quelle que soit l'époque, quel que soit le prétexte.

L'antériorité du lien

Car voilà ce qu'on oublie, ou qu'on feint d'oublier : l'histoire du sionisme ne commence pas en 1948. Elle ne commence même pas avec Theodor Herzl en 1897. Elle commence il y a trois millénaires, avec la naissance d'un peuple sur une terre qu'il n'a jamais vraiment quittée ni dans les faits, puisqu'une présence juive ininterrompue est attestée en Judée-Samarie depuis l'Antiquité, ni dans le cœur, puisque chaque prière, chaque fête, chaque rituel juif porte la mémoire de Sion.

« L'an prochain à Jérusalem » : cette phrase, répétée depuis deux mille ans à la fin du Seder de Pessah, n'est pas une clause de style. C'est un programme. Une fidélité. Un refus d'oubli. Quand les Juifs d'Europe, d'Afrique du Nord ou du Yémen prononçaient ces mots dans leurs ghettos et leurs mellahs, ils n'exprimaient pas une nostalgie romantique. Ils affirmaient un lien ontologique avec une terre dont ils avaient été exilés par la force, mais qu'ils n'avaient jamais abandonnée en esprit.

Herzl n'a pas inventé le sionisme. Il l'a laïcisé, organisé, politisé. Il a transformé une aspiration religieuse millénaire en projet national moderne, parce que l'Europe de la fin du XIXe siècle lui avait démontré par l'affaire Dreyfus que l'émancipation des Juifs était un leurre, que l'assimilation était une impasse, et que seule la souveraineté pourrait les protéger de la haine qui les poursuivait de pays en pays, de pogrom en pogrom.

Le détournement sémantique

Mais aujourd'hui, qu'est devenu le sionisme dans le discours public ? Un gros mot. Une accusation. Un stigmate. On ne dit plus « Je suis sioniste » comme on dirait « Je suis démocrate » ou « Je suis républicain ». On le dit comme on avoue une tare, comme on revendique une provocation. Et ceux qui s'opposent à Israël souvent avec des arguments légitimes sur telle ou telle politique gouvernementale ont trouvé dans l'antisionisme une façade respectable pour recycler les vieux démons de l'antisémitisme.

L'opération est d'une habileté diabolique. Puisqu'on ne peut plus dire ouvertement « Les Juifs sont la plaie du monde », on dira « Les sionistes sont la plaie du monde ». Puisqu'on ne peut plus caricaturer le Juif usurier aux longs doigts crochus, on caricaturera le sioniste colonisateur aux dents longues. Le personnage a changé de costume, mais le rôle reste le même : celui du bouc émissaire universel, responsable de tous les maux de la terre.

Et peu importe que la réalité soit infiniment plus complexe. Peu importe que la création d'Israël ait été votée par les Nations Unies, qu'elle ait été la réponse à un siècle de pogroms culminant dans la Shoah, qu'elle ait offert un refuge aux Juifs chassés du monde arabe après 1948.

Peu importe que l'État d'Israël, avec tous ses défauts, soit la seule démocratie du Moyen-Orient où les Arabes votent, où les femmes ont les mêmes droits que les hommes, où les homosexuels peuvent vivre sans craindre pour leur vie.

Non. Dans le discours antisioniste contemporain, Israël est réduit à un bloc monolithique de culpabilité. Les nuances sont balayées. Les contextes sont ignorés. Les responsabilités sont unilatérales. Et quiconque ose rappeler que l'histoire est tragique des deux côtés que oui, il y a eu une Nakba, mais qu'il y a eu aussi des refus arabes répétés de toute solution à deux États, des guerres d'anéantissement lancées contre Israël dès sa naissance, des attentats-suicides dans des bus et des cafés est immédiatement accusé de « whataboutisme » ou de complicité avec l'oppression.

L'absurdité de l'accusation

Mais revenons à l'absurde. Comment peut-on accuser de colonialisme un peuple qui retourne sur la terre de ses ancêtres ? Les Italiens qui vivent à Rome sont-ils des colonisateurs parce que l'Empire romain a autrefois conquis la Gaule ?
Les Grecs d'Athènes sont-ils des occupants illégitimes parce qu'Alexandre a jadis envahi l'Orient ? Non. Parce qu'on reconnaît intuitivement qu'un peuple peut avoir un lien légitime avec une terre, même après des siècles d'absence.

