Livre juif : Cadavres en sursis de Philip Mechanicus

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cadavres en sursis  de Philip Mechanicus

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Le camp « de transit » nazi hollandais de Westerbork

Philip Mechanicus, « Cadavres en sursis », traduit du néerlandais par Daniel Cunin, Editions Notes de Nuit, Paris, 455 p., 21 E.

Les treize cahiers de Philippe Mechanicus - fils d’une famille juive prolétaire d’Amsterdam qui mena une brillante carrière de journaliste avant d’être déporté à Bergen-Bedsen puis fusillé à Auschwitz - sont enfin publiés en français et permettent de comprendre la « pré-extermination » des juifs dans le camp de transit de Westerbok (province de Drenthe).

Le titre original est « journal de Westerbok ». Peu significatif en français ce terme géographique est devenu en hollande un autre moyen de désigner « le jour du jugement dernier », celui où il n’existe plus d’espoir : les hommes ne peuvent plus défendre leur femme, et les femmes leurs enfants.

A l’origine le camp était sensé héberger des réfugiés juifs allemands. Après l’invasion de la Hollande par les Nazis, ce camp passa sous leur administration et dès ce moment il devint le moyen corridor (à diverses strates) de « transvaser » (écrit Mechanicus) les juifs hollandais de leur pays d’origine vers les camps de Pologne.

Sous couvert officiel « émigration» les juifs furent donc portés de Westerbok vers le massacre de masse jusqu’à la fin de 1944.

Une organisation particulière vit le jour dans ce camp. Et ceux qui l’avaient fondé pour « sauver » les juifs allemands servirent de « tampon » face aux SS et permirent à l’occupant l’économie d’un grand nombre de gardes.

Certains juifs furent utilisés de manière diabolique et devinrent le bras armé de l’extermination de leurs frères victimes innocentes. Westerbok fut d’ailleurs considéré à ce titre par le commandant SS du camp comme le « musterlager » (camp modèle).

Les « incarcérés » sont d’abord présentés comme « tout le monde » et on se garde habilement de faire le distinguo entre juifs et non-juifs.

Toutefois juifs pieux ou athées et même des néo-baptisés mais aussi sionistes, assimilés, catholiques, communistes, notables, intellectuels, artistes ou artisans furent conduit dans cette antichambre de ce que l’auteur nomme « l’abattoir ».

Dans le camp fut constitué selon une hiérarchie perverse. A son sommet les « alte Lagerinassen » (souvent les plus anciens détenus) dont Kurt Schlesinger fut le modèle : il collabora le plus étroitement avec Gemmeker le commandant SS du camp.

C’est plus particulièrement dans son hôpital impressionnant en ses labyrinthes prophylactiques que se révéla l’apogée de l’absurdité et l’horreur du système.

Sous couvert d’un ensemble de 120 médecins et de plus d’un millier de personnes tout semblait comme le souligne Mechanicus « au service » de ceux qui sous cette couverture médicale étaient envoyé à la mort. Mais son « journal » montre toutefois combien au fil des jours l’état d’esprit du temps change et glisse progressivement vers la peur et la panique.

Mechanicus montre comment certains quoique promis à une mort certaine traitèrent leurs semblables comme des parias. Le camp fut donc à l’image de toute communauté humaine.

L’auteur précise comment se monta tout un jeu de « distinction » : se retrouvent dans les bas-fonds du camp les « condamnés » ou « cas S » désignés ainsi par leurs pairs.

Les Allemands avaient compris combien diviser pour régner était le plus sûr moyen de renforcer avec confort pour les nervis le côté abominable de leur système.

Très vite les détenus se livrèrent à des ruées - aussi inutiles que démoralisantes - pour obtenir divers tampons de mise en attente de la déportation. L’auteur insiste sur l’importance du système des listes. S’y résume la course à la vie contre la mort. Mais où cette vie n’était qu’une mort différée dans ce qui n’avait, écrit Mechanicus, jamais été rendu aussi « dégueulasse ». S’y entend « la voix des coqs frissons des maîtres de danses ». Mais oh combien macabres ces danses.

A la fois journal intime mais tout autant mémoire « Cadavres en sursis » reste un texte exceptionnel tant par sa force littéraire que par son témoignage.

Il permet de comprendre du dedans comment fonctionne un système.

Le texte est brut, brutal, implacable et ne souffre pas de la recomposition que tout document écrit de manière postérieure impose. Mechanicus décrit les soubassements de l’Histoire, ses ressorts les plus sordides décrits en détails significatifs qui mènent au coup fatal et à la solution finale. Comme l’écrit Jacques

Presser dans sa préface, l’auteur « se contentant d’être un homme » a enregistré jour après jour une vérité insupportable. Et ce au risque de sa vie : par l’existence même d’un tel document elle était mise chaque jour en danger. L’auteur finit par le payer tombant sous les balles d’autres geôliers qui illustrèrent que le « vrai visage de la vie est un brasier ».

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