Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Georges Didi Huberman et « Le fils de Saul »

Film juif sur la Shoa Le fils de Saul d'après le livre deGeorges Didi-Huberman

Georges Didi Huberman et « Le fils de Saul »

Georges Didi-Huberman, « Sortir du noir », Editions de Minuit, Paris, 64 pages, 6 E.

Le puissant texte missive de Didi Huberman montre l’importance du film de Lazlo Nemes où la Shoah prend corps à travers celui de son protagoniste vouée à la tache la plus terrible qui soit dans les camps de la mort. L’image en plan rapproché sur l’acteur-titre tient presque du toucher au moment où le cinéaste hongrois évite tout effet de diégèse appuyée. Elle est à peine visible dans le fond d’une pellicule argentique choisi par le réalisateur.

 Le fils de Saul film juif sur la Shoa une sépulture pour le fils de Saul

Le fils de Saul film juif sur la Shoa une sépulture pour le fils de Saul

Cette manière de montrer l’horreur renvoie l’ombre à la lumière qui devient l’œil sur le monde de l’abîme. Didi-Huberman rappelle combien l’œuvre se rapproche des « voyages » de Kafka qui annonçaient le pire. Le réalisateur l’ « envisage » (stricto sensu) dans l’apparition d’un gouffre où se dessine l’inenvisageable.

Didi-Huberman évoque combien le « Fils de Saul » montre ce qui n’est perçu par aucun regard. Le récit règne ici sur un univers sur-venu. Celui-ci se découvre comme puissance active, mais effectivement absente. Le langage devient celui même de la contradiction pensée mortifère : acte éternel se produisant dans le temps.

L’auteur explique comment la Shoah à la fois ne peut se montrer mais doit assure en même temps la permanence de ce qu’elle fut. Le film en assure la continuité irrévocable. Ainsi le monde semble l’effet d’un acte éternel, qui se produit dans le temps, dans cet ex-il du vivant et rouvre la toute première narration, celle qui court dans toutes les langues et qui ouvre l’histoire de tous les crimes collectifs envers l’humain.

A travers la Shoah le message devient valable pour tous les massacres où « le noir est l’image du fond du monde » (Shakespeare). Face aux chants dits prophétiques et leurs apologies d’injustice, violence, tromperie, Didi-Huberman montre l’être jeté hors de lui, enlevé à lui-même au moment où il ne peut entrer dans un autre registre de langages sinon celui de l’image qui ne se contente pas de montrer mais qui rend compte de l’ « incompossible ».

La narration se perçoit plus par les dimensions du seul l’espace, mais par la présence d’un présent éternel, d’un présent « sans présent » tant l’être y perd tout son sens. Le film comme le rappelle Didi-Huberman tient lieu de phare grandissant. La chute des dieux et de l’humanité s’achève sur le focus central d’un lieu sans lieu (mais qui n’est pas pour autant privé de repères). A la furie des images le réalisateur a préféré leur retournement au moment où l’humain forcément déshumanisé n’est plus que victime livré de force à sa béance.

Photographe juif :Ansel Adams, Tyler Museum of Arts, Texas.

Ansel Adams, Tyler Museum of Arts, Texas.

Les photos d’Ansel Adams a créé des photographies intemporelles par son art de la pose et de la lumière. La poésie de ses images en noir et blanc ne cherche jamais l’emphase mais sublime le quotidien. De l’ouest américain jusqu’en Israël l’artiste incarne une synthèse réussie de la liberté stylistique mais aussi de la rigueur en croisant diverses thématiques dans lesquels l’humain au travail demeure central. De telles photographies portent les marques d’amours, de blessures et de joies mais toujours vues « de loin » pour éviter les effets platement psychologiques.

De l’ouest américain jusqu’en Israël l’artiste incarne une synthèse réussie de la liberté

De l’ouest américain jusqu’en Israël l’artiste incarne une synthèse réussie de la liberté

Le photographe traque à travers l’événement le général. Et le monde reste toujours terrestre parce que les prises ouvrent le monde en une profondeur particulière.
Ces petits traités d’archéologie du fugace sont rétifs à la tentation du raffiné.
Ansel Adams a revendiqué l'épure d'un langage photographique qui ramène dans l’ici-bas du monde. Il ne faut jamais y rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable. Celle qui fait face dans le réel comme dans l’illusoire au sein d’un jeu de piste dont le paysage est le nid.