Mais cette logique s'évanouit mystérieusement dès qu'il s'agit des Juifs. Soudain, le lien historique ne compte plus. Soudain, seule compte l'antériorité immédiate. Comme si l'histoire commençait en 1948, comme si tout ce qui précédait n'était qu'un mythe, une construction idéologique. C'est le privilège de l'amnésie sélective : effacer trois mille ans de présence juive pour ne retenir que soixante-quinze ans de conflit.

Et comment peut-on accuser d'apartheid un pays où les citoyens arabes siègent au Parlement, à la Cour suprême, dans les universités et les hôpitaux ? L'apartheid sud-africain interdisait les mariages mixtes, séparait les écoles, les bus, les quartiers.
Rien de tel en Israël, où Juifs et Arabes partagent les mêmes espaces publics, où un Arabe peut être juge, médecin, député. Peut-on améliorer l'égalité réelle ? Sans aucun doute. Est-ce l'apartheid ? Seule la mauvaise foi peut le prétendre.

Quant à l'accusation de génocide, elle dépasse l'entendement.
Un génocide qui laisserait la population de Gaza croître démographiquement ? Un génocide qui s'accompagnerait d'alertes préalables aux bombardements, de livraisons d'aide humanitaire, de soins médicaux aux ennemis blessés ? On peut condamner les morts civils, on peut critiquer les méthodes militaires, on peut exiger plus de retenue et de proportionnalité.

Mais employer le mot « génocide » pour décrire le conflit israélo-palestinien, c'est insulter la mémoire des vraies victimes de génocides à commencer par les six millions de Juifs exterminés par les nazis.

Sioniste, simplement

Alors oui, j'ai mal à mon sionisme. Mal de voir ce mot-refuge devenu mot-poison. Mal de voir qu'on ne peut plus dire « Je crois au droit du peuple juif à l'autodétermination sur sa terre ancestrale » sans être immédiatement classé parmi les suppôts de l'oppression.
Mal de constater que le seul mouvement de libération nationale qu'on refuse de reconnaître comme tel est précisément celui du peuple qui en a le plus besoin celui qui a payé son absence de souveraineté par des siècles de persécutions.

Être sioniste, ce n'est pas être aveugle aux souffrances palestiniennes. Ce n'est pas approuver toutes les politiques israéliennes. Ce n'est pas nier les injustices, les erreurs, les excès. Être sioniste, c'est simplement croire que les Juifs ont le droit de vivre libres et en sécurité sur la terre de leurs ancêtres. C'est refuser qu'ils redeviennent les éternels suppliant de l'Histoire, dépendants de la bienveillance des nations pour leur survie.

Les sionistes ne sont pas ceux qui ont inventé un projet colonial. Ce sont les Juifs qui ont décidé de rejoindre Sion, leur terre. Ceux qui ont asséché les marais, planté les forêts, bâti les villes. Ceux qui ont fait refleurir le désert et ressusciter une langue morte. Ceux qui ont transformé un espoir millénaire en réalité tangible.

Et si ce projet a engendré des tragédies — car quel grand projet humain n'en engendre pas ? —, ce n'est pas une raison pour le délégitimer dans son essence. C'est une raison pour chercher la justice, la réconciliation, la paix. Pas pour faire des Juifs, une fois de plus, les boucs émissaires du monde.

Herzl n'a pas inventé le sionisme. Il l'a rendu possible. Et nous, qui vivons après la Shoah, après les exils, après les pogroms, nous savons pourquoi il était nécessaire. Nécessaire au sens fort : ce sans quoi le peuple juif n'aurait peut-être pas survécu.

J'ai mal à mon sionisme. Mais je ne le renie pas. Car c'est le dernier rempart contre l'oubli.

"Écoute Israël" : sans l'héritage juif le sionisme est une impasse , par Meïr Buzaglo

"Écoute Israël" : sans l'héritage juif , le sionisme est une impasse par Pr. Meïr Buzaglo

Face à la montée de l’antisémitisme et à l’alliance inquiétante entre l’islamisme radical et les idéologies woke, le philosophe Meir Buzaglo nous invite à repenser le récit juif. Ni repli identitaire, ni universalisme désincarné : il est temps de refonder notre vision, entre fidélité à notre héritage et engagement dans le monde.

