Les articles de Jean-Paul Gavard-Perret

Artiste juif : Orsten Groom l’Apocalypse est pour demain

,Simon Leibovitz Grzeszczak

Orsten Groom : l’Apocalypse est pour demain
Orsten Groom, “Martus Lupus”, galerie Phantom Projects Contemporary, Troyes, 23 avril, 25 mai 2016.

Orsten Groom ,Simon Leibovitz Grzeszczak de son vrai nom mais aussi Martus Lupus, brouille lui-même ses pistes, cultivant des projets, films, peintures,dont l’opacité génère une irrésistible fascination. Les différentes versions de son nom traduisent des origines aussi mouvementées que douloureuses inhérentes à sa judéité.

Avec son côté Barbe Bleue le jeune artiste crée la sidération par ses visions d’Apocalypse peuplés d’indigents, de marginaux et de robo-cops.

,Simon Leibovitz Grzeszczak

,Simon Leibovitz Grzeszczak

Il existe là des névroses obsessionnelles d’un inconscient collectif. La facture de ses films et de ses peintures grand format est volontiers violente et maniérée, lourde pour devenir le grand guignol radical, emphatique et pugnace d’un avenir sans futur et mystérieux.

 

 

La danse macabre et le charnier ne sont jamais loin. Mais un moteur burlesque traverse les œuvres. On distingue toujours la Mort, des montres, des putes, des hommes à la braguette ouverte ou à l’arme facile et fatale.

Il y a là du Kubrick, du Verhoeven, du Polanski. C’est une paternité, avec laquelle il le créateur pourra avec le temps facilement coïncider. La réalité s’immisce dans la fiction, comme le passé dans le futur en un travail aussi intelligent qu’à l’instinct.

A ce titre Orsten Groom est en passe de franchir le seuil de la scène alternative pour atteindre des lieux moins reclus. D’autant que si l’œuvre est au noir elle en cultive une certaine joie.

La tragi-comédie intervient non sans cohérence. Existe une certaine brillance. Et si chacun des personnages est condamné il est tout autant condamné à vivre et à creuser son propre sillon. Il le conduit peut-être dans l’erreur mais il n’est pas forcément tracé : s’il l’était il n’y aurait plus de vie et cela ne permettrait pas à l’art de se poursuivre.

Photographe juive : Eva Weiss la transgressive

Eva Weiss la transgressive

 

Photographe juive :Eva Weiss la transgressive

Photographe juive :Eva Weiss la transgressive

Eva Weiss la transgressive

evaweissphotography.com
Photos par Eva Weiss modèles : Lois Weaver & Peggy Shaw.

Quoique fashionnista new-yorkaise la photographe Eva Weiss n’a rien d’une femme légère : sans être pour autant collet monté. Les cols Claudine ne sont pas de son fait et sa vie ne rentre pas dans des cartons. Rien n’y est fait pour être empilé. Tout est disponible.

Elle n’est pas de ces artistes qui prônent des orgies de vermillon dans leur tête. La sienne est hantée d’imaginaire transgressif. Elle appelle des lisières mais sans impudeur : l’artiste casse en  troublant les chics et le chiqué. L’extérieur est à l’intérieur. L’intérieur est à l’extérieur. Et qu’importe si la vue tue.

En ce sens les égéries d’Eva Weiss représentent les "modèles" parfaits de la femme libre et le plus souvent lesbienne. Elle s’amuse à souligner comment de la femme « normale » illustrent à la condamnée de la société il n’y a qu’un pas, qu’une similitude. L’artiste le rappelle dans des visions frontales et poétiques pleines d’éros et d’humour.

Une telle œuvre ne peut laisser indemne puisque le suspens et l'éclat des images créent un transfert. Eva Weiss désaxe des assises. Paradoxalement, au cœur de l’enfermement s’entame un franchissement. Eva Weiss sort la femme de son lieu d’incarcération au nom d’espoir suscité par la séduction des égéries scénarisées. Ce que le voyeur redoute de traverser, de transgresser est soudain offert. Son être se trouve lui-même dénudé car la créatrice possède le mérite rare de décaper le miroir de l'autosatisfaction du mâle. Et soudain le rapport à l'altérité provoque un autre passage que celui, obligé, du désir.

