Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Jean-Paul Gavard-Perret, critique d'art contemporain et écrivain.
Simon Edelstein et les spectacles du monde
Les récits photographiques et filmiques de Simon Edelstein règnent sur un monde déjà venu mais le redécouvre. L’image devient une puissance active, elle devient un acte éternel se produisant dans le temps. Les récits du Genevois trace en termes de durée ce qui est dessiné en termes d’espace.
De telles œuvres font voir le monde selon un angle particulier et assurent la permanence d’une telle vue. Il faut donc parler de l’enrobement narratif du monde dans le corps de telles images qui deviennent la continuité du vivant humain fécondé et pensant.
Même lorsqu’il capte des paysages l’être n’est jamais loin d’autant que l’image permet de « parler » dans toutes les langues.
Simon Edelstein en profite pour montrer beaucoup de peuples et de civilisation. Leurs prises, dans leur diversité, se donnent chaque fois comme valable pour tous les autres. Si bien que le jaillissement d’écume d’Aphrodite misérables qui sortent de l’océan sans la moindre propension érotique est l’équivalent des temps incompressibles chers à Hésiode à l’aube de notre civilisation. Chaque image devient la rosée du matin ou le crépuscule des temps.
Certes toutes ces versions semblent s’interrompre les unes les autres, mais cela les rend fertiles et signifiantes. Les interruptions nous parlent et les images mettent au besoin à mal le cycle des chants dits prophétiques et leurs apologies de la violence.
Il y a toujours le verso et le recto du monde. Le parcours devient double. Il suit l’éclosion des civilisations jusqu’à leur réduction à néant. A ce titre l’œuvre du Suisse reste exceptionnelle.
Sa narration mentale ne se produit jamais dans les vacillations d’un fantasme de monde mais dans l’approche d’une vérité. Le travail possède donc une singularité première : elle ne cherche pas l’exception mais des règles qui insidieusement régissent l’histoire des mondes. L’artiste en évoque des clés loin des narrations brutales, maquillées.
Preuve que si l’image est jugée parfois « inerte » des transformations narratives peuvent le charger d’une énergie insoupçonnée.
Beth Foley : des contes germaniques à la Shoah
Les narrations de Beth Folley entraînent vers des territoires aussi précis et réalistes qu'étranges et surréalistes. L'émotion est travestie mais tout autant soulignés par des narrations où l'évidence d'apparence crée un abîme.
L'œuvre est la résultante de divers "dépôts" : ceux de la peinture flamande de la Renaissance, ceux des contes horribles racontées aux enfants et ceux de la Shoah. De ces vagues successives se crée un point d'équilibre ou de déséquilibre qui traverse chaque œuvre d'un inquiétant rayonnement.
L'œuvre est l'aboutissement d'un lent travail d'approches et de révisions.
Celui d'un œil et d'une main en mue perpétuelle et obsessionnelle. Mais il s'agit de dégager des constantes, de laisser des traces lisibles. Le corps s'ouvre et se referme. Il est nu ou habillé pour ouvrir la mémoire aux "blémissements" de l'Histoire.
Nashville (où habite l'artiste n'est jamais loin) : mais ce réel est un prétexte à une recherche plus profonde qu'il n'y paraît. Le corps s'expose comme énigme. Se montre, se cache, se pense en pulsations lourdes et ludiques mais d'où sourd, du plus profond, bien des ombres.
Dans ´ Berliners » elle a fait le portrait d’une famille juive portant l’Etoile jaune et regardant passivement le spectateur.
Cette toile a été conçue à partit d’une photographie d’un survivant de l’Holocauste dont la mère est un des personnages du tableau.
Mais chaque œuvre n’est jamais intégralement centrée sur le réel : l’aspect fable y est intégré en un mixage sidérant. L’artiste tente de se libérer des terreurs par des images qui se veulent cathartiques.
Elle a créé certaines oeuvres en se servant des mémoires des survivants aux camps d’extermination même si la shoah n’est qu’implicite dans ses peintures. Et elle ne cesse d’être hantée par une question : au moment de la Shoah, Dieu était-il mort ou endormi ?
Jean-Paul Gavard-Perret
Le pictorialisme de Laurent Benaïm
Laurent Benaïm poursuit deux buts : montrer la force du désir et l'incroyable diversité des corps.