SANS L’HÉRITAGE JUIF, LE SIONISME EST UNE IMPASSE

Par Meir Buzaglo

Un moment historique exige un nouveau récit
Quelle est la relation entre le sionisme et l’héritage juif ? Cette question ne relève pas seulement de l’histoire : elle nous concerne en tant qu’acteurs d’un présent qui nous force à repenser notre avenir.
Les événements du 7 octobre 2023, les fractures apparues lors de la réforme judiciaire en Israël, et l’évolution de la situation jusqu’à aujourd’hui nous imposent de réécrire notre histoire collective. L’héritage juif et la révolution nationale qu’a représentée le sionisme structurent ce récit – et c’est en le réinterrogeant que nous pourrons avancer.

Le sionisme a été porté par deux motivations profondes : la question des Juifs, d’une part, et celle du judaïsme, d’autre part.
La première était une réponse à l’antisémitisme.
Avec la montée des nationalismes et l’émergence de l’État moderne, les Juifs se sont retrouvés pris au piège : ni tout à fait dedans, ni tout à fait dehors. On aurait pu croire que la sécularisation ferait disparaître l’antisémitisme chrétien, mais il n’en fut rien.
Même les Lumières, avec des figures comme Kant, ou le communisme, de Marx à Staline, ont véhiculé des préjugés antisémites.

Le nationalisme allemand et polonais, lui, a rapidement basculé dans la haine du Juif étranger. C’est cette prise de conscience qui a conduit à la redécouverte de la dimension nationale juive — et au retour en terre d’Israël, avec l’espoir que l’antisémitisme y trouverait sa fin.

Pourtant, après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe et l’Occident ont développé une sensibilité nouvelle au racisme et aux dérives nationalistes. Une alternative au sionisme s’est alors offerte : la vie dans les démocraties libérales. Ces deux voies ont été profondément ébranlées. Aujourd’hui, nous devons nous renouveler, sous peine d’être emportés par les événements.

Qui sommes-nous ? Entre sabras et ultra-orthodoxes

Pour comprendre la situation israélienne, il faut d’abord en esquisser les contours. La figure emblématique est celle du sabra, le Juif nouveau : il parle hébreu, cultive sa terre, se défend lui-même, et s’efforce de s’enraciner dans une région qui le rejette souvent.
Pourtant, il ignore l’arabe – sauf pour des besoins militaires – et vit dans un paradoxe : il incarne à la fois le sionisme et une alliance improbable avec ceux qui rejettent le nationalisme comme centralité, les ultra-orthodoxes. Ainsi, la société israélienne se compose de Juifs nationaux (pratiquants ou laïcs) et de ceux pour qui le nationalisme est secondaire, voire accessoire.

Dans le monde occidental, les Juifs bénéficient aujourd’hui d’opportunités que Mendelssohn n’aurait même pas osé imaginer. Mais cette intégration s’accompagne d’un défi : l’assimilation et l’effacement progressif de l’identité juive.
Parallèlement, la concentration des Juifs en Occident a sonné le glas des communautés juives dans les pays musulmans, après des siècles de vie communautaire. Deux modèles coexistent donc depuis près de 80 ans : la vie en Israël, marquée par des bouleversements constants, et la vie en diaspora, longtemps épargnée par les crises majeures.

Israël et la diaspora : deux dynamiques opposées

La vie en Israël a été rythmée par des guerres et des transformations internes. La guerre des Six Jours a élargi les horizons du sabra : Jérusalem, Hébron, la Judée-Samarie ont redessiné le paysage et la conscience collective.
Le mouvement de colonisation en est une conséquence, mais il a aussi engendré une culpabilité liée à l’occupation et à la domination d’un autre peuple.
La guerre du Kippour, elle, a ébranlé Israël différemment : elle a provoqué un retour à la religion de certains membres des élites, affaibli le Parti travailliste au profit du Likoud, et érodé le mythe du sabra.
L’attrait de l’entrepreneur américain, la privatisation des kibboutzim, l’amélioration de l’anglais des Israéliens, et la redécouverte des traditions ancestrales ont transformé le rapport à la terre. Netivot n’est plus une périphérie oubliée, mais la ville du Baba Sali ; Tibériade n’est plus seulement un lieu géographique, mais la ville de Rabbi Meïr Baal HaNess.