Sa « vocation » de créatrice est d’ouvrir ce qui en l’être semble impénétrable en perçant l’ineffable. Se crée un passage entre le corps que nous séquestrons et celui qui nous échappe. C’est pourquoi les œuvres sont aussi coriaces que belles : leur poésie fait muter le silence de l’être, ses doutes et ses mystères avec un certain sens du rite dont jaillit l’essentiel face à la superbe comme au ridicule Il arrive même que de telles images soulèvent des questions que nous ne nous n’imaginions pas nous poser.

Livre juif : Cadavres en sursis de Philip Mechanicus

cadavres en sursis nous les vivants

cadavres en sursis  de Philip Mechanicus

cadavres en sursis de Philip Mechanicus

Le camp « de transit » nazi hollandais de Westerbork

Philip Mechanicus, « Cadavres en sursis », traduit du néerlandais par Daniel Cunin, Editions Notes de Nuit, Paris, 455 p., 21 E.

Les treize cahiers de Philippe Mechanicus - fils d’une famille juive prolétaire d’Amsterdam qui mena une brillante carrière de journaliste avant d’être déporté à Bergen-Bedsen puis fusillé à Auschwitz - sont enfin publiés en français et permettent de comprendre la « pré-extermination » des juifs dans le camp de transit de Westerbok (province de Drenthe).

Le titre original est « journal de Westerbok ». Peu significatif en français ce terme géographique est devenu en hollande un autre moyen de désigner « le jour du jugement dernier », celui où il n’existe plus d’espoir : les hommes ne peuvent plus défendre leur femme, et les femmes leurs enfants.

A l’origine le camp était sensé héberger des réfugiés juifs allemands. Après l’invasion de la Hollande par les Nazis, ce camp passa sous leur administration et dès ce moment il devint le moyen corridor (à diverses strates) de « transvaser » (écrit Mechanicus) les juifs hollandais de leur pays d’origine vers les camps de Pologne.

Sous couvert officiel « émigration» les juifs furent donc portés de Westerbok vers le massacre de masse jusqu’à la fin de 1944.

Une organisation particulière vit le jour dans ce camp. Et ceux qui l’avaient fondé pour « sauver » les juifs allemands servirent de « tampon » face aux SS et permirent à l’occupant l’économie d’un grand nombre de gardes.

Certains juifs furent utilisés de manière diabolique et devinrent le bras armé de l’extermination de leurs frères victimes innocentes. Westerbok fut d’ailleurs considéré à ce titre par le commandant SS du camp comme le « musterlager » (camp modèle).

Les « incarcérés » sont d’abord présentés comme « tout le monde » et on se garde habilement de faire le distinguo entre juifs et non-juifs.

Toutefois juifs pieux ou athées et même des néo-baptisés mais aussi sionistes, assimilés, catholiques, communistes, notables, intellectuels, artistes ou artisans furent conduit dans cette antichambre de ce que l’auteur nomme « l’abattoir ».

Dans le camp fut constitué selon une hiérarchie perverse. A son sommet les « alte Lagerinassen » (souvent les plus anciens détenus) dont Kurt Schlesinger fut le modèle : il collabora le plus étroitement avec Gemmeker le commandant SS du camp.

C’est plus particulièrement dans son hôpital impressionnant en ses labyrinthes prophylactiques que se révéla l’apogée de l’absurdité et l’horreur du système.

Sous couvert d’un ensemble de 120 médecins et de plus d’un millier de personnes tout semblait comme le souligne Mechanicus « au service » de ceux qui sous cette couverture médicale étaient envoyé à la mort. Mais son « journal » montre toutefois combien au fil des jours l’état d’esprit du temps change et glisse progressivement vers la peur et la panique.

Mechanicus montre comment certains quoique promis à une mort certaine traitèrent leurs semblables comme des parias. Le camp fut donc à l’image de toute communauté humaine.

L’auteur précise comment se monta tout un jeu de « distinction » : se retrouvent dans les bas-fonds du camp les « condamnés » ou « cas S » désignés ainsi par leurs pairs.

Les Allemands avaient compris combien diviser pour régner était le plus sûr moyen de renforcer avec confort pour les nervis le côté abominable de leur système.

Très vite les détenus se livrèrent à des ruées - aussi inutiles que démoralisantes - pour obtenir divers tampons de mise en attente de la déportation. L’auteur insiste sur l’importance du système des listes. S’y résume la course à la vie contre la mort. Mais où cette vie n’était qu’une mort différée dans ce qui n’avait, écrit Mechanicus, jamais été rendu aussi « dégueulasse ». S’y entend « la voix des coqs frissons des maîtres de danses ». Mais oh combien macabres ces danses.