Adams n’a jamais  oublié  que l’image vient d’en-bas, à savoir de la façon dont les pieds sont posés sur le sol

Adams n’a jamais oublié que l’image vient d’en-bas, à savoir de la façon dont les pieds sont posés sur le sol

Les personnages en surgissent de la pénombre afin de toucher quelque chose de fondamental et aux échos multiples : lorsque l’artiste photographie par exemple des camps de travail qui en rappellent d’autres. Le regardeur y découvre en une image primitive et sourde, blanche, noire et ses dégradés de gris. Ajoutons qu’Adams n’a jamais oublié que l’image vient d’en-bas, à savoir de la façon dont les pieds sont posés sur le sol ou de la façon dont l'homme est debout, courbé ou assis.

Artiste juive : Esther Teichmann Mystère nocturne de la féminité

Teichmann Esther artiste juive photographe féministe

Mystère nocturne de la féminité : Esther Teichmann

Esther Teichmann, “In search of lightning », Galerie Les Filles du Calvaire, Paris, 3ème, 29 octobre – 28 novembre 2015.

Esther Teichmann par ses photos, peintures, films et collages ouvre le monde dans une hybridation de la fiction et de l’autobiographie. L’œuvre se rattache à la recherche du désir, de sa peur ou de son risque comme de son exacerbation à travers des narrations mystérieuses. « In searching of lightning » fait suite à « Fractal Stars, Salt Water and Tears ». Les deux séries constituent une plongée dans le monde énigmatique du fantasme.

Dans la seconde les métaphores aquatiques ou minérales (cascades, coquillages) entourent d’autres excroissances : celles de la statuaire. Derrière, des encres glissent pour suggérer des grottes aux réminiscences parlantes.

Esther Teichmann  artiste juive photographe

Esther Teichmann artiste juive photographe

Dans la première et en premier plan le féminin de l’être est évoqué frontalement - même lorsque les modèlent tournent leur dos. L’érotisme n’a rien d’obscène : il est l’image d’une quête intime de celle qui se dérobant aux regards comme à divers types de peur s’offre néanmoins dans sa féminité et parfois sa maternité – un enfant posé entre ses cuisses.

Doubles de la créatrice, sœurs, amies, amantes, étrangères : entre carnation et minéralité les femmes d’Esther Teichmann suggèrent divers types de tension intra et extra corporelles.

Elles sont là pour éclairée le statut de le femme. L’univers nocturne en souligne implicitement la difficulté à exister dans un monde qui fait encore trop souvent d’elle un objet plus qu’un sujet.

Photographe juive : Elise Stern

Elise Sterne portraitiste juive new-yorkaise

Lisette Model et les exils

Lisette Model crée un monologue sans limite où l’image constitue la seule réalité. Solitude, abandon, rencontre, ombre, plaie, plaisir, paroxysme, passage, gare, rues. Est touché ce qui se rejoue sans cesse là où les formes impossibles (parce que trop éphémères au sein de leurs mouvements) s’épanouissent. Il en va de la vie par succession de traces qui deviennent immémoriales dans l’archéologie du fugace..

Portrait Elise Stern photographe juive new-yorkaise

Portrait d'Elise Stern photographe juive new-yorkaise

Certes le nom d’artiste (d’Elise Stern) sonne comme celui d'une midinette. Mais ne vous y fiez pas. La photographe a porté jusqu'à sa mort en 1983 son art vers des sommets. Elle en a donné aussi une des meilleures définitions en parlant de la photographie réussie comme "d'un instant fixé qu'on a pu retenir avec les yeux. Mais il y a des milliers d'instants qui ne révèlent rien du tout. Ce phénomène-là n'existe ni en peinture ni en sculpture". Et Lisette Model de résumer encore plus sobrement : "La photographie est l'art de la fraction de seconde".

La photographe américaine est née à Vienne en 1901 mais avant de devenir une parfaite new-yorkaise et entre autre la professeur de Diane Arbus, l'artiste a fait ses débuts en France où pourtant son oeuvre est scandaleusement ignorée. Et il faut attendre l'exposition du Jeu de Paume de 2010 afin de voir et d'apprécier les clichés de celle qui fit de ses prises en contre-plongée une sorte de marque de fabrique.

photographe juive portrait de Lise Stern photographe juive new-yorkaise

photographe juive portrait de Lise Stern photographe juive new-yorkaise

Initiée à la fabrique de l'instantané et à la pratique du Rolleiflex par la photographe hongroise Rogi André elle devient la portraitiste des diverses classes sociales.