Pour les réaliser il utilse la technique du tirage à la gomme arabique sur papier à dessin.
Cela donne un aspect pictural à ses portraits.
Le sujet n’est « rien », la lumière est tout. L’artiste photographie les femmes pour donner à voir comment elles apparaissent c'est-à-dire pour ce qu'en font la lumière, l'atmosphère.
Celles-ci donnent la qualité essentielle et la plus difficile à acquérir pour la photographie.
Benaïm propose une lumière à la fois sourde et diffuse, tamisée par des effets de gommage.
Ils dirigent le réel vers le rêve.
La peinture reste toujours présente et nourrit le travail du photographe. Souvent les figures sont isolées mais l’artiste propose aussi des figurations de groupes.
L’érotisme est parfois cru mais le plus souvent suggéré selon une poésie allusive.
Emane un étrange effet de proximité et d’éloignement, de complicité et de mise à distance.
La photographie perd de sa densité spécifique mais éloigne tout autant d’une certaine théâtralité sauf à de rares exceptions.
Héritier de Man Ray et proche d’un Faigenbaum le photographe invente un langage spécifique loin de la grande tradition réaliste ou lyrique des esthétiques pictorialistes plus ou moins impressionnisme.
Elle s’enrichit d'une poésie qui interpelle et qui rapproche le médium de ses possibilités spécifiques.
Existe un au-delà de ce qui est montré car Benaïm donne à voir ce qui ne pourrait se peindre
Plus intéressé par la « corporéité » (Beckett) que le reproduction d’un corps, il s’éloigne de la fausse évidence du portrait « classique ».
Il en fait éclater les masques et prouve que tout photographe est celui qui se met en quête de l'opacité révélé du corps et de son règne énigmatique.
Le tout en atteignant le « photographique » - équivalent dans l’image fixe du « filmique » cher à Barthes.
Soudain le dedans laisse monter sa trace et son ajour par l’éclat diffracté de la lumière sur la peau des êtres.
A ce titre Laurent Banaïm ne cherche pas à satisfaire le regard et la curiosité par des images accomplies, arrêtées mais par le gonflement progressif de leur vibration ou l’amorce de leur extinction.
Son univers photographique est aussi composite que rare.
Le silence du regard devient vibration parce que la trace argentique se transforme en énergie originale. Le portrait n'engendre pas le monde de l'hypnose mais de la gestation.
Jean-Paul Gavard-Perret
Sabine Weiss l’attentive
Sabine Weiss est née à Saint Gingolph en Suisse en 1924. Au moment de la guerre elle décide de devenir photographe parce c’est (disait-elle) ce qu’elle aime faire.
Elle ne se prend pas pour une artiste mais pour une reporter à une époque d’ailleurs où la photographie n’avait pas encore ses titres de noblesse.
De 1942 à 1945 elle fait l’apprentissage du métier chez la dynastie photographique des Boissonnas à Genève. Puis elle part à Paris de manière « définitive ». Elle propose à Willy Maywald d’être son assistante puis rencontre l’homme de sa vie le peintre Hugh Weiss.
Son travail la fait naviguer entre la mode, le reportage, la publicité. Mais elle se préserve des temps de création libre où elle tente de saisir de manière la plus simple la profondeur humaine.
Ses photos sont toujours un parfait exemple d’harmonie et d’attention tendre (et parfois amusée) portée sur le monde.
La ville comme la campagne est pour elle des réserves inépuisables qu’elle pénètre avec poésie et un regard décalé juste ce qu’il faut et sans la moindre arrogance. L’artiste cherche à donner plus de relief à la vie.
L’esprit et le corps émergeant de l’instinct de conservation trouvent jusque dans l’inconfort une beauté vraie qui relie le monde visible et l’ineffable. Les petits gredins s’y font jolis. La vision est aussi vraie que profondément singulière.
Sabine Weiss mêle volontiers des indices qui reportent à une époque particulière. Néanmoins ses photographies possèdent une forme d’éternité et surtout un potentiel d’énergie dans sa fabrique de l’imprévisible habilement recomposé. Il y a donc une dimension initiatique du réel qui, repose la question d’une forme de « sacré » dans l’art. L’émotion mais aussi l’esprit imposent leur présence entre fluidité et flux dans unes communauté inavouable avec le monde.