A la fois journal intime mais tout autant mémoire « Cadavres en sursis » reste un texte exceptionnel tant par sa force littéraire que par son témoignage.

Il permet de comprendre du dedans comment fonctionne un système.

Le texte est brut, brutal, implacable et ne souffre pas de la recomposition que tout document écrit de manière postérieure impose. Mechanicus décrit les soubassements de l’Histoire, ses ressorts les plus sordides décrits en détails significatifs qui mènent au coup fatal et à la solution finale. Comme l’écrit Jacques

Presser dans sa préface, l’auteur « se contentant d’être un homme » a enregistré jour après jour une vérité insupportable. Et ce au risque de sa vie : par l’existence même d’un tel document elle était mise chaque jour en danger. L’auteur finit par le payer tombant sous les balles d’autres geôliers qui illustrèrent que le « vrai visage de la vie est un brasier ».

Guillaume Decourt de la foirade à la parade

De la foirade à la parade : Guillaume Decourt

De la foirade à la parade : Guillaume Decourt

De la foirade à la parade : Guillaume Decourt

De la foirade à la parade : Guillaume Decourt

Guillaume Decourt, « Chasse-pierres », OX11 rue de la Sourdière, 75001 Paris.

Le cap ne nous appartient pas même si aborder les pleins pouvoirs qui contreviennent à l’extinction de soi semble être une nécessité vitale.

Mais ben sûr sans négliger les cadrages de ceux qui préfèrent voir plutôt qu’être regardés. Tout cela reste pourtant un pur aléatoire puisque il n’est pas jusqu’au café à refroidir en dépit de notre désir sur des terrasses surchauffées.

Il convient donc de ne jamais partager les propensions de ceux qui rejettent l’inépuisable. C’est du moins ce que nous apprend Guillaume Decourt. Cela s’appelle sagesse plus que vertu. Elle entraine à cultiver la pitié pour les choses, les autres et pour soi. Certains en ce sens boivent leur bière au goulot, d’autres à laisser leur vin le plus délicieux dans un verre.

Reste alors à l’auteur de tenter par fragments de faire tomber à pic chacune de ses phrases. C’est une « ciné-cure » ou une raison qui dépasse jusqu’à la volonté d’écrire sur la table où tout auteur - lorsqu’il est digne de sa qualité - bat les cartes.

Jadis celui dont il est question ici ne renonçait pas à des plaisirs plus sensuels mais il finit par renoncer à cet ailleurs pour se retrouver face à ses feuilles comme s’il cherchait des poux sur la tête d’un chauve.

Plus tard il traverse le Seine sur un pont lourd de cadenas d’amour plutôt que de la franchir à la nage jusqu’à atteindre un port épique d’où on le tirerait à bout de bras. Ainsi vont Guillaume Decourt et sa littérature impertinente et subtile : après s’être mouillé : jeu, sec et mate.

Artiste juive : Maya Zack et le trauma

Zack Maya artiste juive et israélienne

Zack Maya artiste juive et israélienne

Zack Maya artiste juive et israélienne

Maya Zack et le trauma

Maya Zack, Alon Segev Gallery, Tel Aviv

Née en 1976 Maya Zack vit et travaille à Tel Aviv. Elle réalise vidéos, photographies et installations dont le thème majeur est la mémoire. Elle sait recréer entièrement des univers en mêlant les médiums pour, et par exemple, reconstituer avec une extrême précision la vie quotidienne d’une famille juive allemande avant la Seconde Guerre Mondiale.

D’Israël, elle retourne aux racines de la culture juive européenne à travers une matérialité qui en illustre la richesse et le trauma. Il existe là une réflexion fondamentale sur les systèmes de la mémoire avec ses forces et ses abîmes. L’univers de tous les jours devient un espace symbolique. Il crée un vertige puisque l’être est confronté à ce qui ne cesse de l’étouffer.

La vacuité saute aux yeux à travers tous des montages où s’inscrit une sorte de poésie extra-temporelle. Chaque oeuvre crée une fissure dans le présent mais aussi un lien avec lui. Il favorise le dialogue avec le passé, remet le spectateur à l’écoute d’un vécu qui n’est pas rapporté sous le registre d’une banale autofiction.