Elle crée depuis la Promenade des Anglais à Nice pendant la guerre une galerie sans pitié de personnage faussement chics et à l'arrogance, le bronzage et l'ennui plus ou moins discrets...
Si Nice lui propose le carnaval de vanités, Paris l'acclimate avec une population plus pauvre. Mais ses portraits loin d'une école française à la Doisneau n'ont rien de misérabiliste ou de pathétique. Ce qui compte reste l'instant pratiquement dégagé de toute diégèse.

A New York son talent prend toute sa dimension et dans plusieurs genres.

D'un côté la sophistication de ses "Reflexions". Elles sont constituées de plans en surimpression par reflets sur les vitrines de grands magasins de Manhattan. Les mannequins se mélangent par effet de transparence aux images de la rue.

Ses "Running legs" sont encore plus spectaculaires. Lisette Model saisit les pieds et les jambes de la foule en marche dans la frénésie urbaine de la ville. Mais plus que tout la photographe sait capter les accrocs humains.

Une vieille femme pauvre prend une gestuelle raffinée, au café Metropole une chanteuse bouche ouverte possède des airs de perroquet à plumet, au Sammy Bar un marin n'a d'yeux que pour une amourette maquillée comme une voiture volée. Quant à ses portraits de "people" ils ont une puissance rare que se soit James Mason perdu dans ses pensées noires ou Diana Vreeland raffinée et vivre.

Artiste juif : Philippe Halsman sauts et gambades ou l'inventeur du jumpology

photographe des stars qui sautent , le "jumpology"

Philippe Halsman : sauts et gambades

Philippe Halsman : sauts et gambades

photographe des stars qui sautent , le "jumpology" c'est lui

 

 Halsman, « Etonnez-moi », Musée du jeu de Paume, Paris, 20 octobre 2015 – 24 janvier 2016.
Philippe Halsman (né à Riga en 1906 et décédé à New York en 1979 a pu mener pendant 40 ans une carrière pleine de réussites que rien pourtant ne laissait présager. En 1928 le futur photographe va devenir l’objet d’une nouvelle affaire Dreyfus.

Il part t en randonnée dans les Alpes autrichiennes avec son père ? Celui-ci meurt au cours de cette randonnée de blessures graves à la tête. Philippe Halsman expressément nommé « le juif » est condamné à quatre ans d’emprisonnement pour parricide. Libéré en 1931, à condition de quitter définitivement l’Autriche, il part s’installer en France.

Il commence à Paris un travail de photographe indépendant pour des magazines et gagne rapidement la réputation d'être l’un des meilleurs photographes de « portraits de célébrités » (Gide, Giraudoux, etc.). Lors de l’invasion nazie de la France il va aux Etats-Unis et commence à travailler avec le peintre Salvador Dalí en 1940.

Cette collaboration durera plus de 30 ans et il invente la "jumpology" : cette approche consiste à photographier des personnalités en train de sauter, pour donner une vision plus naturelle et spontanée des sujets.

Après Dali Atomicus (1948), il continue de photographier pour des magazines, entre autres des personnalités, telles que Churchill, Picasso, Marilyn Monroe, André Malraux, Ingrid Bergman, Rita Hayworth, Duke Ellington, Les Windsor, Richard Nixon, Albert Einstein, Alfred Hitchcock. Le « jumping » s’y poursuit afin de capter l'essence de l'être humain.

Mais Philippe Halsman n’est pas uniquement un photographe des stars et n’a cessé d’expérimenter les limites de son médium. Ses clichés sont toujours directes et d’une parfaite technicité propre à suggérer une poésie particulière.

Son travail traverse les genres les plus variés : portrait, mode, reportage, commandes privées ou publiques et bien sûr des projets plus personnels.
L’exposition du Jeu de Paume propose une vision originale d’une œuvre qui demeure atypique et prégnante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Michael Bergman entre gravité et légèreté

Michael Bergman artiste juif

Michael Bergman artiste juif

Michael Bergman artiste juif

Michael Bergman entre gravité et légèreté

Evitant tout effet de paroxysme - colère, épouvante - Michael Bergman cherche par ses figurations (portraits, paysages) « la voie des rythmes » (Michaux) qui rameute ce bien provisoirement durable qu'est l'existence.

Montrer le plaisir mais sans ostentation, se laisser pénétrer, ne jamais s’arrêter aux liens qu’on ne fait que louer, s’ennoblir au creux d’une simplicité n’est pas facile. D’autant que cette simplicité ne doit pas être un départ mais un aboutissement.

C'est ce que "apprend" l'artiste israélien. Il ne cherche jamais à commémore mais à montrer ce qui reste du non avenu dans l’événement existentiel dont le créateur tire l’onde qui traverse le cœur des villes comme celui des êtres.