Rosa Klein l’aquatique
Rosa Klein a su brouiller les cartes de la photographie qui donnaient théoriquement l’atout du medium. Elle a certes déduit du passé le présent de son œuvre mais à suppléer ses vides et ses silences. Elle y a engendré un amour fou non seulement pour les artistes et écrivains mais pour le corps de la femme et leurs fantômes aquatiques selon un air de fête inspirée par la compagne d’André Breton. Son corps dansait dans l’eau comme sur un fils avant de s’envoler comme des oiseaux que la fluidité emportait.
Dans sa photographie un ange semble agiter les silhouettes. Qu’importe si la fusion dans le réel n’est pas au rendez-vous. Pour ses jeunes femmes il n’y a peut-être de rivage qu’en pensée. Restent toutes ces chutes de rosée qui les laissent encore - fleurs nées de l’espace - ondées de grâce afin qu’elles fassent partie de la lumière même lorsqu’elle s’assombrit. Exquises esquisses, femmes délicieuses ses modèles parlent l’absence et l’attente. On semble avoir voulu leur retirer la langue, mais elles la tirent comme l’escargot sort de sa coquille. Reste la source du premier vertige Seule l’eau souvent en connut les secrets.
Jean-Paul Gavard-Perret
Fred Stein poétique de la ville
Fred Stein, The World of Fred Stein , Rosenberg & Co, New York, 19 novembre 2015 – 12 février 2016.
« The World of Fred Stein » propose une cinquantaine d’images argentiques prises avant la guerre à Paris puis, et après le conflit, à New York mais aussi en Europe. Paysages et portraits (d’inconnus comme de célébrités) montrent comment chez Fred Stein la ville interfère sur l’être. Le photographe n’illustre pas de thèse : il sait repérer les éléments narratifs d’une histoire de la vie dans sa simplicité proche du constat mais qui s’exhausse vers la poésie urbaine en alliant deux principes fondamentaux de la modernité : objectivité et fragmentation. Par ce biais Fred Stein a cherché la construction d’une langue visuelle collective, universellement compréhensible, facteur de réconciliation et non d’opposition, dans l’humanisme et le respect.

Fred Stein poétique de la ville
Fred Stein, The World of Fred Stein , Rosenberg & Co, New York, 19 novembre 2015 – 12 février 2016.
« The World of Fred Stein » propose une cinquantaine d’images argentiques prises avant la guerre à Paris
Sans aller jusqu’à ce que Lotte Jacobi nomme « La photographie orientée » le travail de Stein jouxte le social et le politique. Prédomine toutefois une fluidité méditative. Elle ne bascule jamais dans une emphase visuelle mais « atonale» et envoûtante. L’intuition sensible plus que les procédés optiques domine : elle permet de découvrir et d’explorer l'alchimie du réel en fixant l'éphémère avec lucidité, précision et respect pour les êtres et les lieux. Le photographe crée une poésie verticale aussi dense que légère.
Jean-Paul Gavard-Perret
Les farces et attrapes de Sarah Tritz
Sarah Tritz, « Diabolo mâche un chewing-gum sous la pluie et pense au cul », Fondation d’Entreprise Ricard, Paris, du 24 novembre2015 au 9 janvier 2016.

Sarah Tritz, « Diabolo mâche un chewing-gum sous la pluie et pense au cul », Fondation d’Entreprise Ricard, Paris, du 24 novembre2015 au 9 janvier 2016.
Dans les œuvres de Sarah Tritz les couleurs semblent flotter et signifient l'expérience de l'extrême liée à celle d'une dérive dont ne subsistent que des repères épars (une jambe par exemple). Dans une harmonie parfaite ce qui est établi évolue de manière baroque au sein d’un univers hybride. Tout joue sur le décalage. L’artiste saisit la puissance de l’artifice sur l’organique (et vice-versa) et ce qui se passe entre liberté et emprise. L’œuvre reste sur une ligne de crête : imaginaire et réel créent une suite de portraits ou situations plus étranges les uns que les autres.