Le quotidien est soumis à des lignes de force sous-jacentes. La créatrice reste au cœur du réel mais il en éloigne toute idée de rêve. Ses personnages vont d’erreur en erreur, au plus fort de l’exil intérieur dans ses narrations abyssale.

Peintre juif : Gideon Rubin peintre de l’effacement, tout ce qui reste

Gideon Rubin peintre de l’effacement : tout ce qui reste

Gideon Rubin peintre de l’effacement : tout ce qui reste

Toute la problématique de Gideon Rubin tient dans un paradoxe : concentrer l’œil sur le visage et en même temps effacer tout signe de ce visage. L’identité disparaît si bien que le regardeur pour se repérer tente de chercher ce qui entoure l’élément habituellement central. Dès lors tout se porte sur un exercice de mémoire plus collective que personnelle.
Une dimension extra-temporelle apparaît à travers des indices qui quoique marqueurs temporaires laissent dans une certaine zone de latence.

Gideon Rubin peintre de l’effacement : tout ce qui reste

Gideon Rubin peintre de l’effacement : tout ce qui reste

Le vide crée donc un plein « en creux » par effet d’empreinte plus que de présence.
Les visages suent l’oubli mais tente pourtant de se reconstruire. Le vide n’est donc pas absence ou nullité : ce qui s’efface possède un poids.

L’artiste reprend ainsi la problématique émise par Beckett dans « Peintres de l’effacement » : dans le portrait ce qui compte n’est pas le visage mais ce que l’auteur nomme la « visagéité ».
A savoir ce qui est derrière ou au-delà des apparences.

L’effacement crée donc un sens qui s’oppose à toute nostalgie. En ce sens l’artiste est à sa manière un néo-platonicien. Ce qu’il tente n’est pas de l’ordre de la représentation mais du générique. La disparition est donc insécable de la trace. A la figuration il faut préférer la figure. C’est retrouver le sens et le lieu de la peinture jusque dans son « vide ». Quelque chose y perdure.

artiste juif : Via Lewandowsky : voir - ou pas

Des moments tragiques peuvent tourner à la comédie ou la farce.

Via Lewandowsky : voir - ou pas.

Via Lewandowsky's "Gallery of the Missing", Jewish Museum Berlin, mars - juin 2016.

Via Lewandowsky's "Gallery of the Missing", Jewish Museum Berlin, mars - juin 2016.

Via Lewandowsky's "Gallery of the Missing", Jewish Museum Berlin, mars - juin 2016.

Via Lewandowsky utilise divers médium - principalement la sculpture et les installations scénographiées selon les perspectives de “Gehirn und Denken”.

Il incorpore aux éléments visuels des « partitions » sonores. S’intéressant plus au système de work in progress qu’à une œuvre finie, l’artiste allemand travaille divers types d’interrelations et aux erreurs qu’elles peuvent engendrer dans les constructions mentales.

L’artiste s’intéresse particulièrement au rapport d’une œuvre avec celui ou celle qui rentre en relation avec elle mais sans cultiver la recherche de pathos. A l’inverse il propose souvent un contenu satirique par les liens qu’il crée avec le passé (en particulier celui ce l’Allemagne). Jouant des oppositions son œuvre est autant grave qu’humoristique. Des moments tragiques peuvent tourner à la comédie ou la farce.

L’auteur aime la tragicomique, l’absurdité et paradoxe. Il est souvent comparé à un Sisyphe qui ne cesse de reprendre les mêmes voies héritée autant du dadaïsme que de Fluxus. Introduisant le bizarre dans le réalité il est considéré comme un critique de la bourgeoisie allemandes et de ses fondamentaux.

“Gallery of the Missing" peut sembler d’une approche moins politique. Voire… L’artiste rappelle au visteur ce qui ne doit pas exister plus longtemps.

Par ce projet il rappelle aussi tout ce qui a été perdu (entre autres pendant le nazisme) mais qui peut être toujours représenté soit dans un jeu entre le voyeur et des objets-machines qui lui font face ou encore au sein d’espaces « négatifs ». Des structures en verres noirs soulignent cette propriété. Certaines boites restent noires : le spectateur ne peut voir en elles mais une bande son permet d’évoquer les objets qui demeurent invisibles.