C’est dans ce contexte qu’a émergé l’activisme judiciaire. La Cour suprême israélienne, sous l’impulsion d’Aharon Barak, a revendiqué le pouvoir de garantir une démocratie dite « substantielle » —  un défi crucial dans un État comptant une minorité arabe importante, aux frontières floues et où la sécurité ne doit pas primer sur les droits civiques. Mais cette judiciarisation du politique a suscité des critiques : pourquoi débattre publiquement si la Haute Cour peut trancher à la place des citoyens ?

L’Occident et la révolution islamo-woke

Pendant ce temps, l’Occident, hanté par son passé colonial et libéré de la menace communiste, a vu resurgir des idéologies marxistes sous une nouvelle forme. Les luttes libérales des années 1960-70 (droits civiques, féminisme) ont cédé la place à un progressisme centré sur les droits LGBT et la redistribution des richesses.

La tolérance libérale a été remplacée par le wokisme, qui méprise les valeurs des Lumières. L’ouverture aux immigrants des pays musulmans, couplée à l’influence de fonds qataris, a renforcé un islam militant.

La soit-disant « occupation israélienne » est devenue le symbole d’une attaque contre l’Occident et ses valeurs – un narratif exploitée par l’alliance islamo-woke. Dès le 7 octobre, ces milieux ont célébré les massacres et la guerre a déclenché une vague d’antisémitisme sans précédent. L’accusation de génocide a remplacé celle de déicide.

Repenser le sionisme et l’héritage juif

Ces bouleversements nous obligent à réexaminer le sionisme et notre héritage. Le défi ? Transformer les événements que nous subissons en un récit qui nous projette vers l’avenir. En Israël, les anciens équilibres volent en éclats. L’accord historique entre Ben Gourion et le Hazon Ish – les ultra-orthodoxes se consacreront à la Torah, les sionistes géreront l’État – est aujourd’hui intenable.

La question du partage du fardeau militaire, le pouvoir politique des partis haredim, et leur influence croissante compliquent cet arrangement. Tsahal, autrefois centré sur la formation d’un Israélien laïc, doit désormais intégrer les préoccupations religieuses pour rester l’armée de tout le peuple.

Le lien entre les Juifs de diaspora et Israël se renforce. Autrefois, la crainte de l’assimilation dominait ; aujourd’hui, c’est la nécessité d’une solidarité active qui s’impose. La guerre a accéléré cette prise de conscience : des communautés juives du monde entier accueillent des blessés israéliens, s’engagent, et redoublent de vigilance face à l’antisémitisme.
Une nouvelle proximité émerge, mais elle exige une redéfinition de notre mission commune. Nous ne pouvons plus nous contenter de séparer les préoccupations entre Israël et la diaspora : il faut un langage et des objectifs partagés, intégrés dans nos programmes éducatifs et nos universités.

Leçon de la Shoah : l’unité comme survie

La Seconde Guerre mondiale a trouvé les Juifs divisés : universalistes antisionistes, ultra-orthodoxes voyant dans le sionisme l’œuvre de Satan, Juifs américains déconnectés de la souffrance européenne, Juifs de retour en terre d’Israël, Juifs des pays musulmans.
Peut-être la Shoah était-elle inévitable, mais notre division en a aggravé l’horreur. Aujourd’hui, les défis nous lient malgré nous. Jamais le peuple juif n’a été aussi connecté, aussi fort. Cette unité forcée peut devenir une force sans précédent — pour nous-mêmes et pour les peuples parmi lesquels nous vivons.

Le sionisme et les grands défis universels

Avant le sionisme, la « question juive » était subordonnée à d’autres enjeux. Les Lumières promettaient l’émancipation ; le communisme, la fin de la lutte des classes ; les Juifs s’engageaient dans les combats pour les droits de l’homme, espérant y gagner leur place.
Le sionisme a refusé d’attendre. Il a rejeté à la fois l’héritage juif traditionnel et l’universalisme abstrait, pour se concentrer sur le sabra.
Mais aujourd’hui, il doit reconnaître une vérité : se limiter à l’existence juive, c’est se condamner à l’impasse. Israël, en défendant son existence nationale, libère aussi la région de l’emprise des Frères musulmans et du chiisme iranien. En sécurisant sa souveraineté, il offre un espoir au Liban et accélère l’effondrement du régime des ayatollahs.

La leçon est claire : ce n’est pas en résolvant d’abord les grands défis universels que nous réglerons la question juive, mais l’inverse. C’est en assumant nos responsabilités avec sincérité que nous ferons avancer l’universel.