De Diabolo en passant par Sluggo et une ribambelle de personnages énigmatiques Sarah Tritz fait du dessin la matière de rêves parfois cruels mais toujours enjoués. Les couleurs animent l’espace où l’artiste vient repêcher tout un aréopage de figures reprises et réinterprétées de l’histoire de l’art. On retrouve là Picabia, Duchamp, Lichenstein, Ernst ou encore Baumeister à travers d’étranges femmes noyées ou mariées ou des titans tétanisés. Les corps se démantibulent, un « smiley » galopeur drague une femme en larmes. Mais l’artiste se moque des spectateurs (pour leur plaisir) plus que de ses personnages. Sa « Charlotte » langoureuse et au sexe hirsute semble avoir été comblée et repose en une paix bien méritée. Le tout dans un mixage altier: se retrouvent conjugués arts déco, B-D, surréalisme au sein d’une soupe populaire dont le bouillons gras fait les gros yeux.
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Du Yiddish à la langue indienne
Jerome Rothenberg, « Journal seneca », Editions José Corti, Paris, 2015, « Secouer la citrouille » traduit par Christophe Lamiot Enos, Les Presses Universitaires de Rouen et du Havre .
Jerome Rothenberg est un poète d’exception. Il ouvre à un aperçu anthropologique que seuls les imbéciles taxeraient de fantaisiste. Ici le mouvement lui-même du texte, sa motilité vertigineuse, l’intranquillité de son sens créent par glissements inapaisables une fable implicite du corps. La poésie devient une onde textuelle qui traverse et poursuit de pages en pages l’opacité de l’Histoire pour ouvrir à sa béance et son énigme dans la concaténation de langues « sauvages » qui font trembler les idiomes modernes.
Né à Brooklyn d’une famille juive qui avait émigré dix ans plus tôt de Pologne, Jerome Rorhenberg est une des figures majeures de la poésie américaine. Il a créé la synthèse entre les icones du modernisme américain (Pound, Williams, G. Stein), les avant-gardes européennes (et la relecture de la poésie rituelle indiennes des origines loin de toute attitude passéiste.« Journal seneca » est selon l’auteur son livre «le plus ethnopoétique ». Il a été écrit après un séjour de deux ans dans la réserve indienne Seneca à l’Ouest de l’État de New York.
Jerome Rothenberg y était parti à la recherche de lui-même mais soudain une transformation s’opéra : « Je suis devenu castor. Richard Johnny John a été mon père. (…) Ma femme et mon fils sont devenus grands hérons. Elle a été nommée Celle Qui Voyage, il a été nommé Le Parleur. (…) Je me suis intéressé aux castors quatre ans plus tard, quand nous sommes allés vivre à Salamanca ». L’auteur y a trouvé le « localisme » qui insère l’Histoire dans un lieu, son poème en est devenu l’épopée. Et l’auteur d’ajouter : « Quand je mourrai, mon nom retournera là d’où il est venu. Un Seneca viendra le chercher. »
Tout ce qui ne va pas droit dans le mur est suspendu aux lèvres des femmes. Saudek ne cesse de le rappeler.
Son univers est usé, tendu, éreinté mais ne meurt pas. Son univers demeure agonisant, comme un éternel crépuscule mais la laideur et la difformité y prennent une étrange beauté.
Des personnages de sa famille (et peu à peu d’autres plus éloignés) sont offerts parfois dans une nudité sans fards. Ils évoluent dans des paysages industriels, urbains ou naturels arides.
Des lumières dures dépeignent ceux qui, malgré une banalité inexpressive, deviennent un idéal nocturne. L’artiste retrace dans ses photographies la tension humaine qui induit l’idée de rupture et de relâchement sous-jacent pour décrire une simple appréhension de l’existence dans sa dureté mais aussi sa revendication à la survie.
Les sujets sont à la fois écrasés par une lumière agressive et entourés par un environnement devenu métaphorique jusque dans sa réalité. S’y révèle leur intensité physiologique au sein d’un univers de ruines ou d’abandon.
Né en 1935 Jan Saudek a vu son enfance marquée par les horreurs du nazisme.
Plusieurs membres de sa famille sont morts dans les camps et lui-même fut interné avec son frère jumeau et échappa de peu aux tortures de Mengele .
Il a survécu à la guerre et trouva un premier emploi dans une imprimerie. Il y prit goût à la peinture ainsi qu'à la photographie. En 1972, il transforma un sous-sol en studio.
