Un assistant IA pour chaque élève : Israël expérimente l’école individualisée à grande échelle

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Un assistant IA pour chaque élève : Israël expérimente l’école individualisée à grande échelle

Un assistant IA pour chaque élève : Israël expérimente l’école individualisée à grande échelle

Une décision politique qui rompt avec l’école uniforme

L’annonce n’a pas fait de bruit hors d’Israël. Elle aurait pourtant mérité un débat international. Le Ministère de l’Éducation d’Israël a lancé un projet pilote baptisé « 720 », dont l’ambition est sans détour : fournir à chaque élève un assistant d’intelligence artificielle personnel, intégré au cœur du système scolaire public.

L’expérimentation est actuellement menée dans vingt-huit établissements répartis sur quinze collectivités, avec une cible précise : les élèves de kita vav, équivalent de la classe de sixième. Ce choix n’est pas neutre. C’est à cet âge que les écarts scolaires se figent, que certains décrochent définitivement tandis que d’autres s’ennuient dans un cadre trop lent. Le ministère prévoit déjà une extension du dispositif à une cinquantaine d’écoles supplémentaires dès l’année suivante, si les indicateurs sont jugés concluants.

Israël ne teste pas un gadget. Il teste un changement de paradigme.

De l’outil numérique à l’assistant cognitif personnalisé

Le cœur du projet « 720 » repose sur une idée simple mais radicale : cesser d’enseigner à une classe fictivement homogène. L’assistant IA analyse en continu le parcours de chaque élève, son rythme, ses blocages, ses réussites, ses modes de compréhension. Il adapte les contenus pédagogiques en fonction du profil réel de l’enfant, et non du programme théorique.

L’enseignant reste central, mais il n’est plus aveugle. Il reçoit des alertes lorsqu’un élève décroche silencieusement, lorsqu’un autre progresse trop vite pour le cadre imposé, ou lorsqu’un blocage récurrent apparaît. L’IA devient un outil de diagnostic pédagogique permanent, là où l’école traditionnelle repose encore largement sur l’intuition et l’évaluation différée.

Ce point est essentiel : le projet ne vise pas à remplacer le professeur, mais à corriger l’une des failles historiques de l’école de masse — son incapacité structurelle à individualiser réellement l’enseignement.

Des élèves déjà utilisateurs d’IA, mais sans cadre éducatif

Les chiffres avancés par le ministère expliquent l’urgence de cette expérimentation. En Israël, 57 % des élèves déclarent déjà utiliser des outils d’intelligence artificielle dans leur travail scolaire. Pourtant, seuls 36 % estiment que l’école leur apprend comment les utiliser correctement.

Autrement dit, l’IA est déjà entrée dans la salle de classe, mais par la porte arrière. Sans règles claires. Sans pédagogie. Sans réflexion éthique structurée. Le projet « 720 » cherche à reprendre le contrôle en encadrant, en formant et en intégrant.

Cette situation n’est pas propre à Israël. En Europe occidentale, notamment en France, plusieurs études montrent que près de 99 % des étudiants utilisent désormais des IA génératives dans leurs études, tandis que plus de 80 % des enseignants reconnaissent ne pas avoir reçu de formation spécifique sur ces outils. Le fossé entre pratiques réelles et institution scolaire ne cesse de se creuser.

Israël comme laboratoire éducatif mondial

Ce projet s’inscrit dans une logique israélienne bien connue : tester à petite échelle, mesurer, ajuster, puis déployer rapidement. Là où d’autres pays débattent encore de l’opportunité de l’IA à l’école, Israël expérimente déjà ses usages concrets, ses limites et ses dérives potentielles.

La question n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle doit entrer à l’école. Elle y est déjà. La seule question pertinente est celle du cadre : laisser les élèves l’utiliser seuls, sans règles ni esprit critique, ou l’intégrer officiellement, sous contrôle pédagogique et institutionnel.

Avec le projet « 720 », Israël fait un choix clair : celui de l’encadrement plutôt que du déni.

Un enjeu pédagogique, mais aussi politique et sociétal

Derrière l’innovation technologique, une interrogation plus profonde se dessine. L’école peut-elle continuer à fonctionner sur un modèle industriel du XXᵉ siècle, alors que les outils cognitifs du XXIᵉ siècle ont déjà transformé la manière de penser, d’écrire et d’apprendre ?

En testant un assistant IA pour chaque élève, Israël ne répond pas seulement à une problématique éducative. Il interroge la finalité même de l’école : transmettre un programme uniforme ou accompagner des individus singuliers.

Si les résultats du projet « 720 » confirment les attentes du ministère, c’est toute la conception de l’enseignement public qui pourrait être amenée à évoluer. Et cette fois, ce ne sont pas les élèves qui auront pris de l’avance sur l’institution, mais l’institution qui aura enfin rattrapé son temps.

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