Livre : Mathieu Lindon, « Je ne me souviens pas »

Mathieu Lindon, « Je ne me souviens pas »

Mathieu Lindon, « Je ne me souviens pas »

Mathieu Lindon, « Je ne me souviens pas »

Mathieu Lindon, « Je ne me souviens pas », P.O.L. Editions, Paris, 2016, 16 E.

Renversant la proposition de Pérec dans « Je me souviens », Mathieu Lindon tente ici le pari inverse. Faire de l’oubli sa quête tient néanmoins de la figure de style et d’une acrobatie superfétatoire. Certes cela garde de quoi séduire. D’aucuns croient même y trouver le moyen de caser par revers les murs de l’inconscient. Voire… A la littéralité expressionniste et radical de Pérec fait place un impressionnisme disert.

Par la nomenclature filée et défilée le paradigme que l’œuvre déploie semble, certes, éloignée de la nostalgie. Mais si la stratégie est ambitieuse : le propos l’est moins. L’écriture, la « vraie » est remplacée par une analyse. Si bien que les éléments dont l’auteur ne se souvient pas perdent de leur force.

L’écriture par manque d’ambition s’implique elle-même comme l’absente, la retirée, l’endeuillante qui tente pourtant de reconstituer un “ ensemble ”. Mais l’anti-mémoire apparaît comme un jeu. Le trou de bilboquet de l’oubli, l’effet de style ne fait que le combler. Si me tour est joué un tel livre ne fera jamais oublié celui de Perec.

Photographe juif : Olivier Remera le Livre et la Prière

Le Livre et la prière : Olivier Remera.

Le Livre et la prière : Olivier Remera.

Pour OIivier Remera la photographie pour lui  devient l’action dont le but est de provoquer des développements qui dépassent l’espace et la problématique du lieu tout en lui préservant son caractère fondateur.
Là où la mort rode le soleil ouvre néanmoins une énorme volute de spiritualité.

Le photographe sort de l'évènementiel et du référentiel. Ses oeuvres deviennent « avènementielles » et les êtres s’y inscrivent au nom de la Loi qui dépasse celle des hommes. Le noir et blanc ou les couleurs fanées donne une paradoxale lumière à la prière. C’est d’ailleurs l’objet même de l’art : rendre visible à la fois l’inconnu ou plus modestement se confronter à « son suspens ».

Le Livre et la prière : Olivier Remera.

Le Livre et la prière : Olivier Remera photographe

D’une certaine manière la spiritualité passe par l’image. Elle ne cherche pourtant pas à enluminer mais à témoigner. L’œuvre reste singulière sous son apparence profane. La prière s’affiche comme espérance distillée tout au long du récit iconographique. Renonçant à « l’exil de la Face » le photographe cherche à exhumer le caché, d’accorder une rédemption aux traces enfouies dans les ténèbres.

Artiste juif :Ashok Sinha Shalom Calcutta h

Ashok Sinha : Shalom Calcutta h

Ashok Sinha : Shalom Calcutta h

Ashok Sinha multiplie par ses photographies et ses documents des explorations culturelles méconnues. Avec « Salom Calcutta » il explore la petite communauté juive de Calcutta. Elle est passée de 5000 habitants au XVIIIème siècle à une trentaine aujourd’hui. Après un voyage en Israël où il montra ses photos, l’artiste fut encouragé dans son travail. Il retourna en Inde pour la parachever. Il montre ainsi des vestiges mais aussi des « inespérés » qui perdurent au milieu des cultures dominantes.

Ashok Sinha multiplie par ses photographies et ses documents des explorations culturelles méconnues

Ashok Sinha multiplie par ses photographies et ses documents des explorations culturelles méconnues

Le présent de la culture juive résiste. Et la confrontation qu’Ashok Sinha le prouve. Le présence de la judéité ne craint pas celle qui les entoure. Le photographe permet de suivre le destin de lieux et d’êtres qui résistent aux nouvelles agitations. Preuve qu’en chaque civilisation, l’"oiseau" et l’homme sont attelés au même joug. Et chaque culture qui résiste demeure l’indéfiniment insaisissable. A l’étouffement fait place la présence ailée. Chaque tombe juive saisie par le photographe nous en instruit. De telles « preuves » en leur mémoire apprennent qu’il ne faut pas désespérer. Elles ramènent un savoir des êtres et des choses qui d’une manière ou d’une autre demeurent.