Photographe juif : Patrick Faigenbaum et le proche et le lointain

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Faigenbaum Patrick photographe juif

PATRICK FAIGENBAUM ET LE PROCHE ET LE LOINTAIN

Patrick Faigenbaum - Fondation Henri Cartier-Bresson. ...

Patrick Faigenbaum a d’abord suivi une formation de peintre dans une école graphique de Paris. La peinture reste toujours présente et nourrit le travail de l’artiste - mais en filigrane. Depuis 1972 - époque où il achète un petit Nikon - il a commencé à photographier d’abord sa mère, sa boutique.

Et progressivement le cercle de ses images s’est agrandi au paysage. Ses premiers portraits sont créés à la façon de Richard Avedon : ce sont des figures isolées sur fond blanc.

Puis en 1977 la rencontre du photographe Bill Brandt est déterminante. Le Londonien l'incite à ne plus neutraliser le cadre de ses portraits. Leur pleine identité va désormais tenir autant à eux qu’à leurs lieus auxquels l’artiste va donner un visage.

Patrick Faigenbaum s'attarde plusieurs fois en Italie: Florence, Naples et Rome. Et la reconnaissance va venir de ce pays. Il crée une série de clichés de l'aristocratie italienne. Son travail sur les grandes familles romaines et napolitaines est constitué de portraits de groupes.

Toute l’histoire, la tradition, la position culturelle et sociale de ces lignées illustres est saisie autant avec un enchantement charmeur qu’avec une distance critique. Les êtres y sont parfois presque noyés dans leur décor.

Emane un étrange effet de proximité et d’éloignement, de complicité et de mise à distance Les uns faisant le jeu des autres et vice versa. Le tout en une certaine froideur majestueuse.

Le photographe publie plusieurs ensembles d'images prises dans diverses régions ou villes d'Europe: Brême, Barcelone, Tulle, Prague, la Sardaigne. Puis il retourne à Paris : « J'avais besoin de certaines images qui allaient décrire un peu l'environnement dans lequel j'habite » précise-t-il. Et comme il y avait des travaux dans son quartier il capte les ouvriers qui creusent le sol. Puis il étend sa quête à la périphérie de la capitale.

Dans « la Vie Romantique » il évoque la capitale et sa banlieue. Toutefois le Faigenbaum photographe parisien avec ses terrasses de Saint-Germain-en-Laye, sa banlieue grise d’Orly-Ville ou ses architectures aiguës de Nanterre reste moins pertinent que le photographe de l’aristocratie italienne.

Paris et sa périphérie feraient presque un peu carte postale même si les cadrages particuliers de l’artiste échappent au simple pittoresque. Sa vue du « Parc des Buttes Chaumont » (2010) retrouve une densité par le simple rappel d’une figuration humaine anonyme.

Toutefois Paris est presque trop proche. Faigenbaum n’est jamais aussi pertinent que lorsqu’il existe entre lui et son sujet une certaine distance. D’om ses récents travaux en Inde avec des portraits et paysages des plus vibrants et mystérieux.

Cela tient à la problématique même de l’artiste. Il la définit ainsi : « J'ai de plus en plus peur de photographier une personne car je suis confronté à l'angoisse de vider cette personne de la charge qu'elle peut contenir ». Dès lors tout se joue dans la recherche de la bonne distance – jamais donnée à l’avance – entre le photographe et son sujet. C’est lorsque ce qui proche devient lointain et que le lointain devient proche que la photo est réussie. Mais la ligne de partage est complexe.

Jean-Paul Gavard-Perret

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