Tout cela tient de la magie optique empreinte d'une lumière étrange et d'une transparence douteuse. Elles se veulent des histoires d’existence ou d'époque. En surgit une « rage de vivre ». L’artiste se contente d’en monter des fragments de vie.

La littéralité devient plus forte que la métaphore en d'infinis adieux dont les personnages des portraits n’ont même pas conscience. L'écart est important entre ce qui est donné à voir et le réel : d'un côté l'emmêlement, de l'autre l'approche de la clarté.

La toile est un piège non seulement pour le regard du voyeur mais pour celle ou celui qui est montré sans comprendre ce que cela engage.

La vue sollicitée se laisse donc conduire par des images dont le sens échappe mais qui luttent contre les abîmes et la destruction parfois avec légèreté, parfois une gravité.

Artiste juif : Matan Mittwoch les nouveaux caps du réel

artiste juif Matan Mittwoch, New Horizons, Dvir Gallery, Tel-Aviv, octobre-novembre 2015

Matan Mittwoch : les nouveaux caps du réel

Matan Mittwoch, New Horizons, Dvir Gallery, Tel-Aviv, octobre-novembre 2015.

artiste juif Matan Mittwoch, New Horizons, Dvir Gallery, Tel-Aviv, octobre-novembre 2015

artiste juif Matan Mittwoch, New Horizons, Dvir Gallery, Tel-Aviv, octobre-novembre 2015

L’exposition New Horizons de Matan Mittwoch présente deux nouvelles séries de l’artiste Waves and Blinds ainsi que des œuvres photographiques ou d’autres midiums créées par l’artiste ces trois dernière années. Le jeune artiste (né en 1982) prend progressivement toute sa place dans l’art contemporain de son pays et il est fort à parier que sa reconnaissance internationale ne tardera pas.

Axé principalement sur la photographie l’artiste n e s’en sert pas pour reproduire le réel mais pour chercher à l’aide du numérique une sorte d’image « pure » qui ramène vers une sorte de picturalité abstraite. Le réel à la base des prises est donc métamorphosé. Les images de lever du soleil (Waves) ou les rivages (Blinds) créent un spectre inédit. Il “traduit” le réel loin des codes et économies habituels tout en offrant une beauté diaphane.

L’artiste est capable de recréer un art magnétique où se concentre la puissance de profondeur de la lumière et des couleurs. Chaque pièce feu est un observatoire de solstices et d’équinoxes. Sous l’apparente déliquescence des assemblages graphiques recréent un cosmos organisé dans une « géographie » particulière et recomposée.

Rameutant de l’espace Mittwoch en cherche des dominantes qui résonnent. Il en montre les pouvoirs absorbants au moment où le monde tombe dans le virtuel en transformant le réel en ersatz. L’artiste retrouve et cherche à comprendre les visions globalisantes en adaptant des « climatologies » oubliées par des sortes de courants. Contre les myopies lae créateur impose une cosmogonie. Fouillant mais ne confondant rien, l’artiste ne cherche pas des fusions improbables. Chaque œuvre est donc une pensée, un « rouage » qui remonte aux aubes de l’émotion.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juive : Chantal Joffe et le portrait contrarié

Chantal Joffe artiste juive anglaise

Chantal Joffe : le portrait contrarié

Chantal Joffe, “Using Walls, Floors, and Ceilings”, Jewish Museum, New-York, mai-octobre 2015

Chantal Joffe vit et travaille à Londres.
Spécialiste de portrait elle le fait glisser en dépit d’une technique classique de l’huile, vers une sorte de défiguration. Partant de clichés de magazines l’artiste métamorphose les portraits stables, convenus, conventionnels par touches volontairement enduites de coulures et d’approximations.

 

Chantal Joffe  artiste juive anglaise

Chantal Joffe artiste juive anglaise

La force d’une telle pratique arrache toute mièvrerie aux portraits originaux tout en préservant la beauté et l’éros mais ils n’ont plus rien à voir avec ce que les médias proposent.

Chantal Joffe prouve que pour voir et montrer il faut un long temps de travail. Celui qui permet d’armer le bras et fait prendre conscience d’un certain formatage dont il s’agit de venir à bout. Surgissent des pans dressés. Ils font saillir le silence de l'être, révèlent la faille d'un monde qu'ils contribuent à dépouiller de tout ce qui, normalement lui donne consistance (la figure entre autre).