Lutter contre l’antisémitisme : un combat juif, une mission universelle

Il ne suffit pas d’avertir que l’antisémitisme, ignoré, finira par frapper les autres. Hermann Cohen et Levinas ont engagé un dialogue profond avec Kant et Heidegger. Aujourd’hui, le combat intellectuel contre la corruption des académies et des médias en Occident est une lutte juive par excellence. Nous ne pouvons nous contenter de demander aux citoyens respectueux des lois de se battre à notre place.

L’histoire actualisée du peuple juif nous mène d’un équilibre post-Seconde Guerre mondiale vers un nouvel équilibre. Nous continuerons à cultiver les champs de Be’eri, à former nos enfants pour qu’ils deviennent les meilleurs médecins.
Mais nous sommes aussi appelés à répondre aux défis brûlants de l’humanité.
Les pères du sionisme pensaient pouvoir laisser le tikun olam aux Juifs de diaspora.

Le nationalisme s’imposait alors comme une réponse naturelle. Mais aujourd’hui, nous nous retrouvons confrontés aux grandes questions de l’humanité sans l’avoir recherché. L’intérêt national nous conduit, malgré nous, aux interrogations fondamentales sur l’homme lui-même

Meir Buzaglo est professeur de philosophie à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il est l’auteur de The Logic of Concept Expansion (Cambridge University Press, 2002) et de Solomon Maimon : Monism, Skepticism and Mathematics (Pittsburgh University Press, 2002).

"Écoute Israël" : sans l'héritage juif , le sionisme est une impasse par Pr. Meïr Buzaglo

"Écoute Israël" : sans l'héritage juif , le sionisme est une impasse par Pr. Meïr Buzaglo

Son dernier ouvrage, Écoute Israël – Étude métaphysique du Shema Israël à la lumière des sources bibliques et rabbiniques, a été traduit en français en 2025.

Years and Years : la série qui dresse un procès sans appel contre la génération dite « éclairée » -vidéo-

Years and Years : la série qui dresse un procès sans appel contre la génération dite « éclairée » -vidéo-

Years and Years : quand la grand-mère voit clair et que la modernité fabrique des camps

Il y a des séries qui divertissent. Et puis il y a Years and Years, qui accuse. Sans détour. Sans anesthésie. Jusqu’à devenir presque insupportable de lucidité.

Le dernier épisode agit comme un révélateur brutal. Tout ce que le spectateur croyait être une fresque futuriste se révèle être une radiographie du présent. L’accusation finale ne vient ni d’un expert, ni d’un politicien, ni d’un intellectuel médiatique. Elle vient de la grand-mère. Presque centenaire. Celle qui a tout vu. Tout traversé. Tout perdu et tout reconstruit.

« C’est de votre faute » : le retournement moral le plus dérangeant

Lorsqu’elle prononce cette phrase – « c’est de votre faute, tout ce qui arrive est de votre faute » – le spectateur est d’abord déstabilisé. Conditionné. Programmé. Depuis des décennies, le récit dominant explique que tout est la faute des générations précédentes : leurs guerres, leurs traditions, leurs rigidités, leurs frontières, leurs valeurs.

Ici, le récit se retourne comme un gant.

La grand-mère ne parle pas depuis l’ignorance. Elle parle depuis la mémoire. Elle a connu la guerre, la pénurie, l’effondrement, la reconstruction. Elle sait ce qu’est un monde sans confort moral. Et elle voit, avec une clarté implacable, ce que la génération suivante a fait de la liberté qu’on lui a offerte.

Les « camps » : un mot qui ne devait pas revenir

Le choix du mot « camps » n’est pas un hasard scénaristique. C’est une gifle historique. Dans la série, on les appelle « les camps d’autrefois ». Cette expression est glaçante. Elle dit tout du gouffre moral qui s’est rouvert.

Ce ne sont plus les camps d’une idéologie revendiquée. Ce sont les camps d’un monde qui se croyait au-delà du bien et du mal. Des camps nés de décisions politiques présentées comme progressistes, humanistes, inclusives. Des camps justifiés par la sécurité, l’économie, l’urgence climatique, la gestion des flux humains.

Le plus inquiétant n’est pas leur existence. C’est leur banalité.

La liberté sans cadre : la grande illusion

Years and Years ne condamne pas la liberté. Elle condamne l’illusion d’une liberté sans devoirs, sans transmission, sans frustration. Une liberté hors-sol, déconnectée du réel, du corps, du temps long.