Ses premières photographies sont en noir et blanc, recoloriées par ses soins. L’artiste est marqué par les scènes atroces des camps et ses images reflètent ses pulsions de mort et ses fantasmes sexuels.
Ses nus féminins ont une beauté provocante qui peut choquer. Suspect dans son propre pays, il travaille en usine pendant plus de 30 ans. En 1984 les autorités communistes le reconnaissent enfin comme artiste et lui permettent de quitter son travail en usine. Souvent menacé de censure, il se défend de l'accusation de pornographie : « La différence entre la pornographie et l'art est selon moi très simple. Vous pouvez regarder l'art indéfiniment alors que vous ne pouvez jeter qu'un coup d'oeil à la pornographie avant de la laisser. » En 2005, une grande rétrospective lui est consacrée à Prague.
Toute son oeuvre recèle une atmosphère dramaturgique. Le photographe cherche à provoquer notre émotion devant la rage de la vie à travers des protagonistes parfois abîmés physiquement par l’existence. L’artiste explore cet univers dans lequel il a dû patauger avec eux et pour lesquels il garde un amour total. Jamais distant de ses douleurs anciennes, Jan Saudek est partagé entre les forces de vie et de mort.
L’inexorable est là. Mais la pulsion d’éros demeure aux limites de la jouissance ou de l’abattement. L’usage de la surexposition ou à l’inverse de la sous exposition altère parfois et volontairement la perception des être comme les altèrent les voiles qui les recouvrent parfois par pudeur ou pour signaler une forme de chosification. Les personnages semblent perdre leur visage, laissant la place à une masse aux formes humaines. Tout cela reste toutefois proche car paradoxalement et terriblement humain et familier.
Trimpin, Arendt et les autres
Trimpin, “PourCrever”, Contemporay Jewish Museum, San Francisco, 2015.
Trimpin est réputé pour ses structures sonores qu’il a développé avec des artistes tels que Merce Cunningham, Samuel Beckett, Kronos Quartet. Trimpin est célèbre pour sa collaboration avec le grand compositeur américain Conlon Nancarrow et ses transpositions de partitions pour pianos mécaniques.
Ces travaux ont été exposés un peu partout dans le monde : Yerba Buena Center de San Francisco, Circulo De Bellas Artes à Madrid ou la LOGOS Foundation à Gant. Ses travaux font partie des œuvres permanentes du « Experience Music Project Museum » de Seattle.
Il a aussi reçu de nombreuses récompenses ( « Genius Award » de la fondation Macarthur ou encore le Guggenheim Fellowship. Résident de nombreux centres d’art, le film documentaire TRIMPIN: The Sound of Invention propose une bonne approche de l’artiste et de son travail expérimental.
Le Jewish Museum de San Francisco propose toujours des expériences passionnantes de l’art contemporain.
Il a trouvé en Trimpin un artiste qui relie ses champs d’expérimentations avancées avec le travail de mémoire.
Le créateur reprend ici un des nombreux épisodes de l’Holocauste. En 1940 les juifs d’Efringen-Kirchen furent déportés d’abord en France avant d’être envoyés à Auschwitz. Afin de la rappeler Trimpin a créé une œuvre intitulée "Pour Crever". L’œuvre commémore de manière qui peut surprendre le public peu averti le 75ème anniversaire de ces tragiques évènements.
Les recherches sonores et plastiques de Trimpin sont rarement présentées à de larges audiences. Non seulement ses installations sont compliquées et induisent d’éléments sonores pilotés par ordinateur mais elles peuvent dérouter.
Avec « Pour crever » deux réservoirs d’eau sont placés l’un au dessus de l’autre. Un système mécanique avec deux rails crée des chutes d’eau sur des lettres de l’alphabet sonore. Le flux aquatique permet de faire jaillit les noms des déportés, ils sortent du réservoir supérieur, tombent puis disparaissent dans le réservoir inférieur. Le titre fait allusion aux mots d’Annah Arendt qui, lorsqu’on lui demandait pourquoi elle avait été envoyé à Gurs en France elle répondait « Pour crever ». Il existe dans une telle œuvre une réelle subversion du domaine des images. Dispositif et sons d’une certaine manière les remplace pour éviter de tomber dans l’écueil majeur : celui de tenter de monter l’irreprésentable.