L’artiste souligne le disparate et la distance qui séparent l'être du monde, de l'être à lui même. Le corps (du moins ce qu’il en reste) se perd dans les espaces. Ce qui affleure est bien autre chose que les seules données de la psyché. Les couleurs semblent flotter et signifient l'expérience de l'extrême liée à celle d'une dérive dont ne subsistent que des repères épars.

Artistes juifs :Saskia Boddeke & Peter Greenaway exposent à Berlin

The Good Book revisité artistes juifs exposent à Berlin

The Good Book revisité

Saskia Boddeke & Peter Greenaway, « Obedience » Jewish Museum Berlin, 22mai – 15 novembre 2015. catalogue oublié par Kerber Publishers Bielefeld / Berlin.

Saskia Boddeke & Peter Greenaway exposent à Berlin Allemagne artistes juifs

Saskia Boddeke & Peter Greenaway exposent à Berlin Allemagne artistes juifs

L’artiste multimédia Saskia Boddeke et le cinéaste Peter Greenaway ont créé une installation au sein de 15 salles du Jewish Museuem de Berlin.

L’histoire d’Abraham qui accepta d’obéïr à Dieu lorsqu’il lui intima l’ordre de tuer son fils est reprise car il s’agit pour les deux artistes d’un des passages les plus important de la Bible. Il reste pour les trois religions monothéïstes l’épisode le plus populaire et significatif.

Le texte qui est passé dans le Judaïsme comme "le lien d'Isaac" lève toujours des questions auxquelles l'on répond différemment selon les trois religions.

L’exposition raconte à sa manière l’histoire d’Abraham, Isaac et Ismael selon un scénario qui déconstruit l’histoire originaire et la recompose afin de proposer un questionnement renouvelé autour du Sacrifice d’Isaac considéré ici comme avant tout un drame humain.

Avec en corollaires les interrogations essentielles : qu’est-ce qui est le plus important entre le commandement de Dieu et l’amour paternel et par delà la réflexion sur les priorités accordées soit à l’obéïssance, soit à la vérité.

Saskia Boddeke et Peter Greenaway ont l’intelligence et la modestie de ne pas – si l’on peut dire – trancher.
Face aux incarnations purement imagières et leurs matières trop lourdes et claquantes ils introduisent l’esprit de la lettre. Certains diront qu’il y a là l’intrusion de l’intelligence du logos au service de l’émotion.

Mais ce serait faire une belle biffure sur le sens même de l’art et de son rôle. Il possède une puissance par effet d’éther mais aussi par ses conditions matérielles d’existence. Les deux artistes le savent.

Au sein de leur travail tout se joue entre chair et esprit dans une approche où l’importance de l’image n’est pas abolie et pour cause. Elle passe néanmoins par divers filtres afin de renforcer l’imaginaire et la réflexion.

Le verbe premiers et les éléments visuels des deux artistes pousse à une exploration poétique de l’image. Elle soumet à une étrange initiation pour sortir le spectateur du simple état de regardeur ou de lecteur.

Il est sollicité d’une autre manière. Il devient aussi partie prenante avec le projet collectif. A la question de savoir « qu’est ce qu’une image ou ce qu’un lieu ouvre ? » les artistes répondent en faisant que l’opposition entre animus et anima y soit retournée (comme le lait tourne) par différents systèmes de création.

Tout sophisme visuel ou mercantile est évacué. Et la séduction n’empêche en rien l’altérité critique. Au contraire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Isaac Conteras : Mécanique de l’art

sculpture art mécanique Isaac Conteras artiste juif

Artiste juif : Isaac Conteras : Mécanique de l’art

Isaac Contreras ne se fie pas à la nature éthérée de l’art même si d’une certaine manière il ramène à une forme d’ineffable. Tout pourtant au départ semble une histoire de mécanique avec pignons et cardans et divers éléments basiques. A la base de ses travaux il y a en effet des outils industriels, des matériaux de constructions : dans ses photographies, sculptures, installations, animations l’artiste les met en mouvement avec un seul mot d’ordre : au commencement la répétition.

 

sculpture art mécanique  Isaac Conteras artiste juif

sculpture art mécanique
Isaac Conteras artiste juif

Avec « Double Couper Swivel » et pour composer ses dessins « animés » l’artiste utilise les structures métalliques qui servent à ouvrir devantures et fenêtres.
La fonction pratique est écartée : placés non à l’intérieur mais à l’extérieur d’une vitrine, ces mécanismes deviennent des structure poétiques.
Elles fustigent l’obligation de résultats concrets pour devenir les folles du logis en un mouvement sans fin.

Jean-Paul Gavard-Perret