La série montre comment le rejet des cadres – familiaux, politiques, culturels, moraux – ne produit pas à l’émancipation, mais au chaos. Quand tout est relatif, tout devient négociable. Y compris l’humain.

La grand-mère a compris cela parce qu’elle sait ce que coûte un monde sans limites. Elle sait que la tradition n’est pas une prison, mais une digue. Et que lorsqu’on dynamite les digues au nom du progrès, ce ne sont jamais les puissants qui se noient les premiers.

Edith, la mémoire numérisée et l’échec de l’immortalité

La scène finale d’Edith est l’une des plus dérangeantes jamais écrites sur le transhumanisme. Transférer sa conscience dans un serveur. Sauver ses souvenirs. Échapper à la mort.

Tout semble techniquement possible. Et pourtant, tout échoue.

Parce que la mémoire n’est pas l’essentiel. Parce qu’une vie, même intégralement archivée, ne contient pas ce qui la rend vivante. L’amour ne se sauvegarde pas. Il ne se code pas. Il ne se transmet pas par la data.

Edith comprend, trop tard, que l’essentiel lui échappe. Cette prise de conscience ressemble à une intuition spirituelle. On ne parle jamais explicitement de Dieu dans la série. Mais on s’en approche dangereusement. Reconnaître que l’amour dépasse l’intelligence, la technique et la mémoire, c’est déjà reconnaître une transcendance.

Fiction ? À peine. Projection ? Presque dépassée

Lors de sa diffusion, Years and Years était présentée comme une dystopie. Aujourd’hui, elle ressemble à un documentaire légèrement anticipé. Montée des populismes, effondrement des repères démocratiques, pouvoir des multinationales technologiques, confusion morale, dilution de la responsabilité individuelle, disparition du sacré sous couvert de modernité.

La force de la série est de ne jamais désigner un seul coupable. Elle montre une chaîne de renoncements. Des petits choix confortables. Des lâchetés successives. Des votes « pour voir ». Des silences qui deviennent des complicités.

Un peuple qui consent

Ce que beaucoup ne voient pas, c’est que Years and Years ne décrit pas une dictature imposée par la force. Il n’y a pas de coup d’État spectaculaire, pas de bottes qui claquent, pas de nuit de cristal télévisuelle.

Tout se fait avec l’assentiment mou, progressif, parfois enthousiaste des citoyens eux-mêmes. Chaque catastrophe est validée par un clic, un vote, un « on n’a pas le choix », un « c’est pour le bien commun ». Le totalitarisme moderne ne s’impose plus : il se co-signe.

Autrefois, on pouvait toujours dire « on ne savait pas ».

Ici, on sait. En temps réel. Et on accepte quand même.

La grand-mère avait raison

Ce qui rend Years and Years c’est sa cohérence. Tout ce qui arrive dans la série arrive parce que quelqu’un, à un moment, a choisi la facilité plutôt que la responsabilité.

La grand-mère n’idéalise rien. Elle constate. Et son verdict est sans appel : un monde qui rejette l’héritage, le cadre et la transmission finit toujours par recréer ce qu’il prétendait avoir éradiqué.

Un procès sans appel

Years and Years est un procès. Et la génération dite « éclairée » y est condamnée sans appel. Le monde ne s’est pas effondré à cause des monstres, mais à cause des gens « bien ». Convaincus d’être du bon côté de l’Histoire. Trop occupés à jouir de leurs droits pour assumer leurs devoirs. Trop pressés de déconstruire pour transmettre. Trop fiers d’avoir tué le père pour comprendre qu’ils venaient de tuer la boussole.

La série ne montre pas une jeunesse opprimée. Elle montre une jeunesse irresponsable, ivre de morale abstraite, incapable de hiérarchiser le mal, persuadée que la compassion suffit à gouverner un monde.

Et lorsque les camps réapparaissent, ils ne sont pas le fruit d’un délire fasciste soudain. Ils sont l’aboutissement logique d’un humanisme vidé de limites, d’un progressisme sans colonne vertébrale, d’une liberté devenue pure consommation.

Quand plus personne n’accepte la contrainte, ce sont toujours les plus faibles qui finissent enfermés.

Et c’est peut-être là le message le plus subversif de Years and Years :

le futur ne s’effondre pas par manque de technologie, mais par manque d’amour véritable.